Égypte mon amour de Charlotte de Jong

 

 

Égypte mon amour de Charlotte de Jong,

Publié aux éditions L’Harmattan,

2019, 270 pages.

Née au milieu du 19e siècle dans les quartiers mal famés de Londres, la petite Jane échappe à son triste destin le jour où elle entre au service de la célèbre Lady Lucie Duff Gordon qui la gardera à ses côtés lors de son départ forcé pour l’Afrique du Sud puis l’Egypte. Toutes deux, bravant les convenances anglaises, tomberont amoureuses de ce pays et de ses coutumes. Les lettres de Lady Lucie Duff Gordon, matériau sur lequel se fonde ce roman, furent publiées de son vivant et connurent en Angleterre un vif succès qui ne se démentira pas jusqu’à nos jours, et racontent la vie ordinaire des Egyptiens de l’époque dont elle partage la vie.

Attention: petite pépite. Charlotte de Jong nous narre avec délicatesse la vie d’une anglaise, au 19ème siècle, en Égypte. Elle s’est inspirée pour cela des lettres d’une certaine Lady Duff Gordon qui souffrait de la tuberculose et fut contrainte d’aller vivre dans des pays chauds pour se soigner. Lady Duff Gordon devient sous la plume de l’auteur la fictive Lady Glarington.

Charlotte de Jong choisit de raconter cette histoire du point de vue de Jane, la domestique de Lady Glarington. Jane vient d’un milieu misérable, des bas quartiers de Londres. Issue d »une famille nombreuse, la jeune fille fait preuve très vite de débrouillardise. Elle apprend à lire et à écrire et rentre au service de la prestigieuse famille Glarington. Elle accompagne alors lady Glarington, victime de la tuberculose dans ses voyages: d’abord la France puis l’Afrique du Sud et enfin l’Égypte d’où elles ne reviendront pas.

J’ai adoré ce livre pour son ambiance. Nous somme plongés au cœur du 19ème siècle au sein d’une famille anglaise très riche. J’aime toujours autant l’évocation des tenues, du protocole, de la vie domestique à cette époque! Ensuite, j’ai aimé que l’histoire se déroule en Égypte. Là encore, le roman nous renvoie à des époques où tout semblait possible. Les Anglais font de l’Égypte un pays mystérieux. Les expéditions sur le Nil, au Caire, dans les pyramides et autres sites archéologiques nous renvoient tous à des images fantasmées, rêvées. Qui n’a jamais rêvé de remonter le Nil sur un bateau? De partir à l’aventure dans le désert? D’y rencontrer la population? L’auteur rend compte de cette atmosphère à merveille.

Enfin, j’ai bien sûr aimé l’intrigue du roman. Jane va donc suivre sa maîtresse. Leur périple va les entraîner en Égypte d’où elles ne repartiront pas, la santé de Lady Glarington étant trop précaire sitôt rentrée dans l’humidité londonienne. Les deux femmes font preuve de force et d’intelligence. Elles vont apprendre la langue arabe puis côtoyer la population locale. Loin de rejeter les coutumes égyptiennes, elles vont à l’inverse de leurs compatriotes tenter de les comprendre et parfois même les adopter à l’image de leur corset dont elles se débarrassent sans état d’âme! Elles sont toutes les deux ouvertes sur le monde. Leur éducation anglaise stricte est toujours présente mais peu à peu elles s’en défont prenant même quelques libertés.

L’intrigue se noue autour d’une histoire d’amour dont je ne dirai rien afin de ne pas trop vous en dévoiler. Cette romance rend le texte encore plus beau et montre que les femmes n’avaient guère de choix à l’époque. J’ai suivi avec passion le destin de Jane. A ses côtés, j’ai vivré, j’ai été émue.

Égypte mon amour est un très beau roman que je recommande. Rendant hommage à l’Égypte, l’auteur nous entraîne sur les traces de deux femmes fortes au destin incroyable.

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La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

 

 

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino,

Publié aux éditions Albin Michel,

2019, 384 pages.

 

 

1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.

Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.

La Goûteuse d’Hitler est un roman qui explore une partie sombre de la seconde guerre mondiale, dévoilant une fois de plus toute la cruauté d’un système nazi sous la coupe d’un dirigeant mégalomaniaque et paranoïaque.

Rosa est une jeune allemande. Cela fait un an qu’elle s’est mariée avec Gregor. Ce dernier a été envoyé sur le front de l’Est. Sans famille proche, Rosa s’est réfugiée chez ses beaux-parents, là où Hitler a établi son quartier général. Un matin, un bus vient la chercher. On ne lui laisse pas le choix: avec une dizaine d’autres femmes du village, elle sera la goûteuse d’Hitler. Matin, midi et soir, ces femmes devront goûter les plats proposés au führer et attendre une heure pour savoir si elles ont été ou non empoisonnées. Un métier morbide et salutaire à la fois…

Rosella Postorino a eu l’idée de ce roman en lisant l’interview d’une des dernières goûteuses d’Hitler qui a bien voulu témoigner et lever ainsi le tabou sur une grande partie de sa vie. Hitler s’était en effet entouré de femmes qui étaient devenues en quelque sorte ses cobayes. Vivant dans la peur d’être empoisonné, il imposait à d’autres de goûter ses plats comme l’aurait fait tout bon dictateur romain avec ses esclaves.

Rosella Postorino plonge donc son lecteur dans une histoire fort mal connue qui éclaire une fois de plus le caractère fou du führer. On suit Rosa qui vit dans la peur d’être empoisonnée et qui chaque jour défie la mort. Ce métier imposé est vécu à la fois comme une torture mais aussi comme une sorte de bénédiction car tandis que dans le village tous crèvent de faim, Rosa et ses camarades se remplissent chaque jour l’estomac, dégustant des plats cuisinés et mijotés. L’auteur joue sur la dualité de ces repas imposés. La culpabilité s’ajoute au sentiment de trahison.

J’ai aussi aimé voir que ce roman était raconté du point de vue d’une jeune femme allemande, pas anti-nazie mais pas pro-nazie pour autant. On constate toute la perversion de ce système qui prend son propre peuple en otage en lui imposant une tâche sordide et mortifère. Rosa est prise au piège. Cette allemande pure souche devient une victime à son tour.

Le roman ne se contente pas de nous narrer les repas des goûteuses. On suit Rosa dans sa vie de femme, seule, isolée, privée de son mari. L’ennui s’installe. Le désir d’être aimée, possédée se fait sentir. Rosella Postorino pose aussi la question de ces femmes, restées seules, parfois très longtemps, sans mari. Peuvent-elles céder à leur désir? A leur envie? Être une femme pendant la guerre, c’est attendre, s’occuper des enfants et de la maison, reprendre l’activité du mari parti. Ainsi Rosa va franchir un point de non retour en trompant son mari. Mais comment lui en vouloir? Elle, si jeune, coincée dans ce village perdu? Rosella Postorino ne juge pas mais nous fait comprendre la détresse de ces femmes.

La Goûteuse d’Hitler est un roman à découvrir en cette future rentrée littéraire. Rosella Postorino dévoile un pan bien sombre de la seconde guerre mondiale tout en nous faisant découvrir une héroïne touchante dans son malheur et sa détresse de femme allemande.

La saga des vikings, Tome 1: Ragnvald et le loup d’or de Linnea Hartsuyker

 

 

 

La saga des vikings, Tome 1: Ragnvald et le loup d’or de Linnea Hartsuyker,

publié aux éditions Presses de la cité,

2018, 548 pages.

 

 

 

 

Norvège, IXe siècle après J.C. Depuis que son père est mort sur le champ de bataille, Ragnvald n’a qu’une hâte : atteindre la maturité pour pouvoir enfin gouverner les terres qui lui reviennent, placées sous l’égide de son beau-père, le cruel Olaf. Aussi, quand, de retour d’un assaut, le capitaine du navire qui le ramène chez lui tente de l’assassiner, Ragnvald devine que c’est Olaf qui a commandité le guet-apens. Obtenir justice n’est pas chose aisée en pays viking, où des centaines de petits rois se disputent un lambeau de territoire, mais Ragnvald est prêt à mourir pour sauver son honneur. Quant à sa petite sœur, l’impétueuse Svanhild, qu’Olaf voudrait offrir en mariage à une brute épaisse, elle serait capable de prendre les armes pour venir en aide à Ragnvald et s’arracher à l’emprise de leur beau-père. Jusqu’au jour où elle croise le chemin du beau Solvi, l’ennemi juré de son frère… Tandis que Ragnvald choisit de rejoindre les troupes du jeune Harald, guerrier prodige incarné dans le monde des rêves par un loup à la crinière d’or, Svanhild sera confrontée au pire des dilemmes : la famille ou la liberté.

A la croisée entre Outlander et Game of Thrones, Linnea Harsuyker propose à son lecteur de plonger au cœur d’une saga viking dépaysante et exigeante! Peu habituée à cette culture, j’ai d’abord eu beaucoup de mal à m’habituer aux noms et prénoms des personnages (que je dois prononcer fort mal d’ailleurs). Les frères et demi-frères, les sœurs et les promises, les chefs de guerre et les guerriers, il faut un peu de temps pour que tout se mette bien en place et que le lecteur se repère. L’autrice situe son intrigue au IXème siècle, en Norvège. Ragnvald revient d’un pillage avec son chef Solvi mais voilà que ce dernier en veut à sa vie et fomente son assassinat. Ragnvald en réchappe de peu. Déterminé à se venger et à reprendre les terres volées par son beau-père, le jeune homme se montre au « ting », sorte de trêve de la paix, pour réclamer son dû. Mais rien ne se passe comme prévu…

A partir d’une intrigue, a priori simple, Linnea Hartsuyker entraîne son lecteur sur les traces du premier roi de Norvège. Son histoire démarre de façon lente. L’autrice prend son temps pour nous peindre ses personnages: Ragnvald, Solvi et Svanhild. Les premières pages sont consacrées à Ragnvald qui va tenter de récupérer ses terres et d’obtenir réparation par le biais de la justice. Il ne faut donc pas vous étendre à des scènes de bataille dans la première partie du roman. L’auteur pose son décor, décrit davantage les mœurs des vikings. A la manière de Game of Thrones, le lecteur assiste à des alliances, des mésalliances et des trahisons politiques.

Tout s’accélère dans la seconde partie du roman. C’est ici que le lecteur venu chercher des vikings explorateurs et bagarreurs en prend plein la tête. Je ne peux pas vous en dire trop sous peine de dévoiler l’intrigue principale. Ragnvald, qui apparaît au départ comme un guerrier comme les autres, va s’avérer être un personnage fin observateur et précieux pour tout chef qui cherche à unifier le pays. Quant à Svanhild, elle va devoir faire un choix crucial qui va remettre en cause l’équilibre de sa vie et de celle de son frère. Cette dernière est un personnage intéressant, peut-être le plus complexe à mes yeux de lectrice. C’est une femme qui a des ambitions autres que rester dans la halle et fonder une famille. J’espère qu’elle prendra plus d’ampleur dans les tomes suivants.

Si j’ai trouvé les premières pages du roman un peu poussives, j’ai adoré la suite qui nous entraîne au cœur des complots et des batailles. J’ai vraiment aimé le côté réaliste et historique du livre. On suit les vikings aussi bien dans leurs batailles, leurs conquêtes que dans leurs aventures maritimes ou bien encore dans leurs villages, dans la fameuse halle qui sert de point d’ancrage à tous. J’ai beaucoup aimé aussi le côté politique du livre. Ragnvald est un personnage fin stratège qui va nouer des alliances. L’auteur nous en apprend beaucoup sur le système de soumission, d’inféodation aux chefs. C’est vraiment très intéressant.

Avec ce premier tome, Linnea Hartsuyker entraîne le lecteur sur les traces de fiers guerriers vikings! Les amateurs de romans historiques très fouillés seront ravis.

La Chute des géants de Ken Follett

 

 

 

La Chute des géants de Ken Follett,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

1048 pages, 2012.

 

En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde… De l’Europe aux Etats-Unis, du fond des mines du pays de Galles aux antichambres du pouvoir soviétique, en passant par les tranchées de la Somme, cinq familles vont se croiser, s’unir, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire. Passions contrariées, rivalités et intrigues, jeux politiques et trahisons… Billy et Ethel Williams, Lady Maud Fitzherbert, Walter von Ulrich, Gus Dewar, Grigori et Lev Pechkov vont braver les obstacles et les peurs pour s’aimer, pour survivre, pour tenter de changer le cours du monde.

Quand on se lance dans du Ken Follett, on sait quand on commence, on ne sait jamais quand on va finir. J’avais déjà tenté l’expérience avec Les Piliers de la terre. L’essai avait été concluant puisque j’avais adoré cette fresque médiéval immense. Avec La Chute des géants, je fais un bond dans le le temps puisque Ken Follett met ici en scène des personnages durant la première guerre mondiale.

Alors que dire après avoir dévoré ce pavé de 1048 pages? C’est tout simplement énorme! Ken Follett nous fait revivre de manière grandiose la grande guerre avec des personnages attachants, des intrigues politiques incroyables et une tension constante.

Ken Follett a l’art de la narration éclatée. Ce roman n’échappe pas à la règle. Il se fait fort d’inventer une myriade de personnages aux quatre coins du monde. Il y a d’abord, les personnages anglais: Billy, le fils de mineur qui va s’engager dans l’armée; Ethel, sa sœur, qui va se battre pour sa liberté et celle de toutes les femmes; Fitz, l’aristocrate, sûr de lui, séducteur, prisonnier d’un autre temps; sa sœur Maud, un peu trop moderne pour l’époque. Côté allemand, nous avons Walter, fou amoureux de Maud, partagé entre son amour et sa patrie. Il y  aussi les russes avec Lev, la crapule qui s’en sort toujours et son frère Grigori, bonne âme. Et aux États-Unis, Gus Dewar, le conseiller du président.

Tous ces personnages évoluent d’abord les uns à côté des autres jusqu’à ce qu’ils se croisent. Les uns combattront, les autres s’aimeront. La Chute des géants prend l’allure d’un roman choral qui permet de raconter la guerre de plusieurs points de vue et c’est ce qui fait la force du livre. L’auteur apporte beaucoup de nuances à travers ces différents portraits.

Chaque personnage nous fait pénétrer aussi dans son univers, sa famille, ses amis. Il y a tout le côté aristocratique incarné par Fitz et Walter. Les dîners habillés, aux chandelles, aux multiples plats et vins; les domestiques; le sentiment de supériorité. Tout cela sera balayé par la guerre et ses horreurs. On voit vraiment le monde évoluer sous la plume de l’auteur et je trouve cela vraiment fort. Les femmes prennent de plus en plus de pouvoir et de place; les mœurs évoluent et deviennent moins strictes et Fitz est bien obligé de constater que ses valeurs ont complètement changé et qu’il doit faire avec. A côté de la brillance des dîners edwardiens, on pénètre aussi dans la misère la plus dure: en Angleterre, avec les mineurs; en Russie, avec les ouvriers.

Le point de rupture entre ces deux mondes bien délimités sera la première guerre mondiale. Là aussi, l’auteur reconstitue minutieusement les faits qui ont conduit à cette catastrophe humaine. La poudrière des Balkans, le refus de se plier au droit, l’entrée en guerre de tous les belligérants. C’est véritablement brillant. Ken Follett nous fait revivre une épopée incroyable qui va bouleverser le monde. Il s’appuie sur une documentation très solide. Certains passages, très politiques, peuvent paraître difficile à lire, mais bien vite, l’auteur nous plonge dans l’univers de l’espionnage, de la guerre, de la diplomatie et c’est passionnant! Les scènes de guerre dans les tranchées sont peu nombreuses, l’auteur se concentrant davantage sur « les coulisses » mais elles apparaissent violentes et brutales, reflétant parfaitement les conditions de l’époque. 

La Chute des géants m’aura tenue en haleine de longues heures et je ne peux que recommander cette immense fresque historique et immersive qui nous fait revivre les heures les plus sombres du vingtième siècle.

Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

 

 

Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy,

Publié aux éditions Les Escales,

2014, 409 pages.

 

 

Allemagne 1944. Naïve et innocente, Elsie traverse la guerre à l’abri de la petite boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi, loin d’être indifférent à son charme. Lors de la soirée de Noël du parti, elle échappe de peu à un viol grâce à un petit garçon juif. Seul et sans défense, il demande à la jeune fille de le cacher. Prendra-t-elle le risque ? États-Unis, de nos jours. À quatre-vingts ans, Elsie s’active toujours derrière les fourneaux de sa boulangerie. Elle rencontre Reba, une journaliste venue l’interroger sur les fêtes de Noël du passé…

J’ai enfin pris le temps de lire ce roman que j’ai dévoré en deux jours! Sarah McCoy nous raconte ici une histoire forte et émouvante, riche en rebondissements qui m’a tenu en haleine.

Elle plonge son lecteur à la fin de l’année 1944, alors que les Allemands pensent encore pouvoir gagner la guerre même si certains signes ne trompent pas. Elsie a 17 ans. Elle aide ses parents qui tiennent une petite boulangerie à Garmish. Lors d’un bal nazi, Elsie manque d’être violée par un officier allemand. Elle ne doit son salut qu’à Tobias, un enfant juif. Elle va alors le cacher dans sa chambre.

Le récit de Sarah McCoy s’articule autour de deux axes de narration. Le premier axe est celui d’Elsie, jeune allemande de 17 ans dont le monde s’écroule à la suite de la tentative de viol. Elle va s’apercevoir que le monde n’est pas aussi manichéen qu’elle le pensait. Elsie est un personnage attachant, qui a su m’émouvoir car elle a de nombreuses faiblesses. Elle cache Tobias chez elle mais ne se comporte pas pour autant comme une héroïne. Elle a constamment peur et vit dans l’angoisse d’être découverte par la Gestapo.On la suit dans son quotidien de jeune fille, aidant ses parents du mieux qu’elle le peut à la boulangerie, tentant d’échapper à son destin de femme à savoir se marier et avoir des enfants avec un officier nazi.

Ce premier récit nous offre aussi une plongée au cœur du système nazi. Grâce aux lettres d’Hazel, la sœur d’Elsie, on découvre les Lebensborn. Dans sa grande folie, Hitler a imaginé que certaines femmes pouvaient contribuer à l’érection du grand Reich en offrant leur corps comme réceptacle. Ainsi Hazel donne naissance à des enfants aryens dans des lebensborn telle une vache reproductrice pour constater qu’elle ne pourra jamais les élever et les aimer car ils seront élevés dans la tradition nazie. Les enfants handicapés et faibles sont éliminés sans état d’âme révélant l’atrocité de tout un système.

Le deuxième récit se passe de nos jours, à El Paso, au nouveau Mexique. Reba cherche à faire un reportage sur les traditions de Noël. Elle se rend dans la boulangerie allemande d’Elsie, âgée à présent de 80 ans. Les deux femmes vont se lier d’amitié. Reba hésite à s’engager avec Rikki, son petit ami. Ce dernier est garde frontière et remet de plus en plus souvent en cause son métier qui consiste à arrêter et expulser des sans-papiers. Cette partie m’a moins plu et le récit aurait pu s’en passer même si je comprends le message de l’auteur qui fait un parallèle entre les arrestations des juifs pendant la guerre et les expulsions des sans-papiers.

Cette histoire est en tout cas formidable et restera longtemps gravée dans ma mémoire. J’ai vraiment aimé me plonger aux côtés d’Elsie. A travers ce personnage, on passe du côté des Allemands et le lecteur constate la souffrance d’un peuple qui s’est révélé parfois courageux, rebelle. On y voit un peuple rationné, affamé, vivant dans la peur. Elsie incarne une jeunesse qui se rend peu à peu compte de l’absurdité de l’idéologie nazie et qui va lutter, à son échelle, contre.

Un goût de cannelle et d’espoir est un roman à la fois sombre et lumineux. Un petit bijou de littérature.

Les deux orphelines de Chiara Perez

 

 

 

Les deux orphelines de Chiara Perez,

Publié aux éditions Prem’Edit,

2017, 138 pages.

1793, en pleine Révolution française, les destins de deux orphelines de quinze ans se croisent et se séparent. Constance, élevée par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, s’évade de son nouvel orphelinat, qui dorénavant la recherche. Augustine, fille d’un marquis guillotiné, a échappé de peu à l’arrestation par les sans-culottes le jour où le reste de sa famille est emmené. Les adolescentes fuiront ensemble, dans une France à feu et à sang sous la Terreur…

Chiara Perez est une jeune auteur de 17 ans. Elle m’a très gentiment contactée afin que je reçoive en SP son premier roman Les deux orphelines. Merci à elle!

Je suis d’abord impressionnée par la qualité de son œuvre au vu de son âge. Je sais bien que la valeur n’attend pas le nombre des années (il n’y a qu’à voir Rimbaud!!!) mais c’est comme ça. Quand un auteur, en l’occurence jeune, parvient à écrire un roman cohérent, je suis toujours admirative.

Chiara Perez a choisi de placer son intrigue sous la révolution française. Mes cours d’histoire sont bien loin et j’ai replongé avec plaisir dans cette période de troubles: l’arrestation du roi à Varennes, les barricades, les procès contre les nobles. Son roman est bien documenté et on sent qu’elle est passionnée par son sujet. Ce que j’ai apprécié le plus dans son livre, ce sont toutes les anecdotes concernant la grande Histoire. Le fait que les français avaient l’obligation de se tutoyer, de s’appeler « citoyen, citoyenne », de porter la cocarde tricolore sous peine de dénonciation et de peine de prison. C’est vraiment bien amené et j’ai appris plein de choses.

L’intrigue en elle-même concerne la petite histoire. D’un côté, il y a Constance, orpheline placée dans une institution religieuse. Trop âgée pour y rester, elle doit se rendre à l’orphelinat des Fleurs bleues, réputé terrible. Constance décide de s’enfuir. Il faut dire que la jeune fille a du caractère et du cran. De l’autre côté, il y a Augustine, fille de noble. Son père vient de se faire guillotiner, ses frères sont à la guerre et les sans-culottes ont embarqué sa mère et sa sœur. Elle se retrouve donc seule et décide alors de fuir Paris. Le destin des deux jeunes filles vont se croiser et elles vont s’allier pour chercher une vie meilleure.

Le rythme du récit est donc assez soutenu puisque les deux jeunes filles vont d’aventure en aventure afin d’échapper à ceux qui leur veulent du mal. C’est vraiment intéressant et je n’ai eu aucun problème à m’attacher aux personnages et à suivre leur pérégrinations. La seule chose qui m’a gênée c’est qu’on passe parfois trop vite sur certaines scènes et j’ai eu une impression d’inachevé. J’aurais aimé que l’auteur prenne plus son temps pour creuser la situation des personnages, dérouler son histoire dans le temps de manière à nous immerger davantage dans son intrigue.

Les deux orphelines de Chiara Perez est un premier roman très réussi qui m’a séduite. Le style de l’auteur est à la hauteur de son intrigue. Bravo à Chiara pour cette belle réussite. Je lui souhaite de continuer sur sa lancée.

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro

 

 

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2017, 280 pages.

 

 

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Décidément, Jean-Laurent Del Socorro est un auteur qui a de la ressource et qui aime l’Histoire avec un grand h. J’avais beaucoup apprécié son premier roman qui se déroulait à Marseille, Royaume de vent et de colères. Il y mettait en scène les habitants de Marseille pendant les guerres de religion, en 1596. Avec Boudicca, l’auteur attache une fois de plus son écriture à l’Histoire. Changement total d’époque et de décor puisque le lecteur est projetée en Angleterre en l’an I après Jésus-Christ.

Le roman débute par la naissance de celle qui sera appelée Boudicca autrement dit « victoire » en celte. Elle est la fille d’un roi vieux et fatigué dont le royaume s’effrite. Boudicca va apprendre à devenir une héritière qui redonnera l’éclat à son peuple, les Icènes. On suit donc la jeune princesse tout au long de son apprentissage: manier les armes mais aussi manier le verbe grâce à l’enseignement des druides. Une tête bien faite dans un corps bien fait. Cette première partie qui marque l’initiation de Boudicca est celle qui m’a le moins plu.

Cependant, à la mort de son père, Boudicca prend le pouvoir et monte sur le trône. Elle est bien décidée à obtenir sa revanche contre l’Empire romain. L’auteur peint alors une reine fière, forte, prête à tout pour son peuple. Parfois impulsive, elle va mener la rébellion contre les envahisseurs romains.

Jean-Laurent Del Socorro nous immerge au cœur du peuple Icène avec ses mœurs et ses coutumes que je ne connaissais pas du tout et qui paraissent parfois très en avance sur notre temps. Ainsi, que Boudicca soit une femme ne change rien au regard que porte son peuple sur elle. Les relations homme-femme semblent beaucoup plus horizontales que ne le sont les nôtres. L’auteur s’est bien documenté et nous plonge au plus près des batailles, des traités et des us et coutumes icènes. C’est passionnant!

J’ai été emportée par le portrait de cette femme bien méconnue mais qui a réellement existé. Le roman est assez court et je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus. Certains lecteurs se plaignent de la fin abrupte du roman. Elle l’est, c’est vrai. Pour en avoir discuté avec l’auteur, c’est une volonté de sa part. Il souhaitait laisser au lecteur une image de Boudicca au sommet de sa gloire et c’est vrai que c’est assez chouette comme ça.

Boudicca est donc une réelle réussite tant sur le plan historique que narratif. Une fois de plus, Jean-Laurent Del Socorro connaît son sujet sur le bout des doigts et nous plonge dans un roman passionnant et immersif.