Le gang des rêves de Luca Di Fulvio

 

 

 

Le Gang des rêves de Luca Di Fulvio,

Publié aux éditions Pocket,

2017, 945 pages.

 

 

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New-York des années vingt… L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio. Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.

Repéré il y a déjà un petit moment chez Maureen du Bazar de la littérature, je me suis enfin plongée dans ce beau pavé de presque 1000 pages! Il faut dire qu’on ne les voit pas passer ces pages et qu’elles se tournent toute seule!

Le roman débute en Sicile dans une famille de paysans très pauvre. Alors que la beauté de Cetta, 13 ans, éclot à peine, sa mère cherche par tous les moyens à la soustraire aux regards concupiscents. Pour cela, elle oblige sa fille à porter une corde, la faisant boiter. Mais le danger n’est jamais là où on le croit et malgré toutes les précautions, Cetta se fait violer. A la naissance de son petit garçon, Natale, elle décide de partir aux États-Unis pour fuir la misère et la violence de son pays. Elle débarque seule sur Ellis Island avec son fils de 6 mois, bientôt rebaptisé Christmas par l’officier des douanes.

Cetta se prostituera pour gagner sa vie et offrir une existence meilleure à son fils. Si on suit d’abord Cetta, l’intrigue se focalise vite sur Christmas, un garçon attachant, débrouillard et vif qui va fonder à lui seul le gang des Diamond dogs. Le gang des rêves c’est finalement le récit de ce jeune garçon dont la mère souhaite à tout prix qu’il devienne américain. Puis la vie de Christmas va changer lorsqu’il va croiser celle de Ruth, alors laissée pour morte sur le bas-côté.

Le Gang des rêves c’est à la fois la fulgurance de l’amour, de Cetta pour Christmas puis de Christmas pour Ruth. C’est le rêve américain: l’envie de réussir, de s’en sortir mais aussi la triste réalité de l’époque pour des milliers d’immigrés pensant trouver une vie meilleure aux États-Unis. C’est aussi une manière incroyable de raconter le New-York des années 20: les gangs, la prohibition, la prostitution, les règlements de compte. Luca Di Fulvio possède une plume presque cinématographique. Ses descriptions des bouges, des ruelles sombres, des maisons closes sont très visuelles. Il n’oublie pas de montrer le côté sombre de New-York: la violence est très présente que ce soit dans les paroles, dans les gestes. 

Le personnage de Christmas est époustouflant. Il dégage une grande pureté, lui dont on a gravé un « P » comme « putain » sur le torse pour qu’il se rappelle à jamais le métier de sa mère. J’ai aimé son envie de devenir justement un « américain ». Il nourrit le rêve de sa mère en quelque sorte. Héros, parfois anti-héros, l’auteur a brossé un portrait brillant de ce jeune homme qui raconte des histoires pour parvenir à ses fins.

Même si j’ai trouvé que l’histoire était parfois un peu facile (notamment l’histoire d’amour), j’ai adoré ce livre à la fois sombre et lumineux tellement prenant et envoûtant.

Le gang des rêves est un roman fascinant. J’ai refermé le livre avec tristesse, quittant des personnages de papier attachants et marquants!

A l’irlandaise de Joseph O’Connor

 

 

 

A l’irlandaise de Joseph O’Connor,

Publié aux éditions Robert Laffont,

2016, 596 pages.

 

 

 

 » Ma tendre chérie « .
C’est ainsi que Billy Sweeney s’adresse à sa fille violée dans une station-service et depuis lors plongée dans le coma. Dans une longue lettre passionnée et mélancolique, il lui raconte son histoire et comment il a cherché à se venger de son agresseur. Billy se souvient de l’insupportable culot qui émanait de Donal Quinn le premier jour du procès. Il se souvient que c’est à ce moment-là qu’il a décidé de tuer le jeune homme.
Quand, le deuxième jour du procès, il apprend que Quinn s’est enfui, Billy se transforme en chasseur. Nuit après nuit, il traque le voyou évadé dans les bas-fonds de Dublin. Bientôt, le père meurtri et sa proie se retrouvent face à face dans une volière désaffectée. S’ensuit une confrontation entre deux hommes qui n’ont plus rien à perdre et rivalisent de cruauté.

Ce roman! Quelle claque! Je ne laisse aucun doute sur mon enthousiasme et mon admiration vis à vis de ce livre fort et poignant qui m’a pris aux tripes.

Le livre se découpe en trois parties. Dans la première partie, le lecteur fait la connaissance de Billy Sweeney. Il a entrepris de tenir une sorte de journal intime dans lequel il relate les journées de procès suite au viol de sa fille dans une station service par quatre types qui l’ont laissée dans le coma. Billy Sweeney est un homme bien seul. Sa fille aînée vit en Australie. Son ex-femme est morte. Dans ce journal, il s’adresse donc à Maeve, sa fille dans le coma. Il veut garder une trace de ces jours passés loin d’elle où les espoirs les plus fous sont permis. Puis il lui fait une promesse : retrouver Quinn, un des types qui a réussi à s’enfuir pendant le procès et le tuer.

Dans ce journal, Billy raconte sa solitude quotidienne. Son existence misérable à Dublin dans une grande maison qui se délabre de jour en jour. Il raconte à Maeve son enfance, la rencontre avec sa mère, Grace. Il évoque le Dublin des années 60: sa folle jeunesse, le poids de l’Église, l’alcoolisme de son père. Et puis son alcoolisme à lui, sa descente aux enfers, le divorce, les journées passées à son chevet et enfin la traque. Car Billy l’a promis: il retrouvera ce salaud de Quinn et le tuera comme un chien.

Les deuxième et troisième parties concernent la traque de Quinn et la confrontation entre les deux hommes. Cette dernière va prendre un tour totalement inattendu. Le talent de Joseph O’Connor se révèle ici. Il nous livre un texte d’une puissance incroyable en se livrant à un véritable tour de force. Qui devient bourreau? Qui devient victime? Certaines pages sont très dures. On souffre aux côtés de Billy mais aussi de Quinn et c’est là le vrai talent de l’auteur: perdre son lecteur qui ne sait plus vraiment pour quel personnage prendre parti. La vengeance du père se meut en drame psychologique, en thriller palpitant.

Joseph O’Connor nous donne à lire des personnages forts, imprégnés d’alcool, de rancœur, de violence. Pas de folklore irlandais bon marché ici mais des hommes blessés, traqués, bousillés par la société. Avec « A l’irlandaise », Joseph O’Connor livre un roman magistral.

Le journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James

 

 

Le Journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James,

Publié aux éditions Milady,

2016, 672 pages.

 

 

« J’ai écrit sur les joies de l’amour. Au fond de mon cœur, je rêve depuis longtemps de vivre une relation intime avec un homme. Chaque Jane, j’en ai la conviction, mérite son Rochester. »

Même si Charlotte Brontë est pauvre, au physique quelconque et sans relation, elle possède une fougue qui ne se révèle qu’à travers ses écrits. Vivant retirée dans le Yorkshire avec ses sœurs, son frère et un père qui devient aveugle, elle rêve d’un amour réel aussi dévorant que ceux qui peuplent son imagination. Au fil des pages de son journal intime, Charlotte Brontë nous livre ses sentiments sur les hommes qu’elle rencontre ainsi que ses désirs les plus secrets…

Attention, coup de cœur pour ce magnifique roman paru chez Milady. Tous les admirateurs des sœurs Brontë devraient lire ce livre qui retrace la vie de Charlotte en particulier. Syrie James nous emmène au cœur des landes glaciales du Yorkshire sur les traces des sœurs Brontë.

Elle prend comme prétexte la rédaction de son journal intime par Charlotte Brontë. Ainsi, c’est Charlotte qui parle et qui nous raconte sa vie faite de joie, de malheurs, d’amour et d’amitié.

A travers ce journal intime, Syrie James peint avec précision le quotidien des filles Brontë. Emily, Charlotte et Anne ont laissé chacune une œuvre magnifique. Comment ont-elles commencé à écrire? Pourquoi? C’est ce que propose de découvrir ici l’auteur.

Comme elle nous le raconte du point de vue de Charlotte, l’intrigue est très romancée. On partage donc la vie des sœurs Brontë: l’alcoolisme de leur frère Branwell, la cécité annoncée de leur père pasteur d’un petit village, leur existence calme, sans heurts. Élevées par un père pasteur, plutôt ouvert d’esprit, les sœurs Brontë ont eu accès aux livres et à la connaissance assez tôt. Érudites, elles vivent tranquillement dans leur petit cottage, s’occupant des affaires domestiques. Alors qu’elles publient un recueil de poésie qui n’obtient guère de succès, elles décident de s’atteler chacune à un roman. Elles écriront Les Hauts de Hurlevent, Jane Eyre, Agnès Grey. D’abord publiées sous pseudonyme, elles connaîtront un succès grandissant au fil des ans. Leurs œuvres d’une puissance étonnante en ont surpris plus d’un à l’époque.

Syrie James nous plonge au cœur de leur vie et de leur génie créatif. J’ai tout simplement adoré. On suit bien sûr Charlotte de plus près mais on découvre aussi ses deux sœurs plus réservées, plus en retrait. Charlotte s’avère être une femme plutôt moderne. Elle se bat contre pas mal de préjugés à l’encontre des femmes et va rencontrer en la personne du vicaire Nichols un adversaire à sa hauteur.

C’est aussi l’occasion pour l’auteur de nous décrire la condition féminine de l’époque. Sans mariage, point de salut puisque les femmes dépendent de leur père ou de leur frère. Les sœurs Brontë veulent écrire car bien sûr c’est un besoin vital chez elles mais elles savent aussi qu’elles pourront accéder à leur indépendance. J’ai beaucoup aimé cet axe développé par l’auteur.

Syrie James s’est énormément documentée pour écrire son roman notamment à partir de la correspondance des sœurs. Il s’avère réaliste et passionnant d’un bout à l’autre. Elle mêle avec élégance biographie et romance.

Avec Le journal secret de Charlotte Brontë, je n’ai plus qu’une envie: me plonger dans les œuvres de ces trois sœurs hors normes.

La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

 

 

La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé,

Publié aux éditions Magnard,

2017, 205 pages.

 

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor.

Reçu un peu par hasard, j’étais curieuse de découvrir ce petit roman de Laurent Gaudé, Goncourt des Lycéens 2002 et Prix des libraires 2003, autant dire du lourd! Je sors assez surprise par cette lecture et finalement conquise même si ce n’était pas gagné au départ.

Laurent Gaudé place son intrigue dans une Afrique médiévale légendaire. On imagine sans peine ces grandes plaines désertiques, ces cités gigantesques colorées, dorées par le soleil écrasant. Tsongor, le vieux roi, va marier sa fille Samilia à Kouame, le roi du Nord, le roi des Terres de sel. Tout est prêt à être célébrer dans la joie et les fastes. Mais à la veille du mariage, Sango Kerim se présente. Il a été élevé par Tsongor comme un fils et a fait un pacte avec Samilia lorsqu’ils n’étaient encore que des gamins: il vient donc honorer son engagement. La guerre éclate entre les deux prétendants alors que Tsongor meurt et que son fantôme contemple, impuissant, le massacre.

Laurent Gaudé s’est clairement inspiré non seulement de la tragédie antique mais surtout de L’Iliade d’Homère. Samilia c’est un peu Hélène de Troie, déchirée entre sa patrie et son amour naissant pour Kouame. Tsongor le vieux roi est confronté à un dilemme: il ne peut le résoudre sans déclencher de guerre. A qui offrir Samilia?

Si le début du roman m’a un peu ennuyée par son style très dépouillé et par l’intrigue narrée d’une façon qui rappelle les contes, j’ai été emportée par la suite du roman. Laurent Gaudé insuffle un style épique et il donne un petit côté Game of Thrones au livre. Dès que les prétendants déclenchent la guerre, ça tape fort de tous les côtés. Certaines pages sont d’une force inouïe. Gaudé nous fait pénétrer au cœur de la bataille. Il décrit les armées de Sango Kerim et de Kouame. Ces deux princes ont recruté des peuples de toutes sortes qui donnent vraiment une allure bigarrée et inquiétante à leur armée. Il y a les mangeurs de khat d’un côté, drogués, hallucinés jusqu’au bout des ongles; les chiennes rouges de l’autre, effrayantes et j’en passe. C’est merveilleusement décrit et donne le frisson.

Gaudé saupoudre le tout d’une aura mystique. L’un des fils du roi parcourt la terre afin de lui construire sept tombeaux; Le fantôme de Tsongor se relève et observe la bataille tout en croisant les spectres des morts au petit matin.

Gaudé donne un souffle antique et épique à son roman. Les scènes de bataille sont à couper le souffle. Avec La mort du roi Tsongor, Gaudé s’approprie l’épopée avec brio. Chapeau!

Le Goût du bonheur, Tome 1: Gabrielle de Marie Laberge

 

 

Le Goût du bonheur, Tome 1: Gabrielle de Marie Laberge,

Publié aux éditions Pocket,

2009, 877 pages.

 

Réunis dans leur résidence estivale de l’île d’Orléans, non loin de Québec, les Miller et leurs six enfants offrent l’image de l’harmonie et de l’aisance. La crise des années trente les a épargnés.
Chez eux, le goût du bonheur l’emporte sur les conventions et les préjugés d’une société paroissiale et étouffante.
Comblée par un mari intelligent et sensuel, Gabrielle aspire a encore plus de liberté, prête à la révolte. La tendre et violente Adélaïde, sa fille, est déchirée entre sa tendresse pour le jeune Florent et sa passion pour l’Irlandais Nic McNally.
Partout, alors que la rumeur de la guerre enfle en Europe, s’annoncent des orages du coeur, des menaces, des trahisons, la maladie.
Mais rien ne semble pouvoir briser le courage et l’énergie vitale des Miller.

Le Goût du bonheur est une de ces sagas familiales qu’il est vraiment difficile de lâcher. Malgré l’épaisseur de la brique (877 pages pour être exacte), je n’ai pas vu défiler le temps et j’ai dévoré ce premier tome à vitesse grand V. Repéré sur le blog de Margaud Liseuse, j’ai vite succombé au charme de cette famille québécoise!

Le goût du bonheur nous plonge dans les années 30, au Québec. On va suivre dans ce roman la famille Miller. Ce premier tome est centré sur la mère de famille Gabrielle, exceptionnelle à tous points de vue. Mère de cinq enfants, Gabrielle est une belle femme, désirable et désirée par son mari franco-irlandais, Edward. La première surprise du roman vient de ce couple fusionnel, amoureux, passionnel. Ce n’est peut-être pas évident mais à l’époque, les mariages sont souvent arrangés et les filles se marient avant tout pour se caser, poussées par leurs parent qui souhaitent se débarrasser d’elles passé un certain âge. Mais Gabrielle a fait un mariage d’amour. Elle a désobéi à son père et s’est mariée avec Edward. Aussi son couple est heureux dans la vie de tous les jours. Il émane d’eux une complicité rayonnante qui ne disparaît pas malgré les grossesses et l’âge. C’est important de resituer les faits selon moi car le roman va principalement tourner autour de la place de la femme dans la société, son désir d’émancipation et de liberté.

Forte de ces principes, Gabrielle élève ses enfants avec bienveillance et amour. Ils ont le le droit de donner leur avis, de parler à table et les gestes tendres parents/enfants sont quotidiens. Là encore, Gabrielle dénote complètement dans un monde où les enfants ne sont pas considérés et où ils doivent obéissance aveugle à leurs parents. A travers la vie de Gabrielle, le lecteur va donc voir grandir les enfants à commencer par Adélaïde, l’aînée des filles, au caractère déjà bien affirmé pour son jeune âge. Gabrielle est un personnage complexe. Certes, elle cherche à s’émanciper (et son mari Edward la pousse dans ce sens) mais ce n’est pas un personnage de rebelle qui envoie tout valser. Marie Laberge écrit son intrigue avec réalisme. Gabrielle porte sur elle le poids d’un héritage patriarcale mais aussi religieux. Elle est toujours prise entre son envie de se libérer du joug des hommes et la réalité de son combat. Elle va prendre conscience qu’elle a ses propres armes et que chaque chose vient en son temps.

Derrière l’histoire de cette famille, l’auteur en profite aussi pour nous raconter le Québec des années 30: le krach de 29 et ses conséquences, la misère des femmes et des enfants livrés à eux-mêmes dans la rue, la maladie mais aussi la sexualité bridée, contrôlée par les hommes, le poids de la religion et des apparences. Que de chemin parcouru et qu’il semble loin le temps où il fallait épouser l’homme choisi par ses parents!

Les personnages plus secondaires ne sont pas négligés par l’auteur, bien au contraire! Isabelle, la nièce, jeune fille mal aimée de sa vraie mère qui trouvera en Gabrielle une mère de substitution; Florent, le protégé d’Adélaïde, surdoué; Nic, amoureux fou d’une chimère; Edward, le mari de Gabrielle passionné et ouvert d’esprit….

Cet article, j’en ai conscience, ne rend pas justice à la beauté et à la densité du roman. Marie Laberge nous projette au cœur d’une famille où il fait bon vivre et s’épanouir. J’aimerais encore vous parler des étés sur l’île si merveilleux, d’Adélaïde qui s’épanouit et prend plus d’espace au fil des pages, de l’imminence de la seconde guerre mondiale qui rend encore plus haletant ce roman….Les quinze années sur lesquelles s’étend ce premier tome m’auront arraché bien des larmes. Un seul mot d’ordre: lisez-le!

L’homme qui s’envola d’Antoine Bello

 

L’Homme qui s’envola d’Antoine Bello,

Publié aux éditions Gallimard,

2017, 320 pages.

 

 

 

Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donné trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sortes, son temps lui échappe. Une seule solution : la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens.
Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s’empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des États-Unis. En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour de Sarah.

Grâce à la dernière opération Masse critique de Babelio, j’ai pu découvrir la plume d’Antoine Bello à travers son dernier ouvrage L’homme qui s’envola. Antoine Bello cultive une certaine façon de faire à l’américaine qui n’est pas pour me déplaire. Son roman se lit extrêmement rapidement tant il est bien construit et bien ficelé et je le verrai tout à fait bien adapté au cinéma.

Cet aspect des choses directes, sans tergiversation, Antoine Bello nous le donne à lire dès le début de son roman. Walker s’ennuie dans sa vie. A la tête d’une gigantesque entreprise de distribution de courrier, il ploie sous le poids des responsabilités. Sa vie paraît idéale de l’extérieur: déplacement en avion privé, grande maison, jolie femme et beaux enfants, galas de charité…. Walker semble s’être bâti une vie de rêve où tout lui réussit mais il étouffe. Alors il pense à disparaître, à se faire passer pour mort afin de refaire sa vie ailleurs pour enfin vivre pour lui-même.

Il organise le crash de son avion et est déclaré mort. Oui mais voilà, on a beau tout prévoir, il y a toujours un grain de sable pour abîmer le beau rouage que l’on s’était forgé. Et ce grain de sable s’appelle Shepherd, un skip tracer ou chasseur de primes. Il n’est pas convaincu de la mort de Walker et va tout faire pour le retrouver.

Si le début du roman m’a paru un peu plan-plan – Antoine Bello dresse le panorama de la vie du personnage – la suite s’avère terriblement addictive et passionnante. En effet, un jeu du chat et de la souris va s’engager entre Shepherd et Walker. Shepherd sait que Walker est vivant et va déployer toute son expérience de skip tracer pour le retrouver. Walker n’est pas naïf et se doute bientôt de la chose. Il va prendre Shepherd à son propre jeu. En voulant devenir libre, Walker s’enferme dans une sorte de prison où, dans la peau d’un fugitif, il devient une proie et doit sans cesse brouiller les pistes, changer d’apparence et d’habitudes.

Le rythme est soutenu et les chapitres alternent entre le point de vue de Walker, celui de Shepherd et celui de Sarah, veuve de Walker, bien décidée à lui faire payer cet acte de lâcheté. Le suspens croît au fil des pages jusqu’à ce que les choses s’inversent!

La seule chose qui m’a déplu dans ce roman est finalement les raisons sur lesquelles reposent l’intrigue. Je n’arrive pas vraiment à imaginer que Walker plaque tout et laisse femme et enfants derrière lui « juste » pour reprendre sa liberté. Il aime sa femme et ses enfants, on le voit, on le ressent. J’ai trouvé que la raison invoquée était trop légère. Le personnage n’est pas assez torturé pour commettre cet acte. C’est le seul bémol que j’apporterai à ma critique.

L’homme qui s’envola réussit le pari de propulser le lecteur au cœur d’une course-poursuite haletante. Merci pour cette belle découverte!

Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani

 

 

Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani,

Publié aux éditions Grasset,

2017, 283 pages.

 

 

 

 

1945. Un homme sort de Dachau. Il y a été emprisonné pour ses articles d’opposition au Troisième Reich qui vient de s’effondrer. Dans le désastre physique et moral de l’Allemagne vaincue, il part à la recherche de son fils, dont il ne sait plus rien depuis qu’il l’a inscrit aux Jeunesses hitlériennes avant d’être emprisonné. Il retourne dans sa ville natale. Les habitants sont énigmatiques, fuyants : une femme élude ses questions ; un soldat américain venu enquêter sur un mystérieux programme « Aktion T4 » des nazis garde des informations secrètes.
C’est alors que l’homme entend des rumeurs au sujet de l’hôpital d’Hadamar. Il s’y rend, décidé à retrouver son fils, quel que soit le prix de sa quête.

Grâce au prix Orange du livre 2017, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour découvrir un roman de la rentrée 2017. Merci de m’avoir fait découvrir Hadamar, un roman à la fois beau et terrible.

En 1945, Franz est libéré du camp de Dachau dans lequel il a été déporté pour opposition politique. A l’époque journaliste, son ton dénonciateur et ses attaques contre le régime nazi l’ont condamné. Il aurait pu s’enfuir mais il a toujours gardé espoir que le peuple allemand prenne conscience de la folie nazie. Revenu d’entre les morts, il retourne dans sa ville où il a laissé son fils Kasper. Qu’est-il devenu ce fils bien trop maigre et malade pour s’enrôler dans les troupes allemandes? Dans un pays dévasté par la guerre, où les Américains veillent à la reconstruction, Franz mène l’enquête pour retrouver son fils disparu.

Au détour d’une rencontre, il fait la connaissance de Wilson, haut gradé de l’armée US. Celui-ci l’oriente vers l’hôpital psychiatrique d’Hadamar. Un hôpital isolé dans lequel en 1941 de drôles de choses se seraient déroulées. Les patients, schizophrènes, sourds, muets, handicapés physiques et mentaux mais aussi enfants « à moitié juif » y ont été envoyés pendant cette période. Toutes ces personnes devenues un poids pour la société nazie ont transité par cet hôpital. Que sont-ils devenus? Franz enquête avec Wilson et découvre une horreur sans nom.

Hadamar est un lieu qui a réellement existé. Si l’auteur romance les faits, elle a aussi enquêté sur ce lieu terrible. L’asile d’Hadamar a été la première pierre portée à l’édifice nazie de la déshumanisation et de la négation de l’Autre. Oriane Jeancourt Galignani narre ici une réalité terrible, au-delà de l’horreur. Elle fait vivre au lecteur un processus qui donne la nausée.

Mais au-delà de cette intrigue, elle pose la question de la soumission, de l’action. Tout le monde savait à Hadamar ce qu’il se passait. Les bus parvenaient aux portes de l’asile pleins à craquer et repartaient toujours vide. La rumeur enflait. Qu’ont fait tous ces gens qui voyaient, qui entendaient, qui sentaient? Pourquoi ont-ils fermé les yeux? Qui sont les coupables? Les nazis ou la population?

L’auteur réussit le pari de nous amener sur le terrain de l’indicible, de l’innommable sans jamais tomber dans le voyeurisme, sans jamais porter de jugement sur ceux qui n’ont rien fait car qu’aurions-nous fait à leur place? Son personnage Franz est touchant, à la recherche de ce fils perdu, prodigue. Wilson, hanté par sa sœur malade Emma, tente de venger tous ces malheureux pour que personne n’oublie qu’un jour, ils ont été. C’est beau, puissant, terrible et hélas, vrai!

Avec Hadamar, Oriane Jeancourt Galignani nous plonge dans un roman d’une puissance inouïe. Cette histoire m’a bouleversée du début à la fin. Sans concession, elle nous ouvre les yeux sur une période noire qu’on aimerait enfouir dans les mémoires et penser que rien de cela ne s’est jamais produit. Bienheureusement, l’auteur est là pour nous faire voir jusqu’où l’horreur a pu aller, pour ne jamais oublier.