La perfection du crime de Helen Fields

 

 

 

La Perfection du crime d’Helen Fields,

Publié aux éditions Marabout,

2018, 364 pages.

Perdu dans une région montagneuse isolée, un corps se consume. Seules des dents et un fragment de vêtement permettent d’identifier les restes carbonisés de l’avocate Elaine Buxton. Dans une pièce dissimulée aux yeux de tous, dans une grande maison d’Edimbourg, la vraie Elaine Buxton hurle dans le noir.
L’inspecteur Luc Callanach vient juste de prendre ses fonctions quand l’affaire de la disparition d’Elaine est requalifiée en meurtre. Ayant abandonné une carrière prometteuse à Interpol, il tient à faire ses preuves aux yeux de sa nouvelle équipe. Mais le meurtrier a couvert ses traces avec un soin tout particulier. Bientôt, une autre jeune femme disparaît, et Callanach se trouve embarqué dans une course contre la montre. Du moins le pense-t-il…
Le véritable sort des deux femmes se révélera être bien plus terrible tout ce qu’il pourrait imaginer.

La Perfection du crime est arrivé entre mes mains un peu par hasard puisque je l’ai reçu gentiment dans ma BAL grâce aux éditions Marabout (que je remercie d’ailleurs pour la surprise). C’est toujours sympa de recevoir des livres, encore plus quand ils sont intéressants et captivants.

La Perfection du crime est un roman qui tient à la fois du roman policier classique mais aussi du thriller. Ce qui est intéressant dans ce livre et qui ne plaira peut-être pas à tous d’ailleurs, c’est que l’on connaît dès le départ l’identité du tueur et son modus operandi. Je crois que c’était Simenon qui disait qu’on reconnait un bon roman policier au fait que l’identité du tueur est sue dès les premières pages du livre et que l’intrigue doit se concentrer sur l’enquête. C’est exactement le cas ici.

Dès le départ, donc, le lecteur sait qui enlève et tue. Les motivations du tueur sont un peu plus mystérieuses cependant. L’histoire se recentre alors sur la manière dont la police va gérer l’affaire et enquêter. Helen Fields introduit alors son personnage principal: Luc Callanach. Il vient d’arriver à Édimbourg et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne fait pas l’unanimité. A moitié français et écossais, il est perçu comme un arriviste, un étranger. Luc doit à la fois gérer son intégration au sein de son unité mais aussi cette série de meurtres qui lui tombe dessus. Si le personnage de Luc ne m’a pas tout à fait convaincue (parce qu’il est trop beau et que son passé difficile ne m’a pas vraiment touchée), j’ai aimé le fait qu’il ne soit pas montré justement comme un héros. C’est d’abord le petit frenchy pour ses équipiers, celui qui ne comprend pas toujours l’accent écossais ou les expressions idiomatiques. C’est aussi un personnage parfois arrogant qui peut se tromper et qui a des failles gigantesques.

J’ai aussi aimé la manière dont l’auteur nous raconte cette enquête. Nous, lecteurs, sommes du bon côté puisque nous savons qui est le tueur et comment il opère. Les passages qui le concernent sont d’ailleurs effrayants. On bascule dans la noirceur de l’âme humaine la plus totale. La police, elle, n’a rien, aucune piste, aucun témoin, aucun suspect. En effet, comme l’indique le titre du roman, les crimes commis sont parfaits et ne laissent place à aucun détail oublié. C’est donc très intéressant de voir comment Luc va s’accrocher à la moindre petite intuition qui le conduira enfin sur la bonne piste.

L’intrigue prend donc son temps et il ne faut pas s’attendre à lire un roman haletant dans lequel il se passe quelque chose à chaque page. L’auteur pose les choses et montre comment elles évoluent, un peu comme le ferait une véritable enquête, rendant le tout très crédible.

Avec La Perfection du crime, Helen Fiels signe ici un roman intense et captivant qui prend le lecteur par la main pour l’emmener sur les traces d’un tueur maniaque et minutieux. Diabolique et bien ficelé…

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L’île des absents de Caroline Eriksson

 

 

 

L’île des absents de Caroline Eriksson,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 237 pages.

 

Quelque part en Suède, Alex et sa fille Smilla se promènent sur un îlot situé au milieu du lac Cauchemar. Son épouse Greta les attend dans la barque amarrée au rivage. Mais la jeune femme s’endort et à son réveil, elle ne les trouve pas. De retour au village, elle décide de se rendre au commissariat. Pourtant, le policier prétend qu’elle n’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfant.

Je remercie d’abord les éditions Presses de la Cité pour l’envoi de ce livre. Il n’était pas prévu au programme et lorsque je l’ai découvert dans ma BAL, j’étais très heureuse à l’idée de découvrir ce thriller. J’aime toujours aller lire quelques avis avant de me lancer dans une nouvelle lecture, histoire de prendre la température. Quand j’ai lu les commentaires sur ce roman, j’ai un peu déchanté: lecture décousue, difficile, emmêlée. Allais-je galérer tant que ça? Et puis je me suis lancée et j’ai dévoré L’île des absents en…deux jours.

Tout commence sur le lac surnommé « Le Cauchemar » (tout un programme). Greta accompagne Alex et sa fille Smilla. Ces derniers décident de faire une excursion sur une petite île. Greta les attend dans la barque mais ils ne reviennent pas. Greta les cherche pendant des heures mais il n’y a aucune trace de leur passage. Et puis peu à peu, les souvenirs refont surface…

Alors oui, L’île des absents n’est pas un thriller à proprement parler. Je peux comprendre la déception de certains lecteurs. En fait, il s’agit plus d’un thriller psychologique. La narration se concentre autour de Greta et de cette mystérieuse disparition. Les souvenirs de Greta refont surface au fur et à mesure que l’intrigue se noue. Le lecteur perçoit d’abord chez le personnage une sorte de folie. « folle », c’est le mot qui m’est venu à l’esprit pour décrire l’état psychologique de l’héroïne. Greta n’est pas vraiment nette. Pourquoi ne va-t-elle pas voir directement la police lorsqu’elle se rend compte de la disparition? Elle semble faire des choix totalement irrationnels.

La suite de l’histoire pose peu à peu le doute. Greta est-elle vraiment folle, comme on pouvait le supposer au premier abord? C’est là que les souvenirs de Greta et son histoire tragique permettent peu à peu de dénouer l’écheveau de l’intrigue. Loin de casser la narration, j’ai aimé ces incursions du passé dans le présent. L’auteur éclaire sous un autre angle les événements actuels grâce aux événements passés. C’est plutôt malin de sa part car elle brouille les pistes tout en donnant à son lecteur pas mal d’indices.

L’ambiance y est aussi pour beaucoup. Greta se retrouve seule près d’un lac. C’est la saison morte. Elle n’a aucun voisin immédiat sauf cette bande de jeunes qui semblent eux-aussi un peu dérangés. L’atmosphère devient vite pesante et encore une fois floue, peu claire. L’auteur joue sur la faiblesse psychologique de son personnage pour nous plonger dans une histoire glauque sur fond de torture d’animaux!

La fin m’a bluffée car je ne m’y attendais pas du tout. J’ai échafaudé par mal d’hypothèses. Si j’avais vu juste sur certains points (de détails), l’auteur a su me surprendre avec une fin totalement inattendue. 

L’île des absents est un thriller psychologique qui joue bien son rôle jusqu’au bout. L’auteur brouille savamment les pistes avec une héroïne fragile au passé trouble. Un roman abouti qui se laisse dévorer.

 

Sept ans de silence de Joann Chaney

 

 

 

Sept ans de silence de Joann Chaney,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 410 pages.

 

Sept ans après la découverte, sous son garage, de trente-trois cadavres, Jacky Seever, ancien notable de Denver, patiente dans le couloir de la mort. Mais son nom refait la une des journaux lorsque trois femmes de son entourage sont retrouvées mortes, assassinées dans des conditions qui rappellent le modus operandi de Seever, jusque dans certains détails pourtant tenus à l’abri de la presse. L’ancien tandem de flics qui a coffré Seever se reforme en urgence, tandis que le journal local réengage la pétulante Sammie Peterson, pour couvrir l’enquête à laquelle elle avait donné un tour décisif. Malgré leurs souvenirs traumatiques, voilà ces trois-là plongés de force dans une affaire effroyable pas tout à fait inédite. Quant à Gloria, la fragile épouse de Seever, elle est à nouveau harcelée par la presse et la police…

Sept ans de silence est le genre de thriller pleinement réussi que le lecteur a du mal à lâcher. Ce fut mon cas. Dès les premières pages, j’ai été happée d’abord par le style brut, épais, violent de l’auteur puis ensuite par cette histoire glauque mettant en scène des personnages complexes.

Tout commence à Denver en 2008. Jacky Seever est inculpé. Il aurait tué au moins 31 personnes après les avoir toutes torturées. Pire: il les a enterrées dans son vide sanitaire, sous sa maison. Pour Loren et Hoskins, les deux flics en charge de l’enquête, c’est le coup du siècle. Sammie, journaliste pour le Post, a elle aussi suivi l’histoire de près. Elle a marqué ses lecteurs avec ses articles qui collent au plus près de ce tueur machiavélique. L’enquête est close. Jacky Seever croupit en prison.

Sept ans plus tard, les choses ont bien changé. Sammie s’est fait virer du journal. Elle est à présent vendeuse de cosmétiques. Hoskins, après avoir agressé une suspecte, est relégué au sous-sol, condamné à trier des vieux dossiers. Loren est en roue libre, incapable de garder à ses côtés un seul coéquipier. Mais voilà que ça recommence. Quelqu’un commet des meurtres avec la même signature que Seever. Hoskins et Loren reprennent du service tandis que Sammie voit enfin passer sa chance de réintégrer le journal…

Comme je le disais au début de cette chronique, ce qui frappe d’abord dans ce roman c’est le côté brut de décoffrage. Joann Chaney possède une écriture épaisse qui colle, qui englue les personnages dans une sorte d’atmosphère lourde et glauque. Elle poursuit sa narration, sept ans après le premier chapitre, dévoilant des personnages paumés, à la dérive, tous en échec. Et puis il y a cette enquête qui semble ne jamais finir. Jacky Seever est-il derrière tout ça? A-t-il des complices à l’extérieur de la prison? Tire-t-il les ficelles depuis sa cellule? Ou a-t-on affaire à un copycat? Toutes les hypothèses y passent même celle du flic devenant tueur pour relancer sa carrière.

Joann Chaney excelle à brouiller les cartes avec ses personnages complètement abîmés. Loren se travestit en Jacky Seever pour mieux s’imprégner du meurtrier; Hoskins pète facilement un boulon, devenant dangereux et incontrôlable. Et que dire de Gloria, la femme de Seever? La lecture de certains passages est pesante, gênante. On se sent mal aux côtés de tous ces personnages qui ne parviennent pas à tourner la page Seever et qui restent englués dans le passé et ses conséquences. Denver devient la ville idéale pour le déroulement de l’intrigue. On s’y sent piégé entre le froid, la bruine, la neige et les ragots qui agitent les habitants.

Avec ce thriller, Joann Chaney signe un thriller brillant qui pose la question de l’après. Son récit sombre et glauque prend aux tripes le lecteur pour le laisser exsangue à la toute fin du roman.

La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware

 

 

 

La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware,

Publié aux éditions Fleuve,

2018, 432 pages.

 

Une semaine à bord d’un yacht luxueux, à sillonner les eaux de Grand Nord avec seulement une poignée de passagers. Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d’une meilleure occasion de s’éloigner au plus vite de la capitale anglaise. D’ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l’Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l’eau.
Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.
Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l’équipage ne manque à l’appel. L’Aurora poursuit sa route comme si de rien n’était.
Le drame ? Laura sait qu’elle ne s’est pas trompée. Ce qui fait d’elle l’unique témoin d’un meurtre, dont l’auteur se trouve toujours à bord…

J’ai reçu ce thriller dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. Sa couverture  et son résumé m’ont fait terriblement envie et je dois dire que je ne suis pas du tout déçue de ma lecture.

Pourtant, ça n’a pas vraiment bien commencé. L’auteur fait traîner les choses en longueur. On fait donc la connaissance de Laura dit « Lo » qui vient de se faire cambrioler et agresser. Totalement traumatisée, Lo est une fille qui plus est « fragile ». Elle prend des antidépresseurs depuis quinze ans, lève le coude assez facilement et ne parvient pas à s’engager sérieusement avec son petit ami. Journaliste dans un magazine de voyages, sa boss lui propose de la remplacer afin de tester une croisière de rêve sur L’Aurora, petit bijou de luxe. Voyant un tremplin pour sa carrière, Lo s’empresse de monter à bord. Les 50 premières pages s’étirent donc en longueur et j’ai eu vraiment peur de retomber sur la fille cliché bourrée de complexes, alcoolique qu’on peut retrouver dans La Fille à la fenêtre de A.J Finn ou encore dans La fille du train de Paula Hawkins. Il faut donc dépasser cette « mise en situation » pour arriver à la croisière proprement dite.

Les choses deviennent intéressantes dès le début et rappelle beaucoup les ambiances de polar à la Agatha Christie puisqu’un meurtre ou en tout cas une disparition va se produire alors que les protagonistes du roman se trouvent sur un yacht de luxe en pleine mer du Nord. Nous sommes donc dans une situation de huis-clos assez classique. Et bien sûr, seule Lo, la moins crédible des passagers, est témoin d’un fait étrange. Plus tôt dans la journée, elle a croisé le chemin d’une jeune fille, même très très jeune fille affublée d’un t-shirt des Pink Floyd. Alors qu’elle est passablement fatiguée et sous l’emprise de l’alcool, Lo pense entendre un gros « plouf ». Elle fait le lien: la jeune fille a été balancée par dessus bord! Seulement, il y a un problème de taille: personne ne connaît cette passagère et personne ne l’a aperçue à part Lo.

Lo a-t-elle hallucinée? Y-a-t-il réellement eu une disparition? Le personnage principal va donc mener l’enquête. Elle va tenter d’interroger, plus ou moins subtilement, les autres passagers. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai échafaudé pas mal d’hypothèses et que j’étais loin, très loin du compte. L’auteur nous entraîne dans une intrigue machiavélique aux retournements de situation nombreux! Le suspens est au rendez-vous jusqu’à la dernière page et j’ai littéralement dévoré la fin du livre.

Je recommande La Disparue de la cabine n°10. Ruth Ware reprend les codes du thriller classique mais parvient tout de même à surprendre son lecteur! Diabolique…

Je sens grandir ma peur de Iain Reid

 

Je sens grandir ma peur de Iain Reid,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 206 pages.

 

Un garçon et une fille, en couple, roulent dans la campagne pour rejoindre une ferme isolée. Là-bas, la jeune femme devra faire connaissance avec la famille de son petit ami. Seulement, sur la route, la conviction qu’elle devra bientôt interrompre sa relation avec Jack vient perturber sa quiétude. D’autant qu’elle est harcelée par des coups de fil provenant… de son propre numéro. Chez les parents du jeune homme, l’ambiance est lugubre et la maison, glaciale. Elle insiste pour que Jack et elle repartent aussitôt après le repas. De retour dans la voiture, la neige a commencé à tomber et l’ambiance a viré à l’angoissant….

Je sens grandir ma peur est un thriller court que j’ai dévoré d’une bouchée. L’auteur, en quelques pages, parvient à embarquer son lecteur dans une histoire étrange, bizarre où on ne sait plus vraiment qui dit vrai et qui dit faux.

Le récit est racontée du point de vue d’une jeune femme. On ne connaîtra jamais son nom. Elle est en route avec son petit ami Jake pour rendre visite aux parents de celui-ci. Ils habitent dans un bled, complètement perdu. En outre, il neige de plus en plus. Dès le départ, l’ambiance est pesante avec toute cette neige qui tombe et ces paysages de campagne sans âme qui vive d’autant plus que la narratrice dit vouloir en finir. Ses premières paroles sont troublantes: veut-elle mettre fin à sa vie ou mettre fin à sa relation avec Jake?

Le lecteur est de plus en plus troublé au fur et à mesure du voyage. Les échanges entre Jake et la narratrice sont parfois banals mais parfois ils s’avèrent étranges comme « à côté de la plaque ». Et puis, le doute s’installe. Je sens grandir la peur est le genre de thriller où le lecteur soupçonne tout le monde à commencer par Jake et la narratrice elle-même parce qu’on sent bien qu’il se trame quelque chose de louche, de pas bien net. C’est difficile à définir mais ça s’insinue doucement pendant la lecture et ce truc qui cloche, je ne suis jamais arrivé à m’en débarrasser avant la fin du livre. En outre, l’auteur a inséré entre ses chapitres des dialogues en italique dans lesquels les personnages racontent à demi-mot un drame. Les pièces du puzzle s’assemblent alors doucement jusqu’à la dernière page qui intime au lecteur de tout relire depuis le début.

Plus l’intrigue avance plus l’étau semble se resserrer. La narratrice semble traîner un lourd passé. Qui fait sonner son téléphone sans jamais décrocher? Quant à Jake, pourquoi n’a-t-il jamais parlé de son frère à sa petite amie? Est-il le garçon si intelligent qu’il semble être? Ses parents semblent aussi étranges: sa mère entend-elle vraiment des voix et quel est ce lieu bizarre dans leur sous-sol? J’ai soupçonné tout le monde dans ce roman et j’ai échafaudé les plus folles hypothèses mais j’étais loin de me douter du dénouement.

Avec Je sens grandir ma peur, Iain Reid signe un roman brillant qui sème le doute dans l’esprit du lecteur. L’auteur instille l’angoisse dès les premières pages jusqu’à la révélation finale qui laisse le lecteur sur le carreau. Glaçant…

 

Rien de plus grand de Malin Persson Giolito

 

 

Rien de plus grand de Malin Persson Giolito,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 487 pages.

 

 

La pièce empeste les œufs pourris. L’air est lourd de la fumée des tirs. Tout le monde est transpercé de balles, sauf moi. Je n’ai même pas le moindre bleu.

Stockholm, sa banlieue chic. Dans la salle de classe d’un lycée huppé, cinq personnes gisent sur le sol, perforées de balles. Debout au milieu d’elles, Maja Norberg, dix-huit ans à peine, élève modèle et fille de bonne famille. Son petit copain, le fils de la plus grosse fortune de Suède, et sa meilleure amie, une jolie blonde soucieuse de la paix dans le monde, figurent parmi les victimes, ainsi que Samir, brillant fils d’immigrés décidé à s’affranchir de sa condition. Neuf mois plus tard, après un battage médiatique qui a dépassé les frontières suédoises, le procès se tient. Mais qui est Maja ? Qu’a-t-elle fait, et pourquoi ?

Merci aux éditions Presses de la Cité pour ce thriller complètement addictif et original. Je n’avais jamais rien lu de semblable jusqu’à présent et je sors de ma lecture assez déboussolée. Malin Persson Giolito entraîne son lecteur dans une histoire dans laquelle toutes les cartes sont brouillées. Du grand art.

Le roman démarre rapidement. Maja est au tribunal. Elle a dix-huit ans, est issue d’une famille riche de Stockholm, elle est brillante à l’école. Et pourtant, elle est accusée de meurtre: elle a participé à une tuerie dans son lycée avec son petit ami Sébastian qui fait partie des victimes.

Dès le départ, on déteste Maja. C’est un monstre de cruauté qui juge la société du haut des ses dix-huit ans et qui semble se foutre complètement de son geste. Elle déteste ses avocats, semble tout autant détester ses parents. C’est une sale gosse et on se dit qu’elle mérite bien la prison à vie pour ce qu’elle a fait. D’ailleurs la procureure du tribunal ne lui laisse que peu d’espoir dès le début du procès.

Et puis, au fur et à mesure du roman, Maja va expliquer son geste, pourquoi il a y eu tous ces morts. On remonte alors le temps à ses côtés et on explore sa vie: sa rencontre avec Sébastian; l’amour fou, fusionnel de ces deux êtres; le mal-être de Sébastian qui rejaillit sur Maja.

L’auteur met son lecteur à la place du juré du tribunal. La vie de Maja est étalée devant nos yeux: elle y est disséquée. Maja est-elle la coupable? N’est-elle pas la victime de ce procès?

Peu à peu les éléments se mettent en place et on commence à comprendre les raisons et les conséquences de la tuerie. Jusqu’au bout, l’auteur tient son lecteur en haleine. Elle nous donne des éléments pour nous forger notre opinion puis brouille les cartes de manière à voir les choses sous un autre angle. C’est haletant d’un bout à l’autre.

Avec Rien de plus grand, Malin Persson Giolito signe un thriller déroutant, obsédant, déstabilisant. On doute de tout avec ce roman hypnotisant.

Millénium, Tome 5: la fille qui rendait coup pour coup

 

 

 

Millénium, Tome 5: La fille qui rendait coup pour coup de David Lagercrantz,

Publié aux éditions Actes Sud,

2017, 401 pages.

 

 

Suite aux infractions qu’elle a commises en sauvant le petit garçon autiste dans « Ce qui ne me tue pas », Lisbeth Salander est incarcérée dans une prison de haute sécurité pour négligence constituant un danger public. Lorsqu’elle reçoit la visite de son ancien tuteur, Holger Palmgren, les ombres d’une enfance qui continuent à la hanter ressurgissent. Avec l’aide de Mikael Blomkvist, elle se lance sur la piste de crimes d’honneur et d’abus d’Etat, exhumant de sombres secrets liés à la recherche génétique.

Dans ce dernier tome (pour le moment) de la saga Millénium, David Lagercrantz nous entraîne une fois de plus à suivre les traces de Lisbeth. Si le quatrième tome comportait des défauts non négligeables, ce dernier opus montre que l’auteur a enfin les choses bien en main. L’écriture est plus fluide, moins embrouillée et plus détaillée.

L’intrigue début en prison. Lisbeth y est incarcérée suite au « kidnapping » du garçon autiste. Elle ne doit pas rester très longtemps dans sa geôle mais les choses commencent à sentir mauvais pour elle lorsqu’elle se met à défendre une des prisonnières, Faria Kazi, de l’abominable « Benito ». Une fois de plus, Lisbeth fait sa tête de mule et brave tous les dangers pour défendre les causes qui lui semblent essentielles (enfin pour elle!). Dès le départ, l’auteur frappe fort, très fort, ne laissant aucun répit à son lecteur. L’action est continue. Alors qu’elle manquait un peu dans le tome précédent, le lecteur est servi ici et il retrouve la Lisbeth Salander qu’il connaît bien! Chose originale, cette intrigue deviendra secondaire au fil de l’histoire même si elle est nécessaire pour comprendre le fonctionnement de Lisbeth.

L’intrigue principale se noue dans un tout autre cadre. Holger Palgrem, le tuteur de Lisbeth, lui rend visite. Dans son dossier médical, il a relevé des choses « étranges » notamment la mention d’un Registre d’Etat lié à des recherches sur la génétique. Pour Lisbeth, la vengeance est un plat qui se mange froid. Elle n’hésite pas à hacker à tout va et à joindre Mikael Blomkvist pour déterminer enfin ses origines.

Dans ce cinquième opus, l’auteur joue donc sur deux tableaux. D’un côté l’intrigue liée à Faria Kazi, de l’autre l’enquête de Lisbeth sur ce fameux registre. On en apprend encore plus sur le passé trouble de Lisbeth et j’ai beaucoup aimé les révélations qui nous faites dans le roman. L’intrigue avance vite, très vite et le lecteur va de rebondissements en rebondissements. L’auteur se base cette fois-ci sur la génétique et pas n’importe laquelle: celle des jumeaux. C’est passionnant d’un bout à l’autre. Les choses sont assez bien détaillées. Le thème de l’expérience scientifique qui a mal tourné est un sujet que j’aime particulièrement et ici, il est vraiment bien traité.

Avec ce cinquième tome, David Lagercrantz frappe fort. J’ai dévoré cet opus au rythme endiablé. On renoue enfin avec ce qui faisait l’essence des premiers Milléniums, sans regret aucun!