La promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen

 

La Promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 464 pages.

L’impossible et sublime histoire d’amour d’une anglaise, fille de médecin, et d’un jeune domestique indien dans les splendeurs des palais des Maharajas. Quand Sophie revient en Inde, dix ans après son départ, c’est au bras de Lucien. Elle a accepté d’épouser cet ambitieux diplomate qu’elle connaît à peine, mais n’a rien oublié du pays de son enfance, ni de son premier amour… En elle vibre l’espoir de guérir enfin des blessures du passé. Mais à quel prix ?

Attention! Coup de cœur pour ce roman des éditions Presses de la Cité. J’ai été emportée et profondément émue par cette histoire d’amour racontée avec grâce.

Alison McQueen plonge son lecteur au cœur de l’Inde, en 1948. Sophie, jeune anglaise, accompagne ses parents auprès d’un puissant maharadja. Mais la jeune fille de 17 ans s’ennuie. Elle fait alors la connaissance de Jag, un valet indien. Tout semble opposer les deux jeunes gens, pourtant, ils tombent amoureux et deviennent amants. Lorsque l’on découvre leur idylle, ils sont séparés. Jag et Sophie n’auront alors de cesse de penser l’un à l’autre.

L’histoire d’amour entre ces deux personnages m’a vraiment plu. Je ne suis pourtant pas fleur bleue mais j’ai trouvé que l’auteur décrivait cette passion amoureuse avec beaucoup de pudeur. Sophie et Jag ont un coup de foudre et leur couple devient l’un de ces couples mythiques que tout oppose. Elle est anglaise et blanche; il est indien et musulman. Dans un cas comme dans l’autre, les familles ne veulent pas de cette union dévoyée. Pourtant, l’auteur parvient à nous restituer toute la pureté de leurs sentiments. C’est tout simplement magnifique.

L’intrigue nous plonge également au cœur de l’Inde. Elle parvient à nous faire voyager à travers les descriptions des palais et des paysages tous plus beaux les uns que les autres. L’auteur a placé sa petite histoire au cœur de la grande puisqu’en arrière fond, elle nous fait vivre les événements dramatiques qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de l’Inde. Musulmans et hindous sont tout d’un coup divisés et séparés sur leur propre territoire alors que le Pakistan émerge. Les massacres, les viols, les enlèvements et les exils forcés ponctuent ce récit et donnent une couleur plus intense à l’intrigue. Cette description de la séparation entre les peuples répond en écho à celle entre Jag et Sophie.

Les chapitres alternent avec intelligence entre ceux consacrés à Sophie adolescente en 1948 et ceux consacrés à Sophie dix ans plus tard, en 1958. J’ai adoré cette construction qui permet de savoir ce qu’est devenue l’héroïne après sa rupture forcée avec Jag. Ces dix ans d’intervalle ajoute du suspens et tient en haleine le lecteur!

La fin du roman m’a profondément émue. Je me suis surprise à verser quelques larmes pour Sophie. Je ne peux que vous recommander ce livre bouleversant qui oscille entre histoire d’amour et roman historique. Les personnages bien campés nous font vivre des émotions intenses et le couple Jag/sophie restera longtemps dans ma mémoire! Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Anne pour cette magnifique découverte!

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La Dame des deux terres de Wendy Wallace

 

La Dame des deux fleuves de Wendy Wallace,

Publié aux Presses de la Cité,

2016, 384 pages.

 

 

 

 

 

Passionnée d’égyptologie, souffrant d’un asthme sévère, la jeune Harriet persuade sa mère de quitter Londres pour le soleil de l’Afrique. Sur le bateau qui les mène à Alexandrie, elles font la connaissance d’un peintre très séduisant. Confrontée aux douleurs du passé et aux dangers de la vie égyptienne, la jeune femme entame un voyage intense et bouleversant.

Encore une fois, merci aux éditions Presses de la Cité qui m’ont laissé choisir ce titre dans leur catalogue. Je ne me suis pas trompée en lisant ce roman qui m’a vraiment ravie et m’a emportée loin sur les rives du Nil.

Tout commence en Angleterre, à Londres précisément, vers la fin du 19 ème siècle. Harriet est une jeune femme de 23 ans ou plutôt déjà une vieille fille. Asthmatique, elle n’est jamais vraiment sortie de chez elle, couvée et protégée par sa mère Louisa, dans leur maison londonienne. Mais si Harriet n’est jamais allée à l’école, elle n’en demeure pas moins intelligente. Autodidacte, elle nourrit une passion pour l’Égypte et griffonne des hiéroglyphes dans un carnet secret.

Alors que son mal empire, elle convainc sa mère d’effectuer un voyage en Égypte afin de bénéficier du climat chaud et sec.  C’est ainsi qu’accompagnée de sa mère et de sa tante bigote Yael, qu’Harriet embarque sur un navire à destination du Caire. Sur le bateau, Harriet fait la connaissance de Mme Cox puis du mystérieux peintre Eyre Soane. Ce dernier semble particulièrement bien connaître sa mère, Louisa, dont le passé trouble les lie. Bientôt Eyre Soane songe à une terrible vengeance dont l’instrument sera la pauvre Harriet.

A travers ce roman, Wendy Wallace noue les intrigues et joue sur plusieurs tableaux. C’est ce que j’ai particulièrement aimé. Son roman est d’abord un roman d’apprentissage. En effet, Harriet va découvrir le monde aux côtés de sa mère et de sa tante. Avec l’apparition de Mme Cox puis d’Eyre Soane, elle va se confronter à des sentiments qu’elle n’a jamais ressentis et enfin ouvrir les yeux sur le vrai monde. Un peu plus tard, lorsqu’elle rencontrera le professeur Woolfe, elle tentera de se réaliser en tant qu’individu et de penser pour une fois à la vie plutôt qu’à la mort.

La Dame des deux terres est aussi un roman plus sombre sur l’histoire trouble d’une femme, Louisa, qui tente de cacher son passé. Le lecteur, par de savants retours en arrière, prend connaissance de l’adolescence de Louisa. Si je me suis doutée rapidement des conséquences de ses actes passés, j’ai aimé voir comment ce personnage, lisse en apparence, se confrontait à son passé et tentait de survivre. L’intrigue se complique avec Eyre Soane, un garçon détestable au possible, qui aime jouer avec les autres et qui n’hésitera pas à faire de Harriet son jouet de prédilection. La relation entre les deux jeunes gens est particulièrement malsaine et en tant que lectrice, j’avais vraiment l’impression de voir jouer un chat avec une innocente souris.

Enfin, ce roman est un roman d’aventures, de voyage. On part d’un Londres embrumé par le fog, poisseux, irrespirable pour accéder au Caire brûlant, étouffant mais tellement chatoyant. L’auteur nous invite au voyage à travers tous les sens. Un peu plus tard, c’est l’Égypte mythique qui s’offre à nous à travers les temples, les tombeaux mis à jour et les pyramides. C’est aussi un roman qui se veut historique en retraçant la découverte par mais surtout l’exploitation des sites archéologiques par les Européens suivie de toutes les dérives qui vont avec en témoigne ce charmant couple d’anglais qui grave ses initiales sur la statue d’un monarque égyptien!!

La Dame des deux terres est un roman aux multiples facettes naviguant entre le roman historique, le récit d’apprentissage et l’intrigue familiale. Les moments sombres succèdent aux moments plus chatoyants et colorés reflétant la vie dans ce qu’elle a de plus complexe finalement. L’auteur nous entraîne sans cesse dans une nouvelle direction pour le plus grand bonheur du lecteur!

Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent Del Socorro

 

Royaume de vent et de colères par Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2015, 288 pages.

 

 

 

 

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

C’est au mois d’octobre dernier que j’ai rencontré Jean-Laurent Del Socorro au salon du livre imaginaire de Fuveau. Nous avions beaucoup discuté de son premier roman ayant pour toile de fond historique Marseille et les guerres de religion. J’avais repéré ce titre des éditions Actu SF sur Internet et les critiques que j’avais lu étaient fort élogieuses. C’est donc une bonne pioche pour moi avec cette lecture qui m’a embarquée dès les premières pages.

En effet, Jean-Laurent Del Socorro nous offre ici un premier roman brillant, parfaitement maîtrisé et abouti qui emporte son lecteur dès le premier chapitre, c’est dire! Cette gageure revient au fait d’avoir écrit des chapitres très courts qui alternent entre les différents points de vue des personnages. Ainsi le lecteur a une vue d’ensemble de la situation avec des personnages forts et tous très intéressants. En lisant ces chapitres on s’attache très vite à Victoire, cette vieille femme à la tête d’une guilde redoutable mais aussi Axelle, ancienne mercenaire ou encore Silas, soldat turc à la répartie cinglante. L’auteur nous peint des personnages profonds, torturés qui recèlent tous une part de mystère. Grâce aux chapitres, on en apprend beaucoup sur leur passé et c’est littéralement passionnant.

L’ambiance du roman y est aussi pour beaucoup. L’intrigue se déroule à Marseille alors que les guerres de religion font rage en France. L’auteur laisse déambuler ses personnages dans les ruelles sombres et foisonnantes de vie du panier ou encore du vieux port. Le vent est un élément très important. En effet, le mistral qui souffle sur Marseille est un élément à part entière qui prend une dimension mythique apportant bonnes ou mauvaises nouvelles.

Enfin, l’intrigue est passionnante elle aussi. L’auteur a pris comme toile de fond le massacre des protestants par les catholiques. Henri IV tente d’imposer sa royauté tandis que Marseille résiste. Dans l’ombre, une guilde étrange tue et frappe selon le bon vouloir du noble qui paiera le plus. Les intrigues politiques sont bien menées et ne viennent pas gâcher le plaisir du lecteur qui découvre surtout avec délice les intrigues personnelles des personnages. L’auteur a ajouté aussi une pointe de magie qui vient ajouter à l’ensemble un effet mystérieux et qui apporte beaucoup au roman.

Vous l’aurez compris, Royaume de vent et de colères est un sans faute pour moi! J’ai adoré l’ambiance du roman mais surtout les personnages dépeints par l’auteur. Un vrai moment de grâce livresque!

Morituri te salutant de Danila Comastri Montanari

   Morituri te salutant de Danila Comastri Montanari,

   Éditions 10/18, collection « Grands détectives »,

   2004, 283 pages,

   Pour l’acheter: Morituri te salutant

 

 

 

 

 

A Rome, en 45 après J.-C., le gladiateur Chélidon, champion de l’arène, s’effondre au beau milieu d’un combat, victime d’une mort inexplicable. L’affaire menace le fragile équilibre du pouvoir car la plèbe gronde et soupçonne les jeux d’être truqués. L’empereur Claude charge alors le sénateur Publius Aurélius Statius de l’enquête tandis qu’en coulisses les crimes de gladiateurs se multiplient. Sur son chemin, il trouve la sulfureuse Nisa, reine des nuits romaines et célèbre actrice de pantomime. Du sable de l’arène aux ors du pouvoir, il n’y a qu’un pas qu’Aurélius devra franchir à ses risques et périls.

C’est grâce à Troczone que j’ai reçu ce livre d’occasion. Il dormait dans ma PAL depuis un petit moment. J’avais envie d’un roman historique, c’était donc l’occasion rêvée. Morituri te salutant est le deuxième tome d’une saga consacrée au personnage Aurélius Publius. Chaque roman peut se lire de manière indépendante car il contient à chaque fois une intrigue développée en entier. J’avais lu le premier tome de la saga intitulé Cave Canem. Je l’avais emprunté à l’époque à une amie et j’avais plutôt aimé ma lecture.

Dans ce deuxième tome, nous retrouvons donc Aurélius Publius, patricien respecté et populaire à Rome. Lors de jeux de gladiateurs, il assiste à la mort de l’un d’eux, Chélidon. Rien de bien extraordinaire si ce n’est que Chélidon semble avoir succombé à un empoisonnement. Claude, l’empereur, confie à Aurélius la mission d’enquêter sur ce meurtre.

La mission ne semble pas facile. Aurélius doit d’abord enquêter dans le milieu très fermé des gladiateurs. La loi du silence semble régner mais les langues se délient peu à peu. Aurélius constate que Chélidon était aussi craint que jalousé. Le patricien devra également s’introduire dans la sphère du théâtre de mime puisqu’il croisera la route de la belle et mystérieuse Nisa. Pour arriver à mener sa tâche à bien, il pourra compter sur son fidèle affranchi Castor, aussi débrouillard que filou. 

J’avoue tout de suite que l’intrigue du roman n’est pas passionnante. Ce n’est pas, en tout cas, ce qui a retenu mon attention. On s’apercevra d’ailleurs bien vite qu’elle est assez « basique »: les coupables ne resteront pas longtemps impunis. L’intrigue a même plutôt tendance à embrouiller le lecteur. Il faut suivre Aurélius dans son enquête et retenir tous les noms et surnoms des personnages. Pas facile de s’y retrouver!

Ce qui sauve le roman selon moi, c’est avant tout le développement historique fouillé et précis. L’auteur est historienne. Elle maîtrise parfaitement son sujet et cela se voit. J’ai adoré la mise en scène de la vie à Rome sous l’Empire. Certes, j’ai fait du latin pendant très longtemps. J’ai une petite culture romaine et grecque ce qui m’a facilité la tâche. En effet, pas évident pour un néophyte de s’y retrouver dans les noms latins laissés tels quels dans le roman, de comprendre les mœurs et coutumes des romains à l’époque comme le système de la sportula. Bien heureusement, l’auteur a glissé à la fin du roman tout un lexique et « une visite guidée » de la vie à Rome sous l’Empire.

Pour ma part, cette lecture a permis de réactiver mes connaissances sur la vie des romains et c’est peut être ce qui m’a le plus plu au fond. J’ai découvert également la vie des gladiateurs côtés coulisses: entraînements, repas, rivalités. Tout est très bien rapporté et détaillé.

Morituri te salutant est donc une lecture que je conseillerais aux lecteurs qui possèdent déjà quelques notions en matière d’histoire de la vie romaine ou à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans une lecture un peu plus « culturelle ». Dans le même registre, j’avais adoré les romans de Cristina Rodriguez qui pour le coup sont plus accessibles et dont les intrigues sont plus intéressantes en termes de rebondissements.

Morituri te salutant m’a au moins fait passer un bon moment et m’a permis une fois de plus de m’enrichir sur le plan culturel.

Au fait, le titre Morituri te salutant signifie en latin « ceux qui vont mourir te saluent » et fait bien sûr référence aux gladiateurs entrant dans l’arène pour saluer l’empereur!

Une odeur de gingembre, Oswald Wynd

Titre VF: Une odeur de gingembre

Titre VO: The ginger tree

Auteur: Oswald Wynd

Publié aux éditions Folio, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgsworth, l’attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d’esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu’elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l’on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s’intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l’originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, Une odeur de gingembre est un roman hors norme.

 

Si vous n’avez jamais lu ce roman, je vous invite fortement à le faire. C’est une vraie découverte pour moi, un magnifique coup de cœur qui me laisse rêveuse.

Dès les premières pages du livre, j’ai été happée par l’histoire de Mary. Elle doit rejoindre son fiancé à Pékin. Elle se confie dans son journal de bord. Le roman commence par la traversée, de son Écosse natale jusqu’à Pékin. A bord, Mary n’est pas seule. Elle a un chaperon très à cheval sur les traditions. Mary va peu à peu s’émanciper. Elle retire d’abord son corset, symbole de son confinement,  puis se mêle aux autres passagers. C’est un vrai plaisir de voir cette femme s’épanouir au fur et à mesure de son voyage, laissant tomber ses préjugés.

Mary est une héroïne au caractère fort. Elle refuse de renoncer à sa religion au nom de son mari. Elle s’aperçoit bien vite qu’il n’est qu’un imbécile coincé et frustré. Elle plaît beaucoup aux étrangers car elle est entière, simple et aimante. Elle ne cherche pas à se faire passer pour une femme appartenant à la classe dominante. Elle offre son cœur.

A Pékin, Mary commencerait presque à déprimer. L’histoire semble se répéter indéfiniment jusqu’au jour où elle découvre les affres de la passion. L’auteur fait basculer son personnage dans le tourbillon de la vie. C’est avec un vrai plaisir que l’on suit alors les aventures de Mary, abandonnée de tous, seule dans un pays étranger. Que va-t-il advenir d’elle? C’est sans compter sur son courage immense.

La plume de l’auteur m’a fait voyager dans un pays exotique où Mary a tout à apprendre. Les descriptions sont toutes plus belles les unes que les autres. Les pages se tournent toutes seules. J’ai été littéralement happée par l’intrigue cherchant à savoir ce qui allait arriver à Mary. Il décrit avec poésie le Japon et la Chine, pays si exotiques et lointains, objets de tous les fantasmes à l’époque.

Ce roman est un vrai coup de cœur pour moi au point que je ne sais quoi lire après cette magnifique lecture trop tôt achevée à mon goût. Une vraie découverte. Un roman qui se déguste petit à petit.

Mille femmes blanches, Jim Fergus

Titre VF: Mille femmes blanches

Titre VO: One Thousand White Women

Auteur: Jim Fergus

Publié aux éditions Pocket, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf: troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du périple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des « Mille femmes » viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les États-Unis d’Amérique… Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l’une d’entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste alors à la lente agonie de soi, peuple d’adoption…

 

J’ai beaucoup aimé ce roman magnifique basé sur des faits historiques réels. En effet, cette histoire s’est réellement déroulée ainsi et Jim Fergus en donne sa version dans ce roman.

Tout commence avec May Dodd, l’héroïne. Elle est internée dans un asile. Sa famille riche et puissante ne supporte pas qu’elle ait pu s’unir à un homme d’une condition inférieure à la sienne. May Dodd voit en la proposition de l’État, l’unique moyen pour se sortir de son calvaire.

Autant dite tout de suite que j’ai adoré cette héroïne fière et indépendante jusqu’au bout. Elle incarne la femme moderne qui vit selon ce que lui dicte son cœur et non la société.

C’est grâce à son journal de bord que nous suivons la folle aventure dans laquelle toute ces femmes se sont lancées. May Dodd s’entoure bientôt de tout une galerie de personnages, des femmes venant d’origines et d’horizons très différents. J’ai adoré ce côté: toutes ces femmes sont si différentes mais apportent tellement à l’intrigue!

Les femmes blanches découvrent la vie nomade à l’indienne. C’est une vraie plongée dans l’inconnu à la fois pour elle et pour le lecteur. J’ai beaucoup aimé apprendre sur la vie des cheyennes: les rites, les coutumes, la vie quotidienne jusqu’aux accouchements pratiqués dans une tente dédiée. Chaque blanche reçoit également un nom indien en rapport avec son caractère!

Sans aucun doute, j’ai voyagé à travers ce roman qui revient sur une triste page des États-Unis: l’éradication des Indiens. Comme May Dodd, on ne peut qu’être révolté à cette idée. Les idées de l’homme blanc ne sont pas toujours bonnes et l’alcool y est pour beaucoup.

Seul bémol au roman qui vient peut-être de la traduction: certains dialogues m’ont parue un peu « bateau », trop conventionnels à grand renfort de grands sentiments. C’est l’unique reproche que je ferai à ce roman des grands espaces et de la liberté.

La vie tranchée, Bénédicte des Mazery

Août 1917, hôpital militaire d’Amiens, Louis tente de récupérer quelques forces après trois années passées dans les tranchées. A 21 ans, il y a laissé ses illusions et deux de ses doigts de pieds. Avec Fernand, son ami de galère, il tente de reprendre goût à la vie. Au bout de quelques mois, Louis va mieux. Il est alors envoyé dans l’est de la France en tant que « lecteur ». Son travail? Lire toutes les lettres de poilus et intercepter, caviarder, biffer celles jugées défaitistes, anti-nationalistes. C’est qu’il faut préserver le moral des civils qui, eux restent à l’arrière. Louis devient alors un « embusqué » comme on dit, un « planqué ». Il censure, prive certains soldats de courrier mais à quel prix? A travers les lettres qu’il lit, Louis se retrouve confronté à la détresse humaine. Comment rester insensible face aux soldats qui écrivent leurs souffrances, leurs peurs mais aussi leur amour? Louis devra faire un choix: rester indifférent ou au contraire répondre à l’appel de ces innombrables voix….

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La vie tranchée est un roman auquel on ne peut rester insensible. Il prend pour thème la première guerre mondiale mais traite cette partie de l’Histoire d’une manière originale. En effet, le personnage de Louis est affecté au service du contrôle postal. Sa mission est d’intercepter toutes lettres contenant des informations compromettantes pour l’armée française. Je ne connaissais pas du tout, pour ma part, ce côté de l’Histoire. Je ne savais pas que les lettres des poilus étaient toutes lues et parfois modifiées voire totalement supprimées. Il faut en effet préserver le moral des civils et l’armée ne veut surtout pas renvoyer une image faible et désespérée de ses troupes.

L’auteur a truffé son roman de vraies lettres de poilus pour mieux restituer la misère et la détresse des soldats. Comment rester insensible à ces cris de désespoir venant de fils, de pères, de maris? Chaque lettre est authentique et rend ce récit encore plus poignant. Certains soldats décrivent leur quotidien et l’horreur de la guerre. Quand ils ne sont pas mangés par les poux et les rats, ils sont harcelés par l’ennemi: tirs, obus, gaz moutarde, les combats sont terribles. D’autres poilus ne pensent qu’à leur famille dans leur lettre et s’interdisent de parler de leur misère afin de protéger leurs proches. Ceux-là tentent de se bercer d’illusions en attendant la paix et des jours meilleurs.

Le personnage principal Louis est très intéressant également. On suit son évolution au fil des pages. C’est un personnage tiraillé entre son devoir (faire la guerre) et son désir de vie (rester un « planqué »). Il se sent coupable d’avoir été réformé et de ne plus être en première ligne. Son travail alourdit encore plus ce sentiment de culpabilité puisqu’il s’agit pour lui d’écarter certaines lettres qui ne seront jamais lues par leur destinataire, voire de dénoncer certains soldats pour fraternisation avec l’ennemi ou pacifisme. Mais Louis doit faire des choix. Il sait très bien que priver un soldat des nouvelles de ses proches c’est l’assassiner à petit feu, c’est le priver de tout espoir. Alors Louis choisit: il oblitère toutes les lettres. Il choisit de rester humain, il choisit la vie au risque de perdre la sienne.

La vie tranchée est un livre très fort et émouvant qui pose la question du choix: obéir et répondre à son devoir ou rester humain au risque de passer pour un traître.