Hérétiques de Leonardo Padura

 

Hérétiques de Leonardo Padura,

Publié aux éditions Points,

714 pages, 2016.

 

 

 

 

 

 

En 1939, le S.S. Saint-Louis, transportant quelque 900 juifs qui avaient réussi à fuir l’Allemagne, resta plusieurs jours ancré au large du port de La Havane à attendre l’autorisation de débarquer ses passagers. Le jeune Daniel Kaminsky et son oncle avaient attendu sur le quai l’arrivée de leur famille, sûrs que le trésor qu’ils transportaient convaincrait les fonctionnaires chargés de les contrôler. Il s’agissait d’une petite toile de Rembrandt qui se transmettait dans la famille depuis le XVIIe siècle. Mais le plan échoua et le navire remporta vers l’Allemagne tout espoir de retrouvailles.
Des années plus tard, en 2007, le tableau est mis aux enchères à Londres et le fils de Daniel Kaminsky se rend à Cuba pour savoir ce qui s’y était passé concernant sa famille et le tableau. Il réussit à convaincre le détective Mario Conde de l’aider. Celui-ci, reconverti dans le commerce des livres anciens, découvre que cette toile représentant le visage du Christ était le portrait d’un jeune homme juif travaillant dans l’atelier de Rembrandt et y ayant étudié la peinture, contre toutes les lois des religieux.

Je continue mon exploration des romans publiés chez Points en lice pour le Prix du Meilleur Roman Points 2016. Hérétiques me faisait peur à cause de sa taille: pavé de 700 pages, écrit relativement petit! Je me suis lancée grâce à mes camarades qui vivent la même aventure que moi au sein du jury. Hérétiques est une lecture qui s’est avérée plaisante et prenante même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi!

Le roman se divise en 3 parties: Le livre de Daniel, le livre d’Élias et le livre de Judith. Toute l’intrigue résonne autour d’un fameux tableau de Rembrandt représentant le Christ. En 1939, ce tableau est en possession d’une famille juive qui fuit l’Allemagne pour Cuba, espérant y trouver refuge. Le Rembrandt est leur monnaie d’échange. Hélas, à Cuba, les autorités refusent que les passagers débarquent. Le petit Daniel Kaminsky, envoyé avant la guerre à Cuba, voit sa famille repartir pour l’Allemagne. Il apprendra plus tard qu’elle aura été exterminée à Auschwitz. De nos jours à Cuba, un certain Élias, petit-fils de Daniel Kaminsky, vient trouver le Conde, ex-flic, afin qu’il enquête. En effet, le Rembrandt ayant appartenu à sa famille a mystérieusement fait sa réapparition dans une salle des ventes à Londres. Qui a trahi les Kaminsky en 1939, leur faisant miroiter une vie à Cuba contre le célèbre tableau?

L’enquête menée par le Conde va l’emmener à contempler la noirceur de l’humanité. A travers un savant jeu de retours en arrière, l’auteur nous entraîne dans le Cuba des années 40 et celui, plus récent, des années 2000. Outre l’intrigue très prenante, qui place Daniel au cœur de l’intrigue, Leonardo Padura se livre à une réflexion intéressante sur la judéité. Qu’est-ce qu’être juif en 1939? En 2008?

Il nous entraîne aussi dans les ruelles de Cuba, une île coincée entre une dictature féroce et une envie folle de goûter à la liberté, éperdument tendue vers l’Occident et les USA. Son personnage du Conde m’a tout de suite plu. C’est un loser, un raté terriblement attachant qui vit au jour le jour, pourvu qu’il ait une bouteille de rhum sous la main et un bon bouquin!

Si j’ai aimé la première partie consacrée à Daniel et sa famille, j’ai un peu moins apprécié la deuxième qui nous entraîne au 17ème siècle à Amsterdam sur les traces de l’origine de ce tableau de Rembrandt. La lecture devient alors plus exigeante. C’est peut-être ce qui m’a gênée. Le lecteur est moins dans l’intrigue haletante du début mais suit le cheminement intérieur d’Élias, un jeune juif qui choisit de devenir peintre, bafouant ainsi toutes les règles religieuses de sa communauté. C’est tout de même un beau moment de littérature que de voir ce jeune homme faire un choix: celui du libre arbitre dans un monde où Dieu est la seule référence.

Enfin la troisième partie m’a moins convaincue. Pour lever le mystère sur la réapparition du tableau de Rembrandt, l’auteur passe par des détours dont il aurait pu s’abstenir. Cette dernière partie m’a fait l’effet d’une pièce rapportée même si elle n’est pas dénuée d’intérêt. J’avais parfois l’impression que cette ultime intrigue, tournant autour de la disparition d’une adolescente, n’avait plus de lien avec le reste du roman.

Hérétiques demeure un roman haletant qui nous entraîne au cœur de Cuba. Si j’ai aimé la première partie du roman, la suite m’a un peu moins séduite. J’ai cependant passé un agréable moment en compagnie de Mario Conde, regrettant presque de refermer le livre.

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3 réflexions sur “Hérétiques de Leonardo Padura

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