La vie tranchée, Bénédicte des Mazery

Août 1917, hôpital militaire d’Amiens, Louis tente de récupérer quelques forces après trois années passées dans les tranchées. A 21 ans, il y a laissé ses illusions et deux de ses doigts de pieds. Avec Fernand, son ami de galère, il tente de reprendre goût à la vie. Au bout de quelques mois, Louis va mieux. Il est alors envoyé dans l’est de la France en tant que « lecteur ». Son travail? Lire toutes les lettres de poilus et intercepter, caviarder, biffer celles jugées défaitistes, anti-nationalistes. C’est qu’il faut préserver le moral des civils qui, eux restent à l’arrière. Louis devient alors un « embusqué » comme on dit, un « planqué ». Il censure, prive certains soldats de courrier mais à quel prix? A travers les lettres qu’il lit, Louis se retrouve confronté à la détresse humaine. Comment rester insensible face aux soldats qui écrivent leurs souffrances, leurs peurs mais aussi leur amour? Louis devra faire un choix: rester indifférent ou au contraire répondre à l’appel de ces innombrables voix….

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La vie tranchée est un roman auquel on ne peut rester insensible. Il prend pour thème la première guerre mondiale mais traite cette partie de l’Histoire d’une manière originale. En effet, le personnage de Louis est affecté au service du contrôle postal. Sa mission est d’intercepter toutes lettres contenant des informations compromettantes pour l’armée française. Je ne connaissais pas du tout, pour ma part, ce côté de l’Histoire. Je ne savais pas que les lettres des poilus étaient toutes lues et parfois modifiées voire totalement supprimées. Il faut en effet préserver le moral des civils et l’armée ne veut surtout pas renvoyer une image faible et désespérée de ses troupes.

L’auteur a truffé son roman de vraies lettres de poilus pour mieux restituer la misère et la détresse des soldats. Comment rester insensible à ces cris de désespoir venant de fils, de pères, de maris? Chaque lettre est authentique et rend ce récit encore plus poignant. Certains soldats décrivent leur quotidien et l’horreur de la guerre. Quand ils ne sont pas mangés par les poux et les rats, ils sont harcelés par l’ennemi: tirs, obus, gaz moutarde, les combats sont terribles. D’autres poilus ne pensent qu’à leur famille dans leur lettre et s’interdisent de parler de leur misère afin de protéger leurs proches. Ceux-là tentent de se bercer d’illusions en attendant la paix et des jours meilleurs.

Le personnage principal Louis est très intéressant également. On suit son évolution au fil des pages. C’est un personnage tiraillé entre son devoir (faire la guerre) et son désir de vie (rester un « planqué »). Il se sent coupable d’avoir été réformé et de ne plus être en première ligne. Son travail alourdit encore plus ce sentiment de culpabilité puisqu’il s’agit pour lui d’écarter certaines lettres qui ne seront jamais lues par leur destinataire, voire de dénoncer certains soldats pour fraternisation avec l’ennemi ou pacifisme. Mais Louis doit faire des choix. Il sait très bien que priver un soldat des nouvelles de ses proches c’est l’assassiner à petit feu, c’est le priver de tout espoir. Alors Louis choisit: il oblitère toutes les lettres. Il choisit de rester humain, il choisit la vie au risque de perdre la sienne.

La vie tranchée est un livre très fort et émouvant qui pose la question du choix: obéir et répondre à son devoir ou rester humain au risque de passer pour un traître.

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