Retour à Watersbridge

 

 

 

Retour à Watersbridge de James Scott,

Publié aux éditions Points,

2016, 448 pages.

 

1897. Une sage-femme regagne sa ferme dans le nord de l’Etat de New York, où l’attendent les corps ensanglantés de son mari et de ses enfants gisant dans la neige. Tous, sauf un : Caleb, 12 ans, qui s’était réfugié dans la grange et a tout vu. Mère et fils s’élancent dans une contrée hostile et glacée à la poursuite des trois tueurs aux foulards rouges.

Retour à Watersbridge est le genre de roman qui vous marque dans votre vie de lecteur. James Scott dépeint ici une Amérique sombre, noire, sauvage telle que je me l’imagine en tout cas. Tout se règle à coup de gâchette dans cet univers qui n’a pas tout à fait tourner la page des cow-boys.

Elspeth est sage-femme. Elle part parfois des mois loin de sa famille qui vit dans une maison reculée au fin fond de l’État de New-York, le premier village étant à six heures de marche. Alors qu’elle rentre d’une de ses tournées, elle retrouve sa famille massacrée par trois mystérieux hommes aux foulards rouges. Un seul de ses enfants a survécu: Caleb, douze ans. Le fils et la mère vont alors s’unir pour faire justice eux-mêmes.

La scène inaugurale de ce roman est incroyable. On ressent dès les premières pages que quelque chose cloche. Et puis, en même temps qu’Elspeth, on découvre le massacre d’une famille. Et bientôt, la vengeance sourd dans les veines de Caleb et de sa mère. On devine aussi que les liens unissant Elspeth à sa famille sont spéciaux. On découvrira rapidement dans quelles circonstances elle a eu ses enfants, comment elle a rencontré Jora, son mari. Un mari bien étrange d’ailleurs qui répond par sentences religieuses. En effet, dans cet univers rude et sombre, la religion pèse comme un couvercle et régit encore les vies au quotidien.

Quand Caleb et sa mère se lancent à la poursuite des assassins, il n’y a pas de course-poursuite effrénée ici, cheval au galop mais un retour à Watersbridge, la ville natale de Caleb. Pour y parvenir, Caleb et sa mère devront d’abord affronter la nature sauvage, rude, sans pitié. C’est l’hiver: il neige. Il faut se frayer un chemin dans les congères, ne pas s’endormir, succomber à la paresse sous peine de mourir de froid. Et il y a enfin l’arrivée à Watersbridge, une petite ville constituée de trois ou quatre rues: sa mine, son bordel, ses quelques boutiques. C’est là que les personnages s’établissent pour tenter de retrouver les tueurs.

Certains passages sont un peu longuets. On suit assez longtemps Caleb et Elspeth à Watersbridge, cherchant du travail mais n’enquêtant pas vraiment. Les silences entre le fils et la mère sont souvent longs, remplis de non-dits et de gêne et participent à l’économie du roman. On bascule peu à peu dans un roman noir, un polar glauque et sombre malgré la blancheur sépulcrale de la neige qui emprisonne tout.

Quant à la fin, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai été ébahie, bouleversée par le chemin qu’avait choisi d’emprunter l’auteur. Quelle fin magistrale à la hauteur de tout le livre finalement!

« Retour à Watersbrige » est un premier roman fort et sombre qui me laissera un souvenir profondément gravé dans la mémoire.

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Lectio Letalis de Laurent Philipparie

 

 

Lectio Letalis de Laurent Philipparie,

Publié aux éditions Belfond,

2019, 368 pages.

Paris. Un assistant d’édition tout juste embauché se tranche les veines à la lecture du premier manuscrit qui lui est confié. C’est la troisième fois, en quelques semaines, que le même scénario-suicide se produit dans cette maison d’édition. Bordeaux. Le lieutenant Gabriel Barrias, ancien indic devenu flic, enquête sur l’assassinat atypique d’un psychiatre massacré par un rapace, dans son cabinet, en pleine consultation. Deux affaires éloignées en tout point, et pourtant. Un nom apparaît des deux côtés. Celui d’Anna Jeanson, qui fut, dix ans plus tôt, l’unique survivante d’un suicide collectif survenu dans une secte dressant des animaux à tuer.

Je remercie une fois de plus Laure du blog Boulimie Livresque qui m’a fait parvenir gentiment ce roman. La quatrième de couverture m’a tout de suite interpellée. Un mystérieux manuscrit qui tuerait tous ses lecteurs? Voilà de quoi éveiller ma curiosité. Au final, si j’ai aimé certains aspects de ce thriller, je sors plutôt mitigée de ma lecture.

A Paris, un jeune assistant est retrouvé mort. Il vient de se suicider en s’ouvrant les veines. L’inspecteur en charge constate qu’il s’agit du troisième cas de « suicide » lié cette fameuse lecture. Alors qu’il convoque l’éditeur sur place pour constater les faits, ce dernier prend la fuite. Que sait-il? A Bordeaux, en même temps, un psychiatre renommé a été assassiné par une de ses anciennes patientes, Anna Jeanson. L’inspecteur Gabriel Barrias mène l’enquête et comme il est du genre têtu, il se rend compte que son affaire possède un point commun avec celle de Paris…

Dans ce thriller, il faut s’accrocher car tout va très très vite. On suit d’abord l’enquête à Paris avec ce fameux manuscrit maudit qui tuerait ses lecteurs pour ensuite se décentrer rapidement sur l’enquête bordelaise, là où officie Gabriel. Pas le temps de s’ennuyer surtout que l’auteur mêle ésotérisme et secte dans son roman. D’ailleurs l’explication donnée pour cette fameuse létalité du manuscrit m’a plutôt convaincue. L’auteur part sur la piste des sectes et émet l’hypothèse qu’elles envahissent notre paysage quotidien. J’ai trouvé que c’était plutôt cohérent et intelligent.

Là où je suis moins  convaincue c’est justement sur l’enchaînement des actions. J’ai trouvé finalement que tout allait bien trop vite. Gabriel ne « galère » pas vraiment dans son enquête et toutes les portes semblent s’ouvrir devant lui. J’aurais préféré que l’auteur prenne davantage son temps. Une centaine de pages ne m’auraient pas dérangée outre mesure. En outre, le thème de ces fameux oiseaux tueurs n’est pas assez développé pour moi. Je n’y ai pas vraiment cru là non plus. Paradoxalement, certains passages sont très longs et ne servent pas vraiment l’intrigue. Ainsi, les chapitres liés au personnage de Capucine m’ont ennuyée.

En revanche je dois reconnaître que l’auteur s’y connaît lorsqu’il parle du métier de policier (en est-il un lui-même? je crois…). Même si certaines flics sont caricaturaux (lourd passé, dépendance, traumatisme, …), Laurent Philipparie nous fait vivre ce métier à haut risque de l’intérieur et ça c’était vraiment chouette. Gabriel est toujours divisé entre suivre son instinct qui passe par une désobéissance à la loi et respecter justement les règles pour ne pas sortir du droit chemin. J’ai aussi aimé le fait que l’auteur place une femme comme chef suprême de tous ces hommes à la testostérone sur-développée! C’est bien trouvé et bien amené pour la profane que je suis.

« Lectio Letalis » reste un bon thriller qui n’est pas exempt de défauts. Sa force réside dans son originalité mais certains raccourcis dans l’intrigue me laissent un sentiment mitigé.

 

 

Le Diable tout le temps de Donald Ray Pollock

 

 

 

Le Diable tout le temps de Donald Ray Pollock,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2014, 208 pages.

 

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Wahou! Quelle claque littéraire je viens de prendre en refermant ce bouquin. Donald Ray Pollock nous peint des personnages sombres, torturés. Je ne sais pas vraiment pas quel bout commencer.

On suit le destin de plusieurs personnages: il y a d’abord Arvin, fils unique de Willard et Charlotte. Alors que cette dernière tombe gravement malade, son époux va tout tenter pour la sauver quitte à mettre en cause l’équilibre mental d’Arvin. On suit aussi Roy, prédicateur attaché à Théodore, musicien en fauteuil roulant. Ces deux-là vont de ville en ville pour porter la bonne parole. Il y a enfin Sandy et Carl, un couple de paumés qui prend les auto-stoppeurs pour les enlever et les tuer d’une manière bien macabre.

Ce qui guide les destins de ces personnages? La religion. Souvent complètement fanatiques, ces personnages sont pourris jusqu’à l’os. Ils évoquent Dieu pour se convaincre du bien-fondé de leurs actions dévoyées et perverses. Le roman montre le côté le plus sombre, le plus glauque de l’homme. Il n’y a personne à sauver dans ce livre. Le rêve américain n’existe pas. Donald Ray Pollock nous balade à travers une Amérique poussiéreuse, ensanglantée, crasseuse. J’ai été happée d’un bout à l’autre. Les chapitre consacrés à Sandy et Carl m’ont hypnotisée. Jusqu’où sont-ils prêts à aller pour assouvir leur fantasme de mort? Idem pour le duo Roy/Théodore à travers lequel le lecteur découvre la vie des hobos. Leur vie en devient répugnante, repoussante.

Le Diable tout le temps a été une lecture souvent violente, dérangeante dans laquelle le sexe et la brutalité font la loi. On plonge au cœur du sordide le plus total et pourtant, j’ai adoré cette écriture vraie, obscène, parfois vulgaire. Le personnage d’Arvin m’a bouleversée car c’est le seul dont les actes finalement sont excusables puisqu’ils servent un cœur pur et authentique. J’ai dévoré ce roman, parfois jusqu’à l’écœurement. Il y a des scènes terribles et j’ai eu besoin de reposer le livre pour prendre de la distance comme avec le personnage de Lenora, au destin tragique. Il m’a été impossible de ne pas finir ce roman rapidement, un peu comme une droguée en manque tellement l’écriture de l’auteur est percutante.

« Le Diable tout le temps » est un chef-d’œuvre de noirceur et de violence. Lisez-le sans concession.

Justine Barcela, Tome 3: Cerro Rico de Thierry Berlanda

 

 

 

Justine Barcela, Tome 3: Cerro Rico de Thierry Berlanda,

Publié aux éditions du Rocher,

2019, 478 pages.

 

Les principaux monopoles privés de la planète réalisent jour après jour leur projet d’emprise totale.
Les informations que Dupin publie dans les quelques médias qui échappent encore à leur contrôle, gênent à peine leur expansion… jusqu’au jour où il révèle un plan illicite d’acquisition de la plus importante réserve de lithium, en Bolivie.
Jane Kirpatrick, l’âme du cartel, déclenche alors son agent le plus redoutable, Jacques Salmon alias le Python, afin d’anéantir le journaliste et son réseau d’informateurs clandestins. Seule Justine Barcella, qui formait autrefois avec Salmon un commando de liquidateurs, pourrait le contrer. Mais elle se voue désormais à sa vie d’institutrice dans un village toscan. Décidera-t-elle de revenir dans le jeu ? La réponse semble celée dans les entrailles du Cerro Rico.

Un grand merci à Thierry Berlanda et aux éditions du Rocher pour la découverte de ce thriller qui m’a beaucoup plu! Je n’ai pas lu les deux premiers tomes mais je n’ai eu aucun problème pour comprendre l’enjeu du roman. En effet, l’auteur veille à nous rappeler les liens qui existent entre les personnages. Vous pouvez ainsi, comme moi, vous lancer sans problème dans ce troisième tome.

L’intrigue se déroule d’abord à Tirana. On y fait la connaissance d’Antoine Dupin. C’est une sorte de lanceur d’alertes qui publie un journal dans lequel il dénonce les agissements des cinq puissantes multinationales qui gouvernent le monde à présent. En effet, les États ne sont plus vraiment indépendants et l’auteur nous peint ici un univers décadent dans lequel règne la loi du plus fort. Au centre de tous ces enjeux, il y a Jane Kirpatrick qui détient le monopole des firmes pharmaceutiques et qui tirent les ficelles de l’univers. Si vous souhaitez vous refaire une petite beauté et rajeunir de vingt ans avec les nano-particules, c’est tout à fait possible dans ce monde où la technologie domine tout et tout le monde.

Le jour où Antoine Dupin se sent menacé, il va trouver Justine Barcela, une ex-membre d’un commando très spécial. Justine se lancera-t-elle à nouveau dans l’aventure pour dénoncer les agissements terribles de Jane Kirpatrick?

L’intrigue est plutôt complexe et je ne voudrais pas gâcher votre lecture en révélant trop de choses. On est bel et bien dans du thriller qui tourne autour de la technologie et j’ai vraiment aimé ce point de vue. Finalement, l’auteur anticipe ce qui pourrait être notre avenir à tous. J’ai aimé parce qu’il n’y a pas de temps morts. On est dans l’action sans tomber non plus dans l’excès.

J’ai bien sûr adoré le personnage de Justine. Thierry Berlanda fait le pari d’en faire non pas une James Bond Girl mais plutôt la digne héritière de Jason Bourne. Enfin une héroïne intelligente et vraiment très maligne qui s’éloigne des clichés tant attendus. Les femmes ont d’ailleurs toutes une place importante puisque l’un des personnages les plus puissants du roman n’est autre que Jane Kirpatrick, la grande prêtresse des nano-technologies.

L’intrigue est précise, parfois un peu ardue à saisir pour la novice que je suis mais on sent que l’auteur « a bossé » son sujet. C’est dense, intense et terriblement efficace avec un dénouement glaçant auquel je ne m’attendais pas. Il y a des scènes qui font froid dans le dos car l’auteur décrit un univers terrible dans lequel la vie humaine n’a finalement plus de prix.

« Cerro Rico » est un thriller décapant que je recommande. L’intrigue bien ficelée et les personnages intéressants en font un roman de qualité.

Blood Sisters de Jane Corry

 

Blood Sisters de Jane Corry,

Publié aux éditions Pygmalion,

494 pages, 2019.

 

Un matin ensoleillé de mai, trois petites filles sont sur le chemin de l’école. Une heure plus tard, l’une d’entre elles est morte.
Quinze ans passent. Kitty vit aujourd’hui recluse dans une maison de repos et en elle-même. Elle n’a en effet aucun souvenir de l’accident qui lui a fait perdre l’usage de la parole.
Alison, quant à elle, enseigne l’art et semble bien aller. Pourtant, les apparences sont trompeuses. Instable et fauchée, elle décide de postuler à un emploi d’enseignante dans une prison pour hommes. C’est l’occasion idéale de se remettre à flot et de réparer les pots cassés.
Mais quelqu’un, dans l’ombre, les observe. Quelqu’un qui cherche à se venger de l’accident survenu ce fameux matin de mai et qui n’arrêtera devant rien pour faire éclater la vérité.

Décidément, les éditions Pygmalion tapent juste. Après avoir lu et adoré La disparition d’Annie Thorne de C.J Tudor, me voilà une fois de plus conquise par l’un de leurs titres.

Blood Sisters est un thriller psychologique qui prend son temps pour poser son intrigue et ses personnages. On suit deux sœurs: Alison est artiste. Elle vivote de petits boulots jusqu’au jour où elle tombe sur une petite annonce. Elle va alors donner des cours d’arts plastiques à la prison d’Archville. Kitty est gravement handicapée. Privée de toutes ses capacités, elle n’a plus qu’une main valide qu’elle agite comme elle peut.

Pourquoi Kitty est-elle en fauteuil? Pourquoi Alison culpabilise-t-elle tant à tel point qu’elle se mutile pour expier sa faute? Au fur et à mesure du récit, le lecteur va découvrir le secret des deux sœurs.

Ce qui m’a frappée dans ce roman, c’est les points de vue adoptés par l’auteur. Celui d’Alison est très classique. On la suit dans la prison où elle enseigne. Ces chapitres sont assez étouffants et angoissants à l’image de l’atmosphère qui se dégage du lieu. L’auteur ajoute à cela une pression supplémentaire sur Alison puisqu’elle reçoit très vite des appels anonymes, des lettres de menace. Quelqu’un sait pourquoi elle culpabilise tant. Les chapitres consacrés à Kitty sont en revanche tout à fait originaux. Kitty ne peut plus parler. Elle ne s’exprime qu’en grognements. Pourtant, dans sa tête, tout va bien. J’ai trouvé très original la manière dont l’auteur traitait le handicap de Kitty. Ainsi, nous lecteurs, savons ce qu’elle souhaite dire tandis que les personnages du roman ne peuvent que tenter de deviner ses besoins et ses souhaits. C’est hyper frustrant pour Kitty et pour le lecteur! Le personnage de Kitty permet à l’auteur de susciter toute une réflexion sur le handicap et la manière dont les handicapésvsont traités dans notre société.

L’auteur joue aussi sur ce qui rassemble et différencie les deux sœurs avec ce terrible secret. Kitty voudrait dire la vérité mais n’y parvient pas tandis qu’Alison, qui pourrait s’exprimer, se refuse à laisser parler ses sentiments les plus enfouis. Peu à peu, les pièces du puzzle s’imbriquent les unes dans les autres pour offrir au lecteur la révélation d’un secret bouleversant et terrifiant.

Blood Sisters est un thriller psychologique qui résonnera longtemps en moi grâce à ses personnages forts et ses thématiques puissantes.

La Villa de Verre de Cynthia Swanson

 

 

La Villa de verre de Cynthia Swanson,

Publié aux éditions Les Presses de la cité,

2019, 399 pages.

Wisconsin, 1960. Angie, mariée depuis peu à Paul, un peintre plus âgé qu’elle au passé mystérieux, consacre ses journées à son bébé et à son foyer. Un jour, elle reçoit un coup de téléphone de Ruby, la fille du frère de Paul, Henry. Celle-ci lui annonce que son père s’est suicidé et que sa mère, Silja, a disparu. Angie décide d’accompagner Paul aux obsèques. L’occasion de soutenir son mari et sa nièce et d’en apprendre un peu plus sur cette belle-famille qu’elle connaît à peine. Mais une fois arrivée dans la maison ultramoderne qu’Henry, Silja et leur fille habitaient en lisière de forêt, la jeune femme se heurte aux silences de Paul et à l’attitude glaciale de Ruby. Où est passée Silja, cette femme affranchie qui a refusé une existence de femme au foyer ? À quoi ressemblait la vie dans cette villa de verre qui semble renfermer tant de non-dits ? Et surtout, Angie connaît-elle vraiment son mari ?

La Villa de verre est un thriller domestique, psychologique qui repose sur des secrets de famille. On suit deux points de vue dans ce roman: celui d’Angie, à la première personne. Angie est une jeune femme de 21 ans. Elle vient de se marier avec Paul, de quinze ans son aîné. Ils ont eu un petit garçon. Angie est issue d’une très bonne famille. Elle vit sa nouvelle vie de femme au foyer dans le Wisconsin. Le second point de vue est celui de Ruby, la nièce de Paul. Elle vient de perdre son père, Henry, qui s’est suicidé. Quant à sa mère, celle-ci semble s’être volatilisée.

Quand Paul apprend la mort de son frère, il se rend au secours de Ruby, demeurée seule, dans l’immense villa de verre de ses parents. Angie et le bébé font partie du voyage mais une fois sur place, les choses ne semblent pas aussi simples qu’elle y paraissent. Paul change d’attitude. Quant à Ruby, elle n’a pas l’air d’être secouée par le drame qui vient de la frapper. Quels secrets recèle-t-elle?

Comme je le disais un peu plus haut, La Villa de verre est avant tout un thriller domestique. Toute l’intrigue se concentre dans cette étrange villa, très moderne pour l’époque et qui donne directement sur la forêt. Une forêt étrange d’ailleurs où Henry s’est suicidé. Quand Angie débarque dans cette maison, elle ressent instantanément un malaise. Pourquoi les journalistes s’acharnent-ils à enquêter? Angie comprend qu’elle ne connaît guère son mari au fond et que son mariage a été peut-être trop précipité.

L’auteur nous balade donc en 1960, dans cette villa. Angie va tenter d’en savoir plus sur Ruby et sur Paul. Qu’ont-ils à cacher? L’intrigue fait aussi des bonds en arrière. Ce sont les moments que j’ai préférés dans le roman. On y suit Henry et Silja, les parents de Ruby, depuis leur rencontre dans les années 40 jusqu’à la mort d’Henry. J’ai vraiment aimé ces moments dans le passé qui permettent d’éclairer l’intrigue et le suicide d’Henry.

Alors c’est sûr: l’intrigue est lente. L’auteur prend le temps de décortiquer la personnalité de chacun des protagonistes et la révélation finale se devine à l’avance mais j’ai aimé découvrir les psychologies troubles de Paul et de Ruby, leur passé mystérieux. J’ai aussi adoré l’ambiance du livre: cette villa au cœur d’une forêt sombre.

« La Villa de verre » est un thriller à l’intrigue classique mais efficace.

Ne t’enfuis plus de Harlan Coben

 

 

 

Ne t’enfuis plus de Harlan Coben,

Publié aux éditions France Loisirs,

2019, 490 pages.

 

 

 

Votre fille a fugué avec un garçon peu fréquentable.
Vous ne l’avez pas vu depuis six mois. Et là, vous la retrouvez dans Central Park jouant de la guitare. Mais ce n’est plus la jeune fille pétillante que vous avez élevée.
Vous l’approchez et lui demandez de rentrer à la maison.
Elle se met à courir. Vous la suivez.
Quel autre choix avez-vous ?

Je remercie les éditions France Loisirs de m’avoir envoyé le dernier roman de Harlan Coben. Je ne suis pas forcément une grande fan de l’auteur mais j’aime en lire de temps en temps. C’est toujours efficace. Ce fut le cas ici, une fois de plus.

Dans cette intrigue, le lecteur suit Simon. Il est père de trois enfants. Il travaille dans la finance tandis que sa femme Ingrid est pédiatre. Jouissant d’un bel appartement à New-York, la famille aurait pu avoir une vie de rêve. Or Paige, l’aînée de la fratrie, s’est enfuie. Elle a basculé dans la drogue. Elle vivote avec Aaron, son petit-ami.

Un jour, Simon aperçoit Paige à Central Park. Il tente de la convaincre de rentrer chez eux mais Simon frappe Aaron. Une touriste filme la bagarre. Paige s’enfuit une fois de plus et Simon est arrêté par la police. Le scandale éclate: Simon est perçu comme l’incarnation du monde de la finance qui s’en prend aux pauvres, aux SDF. Bien plus tard, Aaron est retrouvé assassiné, la gorge tranchée. Paige a disparu. Tous les soupçons se tournent alors vers Simon. A-t-il tué Aaron pour récupérer Paige? Et qu’ont à voir ces mystérieuses disparitions dont l’enquêtrice Elena Sanchez est chargée?

Comme dans tous les précédents romans d’Harlan Coben, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette intrigue une lecture efficace. Le rythme est haletant d’un bout à l’autre. Simon doit enquêter malgré lui pour savoir qui a tué Aaron mais surtout pour connaître la vérité au sujet de Paige. Les intrigues de Simon et d’Elena Sanchez vont se croiser. Au départ, on ne voit pas le rapport entre les deux enquêtes et puis, comme les pièces d’un puzzle, tout se met peu à peu en place. L’intrigue est d’ailleurs assez complexe et j’ai compris assez tardivement les tenants et les aboutissants du roman.

L’ambiance est assez pesante et évolue entre l’univers de la drogue et celui d’une secte étrange. On croisera par ailleurs deux tueurs à gage complètement fêlés qui ajoute une dimension lourde de sens au roman. Comme je le disais au départ, le rythme est haletant et les chapitres brefs y contribuent. L’action fait partie prenante de l’intrigue et il fut difficile de s’empêcher de tourner les pages pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’apporterai quelques bémols à ma lecture cependant. Certains dialogues ne sont pas nécessaires et comblent parfois « les trous » plus qu’autre chose. J’ai remarqué aussi des petites incohérences dans le scénario. Certaines choses encore qui me paraissaient superficielles, sans intérêt pour l’enquête.

« Ne t’enfuis plus » est le roman idéal pour cet été sur la plage. Toujours aussi efficace, Harlan Coben nous donne à lire une intrigue haletante.