Lire les morts de Jacob Ross

 

 

Lire les morts de Jacob Ross,

Publié aux éditions Sonatine,

2020, 358 pages.

Personne ne peut empêcher les morts de parler. Camaho – une île des Caraïbes. Michael  » Digger  » Digson vit seul dans une maison coloniale, héritée de sa grand-mère. Il subsiste en faisant de petits boulots. Mêlé à une rixe, il est arrêté par le commissaire Chilman. Ce vieux flic anticonformiste est en train de mettre sur pied une équipe faite de petits voyous, à qui il propose une seconde chance : entrer aux homicides.
Un peu réticent, Digger accepte finalement de le rejoindre. Avec l’intention d’enquêter de l’intérieur sur la disparition de sa mère lorsqu’il était enfant. Alors que Digger s’avère particulièrement efficace dans la lecture des scènes de crime, Chilman, proche de partir à la retraite, lui fait promettre d’élucider un étrange affaire, qui l’obsède depuis des années.

Lire les morts est un vraiment un roman à part qui dénote avec tout ce que j’ai pu lire avant. A la fois polar, roman noir, roman sociétal, Jacob Ross nous livre là un roman d’abord atypique. A Camaho, une île des Caraïbes, Digger assiste au lynchage d’un jeune écolier. Convoqué par la police, il épate le commissaire en chef Chilman, en reconnaissant, rien qu’à leur voix, les meurtriers. Chilman sent qu’il tient là un jeune homme très doué et il lui propose d’intégrer son unité. Digger accepte et reprend la seule enquête que Chilman n’a jamais élucidée: celle de la disparition de Nathan

Lire les morts s’ouvre comme un roman policier classique avec la rencontre entre Digger et Chilman. Ce dernier fait confiance à ce jeune homme très doué pour résoudre des affaires de police. En effet, Digger observe, fait des hypothèses, des déductions à partir de faits empiriques sans jamais se tromper. Puis peu à peu, le roman glisse vers autre chose. Au-delà de l’enquête, l’auteur convoque tout une société qu’il connaît bien puisqu’il est né lui-même dans ces îles. Il faut d’abord s’habituer à la langue créole. Le traducteur réussit très bien à reproduire cette langue très orale dont les tournures de phrases sont bien spéciales. Il y a ensuite l’ambiance. Lire les morts n’est pas un roman haletant. Au contraire, il prend son temps: il nous montre l’île, ses habitants, ses caractéristiques. On ressent la langueur qui habite certains habitants, la pauvreté des uns, l’envie de s’en sortir pour les autres en se frottant à un idéal américain. Jacob Ross profite de son roman pour faire le portrait coloré d’une société caribéenne pétrie de superstitions parfois.

C’est surtout un roman construit autour de la langue, brillante ici, Jacob Ross étant poète. On ressent son amour pour les mots, la syntaxe. La langue est riche, envoûtante, chaude comme ce soleil qui tape sur les têtes. En lisant ce roman, on voyage aux confins de ces îles.

« Lire les morts » est vraiment un roman à part, à lire d’abord pour sa langue lumineuse et son style incroyable.

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