Mary Anne de Daphné du Maurier

   Mary Anne de Daphné du Maurier,

   Éditions Phébus,

   1995, 408 pages,

   Pour l’acheter: Mary Anne

 

 

 

 

 

Nous sommes à Londres, dans les dernières années du XVIIIe siècle, et nous assistons à l’ascension d’une gamine partie quasi du ruisseau mais que son intelligence et sa volonté vont porter au premier rang : jusqu’entre les bras du duc d’York, fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Trahie, elle défraiera la chronique à la faveur d’un procès mettant en cause son amant, sera traînée dans la boue par les bien-pensants, se battra la rage au cœur pour faire reconnaître ses droits. Daphné Du Maurier n’est jamais mieux inspirée que lorsqu’elle traite de sujets qui la touchent de près. De Mary Anne Clarke, qui fut sa trisaïeule, les dictionnaires nous apprennent qu’elle fut l’une des grandes courtisanes de son temps – et qu’elle incarne aujourd’hui encore, aux yeux des lecteurs du monde entier, l’une des formes les plus pathétiques de la révolte féminine.

Je continue à découvrir l’œuvre de ma chère Daphné du Maurier avec ce titre trouvé d’occasion à Paris cet été. Attention, ce roman est vraiment différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent de l’auteur. En effet, le thème et l’écriture du roman sont singuliers, parfois difficiles. Ma lecture ne fut pas toujours aisée et j’ai pris mon temps pour lire ce roman.

Mary Anne est le récit d’une femme, partie de rien, qui va s’élever dans la société. Elle atteindra les sphères du pouvoir mais sa chute sera dure. Au début du roman, le lecteur fait la connaissance de l’héroïne éponyme, Mary Anne. Elle est élevée au sein d’une famille recomposée. Son beau-père travaille comme correcteur pour un journal. Alors qu’il tombe malade, Mary Anne décide de le remplacer dans son travail pour ne pas voir sa famille condamnée à la famine. Elle a appris à lire et à écrire seule, en déchiffrant les journaux rapportés le soir à la maison. On comprend vite que Mary Anne est une fille intelligente et douée.

Mais la vie va lui jouer un sale tour. Alors qu’elle pense épouser un jeune homme riche et d’ascendance aristocrate, Mary Anne découvre en réalité que son mari est un bon à rien, alcoolique et sans le sous. Elle prend les devants en s’enfuyant avec ses enfants et en s’installant seule. Daphné du Maurier fait de son héroïne une femme éprise de liberté, farouchement indépendante. Mais elle est aussi réaliste. Comment une femme peut-elle s’en sortir à cette époque alors qu’elle dépend entièrement de son mari? Mary Anne vendra ses charmes mais pas à n’importe qui…

Elle va d’abord s’acoquiner avec différents Lords. Sa beauté y est pour beaucoup. Et puis elle rencontre et séduit le duc d’York. Ele devient sa maîtresse. Mary Anne veut toujours plus: elle tient à son indépendance financière. Elle va s’associer avec un homme et mettre au point un vaste réseau de corruption: elle monnaye auprès du duc les charges d’officier, joue l’entremetteuse pour l’avancement des gradés.

Mary Anne devient une femme de pouvoir. Le lecteur suit son ascension tout au long du roman. Le personnage est insatiable de pouvoir, de gloire, d’argent. Mais les hommes sont volages et se lassent vite: le duc d’York va faire l’erreur de délaisser Mary Anne. Elle n’aura alors pas peur de lui intenter un procès quitte à tout perdre.

On suit donc notre héroïne à travers son ascension de la société londonienne. Daphné du Maurier peint une femme forte et déterminée qui n’hésite pas à user de se charmes pour arriver à ses fins. Certains passages sont d’ailleurs très équivoques et ne laissent pas planer le doute. On est loin des héroïnes impudiques de Rachel ou Rebecca.

Le style de l’auteur est aussi très différent. Elle utilise beaucoup le discours indirect libre ce qui rend la lecture difficile à certains moments. L’intrigue est dense: les noms de personnages se multiplient et c’est parfois difficile de s’y repérer! La lecture du roman demande aussi beaucoup de concentration de la part du lecteur. En effet, il s’agit ici de jeux de pouvoir complexes. On ne sait pas vraiment qui tire les ficelles: Mary Anne n’est-elle pas finalement la victime d’une vaste conspiration?

Daphné du Maurier pose aussi les bonnes questions: comment être une femme libre et indépendante à cette époque? Elle pointe du doigt les profondes inégalités entre hommes et femmes. Une femme dépend de son mari ou de son amant et doit rester à sa place. Mary Anne sera punie pour avoir eu la prétention de devenir l’égale d’un homme.

Enfin, il faut savoir que cette Mary Anne a véritablement existé et qu’elle est l’ancêtre de l’auteur. A travers ce roman, Daphné du Maurier rend hommage à sa bravoure et à sa ténacité.

Mary Anne reste une lecture difficile, complexe, au style parfois ampoulée mais passionnant!

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6 réflexions sur “Mary Anne de Daphné du Maurier

  1. aaahh un autre daphne que je n’ai pas encore lu. Mais bon, quand on veut lire toute l’oeuvre d’une de ses auteur fetiche, il faut prendre son temps. Je me souviendrais de ton avis et conseils lorsque j’entammerai cette lecture merci 🙂

  2. J’ai pensé à toi car je viens de terminer « Le treizième conte » de Diane Setterfield et il était marqué sur la quatrième que l’on retrouvait l’univers de Daphné Du Maurier ! 🙂

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