Les Chutes, Joyce Carol Oates

L’intrigue

 

Ariah Littrel se marie pour la première fois à 29 ans. Fille de pasteur, elle épouse également un pasteur, Gil, de deux ans son cadet. Ils décident de passer leur lune de miel dans un hôtel, à deux pas des chutes du Niagara. La nuit de leurs noces se passe maladroitement. Au petit matin, Ariah se réveille seule dans son lit. Elle pense d’abord que son mari l’a quittée, abandonnée après cette nuit désastreuse. Elle trouve cependant un dernier mot de Gil, une lettre d’adieu. Gil ne l’a pas abandonnée: il s’est suicidé en se jetant dans les chutes du Niagara.

 

D’abord choquée, déboussolée, Ariah décide de rechercher le corps de son mari, elle qui du statut de jeune mariée devint aussitôt veuve. Elle erre au bord du fleuve pendant 7 jours et 7 nuits. Aidée par un avocat, Dirk Burnarby, elle fait son deuil. C’est alors qu’elle trouve en lui l’amour, le vrai….

 

Mon avis

 

Difficile en réalité de résumer en quelques lignes l’intrigue des Chutes qui court sur plusieurs années. Depuis ce mariage désastreux où Ariah n’est encore qu’une gamine jusqu’à sa vie de femme adulte, mûre, entourée de ses trois enfants. Joyce Carol Oates nous offre ici un roman sur la famille.

 

Tout commence par Ariah. A 29 ans, elle se marie enfin. Dans les années 50, autant dire qu’elle était presque vouée à devenir vieille fille. Confinée, calfeutrée dans une éducation religieuse rigoriste, Ariah ne connaît rien au monde et aux hommes. C’est avec beaucoup de finesse que l’auteur nous montre la détresse de cette jeune femme qui ne sait pas ce qui doit se passer la nuit de ses noces. La description qui nous en est faite au petit matin est bouleversante. Ariah pense d’abord que son mari l’a quittée, déçu, puis elle apprendra avec horreur qu’il s’est suicidé en se jetant dans le chutes du Niagara!! L’auteur maîtrise à la perfection ses personnages et nous emmène là où l’on ne s’y attend pas.

 

Les chutes du Niagara sont un élément important du récit, un personnage à part entière pour l’auteur et elle le montre bien. C’est autour d’elles que s’organise le roman. La mort, la vie, le travail, les amours. Après la mort de son premier mari, Ariah ne peut se décider à quitter ce lieu. Elle y fera sa vie, rencontrant Dirk Burnaby dont elle aura trois enfants. Plus le récit avance, plus Ariah devient un personnage dur avec elle-même et exigeant. Elle abandonne sa timidité face au monde et accepte la vie telle qu’elle est. J’avoue avoir eu parfois du mal avec son caractère très affirmé et parfois froid, distant. Elle évolue au fil du récit. C’est un personnage en perpétuel mouvement.

 

Si la saga familiale se noue autour du personnage d’Ariah, l’auteur cesse cependant de s’en préoccuper peu à peu pour se consacrer sur plusieurs gros chapitres à d’autres personnages comme Dirk Burnaby puis à chacun des enfants d’Ariah. Cette oscillation entre les points de vue des personnages est très intéressante. Certains événements sont racontés plusieurs fois mais sous un tout nouvel angle. Cette narration permet au récit de garder du souffle et de ne pas ennuyer le lecteur. Ainsi on attend avec impatience le tour de chaque personnage. Cette technique permet vraiment de les connaître et d’en savoir beaucoup plus sur eux.

 

Le centre du roman pourtant m’a paru un peu longuet. En effet, toute une partie est consacrée à Dirk Burnaby et à l’affaire du Love canal. Avocat réputé, il décide d’embrasser une cause perdue. Il pointe du doigt le danger des usines chimiques bordant les chutes, causes de nombreuses maladies pour les populations les plus pauvres qui habitent à proximité Cette affaire causera même sa perte en tant qu’homme et mari. Le développement autour de cette affaire m’a parfois ennuyée. C’est donc le seul reproche que je ferai à ce roman-fleuve.

 

En conclusion ce roman m’a beaucoup plu. On suit cette famille américaine avec intérêt, partageant ses peines, ses joies. Joyce Carol Oates nous parle de la mort, de l’amour et de la sexualité. Elle aborde les relations homme/femme avec finesse et psychologie et montre une Amérique en mutation à l’image d’Ariah. Un roman-fleuve écrit par une auteure de talent. A découvrir.

 

   « Elle a cinquante-sept ans. Elle l’a perdu il y a si longtemps. Cinquante-sept ans! Et il a péri, disparu, dans sa quanrante-sixième année. Pour une femme qui accepte le fait qu’elle est damnée, sinon condamnée, Ariah a mené une vie obstinément autonome en élevant trois enfants dans la ville même qui a vu son humiliation, son chagrin et sa honte; et, pour autant qu’elle l’ait laissé savoir, sans jamais souhaiter revenir sur le passé » p.539, éditions Points.

 

https://carolivre.files.wordpress.com/2012/02/joycecaroloates.jpg?w=300

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