La promenade au Phare, Virginia Woolf

Pas facile à résumer ici et à expliquer si tant est qu’il y ait quelque chose à dire au sujet de l’intrigue. Tout ,en fait, est très diffus dans ce roman. On suit les pensées des personnages, ce qu’on peut appeler le flux de la conscience ou « stream of consciousness ». Ainsi, le lecteur est le plus souvent plongé dans les pensées de Mme Ramsay. Tout part d’une réflexion de son époux. Alors qu’elle projette d’aller se promener au phare en compagnie de ses huit (!) enfants, Mr Ramsay la contredit.  Le petit dernier James qui s’en faisait une joie envient à détester ce père  qui a détruit tout espoir de promenade en pointant du doigt le temps menaçant. Tout s’écroule alors: les rancoeurs, les reproches refont surface. Finalement chaque personnage dit ce qu’il a à dire mais au seul lecteur qui l’écoute. On pénètre ainsi dans l’univers d’une famille bourgeoise qui cache bien des défauts sous ses apparences….

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De Virginia Woolf, je n’avais lu que Mrs Dalloway. Je connaissais donc déjà un peu le style de l’auteur mais je dois dire que la lecture de La promenade au phare s’est avérée très ardue. En effet, ce n’est qu’au bout d’une centaine de pages que j’ai commencé à éprouver du plaisir à lire ce roman. J’ai ,avant ce stade,  voulu renoncer mais je me suis tant bien que mal accrochée à cette lecture. J’aime les défis que voulez vous!

Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce livre. Pas de péripéties, pas de suspens haletant. Il s’agit de la vie ordinaire d’une famille anglaise à l’aube du 20ème siècle. Tous les étés, la famille se rend dans une maison de campagne au bord de la mer. Mrs Ramsay aime inviter des amis ou des gens qu’elle juge dans le besoin. Pas d’intrigue amoureuse à première vue. Cependant le lecteur comprend peu à peu que rien n’est simple et que tout est fait de non dits, de paroles implicites.

La difficulté du roman réside dans le fait que le lecteur suit les pensées des personnages, leur flux de conscience. Et comme le fait l’esprit, les personnages sautent souvent du coq à l’âne dans leurs raisonnements. De plus on passe d’un personnage à un autre, ce qui a pour résultat de perdre le lecteur dans les méandres de leurs pensées. Mais j’avoue qu’au bout d’un petit moment, j’ai apprécié ce style, cette narration. Ainsi j’ai aimé connaître les pensées intimes des personnages. On se rend compte que Mr Ramsay regrette sa vie. Il croit être passé à côté de nombreuses choses. En effet, il s’est marié et a eu huit enfants. Il n’est l’auteur que d’un seul livre de philosophie et estime que sa famille n’est pas à la hauteur de sa pensée. Cependant cet homme, si sévère et qui paraît si froid, fond littéralement devant la beauté et la douceur de sa femme. Cette dernière apparaît comme une femme honnête et généreuse. Mais n’est-ce pas un masque qu’elle porte en société afin de combler un vide dans sa vie? Cette question la taraude sans cesse, question en totale adéquation avec les problèmes de son temps où les apparences valent mieux que la vérité.

J’ai beaucoup aimé aussi le personnage de Lily Briscoe. Elle est la voix de l’auteur puisqu’elle dénonce le ridicule du mariage qui veut que le femme renonce à tout pour son mari. Originale, excentrique pour l’époque, la demoiselle n’a pas sa langue dans sa poche. Elle incarne l’artiste dans toute sa splendeur, celui qui refuse d’adhérer aux codes de la société pour obéir aux siens propres.

Enfin, j’ai adoré la deuxième partie (sur trois au total) du roman intitulée « Le temps passe » et qui raconte en une vingtaine de pages tous les changements qui se sont opérés depuis que la famille a abandonné la maison du bord de mer. Je trouve ces quelques pages emplies d’une grande poésie « Le printemps, sans feuille à agiter, dans la brillante nudité d’une vierge chaste et farouche, pure et méprisante, avait été installé dans les champs où il demeurait les yeux ouverts, attentif, entièrement indifférent aux faits et gestes comme aux pensées des gens qui l’observaient ». Ces quelques pages rappellent amèrement la brièveté de la vie, la fugacité des sentiments et des choses.

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3 réflexions sur “La promenade au Phare, Virginia Woolf

  1. J’avais tenté de lire Mrs Dolloway en VO après avoir vu The Hours , mais j’ai vraiment eu du mal du coup j’ai abandonné ! Je pense que je vais retenter le coup mais en VF !

  2. Pingback: Articles sur Virginia Woolf « carolivre

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