Velvet de Mary Hooper

Velvet de Mary Hooper,

Publié aux éditions Les grandes personnes,

2012, 325 pages,

Pour l’acheter: Velvet

Mary Hooper est née dans le sud-ouest de Londres, qui sert souvent de cadre à ses romans. La lecture de nouvelles la décide un jour à se lancer dans l’aventure de l’écriture et elle adresse un premier texte à une revue qui le retient pour publication. Mary Hooper n’a dès lors plus cessé d’écrire des romans, qui ont souvent une toile de fond historique.

 

 

 

Orpheline dans le Londres des années 1900, Velvet survit tant bien que mal en travaillant dans l’enfer d’une blanchisserie. Lorsque l’occasion lui est donnée de s’occuper du linge de clients fortunés, la jeune fille saisit sa chance et attire l’attention de l’intrigante Madame Savoya, l’un des médiums les plus courus de la capitale. Emménageant à la Villa Darkling aux côtés de Madame et de George, son séduisant assistant, Velvet ne va pas tarder à découvrir les usages et secrets de cet univers fascinant qu’est celui du spiritisme. Elle est pourtant loin de se douter que le danger qui la guette ne vient pas du royaume des morts… Un roman envoûtant qui nous plonge dans les coulisses des salons des plus grands médiums du début du XXe siècle. Lumières tamisées et ambiance feutrée : quand les esprits parlent, les vivants doivent les écouter.

Velvet est une jeune fille de seize ans qui n’a pas eu beaucoup de chance dans sa vie. Elle a perdu sa mère très jeune; son père est un alcoolique et un joueur notoire criblé de dettes. Un soir, Velvet s’enfuit ne supportant plus les brimades et les insultes. Elle doit alors se débrouiller seule et trouve un emploi dans une blanchisserie.

Dès les premières pages du roman, le lecteur est happé par l’atmosphère moite et saturée d’effluves de la blanchisserie. Les femmes y travaillent 12 heures par jour dans la chaleur la plus crue. C’est ainsi que Velvet s’évanouit un jour. Menacée d’être renvoyée, elle plaide sa cause: Velvet sait broder avec minutie, elle sait aussi lire et écrire. La directrice de la blanchisserie lui accorde une autre chance: Velvet s’occupera désormais du linge de clients fortunés.

C’est une place de rêve car ces riches clients n’hésitent pas à glisser pièces ou billets lorsqu’ils sont satisfaits du travail de leur blanchisseuse. C’est ainsi qu’un jour, Velvet échoit du carton d’une certaine Mme Savoya, célèbre voyante vers laquelle tout le gratin de Londres accourt.

Par un heureux hasard, Velvet entre au service de Madame Savoya et devient sa lavandière personnelle. Velvet va alors découvrir les coulisses du spiritisme. L’auteur, Mary Hooper, a mené de nombreuses recherches et restitue dans ce roman l’engouement de la population pour l’occultisme et le spiritisme. Velvet découvre « cette science » avec émerveillement et naïveté. Madame Savoya semble posséder en effet le don de parler avec les morts et de les convoquer depuis l’eau-delà.

Lors de séances privées, elle enchante et émerveille son auditoire grâce à ce don. Mais bientôt, Velvet a des doutes. Elle remarque certaines manies de la part de Madame Savoya et de son majordome Georges comme celle par exemple de poser des questions discrètes avant la séance de spiritisme sur la vie privée des convives. Les confidences faites à Georges ou à Velvet sont répétées à la voyante et bizarrement révélées au grand public par la suite. Et si Madame Savoya était un escroc?

Dès le départ, le lecteur n’est pas aussi naïf que Velvet et se doute « des trucs » de la voyante. J’ai beaucoup apprécié ce décalage entre Velvet et le lecteur. La jeune fille, tirée de la misère la plus sordide, est partagée entre sa reconnaissance infinie à Madame Savoya et ses soupçons de plus en plus fondés sur son honnêteté. Le lecteur a une vision plus globale de la chose: certaines scènes se déroulent sans Velvet et il peut constater que Madame Savoya manipule les personnes venues la consulter. Elle exploite leurs malheurs et leur chagrin afin de leur soutirer leur argent. L’auteur propose ainsi un double niveau de lecture intéressant. Le lecteur comprend ce que Velvet devinera beaucoup plus tard.

Au-delà de l’intrigue, Mary Hooper brosse un portrait assez noir de la société victorienne. Les riches exploitent les plus pauvres, réduits à une misère noire. Une des scènes du roman m’a particulièrement marquée: il existait « des fermières de bébé », des femmes sans scrupules qui exploitaient la détresse de jeunes filles enceintes. Celles-ci leur remettaient leur bébé à la naissance afin que ces nourrices les gardent, moyennant finances. Les bébés étaient la plupart du temps sous-alimentés et mourraient de faim. Mary Hooper s’est basé sur des faits réels et notamment sur l’existence d’une de ces fermières qui finit pendue pour ses crimes.

L’auteur nous offre une intrigue intéressante qui met en avant le spiritisme et toutes les dérives qui en ont découlé. Seul bémol au roman, sa fin qui apparaît pour le coup trop « jeunesse » et un peu tirée par les cheveux.

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3 réflexions sur “Velvet de Mary Hooper

  1. Pingback: C’est Lundi, que lisez-vous? #30 | carolivre

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