Les Brumes de Riverton de Kate Morton

 

 

Les Brumes de Riverton de Kate Morton,

Publié aux éditions Pocket,

2019, 704 pages.

Eté 1924 : au cours d’une grande soirée donnée au château de Riverton, le poète Robert Hunter se suicide sous les yeux des soeurs Hartford. Les deux femmes ne se reparleront plus jamais après le drame. Hiver 1999 : une jeune cinéaste prépare un film sur ce scandale des années 20. Il ne reste plus qu’un seul témoin vivant de l’époque, Grace Bradley, alors domestique au château. Mais Grace a changé de vie, tiré un trait sur Riverton et ses secrets, ou du moins le croit-elle. Car le passé lentement se réveille…

J’annonce la couleur dès le début de cette chronique. Les Brumes de Riverton est un vrai coup de cœur. Si vous aimez Dowton Abbey, ce roman est fait pour vous. Kate Morton nous entraîne sur les pas de Grace. Au crépuscule de sa vie, Grace est contactée par une réalisatrice qui souhaite tourner un film sur les sœurs Hartford et leur vie scandaleuse. Grace revient alors à Riverton, là où tout a commencé, là où les souvenirs refont surface.

En 1914, le lecteur suit alors les traces de Grace, toute jeune domestique, engagée par Lord Ashbury. Sa mère avant elle a servi cette prestigieuse famille aristocratique anglaise. Grace est fascinée par Emmeline et Hannah, les deux filles de Lord Frederick. La famille vit dans le luxe: les bals, les thés, les réceptions sont le quotidien de Grace qui œuvre dans l’ombre. Mais les temps changent. Hannah rêve de son indépendance. La premières guerre mondiale va venir bouleverser l’équilibre des classes sociales et va remettre en question un bon nombre de traditions…

Kate Morton utilise une fois de plus le jeu entre le passé et le présent pour nous faire vivre cette histoire plus intensément. D’un côté, il y a Grace, maintenant âgée, qui a toujours vécu avec le poids d’un terrible secret lié aux Hartford.Ce secret est bien gardé. Il faudra attendre les toutes dernières pages du roman pour connaître le fin mot de l’histoire. Kate Morton laisse alors les pièces du puzzle s’assembler de manière magistrale. Mais ce secret qui guide Grace tout au long du récit n’est finalement pas le plus intéressant.

J’ai adoré suivre la toute jeune Grace, employée comme domestique. Le lecteur pénètre dans les coulisses d’une grande famille anglaise, par la petite porte. On suit l’ascension de Grace parmi les domestiques. C’est toujours grâce à son point de vue que le lecteur a un aperçu de la vie des Maître pour lesquels tout est réglé: le thé, le dîner, les réceptions, le jeu amoureux. Kate Morton montre aussi l’évolution de cette famille aristocratique que la guerre va venir bouleverser de fond en comble. C’est magistral. On glisse de la première guerre mondiale aux années folles. Kate Morton nous entraîne dans des moments historiques forts qui ont changé la société anglaise dans son ensemble. Le personnage d’Hannah en est d’ailleurs emblématique, elle qui rêve de travailler, un mot si vulgaire aux oreilles de ses ancêtres! On suit tout le poids des traditions à travers ses personnages déchirés entre obéissance et volonté de se libérer de leurs chaînes. C’était passionnant et c’était difficile de faire des pauses dans ma lecture. Je n’avais que qu’une hâte: retrouver les personnages!

L’écriture et le style sont sublimes. J’ai été emportée dès le départ par cette atmosphère gothique à souhait qui permet de déambuler dans ce vieux manoir de Riverton. Kate Morton signe ici une saga familiale forte et poignante, confrontant les valeurs du peuple à celles de l’aristocratie.

« Les Brumes de Riverton » est un roman époustouflant sur la chute d’un monde et d’une famille que vous ne pourrez pas lâcher!

La Théorie des poignées de main de Fabienne Betting

 

 

 

La théorie des poignées de main de Fabienne Betting,

Publié aux éditions Les Escales,

2020, 183 pages.

Qui n’a pas eu vent de la théorie des poignées de mains ou des degrés de séparation ? Selon cette idée, il ne nous suffit que de quelques connaissances pour relier n’importe qui dans le monde.
Un jeune doctorant, Antoine Cavallero, s’est mis au défi de nous le démontrer.
Un véritable tour du monde l’attend. Et qui ne sera pas de tout repos !

Antoine Cavallero, jeune étudiant en statistiques, a choisi pour son doctorat un sujet peu conventionnel : la Théorie des poignées de main, ou l’idée selon laquelle nous connaissons tous quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un… pouvant nous relier à n’importe quel individu sur notre planète via six degrés de séparation. Mais ce séduisant postulat est-il exact ? C’est ce qu’Antoine s’est mis en tête de prouver.
Alors qu’il présente ses recherches à l’occasion d’un colloque, un grand professeur, irrité par son arrogance, le met au défi de mettre sa théorie en pratique. Antoine devra retrouver un individu choisi au hasard et démontrer que seules cinq personnes les séparent.
Piqué au vif, l’étudiant accepte et se lance à corps perdu dans un tour du monde fou et trépidant qui le mènera de Corfou à Bari en passant par Hô Chi Minh-Ville, Atlanta et Genève.

La théorie des poignées de main est un roman qui illustre une théorie tout à fait sérieuse: seules cinq personnes nous séparent du reste du monde. Antoine est en thèse et lors d’une conférence, Denis Metelet, professeur émérite, le prend au mot. Il lui lance un défi: illustrer concrètement cette théorie. Il choisit pour cela un individu au hasard. Antoine devra d’abord parcourir le monde pour retrouver sa cible puis prouver que seules cinq personnes l’en séparent…

La théorie des poignées de main est le genre de roman idéal pour l’été, sans prise de tête. Il fera voyager son lecteur aux quatre coins du monde: du Vietnam à la Suisse en passant par les États-Unis. C’est frais, léger. Les dialogues sont frais, les personnages peu approfondis toutefois et l’intrigue finalement assez prévisible.

Ce n’est personnellement pas du tout le genre de roman que je lis habituellement car il manque clairement de profondeur mais l’auteure l’assume entièrement. Elle le dit elle-même: elle a écrit ce roman pour divertir et pour illustrer cette théorie. C’est peut-être le côté scientifique du roman que je retiendrai alors. Se dire que nous sommes séparés de n’importe quel être humain sur terre de seulement cinq autres personnes est assez vertigineux…

Je recommande « La Théorie des poignées de main » pour une lecture détente cet été au bord de l’eau ou pour un lecteur novice qui aimerait se lancer!

 

L’Enigme de la chambre 622 de Joël Dicker

 

 

L’Enigme de la chambre 622 de Joël Dicker,

Publié aux éditions de Fallois,

2020, 570 pages.

 

Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. L’enquête de police n’aboutira jamais.
Des années plus tard, au début de l’été 2018, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer des vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire.
Que s’est-il passé dans la chambre 622 du Palace de Verbier?

Je me réjouissais de lire le nouveau roman de Joël Dicker. J’avais adoré La vérité sur l’affaire Harry Québert ainsi que Le livre des Baltimore. Dans ses deux précédents romans j’avais aussi bien aimé le style de l’auteur que son intrigue et ses personnages. Avec L’énigme de la chambre 622, j’ai été totalement déçue.

Tout commence pourtant bien. Joël Dicker, dans son quasi rôle d’écrivain, va mener l’enquête sur la fameuse chambre 622 qui n’existe pas ou plutôt qui n’existe plus au fameux Palace de Verbier. Le numéro 622 a été remplacé par le 621 bis parce qu’un meurtre y a été commis quelques années plus tôt. Affublé d’une acolyte qui tombe un peu de ciel, l’écrivain va alors mener l’enquête et nous projeter dans le passé.

Quinze ans plus tôt, lors du Grand Week-end réunissant les pontes des banquiers suisses, un homme a été assassiné. Pour quel motif? Et surtout qui est le meurtrier? Et là, Joël Dicker entraîne son lecteur dans une sorte de vaudeville avec des dialogues nullissimes à base de « chouchou », « Médème » et « Mousieur » (les immigrés en prennent pour leur grade). Je me suis longtemps demandé si c’était un effet de style. J’ai eu bon espoir que l’intrigue se mette à démarrer vraiment. L’auteur tourne autour du pot. On suit une intrigue amoureuse bas de gamme, sans intérêt. Je me suis passablement ennuyée sans voir où l’auteur voulait en venir. Au final, ce n’est pas du tout un roman à suspens que nous donne à lire l’auteur mais une romance plate et ennuyante.

Et le style de l’auteur! Mais Joël Dicker a-t-il vraiment écrit ce roman? C’est affligeant de clichés, de phrases mal construites, de lourdeurs. Les chapitres commencent tous de la même façon nous donnant des précisions météorologiques fort intéressantes. C’est lourdingue, répétitif. Et que dire de ces moments où Joël Dicker nous parle de son éditeur disparu? Mais pourquoi? Que viennent faire ses souvenirs sans rapport avec le reste? S’agissait-il de combler des trous?

Je dirais que les 150 dernières pages relancent un peu le machin et heureusement sur presque 600 pages! J’avais au final deviné le motif et l’identité du meurtrier. On repassera donc pour le suspens.

Cette « Énigme de la chambre 622 » est un vrai fiasco. Je me suis ennuyée d’un bout à l’autre! Économisez donc 23 euros en ne lisant pas ce livre…

 

Idaho de Emily Ruskovich

 

 

 

Idaho de Emily Ruskovich,

Publié aux éditions Gallmeister,

2019, 370 pages.

Idaho, 1995. Par une chaude et insouciante journée d’août, Wade, Jenny et leurs deux petites filles, June et May, se rendent dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. S’y produit soudain un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais tandis que la mémoire de son mari vacille, Ann devient obsédée par le passé de Wade. Déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a jamais connue, elle s’efforce de reconstituer ce qui est arrivé à la première épouse de Wade et à leurs filles.

Ce roman traînait dans ma PAL depuis un petit moment. Il était temps de le sortir et ce fut une belle lecture.

Idaho c’est l’histoire d’une famille défaite. Wade et Jenny vivent avec leurs deux filles, June et May, dans la montagne. Leur maison est très isolée. Un jour d’août, alors que la famille est partie ramasser du bois, se produit un drame terrible qui fait éclater la famille.

Des années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann, sa professeure de piano. Mais Wade commence à montrer des signes de troubles de la mémoire. Il oublie des choses notamment sa vie d’avant et il a des accès de violence fulgurants qui laissent Ann désemparée. Ann cherche à savoir ce qu’il s’est passé ce fameux jour d’août.

Idaho est un roman qui prend aux tripes dès le départ. On sent la menace qui plane sur cette famille dès le début du roman, comme une ombre malfaisante. Mais l’auteure frustre le lecteur en ne lui révélant que peu de choses sur les circonstances du drame. Elle préfère plonger le lecteur dans les affres de la mémoire. Mémoire défaillante pour Wade. Volonté de reconstruire les événements passés et de les conserver pour Ann. Nous n’aurons jamais le fin mot de l’histoire et c’est au lecteur d’imaginer les raisons du drame.

Ainsi, l’auteure va faire des va et vient incessants entre le passé, le présent et même le futur. Les chapitres jonglent entre l’ancienne vie de Wade et sa nouvelle. Peu à peu les éléments se mettent en place. Emily Ruskovich laisse au lecteur le choix de deviner, d’imaginer car tout est suggéré, jamais confirmé. Les sentiments, les émotions et les motivations des personnages sont presque toujours implicites. Le mystère s’épaissit au fil des pages et si vous cherchez des réponses à vos questions, il faut passer votre chemin.

L’auteure tisse une toile dans laquelle chaque personnage entraîne le lecteur de manière hypnotique car on veut savoir pourquoi ce drame a eu lieu. Elle piège son lecteur et le laisse se débattre avec ses questions toujours en suspens. Alors oui, il faut s’accrocher mais Idaho vaut le coup pour son écriture, sa rudesse, sa noirceur sous-jacente.

« Idaho » est un roman qui ne conviendra pas à tous. Il faut avoir envie de se laisser porter par l’écriture d’Emily Ruskovich et accepter de ne pas avoir tous les réponses à nos questions.