Le passé continu, Neel Mukherjee

Titre VF: Le passé continu

Titre VO: Past Continuous

Auteur: Neel Mukherjee

Publié aux éditions JC Lattès, mars 2012

 

Tout commence avec Ritwik. Il vit à Calcutta, en Inde. A 24 ans, le voilà orphelin. Après avoir rendu les honneurs funéraires à ses deux parents défunts, il décide de quitter son pays pour aller étudier en Angleterre grâce à une bourse. A Londres, il pense recommencer sa vie à zéro loin des rites et de la misère qui ont bercé son enfance.

A la faculté, il se lie d’amitié avec Gavin et Sarah. Mais Ritwik reste désespérément seul. Il se lance alors dans l’écriture pour raconter la vie d’une femme, Miss Gilby, une lady venue enseigner l’anglais et les bonnes manières à une riche indienne Bimala au début du XXème siècle.

Les deux récits s’entrecroisent au fil des pages. Le personnage de Miss Gilby semble s’animer tandis que Ritwik se retrouve confronté inéluctablement à son destin d’immigré clandestin.

 

Le passé continu est un très beau roman aussi complexe que poétique. Il commence dans la misère et la mort et se termine de la même façon.

Tout au long du récit, le lecteur apprend à connaître Ritwik. C’est un jeune homme de 24 ans qui a reçu grâce à son père une éducation anglaise. Il veut se sortir de la misère à tout prix: il se définit comme un homme moderne et rejette tous les rites et les croyances issus de sa culture. Son rêve est d’aller en Angleterre terminer ses études. Lors de retours en arrière fréquents, nous apprendrons que Ritwik a vécu une enfance misérable, entouré d’oncles paresseux, battu par sa mère. Les scènes qu’il évoque sont d’ailleurs parfois insoutenables tellement l’auteur parvient à restituer l’horreur et la violence qu’a dû subir le jeune garçon.

Arrivé en Angleterre, Ritwik découvre d’abord la liberté: celle d’étudier, d’avoir accès à des livres, d’aller au pub. Mais il déchante bientôt. A la faculté, il n’est qu’un étranger de plus qui amuse au début par son accent et son anglais châtié, puis qui est bientôt oublié. Ritwik est seul. Étranger dans un pays dans lequel il aimerait tant s’intégrer. Il décide alors d’écrire à propos d’une certaine Miss Gilby. Ainsi les chapitres alternent entre l’histoire de Ritwik et celle qu’il écrit.

J’ai beaucoup aimé le récit dans le récit. Miss Gilby est une femme moderne qui pense que les Indiens ont droit à leur indépendance. C’est une lady qui n’a pas froid aux yeux: elle parle aux autochtones, devient même amie avec certaines d’entre eux ce qui lui vaut son excommunication de tous les clubs anglais. Ce récit imbriqué est celui d’une femme qui, comme Ritwik, est étrangère. Elle est perçue comme telle et le restera tant qu’elle vivra en Inde. Les passages où il est question de Miss Gilby sont plein de poésie: j’ai vraiment eu l’impression de me trouver dans cette Inde bruyante et odorante, pleine de mystères pour les Occidentaux. Le récit enchâssé relate aussi les événements politiques qui amèneront l’Inde à son indépendance. Une manière d’en apprendre plus sur ce pays.

Dans la seconde partie du roman, Ritwik continue d’écrire mais son inspiration faiblit: les chapitres consacrés à Miss Gilby sont d’ailleurs de plus en plus courts. Ritwik devient clandestin: il vit chez Anne, une octogénaire dont il s’occupe avec tendresse. Mais Ritwik reste un jeune homme naïf et crédule, prêt à tout pour rester sur cette terre promise. Il ira jusqu’à corrompre son âme et son corps, lui qui devient l’objet et le jouet des plus riches. Il passe de l’autre côté de la barrière, celle de l’illégalité. Il côtoie ceux qui sont comme lui. Il a quitté la misère de l’Inde, celle de la faim qui tiraille, du bruit et de la promiscuité pour une autre misère, celle de la peur au ventre, de la crainte du lendemain et de l’expulsion.

La fin du roman m’a vraiment surprise: je l’ai trouvé très forte. Elle m’a profondément émue mais je n’en dis pas plus…

Le passé continu est un roman poignant et déroutant au style poétique et foisonnant à l’image de l’Inde.

Merci aux éditions JC Lattès et à Livraddict de m’avoir permis de découvrir ce très beau roman.

Retrouvez également la chronique de Marion sur son blog Le petit bazar de Rion.

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5 réflexions sur “Le passé continu, Neel Mukherjee

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