Cette nuit-là de Victoria Hislop

Cette Nuit-là de Victoria Hislop,

Publié aux éditions les Escales,

2021, 292 pages.

Le 25 août 1957, la colonie de lépreux de l’île de Spinalonga ferme ses portes. Maria retourne à Plaka, en Crète, avec son mari, le docteur Kyritsis. Mais alors que la soirée de célébration pour fêter leur retour bat son plein, sa soeur Anna est assassinée par Andreas, son mari, lorsqu’il découvre qu’elle a pour amant son cousin Manolis.
Ce drame aura des effets dévastateurs pour toute la communauté de Plaka. Manolis quitte la Crète pour la Grèce ; loin de son île, il s’efforce de se reconstruire. Andreas tente d’expier son crime en prison. Maria, quant à elle, choisit le chemin du pardon en rendant visite à Andreas. C’est ce drame qui révélera finalement Manolis, Maria et Andreas à eux-mêmes.

Cette nuit-là est la suite quasiment directe de L’île des oubliés, que je vous conseille fortement. On retrouve les personnages et le décor qui ont fait ce de premier tome un roman inoubliable. Dans les années 60, la colonie de lépreux de Spinalonga, ouvre enfin ses portes. Maria retrouve sa famille tandis qu’Anna, sa sœur, s’oublie dans les bras de Manolis, son amant. Une nuit, tout bascule. Manolis prend la fuite pour Athènes tandis que Maria tente de se reconstruire du mieux possible.

Ce deuxième tome nous plonge au cœur de la famille d’Anna et Maria, les deux sœurs grecques. Sur leur petite île, la vie semble douce. Hélas, les drames vont les rattraper. Victoria Hislop a choisi d’axer son récit autour de deux personnages: Maria et Manolis. Ce dernier était un personnage secondaire dans le premier tome. Ici, il occupe une place importante. Je n’ai pas réussi à m’attacher à lui malgré tout. C’est un personnage qui ne m’a pas émue et qui tourne en rond malgré tout.

J’ai préféré, et de loin, les chapitres consacrés à Maria, plus touchants, plus vibrants. C’est un personnage très intéressant par bien des aspects. Au cœur d’une vraie tragédie grecque, Maria va faire des choix difficiles. Je trouve que ce deuxième tome est un cran en-dessous du premier cependant. Il m’a manqué quelque chose: de la densité, une intrigue plus haletante, plus construite car finalement tout s’est déjà joué dès les premiers chapitres. Il ne reste plus qu’à observer les personnages se débattre avec leur culpabilité.

Alors il y a bien sûr tout l’hommage rendu à la Grèce que j’aime toujours autant. L’autrice nous emmène dans les petites rues athéniennes, au Pirée, pour déguster un verre de Raki. Il m’a toutefois manqué la surprise, le folklore du premier tome.

« Cette nuit-là » est un roman qui m’a un peu déçue. Je m’attendais à une intrigue plus dense et haletante.

Miniaturiste de Jessie Burton

Miniaturiste de Jessie Burton,

Publié aux éditions Folio,

2017, 506 pages.

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa soeur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste.
Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets.

Nella, 18 ans, est mariée à Johannes, riche commerçant d’Amsterdam, beaucoup plus âgé qu’elle. C’est un mariage qui arrange les deux parties: la famille de Nella est criblée de dettes quant à Johannes, il est temps pour lui, à 40 ans, de prendre une épouse. Quand Nella arrive dans sa nouvelle et riche demeure, elle est accueillie par sa belle-sœur, très austère, Marin. Cornelia, la servante et Otto, le valet noir, viennent compléter le tableau. Où Nella a-t-elle mis les pieds? Quels secrets sont jalousement gardés dans cette maison respectable?

Miniaturiste est un roman qui prend son temps. Les cent premières pages m’ont parues longues. Je me suis demandée où l’autrice voulait en venir. Elle commence par nous dépeindre des personnages austères, froids. Nella n’est clairement pas la bienvenue dans cette maison. Et puis il y a ces miniatures qui sont livrées à Nella, au compte-goutte. D’abord un berceau, puis un petit chien, du mobilier, tous étant les répliques exactes des objets ou des meubles grandeur nature de la maison. Et puis le roman se fait plus noir jusqu’à une certaine révélation pour Nella et le lecteur qui précipite les choses.

A partir de là, j’ai été happée par le récit, ne pouvant quitter ma lecture. L’autrice nous plonge dans un monde de secrets, de non-dits. La vérité, terrible, aura des répercutions sanglantes. Dans ce XVIIème siècle, la religion tient un rôle prépondérant dans la société. Les commerçants d’Amsterdam s’enrichissent, vivent dans le luxe mais il faut dans le même temps montrer son dépouillement. A l’image de cette société hypocrite, Nella va devoir jouer sur les deux tableaux. La duplicité de Nella et des autres personnages n’est que le reflet d’un monde d’apparences.

Jessie Burton nous offre un véritable roman d’apprentissage dans lequel les personnages sont bien malmenés. La place des femmes, le racisme, sont autant de thèmes abordés avec précision et intelligence. Et il y a le secret des ces petites miniatures qui sont autant d’indices laissées au lecteur A mesure que le roman se fait plus noir, il est tout autant difficile de le lâcher!

« Miniaturiste » est un coup de cœur pour moi. C’est un roman d’une noirceur rare, un bijou ciselé par un style pur, sans défauts.

Oyana d’Eric Plamondon

Oyana d’Eric Plamondon,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2021, 156 pages.

S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie.
Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu’à la rupture. Elle est née au pays Basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’où les mots la mèneront, elle écrit à l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

Oyana c’est l’histoire d’une jeune femme qui se confesse dans une longue lettre adressée à son mari. Elle n’est pas celle qu’elle prétend être car Oyana n’est plus depuis longtemps. Fuyant le pays basque, Oyana s’est installée au Canada et y a refait sa vie mais quand elle apprend dans le journal que l’ETA a été dissolue, c’est sa vie entière qu’elle remet en question. Oyana donne alors sa version, sa vérité.

En 150 pages, Eric Plamondon nous plonge dans une histoire dramatique: celle d’Oyana qui malgré elle, a été embarquée dans un attentat lié à l’ETA. Dans cette confession douloureuse, Oyana va nous révéler pourquoi elle a quitté le pays basque et pourquoi elle a changé d’identité. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les sombres années qui ont marqué la France et l’Espagne par des attentats meurtriers. Pourquoi cette cause lui a-t-elle tenue à cœur, elle qui ne s’était jamais vraiment intéressée à la culture basque jusque là? C’est tout le sel de cette intrigue.

J’ai aimé d’une certaine façon ce tout petit roman parce que la prose de l’auteur est très belle. Il évoque magnifiquement bien les paysages et la culture basque. On est plongé dans cet univers très particulier, au cœur de cette identité multiple à la fois française, espagnole avec ce petit quelque chose en plus. Mais voilà, 150 pages c’est bien court pour développer une intrigue dense, pour approfondir les idées d’Oyana et leur donner de la profondeur. Le système d’aller-retour en arrière, de coupures de presse, d’articles plus scientifiques est intéressant mais il m’a manqué un petit quelque chose pour que cette histoire soit fulgurante.

Malgré ses qualités d’écriture, « Oyana » n’est pas un coup de cœur. Il aura manqué de densité pour moi.

Les Déracinés, Tome 4: Un invincible été de Catherine Bardon

Un invincible été de Catherine Bardon,

Publié aux éditions Les Escales,

2021, 412 pages.

Depuis son retour à Sosúa, en République dominicaine, Ruth se bat aux côtés d’Almah pour les siens et pour la mémoire de sa communauté, alors que les touristes commencent à déferler sur l’île.
Gaya, sa fille, affirme son indépendance et part aux États-Unis, où Arturo et Nathan mènent leurs vies d’artistes. Comme sa mère, elle mène son propre combat à l’aune de ses passions.
La tribu Rosenheck-Soteras a fait sienne la maxime de la poétesse Salomé Ureña : « C’est en continuant à nous battre pour créer le pays dont nous rêvons que nous ferons une patrie de la terre qui est sous nos pieds. »

Et voilà, c’est la fin! La fin d’une saga familiale que j’aurai suivi avec passion. Catherine Bardon nous livre ici son dernier tome avec Un invincible été, une ode au soleil, à la joie, aux retrouvailles.

Ruth et sa famille m’ont une fois de plus accueillie à bras ouverts: Almah, Domingo, Gaya. J’ai tellement aimé les suivre une nouvelle fois, un peu comme des cousins et des cousines, des oncles et des tantes. Catherine Bardon a le don de nous réunir dans cette grande fête de famille. On s’y sent bien, comme si on l’avait quitté la veille. Une fois de plus je suis conquise par la magie de ses mots, par cette histoire de famille à la fois simple et extraordinaire.

J’avoue avoir versé ma petite larme en refermant ce tome. J’ai eu un petit pincement au cœur à l’idée de quitter ces personnages merveilleux et ces paysages fantastiques. Mais tout a une fin et il faut bien l’accepter même si c’est dur… On retrouve dans ce tome Nathan, le danseur de ballet mais aussi Gaya. Ces deux-là prennent des trajectoires auxquelles je ne m’attendais pas vraiment. Certaines espoirs sont douchés, certaines aspirations deviennent concrètes. Les personnages de Catherine Bardon réussissent parfois, échouent souvent, comme dans la vraie vie mais se relèvent toujours. Et que dire d’Almah, ce pilier de la saga? Un personnage que je n’oublierai sans doute jamais.

J’ai beaucoup appris avec ce roman, j’ai ri, j’ai pleuré et c’est une saga que je n’oublierai pas avant longtemps. Comme le dit si bien Catherine Bardon, « Ne cherchez pas à savoir où est la réalité et où est la fiction. Car dans cette histoire tout est vrai. » La boucle est bouclée. Merci pour ces merveilleux moments…