La Couleur du trois de Leni Zumas

 

 

La Couleur du trois de Leni Zumas,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2020, 356 pages.

Il fut un temps, ils étaient cinq… Quinn, la trentaine passée, est célibataire, sans enfant, et sur le point de perdre son emploi. Comme si sa précarité financière n’était pas suffisamment angoissante, elle doit faire face au retour en ville de Cam, son premier petit ami, dont elle s’est brutalement séparée dans des circonstances qu’elle préférerait oublier. Cette réapparition fait remonter à la surface le traumatisme de ses années adolescentes ? la mort violente de sa sœur cadette ? , qu’elle croyait pourtant avoir enfoui au plus profond d’elle-même par des tactiques toutes personnelles…

Leni Zumas est une auteure de talent. En 2018, paraissait son roman marquant Les Heures rouges dans lequel l’auteur imaginait qu’aux USA, le droit d’avorter n’existait plus. Le récit était glaçant.

Avec La couleur du Trois, Leni Zumas nous offre un roman tout aussi poignant, dans un autre genre. Quinn a la trentaine. Sa vie n’a rien d’enviable. Elle vivote grâce à son boulot dans une bouquinerie. Elle fume et boit beaucoup trop. Elle est hantée par son anorexie et les fantômes de son enfance. Lorsque Quinn était gamine, elle a perdu sa sœur cadette dans un accident tragique. Les souvenirs remontent à la surface sans qu’elle puisse se débarrasser d’une culpabilité qui lui colle à la peau parce qu’elle, elle vit, et sa sœur, non.

Leni Zumas offre au lecteur un roman étrange. Les chapitres sont très courts et oscillent entre les souvenirs de Quinn, lorsqu’elle avait une dizaine d’années ou lorsqu’elle se produisait en concert lors de ses années lycée et le récit de la vie de Quinn, trentenaire, paumée et mal en point. Il faut donc s’habituer à ses va-et-vient dans la narration. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. On suit Quinn qui se débat avec ses souvenirs qui lui collent à la peau, l’empêchant de vivre pleinement.

L’écriture de Leni Zumas est empreinte d’une douce mélancolie, celle qui vous ravage le cœur et vous picote la moelle. Une mélancolie douce-amère qui permet au lecteur d’en savoir plus sur l’histoire de Quinn. Pourquoi refuse-t-elle de vivre? Le fantôme de sa sœur décédée la hante et la rend malade. Ce n’est pas ni un roman de la résilience ni le récit d’une guérison que nous livre ici l’auteure mais le simple constat que les morts empêchent parfois aux vivants de vivre. J’ai été pour ma part émue par ce récit que j’ai trouvé poétique, poignant et torturé. Sur fond de musique grunge, de drogue et d’alcool, Leni Zumas nous dresse également le portrait d’une jeune femme perdue face à une vie d’adulte qu’elle n’arrive pas à mener à bien, elle qui a été dépossédée trop tôt de son enfance.

« La Couleur du trois » est un roman de pure mélancolie sur la question de la perte d’un être cher et de ses conséquences sur la vie de ceux qui restent. 

Une réflexion sur “La Couleur du trois de Leni Zumas

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