Petite soeur, mon amour de Joyce Carol Oates

L’intrigue

 

Bliss, petite princesse de la glace de 6 ans, a remporté de nombreux prix. Elle vit avec sa famille dans le New-Jersey. Sa mère Betsey a misé tous ses espoirs sur sa fille afin qu’elle devienne une future championne de patinage. Bix le père est un homme d’affaire fortuné toujours entre deux avions et deux maîtresses. Il délaisse un peu plus chaque jour sa jolie famille. Quant au fiston Skyler, il est invisible aux yeux de ses parents. Inadapté, grimaçant, boiteux, il a renoncé à être le « chouchou ».

Un matin Bliss disparaît. Elle sera retrouvée quelques heures plus tard, le crâne fracassé. Qui a tué Bliss? Pourquoi et comment cette tragédie est-elle survenue?

 

Mon avis

 

Petite soeur, mon amour est un roman  certes long (734 pages) mais très prenant. Impossible de décrocher tant le lecteur souhaire connaître l’issue de cette tragédie familiale. Joyce Carol Oates s’est inspirée d’un fait divers terrible qui s’est déroulé dans les années 90 aux Etats-Unis. Une fillette de 6 ans fut retrouvée assassinée, un matin de Noël, chez elle. L’affaire n’a jamais été élucidée. La presse, les tabloïds se sont déchaînés contre la famille de la fillette, traînant son nom dans la boue. Une affaire qui a ému l’Amérique entière.

 

L’auteur s’empare de ce fait divers sordide et nous le fait vivre à travers la voix de Skyler. C’est le fils aîné de la famille Rampike. Petit garçon, il est le « petit homme » de Betsey sa maman. Elle le traîne partout avec elle, le couvant, le surprotégeant. Ancienne patineuse, elle a l’intention d’en faire un champion lui aussi. Seulement, Skyler n’a aucune prédisposition au sport. Peureux et maladroit, il déçoit bien vite sa mère qui reporte alors tous ses espoirs sur Bliss, la petite dernière. Miracle, la fillette est douée, très douée même. Elle trouve enfin une certaine reconnaissance dans le regard maternel qui jusque là se détournait avec cruauté.

 

Bliss devient alors pour sa mère un moyen de gravir les échelons de la bonne société américaine. A travers le succès de sa fille, Betsey pénètre dans tous les clubs snobs du New-Jersey. Sa fille est un instrument pour arriver à ses fins. Joyce Carol Oates décrit avec réalisme la cruauté de cette mère qui se réalise à travers ses propres enfants. Certains passages sont terrifiants. Bliss souffre de « douleurs fantômes » qui l’empêchent de patiner. Sa mère s’en détourne alors immédiatement. C’est une mère étouffante, invoquant Jésus et la religion à tout bout de champ, qui est décrite sans aucune complaisance.

 

Quant au narrateur Skyler, le lecteur ne peut qu’entrer en sympathie avec lui. Il raconte sa vie avec ses yeux d’enfant. Il ne comprend pas tout mais certaines remarques font mouche. C’est un enfant qui grandit dans un contexte familial peu aimant et écrasant. Il lui faut nouer des amitiés avec les enfants « de » afin que sa mère puisse entrer dans les cercles de la bourgeoisie. Seulement, Skyler fait les choses à l’envers. Avec lui, ça ne marche jamais. Ses parents le lui font d’ailleurs bien comprendre. De plus en plus seul, Skyler fait peine et émeut son lecteur compatissant, le seul qui veuille bien l’écouter.

 

La moitié du roman est consacrée à la montée de Bliss et de sa famille sur les marches de la gloire jusqu’au jour où la tragédie éclate. Pas de voyeurisme ici, pas de description glauque: on retrouve le petit corps sans vie de Bliss, un point c’est tout. Et l’inimaginable se produit. Skyler est soupçonné du meurtre de sa propre soeur, lui qui était peut-être le seul à l’aimer vraiment et sincèrement. Il n’y aura pas vraiment d’enquête. L’horrible vérité éclate pourtant dans les dernières pages du livre avec un Skyler devenu adulte à présent mais un adulte drogué, sans répère et culpabilisant sans relâche.

 

L’auteur dézingue une fois de plus la société américaine avec brio. La famille parfaite vole en éclat. Les mères sont sous antidépresseurs et possessives, égoïstes; les pères sont menteurs et volages; les fillettes ressemblent à des prostituées de bas étage; les petits garçons complexent et se bourrent de médicaments pour tenir le coup.

 

Ce roman est fort, très fort. Difficile de tout dire ici tellement il est foisonnant et riche d’enseignement sur l’Amérique et la famille d’aujourd’hui. On ne peut pas le lâcher et pourtant il est parfois si anxiogène que l’on a besoin de faire des pauses. J’ai adoré d’un bout à l’autre que ce soit l’intrigue ou l’écriture. Du grand Oates!

 

Merci à Livraddict et aux éditions Points pour la découverte de ce roman maginifique et émouvant.

 

Vous pouvez retrouver une de mes critiques sur un autre roman de Joyce Carol Oates ici.

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Une réflexion sur “Petite soeur, mon amour de Joyce Carol Oates

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