Spirales de Tatiana de Rosnay

 

 

Spirales de Tatiana de Rosnay,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2013, 185 pages.

 

 

Hélène, la cinquantaine paisible, mène une vie sans histoire auprès de son mari, de son fils, de sa fille et de ses petits-enfants. Hélène est une épouse modèle, une femme parfaite. Un jour d’été caniculaire à Paris, sur un coup de tête, elle cède aux avances d’un inconnu. L’adultère vire au cauchemar quand, au lit, l’amant sans nom meurt d’une crise cardiaque. Hélène s’enfuit, décidée à ne jamais en parler, et surtout, à tout oublier. Mais, dans son affolement, elle laisse son sac à main… avec ses papiers. Happée par une spirale infernale, Hélène ira très loin pour sauver les apparences. Très loin, mais jusqu’où?

 Je continue à vider ma PAL lentement mais sûrement avec ce petit roman que j’ai gagné lors d’un concours sur Instagram. J’ai passé un moment de lecture agréable mais Spirales sera vite oublié. J’en retiens une intrigue plutôt conventionnelle et déjà vue.

Hélène est une belle femme. Elle a la cinquantaine. Son mari ne travaille pas. Elle s’occupe comme elle le peut à Paris: la garderie du coin, la bibliothèque, les associations de son arrondissement. Bourgeoise, sans histoire, elle passe à travers sa vie sans vraiment la vivre. Un jour, alors qu’elle rend visite à une amie, elle cède aux avances d’un parfait inconnu. Ce dernier meurt, d’une crise cardiaque, entre ses bras. Hélène n’assume pas son adultère et s’enfuit mais dans la précipitation, elle laisse derrière elle tous ses papiers. Décidée à mentir jusqu’au bout, Hélène s’enferme dans la spirale du mensonge.

Je suis bien embêtée pour vous donner mon avis sur ce titre car au final, je ne sais pas vraiment quoi en penser. Il y a des aspects que j’ai aimé dans ce bouquin: les mensonges d’Hélène, sa spirale infernale qui la happe toujours plus loin mais aussi le fait que pour une fois, elle « vit » pour elle-même et s’éloigne de l’étiquette qu’elle a bien voulu endosser toute sa vie. L’autrice maîtrise aussi parfaitement l’art du suspens en le distillant tout au long du livre.

D’autres éléments, en revanche, m’ont moins convaincue. J’ai du mal à imaginer le personnage d’Hélène céder au premier inconnu venu. L’enchaînement des catastrophes est parfois trop grossier. On a envie de secouer Hélène en lui disant qu’elle est vraiment cruche! Elle est parfois à baffer!

Alors oui, il y a du suspens et jusqu’au bout on ne sait pas vraiment quels seront les choix d’Hélène. Je reconnais que l’autrice maîtrise bien sa narration et qu’elle sait comment happer le lecteur dans ses filets. C’est plutôt l’aspect trop attendu de certaines choses qui m’ont dérangée dans ce livre.

Au final « Spirales » est un petit roman qui m’aura laissé mitigée même si je sais lui reconnaître certaines qualités.

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Au Péril de la mer de Dominique Fortier

 

 

Au Péril de la mer de Dominique Fortier,

Publié aux éditions Les Escales,

2019, 208 pages.

Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cents ans plus tard une romancière qui cherche toujours le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie.

Je remercie Les Escales pour l’envoi de ce très beau roman. Au Péril de la mer est un livre qui entrecroise deux destinées: celle d’Eloi, au XVème siècle et celle de d’une femme, écrivaine, aujourd’hui. Leur point commun? Le Mont Saint Michel. Un lieu spirituel avant tout mais aussi d’une beauté incroyable, un édifice soudé au rocher, entremêlé à la pierre.

Au XVème siècle, Eloi est peintre. Il tombe amoureux d’Anna mais elle meurt subitement. A la dérive, le peintre est recueilli par son cousin qui le mène jusqu’au Mont. Là-bas, Eloi découvre la communauté des moines: la prière surtout, le travail aussi et la bibliothèque.

De nos jours, il y a cette écrivaine, double de l’auteure ou auteure elle-même. Fascinée par le Mont Saint Michel, elle prend des notes, nous dit son admiration pour l’édifice religieux qui l’inspire. Ces chapitres-là font office de carnet d’écriture dans laquelle l’auteure évoque aussi son amour pour les mots, pour la langue.

Les chapitres dans lesquels on suit Eloi m’ont fascinée. J’ai eu la chance de visiter le Mont à plusieurs reprises. Sous les mots, se déploie une architecture grandiose, un lieu dédié à Dieu, spectaculaire et humble à la fois. Il ne s’y passe pas grand chose finalement mais j’ai été happée par la description de la vie simple des moines: le travail de la terre, la prière et surtout les livres. Robert, le cousin d’Eloi, est un personnage très éclairé qui possède des manuscrits sur la théorie héliocentrique qu’il cache bien sûr à ses supérieurs! On sent que les personnages sont à un tournant de l’histoire, d’une révolution des consciences et de la culture. Gutenberg et son invention seront d’ailleurs brièvement évoqués, montrant leur dangerosité pour des moines recelant le savoir universel.

L’écriture de Dominique Fortier est incroyablement belle. Les images qu’elle déploie sont poétiques et lyriques. J’ai vraiment apprécié sa plume travaillée et très précise.

Je suis conquise par Au Péril de la mer, un beau roman sur le pouvoir des mots et des belles choses.

Moka de Tatiana de Rosnay

 

 

 

Moka de Tatiana de Rosnay,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2016, 272 pages.

Justine mène une petite vie tranquille entre son mari, ses deux enfants et son boulot de traductrice free-lance. Mais un mercredi après-midi, tout bascule. Un chauffard renverse son fils en plein Paris, et prend la fuite, à bord d’une berline couleur moka. Malcolm sombre dans le coma, l’enquête piétine… Seule contre tous – ou presque, Justine veut découvrir la vérité. Jusqu’au bout. Et à n’importe quel prix. « 

Moka c’est l’histoire d’une femme, d’une mère dont la vie bascule un mercredi après-midi. Son fils se fait renverser sur un passage piéton et tombe dans le coma. Le conducteur a pris la fuite. Justine va chercher par tous les moyens à retrouver ce conducteur, non pour se faire justice, mais pour comprendre. Comment peut-on faire preuve d’autant de lâcheté?

Moka est un roman court qui débute comme un fait divers et qui se mue peu à peu en thriller. Après l’accident, il y a d’abord l’angoisse puis la tristesse et la colère. Les sentiments de Justine vont peu à peu évoluer notamment lorsqu’elle voit la lenteur judiciaire, les procédures interminables. Pourquoi la police met-elle autant de temps à retrouver la piste du conducteur? Une vieille Mercedes, couleur moka, ça ne court pas les rues. Après le désespoir, Justine décide de prendre les choses en main et de trouver par elle-même le coupable.

On suit avec intensité sa quête de vérité: ses doutes, ses peurs, ses hésitations. Les phrases choisies par Tatiana de Rosnay sont courtes, percutantes. Elles nous font ressentir le désespoir mais aussi la détermination froide de Justine prête à tout pour sauver son fils et comprendre pourquoi il a été renversé.

J’ai aimé ce roman d’un bout à l’autre parce qu’il prend aux tripes. Il y a quelque chose de viscéral dans cette histoire, une façon de montrer les choses qui vous happe. Qu’aurais-je fait à la place de Justine? Aurais-je laisser faire la police? Aurais-je agi? Autant de questions auxquelles Justine se confronte.

Et puis il y a tout l’à côté qui est parfaitement montré par l’auteure. Quid des dommages collatéraux? Un mariage qui fout le camp? Des disputes, des silences glacés, des corps qui s’éloignent? Car c’est aussi ça Moka, l’histoire d’une famille qui vole en éclats à cause d’un chauffard, d’un lâche.

Avec ce roman poignant et puissant, Tatiana de Rosnay nous entraîne dans la tourmente. Un roman fort et difficile à lâcher.

Le Ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler

 

 

 

 

Le Ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler,

Publié aux éditions de L’Archipel,

2018, 427 pages.

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya. En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences. Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?

Les éditions de L’Archipel m’ont permis de choisir certains titres parmi leur catalogue. Le titre, le résumé et la couverture de ce roman ont eu tout pour me plaire. Nous sommes en Angleterre, en Cornouailles, au 19ème siècle. Helena n’est pas une jeune femme comme les autres. Elle a été élevée en Grèce par des parents artistes, bohèmes. Elle n’a pas reçu l’éducation d’une vraie lady. Elle vient de perdre ses parents et se retrouve seule du jour au lendemain pour élever son petit frère. Sans revenu, l’avenir est bien sombre. Pourtant une rencontre va tout changer. Elle fait la connaissance de Ian, un riche producteur de thé qui lui propose de l’épouser, sans autre préambule. Helena est alors forcée d’accepter et de partir en Inde pour suivre son destin…

Le début du roman m’a un peu déroutée. Je m’attendais en réalité à quelque chose de plus classique, de plus conventionnel. L’autrice a choisi de faire de son livre une romance. J’en lis peu et j’avais donc des appréhensions. On suit Helena, une jeune femme plutôt rebelle au départ qui se sacrifie pour offrir un avenir à son frère. Elle va épouser un homme qu’elle ne connaît pas et qu’elle déteste dès le début. Tout l’enjeu du roman sera donc de réconcilier ces deux êtres que tout oppose.

Helena n’est pas un personnage attachant, en tout cas à mes yeux. Elle m’est apparue très naïve mais surtout très « girouette », tombant trop facilement sous le charme de Ian. C’est un personnage qui m’a plutôt agacée même si je reconnais avoir apprécié son côté tête de mule. Le personnage de Ian est nettement plus intéressant. C’est un homme difficile à cerner. Il souffle le chaud et le froid. J’ai aimé son esprit libre. Il est détaché des choses matérielles finalement et se fiche de la rumeur. Un passage du roman est consacré au passé de Ian permettant d’éclairer les raisons qui le pousse à se conduire ainsi. J’ai préféré Ian à Helena parce que cette dernière avait finalement des réactions trop attendues. Certes, elle se sacrifie pour sauver son frère mais elle ne fait aucune preuve d’initiative dans sa nouvelle vie. Je la pensais plus combative alors qu’elle se contente de faire ce qu’on attend d’elle au final. Ian est plus surprenant, plus complexe.

Derrière la romance, il y a tout un pan historique lié à la colonisation britannique de l’Inde qui est développé et qui m’a plu. Les rébellions, les alliances, les massacres par les uns ou par les autres. J’ai beaucoup aimé cet aspect qui dynamisait le récit et qui permet de mettre en lumière beaucoup de choses notamment du côté de Ian. On en apprend beaucoup sur les castes, les religions, l’économie, notamment celle du thé qui a beaucoup pesé dans la balance impériale. L’auteure nous permet ainsi de voyager dans des terres toutes plus belles et mystérieuses les unes que les autres.

Le Ciel de Darjeeling est u roman dépaysant qui m’a beaucoup plu. Je me suis laissé surprendre par cette romance qui cache finalement une intrigue complexe et mystérieuse. 

La Prisonnière du temps de Kate Morton

 

 

La Prisonnière du temps de Kate Morton,

Publié par les éditions des Presses de la Cité,

2019, 615 pages.

 

 

 

À l’été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s’installe au Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily avec qui il vit une passion ravageuse, Edward peint des toiles qui marqueront l’histoire de l’art. Mais à la fin de sa retraite, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie d’Edward Radcliffe est brisée. Plus d’un siècle plus tard, Elodie Winslow, jeune archiviste à Londres fiancée à un golden-boy qui l’ennuie, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d’une femme à la beauté saisissante en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d’une demeure au bord de l’eau. Pourquoi le Birchwood Manor semble-t-il si familier à Elodie ? L’inconnue de la photo pourra-t-elle enfin livrer tous ses secrets ? Et si, en l’entraînant sur les traces d’une passion d’un autre siècle, son enquête l’aidait à percer le mystère de ses propres origines et à enfin mener la vie qu’elle désire ?

J’ai eu la chance de pouvoir lire le nouveau Kate Morton assez rapidement. C’est une auteure que j’affectionne particulièrement car elle nous entraîne toujours dans des histoires de famille et des secrets qui font appel à un passé lointain et passionnant.

Avec La Prisonnière du temps, je n’ai pas été déçue et j’ai savouré avec délice ce nouvel opus. Kate Morton croise deux intrigues principales. En 2017, à Londres, Elodie, archiviste, va tomber sur une sacoche qui contient un carnet de croquis. Ces dessins représentent une très belle femme mais aussi une maison, un manoir au bord de la Tamise. Elodie est happée, captivée par la représentation de cette demeure qui fait écho à une histoire, un conte que lui racontait sa mère. La jeune femme va alors se lancer dans la quête de ce manoir et de la femme au croquis. L’autre intrigue nous entraîne au 19ème siècle, dans le monde des artistes. Edward est peintre. Lors d’une soirée au théâtre, il rencontre Lilly Millington qui deviendra sa muse et sa grande passion. Mais Lilly cache un lourd passé. Qui est-elle vraiment?

Rapidement, on sait que l’histoire d’amour entre Edward et Lilly se termine de manière dramatique. Il y aura un meurtre de commis, des bijoux dérobés. Comme Elodie, le lecteur va alors suivre les traces de cette Lilly Millington jusqu’à la fameuse soirée du drame qui enterre tous les rêves d’Edward et de sa famille. Kate Morton brouille alors les pistes ou nous entraîne plutôt dans les méandres de l’histoire liée à ce fameux manoir à l’image de la Tamise toute proche, parfois capricieuse et dangereuse.

Une voix venue d’Outre-Tombe (je vous laisse le découvrir) raconte alors les différents personnages qui ont habité le manoir: Edward puis Lucy mais aussi Leonard et enfin Juliet. Les personnages passent tout comme les époques, dévoilant toujours plus du passé d’Edward et des siens. Kate Morton laisse tomber des petits cailloux blancs sur le sentier de son intrigue et nous guide dans une forêt de mots jusqu’à la révélation finale, le point d’orgue du roman qui permet de relier et de dénouer tous les nœuds.

J’ai adoré cette histoire complexe, émouvante et passionnante. On voyage à travers de nombreuses époques. Kate Morton tisse une fois de plus sa toile dans laquelle le lecteur se laisse prendre avec délice et passion. C’est toute une ambiance, toute une atmosphère qui nous est restituée avec en point d’orgue ce fameux manoir, finalement le personnage principal du roman.

La Prisonnière du temps est un roman merveilleux qui m’a captivée, enchantée à l’image du personnage d’Elodie, envoûtée par l’histoire de cette demeure qui livre ses secrets à ceux qui savent écouter.

Le bruissement des feuilles de Karen Viggers

 

 

 

Le Bruissement des feuilles de Karen Viggers,

Publié aux éditions Les Escales,

2019, 426 pages.

 

Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction.
Au coeur de paysages somptueux, le combat inoubliable d’une jeune fille pour protéger la nature et se sauver elle-même.

Le Bruissement des feuilles est un très beau roman qui parle d’écologie mais aussi des relations familiales et filiales. C’est un roman qui nous raconte l’envol de plusieurs êtres et leur besoin de liberté.

D’un côté, il y a Leon. Il quitte le nid familial pour la première fois. Il devient garde forestier en Tasmanie, délaissant ainsi son île de Bruny et ses parents notamment sa mère. Dans la petite ville dans laquelle il vit, il doit trouver ses marques et enfin accepter de se dire qu’il ne peut pas sauver tout le monde.

Miki a perdu ses parents dans un incendie. Depuis, elle vit avec Kurt, son frère qui régente sa vie entière. Elle n’a pas le droit de sortir, de parler aux clients de leur restaurant. Elle vit sous cloche, coupée du monde. Sa seule bulle d’oxygène est sa sortie une fois par semaine, dans la forêt lorsqu’elle accompagne son frère.

Miki et Leon vont se rencontrer et ce sont les diables de Tasmanie qui vont les réunir un peu par hasard. A l’image de ces animaux, condamnés à plus ou moins terme s’ils ne sont pas extraits de leur milieu, Leon et Miki doivent eux aussi parvenir à gagner leur liberté. Elle n’est pas du même enjeu bien sûr pour les deux personnages mais elle est toute aussi importante. Karen Viggers nous offre ici la quête d’indépendance de deux personnages aussi attachants l’un que l’autre. L’histoire de Miki est révoltante. On voit cette jeune fille évoluer au fil des pages et se rendre compte que l’emprise de son frère n’est pas normale.

L’auteur nous offre aussi un magnifique portrait de jeune femme qui s’émancipe grâce aux livres. Elle rend un vibrant hommage à la littérature en mettant entre les mains de Miki des romans qui peuvent changer une vie tels que Les Hauts de Hurlevent ou encore Le vieil homme et la mer.

J’ai aimé aussi découvrir dans cette histoire la vie d’une petite ville de Tasmanie. Toute l’économie se joue autour de la forêt avec d’un côté ceux qui la préservent pour en faire un sanctuaire et ceux qui la détruisent. Karen Viggers tente de sensibiliser son lecteur aux problèmes de la déforestation des forêts sans tomber cependant dans la démonstration magistrale ou le moralisme bon marché. J’ai aimé ce côté du roman car j’ai été totalement dépaysée et que l’intrigue prenait un air très exotique à mes yeux.

Le seul bémol pour moi concerne certains personnages que je trouve trop manichéens et parfois très stéréotypés, enlevant de la nuance à leur jeu.

Le Bruissement des feuilles est un beau roman qui souffle un vent de liberté sur des personnages attachants.

Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

 

 

Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson,

Publié aux éditions Rivages,

2012, 235 pages.

 

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »

Constance et Mary-Katherine sont sœurs. Elles habitent dans un manoir avec leur oncle Julian, handicapé. Le trio vit presque en autonomie, à l’écart du village, dans cette somptueuse demeure, légué par le père des deux sœurs. Quand une fois par semaine, Mary-Katherine, la plus intrépide des deux sœurs, fait les courses au village, elle doit affronter les murmures et les moqueries sur son passage. Pourquoi déteste-t-on cette famille au village? Que leur reproche-t-on? Et quelle est cette étrange comptine fredonnée par les enfants du village parlant d’un empoisonnement?

Nous avons toujours vécu au château est un roman étrange. Un roman d’ambiance sombre et tragique. Le point de vue adopté est celui de Mary-Katherine, une bien étrange jeune fille. On sent, dès le départ, qu’un drame a eu lieu dans le manoir des sœurs. Rapidement, Mary-Katherine évoque l’empoisonnement du reste de la famille lors d’un repas, un dimanche. Personne n’y a survécu sauf les filles et l’oncle Julian. Qui les a empoisonnés et pourquoi?

Shirley Jackson instaure un climat d’étrangeté et aime brouiller les pistes. Les sœurs habitent le manoir, à l’écart du village: un manoir de conte de fées où le temps ne semble pas avoir de prise. D’ailleurs qu’en est-il de l’époque? On ne le saura jamais. Les filles vivent comme au 19ème siècle même si certains détails laissent penser que l’intrigue se joue plutôt au 20ème siècle.

Et puis, il y a cette histoire d’empoisonnement. C’est Constance qui semble porter le fardeau du crime. Mais qu’en est-il vraiment? « Cette petite folle de Merrycat » comme elle aime appeler sa sœur avec affection semble aussi traîner un passé lourd. Pourquoi enterre-t-elle des objets dans le jardin? A quoi lui servent ses pensées magiques?

J’ai adoré ce roman pour l’atmosphère qu’il dégage. Il prend le lecteur au dépourvu, lui apportant finalement peu de réponses, le laissant déduire certaines choses, certains faits. C’est un livre qui peut désarçonner car il ne s’y passe pas beaucoup de choses. On sent que les deux sœurs vivent coupées du monde pour une bonne raison. Le rythme du roman monte crescendo et se termine sur une fin énigmatique et glaçante qui ne laissera personne indifférent.

Nous avons toujours vécu au château est un roman fascinant, noir et poétique qui sort des sentiers battus. Une parenthèse maudite pour le lecteur.