Le Dernier été de Benedict Wells

 

 

 

Le Dernier été de Benedict Wells,

Publié aux éditions Slatkine et Compagnie,

2018, 403 pages.

 

« J’ai besoin de souvenirs, tout ce qui compte ce sont les souvenirs »

Un prof guetté par la quarantaine, une fille qui n’est pas son genre, un guitariste prodige et l’illusion de pouvoir rattraper le temps perdu.

Benedict Wells est un jeune auteur allemand qui a le vent en poupe. Il a marqué les esprits avec son roman La fin de la solitude, publié aux éditions du Livre de Poche. Slatkine et Compagnie a choisi de publier son tout premier roman.

Benedict Wells choisit de placer son intrigue à Munich, en Allemagne. Robert Beck est professeur d’allemand et de musique dans un lycée. Sa vie n’est pas franchement folichonne. A 38 ans, il est célibataire et n’ose surtout pas s’engager dans une relation. Il fantasme sur Anna, une de ses élèves et vivote, aspirant à des rêves de gloire. Un jour, il remarque Rauli, un élève lituanien pour ainsi dire transparent, mauvais en tout sauf en musique. Quand Rauli tient une guitare entre ses mains, le monde peut bien s’écrouler car le temps s’arrête. Beck voit en son élève la possibilité de toucher enfin les étoiles par procuration. Il décide de devenir l’impresario de Rauli et d’en faire une star mais son élève cache bien des secrets et quand le meilleur ami de Beck, Charlie, s’y met aussi, l’intrigue bascule dans un road trip halluciné.

Beck est un personnage que l’on peut dès le départ détester. C’est un loser qui a raté sa vie ou qui la pense ratée mais qui ne fait rien pour avancer. Obsédé par Anna, son élève, il ne se projette dans aucune relation sérieuse. Lorsqu’il rentre du lycée, il s’affale avec une bière devant la télé. Rien de bien palpitant. Et pourtant, au fur et à mesure, je me suis attachée à ce personnage. Derrière sa nonchalance, Beck est un personnage pugnace et loyal. Il ne laisse pas tomber Charlie lorsque celui-ci se fait hospitaliser. Il va même céder à son caprice et l’emmener rejoindre sa mère en Turquie, dans une vieille Passat! Idem avec Rauli. Beck va épauler le jeune garçon pour en faire une star et il prêt à y passer toutes ses économies.

La première partie du roman nous permet de découvrir la vie étriquée de Beck et ses rêves de grandeur avortés. La seconde partie prend une tournure tout à fait irréelle et se transforme en un road movie déjanté dans lequel la drogue, les armes et les hôtels de luxe ont la part belle. J’ai bien sûr préféré cette partie plus dynamique et plus hallucinée.

Cependant, ce roman me laisse dans une zone complètement floue. Je suis incapable de dire, au terme de ma lecture, si j’ai franchement aimé ce livre ou pas. C’est assez complexe et étrange. J’ai adoré certains aspects du roman qui m’ont fait avancer à toute vitesse dans ma lecture tandis que certains autres m’ont exaspérée.

Le Dernier été est un roman qui interroge le lecteur et le dérange avec ce personnage de Beck à la fois tendre et agaçant. Il va s’en dire que je m’en vais explorer d’autres titres de Benedict Wells, un auteur à suivre…

 

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Et Que nos âmes reviennent… de Sabrina Philippe

 

 

Et Que nos âmes reviennent… de Sabrina Philippe,

Publié aux éditions Flammarion,

2019, 285 pages.

 

Et si toutes nos rencontres avaient un sens caché? Même les plus malheureuses…
Et si nous avions plusieurs vies?
Et si nos rêves nous guidaient parfois sur les chemins de notre existence?
Et si la perte d’un être cher pouvait nous permettre de nous transformer?
Et si l’ombre et la lumière étaient indissociables, à l’intérieur de nous comme à l’extérieur?
Et si une nouvelle ère était en marche?
Et si l’espoir était au bout du chemin?

Je remercie les éditions Flammarion de m’avoir fait découvrir la plume de Sabrina Philippe et son texte poignant qui m’a beaucoup parlé. Je ne me serais peut-être pas arrêtée sur le résumé de quatrième de couverture plutôt succinct et énigmatique.

A travers ce roman, Sabrina Philippe nous raconte deux histoires tellement lointaines, et dans le temps et dans les circonstances, mais tellement proches. Côté pile, il y a la narratrice, psychologue vedette des plateaux-télé, qui tombe amoureuse d’un pervers narcissique. Côté face, il y a une jeune femme, juive polonaise, déportée à Auschwitz, victime d’un bourreau nazi.

Dans la première intrigue, on suit avec fébrilité cette narratrice qui perd tout par amour: le piège se referme peu à peu sur elle. Amis, travail, argent, indépendance, santé: elle n’a plus rien sauf sa relation perverse avec cet homme ignoble, si tendre en société, si violent dans l’intimité. Sabrina Philippe décortique à merveille l’engrenage de la relation toxique qui unit la victime à son bourreau. Tout commence comme un conte de fée pour notre narratrice pourtant si vigilante mais bientôt le prince charmant se transforme en monstre. On voit peu à peu les changements de comportement qui s’opèrent, d’abord par petites touches, petites réflexions anodines puis la méchanceté, la perversité qui s’affichent franchement jusqu’à l’odieux, l’insoutenable.

Dans la seconde intrigue, on suit une jeune femme, issue d’une union malheureuse entre une aristocrate polonaise et un pianiste juif. Ses origines, dans un temps aussi troublé que celui de la seconde guerre mondiale, lui vaudra la déportation et la déshumanisation qui s’ensuit.

Si on ne voit pas bien le rapport entre les deux histoires, Sabrina Philippe a tôt fait de tisser un lien étroit entre ces deux femmes issues de deux mondes et des deux époques différentes. J’ai vraiment été émue de suivre le destin de ces deux femmes. Je n’avais pas du tout imaginé l’hypothèse émise par l’auteur et j’ai été surprise que son intrigue prenne ce chemin-là.

La plume de Sabrina Philippe est aussi très belle, travaillée et poétique. En début de chaque chapitre, elle a veillé à insérer des citations et des poèmes, toujours bien choisis et qui entrent en résonance avec la suite de l’histoire. On sent parfois que l’auteur est psychologue de formation mais cet aspect plus scientifique ne m’a pas dérangée tant on voit les mécanismes d’une relation toxique se mettre en place.

Et Que nos âmes reviennent… est un très beau texte sur l’amour et la résilience qui fait la part belle aux femmes et à leur force indestructible.

 

L’Aube sera grandiose de Anne-Laure Bondoux

 

 

 

L’Aube sera grandiose de Anne-Laure Bondoux,

Publié aux éditions Gallimard Jeunesse,

2017, 299 pages.

 

 

Titania emmène sa fille, Nine, seize ans, dans une mystérieuse cabane au bord d’un lac. Il est temps pour elle de lui dévoiler des événements de sa vie qu’elle lui a cachés jusqu’alors. Nine écoute, suspendue aux paroles de sa mère. Flash-back, anecdotes, personnages flamboyants, récits en eaux troubles, souvenirs souvent drôles et parfois tragiques, bouleversants, fascinants secrets… Peu à peu jaillit un étonnant roman familial, qui va prendre, pour Nine, un nouveau tour au matin..

L‘Aube sera grandiose est un roman, classé jeunesse/Young adult, sorti en 2017. Comme je fais tout à contre-courant, c’est seulement maintenant que je le découvre! J’ai beaucoup aimé ce roman qui évoque une histoire familiale tourmentée.

Titania emmène donc sa fille Nine, dans une cabane, loin de tout. Elle veut lui raconter son histoire, celle de sa propre mère, celle de ses frères car jusque là Titania a menti à sa fille. De leur arrivée à la cabane jusqu’au petit matin, Titania déroule en une nuit le fil de sa vie.

En effet, la narration se fait d’un seul tenant, en une seule nuit. Titania raconte son enfance avec sa mère Rose-Aimée, une enfance faite d’errances, de squats, de départs précipités. Pourquoi n’a-t-elle jamais révélé l’existence de cette grand-mère fantasque à Nine? Pourquoi Titania a-t-elle fui toute sa vie jusqu’à changer d’identité?

Anne-Laure Bondoux prend le lecteur par la main et l’entraîne dans le sillage de cette drôle de famille menée par Rose-Aimée tantôt émouvante, tantôt exaspérante. On devine peu à peu que Rose-Aimée n’a pas vraiment choisi le chemin qu’elle a emprunté et qu’on lui a forcé la main. Des années 60 jusqu’aux années 90, l’auteur nous conte cette épopée familiale saupoudrée de drame.

J’ai aimé me laisser prendre au jeu du secret de famille, comprendre pourquoi cette fuite en avant incessante. Il m’a cependant manqué un petit soupçon d’émotions pour que le coup de cœur soit réel. En étoffant davantage sa narration, l’auteur aurait gagné en profondeur, entraînant avec elle les lecteurs restés à la surface des émotions.

L’Aube sera grandiose est un roman intéressant qui nous livre le secret, bien lourd, d’une famille unie jusqu’au bout.

Aquarium de David Vann

 

 

Aquarium de David Vann,

Publié aux éditions Gallmeister,

2018, 240 pages.

 

Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

David Vann est un auteur qui aime provoquer son lecteur. J’avais été submergée par Sukkwan Island il y a quelques années. Un roman terrifiant, dérangeant qui m’avais mise à terre. Avec Aquarium, David Vann explore une fois de plus les relations familiales tendues et difficiles où tout est possible, où tout peut imploser d’une minute à l’autre.

Caitlin vit avec sa mère, Sheri, à Seattle. Sheri travaille sur des chantiers. Levée à quatre heures du matin, Caitlin est déposée tous les jours devant l’école alors qu’il fait encore nuit, que tout le monde dort, qu’il neige et qu’il gèle. Son seul horizon d’attente est l’aquarium de la ville auquel elle se rend chaque jour après la classe. Là-bas, elle y fait la rencontre d’un homme âgé. Les deux personnages vont se lier d’amitié. Mais quel lien étrange les unis? Pourquoi ce vieil homme attend-il Caitlin chaque jour?

Si j’ai deviné, rien qu’en lisant la quatrième de couverture, ce qui allait unir Caitlin et le vieil homme, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur amenait les choses. Il y a d’abord des passages très beaux dans ce roman, des purs moments de poésie. La rencontre entre Caitlin et le vieil homme laisse place à d’intenses moments de réflexion sur la vie, sur la nature. Leur lien apparaît comme pur, désintéressé même si d’un œil extérieur cette relation peut paraître étrange, déplacée.

Il y a ensuite cet arrière-fond social. Caitlin est issu d’une famille monoparentale pauvre, isolée. Dans leur appartement, mère et fille ne font qu’un, soudées par la misère sociale et culturelle. Mais on sent que quelque chose cloche avec Sheri, cette mère dévouée qui parfois sombre dans la mélancolie ou dans la violence.

Et puis il y a l’explosion, le point de bascule et de non-retour. Tout devient violence dans le verbe, dans le geste. La mère devient monstrueuse pour son enfant. David Vann nous montre ici la fragilité extrême des êtres. L’adulte, qui en temps normal se doit d’être rassurant, équilibré, devient ici un être irresponsable, dégénéré. Comment se construire quand notre point de repère implose en vol? Comment devenir un adulte équilibré? Faisons-nous les mêmes erreurs que nos parents? Certains chapitres vous laissent à bout de souffle, à la fois terrifié et fasciné par cette mère cabossée, folle à lier.

Aquarium est sans conteste un roman choc, coup de poing qui met K.O son lecteur. D’une intensité rare, ce roman pousse le lecteur dans ses retranchements les plus intimes. 

La Baigneuse du Wannsee de Karl Diegner

 

 

La Baigneuse du Wannsee de Karl Diegner,

Publié aux éditions L’Harmattan,

2018, 317 pages.

 

 

Et si un tableau, le chef-d’œuvre de Max Pechstein, pouvait être le conducteur de l’odyssée inimaginable de trois jeunes Allemands qui se rencontrent aux Beaux-Arts de Berlin, et traversent un quart de siècle de conflits meurtriers ?
La Baigneuse du Wannsee raconte l’histoire d’une amitié indestructible, d’amours impossibles, de passions dévorantes et de destins tragiques, intimement liés à cette peinture. Du Berlin des années trente, en pleine effervescence culturelle et artistique mais déjà menacée par la montée du nazisme, au Paris de l’avant-guerre à l’Occupation, en passant de l’enfer de Stalingrad aux rizières du Viêt Nam jusqu’à l’apparente douceur provençale, se déroulent ici les pages sombres et lumineuses de vies en prise avec l’Histoire.

La Baigneuse du Wannsee m’a été envoyé par les éditions de L’Harmattan. J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce roman et puis je me suis lancée. L’auteur nous raconte principalement le destin de Gunther, un jeune allemand, passionné de sculpture. Il fait la connaissance de Muriel, modèle nue pour tableau et Helmut, engagé communiste. Nous sommes en 1933, à Berlin. Les trois amis vivent la belle vie: une vie de bohème faite de petits boulots, de fêtes jusqu’au point du jour et de découvertes dans le domaine de l’art. Et puis la guerre éclate. Les trois amis embrassent des destins différents…

J’ai aimé ce roman globalement parce que c’est un livre qui nous raconte la seconde guerre mondiale à travers le prisme de l’art. Du début de l’expressionnisme allemand révolutionnaire à la considération des œuvres juives « dégénérées », Karl Diegner balade son lecteur de Berlin à Paris. J’ai beaucoup aimé l’ambiance qui se dégageait de ces pages, essentiellement dans la première partie du livre. On suit les amis dans leur découverte du monde de l’art: les galeries, les expositions. C’est un monde bouillonnant, inspirant qui s’étale devant leurs yeux. Et puis la guerre survient: les artistes qui étaient portés aux nues sont considérés comme « dégénérés » et sont emprisonnés, déportés. On voit à l’œuvre le travail de sape des nazis qui détruisent tout ce qui sort de la norme.

Pendant la guerre, Gunther va devenir agent de liaison dans le monde de l’art entre Berlin et Paris. On vit avec lui la guerre du côté français mais vécue par un allemand! Point de vue original ici qui m’a beaucoup plu. J’ai adoré la description des rues de Paris, de toute cette atmosphère très Saint-Germain des Prés, un monde intellectuel qui fait rêver! Gunther échange art, littérature avec ses amis. Il découvre le jazz, les cabarets. Je n’avais aucun mal à imaginer les soirées décrites par l’auteur.

En revanche, j’ai moins apprécié la seconde partie du roman qui se déroule après les années 50. Gunther va de situations extrêmes en situations extrêmes. Il va participer d’ailleurs à la guerre d’Indochine. J’ai moins aimé parce que les choses allaient bien trop vite pour moi. J’aurais aimé que l’auteur prenne plus le temps de raconter car j’ai eu l’impression de sauter d’une situation à l’autre trop rapidement.

Au final, La Baigneuse du Wannsee est un roman intéressant qui nous fait vivre la seconde guerre mondiale par le prisme de l’art.

Grégoire et le vieux libraire de Marc Roger

 

 

Grégoire et le vieux libraire de Marc Roger,

Publié aux éditions Albin Michel,

2019, 234 pages.

 

Ancien libraire, monsieur Picquier s’est vu contraint de déménager 3 000 volumes dans son petit chez-lui. Oui mais voilà, il ne peut plus profiter seul de sa passion, puisque la maladie de Parkinson l’empêche de lire, et va donc devoir demander de l’aide à l’apprenti-cuisinier Grégoire, qui va découvrir avec ce vieux maître les joies de la lecture.

Grégoire et le vieux libraire est le genre de roman qu’on lit d’une traite. Grégoire est factotum dans un EHPAD. Il a dix-neuf ans, pas de diplôme mais l’envie de faire plaisir aux gens en s’acquittant de sa tâche. Par hasard, il rencontre Monsieur Picquier, ancien libraire, atteint de la maladie de Parkinson. Entouré de plus de 3000 livres dans sa petite chambre, Monsieur Picquier se sent seul. Il va trouver en Grégoire un passeur, un relais, en lui donnant goût à la lecture et à la littérature…

Marc Roger nous dresse ici le portrait touchant de deux hommes que tout oppose: l’un est à l’aube de sa vie tandis que l’autre va sur le déclin. L’un a vécu de mots, de lettres, de littérature, l’autre n’a pas ouvert un livre depuis le collège. Et pourtant, entre ces deux-là va naître une sorte d’amitié indéfectible dans laquelle se mêle des sentiments forts et complexes.

Sans tomber dans le pathos pour autant, Marc Roger nous raconte une belle histoire remplie d’humanité. Au-delà d’un roman sur le pouvoir de la littérature et de la lecture, l’auteur dénonce en filigrane l’extrême souffrance des personnes âgées placées en EHPAD, le travail des soignants, l’absurdité de la société qui laisse « ses vieux » crever sans un au revoir. Certains passages sont touchants, émouvants quand l’auteur montre la solitude de certains personnages que plus rien ne relie à la vie.

Ode à la lecture, à la littérature, l’auteur n’en oublie pas de construire des personnages attachants et drôles à commencer bien sûr par Monsieur Picquier. Espiègle, plein d’humour, bourré de ressources, il est d’une drôlerie infinie et d’une finesse d’esprit incroyable. Quant à Grégoire, j’ai aimé son évolution tout au long du roman. D’abord réfractaire à toute forme de littérature, il va se laisser piéger par Monsieur Picquier et trouver une sorte de révélation dans son rôle quotidien à la maison de retraite.

Avec Grégoire et le vieux libraire, Marc Roger offre à son lecteur un roman touchant qui évoque le passage du temps et qui montre que la littérature peut beaucoup contre la déliquescence du corps et de l’esprit.

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

 

 

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino,

Publié aux éditions Albin Michel,

2019, 384 pages.

 

 

1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.

Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.

La Goûteuse d’Hitler est un roman qui explore une partie sombre de la seconde guerre mondiale, dévoilant une fois de plus toute la cruauté d’un système nazi sous la coupe d’un dirigeant mégalomaniaque et paranoïaque.

Rosa est une jeune allemande. Cela fait un an qu’elle s’est mariée avec Gregor. Ce dernier a été envoyé sur le front de l’Est. Sans famille proche, Rosa s’est réfugiée chez ses beaux-parents, là où Hitler a établi son quartier général. Un matin, un bus vient la chercher. On ne lui laisse pas le choix: avec une dizaine d’autres femmes du village, elle sera la goûteuse d’Hitler. Matin, midi et soir, ces femmes devront goûter les plats proposés au führer et attendre une heure pour savoir si elles ont été ou non empoisonnées. Un métier morbide et salutaire à la fois…

Rosella Postorino a eu l’idée de ce roman en lisant l’interview d’une des dernières goûteuses d’Hitler qui a bien voulu témoigner et lever ainsi le tabou sur une grande partie de sa vie. Hitler s’était en effet entouré de femmes qui étaient devenues en quelque sorte ses cobayes. Vivant dans la peur d’être empoisonné, il imposait à d’autres de goûter ses plats comme l’aurait fait tout bon dictateur romain avec ses esclaves.

Rosella Postorino plonge donc son lecteur dans une histoire fort mal connue qui éclaire une fois de plus le caractère fou du führer. On suit Rosa qui vit dans la peur d’être empoisonnée et qui chaque jour défie la mort. Ce métier imposé est vécu à la fois comme une torture mais aussi comme une sorte de bénédiction car tandis que dans le village tous crèvent de faim, Rosa et ses camarades se remplissent chaque jour l’estomac, dégustant des plats cuisinés et mijotés. L’auteur joue sur la dualité de ces repas imposés. La culpabilité s’ajoute au sentiment de trahison.

J’ai aussi aimé voir que ce roman était raconté du point de vue d’une jeune femme allemande, pas anti-nazie mais pas pro-nazie pour autant. On constate toute la perversion de ce système qui prend son propre peuple en otage en lui imposant une tâche sordide et mortifère. Rosa est prise au piège. Cette allemande pure souche devient une victime à son tour.

Le roman ne se contente pas de nous narrer les repas des goûteuses. On suit Rosa dans sa vie de femme, seule, isolée, privée de son mari. L’ennui s’installe. Le désir d’être aimée, possédée se fait sentir. Rosella Postorino pose aussi la question de ces femmes, restées seules, parfois très longtemps, sans mari. Peuvent-elles céder à leur désir? A leur envie? Être une femme pendant la guerre, c’est attendre, s’occuper des enfants et de la maison, reprendre l’activité du mari parti. Ainsi Rosa va franchir un point de non retour en trompant son mari. Mais comment lui en vouloir? Elle, si jeune, coincée dans ce village perdu? Rosella Postorino ne juge pas mais nous fait comprendre la détresse de ces femmes.

La Goûteuse d’Hitler est un roman à découvrir en cette future rentrée littéraire. Rosella Postorino dévoile un pan bien sombre de la seconde guerre mondiale tout en nous faisant découvrir une héroïne touchante dans son malheur et sa détresse de femme allemande.