Inséparables d’Elie Darco

 

 

Inséparables d’Elie Darco,

Publié aux éditions Magnard Jeunesse,

2017, 220 pages.

 

 

 

Ballotés au gré des affectations successives de leurs parents militaires, Alec et sa sœur Beryl sont un peu livrés à eux-mêmes. Complices et inséparables, ils aiment repousser leurs limites et tenter des expériences dangereuses, quitte à enfreindre les règles. Mais quand la famille échoue dans une petite ville perdue au milieu de la forêt, loin de toute animation, l’ennui les gagne….

Je remercie d’abord Elie Darco et les éditions Magnard jeunesse pour m’avoir fait parvenir ce roman que j’ai énormément apprécié. Estampillé « jeunesse », je pense qu’il plaira aussi aux jeunes adultes et aux adultes tant le style et l’intrigue du roman sont extrêmement travaillés.

Elie Darco m’a d’abord étonnée par son écriture et son style. Loin de simplifier les choses sous prétexte qu’elle s’adresserait à des lecteurs plus jeunes, elle maîtrise parfaitement sa plume. Son écriture est très moderne. Les phrases sont percutantes et pleine de vie. Elle parvient en quelques lignes à instaurer toute une atmosphère: que ce soit par la complicité entre Beryl et Alec ou par l’ambiance inquiétante  de la ville de Morran. Bon point de ce côté-là donc pour moi.

Elle noue ensuite une intrigue très intéressante à tel point qu’elle mène son lecteur par le bout du nez. En effet, l’histoire débute par l’entrée en scène d’Alec et de Beryl. Ils sont frère et sœur, inséparables. Un peu livré à eux-mêmes, ils font les 400 coups. Leurs parents tous les deux militaires travaillent beaucoup. Alec et Beryl ont déménagé plusieurs fois. Ils ont donc l’habitude de se serrer les coudes et d’avancer de front. Très complices, ils s’aiment à la vie à la mort et ont besoin l’un de l’autre pour ne pas succomber à la routine et à l’ennui.

Un jour, ils déménagent une nouvelle fois dans une petite ville: Morran. Elie Darco ne situe pas exactement son intrigue et laisse volontairement les pistes brouillées. Elle décrit une petite ville paumée, grise et sombre, sous la pluie. A Morran tout le monde se connaît. La forêt entoure la ville et la coupe un peu du monde. On comprend aussi que le monde dans lequel Alec et Beryl vivent n’est pas vraiment le nôtre (ou alors il le sera dans quelques temps). L’énergie est économisée. On n’écrit plus sur du papier mais sur des tablettes. L’eau, l’essence sont rationnées. Bref, cela ajoute un sentiment d’oppression.

Alec et Beryl s’ennuient car il n’y a rien à y faire. Et puis un soir, alors qu’ils « jouent » à tirer dans les bois avec une arme, un drame survient.

L’auteur fait monter la pression petit à petit. Elle plante le décor. En lisant ce roman, j’imaginais parfaitement la petite ville de Morran repliée sur elle-même dégoulinante de pluie, assombrie par cette forêt qui la ceinture. L’atmosphère n’est pas des plus amicales et la tension monte de plus en plus jusqu’au soir du drame où les événements vont alors s’enchaîner. On se demande réellement où l’auteur nous entraîne. Elle parvient à semer le doute dans l’esprit de son lecteur. On va de découverte en découverte en se posant énormément de questions. Je ne peux guère vous en dire plus. Sachez seulement que le mystère s’épaissit au fil des pages. On bascule alors dans le thriller: qui a raison? Qui a tort? Le personnage est-il fou? J’ai élaboré des tas d’hypothèses avant de connaître le fin mot de l’histoire. 

Avec Inséparables, Elie Darco mène son lecteur par le bout du nez. L’atmosphère pesante et mystérieuse de la ville de Morran ajoute du suspens au roman. Les personnages vont de découverte en découverte. Jusqu’à la dernière page, l’auteur tient son lecteur en haleine. Une vraie réussite! 

La Menace de S.K Tremayne

 

La Menace de S.K Tremayne,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 380 pages.

 

 

 

 

Quand Rachel épouse David Kerthen, un bel et brillant avocat, sa vie prend enfin un sens. Loin de Londres et de ses années de célibat elle y gagne le grand amour, la richesse, un sublime manoir en Cornouailles et un beau-fils affectueux, Jamie. Une existence parfaite en apparence.
Mais la jeune femme déchante rapidement. Les lieux, hantés par l’ombre de Nina la première épouse de David, ressemblent à une sinistre prison. L’atmosphère devient étouffante le jour où Jamie commence à faire des prédictions dérangeantes. A-t-il sombré dans la folie? Et si la mort de Nina n’était pas un accident? Qu’est-il arrivé à Nina ? Que lui cache son mari? Tandis que la suspicion commence à ronger le couple, Jamie prédit à Rachel qu’elle mourra à Noël…

Merci aux éditions Presses de la Cité qui une fois de plus m’ont fait découvrir un auteur plutôt doué. Avec La Menace, S.K Tremayne entraîne son lecteur dans un jeu dangereux où la folie n’est jamais très loin de la vérité.

La Menace c’est d’abord toute une ambiance. L’intrigue se déroule sur une lande battue par les vents, en Cornouailles, dans un immense manoir érigé là depuis des siècles. Rachel, nouvelle épouse de David Kerthen, emménage rapidement dans cette demeure somptueuse. Le manoir est un personnage à lui tout seul. Immense, labyrinthique, parfois lugubre comme avec la salle des moines, il suscite tantôt l’admiration, tantôt la peur. Niché au creux d’un vallon, isolé de tout, le lieu va donner des sueurs froides à l’héroïne Rachel.

Ensuite, c’est l’histoire de la famille Kerthen qui va hanter le roman. Les aïeuls de David ont bâti leur richesse sur l’exploitation des mines d’étain. Ces mines ont la particularité d’être construites sous la mer. Les récits de la vie des mineurs, des morts innombrables et des accidents vous donneront la chair de poule. D’autant plus que la mine Morvellan, puits sans fond, domine la lande, ajoutant du lugubre au décor. C’est justement dans ce puits que Nina, l’ancienne femme de David, est morte. Suicide? Accident? Assassinat? Les circonstances de son décès sont troubles.

Rachel, la nouvelle femme de David, a des doutes sur la mort de Nina. Quelque chose la trouble profondément. Jamie, son beau-fils de 10 ans, fait de drôles de prédictions et semble voir sa mère apparaître dans les couloirs du manoir. Nina est-elle en vie? Jamie voit-il des fantômes ou est-ce Rachel qui sombre peu à peu dans la folie?

L’auteur brouille parfaitement les pistes et jusqu’au bout, il nous mène par le bout du nez. Il réunit tous les ingrédients pour une intrigue parfaite: la lande déserte, le manoir isolé, l’ombre de Nina qui vient hanter les habitants de Carnhallow. On sent clairement l’influence de Daphné du Maurier et on pense à sa Rebecca. En tout cas, j’ai adoré me plonger dans cette ambiance lugubre et sombre qui fait douter jusqu’à la dernière page.

La Menace est un thriller réussi qui saura tenir en haleine son lecteur. Les personnages torturés sèment le doute. Les paysages rudes et arides sauront parfaire l’ambiance terrifiante. Bref, du très bon thriller psychologique!!

Représailles de Hans Koppel

 

 

Représailles de Hans Koppel,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2016, 283 pages.

 

 

 

 

Calle Collin, journaliste free-lance, rédige pour un hebdomadaire le portrait de Kent, un adolescent mort des années plus tôt dans un tragique accident. Il rencontre son frère, Mattias, homme de main et amant de Sara, redoutable femme d’affaires mafieuse.
Après avoir lu l’article, Anders Malmberg, célèbre chroniqueur, qui était en classe avec Kent, est choqué. Il décide de rétablir la vérité sur la personnalité de Kent, son harceleur, son pire cauchemar… au risque de provoquer Mattias, et surtout Sara, qui aurait préféré que certains secrets restent enfouis.
Les représailles de la jeune femme, qui seront d’une cruauté proche de la folie, ne font que commencer… Personne ne sera à l’abri.

Grâce aux éditions Presses de la Cité, j’ai pu lire Représailles, sortie littéraire de la rentrée de janvier. Ce thriller plutôt court sort des sentiers battus. L’intrigue est assez simple même si le résumé de la quatrième de couverture ne rend pas justice au roman.

Calle Collin est journaliste free-lance à Stockholm. Il rédige des chroniques sur des personnes décédées à la demande des familles, ultime hommage à leurs chers disparus. Il est un jour contacté par la mère de Kent, un adolescent mort tragiquement à 13 ans dans un accident de la route.

Parallèlement, on suit Sara, une jeune danoise aux dents longues. Elle tient des boîtes de nuit aux allures de peep show à Copenhague, donne dans le proxénétisme et n’a aucun scrupule à supprimer les collaborateurs qui lui font faux bond. Son homme de main du moment s’appelle Mattias, frère de Kent.

Tout ce petit monde va se retrouver dans une histoire bien tordue et Calle Collin va en souffrir bien malgré lui….

Dans ce roman, l’auteur n’y va pas par quatre chemins. L’intrigue file vite. Sara, la méchante, est plutôt flippante. C’est une femme froide, calculatrice, dénuée de tous sentiments. Elle fait exécuter à tout va sans que cela ne lui pose problème. Sa perversité est telle qu’elle parvient même à persuader un homme de se suicider!!

Calle Collin incarne quant à lui un journaliste sans grandes ambitions amoureuses ni professionnelles. Les flics qui enquêtent forment un duo plutôt comique. Ils ne pensent qu’à manger et régler les choses le plus vite possible. Les personnages peuvent paraître superficiels, brouillons mais je pense qu’il s’agit d’une volonté propre de l’auteur. A part Sara, les personnages sont banals. On peut les croiser chaque jour dans la rue et je pense que c’est là que réside la force de ce thriller. La violence peut venir heurter chacun d’entre nous, comme ça, de plein fouet, pour une phrase anodine prononcée un peu trop fort.

La fin du thriller est d’ailleurs assez déroutante. Là encore, l’auteur a choisi de brouiller les pistes. Il ne s’encombre pas de fausse morale ce qui laisse un goût bien amer voire acide au lecteur.

Avec Représailles, Hans Koppel nous offre un thriller original et déroutant. Il brouille les pistes habituelles pour mieux perdre son lecteur dans les méandres de la violence la plus pure.

Ainsi fleurit le Mal de Julia Heaberlin

 

Ainsi fleurit le mal de Julia Heaberlin,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2016, 560 pages.

 

 

 

 

 

 

 

« J’ai toujours pensé que la mort avait quelque compte à régler avec moi. »
À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante sur un tas d’ossements humains et au côté d’un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Partiellement amnésique, seule survivante des « Marguerite » – surnom que les journalistes ont donné aux victimes du tueur en série –, elle a contribué, en témoignant, à envoyer un homme dans le couloir de la mort. Terrell Darcy Goodwin, afro-américain, le coupable parfait pour la juridiction texane.
Presque vingt ans ont passé. Aujourd’hui, Tessa est une artiste et mère célibataire épanouie. Si elle entend parfois des voix – celles des Marguerite qui n’ont pas eu sa chance –, elle est toutefois parvenue à retrouver une vie à peu près normale. Alors, le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l’assaille… Son « monstre » serait-il toujours en cavale ? La narguerait-il ?

Merci aux éditions Presses de la Cité pour la découverte de ce thriller que j’ai dévoré en quelques jours. Haletant, terrifiant, angoissant, sont autant de qualificatifs pour ce roman réussi et brillant!

L’auteur nous plonge dans l’histoire trouble de Tessie devenue Tessa à la suite d’un drame. A 16 ans, Tessie est enlevé par un serial killer. Elle est retrouvée vivante, à moitié enterrée parmi les corps des autres victimes. Tessie devient alors Tessa, une mère célibataire toujours sur le qui-vive et qui pense, à juste titre, avoir envoyé un innocent dans le couloir de la mort. Tessa va alors explorer les méandres de sa mémoire pour rétablir la vérité.

Avec ce roman vous serez happé dans l’histoire tortueuse de Tessa. L’auteur joue habilement avec son lecteur en alternant les chapitres où Tessie a 16 ans. On la suit alors lors de son procès et chez son psy. Les autres chapitres sont consacrés à Tessa devenue adulte et qui tente de découvrir ce qu’il lui est réellement arrivé. Mais justement, Tessa ne se souvient pas ou ne veut pas se souvenir. Sans parler de la menace qui rôde dehors quand Tessa se rend compte que le tueur lui laisse des indices bien macabres.

L’auteur brouille les cartes avec intelligence au point que chaque personnage est un suspect à commencer par Tessa elle-même. Elle développe un thriller psychologique au suspens glaçant. Ne cherchez pas de sensations fortes à travers des course-poursuites ou autre face à face final avec le tueur. Tout est bien plus subtil dans ce roman. Chaque chapitre amène de nouveaux éléments mais surtout de nouvelles interrogations qui poussent le lecteur à tourner les pages du roman à la vitesse grand V. L’auteur joue clairement avec nos nerfs!

La fin du livre est tout simplement bluffante et j’ai été scotchée car je ne m’attendais pas du tout à cela!

Bref, lisez Ainsi fleurit le mal, un thriller psychologique brillant et intelligent.

Quand la neige danse de Sonja Delzongle

 

Quand le neige danse de Sonja Delzongle,

Publié aux éditions Denoël,

430 pages, 2016.

 

 

 

 

 

2014. L’hiver est le plus froid que Crystal Lake ait jamais connu. Cette petite ville paisible proche de Chicago semble pétrifiée, mais la neige et le blizzard ne sont pas les seuls coupables. Depuis un mois, quatre fillettes se sont volatilisées. Les habitants sont sous le choc. Ce matin-là, Joe Lasko s’équipe pour une énième battue dans les bois gelés lorsqu’on lui dépose un paquet. Dedans repose une poupée, une magnifique poupée aux cheveux longs et roux, comme sa fille Lieserl disparue. Comble de l’horreur : la poupée est vêtue exactement comme Lieserl le jour où elle s’est volatilisée. Ce matin de février 2014, toutes les familles des fillettes vont recevoir une poupée. C’en est trop pour Joe. Ce jeune divorcé n’a plus que Lieserl dans sa vie. Il décide de mener sa propre enquête, aidé par Eva Sportis, une détective privée dont il était secrètement amoureux des années plus tôt. Eva comprend très vite que l’affaire la dépasse et appelle à l’aide Hanah Baxter, son ancienne prof de fac, la célèbre et charismatique profileuse et son inséparable pendule.

Quand la neige danse est le genre thriller qui se lit d’une traite tant la tension développée par l’auteur est grande. J’ai dévoré ce roman en un week-end et j’en ai tourné les pages sans m’en rendre compte!

L’auteur situe son intrigue dans une petite ville du Michigan: Crystal Lake. C’est l’hiver, il fait froid, il neige et l’ambiance est plutôt lugubre. Le héros principal du roman s’appelle Joe Lasko. Médecin, père divorcé, il a la douleur d’apprendre que sa fille de 4 ans a été enlevée. Quelques jours plus tard, trois autres fillettes sont elles aussi enlevées. Comble de l’horreur, les parents reçoivent dans une boîte à chaussures une poupée vêtue de la même manière que les fillettes le jour de leur enlèvement et dotée d’une chevelure réelle. Qui s’en prend aux enfants et dans quel but? Aucune demande de rançon n’a été exigée. Le kidnappeur est-il un pédophile ou un tueur?

Sonja Delzongle pose donc son ambiance dès les premiers chapitres sans concession. Toutes les pistes sont évoquées et il ne présage rien de bon pour les enfants. L’enquête piétine. La police locale ne sait pas où chercher. Le shérif, un type célibataire, philosophe perdu à ses heures, bourré de tocs, ne sait plus quoi faire. Joe engage donc une détective privée, Eva. Elle le convainc de faire appel aux services d’Hannah Baxter, une profileuse de renom qui a des méthodes spéciales. Le trio de choc va donc mener l’enquête et se pencher notamment sur le cas d’une jeune femme qui s’est échappée d’un asile psychiatrique quelques années auparavant…

Il n’y a donc aucun temps mort dans ce roman. Les personnages sont bien construits et surprenants. J’ai beaucoup aimé le personnage d’Hannah Baxter qui dénote avec ses méthodes. En effet, elle se fie à une sorte de pendule. Rien de magique ici mais elle se sert des ondes pour orienter son enquête. Elle mène Joe et Eva sur la piste des cadavres d’enfants perdus dans la forêt, plongeant l’enquête dans l’horreur la plus totale.

Bien entendu, il y aura des fausses pistes, des rebondissements jusqu’à la révélation finale sur l’identité du kidnappeur. La scène inaugurale nous laisse d’ailleurs deviner qui est ce fameux kidnappeur même si les choses apparaissent finalement plus complexes et plus retorses.

Quand la neige danse est un thriller abouti qui vous plongera dans une atmosphère glacée et tendue. Un roman captivant impossible à lâcher.

Le Chant des dunes de John Connolly

 

Le Chant des dunes de John Connolly,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2016, 489 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour se remettre de l’attentat qui a failli lui coûter la vie, le détective privé Charlie Parker s’est retiré à Boreas, un coin isolé sur la côte, dans le Maine. Diminué, meurtri, il tente de reprendre des forces et occupe ses journées à arpenter la plage. Mais la découverte d’un noyé trouble sa convalescence. Suicide ? Accident ? Ou crime ? Alors que le mort porte sur l’avant-bras des chiffres tatoués évoquant un horrible passé et que la voisine juive de Parker reçoit elle-même des menaces, la question se pose. Et est-ce une coïncidence si, quelques jours plus tard, une famille entière se fait massacrer non loin de là ? L’heure de la retraite n’a pas encore sonné : Charlie Parker doit agir.

 

Merci encore une fois aux éditions Presses de la Cité pour leur confiance renouvelée. J’ai reçu ce roman qui m’a vraiment régalée et j’ai enfin fait la connaissance avec la belle plume de John Connolly.

Charlie Parker est le héros d’une série de romans policiers. Je vous rassure: pas besoin d’avoir lu les tomes précédents pour comprendre l’intrigue de celui-ci. On saisit rapidement que Charlie est un détective privé qui revient de loin. Il a été laissé pour mort lors d’une précédente enquête et c’est au bord de l’océan, dans le Maine, qu’il se remet sur pied.

C’est donc un homme diminué, affaibli que l’on côtoie tout au long du livre. En outre, Charlie Parker semble avoir des visions, ou en tout cas c’est ainsi (au début) qu’on perçoit les choses. En effet, il voit et parle à sa fille, Jennifer, morte tragiquement des années plus tôt. Rien ne va pour cet enquêteur brillant.

Parallèlement, la police locale retrouve le corps d’un homme échoué sur le rivage. Il s’agit d’un juif (cela aura son importance), chasseur de nazis. Alors que tous croient à un suicide, seul Charlie Parker est convaincu qu’il s’agit plutôt d’un homicide. L’enquêteur, bien malgré lui, reprend du service pour le meilleur et pour le pire…

Si le début du roman a plutôt tendance à nous mettre dans l’ambiance morose et triste de cette petite ville au bord de la mer, la suite s’avère passionnante et très entraînante. L’auteur aime poser les choses et donner du corps à ses personnages. On imagine sans mal cette plage déserte au cœur de l’hiver, ces bourrasques de vent et ces embruns qui viennent fouetter les visages de rares promeneurs. J’ai vraiment aimé cette atmosphère de petite ville renfermée sur elle-même mais à la fois chaleureuse avec ses rares cafés et sa petite librairie.

L’intrigue met un peu de temps à se mettre en place mais s’avère littéralement passionnante. L’auteur nous propose de plonger dans l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Il met en scène un chasseur de nazis. En effet, de nombreux nazis (à présent bien vieux et bien croulants) ont trouvé refuge aux États-Unis après la chute d’Hitler. Un bureau D’État est d’ailleurs dévolu pour enquêter et pour demander leur extradition vers l’Allemagne en vue d’un jugement éventuel. C’est une partie de l’Histoire contemporaine qu’on ne connaît pas assez et je salue ici le travail de recherches de l’auteur. Il s’est documenté notamment sur un camp de concentration appelé le camp de Lubsko et ce qu’on peut lire dans le roman sur les méthodes qui y étaient employée est tout simplement glaçant.

L’auteur propose au-delà de son intrigue une réflexion sur le Mal et ses conséquences mais aussi sur l’oubli et le pardon. C’est assez bien écrit. Il ne tombe jamais dans la facilité de jugement mais il pose les bonnes questions.

Ajoutez à cela un ou deux personnages bien tordus qui font vraiment froids dans le dos et vous obtenez un thriller abouti (certaines scènes de voyeurisme m’ont vraiment effrayée). Certaines scènes sont assez dures et la psychologie froide et meurtrière de certains personnages m’a effrayée. L’auteur n’hésite pas à mâtiner son roman de quelques touches fantastique et j’avoue que le mélange marche vraiment bien.

Le  Chant des dunes est un thriller bien mené et agréable à lire. John Connolly nous propose une plongée délirante au cœur du Mal le plus noir. Un thriller à dévorer!

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

 

Je suis Pilgrim de Terry Hayes,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2015, 912 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Pilgrim est le nom de code d’un homme qui n’existe pas. Il a autrefois dirigé une unité spéciale du Renseignement américain. Avant de prendre une retraite dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale. Mais son passsé d’agent secret va bientôt le rattraper…

Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan.
Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie saoudite.
Un chercheur torturé devant un laboratoire de recherche syrien ultrasecret.
Des cadavres encore fumants trouvés dans les montagnes de l’Hindu Kush.
Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité.
Et un fil rouge, reliant tous ces événements, qu’un homme est résolu à suivre jusqu’au bout.

 

J’ai reçu ce roman complètement par erreur lors du dernier Masse critique de Babelio. Après l’avoir signalé, le site Babelio et les éditions Le Livre de Poche me l’ont gentiment offert. Il dormait donc dans ma PAL bien sagement. Et puis pendant les vacances de Noël, j’ai eu le courage de le dégainer. Il faut dire que c’est un beau pavé de 912 pages. Je me suis donc armée de tout mon courage pour ouvrir ce thriller et là, j’ai été happée dès les premières pages.

Vous êtes donc prévenus: une fois ouvert, il est très difficile de refermer ce livre tant il est addictif. En effet, l’auteur sait captiver son lecteur dès les premières pages. L’intrigue commence dans un quartier malfamé de New-York. Le corps d’une femme est retrouvé dans une baignoire, partiellement dissous. Ses dents ont été toutes arrachées pour éviter une identification. Qui a tué cette femme et surtout pourquoi? Sur les lieux de l’enquête, il y a Scott Murdoch. C’est un ancien agent secret qui a raccroché mais qui aide de temps en temps son ami flic à résoudre des enquêtes. Chose troublante: le meurtrier a utilisé une technique décrite dans le livre écrit par Scott.

Parallèlement à cette enquête, Scott nous raconte le début d’une autre affaire, celle-ci plus délicate. En effet, un certain Saoudien, surnommé « Le sarrasin » est recherché par toutes les polices du monde. Il aurait mis au point un terrible virus afin de détruire les États-Unis. Scott est appelé en renfort par le président « Himself » pour tenter d’arrêter cet homme impossible à localiser….

Ce roman est terriblement difficile à résumer parce qu’il est immensément dense et que l’auteur a adopté une narration bien particulière. Scott nous raconte son enquête mais son récit est truffé de flash-back dans lesquels ils nous rapportent des éléments de son passé d’agent secret essentiel au déroulement de l’intrigue. Ses souvenirs sont peuplés de grands figures du terrorisme comme Ben Laden ou encore le Mollah Omar ou de références au 11 septembre. L’auteur réussit habilement à mêler la fiction à la réalité et à saupoudrer le tout d’un soupçon de djihadisme et de guerre en Irak. A lire mon résumé, on pourrait croire que le livre est difficile d’accès. Je vous rassure tout s’imbrique parfaitement et le passé de Scott est tellement passionnant qu’on pourrait en lire des pages sur le sujet.

Le personnage du sarrasin est glaçant. L’auteur décortique la façon dont un événement majeur dans la vie d’un ado conduit au terrorisme le plus pur. Le pire c’est que la vengeance de ce fameux personnage pourrait tout à fait être réalisable et c’est un peu flippant pour nous, petits occidentaux.

Le rythme est haletant et il est impossible de s’ennuyer. L’auteur a fait beaucoup de recherches sur son sujet et j’ai énormément appris sur les arcanes et les profondeurs du terrorisme qui menacent non seulement les pays occidentaux mais aussi certains pays du Golfe. Le personnage du Sarrasin est déterminé et rien ni personne ne pourra arrêter sa quête vengeresse et pour le coup, ça fait vraiment flipper.

Quant à Scott, surnommé Pilgrim, c’est un personnage qui tient à la fois de James Bond et de Jason Bourne. Son passé est bien mystérieux. C’est aussi un as de la gâchette qui s’en sort toujours. Certaines scènes sont d’ailleurs un peu exagérées mais on pardonne bien volontiers à cet aventurier des temps modernes, loyal et droit dans ses bottes.

Il y a cependant un point négatif (parce qu’il en faut un quand même) : le style de l’auteur n’est pas parfait. On sent qu’il a un passé de scénariste hollywoodien et qu’il cherche avant tout à nous donner des scène extrêmement visuelles au détriment du style et de l’élégance. Certains passages sont plus journalistiques que littéraires mais la lecture reste quand même agréable.

Je suis Pilgrim est un thriller implacable qui rend complètement addictif. Une fois plongé dans ce roman palpitant, vous ne pourrez plus vous arrêter de le lire avant de connaître le fin mot de l’histoire.