Zulu de Caryl Férey

Zulu de Caryl Férey,

Éditions Folio policier,

2010, 454 pages,

Pour l’acheter: Zulu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l’Inkatha, en guerre contre l’ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu’elles lui ont fait… Aujourd’hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l’Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d’Afrique, bat tous les records.
Les choses s’enveniment lorsqu’on retrouve la fille d’un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l’agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds… Si l’apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l’ombre de la réconciliation nationale…

 

Je lis peu de thrillers mais quand c’est le cas, je les sélectionne avec soin et il faut que ça décolle. Avec Zulu ce fut le cas.

Dès le départ, l’auteur nous plonge dans l’ambiance. Le roman s’ouvre sur un retour sur le passé du personnage principal, Ali Neuman. Son père a été pendu à un arbre par les milices de l’Inkatha tandis que son frère aîné devient une torche humaine. C’est sur ce spectacle macabre que la lecture commence et cette première scène est nécéssaire afin de comprendre Ali Neuman.

Parlons d’ailleurs de ce personnage. C’est le chef de la police de Cape Town. Ali Neuman est responsable de tout un département. Il impressionne non seulement parce qu’il a des origines zoulous mais pas seulement: ses capacités physiques et mentales en étonnent plus d’un. J’aime beaucoup la manière dont l’auteur traite ce personnage. Ali n’est pas un super flic ou alors un vieux raté alcoolique. Caryl Férey évite les écueils et les caricatures grossières. Ali est un homme qui a cache un lourd passé. Il n’a jamais dévoilé son passé à quiconque même pas à sa mère. Si l’on devine au fur et à mesure la teneur de ce secret, Ali n’en reste pas moins un personnage faillible.

C’est peut-être ce que j’ai le plus aimé dans ce thriller. Les personnages ne sont pas des super-héros. L’auteur n’hésite pas à les maltraiter, à les faire souffrir. J’ai été bluffée par certaines scènes, m’écriant « non, c’est pas possible, il ne peut pas faire ça! ». Caryl Férey n’est pas tendre avec eux à l’image du monde dans lequel ils évoluent.

Toute l’intrigue se déroule en Afrique du sud, principalement dans les townships. On sent que l’auteur s’est énormément documenté. Il navigue aisément entre politique, problèmes sociaux économiques, problèmes sanitaires. La violence règne en maître partout. L’auteur décrit avec précision la misère humaine: la prostitution qui ravage les gamins du township, le sida qui tue à tour de bras. Le monde qu’il dépeint est pessimiste et fait froid dans le dos. L’enquête d’Ali Neuman s’enfonce d’ailleurs de plus en plus dans la violence avec certaines scènes presque insoutenables. Mais c’est violence n’est pas gratuite pour l’auteur: l’homme est violent par nature. L’auteur n’en fait qu’un constat amer.

Si je n’ai pas tout compris aux tenants et aux aboutissants politiques de l’enquête, j’avoue avoir été tenue en haleine jusqu’au bout. Il n’y a pas de place pour les temps morts dans ce roman. Les personnages cavalent d’un point à un autre sans jamais s’arrêter. Enfin j’ai été frappée par le style de l’auteur. Fluide, sec, violent certaines fois, il est aussi très étonnamment poétique à d’autres moments. J’ai aimé certaines images percutantes ou acides. Caryl Férey dépoussière le style parfois trop traditionnel du thriller.

Pour résumer, Zulu est un coup de cœur. La narration enlevée, les personnages faillibles et humains, la poétique du style et de l’image font sans doute de ce roman un très grand thriller.

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4 réflexions sur “Zulu de Caryl Férey

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