Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian

 

 

 

Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian,

Publié aux éditions ActuSF,

2018, 528 pages.

C’est à Landor qu’on trouve la plus importante école de serviteurs de Civilisation. Ceux qui en sortent, les factotums, savent repasser le linge de leur maître, réciter sa généalogie et éviscérer ceux qui le regardent de travers. Leur fidélité, garantie par des années de lavage de cerveau à la lessive patriotique, n’est plus à démontrer. C’est pourquoi, lorsque Sylve trahit son seigneur et lui dérobe une précieuse relique, c’est l’incompréhension… puis la chasse à l’homme.

Sauf que Sylve n’a jamais rien volé. Et peut-on qualifier de traître celui qui a ajusté ses principes par amour ? Le guerrier naïf qui n’a jamais quitté Landor est en route pour la baronnie de Grish-Mère. Il espère y laver sa réputation, mais il se retrouve à la merci de la puissante Guilde des Épiciers. Son érudition et son excellence au combat ne lui sont alors que d’un faible secours…

J’ai rencontré Isabelle Bauthian lors des dernières Imaginales. J’ai assisté à l’une des conférences qu’elle donnait et j’ai pu ensuite lui parler lors des dédicaces. Grish-Mère est son dernier né. Il prend place dans une saga qui comprendra cinq tomes. Chose originale: on peut lire les tomes dans le désordre sans aucun problème. En fait chaque tome est plutôt consacré à l’exploration d’une des contrées imaginées par Isabelle.

Grish-Mère est un sacré pavé de fantasy! Il faut bien s’accrocher pour le lire car l’auteur ne se fiche pas de son lecteur. C’est de la fantasy qui fait réfléchir avec des dialogues ciselées alors mieux vaut être bien concentré pour s’y attaquer.

L’intrigue générale s’articule autour de deux moments clés de la vie de Sylve. Certains chapitres, sous forme de flash-back, rappellent son enfance et son adolescence. Issu d’une famille pauvre, Sylve a été offert à l’École pour devenir factotum. Un factotum sait tout faire: organiser un dîner, broder, arranger un bouquet, manier l’épée ou la hache pour servir son maître. C’est un expert dans bien des domaines. Les chapitres qui nous montrent le passé de Sylve nous renseignent sur sa formation.

Les autres chapitres sont ceux du moment présent. Sylve débarque à Grish-mère pour rapporter une statuette religieuse dérobé à son maître. Mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’il cherche à rejoindre l’île de Grish-mère, Sylve devient plus ou moins le prisonnier d’une guilde d’épicier et garde du corps forcé de leur chef.

Comme je le disais plus haut, Grish-mère n’est pas le genre de fantasy facile. Il y a d’abord l’intrigue qui paraît simple en un coup d’œil mais qui est en réalité bien retorse. Il y a ensuite la langue. Isabelle Bauthian cisèle ses dialogues telle une orfèvre. Ce sont de véritables joutes oratoires que mènent les personnages. Elle a aussi pris le parti de nous faire connaître les pensées de Sylve par un système de police en italique ce qui rend les situations souvent bien drôles! C’est profondément intelligent. Elle rend ainsi hommage à la langue, à l’expression orale car Sylve peut se montrer aussi courtois qu’il peut être vulgaire. On n’emploie pas le » Sieur » comme on donne du « Monsieur » et chaque mot prononcé révèle un peu de vous. C’est parfois compliqué à suivre, certes, mais très jubilatoire.

Grish-mère c’est aussi le genre de roman fantasy qui donne à réfléchir. Sylve se retrouve donc sur une île au fonctionnement matriarcale. Les hommes y sont tolérés mais doivent s’y faire tout petit. Traités comme des sous-citoyens, ils obéissent aux femmes. J’ai trouvé vraiment très intéressant la situation développée par l’auteur. Sylve se plaint de son statut et trouve les choses injustes mais il ne se rend pas compte de sa position de dominant et d’oppresseur lorsqu’il est en dehors de Grish-mère. Il expérimente ce qu’il fait peser sur les femmes sans en prendre réellement conscience! Il remet en cause cette société matriarcale sans remettre en cause la société patriarcale qui l’a élevé. J’ai trouvé ça fort de la part de l’auteur car elle traite les choses avec finesse sans caricature aucune. L’auteur propose ici une vision originale des choses.

L’intrigue est menée tambour battant et si les choses paraissent un peu floues au départ, elles s’éclaircissent vite pour faire comprendre au lecteur que retrouver cette statuette pour Sylve est une question d’honneur voire de vie et de mort.

Grish-mère est un sans faute pour moi et très un bon roman de fantasy pour celui qui sait à quoi s’attendre. Nul doute que je me pencherai à l’avenir sur la suite des œuvres de l’auteur.

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La Disparition de Stéphanie Mailer de Joël Dicker

 

 

 

La Disparition de Stéphanie Mailer de Joël Dicker,

Publié aux éditions de Fallois,

2018, 638 pages.

 

 

 

30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’Etat de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers : le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres. L’enquête, confiée à la police d’Etat, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration. Mais vingt ans plus tard, au début de l’été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu’il s’est trompé de coupable à l’époque. Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses. Qu’est-il arrivé à Stephanie Mailer ? Qu’a-t-elle découvert ? Et surtout : que s’est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ?

J’ai lu le dernier Joël Dicker. Je l’attendais comme le Saint-Graal. J’ai patienté, attendant le moment propice des vacances pour me plonger dans ce pavé de 638 pages! J’en sors plutôt mitigée. Je ne dirais pas déçue car j’ai tout de même passé un bon moment de lecture mais j’ai trouvé ce roman un cran en-dessous des deux précédents.

L’intrigue est vraiment pas mal, c’est le point très positif du livre. Joël Dicker a l’art de troubler le lecteur et de brouiller les pistes. Il multiplie les personnages et les histoires secondaires, dévoilant les secrets plus ou moins avouables de ses protagonistes. J’aime cette manière de procéder, ce kaléidoscope d’intrigues qui viennent se percuter les unes les autres. On passe d’un homme infidèle qui ne sait plus quoi faire pour mettre un terme à sa relation à une jeune femme à la dérive en passant par un critique d’art désavoué. Même si ses personnages appartiennent relativement tous au même milieu, l’auteur radiographie à merveille les vices de ses contemporains!

L’intrigue principale est également intéressante. Alors qu’elle enquête sur un quadruple meurtre vieux de plus de vingt ans, Stéphanie Mailer, journaliste, disparaît. On retrouve rapidement son corps. Jesse et Derek, les deux policiers en charge de l’enquête à l’époque, rouvrent le dossier. Il apparaît vite qu’ils ont coffré le mauvais suspect. Ils reviennent sur les indices découverts en 1994 et s’aperçoivent que le tueur court toujours! Avec Jesse et Derek, le lecteur pénètre dans l’intimité de la petite ville d’Orphea, dans les Hamptons.

C’est l’autre point fort de Joël Dicker: il nous fait vivre l’ambiance d’une petite ville balnéaire de la côté Est de New-York. Orphea est une charmante ville, idéale. Sa librairie, ses cafés, sa marina et son festival de théâtre en font un endroit attractif et paradisiaque. Le maire fait tout pour attirer les touristes et la réouverture de l’enquête sur le quadruple meurtre de 1994 ne fait pas vraiment ses affaires! J’ai adoré baigner dans l’ambiance d’Orphea, de ses habitants et de ses secrets.

Jusque là tout va bien, me direz vous. Alors qu’est-ce qui ne m’a pas plu dans ce livre? J’ai été surprise et déçue par les dialogues. Certains semblent complètement superficiels, sortis tout droit d’une mauvaise série télé. On alterne finalement entre des passages haletants et des dialogues mièvres voire ridicules. Je suis surprise car les romans précédents de Joël Dicker étaient bons d’un bout à l’autre. Certains personnages sont caricaturaux et poussés à l’extrême. Je n’ai pas vraiment compris le personnage d’Harvey Kirk. Pourquoi est-il si bête? On ne croit pas une seule seconde au rôle qu’il se donne.

Et que dire de cette fin? Rocambolesque, presque irréelle, décevante. Mais que s’est-il passé? L’auteur devait-il rendre son manuscrit à temps? On a l’impression qu’il a bâclé le dénouement du roman. La manière dont le meurtrier avoue tout est grotesque. J’ai été franchement déçue.

La Disparition de Stéphanie Mailer m’a fait passer un bon moment de lecture mais je n’ai pas retrouvé l’engouement que j’avais éprouvé pour les deux précédents romans de l’auteur. Dommage!

 

 

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande

 

 

 

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande d’Abel D’Halluin,

Publié aux éditions Bergame,

2017, 638 pages.

 

Royaume des deux Bretagne, Ve siècle. Le pays est partagé en deux, entre christianisme et culte aux dieux celtes. Les douze ordres magiques d’Avalon, conscients de leur lente extinction, se réunissent devant les reines de Brocéliande, les fées Morgause et Viviane. Rassemblant les trésors de chaque ordre, celles-ci constatent la disparition de celui des Magiciens. Kéridwenn, la dernière enchanteresse, reçoit alors la mission de retrouver l’objet précieux, afin de rétablir la prophétie, mais son alliance secrète avec le roi Constant, premier roi chrétien, l’empêche de mener à bien sa tâche ; c’est son fils Taliésin qui en sera investi…

Merci aux éditions Bergame de m’avoir laissé choisir un titre de leur catalogue. J’ai toujours aimé les romans concernant la matière dite de Bretagne c’est donc tout naturellement que j’ai voulu découvrir le premier tome d’Avalon. La couverture du livre est d’abord superbe! C’est ensuite un beau bébé de 638 pages que j’ai eu entre les mains un petit moment! Mais quelle lecture! Cela valait vraiment le coup.

L’auteur, Abel D’Halluin, choisit de nous raconter les fées, Brocéliande, les batailles et les rois du point de vue de Taliésin, barde et magicien. Depuis ses débuts, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, à la chute d’Uther Pendragon, il nous conte sa vie et à travers elle sa rencontre avec des personnages entrés dans l’Histoire: Merlin, Morgause, Viviane, Ygerne, Gauvain, …

L’intrigue prend tout son temps. L’auteur développe avec minutie la vie du barde. On le connaît alors qu’il n’est qu’un gamin et qu’il apprivoise sa magie. Rejeté par sa mère, Taliésin va se construire presque seul, au milieu des bois, à l’écoute de la nature et des éléments naturels. Puis on le suit devenu adulte et barde dévoué à Ygerne et au prince Gorlois. On suit ses aventures en Brocéliande et en Bretagne auprès d’Uther Pendragon afin de repousser les envahisseurs saxons.

Comme je l’ai dit plus haut, c’est extrêmement détaillé. On rencontre au fur et à mesure de l’histoire, tous les personnages bien connus de la matière de Bretagne. Il y a d’abord les chevaliers: Gorlois, Uther Pendragon, Yvain mais surtout Gauvain. Puis il y a les fées: Morgause et Viviane sans oublier Merlin, le magicien le plus mythique de la littérature.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman c’est que l’auteur nous fait connaître certains personnages emblématiques depuis leur naissance. Ainsi, j’ai redécouvert les origines de Morgane mais aussi celles de Merlin. J’avais oublié leur conception étrange. Il remonte à leur naissance et j’ai beaucoup aimé voir leur évolution au fil des années.

Aucun personnage n’est blanc ou noir. Ils sont très nuancés. J’ai aimé ce parti pris. Ainsi, Merlin lutte sans cesse contre sa part démoniaque. Morgane apparaît bien sombre dès le départ. Les fées sont loin d’être idéalisées. On est bien loin des clichés véhiculés par les nombreux contes. Abel D’Halluin revient aux origines de la légende et on sent que son histoire est empreinte du mythe arthurien. On sent que l’auteur a mené un travail de fond et qu’il connaît son sujet.

Le lecteur se balade ainsi entre Brocéliande et Tintagel. Ces noms mythiques résonnent tout au long de la lecture et font voyager dans ce monde légendaire et merveilleux où le promeneur peut croiser à tout moment un troll ou une fée.

Au-delà d’un récit mythique, Avalon met en lumière la condition de l’homme qui se débat pour construire un monde meilleur tout en luttant contre ses démons intérieurs à l’image d’Uther qui provoque sa propre chute ne sachant choisir entre son cœur et sa raison ou encore Merlin, qui par loyauté envers son amour perdu, trahit son ordre. La violence, le sexe, sont aussi de la partie et apportent une dimension plus sombre au roman.

Épopée mythique et fantastique, Avalon ravira les adeptes de la matière de Bretagne. Ce récit merveilleux, de longue haleine, fera voyager le lecteur aux côtés de Taliésin, le barde magicien. Une plongée aux origines de la magie…

A la pointe de l’épée d’Ellen Kushner

 

 

 

A la pointe de l’épée de Ellen Kushner,

Publié aux éditions Folio SF,

2010, 409 pages.

Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d’Eau, le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu’impitoyable, violent à ses heures, ce dandy scandaleux gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale. Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons, certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va dès lors se retrouver au cœur d’un inextricable dédale d’intrigues politiques et romanesques qui pourraient bien finir par lui coûter la vie…

J’ai découvert Ellen Kushner aux dernières Imaginales. J’ai d’abord assisté à l’une des conférences à laquelle elle participait. Elle y parlait de la manière dont elle construisait ses personnages notamment ses « vilains« . J’ai ensuite pu lui glisser deux mots lors d’une dédicace. Ellen Kushner est américaine mais s’exprime très bien dans la langue de Molière. Pétillante et avenante, elle m’a parlé de son livre A la pointe de l’épée, vibrant hommage aux romans de cape et d’épée.

Deux choses m’ont gênée dans ma lecture de ce roman. Il est d’abord classé en SF. Bien que l’univers développé par Ellen Kushner soit imaginé (elle parle du quartier des Bords d’Eau, de la Colline, …), je ne vois aucune autre manière de rattacher ce livre à la SF. Petite déception sur ce point. Je m’attendais peut-être à quelque chose de plus développé.

Ensuite, la seconde chose qui m’a gênée, c’est la manière d’écrire de l’auteur. Elle écrit extrêmement bien et c’est parfois assez ardu. Je dois reconnaître qu’elle possède un style que je vois peu en littérature contemporaine. Elle Kushner procède beaucoup par allusions, sous-entendus, non-dits et c’est parfois un difficile à suivre. Elle utilise notamment le discours indirect libre, pas toujours évident à décrypter! Ainsi la première partie du roman laisse le lecteur dans le flou. On fait la connaissance de Richard Saint-Vière, bretteur qui se met au service des plus nobles pour tuer au nom de l’honneur, sans guère de morale. Il vit avec un certain Alec. On sait peut de choses sur ce dernier. Entrent alors en scène de nombreux autres personnages, tous nobles, qui complotent chacun dans leur coin. Je dois dire que j’ai trouvé l’intrigue de départ assez mystérieuse. « Embrouillée » ne serait pas le bon terme, car l’auteur sait parfaitement ce qu’elle fait, mais c’est plutôt difficile d’accès.

En revanche, la seconde partie du roman m’a énormément plu. On comprend peu à peu qui joue un rôle et par rapport à qui. Les pièces du puzzle se mettent en place tout doucement. A ce moment-là, l’auteur nous embarque vraiment dans son histoire de cape et d’épée et j’ai tout simplement adoré cette ambiance du siècle classique, les vengeances des uns et des autres, les complots pour renverser tel ou tel homme de pouvoir mais surtout l’intelligence et la loyauté de Richard Saint-Vière. Comme me l’a confié Ellen Kushner, Richard est un méchant, dénué de morale certes, mais c’est un méchant « lumineux« . On se prend au jeu. Qui a trahi Richard? Pour quelle raison? C’est une réussite de bout en bout jusqu’au retournement final.

A la pointe de l’épée est finalement un roman très abouti qui se déguste lentement. L’écriture délicate et complexe de l’auteur font de ce livre un classique à découvrir.

Witchcraft de Raphaël Payet

 

 

 

Witchcraft de Raphaël Payet,

Publié aux éditions Bergame,

2018, 112 pages.

 

La prophétie autrefois annoncée par les sorciers est en marche. Elle est dorénavant synonyme d’espoir pour des hommes implorant un meilleur avenir pour leur descendance dans ce royaume prohibant la magie et devenu chaotique. Longtemps tenue en captivité par les Rages Noirs, Tasha Lunar, l’une des dernières sorcières, se retrouve dans l’obligation de fuir afin de survivre. Espérant retrouver son ancienne vie, elle se met à la recherche de son père, et, dans sa quête, sera aidée par Vaco Tomas, un vagabond solitaire au passé trouble. Beaucoup d’épreuves les attendent, testant leur courage et leur caractère… La prophétie des sorciers est en marche, portée par la dernière des sorcières.

Je remercie les éditions Bergame de m’avoir fait parvenir ce roman. La quatrième de couverture m’a tout de suite attirée. Avant de vous lancer dans ce roman, il faut vous dire qu’il s’adresse davantage à des ados et qu’il faut donc le lire dans cette optique.

C’est d’abord un roman très court: 112 pages qui se lisent vite. On suit au début de l’histoire Vaco Tomas. C’est un homme solitaire, quasi ermite, qui vit de vols. Il découvre, une boîte mystérieuse, alors qu’il s’en prend à un convoi. Même si elle est impossible à ouvrir, il décide pourtant de la conserver avec lui. Un peu plus tard, il fait la connaissance de Tasha. Il découvre bientôt qu’elle est une sorcière et qu’elle est à la recherche de son père.

Objectivement, je dirais que ce petit roman est une bonne entrée en matière pour tous les enfants ou ados qui veulent se frotter à la fantasy. Raphaël Payet mêle magie, combats de sorciers et découvertes d’univers merveilleux dans un récit où tout s’enchaîne très vite. Il y a beaucoup d’actions et le rythme est soutenu. Les plus jeunes lecteurs ne s’ennuieront pas!

Cependant, l’action peut en gêner plus d’un. J’ai eu l’impression parfois de lire une grosse introduction de roman. L’univers imaginé est esquissé à peine. C’est dommage car on sent qu’il y a du potentiel pour faire une histoire plus longue et plus fouillée. L’auteur a voulu miser sur les péripéties au détriment parfois des explications. On saute du coq à l’âne aux moments où justement on aimerait davantage se poser pour comprendre comment fonctionne le monde dans lequel évolue les personnages. Quand Tasha apprend par exemple à maîtriser ses pouvoirs de sorcière, l’auteur n’y consacre qu’un paragraphe et ça va beaucoup trop vite pour la lectrice exigeante que je suis.

A d’autres moments, l’univers décrit par l’auteur est très beau. Il y a de magnifiques passages que j’ai trouvés très travaillés tant au niveau du style que de l’intrigue. Cependant, à nouveau, à force de vouloir trop en faire, l’auteur vient en quelque sorte « gâcher » ces moments de lecture par une action trop rapprochée et trop répétitive.

Witchcraft est un roman de fantasy qui ravira les ados par son côté actions et aventures. L’univers mériterait cependant d’être plus développé.

 

Bilan lectures du mois de juin

Nous sommes déjà le premier juillet. Le mois de juin est passé à une allure folle et l’été s’est enfin installé. Bientôt les vacances pour moi et qui dit vacances dit lectures bien sûr! Avant d’entamer ce mois dédié à la paresse, jetons un œil à ce qu’il s’est passé en juin. Mon bilan est plutôt bon puisque j’ai lu 9 romans (et certains étaient des briquasses!). Je n’ai acheté que 2 livres (d’occasion en plus) et reçu 5 SP.

Voici donc mes lectures du mois de juin:

Gros coup de cœur pour Les enfants de Peakwood de Rod Marty. J’ai aimé le style, l’intrigue, l’ambiance. L’auteur a su m’immerger dans son histoire de rituels et de revenants. J’ai aussi beaucoup aimé La Maîtresse de guerre de Gabriel Katz! Je l’ai lu d’une traite et je compte bien m’attaquer aux autres romans de l’auteur. Apostasie de Vincent Tassy m’a aussi énormément plu. Ce n’est pas une lecture évidente mais c’est si poétique et si violent. Une belle découverte. J’ai enfin particulièrement aimé Calame de Paul Beorn. L’auteur prend son lecteur à contrepied et son histoire est tout à fait originale.

 

 

 

 

 

 

 

Pas des coups de cœur mais de belles découvertes: L’île des absents de Caroline Eriksson m’a troublée. Ce thriller m’a donné des frissons. La perfection du crime d’Helen Fields est aussi une belle découverte. J’ai vraiment apprécié cette enquête policière qui met l’accent sur la façon dont les policiers s’y prennent pour débusquer le tueur. Et Dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller m’a aussi fait passé un bon moment. Ce troisième tome m’a permis de renouer avec Évariste et Isabeau! Enfin Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer m’a beaucoup émue. C’est un magnifique roman à la fois poignant et cruel.

Ma seule petite déception revient au roman A la pointe de l’épée d’Ellen Kushner (chronique à venir). C’est un livre assez particulier, pas évident et qui a, cependant, de nombreuses qualités.

J’ai bien tapé dans mes lectures des Imaginales et je suis à jour dans mes SP. Côté prévisions livresques, je mise cet été sur du Gabriel Katz, le dernier Joël Dicker et pourquoi pas du Maurice Druon avec Les rois maudits!

Et vous, votre bilan?

Bel été et belles lectures

Calame, Tome 1: Les deux visages de Paul Beorn

 

 

 

Calame, Tome 1: Les deux visages de Paul Beorn,

Publié aux éditions Bragelonne,

2018, 476 pages.

 

Au royaume de Westalie, une rébellion principalement composée de femmes a fait trembler le trône du tyran, la Roi-Lumière, qui avait décrété que seuls les hommes avaient une âme. Au cours de la dernière bataille, Darran Dahl, le chef légendaire des rebelles, est tué et ses partisans jetés au cachot. Mais l’église dépêche dans la prison royale un célèbre conteur, d’Arterac, et lui donne pour mission d’entendre les derniers témoins du passé de Darran Dahl, cet ancien soldat surgi de nulle part, qui avait pris fait et cause pour la rébellion. La très jeune Maura, ancienne lieutenante et confidente de Darran Dahl, autrefois sa domestique, se voit proposer un marché : un sursis à son exécution en échange de son témoignage. Elle accepte de raconter leur histoire, depuis le village qui les a vu naître jusqu’à la bataille finale, mais elle se jure d’employer chaque minute de ce sursis pour mettre au point son évasion et reprendre la lutte.

J’ai repéré Calame sur une des vidéos de Pikiti Bouquine. Elle en parlait si bien qu’elle a suscité rapidement mon intérêt. J’ai pu rencontrer l’auteur aux Imaginales et je n’ai pas hésité à lui prendre son premier tome (en m’assurant que le second viendrait bientôt!).

Calame propulse le lecteur dans un monde médiéval imaginaire dans lequel les guerriers côtoient les magiciens. L’intrigue de Calame peut désorienter plus d’un lecteur puisque le roman s’ouvre sur la défaite et la mort du héros! Étrange comme entrée en matière! En effet, Darran Dahl, héros et guerrier légendaire, est mort lors de la bataille l’opposant au roi Lumière. Son armée est capturée et mise au cachot.

Parmi ses soldats, il y a Maura (prononcez Ma-o-ra). Elle était l’une de ses plus fidèles combattantes. Son exécution est programmée avec celles de ses comparses mais voilà qu’on lui propose un étrange marché. Elle doit raconter l’histoire de Darran Dahl à Jean D’Arterac, un légendier très connu et très puissant. Ce dernier souhaite écrire l’histoire du rebelle Darran Dahl. Maura accepte.

L’intrigue repart alors dans l’autre sens. Maura nous raconte sa rencontre avec celui qui deviendra Darran Dahl et la façon dont sa légende s’est mise en marche. Le roman de Paul Beorn fonctionne comme une poupée russe. L’intrigue initiale s’ouvre pour donner lieu à une deuxième intrigue et ainsi de suite. Il y a donc une histoire dans l’histoire. Tandis que Maura nous narre sa rencontre avec le mystérieux Darran Dahl, les questions deviennent plus pressantes et le voile de mystère qui l’entoure s’épaissit de plus en plus.

Calame est de la fantasy médiévale. J’ai aimé car le côté magie apparaît mais n’explose pas non plus au visage du lecteur. L’auteur sème des petites touches de magie par ci, par là sans en abuser, ancrant son récit dans un univers riche et réaliste. Alors bien sûr, il y est question de violences, de batailles, de mises à mort mais l’auteur aborde des questions plus intéressantes comme la position des femmes dans la société. Je dirais même que son roman prend des dimensions féministes.

Il prend en effet le parti de décrire une société dans laquelle les femmes ont été reconnues « sans âme ». Elles peuvent donc être vendues comme un meuble. C’est d’ailleurs l’un des nœuds de l’intrigue. Darran Dahl va se lancer à la poursuite de trafiquants de femmes et c’est ce qui assoira sa popularité. Même si ce passage m’a paru un peu lourdaud par moment, j’ai apprécié le message qu’il délivrait. Paul Beorn démontre par A + B comment une société peut être amenée à considérer une partie de sa population comme des sous-citoyens. Ici les femmes sont d’abord bannies de la religion, rejetées des toutes les cérémonies officielles pour enfin être considérées comme des biens.

Ce que j’ai aimé avec Calame c’est que le roman possède plusieurs degrés de compréhension. On peut le prendre comme un livre qui envoie du lourd côté actions et batailles mais on peut aussi le considérer comme un roman qui questionne le pouvoir des mots. Ainsi le fameux Calame dont il est question dans le titre prend une dimension toute autre. Ceux qui ont lu le livre comprendront en quoi la parole peut s’avérer performative c’est-à-dire qu’elle réalise ce qu’elle énonce.

Le seul bémol que j’apporterai concerne Maura. J’ai toujours du mal avec la narration avec la première personne. Maura est un personnage intéressant mais quelque chose m’a gênée parfois dans sa prise de paroles. Certes, elle est jeune et manque de maturité mais elle avait parfois un côté enfantin, gamin qui m’a horripilé plus d’une fois (ceci reste cependant un détail).

Calame est un premier tome abouti qui présente au lecteur un univers bien construit et qui offre surtout une belle réflexion sur le pouvoir du langage. J’attends le seconde tome avec impatience!