Jeux de miroirs de E.O Chirovici

 

 

 

Jeux de miroirs de E.O Chirovici,

Publié aux éditions Les Escales,

2017, 315 pages.

 

 

 

Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fi n des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ? Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes.

Coup de cœur assumé pour ce roman, déjà best-seller, qui m’a littéralement enthousiasmée et que j’ai dévoré en trois jours. E.O Chirovici a le don pour balader son lecteur et pour le tenir en haleine. Si vous avez aimé les romans de Joël Dicker, vous serez sûrement séduit par celui-ci.

A travers trois parties bien distinctes, l’auteur met en lumière l’assassinat jamais élucidé d’un professeur d’université et la disparition d’un mystérieux manuscrit qui pourrait bien être la clé de voûte du roman. La première partie de l’histoire met en scène Peter Katz. Il est agent littéraire et reçoit un jour les 50 premières pages d’un manuscrit. L’auteur de ce texte inachevé, Richard Flynn, y aurait raconté dans quelles circonstances le professeur Wieder, éminent psychologue, aurait été assassiné dans les années 70. La première partie du livre nous donne donc à lire ce fameux manuscrit vérité. Peter Katz, emballé par sa lecture (tout comme le lecteur en chair et en os) cherche à en savoir plus. Il contacte donc l’auteur mais celui-ci est décédé. Peter va donc engagé un journaliste free-lance afin qu’il retrouve la fin du manuscrit.

La deuxième partie met alors en scène John Keller. Il est journaliste. Peter lui a demandé de mettre la main sur le reste du manuscrit. S’il ne parvient pas à le retrouver, il aura alors la tâche d’enquêter et de reconstituer les faits tels qu’ils se sont déroulés lors de la mort du professeur Wieder. La troisième partie du roman met enfin en scène un flic à la retraite qui reprend lui aussi l’enquête afin d’en savoir plus sur la mort de Wieder.

Les trois parties s’imbriquent les unes dans les autres et adoptent toutes un point de vue différent. Tandis que Peter Katz se contente de lire le manuscrit de Richard Flynn; John et le policier vont enquêter pour savoir si ce que raconte Flynn est vrai. Comme le titre du roman l’indique, il s’agit d’un jeu de miroirs entre les différentes versions de l’histoire. Un même événement est démultiplié pour montrer de quelle manière il a pu être vécu selon la personne concernée. L’auteur nous entraîne au cœur d’une histoire haletante. Même si l’intrigue reste conventionnelle, j’ai trouvé l’enquête passionnante. Finalement, ce n’est pas tant l’identité du coupable qui importe ici. L’auteur joue plutôt sur les effets de la mémoire, le problème du souvenir et de la subjectivité. La question de la déformation des événements passés tient ici une place prépondérante et j’ai beaucoup aimé la façon qu’avait l’auteur de traiter ce problème.

Jeux de miroirs est définitivement une lecture coup de cœur. Ce roman m’a tenu en haleine et l’auteur maîtrise parfaitement sa narration. L’enchaînement des points de vue m’a beaucoup plu et permet une réflexion intéressante sur les pouvoirs de la mémoire.

La promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen

 

La Promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 464 pages.

L’impossible et sublime histoire d’amour d’une anglaise, fille de médecin, et d’un jeune domestique indien dans les splendeurs des palais des Maharajas. Quand Sophie revient en Inde, dix ans après son départ, c’est au bras de Lucien. Elle a accepté d’épouser cet ambitieux diplomate qu’elle connaît à peine, mais n’a rien oublié du pays de son enfance, ni de son premier amour… En elle vibre l’espoir de guérir enfin des blessures du passé. Mais à quel prix ?

Attention! Coup de cœur pour ce roman des éditions Presses de la Cité. J’ai été emportée et profondément émue par cette histoire d’amour racontée avec grâce.

Alison McQueen plonge son lecteur au cœur de l’Inde, en 1948. Sophie, jeune anglaise, accompagne ses parents auprès d’un puissant maharadja. Mais la jeune fille de 17 ans s’ennuie. Elle fait alors la connaissance de Jag, un valet indien. Tout semble opposer les deux jeunes gens, pourtant, ils tombent amoureux et deviennent amants. Lorsque l’on découvre leur idylle, ils sont séparés. Jag et Sophie n’auront alors de cesse de penser l’un à l’autre.

L’histoire d’amour entre ces deux personnages m’a vraiment plu. Je ne suis pourtant pas fleur bleue mais j’ai trouvé que l’auteur décrivait cette passion amoureuse avec beaucoup de pudeur. Sophie et Jag ont un coup de foudre et leur couple devient l’un de ces couples mythiques que tout oppose. Elle est anglaise et blanche; il est indien et musulman. Dans un cas comme dans l’autre, les familles ne veulent pas de cette union dévoyée. Pourtant, l’auteur parvient à nous restituer toute la pureté de leurs sentiments. C’est tout simplement magnifique.

L’intrigue nous plonge également au cœur de l’Inde. Elle parvient à nous faire voyager à travers les descriptions des palais et des paysages tous plus beaux les uns que les autres. L’auteur a placé sa petite histoire au cœur de la grande puisqu’en arrière fond, elle nous fait vivre les événements dramatiques qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de l’Inde. Musulmans et hindous sont tout d’un coup divisés et séparés sur leur propre territoire alors que le Pakistan émerge. Les massacres, les viols, les enlèvements et les exils forcés ponctuent ce récit et donnent une couleur plus intense à l’intrigue. Cette description de la séparation entre les peuples répond en écho à celle entre Jag et Sophie.

Les chapitres alternent avec intelligence entre ceux consacrés à Sophie adolescente en 1948 et ceux consacrés à Sophie dix ans plus tard, en 1958. J’ai adoré cette construction qui permet de savoir ce qu’est devenue l’héroïne après sa rupture forcée avec Jag. Ces dix ans d’intervalle ajoute du suspens et tient en haleine le lecteur!

La fin du roman m’a profondément émue. Je me suis surprise à verser quelques larmes pour Sophie. Je ne peux que vous recommander ce livre bouleversant qui oscille entre histoire d’amour et roman historique. Les personnages bien campés nous font vivre des émotions intenses et le couple Jag/sophie restera longtemps dans ma mémoire! Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Anne pour cette magnifique découverte!

Monsieur Jean a un plan de Thomas Montasser

 

 

Monsieur Jean a un plan de Thomas Montasser,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 234 pages.

 

 

 

Monsieur Jean est concierge de nuit dans un palace au bord du lac de Zurich, ou plutôt il était concierge, car l’heure de la retraite a sonné. Lui qui ne vivait que pour l’hôtel va devoir réapprendre à dormir la nuit et à occuper ses journées. Mais Monsieur Jean n’est pas du genre à se laisser aller, et il compte bien continuer à donner un coup de pouce au destin des inconnus qui croisent son chemin. Dans l’immédiat, il lui faut réconcilier deux anciennes ballerines fâchées depuis plus de trente ans, remettre un pickpocket sur le droit chemin et aider une jeune femme à ouvrir son café… On aimerait tous avoir un Monsieur Jean dans notre vie.

Il y a quelques temps, j’avais lu Une année particulière de Thomas Montasser, l’histoire de Valérie qui se retrouve libraire du jour au lendemain. J’avais beaucoup aimé ce petit roman. Je remercie une fois de plus les éditions Presses de la Cité pour avoir pensé à moi en m’envoyant le tout dernier livre de l’auteur.

Avec Monsieur Jean a un plan, l’auteur nous entraîne une fois de plus dans un roman feel good, sans prise de tête avec pour toile de fond Zurich et un café.

L’intrigue débute avec Monsieur Jean qui, après des années de bons et loyaux services à l’hôtel Le Tour au lac, prend sa retraite. Enfin, ça c’est ce que pense tout le monde car Monsieur Jean n’est pas du tout ravi d’être enfin à la retraite. Lui qui a été le concierge d’un des hôtels le plus prestigieux de Zurich doit réapprendre à vivre pour lui. Que va-t-il d’abord faire de ses journées lui qui travaillait la nuit? A qui rendre service ensuite, lui qui connaissait les lubies et les moindres envies de ses clients? Alors Monsieur Jean passe à l’attaque. Il a un plan pour réconcilier deux vieilles ballerines brouillées depuis bien trop longtemps; améliorer la quotidien de Sophie, cette jeune femme qui désire faire sa place à l’hôtel; et surtout aider Ana à ouvrir son café.

Encore une fois, je le répète, ce roman n’est pas prise de tête. Il se déguste gentiment. Le lecteur suit la petite vie de Monsieur Jean qui est à l’image de la ville de Zurich: propre, lisse, bien nette même si on comprend vite que Monsieur Jean n’est pas tout à fait celui qu’on croit et qu’il possède plus d’une facette. Les personnages du roman sont sympathiques bien qu’un peu stéréotypés parfois. L’intrigue est de toute manière centrée autour de Monsieur Jean, un voisin tel qu’on rêverait d’en avoir un, un doux rêveur, un vrai gentil.

Les chapitres sont courts et les différentes histoires se mêlent. C’est peut-être la seule chose que je reprocherais au roman. J’ai parfois eu du mal à me repérer tant on passe rapidement d’un personnage à l’autre, d’une intrigue à l’autre. Heureusement qu’à la fin, tout converge! Le style de l’auteur est vif et il nous raconte la vie de Monsieur Jean avec beaucoup d’humour!

Monsieur Jean a un plan est un roman feel good qui vous laisse entrevoir une petite parcelle supplémentaire d’humanité chez votre voisin ou votre voisine (Si, si!). Un roman qui se veut résolument optimiste et qui fait du bien jusqu’à nous faire sourire….

Les Dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

 

 

Les Dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi,

Publié au Mercure de France,

2016, 288 pages.

 

 

 

 

 

Elles sont trois, ces dames de la famille Kimoto, avec leurs amours, leurs passions, leurs drames qui
racontent le destin de la femme japonaise de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui….

Rien de plus succinct que cette quatrième de couverture qui ne nous apprend rien sur l’intrigue de ce roman japonais. Je vais donc m’y coller et faire le job

Hana est une jeune japonaise de vingt ans à la fin du 19ème siècle. Il est grand temps qu’elle épouse enfin un homme. Surprotégée par sa chère grand-mère, elle descend le fleuve Ki pour se marier avec un homme de la famille des Matani. Répondant en tous points à ses devoirs d’épouse modèle, Hana donne naissance à deux enfants dont une fille un peu rebelle Fumio. Cette dernière donnera elle aussi naissance à une fille, faisant d’Hana une grand-mère comblée.

Les Dames de Kimoto est donc une fresque familiale qui court sur plusieurs générations et dont l’élément principal est Hana. Celle-ci, dans le dernier quart du 19ème siècle, sera confrontée à la naissance d’un Japon moderne, occidentalisé dans lequel la place des femmes devient de plus en plus importante.

Avec ce roman, le dépaysement culturel est assuré. Outre l’histoire de ces femmes qui court sur plusieurs générations, l’auteur met en perspective plusieurs manières d’envisager le Japon. A Hana, très conservatrice dans les traditions, s’oppose Fumio qui revendique l’égalité homme/femme et une place plus valorisante dans la société. Mais les choses demeurent plus complexes. N’est-ce pas finalement Hana qui a mené habilement son mari jusqu’au plus haut sommet de l’État? N’est-ce pas finalement elle, la femme soumise, qui tire les ficelles dans l’ombre de sa maison?

L’auteur propose au lecteur une plongée au cœur des traditions japonaises. Certaines semblent étranges comme lorsque Fumio enceinte doit veiller à la propreté des toilettes si elle veut un accouchement parfait. Les traditions de bienséance et de soumission féminine font parfois lever les yeux au ciel mais l’auteur laisse entendre à chaque fois qu’Hana a finalement été beaucoup plus libre que sa propre fille Fumio. A travers le portrait de ces femmes, l’auteur ressuscite un Japon pris entre les feux de la tradition et de la modernité.

Sans fioritures ni envolées lyriques, elle nous raconte simplement l’histoire de ces trois femmes sur trois générations. Alors oui, j’ai aimé ce roman car il m’a littéralement dépaysée. J’ai aimé ce côté « exotique » du Japon qui me fascine tant: les palais, les règles de politesse, les kimonos, les coiffures, le code moral. Mais le style de l’auteur très dépouillé m’a un peu déconcertée. L’intrigue n’est pas vraiment haletante. On suit simplement ces femmes dans une société qui évolue continuellement.

Les Dames de Kimoto reste un roman agréable à lire pour tous ceux qui aiment s’évader à travers la littérature. Les fans de saga familiale seront à l’inverse déçus. Un roman pour les passionnés du Japon.

Ressentiments distingués de Christophe Carlier

 

 

Ressentiments distingués de Christophe Carlier,

Publié aux éditions Phébus,

2017, 174 pages.

 

 

 

 

Le microclimat de l’île : pluie et bourrasques. Ce qui n’empêche pas ses habitants d’avoir un bon fond, et d’accueillir le facteur avec un sourire, quel que soit son retard. Le pauvre homme souffre d’arthrose ; mais l’heure de la tournée n’intéresse pas grand monde. Nul n’envoie plus de lettres d’amour et les factures arrivent toujours trop tôt. Jusqu’à ce que des missives malveillantes atterrissent dans les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? La vaniteuse Marie-Odile ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Emile, Laure, Marge ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Sans que les bavards complices n’en retirent le plaisir d’être solidaires.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Phébus pour m’avoir permis de recevoir ce roman de la rentrée littéraire de janvier.

Ressentiments distingués est d’abord un tout petit roman qui se lit très facilement. Sur une île, un mystérieux corbeau envoie des cartes aux villageois. Semant le doute, la confusion et bientôt la zizanie, certains tentent d’en savoir plus en enquêtant.

Le roman se découpe en deux parties. Dans la première partie, nous suivons les habitants de l’île qui reçoivent des lettres anonymes et malveillantes. C’est parfois l’existence d’une sœur cachée qui est mis en cause ou le soupçon d’un adultère. Chacun est visé. Bientôt la méfiance règne sur l’île car chaque habitant est suspect. Les dissensions naissent et c’est bien souvent dans le seul café de l’île qu’on vient quêter les dernières nouvelles. L’auteur nous propose davantage des moments de vie, des instantanés plutôt qu’une enquête menée en bonne et due forme. Chaque habitant cache quelque chose finalement et le corbeau met à nue les tensions et les rancœurs.

Dans la seconde partie du roman, le lecteur voit l’identité du fameux corbeau dévoilé. Les raisons qui l’ont poussé à commettre ses actes sont d’ailleurs assez étonnantes. Dans cette partie, on observe les habitants qui tentent de trouver l’auteur des fameuses lettres.

A travers ce petit roman, Christophe Carlier nous offre la possibilité de passer un moment sur cette île close, à l’abri de tout mais quand le ver vient de l’intérieur, les dégâts sont beaucoup plus conséquents. Son roman m’a parfois fait penser à une enquête de Miss Marple pour le côté désuet. J’ai beaucoup aimé le charme littéraire de l’auteur qui nous permet de vivre quelques heures des vies banales des habitants de l’île. L’intrigue est certes éculée mais j’ai pris plaisir à lire entre les lignes les instants de vie de ces villageois.

Ressentiments distingués est un petit roman frais et plein de charme. Merci à Babelio et aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

Chanson douce de Leïla Slimani

 

 

Chanson douce de Leïla Slimani,

Publié aux éditions Gallimard,

2016, 227 pages.

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Je vous donne aujourd’hui mon avis sur le dernier prix Goncourt même si je sais bien que je ne vais pas révolutionner la blogo! J’ai quand même envie d’apporter mon grain de sel!

Chanson douce c’est l’histoire de Myriam, une maman qui confie ses deux enfants à Louise, une nounou super efficace. Le problème c’est que Louise tue les enfants de Myriam! Je ne vous spoile pas. Il suffit de lire la première page pour le comprendre.

Un peu comme avec l’inspecteur Colombo, Leïla Slimani commence par le meurtre des enfants. Aucun suspens sur l’identité de l’assassin puisqu’on sait qu’il s’agit de Louise, la nounou. L’auteur nous invite tout au long de la lecture à comprendre ou tenter d’apporter une explication au geste fatal de Louise. Pourquoi en est-elle arrivée là? Qu’est-ce qui l’a poussé à commettre l’irréparable? Inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée au États-Unis, le récit de Leïla Slimani propose dont au lecteur d’enquêter sur les raisons qui poussent Louise à tuer deux enfants.

L’univers du roman est sombre voire glauque. Dans les diverses interviews que j’ai pu lire ça et là, l’auteur était souvent interrogée sur l’inversion des rôles sociétaux. Myriam, une française d’origine magrébine engage Louise. Ce n’est pas tant cette inversion des stéréotypes qui m’a intéressée mais plutôt l’inversion des rôles maman/nounou. Car Louise va s’intégrer dans la famille de Myriam au point de ne pas se contenter uniquement de garder les enfants. Elle va faire le ménage tous les jours, étendre les lessives, faire les lits, repasser et surtout cuisiner. Elle prend peu peu à le rôle de Myriam.

Cette dernière, femme redevenue active, ne sait plus vraiment trouver sa place. Alors au-delà du récit glaçant qui se conclue de manière mortelle, j’ai trouvé que la réflexion de l’auteur autour de la place de la jeune maman dans la société était très intéressante. Confier ses enfants à une nounou, c’est un peu se mettre en rivalité avec elle; c’est abandonner un peu de son amour que c’est femme va, en principe, combler; c’est renoncer et ça Leïla Slimani le montre très bien à travers Myriam qui culpabilise beaucoup et que la société fait culpabiliser.

Le personnage de Louise m’a paru aussi intéressant. Bien sûr, à la lecture du roman, on sait qu’il s’agit d’une meurtrière en puissance et on guette le moindre faux pas, le moindre geste qui pourrait trahir son caractère létal. Louise m’a déstabilisée. Je l’ai trouvé insaisissable, fuyante. Elle est très ordonnée, presque maniaque chez Myriam alors que chez elle, elle vit de manière sommaire comme si sa vie se résumait au dehors, aux autres. Son passé trouble ne l’est pas suffisamment pour excuser son geste. Louise est finalement une femme banale sur laquelle personne ne se retourne jamais et c’est peut-être là, la force de l’auteur. Faire de cette femme banale et invisible, une femme extraordinaire au sens premier, littéral/

Chanson douce est un roman qui incite à la réflexion. Au-delà des meurtres infâmes, Leïla Slimani nous invite à nous pencher sur le rôles des femmes dans la société.

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

 

Les Charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Pocket et Omnibus,

2007, 600 pages.

Le destin d’une femme à travers les mutations de son temps, les mystères de l’union conjugale, l’électrique confrontation entre aspirations progressistes et valeurs conservatrices… Et l’exceptionnel talent de Douglas Kennedy. Pour ses intellectuels de parents, Hannah Buchan est une vraie déception. A vingt ans, au lieu de grimper sur les barricades et de se fondre dans l’ébullition sociale des années soixante-dix, elle n’a d’autre ambition que d’épouser son petit ami médecin et de fonder une famille. Installée dans une petite ville du Maine, Hannah goûte aux charmes très, très discrets de la vie conjugale. C’est alors que le hasard lui offre l’occasion de sortir du morne train-train de son quotidien : malgré elle, Hannah va se rendre complice d’un grave délit….

Je termine le recueil de romans de Douglas Kennedy aux éditions Omnibus avec Les Charmes discrets de la vie conjugale. Si La poursuite du bonheur a été un coup de cœur, Une relation dangereuse un très bon bouquin, ce dernier livre est pour moi un poil en-dessous des autres.

L’intrigue démarre pourtant bien. Hannah est une jeune femme intelligente qui fait des études de lettres en Nouvelle-Angleterre dans les années 60. Son père, professeur à l’université, est un fervent activiste dans la lutte contre la guerre du Vietnam. Sa mère est une artiste qui ne parvient pas à s’épanouir dans leur petite ville de province. Ici Douglas Kennedy dresse avec brio le portrait d’une mère narcissique, à la limite de la perversion. Même s’il va parfois loin avec ce personnage, il permet d’expliquer en grande partie la voie qui sera choisie par Hannah.

Alors qu’elle est brillante et qu’elle pourrait partir étudier à Paris, Hannah tombe amoureuse de Dan, un étudiant en médecine. Elle fait alors le choix de se marier et d’avoir un enfant à 23 ans. S’enterrant à Pelham, un coin paumé, Hannah va vite déchanter. Elle prend conscience de la limite de ses rêves et s’enferme dans une relation morne jusqu’au jour où un ancien étudiant de son père frappe à sa porte….

Dans cette première partie du bouquin, Hannah fait donc le choix de renoncer à ses rêves pour épouser l’homme qu’elle aime et « s’embourgeoiser ». Douglas Kennedy peint avec réalisme et cruauté cette vie qu’embrasse Hannah. Coincée dans sa ville, elle devient l’épouse du médecin, condamnée à entretenir la maison et à s’occuper des enfants. Nous sommes dans les années 60 et beaucoup pensent que la place d’une femme est à la maison. Hannah a peut-être fait le mauvais choix au final. Mais qui n’a jamais renoncer à un rêve, à un projet par lâcheté et facilité? Douglas Kennedy parvient à nous intéresser à la vie bien monotone de cette femme jusqu’au moment où sa vie va basculer.

La seconde partie s’ouvre en 2003. Nous retrouvons Hannah âgée d’une cinquantaine d’années. Je ne vous dévoilerai rien sur sa vie personnelle pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir ce qu’elle est devenue. Cependant, l’intrigue se concentre ici sur la disparition de sa fille Lizzie. Le roman vire peu à peu au thriller. J’ai aimé cette direction prise par l’intrigue même si j’ai trouvé qu’elle mettait du temps à se mettre en place. C’est peut-être ce qui m’a un peu déçue dans ma lecture car je ne voyais vraiment pas du tout où l’auteur voulait en venir. Néanmoins, le roman monte en puissance et comme dans presque tous les Douglas Kennedy, il y aura une chute retentissante. Le passé trouble d’Hannah va refaire surface et cette dernière va devoir affronter ses erreurs.

Les Charmes discrets de la vie conjugale n’est pas le meilleur roman de Douglas Kennedy. Cependant, j’ai passé un très bon moment avec Hannah. J’ai adoré la manière qu’il a, parfois très cruelle, de disséquer la vie de couple et ses aléas. Je remercie une nouvelle fois les éditions Omnibus de m’avoir fait confiance en m’envoyant ce recueil de romans dédié à ses héroïnes.