Trois jours et une vie de Pierre Lemaître

 

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître,

Publié aux éditions Albin Michel,

2016, 282 pages.

 

 

« A la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Pierre Lemaître est un auteur dont l’actualité revient au grand galop en ce moment avec la sortie cinéma d’Au-revoir là-haut, prix Goncourt 2014, roman que j’avais adoré!

Avec Trois jours et une vie (roman qu’on m’a prêté il y a fort longtemps), j’ai voulu renouer avec cet engouement que j’avais eu pour le Goncourt. Si ce n’est pas un coup de cœur, j’ai tout de même apprécié cette lecture dérangeante.

Pierre Lemaître est un auteur adepte des décors sylvestres. Son intrigue prend place au cœur de l’Auvergne (si je ne me trompe pas), dans la petite ville de Beauval, cernée par les forêts sombres et épaisses. Le décor est planté. A Beauval, il n’y a pas grand chose à faire. Les magasins sont réduits à peau de chagrin et se limitent aux banques et au bureau de tabac. Pour Antoine, douze ans, la grande occupation est de jouer dans la forêt, de construire une cabane en haut des arbres pour épater les copains et surtout Émilie, son amoureuse secrète. Parfois, Antoine est accompagné de Rémi, un gosse de six ans, fils des Desmedt, une famille d’ouvriers qui a toujours habité à Beauval et qui ne la quittera jamais.

Il suffit de peu de choses dans ce roman pour que tout s’emballe et qu’un jour comme les autres bascule dans l’horreur. Gare à vous, je vais spoiler ici pour développer mon avis (même si le « drame » arrive au tout début du roman).

Alors que les déconvenues s’accumulent, Antoine, presque par hasard, tue Rémi. Paniqué, le gamin cache le corps dans la forêt. S’ensuivent trois jours de battues, de tensions et de culpabilité pour Antoine qui n’ose avouer son crime. Survient alors la tempête dévastatrice de 1999….

Pierre Lemaître nous plonge dans un roman sinistre, sombre à la thématique lourde et dérangeante. Antoine, douze ans, est un assassin. Même s’il s’agit d’un accident, il a tué un gamin de ses propres mains et ne s’est pas dénoncé. Et pourtant, l’auteur est doué: Antoine reste un personnage attachant. On a même envie qu’il ne se fasse pas démasquer et qu’il reste à l’écart de toute agitation. La culpabilité l’assaille, comme elle le fait avec nous lecteur et pourtant! On a envie de protéger Antoine, de lui dire que ce n’est pas grave! Pierre Lemaître parvient presque à nous faire oublier ce drame atroce à travers les yeux de cet ado rongé par la peur.

Trois jours et une vie m’a aussi plu car c’est avant tout un roman d’ambiance grinçant. On connaît la victime et le meurtrier dès le départ et cependant ça marche! Beauval, cette petite ville sombre, paraît bien sinistre. L’auteur donne l’impression qu’on ne peut y échapper. Il laisse entrevoir la misère sociale et culturelle, les rancœurs individuelles, l’ennui. J’ai aimé cette ambiance à la fois dense et feutrée.

Avec ce roman, Pierre Lemaître m’a convaincue. Le dénouement est, en outre, incroyable! Un beau livre sur la culpabilité et ses limites. 

 

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6 réflexions sur “Trois jours et une vie de Pierre Lemaître

  1. Moi aussi j’ai vraiment aimé ce thriller à la construction originale qui m’a tenue en haleine tout au long de ma lecture. C’était une découverte de l’auteur et je lirai sûrement au revoir là-haut qui m’attend sagement dans ma bibliothèque…

  2. Très envie de le lire celui-ci. Je fais un peu durer le plaisir. Et puis il y a aussi tellement de chose à lire de partout. Mais en tout cas, je ne l’oublie pas. Que ce soit ses policiers ou effectivement « Au revoir là-haut », j’ai adoré ses autres romans.

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