La Chute des géants de Ken Follett

 

 

 

La Chute des géants de Ken Follett,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

1048 pages, 2012.

 

En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde… De l’Europe aux Etats-Unis, du fond des mines du pays de Galles aux antichambres du pouvoir soviétique, en passant par les tranchées de la Somme, cinq familles vont se croiser, s’unir, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire. Passions contrariées, rivalités et intrigues, jeux politiques et trahisons… Billy et Ethel Williams, Lady Maud Fitzherbert, Walter von Ulrich, Gus Dewar, Grigori et Lev Pechkov vont braver les obstacles et les peurs pour s’aimer, pour survivre, pour tenter de changer le cours du monde.

Quand on se lance dans du Ken Follett, on sait quand on commence, on ne sait jamais quand on va finir. J’avais déjà tenté l’expérience avec Les Piliers de la terre. L’essai avait été concluant puisque j’avais adoré cette fresque médiéval immense. Avec La Chute des géants, je fais un bond dans le le temps puisque Ken Follett met ici en scène des personnages durant la première guerre mondiale.

Alors que dire après avoir dévoré ce pavé de 1048 pages? C’est tout simplement énorme! Ken Follett nous fait revivre de manière grandiose la grande guerre avec des personnages attachants, des intrigues politiques incroyables et une tension constante.

Ken Follett a l’art de la narration éclatée. Ce roman n’échappe pas à la règle. Il se fait fort d’inventer une myriade de personnages aux quatre coins du monde. Il y a d’abord, les personnages anglais: Billy, le fils de mineur qui va s’engager dans l’armée; Ethel, sa sœur, qui va se battre pour sa liberté et celle de toutes les femmes; Fitz, l’aristocrate, sûr de lui, séducteur, prisonnier d’un autre temps; sa sœur Maud, un peu trop moderne pour l’époque. Côté allemand, nous avons Walter, fou amoureux de Maud, partagé entre son amour et sa patrie. Il y  aussi les russes avec Lev, la crapule qui s’en sort toujours et son frère Grigori, bonne âme. Et aux États-Unis, Gus Dewar, le conseiller du président.

Tous ces personnages évoluent d’abord les uns à côté des autres jusqu’à ce qu’ils se croisent. Les uns combattront, les autres s’aimeront. La Chute des géants prend l’allure d’un roman choral qui permet de raconter la guerre de plusieurs points de vue et c’est ce qui fait la force du livre. L’auteur apporte beaucoup de nuances à travers ces différents portraits.

Chaque personnage nous fait pénétrer aussi dans son univers, sa famille, ses amis. Il y a tout le côté aristocratique incarné par Fitz et Walter. Les dîners habillés, aux chandelles, aux multiples plats et vins; les domestiques; le sentiment de supériorité. Tout cela sera balayé par la guerre et ses horreurs. On voit vraiment le monde évoluer sous la plume de l’auteur et je trouve cela vraiment fort. Les femmes prennent de plus en plus de pouvoir et de place; les mœurs évoluent et deviennent moins strictes et Fitz est bien obligé de constater que ses valeurs ont complètement changé et qu’il doit faire avec. A côté de la brillance des dîners edwardiens, on pénètre aussi dans la misère la plus dure: en Angleterre, avec les mineurs; en Russie, avec les ouvriers.

Le point de rupture entre ces deux mondes bien délimités sera la première guerre mondiale. Là aussi, l’auteur reconstitue minutieusement les faits qui ont conduit à cette catastrophe humaine. La poudrière des Balkans, le refus de se plier au droit, l’entrée en guerre de tous les belligérants. C’est véritablement brillant. Ken Follett nous fait revivre une épopée incroyable qui va bouleverser le monde. Il s’appuie sur une documentation très solide. Certains passages, très politiques, peuvent paraître difficile à lire, mais bien vite, l’auteur nous plonge dans l’univers de l’espionnage, de la guerre, de la diplomatie et c’est passionnant! Les scènes de guerre dans les tranchées sont peu nombreuses, l’auteur se concentrant davantage sur « les coulisses » mais elles apparaissent violentes et brutales, reflétant parfaitement les conditions de l’époque. 

La Chute des géants m’aura tenue en haleine de longues heures et je ne peux que recommander cette immense fresque historique et immersive qui nous fait revivre les heures les plus sombres du vingtième siècle.

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Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

 

 

Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy,

Publié aux éditions Les Escales,

2014, 409 pages.

 

 

Allemagne 1944. Naïve et innocente, Elsie traverse la guerre à l’abri de la petite boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi, loin d’être indifférent à son charme. Lors de la soirée de Noël du parti, elle échappe de peu à un viol grâce à un petit garçon juif. Seul et sans défense, il demande à la jeune fille de le cacher. Prendra-t-elle le risque ? États-Unis, de nos jours. À quatre-vingts ans, Elsie s’active toujours derrière les fourneaux de sa boulangerie. Elle rencontre Reba, une journaliste venue l’interroger sur les fêtes de Noël du passé…

J’ai enfin pris le temps de lire ce roman que j’ai dévoré en deux jours! Sarah McCoy nous raconte ici une histoire forte et émouvante, riche en rebondissements qui m’a tenu en haleine.

Elle plonge son lecteur à la fin de l’année 1944, alors que les Allemands pensent encore pouvoir gagner la guerre même si certains signes ne trompent pas. Elsie a 17 ans. Elle aide ses parents qui tiennent une petite boulangerie à Garmish. Lors d’un bal nazi, Elsie manque d’être violée par un officier allemand. Elle ne doit son salut qu’à Tobias, un enfant juif. Elle va alors le cacher dans sa chambre.

Le récit de Sarah McCoy s’articule autour de deux axes de narration. Le premier axe est celui d’Elsie, jeune allemande de 17 ans dont le monde s’écroule à la suite de la tentative de viol. Elle va s’apercevoir que le monde n’est pas aussi manichéen qu’elle le pensait. Elsie est un personnage attachant, qui a su m’émouvoir car elle a de nombreuses faiblesses. Elle cache Tobias chez elle mais ne se comporte pas pour autant comme une héroïne. Elle a constamment peur et vit dans l’angoisse d’être découverte par la Gestapo.On la suit dans son quotidien de jeune fille, aidant ses parents du mieux qu’elle le peut à la boulangerie, tentant d’échapper à son destin de femme à savoir se marier et avoir des enfants avec un officier nazi.

Ce premier récit nous offre aussi une plongée au cœur du système nazi. Grâce aux lettres d’Hazel, la sœur d’Elsie, on découvre les Lebensborn. Dans sa grande folie, Hitler a imaginé que certaines femmes pouvaient contribuer à l’érection du grand Reich en offrant leur corps comme réceptacle. Ainsi Hazel donne naissance à des enfants aryens dans des lebensborn telle une vache reproductrice pour constater qu’elle ne pourra jamais les élever et les aimer car ils seront élevés dans la tradition nazie. Les enfants handicapés et faibles sont éliminés sans état d’âme révélant l’atrocité de tout un système.

Le deuxième récit se passe de nos jours, à El Paso, au nouveau Mexique. Reba cherche à faire un reportage sur les traditions de Noël. Elle se rend dans la boulangerie allemande d’Elsie, âgée à présent de 80 ans. Les deux femmes vont se lier d’amitié. Reba hésite à s’engager avec Rikki, son petit ami. Ce dernier est garde frontière et remet de plus en plus souvent en cause son métier qui consiste à arrêter et expulser des sans-papiers. Cette partie m’a moins plu et le récit aurait pu s’en passer même si je comprends le message de l’auteur qui fait un parallèle entre les arrestations des juifs pendant la guerre et les expulsions des sans-papiers.

Cette histoire est en tout cas formidable et restera longtemps gravée dans ma mémoire. J’ai vraiment aimé me plonger aux côtés d’Elsie. A travers ce personnage, on passe du côté des Allemands et le lecteur constate la souffrance d’un peuple qui s’est révélé parfois courageux, rebelle. On y voit un peuple rationné, affamé, vivant dans la peur. Elsie incarne une jeunesse qui se rend peu à peu compte de l’absurdité de l’idéologie nazie et qui va lutter, à son échelle, contre.

Un goût de cannelle et d’espoir est un roman à la fois sombre et lumineux. Un petit bijou de littérature.

Les deux orphelines de Chiara Perez

 

 

 

Les deux orphelines de Chiara Perez,

Publié aux éditions Prem’Edit,

2017, 138 pages.

1793, en pleine Révolution française, les destins de deux orphelines de quinze ans se croisent et se séparent. Constance, élevée par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, s’évade de son nouvel orphelinat, qui dorénavant la recherche. Augustine, fille d’un marquis guillotiné, a échappé de peu à l’arrestation par les sans-culottes le jour où le reste de sa famille est emmené. Les adolescentes fuiront ensemble, dans une France à feu et à sang sous la Terreur…

Chiara Perez est une jeune auteur de 17 ans. Elle m’a très gentiment contactée afin que je reçoive en SP son premier roman Les deux orphelines. Merci à elle!

Je suis d’abord impressionnée par la qualité de son œuvre au vu de son âge. Je sais bien que la valeur n’attend pas le nombre des années (il n’y a qu’à voir Rimbaud!!!) mais c’est comme ça. Quand un auteur, en l’occurence jeune, parvient à écrire un roman cohérent, je suis toujours admirative.

Chiara Perez a choisi de placer son intrigue sous la révolution française. Mes cours d’histoire sont bien loin et j’ai replongé avec plaisir dans cette période de troubles: l’arrestation du roi à Varennes, les barricades, les procès contre les nobles. Son roman est bien documenté et on sent qu’elle est passionnée par son sujet. Ce que j’ai apprécié le plus dans son livre, ce sont toutes les anecdotes concernant la grande Histoire. Le fait que les français avaient l’obligation de se tutoyer, de s’appeler « citoyen, citoyenne », de porter la cocarde tricolore sous peine de dénonciation et de peine de prison. C’est vraiment bien amené et j’ai appris plein de choses.

L’intrigue en elle-même concerne la petite histoire. D’un côté, il y a Constance, orpheline placée dans une institution religieuse. Trop âgée pour y rester, elle doit se rendre à l’orphelinat des Fleurs bleues, réputé terrible. Constance décide de s’enfuir. Il faut dire que la jeune fille a du caractère et du cran. De l’autre côté, il y a Augustine, fille de noble. Son père vient de se faire guillotiner, ses frères sont à la guerre et les sans-culottes ont embarqué sa mère et sa sœur. Elle se retrouve donc seule et décide alors de fuir Paris. Le destin des deux jeunes filles vont se croiser et elles vont s’allier pour chercher une vie meilleure.

Le rythme du récit est donc assez soutenu puisque les deux jeunes filles vont d’aventure en aventure afin d’échapper à ceux qui leur veulent du mal. C’est vraiment intéressant et je n’ai eu aucun problème à m’attacher aux personnages et à suivre leur pérégrinations. La seule chose qui m’a gênée c’est qu’on passe parfois trop vite sur certaines scènes et j’ai eu une impression d’inachevé. J’aurais aimé que l’auteur prenne plus son temps pour creuser la situation des personnages, dérouler son histoire dans le temps de manière à nous immerger davantage dans son intrigue.

Les deux orphelines de Chiara Perez est un premier roman très réussi qui m’a séduite. Le style de l’auteur est à la hauteur de son intrigue. Bravo à Chiara pour cette belle réussite. Je lui souhaite de continuer sur sa lancée.

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro

 

 

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2017, 280 pages.

 

 

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Décidément, Jean-Laurent Del Socorro est un auteur qui a de la ressource et qui aime l’Histoire avec un grand h. J’avais beaucoup apprécié son premier roman qui se déroulait à Marseille, Royaume de vent et de colères. Il y mettait en scène les habitants de Marseille pendant les guerres de religion, en 1596. Avec Boudicca, l’auteur attache une fois de plus son écriture à l’Histoire. Changement total d’époque et de décor puisque le lecteur est projetée en Angleterre en l’an I après Jésus-Christ.

Le roman débute par la naissance de celle qui sera appelée Boudicca autrement dit « victoire » en celte. Elle est la fille d’un roi vieux et fatigué dont le royaume s’effrite. Boudicca va apprendre à devenir une héritière qui redonnera l’éclat à son peuple, les Icènes. On suit donc la jeune princesse tout au long de son apprentissage: manier les armes mais aussi manier le verbe grâce à l’enseignement des druides. Une tête bien faite dans un corps bien fait. Cette première partie qui marque l’initiation de Boudicca est celle qui m’a le moins plu.

Cependant, à la mort de son père, Boudicca prend le pouvoir et monte sur le trône. Elle est bien décidée à obtenir sa revanche contre l’Empire romain. L’auteur peint alors une reine fière, forte, prête à tout pour son peuple. Parfois impulsive, elle va mener la rébellion contre les envahisseurs romains.

Jean-Laurent Del Socorro nous immerge au cœur du peuple Icène avec ses mœurs et ses coutumes que je ne connaissais pas du tout et qui paraissent parfois très en avance sur notre temps. Ainsi, que Boudicca soit une femme ne change rien au regard que porte son peuple sur elle. Les relations homme-femme semblent beaucoup plus horizontales que ne le sont les nôtres. L’auteur s’est bien documenté et nous plonge au plus près des batailles, des traités et des us et coutumes icènes. C’est passionnant!

J’ai été emportée par le portrait de cette femme bien méconnue mais qui a réellement existé. Le roman est assez court et je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus. Certains lecteurs se plaignent de la fin abrupte du roman. Elle l’est, c’est vrai. Pour en avoir discuté avec l’auteur, c’est une volonté de sa part. Il souhaitait laisser au lecteur une image de Boudicca au sommet de sa gloire et c’est vrai que c’est assez chouette comme ça.

Boudicca est donc une réelle réussite tant sur le plan historique que narratif. Une fois de plus, Jean-Laurent Del Socorro connaît son sujet sur le bout des doigts et nous plonge dans un roman passionnant et immersif.

 

Les piliers de la terre de Ken Follett

 

Les Piliers de la terre de Ken Follett,

Publié au Livre de Poche,

1056 pages, 2014.

 

 

Dans l’Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Les Piliers de la terre fait à présent (je crois) partie des classiques de la littérature. Thème de mon book club du mois de décembre, je me suis lancée avec appréhension et envie dans cet énorme pavé de plus de 1000 pages. Au bout de trois semaines de lecture intense, j’ai enfin achevé ce roman immense et magnifique.

Sans aller jusqu’au coup de cœur, j’ai énormément apprécié ma lecture que j’ai trouvé dense, fascinante et captivante. Ken Follett a le don de raconter des histoires et de nous embarquer au Moyen-âge en plein XIIème siècle de manière intense et immersive.

Les 100 premières pages du roman sont un peu ardues car l’auteur place ses pions. On suit en parallèle trois histoires: il y a d’abord Tom le bâtisseur dont le rêve est de construire une cathédrale. A bout de souffle, affamé, flanqué de sa femme et de ses deux enfants, il erre de ville en ville dans une Angleterre où aucun avenir ne semble s’ouvrir à lui. Il y a ensuite Philipp, simple moine, qui devient prieur de Kingsbridge, un petite communauté qu’il va entretenir et dynamiser pour en faire un haut lieu religieux. Il y a enfin Aliena, chassée de ses terres par le terrible William Hamleigh. Avec son frère Richard, ils sont destitués de leur titre de comte et doivent tout reconstruire de leurs mains comme de simples paysans.

Ces trois histoires vont toutes converger à Kingsbridge. Finalement, Ken Follett construit un roman basé sur le caractère tripartite de la société féodale: le clergé incarné par Philipp; la noblesse représentée par Aliena; le peuple dont Tom le bâtisseur est issu.

Les trois histoires sont passionnantes. On suit les ascensions de Philipp, un homme bon, généreux et pieu qui tente de redresser son prieuré par tous les moyens en louvoyant à travers les manigances politiques. C’est le personnage le plus incarné à mon sens. Il cherche à élever Kingsbridge au rang de cité mais il est souvent confronté au doute. Tom le bâtisseur incarne une autre facette du roman. Son histoire va courir sur plusieurs générations. Il a le rêve fou de construire une cathédrale, rêve qui sera perpétué par Jack son beau-fils. Avec Tom, Ken Follett nous plonge au cœur d’une fresque familiale intense et riche. Il y a enfin Aliena qui va subir les pires tourments: dépossédée de son titre, de ses terres, humiliée par William Hamleigh, elle va tenter de se reconstruire et va chercher à se venger du mal qu’on lui a fait.

Ken Follett parvient à concentrer toutes les émotions dans son livre. Il aborde tous les sujets: le religion, le sexe, la violence. Son roman reflète bien la société médiévale du XIIème siècle. Ses références historiques sont fouillées et détaillées. Il sait donner du souffle à l’histoire en l’incarnant à travers des personnages emblématiques et puissants.

Les Piliers de la Terre est un roman immense et passionnant. Ken Follett parvient à peindre un monde réaliste en plongeant son lecteur au cœur de la société médiévale anglaise. Avec ce roman historique, Ken Follett livre un récit intense, épique et d’une grande richesse.

La vénitienne des Pénitents blancs de Jean-Luc Fabre

 

 

La vénitienne des pénitents blancs de Jean-Luc Fabre,

2017, 342 pages,

Publié aux éditions Privat.

 

Montpellier, janvier 1709. La cité renaît de ses cendres après un siècle de guerres de Religion. Espérance, que son défunt père a placée sous la protection de Magnol, directeur du Jardin des plantes, pénètre dans une ville paralysée par un hiver de glace. Avec François de Lapeyronie, chirurgien réputé de la ville, ils vont chercher à élucider le meurtre d’une femme dont le corps a été retrouvé dans la chapelle des Pénitents blancs.
Au fil de l’enquête, Magnol et ses amis de la Société royale des sciences découvrent les agissements des envoyés de Venise : du fond des ateliers de potiers des quais du Merdanson ou autour du Jardin royal des plantes, ils convoitent la recette d’un remède universel se vendant à prix d’or, la thériaque. Leur but ? Redorer le blason d’une puissance vénitienne qui ne tolère plus de se voir supplanter par sa rivale méditerranéenne.
Tous les moyens semblent bons pour s’en emparer…

Merci aux éditions Privat pour l’envoi de ce roman. Le polar historique n’est pas vraiment un genre que j’apprécie plus que ça d’habitude mais avec La vénitienne des pénitents blancs, je dois reconnaître que j’ai été bien embarquée et que l’auteur a su me convaincre d’adhérer à son intrigue.

C’est avant tout l’atmosphère du roman qui m’a plu. Jean-Luc Fabre situe son action à Montpellier en 1709. Jusque-là rien de bien extraordinaire si ce n’est le temps. Un hiver glacial, tel qu’on en a jamais vu, s’est abattu sur la cité. Le froid est si intense qu’on ne peut même pas enterrer les morts décemment. C’est malheureusement ce qui va arriver à Espérance. Elle perd son père, médecin de surcroît, qui dans son dernier souffle la confie à son collègue Magnol, botaniste de renom. La jeune femme abandonne le cadavre de son père, impossible à inhumer, pour se perdre dans les rues glaciales, enneigées de Montpellier. Elle va y croiser des pauvres bougres qui y cherchent avec désespoir un abri, un quignon de pain ou même un peu d’eau alors que les fleuves sont eux-mêmes gelés. Bref, avec cette entrée en matière, l’auteur du roman nous plonge dans un polar froid, glacial. On imagine sans peine la glace, le gel s’insinuant sous les vêtements de la pauvre Espérance. Croyez-bien que du fond de mon lit, j’étais heureuse d’être au chaud!

L’auteur nous plonge ensuite dans un monde de scientifiques à la pointe en ce début de 18ème siècle. Espérance va être amenée à côtoyer Magnol, botaniste de renom qui va l’accueillir comme sa fille et lui imaginer un avenir dont elle ne rêvait pas. Il la confie à Lapeyronie, chirurgien reconnu. Jean-Luc Fabre s’est inspiré de personnages réels et nous raconte ici une cité montpelliéraine qui fait la part belle aux sciences au point de supplanter Paris. Magnol et Lapeyronie vont s’allier pour enquêter. En effet, Magnol découvre un cadavre gisant dans une église. Nous baladant de tables de dissection en jardins botaniques, Jean-Luc Fabre mène bien sa barque. A travers une intrigue qui semble opposer les marchands vénitiens aux marchands montpelliérains, il nous laisse entrevoir la vie telle qu’elle pouvait être vécue à cette époque-là.Certains passages m’ont d’ailleurs (presque) effrayée tant ils sont criants de vérité: les passages mettant en scène la procédure de la question et ceux sur l’exécution sont impressionnants!

La seule chose qui m’aura manqué dans ce polar sera finalement le dénouement de l’intrigue. Il arrive trop brusquement pour moi et j’aurais aimé qu’il soit un plus emmêlé et compliqué!

La vénitienne des pénitents blancs est un polar historique qui se savoure un bon thé à la main et un plaid sur les épaules histoire d’affronter le vent glacial de Montpellier. Un roman idéal pour cet hiver!

La promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen

 

La Promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 464 pages.

L’impossible et sublime histoire d’amour d’une anglaise, fille de médecin, et d’un jeune domestique indien dans les splendeurs des palais des Maharajas. Quand Sophie revient en Inde, dix ans après son départ, c’est au bras de Lucien. Elle a accepté d’épouser cet ambitieux diplomate qu’elle connaît à peine, mais n’a rien oublié du pays de son enfance, ni de son premier amour… En elle vibre l’espoir de guérir enfin des blessures du passé. Mais à quel prix ?

Attention! Coup de cœur pour ce roman des éditions Presses de la Cité. J’ai été emportée et profondément émue par cette histoire d’amour racontée avec grâce.

Alison McQueen plonge son lecteur au cœur de l’Inde, en 1948. Sophie, jeune anglaise, accompagne ses parents auprès d’un puissant maharadja. Mais la jeune fille de 17 ans s’ennuie. Elle fait alors la connaissance de Jag, un valet indien. Tout semble opposer les deux jeunes gens, pourtant, ils tombent amoureux et deviennent amants. Lorsque l’on découvre leur idylle, ils sont séparés. Jag et Sophie n’auront alors de cesse de penser l’un à l’autre.

L’histoire d’amour entre ces deux personnages m’a vraiment plu. Je ne suis pourtant pas fleur bleue mais j’ai trouvé que l’auteur décrivait cette passion amoureuse avec beaucoup de pudeur. Sophie et Jag ont un coup de foudre et leur couple devient l’un de ces couples mythiques que tout oppose. Elle est anglaise et blanche; il est indien et musulman. Dans un cas comme dans l’autre, les familles ne veulent pas de cette union dévoyée. Pourtant, l’auteur parvient à nous restituer toute la pureté de leurs sentiments. C’est tout simplement magnifique.

L’intrigue nous plonge également au cœur de l’Inde. Elle parvient à nous faire voyager à travers les descriptions des palais et des paysages tous plus beaux les uns que les autres. L’auteur a placé sa petite histoire au cœur de la grande puisqu’en arrière fond, elle nous fait vivre les événements dramatiques qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de l’Inde. Musulmans et hindous sont tout d’un coup divisés et séparés sur leur propre territoire alors que le Pakistan émerge. Les massacres, les viols, les enlèvements et les exils forcés ponctuent ce récit et donnent une couleur plus intense à l’intrigue. Cette description de la séparation entre les peuples répond en écho à celle entre Jag et Sophie.

Les chapitres alternent avec intelligence entre ceux consacrés à Sophie adolescente en 1948 et ceux consacrés à Sophie dix ans plus tard, en 1958. J’ai adoré cette construction qui permet de savoir ce qu’est devenue l’héroïne après sa rupture forcée avec Jag. Ces dix ans d’intervalle ajoute du suspens et tient en haleine le lecteur!

La fin du roman m’a profondément émue. Je me suis surprise à verser quelques larmes pour Sophie. Je ne peux que vous recommander ce livre bouleversant qui oscille entre histoire d’amour et roman historique. Les personnages bien campés nous font vivre des émotions intenses et le couple Jag/sophie restera longtemps dans ma mémoire! Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Anne pour cette magnifique découverte!