Home de Toni Morrison

 

 

 

Home de Toni Morrison,

Publié aux éditions 10/18,

2013, 143 pages.

La guerre de Corée vient à peine de se terminer, et le jeune soldat Frank Money rentre aux Etats-Unis, traumatisé, en proie à une rage terrible qui s’exprime aussi bien physiquement que par des crises d’angoisse. Il est incapable de maintenir une quelconque relation avec sa fiancée rencontrée à son retour du front et un appel au secours de sa jeune soeur va le lancer sur les routes américaines pour une traversée transatlantique de Seattle à Atlanta, dans sa Géorgie natale. Il doit absolument rejoindre Atlanta et retrouver sa soeur, très gravement malade. Il va tout mettre en œuvre pour la ramener dans la petite ville de Lotus, où ils ont passé leur enfance. Lieu tout autant fantasmé que détesté, Lotus cristallise les démons de Frank, de sa famille. Un rapport de haine et d’amour, de rancœur pour cette ville qu’il a toujours voulu quitter et où il doit revenir. Ce voyage à travers les États-Unis pousse Frank Money à se replonger dans les souvenirs de son enfance et dans le traumatisme de la guerre ; plus il se rapproche de son but, plus il (re)découvre qui il est, mieux il apprend à laisser derrière lui les horreurs de la guerre afin de se reconstruire et d’aider sa sœur à faire de même.

Home est un petit roman de 140 pages qui retrace la vie de Franck Money. Noir américain, dans l’Amérique des années 60, c’est un vétéran de la guerre de Corée. Traumatisé par ce qu’il a vu et fait, il boit pour oublier jusqu’au jour où il reçoit une lettre dans laquelle on lui dit que Cee, sa petite sœur, est en danger. Franck va alors traverser toute l’Amérique pour la sauver.

Le lecteur va suivre Franck à travers son périple. C’est l’occasion pour lui de repenser à son passé: son enfance misérable, élevé par une grand-mère terriblement méchante, son adolescence dans sa petite ville minable, la guerre de Corée… Certains passages se déroulent donc dans le passé de Franck. Toni Morrison suggère plus qu’elle ne raconte. Rien n’est dit franchement. C’est au lecteur de décider. Ainsi, au début du roman, Franck s’échappe d’un asile psychiatrique. Pourquoi y était-il interné? Le lecteur ne peut faire que des suppositions.

Cette écriture à trous traverse tout le roman à l’image de la vie de Franck, parcellaire depuis qu’il est revenu de la guerre. L’auteur nous raconte aussi l’histoire de Cee qui a fui sa famille avec le premier venu puis qui a été abandonnée, dans une grande ville. Elle se fait alors engager par un médecin aux pratiques très douteuses.

Je n’ai pas vraiment adhéré à cette narration parcellaire qui laisse trop de blancs dans l’intrigue. L’épaisseur du roman y est aussi pour beaucoup. J’ai pourtant adoré suivre les destins de Franck et Cee. L’auteur retrace avec justesse la vie de ces deux jeunes adultes noirs dans une Amérique raciste: l’interdiction à certains lieux, la séparation dans le bus, la non reconnaissance du statut de Franck, pourtant vétéran de la guerre de Corée. Le racisme, la ségrégation, la misère: Toni Morrison nous livre ici une histoire triste et révoltante grâce à deux personnages d’une densité narrative imposante. J’aurais tellement aimé les suivre plus longtemps.

L’écriture de Toni Morrison reste cependant belle, d’une simplicité percutante. Un style subtil et pourtant poignant.

« Home » est un beau roman sur la condition des noirs américains dans les USA des années 60.

2 réflexions sur “Home de Toni Morrison

  1. Pingback: Bilan Lecture de septembre 2019 | Carolivre

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