Scipion de Pablo Casacuberta

 

Scipion de Pablo Casacuberta,

Publié aux éditions Points,

2016, 332 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment peut-on survivre lorsqu’on a été prénommé Hannibal par un père historien ? Vaincu dès le départ, notre héros, lui aussi historien, n’a jamais été à la hauteur des rêves de son géniteur. Chassé de l’université, il a sombré dans l’alcoolisme et la lamentation paranoïaque. À la mort de son père, il hérite de trois boîtes au contenu hétéroclite. Au milieu des journaux intimes et des souvenirs de l’enfance se cache le début d’un plan machiavélique qui va pousser Aníbal vers des personnages excentriques et d’anciennes amours.

Je continue mon exploration des titres sélectionnés en vue du prix du meilleur roman Points 2016. Avec l’arrivée d’une nouvelle fournée de livres, j’ai pu piocher allègrement et mon dévolu s’est porté sur Scipion de Pablo Casacuberta, un auteur uruguayen.

La 4ème de couverture m’a vraiment donné envie de lire ce court roman: un universitaire névrosé et alcoolique, reçoit sa part d’héritage. Mais la pomme est pourrie. Pour accéder aux royalties et à la maison promise, son défunt père, dans un ultime pied-de-nez, impose au narrateur des conditions très contraignantes. Tout, sur le papier, avait de quoi me plaire. Au final, je suis assez déçue et très mitigée.

En réalité, je me suis ennuyée avec ce roman. Pourtant tous les ingrédients sont réunis. Annibal, le narrateur, est le fils d’un historien très renommé et reconnu, décédé deux ans plus tôt. A force d’être rejeté et de se comparer à ce père impitoyable, Annibal est devenu un raté. Il dort dans une pension crasseuse et vivote en tapant les thèses des étudiants. L’auteur dresse le portrait d’un homme écrasé par le poids du père. Annibal n’a jamais su dépasser cette rivalité qui l’a poussé à l’alcoolisme et au mépris de sa personne. A travers cette quête de l’héritage et la résolution des conditions imposées, une fois de plus, par le père de manière post-mortem, le narrateur va à la rencontre de cette image personnelle tant haïe et il va tenter de se réconcilier avec son passé afin d’avancer. Le thème du roman est cependant intéressant et est traité de manière pertinente et Annibal pose un regard lucide sur sa condition.

Si je me suis ennuyée, c’est à cause du style de l’auteur auquel je n’ai pas bien accroché. Annibal a la fâcheuse tendance de faire des phrases à rallonge qui m’ont tout simplement perdue. En effet, on suit les réflexions et les digressions de cet homme plein de ressentiment vis-à-vis de la figure du père. J’avoue que certaines phrases m’ont laissée perplexe tant elles partaient dans des considérations étranges et éloignées du propos de départ.

En outre, Annibal est un personnage de « plaignant ». Il geint, il chouine, il pleure sur son sort mais ne fait rien pour s’en sortir. Il a un côté Mister Bean qui m’a fait sourire quelques fois c’est vrai mais la répétition des gags, souvent exagérés, m’a rapidement agacée. Annibal, c’est le genre de type qui rentre dans une pièce et qui fracasse le vase en cristal de mémé d’une valeur inestimable puis qui se prend les pieds dans le tapis pour finir par s’électrocuter à moitié avec la seule lampe défectueuse de la salle. C’est peut-être drôle au départ mais on sature vite. Annibal m’a plutôt irritée avec son air de chien battu perpétuel qui s’imagine déjà faire sa vie avec une femme parce qu’elle lui a tenu la main cinq minutes pendant qu’il était évanoui.

D’autre part, je n’arrive pas toujours à savoir si son père était une sommité dans son domaine ou un imposteur. En effet, Annibal semble tellement mépriser ce père tout-puissant qu’il parvient à instiller chez le lecteur l’idée qu’il n’est qu’un bouffon, un salaud cachant son jeu. Il y a un tel écart entre les personnages qui admirent le père du narrateur et ce fils plein de rancœur que j’en suis perdue. De plus, j’aurais pensé qu’il y aurait davantage de références à l’Histoire. Annibal porte un nom mythique et le titre du roman m’a quelque peu titillée. Je ne vois toujours pas le rapport. Y-a-t-il un parallèle à faire avec l’histoire d’Hannibal? Pourquoi le roman porte-t-il ce titre? Mystère ou bien folie de la lectrice que je suis?

Je suis tout de même allée au bout du livre et là, Ô miracle, j’ai apprécié et même trouvé émouvante la fin du roman. Il faut quand même avoir lu 2/3 de plaintes en tous genres avant cela pour accéder au saint Graal. Cette fin m’a touchée, émue car notre Annibal tombe le masque de Pierrot triste et déprimé. Il finit enfin par se bouger les fesses et par avancer. Les dernières pages sont tout simplement magnifiques, à la fois pleine de tristesse et d’espoir.

Scipion est un roman qui me laisse bien mitigée. Je n’ai pas adhéré à la plume de l’auteur ni à son personnage trop apathique pour moi. Cependant tout n’est pas à jeter. Dans un dernier sursaut, l’auteur parvient à réveiller son lecteur dans une sorte de grâce émouvante. Une lecture en demie-teinte pour moi!

 

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4 réflexions sur “Scipion de Pablo Casacuberta

  1. Pingback: Mes partenariats | Carolivre

  2. Je n’en ai pas encore lu 100 pages et je suis déjà au-delà de la douleur.
    2/3 de plaintes ? :/ Ça vaut vraiment le coup de supporter tout ça ?
    (je ne suis pas très motivée par celui que tu es en train de lire non plus et attends ton avis avec impatience)

      • Merci pour les encouragements !

        Pour le titre, l’auteur évoque Scipion à la fin du chapitre 3 (p. 117). Je verrai quoi en penser une fois tout le livre lu (à un chapitre par jour je l’aurai fini mardi soir – je ne me sens pas capable d’en lire plus chaque jour :S )

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