Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte

 

 

 

Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte,

Publié aux éditions Le Livre de poche,

448 pages, 1999.

 

Lucas Corso est un détective d’un genre particulier, il est chasseur de livre. Il se voit confier deux missions : d’une part authentifier un manuscrit des ‘Trois mousquetaires’, comme étant de la main même de Dumas, de l’autre, enquêter sur un mystérieux livre de sorcellerie italien du XVe siècle. Sur son chemin, les cadavres s’amoncellent, une mystérieuse jeune femme le protège, des personnages échappés des romans de Dumas l’espionnent. Entre Tolède et Paris, le diable semble mener la danse…

Comme beaucoup, j’ai vu l’adaptation (assez mauvaise) de ce roman sous le titre La Neuvième porte. J’avais envie de me plonger dans le roman initial afin de me faire un avis plus tranché. Je peux dire que le livre n’a presque rien voir avec l’adaptation et j’ai passé un excellent moment de lecture.

A Madrid, Lucas Corso est un libraire un peu particulier. Il « chasse » les livres rares et précieux pour ses clients. Un jour, on lui demande d’authentifier un livre du XVème siècle dont il ne reste que trois exemplaires. Ce mystérieux livre donnerait la possibilité d’invoquer le diable. Lucas Corso se met en quête des fameux exemplaires tandis que les cadavres jonchent son chemin.

Dès le début du roman, l’auteur nous met dans une ambiance secrète, crépusculaire. Mythe ou réalité? Avec cette histoire de diable, le lecteur ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Lucas Corso est comme nous. Il ne croit d’abord pas à cette histoire diabolique. Il cherche des livres à comparer, un point c’est tout. Pourtant petit à petit, ce qui était au départ une enquête érudite glisse vers le thriller, avec des morts à gogo.

L’auteur fait mener de front deux enquêtes à son personnage pour mieux nous berner. Au fur et à mesure, on se plaît à penser que le livre recherché est peut-être bien diabolique. C’est en tout cas passionnant d’un bout à l’autre et j’ai vraiment eu du mal à m’arrêter de lire tellement je souhaitais connaître le fin mot de l’histoire.

Il faut parfois s’accrocher car le roman possède des passages très techniques qui intéresseront les plus bibliophiles d’entre vous mais l’intrigue ne faiblit à aucun moment et devient pesante à l’image du sac de Lucas qu’il traîne, tentant d’échapper à la mort.

Club Dumas est sans conteste un excellent roman que je recommande. Arturo Pérez-Reverte nous entraîne sur les traces du diable dans un rythme effréné.

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Long Island de Christopher Bollen

 

 

 

Long Island de Christopher Bollen,

Publié aux éditions Points,

768 pages, 2018.

 

 

Orient, petite bourgade idyllique à la pointe de Long Island, est un lieu sublime à la nature sauvage. L’été, au grand dam des locaux, elle est néanmoins envahie de New-Yorkais fortunés. Paul, un architecte quinquagénaire propriétaire d’une immense villa, vient y passer ses vacances accompagné de Mills, un jeune fugueur pour qui il s’est pris d’affection.
C’est alors que de sombres événements viennent chahuter la sérénité d’Orient : le corps d’un résident est retrouvé dans la baie, puis un mystérieux incendie fait des ravages… Dans ce huis clos inquiétant où la psychose se propage, tous les regards se braquent aussitôt sur le seul « outsider » : Mills. Beth, une autochtone de retour de Manhattan après y avoir échoué en tant qu’artiste, va tenter de découvrir la vérité avant que les habitants ne fassent du jeune intrus le coupable idéal.

Long Island est un sacré pavé auquel je me suis attaquée consciencieusement. Dans la même veine que les romans de Joël Dicker, Christopher Bollen nous plonge à Orient, charmante petite bourgade de la côte est des États-Unis, à une heure de route à peine de New-York.

On y découvre Mills, jeune homme perdu, orphelin, drogué, recueilli par Paul qui l’emmène à Orient pour l’éloigner de New-York et de ses tentations. En échange, Mills devra s’acquitter de menus travaux dans la vieille maison de Paul. Mais l’arrivée à Orient se fait remarquer. On y tolère déjà tout juste les résidents saisonniers; on n’y supporte pas la présence de Mills, cet étranger qui risque de corrompre la communauté comme s’il traînait dans son sillage tous les péchés du monde. Et puis, il y a ce premier mort: l’homme à tout faire d’Orient, Jeff Trader, est retrouvé noyé. Accident ou meurtre? Beth, la voisine de Paul, va mener l’enquête avec Mills tandis que les morts s’enchaînent.

Ce roman de 760 pages vous plongera donc au cœur d’Orient, cette parfaite petite bourgade où tout le monde vit en harmonie, où tous se connaissent jusqu’à ce qu’un élément extérieur vienne perturber ce bel équilibre. Christopher Bollen prend son temps pour immerger le lecteur au sein d’une petite communauté. On comprend vite les rancœurs, les jalousies, les tromperies que cachent les belles façades des maisons anciennes. Le lecteur pénètre dans l’intimité de cette micro-communauté et observe les travers des personnages.

Et puis tout s’emballe. Les morts se collectionnent comme les timbres-poste. Tout porte à croire que ce Mills, cet étranger, est porteur de tous les problèmes. On tombe doucement dans le thriller, sans vraiment s’en rendre compte. L’auteur parvient à nous instiller une dose de suspens incroyable car, oui, on veut savoir qui est derrière tout ça! Mills ou pas Mills? J’ai dévoré la deuxième moitié du roman qui m’a passionnée.

Long Island est le genre de bon gros pavé idéal pour les vacances, histoire que vous ne quittiez pas d’un poil votre serviette sur la plage!

Le village de Dan Smith

 

 

 

Le Village de Dan Smith,

Publié aux éditions du Cherche Midi,

2014, 462 pages.

 

 

Hiver 1930. Vyriv, un petit village isolé de l’ouest de l’Ukraine.

Dans la steppe enneigée, Luka, vétéran de la guerre de Crimée, recueille un homme inconscient. Dans son traîneau, deux corps d’enfants atrocement mutilés.

Lorsque Luka revient au village, les habitants s’affolent. Avec l’arrivée au pouvoir de Staline, la paranoïa règne…

Quand une fillette du village disparaît, Luka promet solennellement de la retrouver.

À travers les étendues gelées de cette région hostile déchirée par la guerre, où la survie est un souci de chaque instant, il se lance alors à la poursuite d’un prédateur particulièrement retors.

Attention! Gros coup de cœur pour ce thriller. Le Village est un roman qui vous happe dès les premières lignes et qu’il est bien difficile de lâcher.

Nous sommes en 1930, quelque part en Ukraine, dans un petit village bien isolé baptisé Vyriv. C’est l’hiver. Il fait froid, la neige recouvre tout. Luka et ses deux fils, Petro et Viktor, sont partis chasser. Soudain, Luka aperçoit une forme au loin. S’agit-il d’un envoyé de la Guépéou, venu mettre à sac le village? Ce n’est qu’un traîneau tiré par un homme à bout de force, au bord de la mort. Mais ce que découvre Luka et ses fils est terrifiant: l’homme transporte deux enfants, morts et atrocement mutilés! Qui est cet homme? Est-ce lui qui a causé la mort des deux enfants?

Luka décide de ramener l’homme chez lui mais bientôt les habitants du village s’affolent et l’accusent d’abriter un tueur d’enfants. Quand Dariya, une fillette du village disparaît, Luka décide de s’élancer à sa recherche…

Difficile de vous parler de ce roman sans trop vous en dévoiler. Sachez qu’une fois le nez dedans, vous aurez du mal à en décoller. Les cent premières pages nous plongent au cœur d’un petit village, complètement isolé, coupé du monde et qui cherche à se faire oublier des communistes qui viennent rafler les hommes pour les mettre dans les camps de travaux forcés. Aussi quand Luka ramène un étranger, chaque villageois prend peur. A partir de là, l’intrigue s’emballe complètement. Luka tente de défendre son point de vue et veut savoir qui est cet homme agonisant qu’il a recueilli mais les villageois sont d’un autre avis.

Je ne m’attendais pas du tout au tour pris par les événements. L’auteur nous entraîne dans une première direction puis une toute autre avec la traque du voleur d’enfant. Luka, avec ses fils, s’élance en plein cœur de l’hiver russe pour traquer un monstre. De chasseurs, ils deviennent bientôt les proies. Les situations se renversent totalement. Il y a une telle tension dans ces pages. Le lecteur est aux côtés de Luka, écoutant chaque bruit de la steppe, épiant chaque mouvement. Le suspens est au rendez-vous à chaque ligne, chaque page. J’ai rarement ressenti cette atmosphère de traque comme cela!

Dan Smith se renouvelle à chaque fois dans son intrigue et nous emmène là où l’on ne s’y attendait pas du tout. L’intrigue ne s’essouffle à aucun moment. Plus Luka avance dans sa traque, plus il pénètre dans l’obscurité et la violence la plus totale, laissant son lecteur sur le carreau.

Le Village est assurément un grand thriller qui entraîne le lecteur aux portes de l’enfer. Brillant!

La perfection du crime de Helen Fields

 

 

 

La Perfection du crime d’Helen Fields,

Publié aux éditions Marabout,

2018, 364 pages.

Perdu dans une région montagneuse isolée, un corps se consume. Seules des dents et un fragment de vêtement permettent d’identifier les restes carbonisés de l’avocate Elaine Buxton. Dans une pièce dissimulée aux yeux de tous, dans une grande maison d’Edimbourg, la vraie Elaine Buxton hurle dans le noir.
L’inspecteur Luc Callanach vient juste de prendre ses fonctions quand l’affaire de la disparition d’Elaine est requalifiée en meurtre. Ayant abandonné une carrière prometteuse à Interpol, il tient à faire ses preuves aux yeux de sa nouvelle équipe. Mais le meurtrier a couvert ses traces avec un soin tout particulier. Bientôt, une autre jeune femme disparaît, et Callanach se trouve embarqué dans une course contre la montre. Du moins le pense-t-il…
Le véritable sort des deux femmes se révélera être bien plus terrible tout ce qu’il pourrait imaginer.

La Perfection du crime est arrivé entre mes mains un peu par hasard puisque je l’ai reçu gentiment dans ma BAL grâce aux éditions Marabout (que je remercie d’ailleurs pour la surprise). C’est toujours sympa de recevoir des livres, encore plus quand ils sont intéressants et captivants.

La Perfection du crime est un roman qui tient à la fois du roman policier classique mais aussi du thriller. Ce qui est intéressant dans ce livre et qui ne plaira peut-être pas à tous d’ailleurs, c’est que l’on connaît dès le départ l’identité du tueur et son modus operandi. Je crois que c’était Simenon qui disait qu’on reconnait un bon roman policier au fait que l’identité du tueur est sue dès les premières pages du livre et que l’intrigue doit se concentrer sur l’enquête. C’est exactement le cas ici.

Dès le départ, donc, le lecteur sait qui enlève et tue. Les motivations du tueur sont un peu plus mystérieuses cependant. L’histoire se recentre alors sur la manière dont la police va gérer l’affaire et enquêter. Helen Fields introduit alors son personnage principal: Luc Callanach. Il vient d’arriver à Édimbourg et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne fait pas l’unanimité. A moitié français et écossais, il est perçu comme un arriviste, un étranger. Luc doit à la fois gérer son intégration au sein de son unité mais aussi cette série de meurtres qui lui tombe dessus. Si le personnage de Luc ne m’a pas tout à fait convaincue (parce qu’il est trop beau et que son passé difficile ne m’a pas vraiment touchée), j’ai aimé le fait qu’il ne soit pas montré justement comme un héros. C’est d’abord le petit frenchy pour ses équipiers, celui qui ne comprend pas toujours l’accent écossais ou les expressions idiomatiques. C’est aussi un personnage parfois arrogant qui peut se tromper et qui a des failles gigantesques.

J’ai aussi aimé la manière dont l’auteur nous raconte cette enquête. Nous, lecteurs, sommes du bon côté puisque nous savons qui est le tueur et comment il opère. Les passages qui le concernent sont d’ailleurs effrayants. On bascule dans la noirceur de l’âme humaine la plus totale. La police, elle, n’a rien, aucune piste, aucun témoin, aucun suspect. En effet, comme l’indique le titre du roman, les crimes commis sont parfaits et ne laissent place à aucun détail oublié. C’est donc très intéressant de voir comment Luc va s’accrocher à la moindre petite intuition qui le conduira enfin sur la bonne piste.

L’intrigue prend donc son temps et il ne faut pas s’attendre à lire un roman haletant dans lequel il se passe quelque chose à chaque page. L’auteur pose les choses et montre comment elles évoluent, un peu comme le ferait une véritable enquête, rendant le tout très crédible.

Avec La Perfection du crime, Helen Fiels signe ici un roman intense et captivant qui prend le lecteur par la main pour l’emmener sur les traces d’un tueur maniaque et minutieux. Diabolique et bien ficelé…

L’île des absents de Caroline Eriksson

 

 

 

L’île des absents de Caroline Eriksson,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 237 pages.

 

Quelque part en Suède, Alex et sa fille Smilla se promènent sur un îlot situé au milieu du lac Cauchemar. Son épouse Greta les attend dans la barque amarrée au rivage. Mais la jeune femme s’endort et à son réveil, elle ne les trouve pas. De retour au village, elle décide de se rendre au commissariat. Pourtant, le policier prétend qu’elle n’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfant.

Je remercie d’abord les éditions Presses de la Cité pour l’envoi de ce livre. Il n’était pas prévu au programme et lorsque je l’ai découvert dans ma BAL, j’étais très heureuse à l’idée de découvrir ce thriller. J’aime toujours aller lire quelques avis avant de me lancer dans une nouvelle lecture, histoire de prendre la température. Quand j’ai lu les commentaires sur ce roman, j’ai un peu déchanté: lecture décousue, difficile, emmêlée. Allais-je galérer tant que ça? Et puis je me suis lancée et j’ai dévoré L’île des absents en…deux jours.

Tout commence sur le lac surnommé « Le Cauchemar » (tout un programme). Greta accompagne Alex et sa fille Smilla. Ces derniers décident de faire une excursion sur une petite île. Greta les attend dans la barque mais ils ne reviennent pas. Greta les cherche pendant des heures mais il n’y a aucune trace de leur passage. Et puis peu à peu, les souvenirs refont surface…

Alors oui, L’île des absents n’est pas un thriller à proprement parler. Je peux comprendre la déception de certains lecteurs. En fait, il s’agit plus d’un thriller psychologique. La narration se concentre autour de Greta et de cette mystérieuse disparition. Les souvenirs de Greta refont surface au fur et à mesure que l’intrigue se noue. Le lecteur perçoit d’abord chez le personnage une sorte de folie. « folle », c’est le mot qui m’est venu à l’esprit pour décrire l’état psychologique de l’héroïne. Greta n’est pas vraiment nette. Pourquoi ne va-t-elle pas voir directement la police lorsqu’elle se rend compte de la disparition? Elle semble faire des choix totalement irrationnels.

La suite de l’histoire pose peu à peu le doute. Greta est-elle vraiment folle, comme on pouvait le supposer au premier abord? C’est là que les souvenirs de Greta et son histoire tragique permettent peu à peu de dénouer l’écheveau de l’intrigue. Loin de casser la narration, j’ai aimé ces incursions du passé dans le présent. L’auteur éclaire sous un autre angle les événements actuels grâce aux événements passés. C’est plutôt malin de sa part car elle brouille les pistes tout en donnant à son lecteur pas mal d’indices.

L’ambiance y est aussi pour beaucoup. Greta se retrouve seule près d’un lac. C’est la saison morte. Elle n’a aucun voisin immédiat sauf cette bande de jeunes qui semblent eux-aussi un peu dérangés. L’atmosphère devient vite pesante et encore une fois floue, peu claire. L’auteur joue sur la faiblesse psychologique de son personnage pour nous plonger dans une histoire glauque sur fond de torture d’animaux!

La fin m’a bluffée car je ne m’y attendais pas du tout. J’ai échafaudé par mal d’hypothèses. Si j’avais vu juste sur certains points (de détails), l’auteur a su me surprendre avec une fin totalement inattendue. 

L’île des absents est un thriller psychologique qui joue bien son rôle jusqu’au bout. L’auteur brouille savamment les pistes avec une héroïne fragile au passé trouble. Un roman abouti qui se laisse dévorer.

 

Sept ans de silence de Joann Chaney

 

 

 

Sept ans de silence de Joann Chaney,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 410 pages.

 

Sept ans après la découverte, sous son garage, de trente-trois cadavres, Jacky Seever, ancien notable de Denver, patiente dans le couloir de la mort. Mais son nom refait la une des journaux lorsque trois femmes de son entourage sont retrouvées mortes, assassinées dans des conditions qui rappellent le modus operandi de Seever, jusque dans certains détails pourtant tenus à l’abri de la presse. L’ancien tandem de flics qui a coffré Seever se reforme en urgence, tandis que le journal local réengage la pétulante Sammie Peterson, pour couvrir l’enquête à laquelle elle avait donné un tour décisif. Malgré leurs souvenirs traumatiques, voilà ces trois-là plongés de force dans une affaire effroyable pas tout à fait inédite. Quant à Gloria, la fragile épouse de Seever, elle est à nouveau harcelée par la presse et la police…

Sept ans de silence est le genre de thriller pleinement réussi que le lecteur a du mal à lâcher. Ce fut mon cas. Dès les premières pages, j’ai été happée d’abord par le style brut, épais, violent de l’auteur puis ensuite par cette histoire glauque mettant en scène des personnages complexes.

Tout commence à Denver en 2008. Jacky Seever est inculpé. Il aurait tué au moins 31 personnes après les avoir toutes torturées. Pire: il les a enterrées dans son vide sanitaire, sous sa maison. Pour Loren et Hoskins, les deux flics en charge de l’enquête, c’est le coup du siècle. Sammie, journaliste pour le Post, a elle aussi suivi l’histoire de près. Elle a marqué ses lecteurs avec ses articles qui collent au plus près de ce tueur machiavélique. L’enquête est close. Jacky Seever croupit en prison.

Sept ans plus tard, les choses ont bien changé. Sammie s’est fait virer du journal. Elle est à présent vendeuse de cosmétiques. Hoskins, après avoir agressé une suspecte, est relégué au sous-sol, condamné à trier des vieux dossiers. Loren est en roue libre, incapable de garder à ses côtés un seul coéquipier. Mais voilà que ça recommence. Quelqu’un commet des meurtres avec la même signature que Seever. Hoskins et Loren reprennent du service tandis que Sammie voit enfin passer sa chance de réintégrer le journal…

Comme je le disais au début de cette chronique, ce qui frappe d’abord dans ce roman c’est le côté brut de décoffrage. Joann Chaney possède une écriture épaisse qui colle, qui englue les personnages dans une sorte d’atmosphère lourde et glauque. Elle poursuit sa narration, sept ans après le premier chapitre, dévoilant des personnages paumés, à la dérive, tous en échec. Et puis il y a cette enquête qui semble ne jamais finir. Jacky Seever est-il derrière tout ça? A-t-il des complices à l’extérieur de la prison? Tire-t-il les ficelles depuis sa cellule? Ou a-t-on affaire à un copycat? Toutes les hypothèses y passent même celle du flic devenant tueur pour relancer sa carrière.

Joann Chaney excelle à brouiller les cartes avec ses personnages complètement abîmés. Loren se travestit en Jacky Seever pour mieux s’imprégner du meurtrier; Hoskins pète facilement un boulon, devenant dangereux et incontrôlable. Et que dire de Gloria, la femme de Seever? La lecture de certains passages est pesante, gênante. On se sent mal aux côtés de tous ces personnages qui ne parviennent pas à tourner la page Seever et qui restent englués dans le passé et ses conséquences. Denver devient la ville idéale pour le déroulement de l’intrigue. On s’y sent piégé entre le froid, la bruine, la neige et les ragots qui agitent les habitants.

Avec ce thriller, Joann Chaney signe un thriller brillant qui pose la question de l’après. Son récit sombre et glauque prend aux tripes le lecteur pour le laisser exsangue à la toute fin du roman.

La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware

 

 

 

La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware,

Publié aux éditions Fleuve,

2018, 432 pages.

 

Une semaine à bord d’un yacht luxueux, à sillonner les eaux de Grand Nord avec seulement une poignée de passagers. Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d’une meilleure occasion de s’éloigner au plus vite de la capitale anglaise. D’ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l’Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l’eau.
Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.
Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l’équipage ne manque à l’appel. L’Aurora poursuit sa route comme si de rien n’était.
Le drame ? Laura sait qu’elle ne s’est pas trompée. Ce qui fait d’elle l’unique témoin d’un meurtre, dont l’auteur se trouve toujours à bord…

J’ai reçu ce thriller dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. Sa couverture  et son résumé m’ont fait terriblement envie et je dois dire que je ne suis pas du tout déçue de ma lecture.

Pourtant, ça n’a pas vraiment bien commencé. L’auteur fait traîner les choses en longueur. On fait donc la connaissance de Laura dit « Lo » qui vient de se faire cambrioler et agresser. Totalement traumatisée, Lo est une fille qui plus est « fragile ». Elle prend des antidépresseurs depuis quinze ans, lève le coude assez facilement et ne parvient pas à s’engager sérieusement avec son petit ami. Journaliste dans un magazine de voyages, sa boss lui propose de la remplacer afin de tester une croisière de rêve sur L’Aurora, petit bijou de luxe. Voyant un tremplin pour sa carrière, Lo s’empresse de monter à bord. Les 50 premières pages s’étirent donc en longueur et j’ai eu vraiment peur de retomber sur la fille cliché bourrée de complexes, alcoolique qu’on peut retrouver dans La Fille à la fenêtre de A.J Finn ou encore dans La fille du train de Paula Hawkins. Il faut donc dépasser cette « mise en situation » pour arriver à la croisière proprement dite.

Les choses deviennent intéressantes dès le début et rappelle beaucoup les ambiances de polar à la Agatha Christie puisqu’un meurtre ou en tout cas une disparition va se produire alors que les protagonistes du roman se trouvent sur un yacht de luxe en pleine mer du Nord. Nous sommes donc dans une situation de huis-clos assez classique. Et bien sûr, seule Lo, la moins crédible des passagers, est témoin d’un fait étrange. Plus tôt dans la journée, elle a croisé le chemin d’une jeune fille, même très très jeune fille affublée d’un t-shirt des Pink Floyd. Alors qu’elle est passablement fatiguée et sous l’emprise de l’alcool, Lo pense entendre un gros « plouf ». Elle fait le lien: la jeune fille a été balancée par dessus bord! Seulement, il y a un problème de taille: personne ne connaît cette passagère et personne ne l’a aperçue à part Lo.

Lo a-t-elle hallucinée? Y-a-t-il réellement eu une disparition? Le personnage principal va donc mener l’enquête. Elle va tenter d’interroger, plus ou moins subtilement, les autres passagers. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai échafaudé pas mal d’hypothèses et que j’étais loin, très loin du compte. L’auteur nous entraîne dans une intrigue machiavélique aux retournements de situation nombreux! Le suspens est au rendez-vous jusqu’à la dernière page et j’ai littéralement dévoré la fin du livre.

Je recommande La Disparue de la cabine n°10. Ruth Ware reprend les codes du thriller classique mais parvient tout de même à surprendre son lecteur! Diabolique…