Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen

 

 

 

Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen,

Publié aux éditions 10/18,

2017, 405 pages.

 

 

 

Au sein d’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer…

Je reconnais que c’est d’abord mon côté futile qui l’a emporté dans le choix de ce livre. Avez-vous vu cette incroyable couverture où la nuit et la neige mêlée forment le parfait décor? La quatrième de couverture m’a aussi beaucoup plu: une société secrète, des écrivains, une disparition, le froid, la Finlande… Il ne m’en fallait pas plus. Si Lumikko n’est pas un coup de cœur, j’ai quand même passé un très bon moment dans cet univers assez déjanté.

Laura Lumikko est la grande prêtresse du livre pour enfants dans ce petit village de Finlande. Elle a créé une société secrète composé de dix écrivains. Le jour où Ella, professeur de finnois, est intronisée, Laura Lumikko disparaît de manière très étrange. Ella va donc enquêter à la fois sur cette disparition mais aussi sur la société littéraire qu’elle vient d’intégrer.

Lumikko est un roman atypique qui mêle plusieurs genres. On est parfois du côté du polar mais aussi du thriller ou encore du roman contemporain. L’intrigue m’a un peu fait penser au fabuleux Maître des illusions de Donna Tartt. Ella va en effet mettre les pieds au sein d’une société composée uniquement d’écrivains renommés qui se livrent à un étrange rituel.

Au fur et à mesure de son enquête, elle va se rendre compte qu’un des membres de la société est mort dans d’étranges circonstances. Qui était-il d’abord? Personne ne semble se souvenir de son nom. Pourquoi était-il si doué? A-t-il été assassiné pour ces raisons? Le mystère s’épaissit au fil des pages et le dénouement est vraiment très très bien trouvé.

Le roman prend des tournures oniriques parfois quand des phénomènes étranges apparaissent. Les chiens se regroupent tous au pied d’une même maison formant une meute inquiétante. Laura Lumikko disparaît dans une tempête de neige. Bref, c’est parfois déroutant et un peu dingue!

Enfin, j’ai vraiment apprécié ce roman parce qu’il met la littérature au centre de tout! La petite ville dans laquelle vit Ella semble se passionner pour leur société littéraire au point qu’il existe de nombreuses bibliothèques, librairies et même cafés dédiés à Laura Lumikko. J’ai adoré cette conception de la littérature élevée au rang d’art suprême.

Lumikko est un roman étrange au croisement de Murakami et de Donna Tartt. J’ai passé un agréable moment de lecture.

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Trois jours et une vie de Pierre Lemaître

 

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître,

Publié aux éditions Albin Michel,

2016, 282 pages.

 

 

« A la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Pierre Lemaître est un auteur dont l’actualité revient au grand galop en ce moment avec la sortie cinéma d’Au-revoir là-haut, prix Goncourt 2014, roman que j’avais adoré!

Avec Trois jours et une vie (roman qu’on m’a prêté il y a fort longtemps), j’ai voulu renouer avec cet engouement que j’avais eu pour le Goncourt. Si ce n’est pas un coup de cœur, j’ai tout de même apprécié cette lecture dérangeante.

Pierre Lemaître est un auteur adepte des décors sylvestres. Son intrigue prend place au cœur de l’Auvergne (si je ne me trompe pas), dans la petite ville de Beauval, cernée par les forêts sombres et épaisses. Le décor est planté. A Beauval, il n’y a pas grand chose à faire. Les magasins sont réduits à peau de chagrin et se limitent aux banques et au bureau de tabac. Pour Antoine, douze ans, la grande occupation est de jouer dans la forêt, de construire une cabane en haut des arbres pour épater les copains et surtout Émilie, son amoureuse secrète. Parfois, Antoine est accompagné de Rémi, un gosse de six ans, fils des Desmedt, une famille d’ouvriers qui a toujours habité à Beauval et qui ne la quittera jamais.

Il suffit de peu de choses dans ce roman pour que tout s’emballe et qu’un jour comme les autres bascule dans l’horreur. Gare à vous, je vais spoiler ici pour développer mon avis (même si le « drame » arrive au tout début du roman).

Alors que les déconvenues s’accumulent, Antoine, presque par hasard, tue Rémi. Paniqué, le gamin cache le corps dans la forêt. S’ensuivent trois jours de battues, de tensions et de culpabilité pour Antoine qui n’ose avouer son crime. Survient alors la tempête dévastatrice de 1999….

Pierre Lemaître nous plonge dans un roman sinistre, sombre à la thématique lourde et dérangeante. Antoine, douze ans, est un assassin. Même s’il s’agit d’un accident, il a tué un gamin de ses propres mains et ne s’est pas dénoncé. Et pourtant, l’auteur est doué: Antoine reste un personnage attachant. On a même envie qu’il ne se fasse pas démasquer et qu’il reste à l’écart de toute agitation. La culpabilité l’assaille, comme elle le fait avec nous lecteur et pourtant! On a envie de protéger Antoine, de lui dire que ce n’est pas grave! Pierre Lemaître parvient presque à nous faire oublier ce drame atroce à travers les yeux de cet ado rongé par la peur.

Trois jours et une vie m’a aussi plu car c’est avant tout un roman d’ambiance grinçant. On connaît la victime et le meurtrier dès le départ et cependant ça marche! Beauval, cette petite ville sombre, paraît bien sinistre. L’auteur donne l’impression qu’on ne peut y échapper. Il laisse entrevoir la misère sociale et culturelle, les rancœurs individuelles, l’ennui. J’ai aimé cette ambiance à la fois dense et feutrée.

Avec ce roman, Pierre Lemaître m’a convaincue. Le dénouement est, en outre, incroyable! Un beau livre sur la culpabilité et ses limites. 

 

Vernon Subutex, Tome 1 de Virginie Despentes

 

 

Vernon Subutex, Tome 1 de Virginie Despentes,

Publié au Livre de Poche,

432 pages, 2016.

 

Vernon, c’est l’histoire d’un type qui perd tout du jour au lendemain. Gérant d’un magasin de disques à Paris, son empire s’écroule avec l’arrivée du téléchargement. Au départ, Vernon s’en sort bien et puis petit à petit l’argent se fait plus rare. Il n’invite personne chez lui, surtout pas les filles: les placards sont vides, le mobilier réduit au minimum. Et puis un jour c’est le coup de grâce, Vernon est expulsé. Il va alors se balader dans Paris de canapé en canapé, squattant à droite, à gauche jusqu’à la déchéance ultime: la rue, le banc pour unique lit.

J’ai adoré clairement ce premier tome de Vernon Subutex. Virginie Despentes nous accroche dès les premières lignes de son roman. Son style est percutant, incisif souvent drôle et cynique. La lente descente aux enfers de Vernon est aussi l’occasion pour l’auteur de peindre la société de notre époque. Il y a les camés, les marginaux, les bourgeois, les ouvriers, les immigrés. Dans tous ces portraits, le lecteur se retrouve un peu. C’est souvent cru, vulgaire mais l’auteur écrit sans concession et nous montre à chaque fois des êtres broyés par le système, malheureux. C’est parfois désespérant, dévastant mais le personnage de Vernon et son humour à toute épreuve permet au lecteur d’aller plus loin dans sa lecture et sa réflexion.

Vernon Subutex est un premier tome corrosif qui ne laisse pas indifférent! A lire absolument.

La disparition de Josef Mengele de Olivier Guez

 

La disparition de Josef Mengele de Olivier Guez,

Publié aux éditions Grasset,

2017, 240 pages.

 

 

1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine.
1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil.

Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie…

Merci aux éditions Grasset et à l’opération Masse Critique de Babelio qui m’ont permis de découvrir ce titre de la rentrée littéraire! La disparition de Josef Mengele est un livre passionnant à plus d’un point et j’ai été vraiment intéressée par ce livre.

Je vais d’abord vous glisser un mot sur le genre du livre en question. Olivier Guez surprend ici son lecteur. Il écrit un livre qui oscille entre la pure fiction et la vérité historique, l’enquête méticuleuse. Les moments où Josef Mengele prend la parole sont bien sûr fictifs et imaginés; en revanche, Olivier Guez a réalisé un travail méticuleux d’enquêteur pour reconstituer le parcours du nazi. Chapeau bas pour ce travail de recherches approfondi qui nous tient en haleine jusqu’à la fin!

La disparition de Josef Mengele c’est l’histoire de ce nazi, médecin SS du camp d’Auschwitz, surnommé « l’ange de la mort ». A la fin de la deuxième guerre mondiale, il se fait passer pour mort et sous une fausse identité, il gagne l’Argentine de Peron, conciliante avec les derniers dirigeants SS en fuite. Malin, sournois, doté d’une aura prestigieuse, Mengele n’est d’abord pas inquiété. Il mène une vie assez paisible à Bueno Aires. L’auteur se propose d’imaginer cette existence plutôt calme quoique solitaire. Mengele se souvient de son heure de gloire à Auschwitz alors qu’il était tout puissant, décidant de la vie ou de la mort, réalisant des expériences atroces sur les juifs, les bébés et les jumeaux, sa grande passion.

Les récits, nombreux, qui nous plongent dans le passé de Mengele sont horribles et font froid dans le dos. On y découvre un homme froid, sans cœur, capable du pire au nom de la science et de la race aryenne. Avec justesse, l’auteur nous montre un personnage dénué de remords, convaincu qu’il est d’avoir eu raison et d’avoir agi au nom de l’Allemagne.

Mais bientôt, en Europe, les anciens déportés parlent. Les procès des criminels de guerre allemands s’enchaînent. Le Mossad créé une milice chargée de traquer les nazis en fuite. Fini les belles années pour Mengele. Il devient le « rat« , traqué, vivant dans des endroits sordides, dormant d’une oreille, sursautant au moindre bruit. Sa vie devient un enfer sur terre: maigre consolation pour tous ceux qui sont passés entre ses mains.

Olivier Guez nous maintient en haleine jusqu’au bout même si chacun connaît la fin de Mengele.

Avec La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez éclaire de façon passionnante une page de l’Allemagne nazie. Un livre fort, mené magistralement. Un grand bravo pour ce livre aussi passionnant que dérangeant.

Une histoire des loups de Emily Fridlund

 

Une histoire des loups de Emily Fridlund,

Publié aux éditions Gallmeister,

2017, 304 pages.

 

Une famille emménage de l’autre côté du lac, en face de chez Madeline, une adolescente un peu sauvage. Alors que le père travaille beaucoup, la mère propose à la jeune fille de l’aider à s’occuper de leur petit garçon. Peu à peu, Madeline s’intègre à ce foyer, sans en déceler la part cachée.

Une histoire des loups est un roman étrange. Premier roman de la jeune américaine Emily Fridlund, il possède de nombreuses qualités.

C’est d’abord ce titre, Une histoire des loups, qui m’a attirée. Le résumé concis et mystérieux m’a également interpellée. Dans ce livre, la narratrice est Madeline, une adolescente de 16 ans. La vie de Madeline apparaît plutôt étrange et mystérieuse pour le lecteur. Elle vit dans un état paumé et sauvage des États-Unis. Ses parents, anciens hippies, vivent dans une cabane, au bord d’un lac coupé du monde. D’ailleurs sont-ils bien ses parents? Et de quoi vivent-ils? On ne le saura jamais…

Madeline est une ado fascinée par les loups et la nature. Pour se rendre au lycée, elle marche des kilomètres à travers les bois. Elle connaît toute la nature environnante: les animaux, les arbres, les poissons, le lac. Sa vie tourne autour du bois qu’il faut couper, des chiens dont il faut s’occuper et du lycée où elle est bien obligée de se rendre.

Et puis un jour, de l’autre côté du lac, une famille s’installe. Patra, la mère, est jeune et exerce une sorte de fascination sur Madeline. Cette dernière devient d’ailleurs la baby-sitter du petit Jack, 4 ans. Elle va lui faire découvrir le bois, la nature, la liberté. Mais il y a comme une ombre au tableau dans cette famille idyllique. Le père, éminent professeur d’université, est étrange. Souvent absent, il semble pourtant régner en maître sur sa famille.

Le lecteur perçoit le bizarre de la situation par les yeux de Madeline. On se rend bien compte que tout ne tourne pas rond et on devine qu’une catastrophe va s’annoncer. Mais on ne peut qu’assister en spectateur à la dérive de cette famille.

L’écriture d’Emily Fridlund est belle. C’est sans doute l’extrême point fort du roman. Les images, la poésie des descriptions se succèdent. Elle parvient à installer une sorte de malaise qui ne quitte pas le lecteur d’une seconde. L’intrigue en elle-même peut sembler éparpillée comme si ce n’était pas l’histoire en elle-même qui comptait. C’est assez difficile de livrer son sentiment sur ce roman qui m’a paru à la fois dense et onirique.

Une histoire des Loups est un premier roman brillant qui laisse un sentiment d’étrange. Emily Fridlund est sans conteste une auteur à suivre à l’avenir. 

L’été infini de Madame Nielsen

 

 

L’été infini de Madame Nielsen,

Publié aux éditions Noir sur Blanc,

2017, 169 pages.

 

L’été infini est un roman sur le destin, la fatalité.
Un groupe d’adolescents dans le Danemark des années 1980 désirent devenir artistes, et sont persuadés de connaître bientôt une « destinée fulgurante ». Ensemble, ils vont vivre un « été infini », à la ferme blanche d’une campagne danoise, où le temps est suspendu, rythmé par l’histoire d’amour tumultueuse et tragique qui se tisse entre la mère et un ami de sa fille.

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc de m’avoir fait parvenir ce titre de leur très belle collection Nota/blia. Je salue d’abord le travail d’édition. Outre la magnifique couverture de ce roman, j’en ai apprécié la mise en page. Ce livre m’a aussi permis de découvrir l’auteure danoise Madame Nielsen, une auteure née homme. Prolifique et reconnue dans son pays, Madame Nielsen écrit des romans, des pièces de théâtre et fait régulièrement des performances. Une auteure à multiple visage donc, tout comme l’est son roman finalement.

L’été infini est un petit livre qui déroute dans un premier temps. En effet, il n’y a pas de chapitres. Tout au plus des sauts de ligne entre les paragraphes. Il y a surtout ces très longues phrases qui courent parfois sur plusieurs pages et qui m’ont évidemment fait penser à Proust ou à Joyce. L’auteur dresse le portrait d’une famille danoise qui vit dans une sorte de manoir assez reculé. Si le beau-père taciturne et inquiétant décampe rapidement, la petite famille se regroupe autour de la figure de la mère, plutôt étrange elle aussi. Cette dernière passe ses journées sur son grand étalon à parcourir la campagne tandis que les enfants vivent leur vie au gré des rencontres.

Il ne se passe donc pas énormément de choses dans ce roman. On suit la vie de cette famille à travers les amours des uns et des autres, à travers ce qu’ils appellent leur « été infini », un temps de tous les possibles: le temps de la jeunesse, de la beauté, de l’insouciance, de l’amour. Si le début du livre m’a déroutée, je me suis fait assez rapidement à cette manière de raconter, de développer une idée en la laissant s’allonger, se tortiller, prendre des détours. Je ne pense pas me rappeler de l’histoire des personnages avec exactitude mais à l’issue de ma lecture, je garde le souvenir d’une écriture lumineuse faite d’images éclatantes et parfois à l’inverse très sombre, presque inquiétante.

L’été infini est un petit ouvrage qui vaut le détour pour sa langue et ses images très belles, une part d’onirisme teintée d’ombres…

 

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio

 

 

 

Le Gang des rêves de Luca Di Fulvio,

Publié aux éditions Pocket,

2017, 945 pages.

 

 

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New-York des années vingt… L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio. Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.

Repéré il y a déjà un petit moment chez Maureen du Bazar de la littérature, je me suis enfin plongée dans ce beau pavé de presque 1000 pages! Il faut dire qu’on ne les voit pas passer ces pages et qu’elles se tournent toute seule!

Le roman débute en Sicile dans une famille de paysans très pauvre. Alors que la beauté de Cetta, 13 ans, éclot à peine, sa mère cherche par tous les moyens à la soustraire aux regards concupiscents. Pour cela, elle oblige sa fille à porter une corde, la faisant boiter. Mais le danger n’est jamais là où on le croit et malgré toutes les précautions, Cetta se fait violer. A la naissance de son petit garçon, Natale, elle décide de partir aux États-Unis pour fuir la misère et la violence de son pays. Elle débarque seule sur Ellis Island avec son fils de 6 mois, bientôt rebaptisé Christmas par l’officier des douanes.

Cetta se prostituera pour gagner sa vie et offrir une existence meilleure à son fils. Si on suit d’abord Cetta, l’intrigue se focalise vite sur Christmas, un garçon attachant, débrouillard et vif qui va fonder à lui seul le gang des Diamond dogs. Le gang des rêves c’est finalement le récit de ce jeune garçon dont la mère souhaite à tout prix qu’il devienne américain. Puis la vie de Christmas va changer lorsqu’il va croiser celle de Ruth, alors laissée pour morte sur le bas-côté.

Le Gang des rêves c’est à la fois la fulgurance de l’amour, de Cetta pour Christmas puis de Christmas pour Ruth. C’est le rêve américain: l’envie de réussir, de s’en sortir mais aussi la triste réalité de l’époque pour des milliers d’immigrés pensant trouver une vie meilleure aux États-Unis. C’est aussi une manière incroyable de raconter le New-York des années 20: les gangs, la prohibition, la prostitution, les règlements de compte. Luca Di Fulvio possède une plume presque cinématographique. Ses descriptions des bouges, des ruelles sombres, des maisons closes sont très visuelles. Il n’oublie pas de montrer le côté sombre de New-York: la violence est très présente que ce soit dans les paroles, dans les gestes. 

Le personnage de Christmas est époustouflant. Il dégage une grande pureté, lui dont on a gravé un « P » comme « putain » sur le torse pour qu’il se rappelle à jamais le métier de sa mère. J’ai aimé son envie de devenir justement un « américain ». Il nourrit le rêve de sa mère en quelque sorte. Héros, parfois anti-héros, l’auteur a brossé un portrait brillant de ce jeune homme qui raconte des histoires pour parvenir à ses fins.

Même si j’ai trouvé que l’histoire était parfois un peu facile (notamment l’histoire d’amour), j’ai adoré ce livre à la fois sombre et lumineux tellement prenant et envoûtant.

Le gang des rêves est un roman fascinant. J’ai refermé le livre avec tristesse, quittant des personnages de papier attachants et marquants!