Helena de Jérémy Fel

 

 

 

Helena de Jeremy Fel,

Publié aux éditions Rivages,

2018, 732 pages.

 

Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent.
La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue.
Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial.
Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire.
Et il y a Helena…

J’ai commencé Helena la veille d’Halloween, histoire de me mettre dans l’ambiance. Je n’ai pas été déçue un seul instant tant cette histoire m’a prise aux tripes même si j’ai senti le soufflé quelque peu retomber. Il faut dire que tenir le rythme sur 730 pages n’est pas donné à tous les auteurs. Jérémy Fel en a fait le pari et le remporte presque haut la main.

Jérémy Fel plonge son lecteur en plein cœur du Kansas, dans des villes paumées, dans une Amérique faite de champ de blé et de silos qui ne fait pas beaucoup rêver. Il nous fait côtoyer ses personnages: il y a Hayley, la fille branchée du lycée; Norma, la mère célibataire qui élève seule ses trois enfants, rêvant de faire de la dernière une mini-miss; Graham, le fils aîné de Norma, le beau gosse qui réussit tout; et enfin Tommy, le second fils de Norma, le tordu, le mal-aimé, le vicieux, celui qui torture les animaux, psychopathe asocial en puissance.

Les chapitres s’alternent, tournant autour de ces quatre personnages dont la vie va se fissurer peu à peu. Alors qu’elle part rejoindre sa tante, Hayley tombe en panne au milieu de nulle part. Secourue par Norma, elle reste dormir chez son hôte mais bientôt sa nuit se transforme en cauchemar. La peur s’installe alors chez le lecteur avec l’angoisse et la nausée qui montent petit à petit….

A partir d’une intrigue somme toute simple, Jérémy Fel déploie un univers qui part complètement en morceaux, qui éclate de tous les côtés. Les personnages se révèlent violents, menteurs, torturés. Les clichés sont démontés et explosés les uns à la suite des autres pour nous livrer un récit qui va à cent à l’heure avec une tension toujours plus grande et des pages qui se tournent sans que l’on s’en rende compte.

Au-delà ce cette histoire tortueuse et brutale, Jérémy Fel pose les questions de la paternité et de la maternité. Jusqu’où peut-on aller pour sauver son enfant? Quelles conséquences ont les actes des parents sur la vie de leur enfants? Même si je trouve que ce sont les mères qui portent un peu trop le chapeau dans ce roman, Jérémy Fel démontre avec brio comment faire d’un enfant un vrai psychopathe.

Alors j’ai bien une chose à reprocher à l’auteur sans quoi l’histoire aurait été impeccable. Les 730 pages sont un peu longues dans le sens où il arrive énormément de choses aux personnages notamment à Tommy, ce qui m’a un peu lassée au final. En outre, j’en attendais beaucoup de cette « Helena » mentionnée dans la quatrième de couverture. L’éditeur n’aurait pas dû en faire mention car ce personnage arrive en toute fin de récit et la révélation tant attendue n’a pas vraiment lieu!

Avec un rythme soutenu, des personnages terriblement violents et une histoire brutale, Helena m’a laissée KO. Un récit rare, comme on en voit peu, à ne pas mettre entre toutes les mains…

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Les loyautés de Delphine de Vigan

 

 

 

Les loyautés de Delphine de Vigan,

Publié aux éditions JC Lattès,

2018, 206 pages.

 

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»

Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Plus besoin de présenter Delphine de Vigan. Après son brillant hommage à sa mère dans Rien ne s’oppose à la nuit, après son roman vertigineux D’après une histoire vraie, l’autrice revient avec un livre tout aussi beau et percutant.

Le roman s’ouvre sur la définition de ce qu’est la loyauté. C’est important parce qu’il en sera question ici de la loyauté ou plutôt des loyautés. Celle que l’on doit à ses parents, celle que l’on doit à ses amis et celle que l’on se doit à soi-même.

Le récit que nous offre l’autrice tourne autour de quatre personnages: Hélène et Cécile racontent toutes deux à la première personne; la narration change et passe au « il » pour Théo et Mathis.

Hélène est prof de SVT dans un collège, à Paris. Elle remarque que depuis quelques temps, Théo, élève de cinquième, semble fatigué. Il manque d’attention, s’endort en cours. Hélène cherche à en savoir plus d’autant plus que Théo évoque en elle des échos sordides: ceux d’un père violent dont la main s’abat pour un oui, pou un non ou plutôt pour rien.

Cécile est la mère de Mathis, le meilleur ami de Théo. Depuis quelques temps, elle se parle à elle-même. Est-ce qu’elle devient folle? Et puis, par hasard, elle trouve un papier dans la corbeille du bureau de William, son mari. Ce dernier lui cache des choses malsaines qui donnent la nausée à Cécile.

Théo est en cinquième avec Mathis. Enfant de parents divorcés, il alterne les semaines: une fois chez maman, une fois chez papa. Mais Théo cache un lourd secret. Par loyauté, il ne dira rien.

Delphine de Vigan nous offre ici un roman fort, puissant, percutant qui m’a mise K.O. Dès les premières pages, j’ai été happée par le récit simple de cette prof et de cet élève, Théo. On sent la tension monter au fil de l’intrigue jusqu’à l’inexorable. Hélène, cette prof, donne l’envers du décor. Je suis prof aussi et je me suis retrouvée en elle. Elle sent que Théo ne va pas bien, qu’il cache quelque chose. Elle signale le cas à l’infirmière, au principal, elle convoque les parents mais rien ne bouge. Elle est impuissante face à la vague qui menace d’emporter Théo. Combien d’élèves ai-je connu qui étaient dans ce cas? Combien de fois, comme Hélène, je me suis sentie si impuissante, inutile face à une force qui me dépasse?

On sent la détresse de ce gamin qu’on aimerait prendre par la main et rassurer en disant que tout va bien se passer et on ne peut qu’être spectateur d’un drame annoncé. Delphine de Vigan nous projette dans une histoire sombre, violente mais tellement réelle! C’est là qu’on voit toute la force de la littérature. C’est à ça qu’elle sert: dire les choses, les montrer, les exposer. Hélène va tout tenter pour sauver Théo. Par loyauté pour son passé, par loyauté pour son élève, par loyauté envers elle-même, elle va chercher à savoir quitte à franchir les limites. C’est dur, violent. Le récit prend aux tripes pour ne plus nous lâcher.

Avec Les loyautés, Delphine de Vigan signe un roman brillant, poignant, émouvant! Un livre indispensable.

 

Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb

 

 

Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb,

Publié aux éditions Albin Michel,

2018, 162 pages.

Claude aime Reine à la folie mais cette dernière le laisse tomber pour aller vivre avec Jean-Louis à Paris. Claude va alors fomenter sa vengeance pour prendre sa revanche sur Reine.

Les Prénoms épicènes est donc le dernier opus d’Amélie Nothomb. Avec un roman toujours très court (voire de plus en plus court?), l’auteur nous offre ici une histoire d’amour et de vengeance. On suit donc Claude qui va tenter de se venger de Reine. Il approche Dominique à une terrasse de café. C’est sûr: ce sera elle sa femme et la mère de ses enfants. Année après année, Claude construit sa revanche afin d’approcher Reine au plus près pour lui porter l’estocade finale.

Alors, oui, j’aime bien lire le nouveau Nothomb car il inaugure, pour moi, la rentrée littéraire et c’est devenu une sorte de petite tradition. Mais depuis plusieurs années, je me dis qu’il faudrait que je songe à emprunter plutôt qu’à acheter cette nouveauté. Avec ce livre, je me faisais la réflexion qu’il s’éditait et se vendait parce que c’était justement du Amélie Nothomb, un peu comme une marque. Franchement, l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard! On sent la vengeance de Claude s’amener à vue d’œil. Les personnages me semblent toujours aussi froids, comme détachés de tout. La narration est réduite au stricte minimum. Rien d’exceptionnel.

Certains dialogues sont d’ailleurs un peu ridicules et très superficiels. On ne parle pas comme ça dans la vie, encore moins dans les romans! Bref, je ne suis pas emballée par cette histoire. Le roman se lit vite, très vite, trop vite et je trouve qu’il n’y a pas assez d’enjeu littéraire.

Cependant, je trouve que la fin de l’intrigue est surprenante et que l’auteur nous emmène là où on ne s’y attendait pas avec un message fort sur les liens amicaux qui résonne encore pour moi. S’il n’y avait qu’une raison de lire ce roman ce serait celle-là!

Le nouveau Nothomb n’est pas un coup de cœur pour moi. L’intrigue, somme toute banale, m’a un poil déçue! Seule la fin mérite qu’on s’y attarde!

Le Vieux qui voulait sauver le monde de Jonas Jonasson

 

 

Le vieux qui voulait sauver le monde de Jonas Jonasson,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 495 pages.

 

 

 

Tout commence au large de Bali, avec une montgolfière et quatre bouteilles de champagne. Aux côtés de Julius, son partenaire dans le crime, Allan Karlsson s’apprête à fêter son cent unième anniversaire quand… patatras ! Le ballon s’échoue en pleine mer. Voici nos deux naufragés recueillis à bord d’un vraquier nord-coréen. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il se trouve que l’embarcation, dépêchée par Kim Jong-un, transporte clandestinement de l’uranium enrichi. Ni une ni deux, Allan se fait passer pour un spécialiste de la recherche atomique, parvient à leurrer le dictateur et s’enfuit avec une mallette au contenu explosif… un néonazi suédois à ses trousses. De Manhattan à un campement kenyan en passant par la savane de Tanzanie et l’aéroport de Copenhague, Allan et son comparse se retrouvent au cœur d’une crise diplomatique complexe, croisant sur leur route Angela Merkel, Donald Trump ou la ministre suédoise des Affaires étrangères, se liant d’amitié avec un escroc indien au nom imprononçable, un guerrier massaï, une entrepreneuse médium engagée sur le marché du cercueil personnalisé et une espionne passionnée par la culture de l’asperge.

Le vieux qui voulait sauver le monde est le roman idéal pour les vacances. Sans prise de tête, très drôle, il vous offrira un moment de lecture détente. alors, je rassure tout le monde. Je n’ai pas lu le premier roman consacré aux aventures d’Allan notre centenaire  dans Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Aucun problème pour lire ce nouveau livre donc car nous retrouvons Allan dans de nouvelles aventures. Même s’il y a certaines allusions au tome précédent, on comprend tout.

Si vous avez lu la quatrième de couverture, sachez qu’elle vous en dit beaucoup sur l’intrigue. Pour ma part, je ne l’avais pas lue et c’est avec surprise que j’ai découvert les aventures de ce vieux hors du commun qui va parcourir Bali puis la Corée du Nord pour finir par rencontrer le président des États-Unis, la chancelière allemande et la ministre de l’intérieur suédoise! Ce qui est sûr c’est que l’on ne s’ennuie à aucun moment avec Allan.

Ce type a le chic pour se fourrer dans les situations les plus extrêmes et pour s’en sortir toujours. Il a un côté « Y-a-t-il un flic pour sauver le monde », vous savez ce policier complètement nul qui s’y prend comme un manche mais pour lequel tout se termine toujours bien. Il faut dire qu’à cent un an, Allan en a vu des choses et son expérience vient souvent à sa rescousse! Certaines situations sont très cocasses comme lorsqu’il se retrouve face à Donald Trump. On excuse beaucoup de choses à Allan à cause de son grand âge! Le bonhomme n’a pas sa langue dans sa poche et face aux président des États-Unis, il n’hésite pas à user de sa franchise! De situation cocasse en situation cocasse, Allan est un personnage qui retombe toujours sur ses pattes. Le roman a un côté grand-guignolesque qui n’est pas pour me déplaire. Il y a des gags à la pelle et même si c’est parfois exagéré, on rit beaucoup.

Derrière l’humour de l’auteur et l’univers grotesque du personnage, se cache pourtant une analyse assez fine de la situation politique mondiale. Au détour d’une remarque, d’un fait a priori anodin, Jonas Jonasson donne un aperçu assez criant de vérité de la situation européenne. Certaines remarques ironiques sur la situation des réfugiés sont très pertinentes et montrent que le crime profite à de nombreuses nations. Les dirigeants politiques sont caricaturés mais c’est tellement drôle et bien fait qu’on en redemande. J’ai parfois ri aux éclats à la lecture des rencontres d’Allan avec les grands de ce monde.

Le vieux qui voulait sauver le monde est un roman drôle et cocasse qui sous ses airs légers pointe du doigt les dérives de la politique mondiale, égratignant au passage de nombreux dirigeants pour le plus grand plaisir du lecteur.

Fais de moi la colère de Vincent Villeminot

 

 

Fais de moi la colère de Vincent Villeminot,

Publié aux éditions Les Escales,

2018, 275 pages.

 

Le jour où son père, pêcheur de longue date, se noie, Ismaëlle se retrouve seule. Seule, vertigineusement, avec pour legs un métier d’homme et une chair de jeune fille.

Mais très vite, sur le lac franco-suisse, d’autres corps se mettent à flotter. Des morts nus, anonymes, par dizaines, par centaines, venus d’on ne sait où – remontés des profondeurs de la fosse. C’est en ces circonstances qu’Ismaëlle croisera Ezéchiel, fils d’un  » Ogre  » africain, qui a traversé les guerres du continent noir et vient sur ces rives affronter une Bête mystérieuse.

Il est des livres dont on passe complètement à côté! Fais de moi la colère est de ceux-là. J’avais pourtant bon espoir. Vincent Villeminot est un auteur reconnu dans le champ de la littérature jeunesse et jeune adulte. Fais de moi la colère est son premier roman du côté des « adultes ». Malheureusement, si le début du livre s’est montré prometteur, j’ai souffert tout au long de ma lecture n’y trouvant pas grand chose à comprendre.

Ismaëlle est orpheline. Sa mère meurt en couches; son père se noie alors qu’il pêche sur le lac Léman. Ismaëlle reprend alors l’affaire du père. Sans aucune expérience, elle devient elle aussi, pêcheuse. Bientôt, d’étranges choses surviennent sur le paisible lac Léman. Des dizaines puis des centaines de cadavres venant des profondeurs remontent à la surface. D’où viennent-ils? Qui sont-ils? Parallèlement, Ismaëlle se lie d’amitié avec « l’ogre noir », le fils d’un dictateur africain qui embarque alors la jeune femme sur le lac pour traquer un monstre terrible.

Ismaëlle, un monstre marin. Tout ceci ne nous fait penser à rien? Il s’agit bien sûr d’une réécriture de Moby Dick d’Herman Melville. En remplaçant un vieux marin par une orpheline sans expérience, en substituant l’océan par le paisible lac Léman, Vincent Villeminot propose ici de reconstruire le mythe de la fameuse traque à la baleine d’une manière très moderne. Si le début du roman était prometteur puisqu’il mettait en scène cette jeune Ismaëlle livrée à elle-même, très vite, l’auteur parle de manière métaphorique, entraînant son lecteur sur une pente glissante.

A partir de la rencontre d’Ismaëlle avec l’ogre noir, j’ai été un peu perdue. Vincent Villeminot dévie son propos pour nous parler d’une traque, d’une chasse au monstre, métaphore de l’argent sale, l’argent blanchi en Suisse. Son ogre noir, fils de dictateur africain, vient ici en qualité de vengeur pour montrer au monde la vérité entière. Ismaëlle tombe d’ailleurs folle amoureuse de ce personnage mais cette histoire d’amour à sens unique perd de sa profondeur.

Comme je l’ai dit plus haut, l’auteur nous propose ici un texte très métaphorique. Ses chapitres sont très courts, certes emplis de poésie, mais j’ai été déstabilisée justement par le côté opaque du récit. Je ne dirais pas que je n’ai rien compris mais il reste de nombreuses zones d’ombre et j’ai trouvé le propos final un peu tiré par les cheveux.

Fais de moi la colère est donc un roman qui ne m’a guère plu. les métaphores répétées du roman m’ont lassée et laissée de marbre. Merci aux matchs de la rentrée littéraire de #Rakuten pour l’envoi de ce roman! #MRL18

Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux de Matha Hall Kelly

 

 

 

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux de Martha Hall Kelly,

Publié aux éditions Charleston,

2018, 574 pages.

 

 

 

À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c’est tout son quotidien qui va être bouleversé. De l’autre côté de l’océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, laisse de côté son enfance pour travailler dans la résistance et faire passer des messages. Mais la moindre erreur peut être fatale. Pour l’ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre d’enfin montrer toutes
ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes…
La vie de ses trois femmes va se retrouver liée à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbrück, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l’Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que l’Histoire n’oublie jamais les atrocités commises.

Ne vous y trompez pas, Le Lilas ne refleurit bien qu’après un hiver rigoureux a beau être un titre long, il n’a rien à voir avec tous ces romans guimauves aux titres infinis. Le livre de Martha Hall Kelly est une pure merveille, un récit poignant et émouvant qui restera gravé longtemps dans ma mémoire parce qu’il fait écho à un passé douloureux mais aussi à ma propre histoire familiale.

Martha Hall Kelly choisit de raconter trois histoires de femmes dans trois pays différents et dans trois positions sociales diverses. En Amérique, à New-York, il y a Caroline Ferriday, riche héritière, qui œuvre pour les orphelins français. La main sur le cœur, elle est prête à tout pour lever des fonds et venir en aide aux plus démunis. En Pologne, Kasia, jeune fille de seize ans, assiste à l’envahissement de son pays par les nazis. Elle s’enrôle dans la résistance mais se fait rapidement arrêtée avec sa mère et sa sœur. Elle seront déportées à Ravensbrück, un camp de rééducation pour femmes. En Allemagne, Herta fait partie des jeunesses hitlériennes. Elle hait les juifs et les polonais. Médecin, la jeune femme va exercer « son art » à Ravensbrück.

A partir de ces trois destins, l’auteur plonge son lecteur dans la tourmente, en plein cœur de la seconde guerre mondiale avec un point de vue exclusivement féminin. On avance, on chemine petit à petit aux côtés de Caroline; on hait Herta; on pleure pour Kasia et les siennes.

L’histoire qui m’a le plus touchée est celle de Kasia bien sûr. Résistante polonaise, elle est envoyée à Ravensbrück, camp situé en Allemagne du Nord. Là-bas, elle va subir les intimidations, la peur, la faim, les appels sans fin à quatre heure du matin mais pire encore, elle va servir de cobaye aux médecins allemands. Le récit de Kasia est glaçant et pourtant tellement réaliste! L’auteur s’est énormément documentée pour raconter le calvaire des femmes emprisonnées à Ravensbrück. Ma propre grand-mère y a été déportée. Comme dans le roman, elle m’a racontée les appels interminables, le tri à l’arrivée du train, le souffle des bergers allemands sur les mollets des femmes, la faim et la maladie qui en ont emporté plus d’une! Ces pages sont tellement atroces. On ressent toute la souffrance et la détresse de Kasia et des siennes.

A côté de cela, l’histoire d’Herta apparaît comme glaçante et terrifiante. Convaincue du bien-fondé du parti nazi, Herta devient cruelle presque insensible. Elle ne considère pas les prisonnières comme des femmes mais comme de possibles cobayes sur lesquels elle peut se livrer à des expériences terribles. On ne peut que haïr ce personnage dont l’armure se fend pourtant un peu aux côtés d’Halinna. Savoir qu’elle a réellement existé et qu’elle a pu terminer sa vie assez paisiblement ne peut que révolter le lecteur.

Enfin l’histoire de Caroline est poignante bien que plus lointaine. C’est elle qui s’avèrera être le noeud de l’histoire, celle qui permettra de relier tous les fils de l’histoire. Elle mène un combat incroyable pour les orphelins français, n’hésitant pas à franchir les océans pour la bonne cause. Femme moderne pour son époque, elle marque les esprits par sa répartie et son courage hors du commun.

Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux est un coup de cœur pour moi. Ce livre plein d’humanité m’a émue aux larmes et restera longtemps gravé dans ma mémoire!

Magnifica de Maria Rosaria Valentini

 

 

 

 

Magnifica de Maria Rosaria Valentini,

Publié aux éditions Denoël,

2018, 310 pages.

 

 

Années 50. Dans un petit village des Abruzzes. La jeune Ada Maria est la fille d’un couple sans amour. Son père, Aniceto, passe le plus clair de son temps avec Teresina, sa maîtresse, ou enfermé dans son atelier de taxidermiste. Eufrasia se contente d’être mère et de noyer sa fragilité dans les soins qu’elle apporte à ses enfants.
Lorsqu’elle meurt prématurément, Teresina prend peu à peu sa place dans la maison. La jeune Ada Maria s’occupe alors de son frère en s’efforçant d’ignorer Teresina. C’est pourtant dans ce quotidien en dehors du temps, rythmé par la couleur des frondaisons, la succession des naissances et des deuils, que l’Histoire fait un jour irruption. Dans un bois avoisinant le village, Ada Maria aperçoit un jour une ombre. Il s’agit d’un homme, hagard, désorienté, il n’a jamais quitté la cabane où il s’est réfugié à la fin de la guerre. Il est allemand. Les deux êtres vont se rapprocher. De cet amour naîtra une petite fille aux yeux clairs et à la peau diaphane, Magnifica, changeant à tout jamais le destin tranquille auquel Ada Maria se croyait cantonnée.

Magnifica est un roman d’amour délicat et raffiné. Dans les années 50, en Italie, dans un petit village isolé, Ada Maria découvre l’existence de Benedikt, un Allemand qui se terre dans une grotte depuis la fin de la guerre. De cette rencontre va naître un amour aussi bref et spectaculaire que la vie d’une rose.

Magnifica n’est pas un roman haletant dans lequel vous n’aurez pas la patience de tourner les pages. L’autrice nous livre ici une histoire lente et belle sur plusieurs générations. Dans ce petit village italien, on vit au rythme des saisons et de la nature. On s’adapte au caprice du temps. Un peu à l’image de la vie de ces habitants placides, Maria Rosaria Valentini nous offre ici un roman empreint de délicatesse et de poésie dans lequel l’amour est au centre de tout.

L’amour sous toutes ses formes empli le texte d’une puissance poétique immense. Il y a l’amour d’Eufrasia pour sa fille Ada Maria puis l’amour de cette dernière pour son petit frère Pietrino. Il y a un amour plus inattendu entre Teresina, l’amante du père et Ada Maria, la belle-fille. Et il y a l’amour fulgurant avec Benedikt mais si bref… C’est beau, tout simplement.

On suit finalement toutes ces femmes au fil des générations. Il faut prendre son temps pour savourer le texte de l’autrice, poétesse de formation. Il faut prendre son temps aussi pour goûter à la beauté d’âme de Magnifica. Hymne à l’amour, hymne à la vie, Magnifica m’a enchantée au fil des pages et a suspendu le cours du temps.

Magnifica est un magnifique roman empli d’amour, délicat et parfumé à l’image de son héroïne éponyme.