La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyam

 

 

 

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyam,

Publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture,

2016, 954 pages.

 

 

 

 

Dans la Maison, vous allez perdre vos repères, votre nom et votre vie d’avant. Dans la Maison, vous vous ferez des amis, vous vous ferez des ennemis. Dans la Maison, vous mènerez des combats, vous perdrez des guerres. Dans la Maison, vous connaîtrez l’amour, vous connaîtrez la peur, vous découvrirez des endroits dont vous ne soupçonniez pas l’existence, et même quand vous serez seul, ça ne sera jamais vraiment le cas. Dans la Maison, aucun mur ne peut vous arrêter, le temps ne s’écoule pas toujours comme il le devrait, et la Loi y est impitoyable. Dans la Maison, vous atteindrez vos dix-huit ans transformé à jamais et effrayé à l’idée de devoir la quitter. Ensorcelante évocation de l’adolescence, La Maison dans laquelle est un chant d’amour à cet âge ingrat et bienheureux, à ses exaltations et ses tragédies, au sentiment de frustration et de toute-puissance qui le traverse. Mariam Petrosyan a réussi à créer un univers bariolé, vivant et réaliste, pétri de cette nostalgie et de cet émerveillement que nous avons tous au fond de nous et qui fait que, parfois, nous refusons de grandir et d’affronter la brutalité du monde qu’on appelle la réalité.

 

Il m’aura fallu deux bonnes semaines pour venir à bout de ce pavé russe qu’est La Maison dans laquelle! Je suis passée par différentes étapes de lecture avec ce roman dense, foisonnant et vraiment très difficile à raconter.

La Maison dans laquelle c’est d’abord l’histoire d’une maison grise, immense et laide qui se dresse au milieu des tours, dans une cité. Le roman s’ouvre sur l’arrivée d’un jeune garçon, emmené par sa mère jusqu’à cette fameuse demeure. Bien qu’elle semble terrifiante et triste du point de vue de l’Extérieur, la maison est pleine d’enfants, de couleurs et de fantaisie. A l’intérieur, on découvre rapidement qu’il s’agit en fait d’une sorte de pensionnat pour des enfants cabossés par la vie au sens propre comme au figuré.

La Maison accueille en réalité des enfants pour la plupart handicapés: il y a les roulants qui se déplacent donc en chaises roulantes mais il y a aussi les marchants. Ceux là sont souvent aveugles, manchots, estropiés, bossus, boiteux, psychotiques, …. L’auteur nous entraîne dans un carnaval de personnages plus ou moins effrayants mais toujours attachants.

Dans la maison, les adultes sont très peu présents. Il y a bien un directeur, la plupart du temps planqué dans son bureau. Il y a quelques éducateurs. Les enfants sont le plus souvent seuls. Ils ont ainsi constitué des clans: les vautours, les chiens, les rats, les faisans. Chaque bande vit en autonomie et se reconnaît à ses habitudes, son style vestimentaire. A la croisée de La Guerre des boutons et de Sa Majesté des mouches, La Maison dans laquelle nous raconte la vie de ses gamins.

Les murs servent à véhiculer des messages, le café y est bu à toute heure de la journée et de la nuit, on y collectionne aussi bien les os de poulet que les perles. Bref, dans ce monde chacun se construit ou se reconstruit à sa manière. On commence par y abandonner son nom pour y être baptisé d’un surnom trouvé par l’un des habitants: Sphinx, Lord, Fumeur, Chacal, Gros Lard, … Chaque surnom en dévoilant un peu plus sur le personnage désigné.

Pénétrer dans la maison c’est d’abord entrer dans un univers où l’anarchie semble régner. Les premiers chapitres sont ainsi difficiles à saisir. On se demande où l’auteur veut en venir. Et puis peu à peu, on se laisse prendre par la main et ce sont les gamins de la maison qui nous guident et nous entraînent à travers leurs jeux, leurs guerres et leur espoir.

La difficulté du roman tient peut-être au fait qu’il n’y a pas vraiment d’intrigue. C’est un livre qui nous plonge dans une douce ambiance de cour de récré. En filigrane, on découvre le passé de certains pensionnaires comme Sphinx, Lord ou Fumeur. On s’attache à ces gamins tordus, cassés, cabossés.

Le livre est complexe, dense et étrange à certains endroits à la limite du rêve. Il faut accepter de perdre ses repères pour entrer dans cette maison. Il faut se laisser doucement apprivoiser par ces personnages. Il y a une dimension poétique et onirique non négligeable qui perd le lecteur pour mieux le retrouver et le questionner.

La Maison dans laquelle est un roman multiple et tentaculaire à l’image de cette maison grise, perdue au fond de la ville. Nul doute que ses personnages me hanteront longtemps.

Merci à Babelio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette belle découverte.

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3 réflexions sur “La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyam

  1. Pingback: Mes partenariats | Carolivre

  2. Ah j’étais ce matin à la librairie, poussée par l’envie de m’acheter un Toussaint Louverture, n’ayant jamais rien lu de cette maison, et puis je suis tombée sur le Petrosyam. Je suis allée voir sur mon portable si tu avais posté ta critique et ce que tu en avais pensé. Finalement, j’ai rien acheté mais j’y retournerai certainement bientôt pour me l’offrir, ton beau billet donne vraiment envie même si ça était difficile pour toi de nous rendre compte de l’histoire.

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