Les âmes grises, Philippe Claudel

Voilà un livre qui traînait dans ma PAL il y a déjà un bout de temps. Aussitôt ouvert, aussitôt lu.

L’histoire

Le narrateur est un homme d’une cinquantaine d’années qui tente d’écrire sur des petits cahiers l’histoire de sa vie. Il cherche à comprendre comment et pourquoi certaines choses se sont déroulées et notamment ce qu’il appelle L’Affaire.
Son récit prend vie sur fond de première guerre mondiale. Le narrateur, dont nous ne saurons jamais le nom, habite près de la ville de V., à quelques mètres des combats qui font rage et des hommes qui se font tuer. Il nous raconte différents événements qui se sont produits dans cette atmosphère particulière. L’un deux l’aura marqué à tout jamais: le meurtre d’une petite fille surnommée Belle de jour. Qui donc a étranglé et jeté ce petit corps dans la rivière glacée, un matin de janvier? Le narrateur mène son enquête pour tenter de retrouver l’assassin alors que le monde autour de lui s’effondre, que les morts et les mutilés s’entassent pêle-mêle dans les hopitaux, et qu’une très étrange jeune femme débarque dans ce village. Le narrateur nous entraîne dans son passé et nous fait part de ses doutes, de sa lâcheté.

La phrase

 » Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil…..T’es une âme grise, joliment grise, comme nous tous. … »

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Mon avis

Comme tous les livres de Philppe Claudel,  Les Âmes grises est une pure merveille qui vous émeut jusqu’aux larmes.
Le personnage principal, le narrateur, ne dit jamais son nom, ni sa profession. Le récit entier se déroule à travers ses yeux. Nous apprenons bien plus tard dans le récit qu’il est en fait policier et qu’il est le témoin privilégié dans ces affaires de meurtres. Mais plus qu’une simple enquête (nous apprenons assez vite qui a tué la petite fille), ce sont des tranches de vie qui nous sont racontées. En effet, le lecteur est projeté dans une petite ville de province pendant la première guerre mondiale. Il en vient à côtoyer les notables de la région: Destinat, le procureur qui aime les têtes bien tranchées; le juge, infâme personnage qui lors de la découverte du corps de la petite fille ne pense, comme à son habitude, qu’à manger. Le narrateur nous parle aussi de ces hommes, jeunes et vigoureux, qu’on envoie à la boucherie et qui reviennent cassés, broyés par les obus, hantés par des images de douleur et de chair calcinée. A travers cette enquête, le narrateur se cherche et tente de reconstituer le drame de sa vie. C’est un homme qui ne se remet pas de la mort de l’amour de sa vie qui nous parle et qui se confesse. Nous devenons les témoins directs de cette confession. En proie aux regrets, aux doutes qui se confie, c’est un homme qui n’a pas su faire bien son « métier d’homme » qui avoue sa lâcheté face aux situations devant lesquelles la vie l’a mis.
Les plus belles pages sont ,pour moi,sans conteste, le moment où le narrateur  voit expirer sa Clémence, celle pour laquelle il remontera l’écheveau du temps. Claudel ne vire jamais dans le pathos ou dans la mièvrerie. Il sait choisir les mots justes pour décrire la douleur, la perte, le manque de l’autre. Ses mots et ses phrases sont une petite musique qui touche et qui fait mal, qui nous met devant tous ce que l’homme a de monstrueux mais aussi d’infini.
Un livre émouvant sur la folie des hommes, sur la perte d’un amour, sur le chagrin d’un homme anéanti.

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