La Route de Beit Zera de Hubert Mingarelli

 

 

La Route de Beit Zera de Hubert Mingarelli,

Publié aux éditions Points,

2016, 157 pages.

 

 

 

Stepan vit avec sa chienne quelque part en Israël dans une maison isolée près des bois. Il écrit chaque jour à son fils Yankel, forcé de se cacher à l’autre bout du monde. Il raconte ainsi sa vie de solitude et dit son espoir, un jour, de le retrouver. En faisant face à son chagrin, il se souvient de l’époque où il contrôlait les Palestiniens aux postes-frontières, éprouvait de la haine, de la honte ou de la compassion.
Depuis quelque temps, un adolescent mystérieux lui rend visite et s’attache peu à peu à la chienne. Livre de la paternité et de la transmission, il aborde la question de la séparation, celle d’un père et d’un fils mais aussi celle des peuples qui vivent avec les fautes commises par leurs aînés. Et dit, à hauteur d’homme, la vie quotidienne éprouvée par le conflit israélo-palestinien.

Avant dernier livre du Prix du Meilleur Roman Points 2016, La Route de Beit Zera est un petit roman qui nous entraîne au cœur du conflit israélo-palestinien mais d’une manière assez habile.

L’auteur met en scène Stepan, un Israélien qui vit seul au cœur de la forêt avec sa petite chienne. La vie de Stepan est assez monotone. La journée, il confectionne des cartons pour son ami Samuellson en échange d’un petit salaire. Stepan observe le temps qui passe en fumant et en buvant du café mais surtout en pensant à son fils, Yankel, qui s’est enfui en Nouvelle-Zélande.

Un jour, en lisière de forêt, un jeune garçon surgit. Il regarde Stepan puis s’approche de la chienne. Chaque jour, il revient voir le vieil homme, sans parler, sans rien demander, juste pour caresser l’animal. Peu à peu, Stepan s’habitue à ces visites quotidiennes. Mais qui est ce jeune garçon? A-t-il un rapport avec la fuite de Yankel? Le passé revient alors hanter Stepan.

 

On pourrait dire que ce roman est un récit sur l’implicite, le non-dit, l’indicible. En effet, le lecteur pénètre au cœur du passé de Stepan grâce aux retours en arrière permanents qui permettent d’éclairer sa solitude et son isolement. Par petites touches, l’auteur reconstruit le passé de Stepan et cette haine qu’il porte en lui contre les Palestiniens. La manière dont l’auteur décrit certaines scènes, à demi-mot, sans jamais vraiment dire les choses, donnent une impression de vertige absolu. En effet, le lecteur se prend à imaginer les pires horreurs sur le passé du personnage, réformé de l’armée.

L’auteur nous raconte avec une efficacité et une économie de mots, la haine quotidienne entre les Juifs et les Palestiniens, le sentiment d’impunité de certains hommes, la douleur de perdre un fils. Tous les éléments du récit sont liés à commencer par les étranges visites du jeune garçon dont on ne connaîtra pas l’identité de manière certaines. L’auteur joue avec son lecteur en insinuant le doute et en restant toujours sur la réserve sans jamais rien affirmer de manière sûre.

Ce roman m’a aussi fait l’effet d’un conte de fée avec ce vieil homme, seul, en lisière de forêt et ce jeune garçon qui surgit des bois comme par enchantement. Les personnages semblent se créer une bulle autour d’un secret indicible qu’ils taisent. Parfois, les mots n’ont pas besoin d’être prononcés.

Hubert Mingarelli signe un roman complexe qui laisse le lecteur pensif encore longtemps après sa lecture.

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