Au Revoir Là-haut de Pierre Lemaître

Au Revoir là-haut de Pierre Lemaître,

Publié aux éditions Albin Michel,

567 pages, 2013,

Pour l’acheter: Au Revoir là-haut

 

 

 

Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Édouard, artiste flamboyant mais brisé, est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence. 

Pendant que mon crumble aux pommes cuit tout tranquillement, je m’attelle à la rédaction de mon avis sur Au Revoir là-haut de Pierre Lemaître. Ce roman traînait dans ma PAL depuis quelques mois déjà. Je l’avais acheté avant qu’il ne reçoive le Prix Goncourt, grandement mérité. Et je suis heureuse que, pour une fois, ce prix prestigieux soit revenu à un roman qui nous entraîne d’un bout à l’autre, un roman qui a de la gueule et qui contient une véritable histoire, passionnante, émouvante.

Au Revoir là-haut commence dans les tranchées de la guerre 14-18. On est à quelques jours de l’armistice mais ça les soldats ne le savent pas encore. Pour l’heure, il s’agit de défendre une position: la cote 113. La rumeur court que la paix serait pour bientôt et ça le lieutenant qui tient cette position stratégique ne le veut pas. Il ne s’est pas encore assez illustré. Alors, en manipulant ses hommes d’une manière ignoble, le lieutenant d’Aulnay-Pradelle lance un ultime assaut contre les Allemands. Le lecteur est plongé au coeur d’une boucherie sans nom où les hommes tombent comme des mouches sous les balles ennemies, où les obus explosent et déchiquètent les corps sans aucune pudeur. L’écriture de Pierre Lemaître est forte, sensible et donne presque la nausée tellement la violence de la bataille nous est rendue âpre.

Parmi les soldats, il y a Albert qui sera sauvé dans des circonstances terribles par Édouard. Entre eux deux, une amitié indéfectible va commencer. Édouard, qui aura la moitié du visage arraché, sera soutenu, gardé, soigné par Albert. Ce dernier lui doit la vie et pour lui, à présent, Édouard c’est à la vie à la mort.

Les deux rescapés sont d’abord envoyés dans un hôpital militaire puis ils sont bien vite démobilisés. Mais que deviennent les poilus une fois rendus à la vie civile? Que fait la société pour ces hommes détruits, estropiés, défigurés, en proie au délire, aux terreurs? Réponse: pas grand chose. Albert et Édouard tentent alors de survivre dans un Paris où les poilus n’ont plus aucune  reconnaissance. On ne se soucie plus des vivants. Les politiques et les bureaucrates préfèrent élever des stèles à la gloire des morts car eux sont des héros, morts pour la Patrie.

Albert et Édouard vont alors monter le coup du siècle pour se venger de ce désintérêt soudain et pour retrouver un semblant de dignité dans cette société à qui ils ont tout donné mais qui leur a tout pris.

Pierre Lemaître tient son lecteur en haleine jusqu’au bout. L’arnaque sera-t-elle découverte? Il y a d’autant plus de risques qu’Albert n’est pas très débrouillard. Il est plutôt du genre poule mouillée et aurait tendance à faire tout capoter. En outre, dans l’ombre, le lieutenant d’Aulnay-Pradelle rôde. Salaud jusqu’au bout, lui aussi veut sa part du gâteau quitte encore une fois à se comporter d’une manière odieuse.

Pierre Lemaître conjugue à merveille l’Histoire avec la vie de ces écorchés vifs. Il peint une société d’après-guerre où règne les apparences. Les soldats, s’ils ne sont pas morts à la guerre, ne sont pas des héros et tout est bon pour sanctifier les disparus tout en détournant la tête de ceux qui restent, diminués et qui rappellent trop bien le coût de cette grande boucherie.

Au Revoir Là-haut est sans conteste un coup de cœur pour moi.

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8 réflexions sur “Au Revoir Là-haut de Pierre Lemaître

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