Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro

 

 

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2017, 280 pages.

 

 

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Décidément, Jean-Laurent Del Socorro est un auteur qui a de la ressource et qui aime l’Histoire avec un grand h. J’avais beaucoup apprécié son premier roman qui se déroulait à Marseille, Royaume de vent et de colères. Il y mettait en scène les habitants de Marseille pendant les guerres de religion, en 1596. Avec Boudicca, l’auteur attache une fois de plus son écriture à l’Histoire. Changement total d’époque et de décor puisque le lecteur est projetée en Angleterre en l’an I après Jésus-Christ.

Le roman débute par la naissance de celle qui sera appelée Boudicca autrement dit « victoire » en celte. Elle est la fille d’un roi vieux et fatigué dont le royaume s’effrite. Boudicca va apprendre à devenir une héritière qui redonnera l’éclat à son peuple, les Icènes. On suit donc la jeune princesse tout au long de son apprentissage: manier les armes mais aussi manier le verbe grâce à l’enseignement des druides. Une tête bien faite dans un corps bien fait. Cette première partie qui marque l’initiation de Boudicca est celle qui m’a le moins plu.

Cependant, à la mort de son père, Boudicca prend le pouvoir et monte sur le trône. Elle est bien décidée à obtenir sa revanche contre l’Empire romain. L’auteur peint alors une reine fière, forte, prête à tout pour son peuple. Parfois impulsive, elle va mener la rébellion contre les envahisseurs romains.

Jean-Laurent Del Socorro nous immerge au cœur du peuple Icène avec ses mœurs et ses coutumes que je ne connaissais pas du tout et qui paraissent parfois très en avance sur notre temps. Ainsi, que Boudicca soit une femme ne change rien au regard que porte son peuple sur elle. Les relations homme-femme semblent beaucoup plus horizontales que ne le sont les nôtres. L’auteur s’est bien documenté et nous plonge au plus près des batailles, des traités et des us et coutumes icènes. C’est passionnant!

J’ai été emportée par le portrait de cette femme bien méconnue mais qui a réellement existé. Le roman est assez court et je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus. Certains lecteurs se plaignent de la fin abrupte du roman. Elle l’est, c’est vrai. Pour en avoir discuté avec l’auteur, c’est une volonté de sa part. Il souhaitait laisser au lecteur une image de Boudicca au sommet de sa gloire et c’est vrai que c’est assez chouette comme ça.

Boudicca est donc une réelle réussite tant sur le plan historique que narratif. Une fois de plus, Jean-Laurent Del Socorro connaît son sujet sur le bout des doigts et nous plonge dans un roman passionnant et immersif.

 

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Les piliers de la terre de Ken Follett

 

Les Piliers de la terre de Ken Follett,

Publié au Livre de Poche,

1056 pages, 2014.

 

 

Dans l’Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Les Piliers de la terre fait à présent (je crois) partie des classiques de la littérature. Thème de mon book club du mois de décembre, je me suis lancée avec appréhension et envie dans cet énorme pavé de plus de 1000 pages. Au bout de trois semaines de lecture intense, j’ai enfin achevé ce roman immense et magnifique.

Sans aller jusqu’au coup de cœur, j’ai énormément apprécié ma lecture que j’ai trouvé dense, fascinante et captivante. Ken Follett a le don de raconter des histoires et de nous embarquer au Moyen-âge en plein XIIème siècle de manière intense et immersive.

Les 100 premières pages du roman sont un peu ardues car l’auteur place ses pions. On suit en parallèle trois histoires: il y a d’abord Tom le bâtisseur dont le rêve est de construire une cathédrale. A bout de souffle, affamé, flanqué de sa femme et de ses deux enfants, il erre de ville en ville dans une Angleterre où aucun avenir ne semble s’ouvrir à lui. Il y a ensuite Philipp, simple moine, qui devient prieur de Kingsbridge, un petite communauté qu’il va entretenir et dynamiser pour en faire un haut lieu religieux. Il y a enfin Aliena, chassée de ses terres par le terrible William Hamleigh. Avec son frère Richard, ils sont destitués de leur titre de comte et doivent tout reconstruire de leurs mains comme de simples paysans.

Ces trois histoires vont toutes converger à Kingsbridge. Finalement, Ken Follett construit un roman basé sur le caractère tripartite de la société féodale: le clergé incarné par Philipp; la noblesse représentée par Aliena; le peuple dont Tom le bâtisseur est issu.

Les trois histoires sont passionnantes. On suit les ascensions de Philipp, un homme bon, généreux et pieu qui tente de redresser son prieuré par tous les moyens en louvoyant à travers les manigances politiques. C’est le personnage le plus incarné à mon sens. Il cherche à élever Kingsbridge au rang de cité mais il est souvent confronté au doute. Tom le bâtisseur incarne une autre facette du roman. Son histoire va courir sur plusieurs générations. Il a le rêve fou de construire une cathédrale, rêve qui sera perpétué par Jack son beau-fils. Avec Tom, Ken Follett nous plonge au cœur d’une fresque familiale intense et riche. Il y a enfin Aliena qui va subir les pires tourments: dépossédée de son titre, de ses terres, humiliée par William Hamleigh, elle va tenter de se reconstruire et va chercher à se venger du mal qu’on lui a fait.

Ken Follett parvient à concentrer toutes les émotions dans son livre. Il aborde tous les sujets: le religion, le sexe, la violence. Son roman reflète bien la société médiévale du XIIème siècle. Ses références historiques sont fouillées et détaillées. Il sait donner du souffle à l’histoire en l’incarnant à travers des personnages emblématiques et puissants.

Les Piliers de la Terre est un roman immense et passionnant. Ken Follett parvient à peindre un monde réaliste en plongeant son lecteur au cœur de la société médiévale anglaise. Avec ce roman historique, Ken Follett livre un récit intense, épique et d’une grande richesse.

La vénitienne des Pénitents blancs de Jean-Luc Fabre

 

 

La vénitienne des pénitents blancs de Jean-Luc Fabre,

2017, 342 pages,

Publié aux éditions Privat.

 

Montpellier, janvier 1709. La cité renaît de ses cendres après un siècle de guerres de Religion. Espérance, que son défunt père a placée sous la protection de Magnol, directeur du Jardin des plantes, pénètre dans une ville paralysée par un hiver de glace. Avec François de Lapeyronie, chirurgien réputé de la ville, ils vont chercher à élucider le meurtre d’une femme dont le corps a été retrouvé dans la chapelle des Pénitents blancs.
Au fil de l’enquête, Magnol et ses amis de la Société royale des sciences découvrent les agissements des envoyés de Venise : du fond des ateliers de potiers des quais du Merdanson ou autour du Jardin royal des plantes, ils convoitent la recette d’un remède universel se vendant à prix d’or, la thériaque. Leur but ? Redorer le blason d’une puissance vénitienne qui ne tolère plus de se voir supplanter par sa rivale méditerranéenne.
Tous les moyens semblent bons pour s’en emparer…

Merci aux éditions Privat pour l’envoi de ce roman. Le polar historique n’est pas vraiment un genre que j’apprécie plus que ça d’habitude mais avec La vénitienne des pénitents blancs, je dois reconnaître que j’ai été bien embarquée et que l’auteur a su me convaincre d’adhérer à son intrigue.

C’est avant tout l’atmosphère du roman qui m’a plu. Jean-Luc Fabre situe son action à Montpellier en 1709. Jusque-là rien de bien extraordinaire si ce n’est le temps. Un hiver glacial, tel qu’on en a jamais vu, s’est abattu sur la cité. Le froid est si intense qu’on ne peut même pas enterrer les morts décemment. C’est malheureusement ce qui va arriver à Espérance. Elle perd son père, médecin de surcroît, qui dans son dernier souffle la confie à son collègue Magnol, botaniste de renom. La jeune femme abandonne le cadavre de son père, impossible à inhumer, pour se perdre dans les rues glaciales, enneigées de Montpellier. Elle va y croiser des pauvres bougres qui y cherchent avec désespoir un abri, un quignon de pain ou même un peu d’eau alors que les fleuves sont eux-mêmes gelés. Bref, avec cette entrée en matière, l’auteur du roman nous plonge dans un polar froid, glacial. On imagine sans peine la glace, le gel s’insinuant sous les vêtements de la pauvre Espérance. Croyez-bien que du fond de mon lit, j’étais heureuse d’être au chaud!

L’auteur nous plonge ensuite dans un monde de scientifiques à la pointe en ce début de 18ème siècle. Espérance va être amenée à côtoyer Magnol, botaniste de renom qui va l’accueillir comme sa fille et lui imaginer un avenir dont elle ne rêvait pas. Il la confie à Lapeyronie, chirurgien reconnu. Jean-Luc Fabre s’est inspiré de personnages réels et nous raconte ici une cité montpelliéraine qui fait la part belle aux sciences au point de supplanter Paris. Magnol et Lapeyronie vont s’allier pour enquêter. En effet, Magnol découvre un cadavre gisant dans une église. Nous baladant de tables de dissection en jardins botaniques, Jean-Luc Fabre mène bien sa barque. A travers une intrigue qui semble opposer les marchands vénitiens aux marchands montpelliérains, il nous laisse entrevoir la vie telle qu’elle pouvait être vécue à cette époque-là.Certains passages m’ont d’ailleurs (presque) effrayée tant ils sont criants de vérité: les passages mettant en scène la procédure de la question et ceux sur l’exécution sont impressionnants!

La seule chose qui m’aura manqué dans ce polar sera finalement le dénouement de l’intrigue. Il arrive trop brusquement pour moi et j’aurais aimé qu’il soit un plus emmêlé et compliqué!

La vénitienne des pénitents blancs est un polar historique qui se savoure un bon thé à la main et un plaid sur les épaules histoire d’affronter le vent glacial de Montpellier. Un roman idéal pour cet hiver!

La promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen

 

La Promesse d’un ciel étoilé d’Alison McQueen,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 464 pages.

L’impossible et sublime histoire d’amour d’une anglaise, fille de médecin, et d’un jeune domestique indien dans les splendeurs des palais des Maharajas. Quand Sophie revient en Inde, dix ans après son départ, c’est au bras de Lucien. Elle a accepté d’épouser cet ambitieux diplomate qu’elle connaît à peine, mais n’a rien oublié du pays de son enfance, ni de son premier amour… En elle vibre l’espoir de guérir enfin des blessures du passé. Mais à quel prix ?

Attention! Coup de cœur pour ce roman des éditions Presses de la Cité. J’ai été emportée et profondément émue par cette histoire d’amour racontée avec grâce.

Alison McQueen plonge son lecteur au cœur de l’Inde, en 1948. Sophie, jeune anglaise, accompagne ses parents auprès d’un puissant maharadja. Mais la jeune fille de 17 ans s’ennuie. Elle fait alors la connaissance de Jag, un valet indien. Tout semble opposer les deux jeunes gens, pourtant, ils tombent amoureux et deviennent amants. Lorsque l’on découvre leur idylle, ils sont séparés. Jag et Sophie n’auront alors de cesse de penser l’un à l’autre.

L’histoire d’amour entre ces deux personnages m’a vraiment plu. Je ne suis pourtant pas fleur bleue mais j’ai trouvé que l’auteur décrivait cette passion amoureuse avec beaucoup de pudeur. Sophie et Jag ont un coup de foudre et leur couple devient l’un de ces couples mythiques que tout oppose. Elle est anglaise et blanche; il est indien et musulman. Dans un cas comme dans l’autre, les familles ne veulent pas de cette union dévoyée. Pourtant, l’auteur parvient à nous restituer toute la pureté de leurs sentiments. C’est tout simplement magnifique.

L’intrigue nous plonge également au cœur de l’Inde. Elle parvient à nous faire voyager à travers les descriptions des palais et des paysages tous plus beaux les uns que les autres. L’auteur a placé sa petite histoire au cœur de la grande puisqu’en arrière fond, elle nous fait vivre les événements dramatiques qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de l’Inde. Musulmans et hindous sont tout d’un coup divisés et séparés sur leur propre territoire alors que le Pakistan émerge. Les massacres, les viols, les enlèvements et les exils forcés ponctuent ce récit et donnent une couleur plus intense à l’intrigue. Cette description de la séparation entre les peuples répond en écho à celle entre Jag et Sophie.

Les chapitres alternent avec intelligence entre ceux consacrés à Sophie adolescente en 1948 et ceux consacrés à Sophie dix ans plus tard, en 1958. J’ai adoré cette construction qui permet de savoir ce qu’est devenue l’héroïne après sa rupture forcée avec Jag. Ces dix ans d’intervalle ajoute du suspens et tient en haleine le lecteur!

La fin du roman m’a profondément émue. Je me suis surprise à verser quelques larmes pour Sophie. Je ne peux que vous recommander ce livre bouleversant qui oscille entre histoire d’amour et roman historique. Les personnages bien campés nous font vivre des émotions intenses et le couple Jag/sophie restera longtemps dans ma mémoire! Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Anne pour cette magnifique découverte!

La Dame des deux terres de Wendy Wallace

 

La Dame des deux fleuves de Wendy Wallace,

Publié aux Presses de la Cité,

2016, 384 pages.

 

 

 

 

 

Passionnée d’égyptologie, souffrant d’un asthme sévère, la jeune Harriet persuade sa mère de quitter Londres pour le soleil de l’Afrique. Sur le bateau qui les mène à Alexandrie, elles font la connaissance d’un peintre très séduisant. Confrontée aux douleurs du passé et aux dangers de la vie égyptienne, la jeune femme entame un voyage intense et bouleversant.

Encore une fois, merci aux éditions Presses de la Cité qui m’ont laissé choisir ce titre dans leur catalogue. Je ne me suis pas trompée en lisant ce roman qui m’a vraiment ravie et m’a emportée loin sur les rives du Nil.

Tout commence en Angleterre, à Londres précisément, vers la fin du 19 ème siècle. Harriet est une jeune femme de 23 ans ou plutôt déjà une vieille fille. Asthmatique, elle n’est jamais vraiment sortie de chez elle, couvée et protégée par sa mère Louisa, dans leur maison londonienne. Mais si Harriet n’est jamais allée à l’école, elle n’en demeure pas moins intelligente. Autodidacte, elle nourrit une passion pour l’Égypte et griffonne des hiéroglyphes dans un carnet secret.

Alors que son mal empire, elle convainc sa mère d’effectuer un voyage en Égypte afin de bénéficier du climat chaud et sec.  C’est ainsi qu’accompagnée de sa mère et de sa tante bigote Yael, qu’Harriet embarque sur un navire à destination du Caire. Sur le bateau, Harriet fait la connaissance de Mme Cox puis du mystérieux peintre Eyre Soane. Ce dernier semble particulièrement bien connaître sa mère, Louisa, dont le passé trouble les lie. Bientôt Eyre Soane songe à une terrible vengeance dont l’instrument sera la pauvre Harriet.

A travers ce roman, Wendy Wallace noue les intrigues et joue sur plusieurs tableaux. C’est ce que j’ai particulièrement aimé. Son roman est d’abord un roman d’apprentissage. En effet, Harriet va découvrir le monde aux côtés de sa mère et de sa tante. Avec l’apparition de Mme Cox puis d’Eyre Soane, elle va se confronter à des sentiments qu’elle n’a jamais ressentis et enfin ouvrir les yeux sur le vrai monde. Un peu plus tard, lorsqu’elle rencontrera le professeur Woolfe, elle tentera de se réaliser en tant qu’individu et de penser pour une fois à la vie plutôt qu’à la mort.

La Dame des deux terres est aussi un roman plus sombre sur l’histoire trouble d’une femme, Louisa, qui tente de cacher son passé. Le lecteur, par de savants retours en arrière, prend connaissance de l’adolescence de Louisa. Si je me suis doutée rapidement des conséquences de ses actes passés, j’ai aimé voir comment ce personnage, lisse en apparence, se confrontait à son passé et tentait de survivre. L’intrigue se complique avec Eyre Soane, un garçon détestable au possible, qui aime jouer avec les autres et qui n’hésitera pas à faire de Harriet son jouet de prédilection. La relation entre les deux jeunes gens est particulièrement malsaine et en tant que lectrice, j’avais vraiment l’impression de voir jouer un chat avec une innocente souris.

Enfin, ce roman est un roman d’aventures, de voyage. On part d’un Londres embrumé par le fog, poisseux, irrespirable pour accéder au Caire brûlant, étouffant mais tellement chatoyant. L’auteur nous invite au voyage à travers tous les sens. Un peu plus tard, c’est l’Égypte mythique qui s’offre à nous à travers les temples, les tombeaux mis à jour et les pyramides. C’est aussi un roman qui se veut historique en retraçant la découverte par mais surtout l’exploitation des sites archéologiques par les Européens suivie de toutes les dérives qui vont avec en témoigne ce charmant couple d’anglais qui grave ses initiales sur la statue d’un monarque égyptien!!

La Dame des deux terres est un roman aux multiples facettes naviguant entre le roman historique, le récit d’apprentissage et l’intrigue familiale. Les moments sombres succèdent aux moments plus chatoyants et colorés reflétant la vie dans ce qu’elle a de plus complexe finalement. L’auteur nous entraîne sans cesse dans une nouvelle direction pour le plus grand bonheur du lecteur!

Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent Del Socorro

 

Royaume de vent et de colères par Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2015, 288 pages.

 

 

 

 

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

C’est au mois d’octobre dernier que j’ai rencontré Jean-Laurent Del Socorro au salon du livre imaginaire de Fuveau. Nous avions beaucoup discuté de son premier roman ayant pour toile de fond historique Marseille et les guerres de religion. J’avais repéré ce titre des éditions Actu SF sur Internet et les critiques que j’avais lu étaient fort élogieuses. C’est donc une bonne pioche pour moi avec cette lecture qui m’a embarquée dès les premières pages.

En effet, Jean-Laurent Del Socorro nous offre ici un premier roman brillant, parfaitement maîtrisé et abouti qui emporte son lecteur dès le premier chapitre, c’est dire! Cette gageure revient au fait d’avoir écrit des chapitres très courts qui alternent entre les différents points de vue des personnages. Ainsi le lecteur a une vue d’ensemble de la situation avec des personnages forts et tous très intéressants. En lisant ces chapitres on s’attache très vite à Victoire, cette vieille femme à la tête d’une guilde redoutable mais aussi Axelle, ancienne mercenaire ou encore Silas, soldat turc à la répartie cinglante. L’auteur nous peint des personnages profonds, torturés qui recèlent tous une part de mystère. Grâce aux chapitres, on en apprend beaucoup sur leur passé et c’est littéralement passionnant.

L’ambiance du roman y est aussi pour beaucoup. L’intrigue se déroule à Marseille alors que les guerres de religion font rage en France. L’auteur laisse déambuler ses personnages dans les ruelles sombres et foisonnantes de vie du panier ou encore du vieux port. Le vent est un élément très important. En effet, le mistral qui souffle sur Marseille est un élément à part entière qui prend une dimension mythique apportant bonnes ou mauvaises nouvelles.

Enfin, l’intrigue est passionnante elle aussi. L’auteur a pris comme toile de fond le massacre des protestants par les catholiques. Henri IV tente d’imposer sa royauté tandis que Marseille résiste. Dans l’ombre, une guilde étrange tue et frappe selon le bon vouloir du noble qui paiera le plus. Les intrigues politiques sont bien menées et ne viennent pas gâcher le plaisir du lecteur qui découvre surtout avec délice les intrigues personnelles des personnages. L’auteur a ajouté aussi une pointe de magie qui vient ajouter à l’ensemble un effet mystérieux et qui apporte beaucoup au roman.

Vous l’aurez compris, Royaume de vent et de colères est un sans faute pour moi! J’ai adoré l’ambiance du roman mais surtout les personnages dépeints par l’auteur. Un vrai moment de grâce livresque!

Morituri te salutant de Danila Comastri Montanari

   Morituri te salutant de Danila Comastri Montanari,

   Éditions 10/18, collection « Grands détectives »,

   2004, 283 pages,

   Pour l’acheter: Morituri te salutant

 

 

 

 

 

A Rome, en 45 après J.-C., le gladiateur Chélidon, champion de l’arène, s’effondre au beau milieu d’un combat, victime d’une mort inexplicable. L’affaire menace le fragile équilibre du pouvoir car la plèbe gronde et soupçonne les jeux d’être truqués. L’empereur Claude charge alors le sénateur Publius Aurélius Statius de l’enquête tandis qu’en coulisses les crimes de gladiateurs se multiplient. Sur son chemin, il trouve la sulfureuse Nisa, reine des nuits romaines et célèbre actrice de pantomime. Du sable de l’arène aux ors du pouvoir, il n’y a qu’un pas qu’Aurélius devra franchir à ses risques et périls.

C’est grâce à Troczone que j’ai reçu ce livre d’occasion. Il dormait dans ma PAL depuis un petit moment. J’avais envie d’un roman historique, c’était donc l’occasion rêvée. Morituri te salutant est le deuxième tome d’une saga consacrée au personnage Aurélius Publius. Chaque roman peut se lire de manière indépendante car il contient à chaque fois une intrigue développée en entier. J’avais lu le premier tome de la saga intitulé Cave Canem. Je l’avais emprunté à l’époque à une amie et j’avais plutôt aimé ma lecture.

Dans ce deuxième tome, nous retrouvons donc Aurélius Publius, patricien respecté et populaire à Rome. Lors de jeux de gladiateurs, il assiste à la mort de l’un d’eux, Chélidon. Rien de bien extraordinaire si ce n’est que Chélidon semble avoir succombé à un empoisonnement. Claude, l’empereur, confie à Aurélius la mission d’enquêter sur ce meurtre.

La mission ne semble pas facile. Aurélius doit d’abord enquêter dans le milieu très fermé des gladiateurs. La loi du silence semble régner mais les langues se délient peu à peu. Aurélius constate que Chélidon était aussi craint que jalousé. Le patricien devra également s’introduire dans la sphère du théâtre de mime puisqu’il croisera la route de la belle et mystérieuse Nisa. Pour arriver à mener sa tâche à bien, il pourra compter sur son fidèle affranchi Castor, aussi débrouillard que filou. 

J’avoue tout de suite que l’intrigue du roman n’est pas passionnante. Ce n’est pas, en tout cas, ce qui a retenu mon attention. On s’apercevra d’ailleurs bien vite qu’elle est assez « basique »: les coupables ne resteront pas longtemps impunis. L’intrigue a même plutôt tendance à embrouiller le lecteur. Il faut suivre Aurélius dans son enquête et retenir tous les noms et surnoms des personnages. Pas facile de s’y retrouver!

Ce qui sauve le roman selon moi, c’est avant tout le développement historique fouillé et précis. L’auteur est historienne. Elle maîtrise parfaitement son sujet et cela se voit. J’ai adoré la mise en scène de la vie à Rome sous l’Empire. Certes, j’ai fait du latin pendant très longtemps. J’ai une petite culture romaine et grecque ce qui m’a facilité la tâche. En effet, pas évident pour un néophyte de s’y retrouver dans les noms latins laissés tels quels dans le roman, de comprendre les mœurs et coutumes des romains à l’époque comme le système de la sportula. Bien heureusement, l’auteur a glissé à la fin du roman tout un lexique et « une visite guidée » de la vie à Rome sous l’Empire.

Pour ma part, cette lecture a permis de réactiver mes connaissances sur la vie des romains et c’est peut être ce qui m’a le plus plu au fond. J’ai découvert également la vie des gladiateurs côtés coulisses: entraînements, repas, rivalités. Tout est très bien rapporté et détaillé.

Morituri te salutant est donc une lecture que je conseillerais aux lecteurs qui possèdent déjà quelques notions en matière d’histoire de la vie romaine ou à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans une lecture un peu plus « culturelle ». Dans le même registre, j’avais adoré les romans de Cristina Rodriguez qui pour le coup sont plus accessibles et dont les intrigues sont plus intéressantes en termes de rebondissements.

Morituri te salutant m’a au moins fait passer un bon moment et m’a permis une fois de plus de m’enrichir sur le plan culturel.

Au fait, le titre Morituri te salutant signifie en latin « ceux qui vont mourir te saluent » et fait bien sûr référence aux gladiateurs entrant dans l’arène pour saluer l’empereur!