Intérieur nuit de Marisha Pessl

 

 

Intérieur nuit de Marisha Pessl,

Publié aux éditions Gallimard,

2015, 720 pages.

Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott Mc Grath ne voit pas les choses du même oil. Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, Mc Grath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’ouvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, Mc Grath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore.

C’est sur les conseils de Jessica (Le maître mot) que je me suis lancée dans cette lecture commune avec Laure du blog Boulimie livresque et comme nous avons bien fait! Quelle lecture! Intérieur nuit est le genre de bouquin que vous avez du mal à lâcher. L’intrigue y est dense et bien menée tout ça dans une sorte d’aura mystérieuse.

L’intrigue débute avec Scott McGrath. Il est journaliste free-lance à New-York et sa vie par à vau-l’eau! Sa femme l’a quitté avec sa petite fille Sam; il est en disgrâce, après un scandale, dans son milieu professionnel. Mais une affaire va tout changer: le corps d’Ashley Cordova, fille du célèbre réalisateur de films d’horreur, est retrouvé sans vie. Ashley se serait suicidée mais Scott n’en est pas si sûr. Il enquête alors pour faire éclater la vérité.

Intérieur nuit est donc une enquête d’investigation poussée et détaillée. Bien sûr, Scott cherche à faire la lumière sur le suicide d’Ashley mais il cherche avant tout à en savoir plus sur Cordova. Ce dernier est apparu dans les médias, pour la dernière fois, en 1977. Il a acheté une immense propriété, le Peak, dans laquelle il y tourne tous ses films. Sa famille semble frappée d’une étrange malédiction: suicides à répétition, accidents, … . Ses acteurs disent qu’avoir tourné avec lui a changé complètement leur façon de voir la vie, la mort. Ses films sont interdits à la vente. Les spectateurs ne peuvent que les visionner lors de projections privées ou cryptées. Voir un film de Cordova c’est comme traverser les feux de l’enfer. On ne s’en remet pas. Bref, ce personnage est un mystère total.

Et que dire d’Ashley, cette jeune femme qui envoûte quiconque se trouve sur son passage? Que cache son âme torturée? Plus l’enquête avance, plus les choses basculent peu à peu dans un sorte de fantastique. Et c’est bien là le but de l’œuvre de l’auteure: comment interpréter ce qui arrive à Scott? De manière rationnelle? Peut-on croire aux superstitions? Aux fantômes? Chacun se fera son avis à l’issue de sa lecture.

L’enquête devient totalement captivante lorsque l’auteure glisse des documents officiels dans l’ouvrage: coupures de presse, dossier médical, compte-rendu de la police. Tout est fait pour que le lecteur soit immergé, totalement, dans l’enquête aux côtés de Scott. J’ai été captivée d’un bout à l’autre et j’ai dévoré ce pavé sans aucun ennui.

« Intérieur nuit » restera une lecture marquante qui garde ses mystères jusqu’à la dernière page. Lisez cette merveille si ce n’est déjà fait!

Mr Mercedes de Stephen King

 

 

 

Mr Mercedes de Stephen King,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

661 pages, 2016.

 

 

Midwest 2009. Un salon de l’emploi. Dans l’aube glacée, des centaine de chômeurs en quête d’un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés. Le chauffard, lui, s’est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces. Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre. Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

Mr Mercedes est un le genre de thriller que vous ne lâcherez pas. Stephen King prouve qu’il est à l’aise dans tous les domaines et mène son intrigue de main de maître.

Le roman débute par le massacre d’une foule de chômeurs par un déséquilibré en Mercedes. Le chauffard s’est bien sûr volatilisé, laissant pour morts et blessés des dizaines de personnes. Un an après ce massacre, Bill Hodges, policier à la retraite, reçoit une lettre étrange. Le tueur à la Mercedes le défie de le retrouver. Bill, dépressif et au bord du suicide, reprend goût à la vie et décide de mener l’enquête.

Quel roman! Quel suspens! Stephen King concentre tout son génie dans ce thriller. Les chapitres alternent entre l’enquête menée par Bill Hodges et les « aventures » de notre tueur à la Mercedes. En effet, dès le début, le lecteur sait qui a perpétré le massacre et en connaît les raisons. Le roman va donc reposer uniquement sur la manière dont Hodges mène méticuleusement son enquête.

Bill est un personnage très attachant. Obèse, dépressif, il reprend du service de manière confidentielle. Il va s’attacher à des éléments négligés lors de la premières enquête pour faire avancer la sienne et démasquer le coupable. C’était passionnant. J’ai adoré suivre cette enquête aux côtés de Bill, enquêteur chevronné: ses tâtonnements, ses avancées, ses échecs, c’était vraiment bien mené.

J’ai tout simplement adoré ce bouquin. J’y ai aimé les passages dans lesquels Hodges mène l’enquête mais aussi les chapitres dans lesquels le tueur agit. J’ai adoré l’ambiance du roman qui nous fait vivre le quotidien d’une petite ville perdue. C’était excellent jusqu’au style de l’auteur, parfait. Les phrases font mouche; l’écriture est fluide, acérée et pointe une fois de plus les travers de l’Amérique. L’intrigue est menée d’une main de maître.

Mr Mercedes est un excellent thriller qu’il est impossible de lâcher. L’intrigue palpitante vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière ligne.

Block 46 de Johana Gustawsson

 

 

 

Block 46 de Johana Gustawsson,

Publié aux éditions Milady,

2016, 442 pages.

 

 

 

Falkenberg. Suède. Le commissaire Bergström retrouve le cadavre nu et gelé d’une femme aux abords de la plage d’Olofsbo. Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps sauvagement mutilés ont été abandonnés dans les bois d’Hampstead, au nord de la ville. Ils présentent les mêmes mutilations que la victime suédoise : trachée arrachée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras. Etrange serial killer, qui change de type de proie et de lieu de chasse… Pourrait-il s’agir d’un tandem de sociopathes ?

Block 46 est la première enquête d’un duo assez spécial puisqu’il s’agit d’abord d’un duo féminin et que les deux enquêtrices ont des métiers bien particuliers. Emily est profileuse tandis qu’Alexis est écrivain.

Block 46 entraîne le lecteur sur les traces d’un tueur à la sauvagerie sans borne. De la Suède à l’Angleterre, des cadavres de jeunes garçons sont retrouvés, à moitié enterrés mais surtout affreusement mutilés. Quand l’amie d’Alexis est retrouvée morte à son tour, l’enquête prend une autre tournure. Emily, la profileuse, établit un portrait robot assez troublant du tueur. Aux côtés d’Alexis, elle va tenter de faire la lumière sur ces crimes odieux.

Cette lecture de Block 46 m’a laissé quelque peu sur ma faim. J’ai adoré certains passages tandis que d’autres m’ont rendu perplexe. Block 46 est un thriller à deux vitesses: de nos jours, des meurtres terribles sont commis. Alexis et Emily vont enquêter. Les chapitres du « présent » alternent avec des chapitres du passé. En effet, l’auteur nous plonge au cœur du camp d’extermination de Birkenau, sur les traces d’un Allemand emprisonné: un certain Erich qui finira par travailler au mystérieux block 46 dans lequel des expériences sont menées. Ces chapitres qui plongent le lecteur au cœur de l’horreur sont bien menés. Ce sont les passages que j’ai préférés dans le roman.

En revanche, j’ai trouvé que l’enquête qui se déroule dans le « présent » manquait de rythme. D’abord, je n’ai pas bien compris quelle était la légitimité d’Alexis. Ok, c’est l’amie d’une des victimes mais pourquoi s’incruste-t-elle dans l’enquête? Je n’ai pas bien saisi sa légitimité mise en avant par son métier d’écrivain. Les chapitres sont aussi extrêmement courts. J’ai eu l’impression que l’auteur ne creusait pas assez les choses et que l’enquête faisait du sur-place. Les chapitres ont manqué d’approfondissement pour moi.

Je reconnais cependant que la fin est bluffante et que je n’avais pas vu venir la réelle identité du tueur. L’ambiance créée par l’auteur est aussi intéressante. On navigue entre la neige suédoise et la pluie londonienne dans une atmosphère lugubre à souhait. C’était bien chouette de se retrouver dans la neige et le brouillard pour élucider cette affaire bien tordue.

Au final Block 46 est un polar dont les défauts ne m’auront pas enlevé l’envie de découvrir la fin d’une intrigue rondement menée et à la révélation finale surprenante.

Retour à Watersbridge

 

 

 

Retour à Watersbridge de James Scott,

Publié aux éditions Points,

2016, 448 pages.

 

1897. Une sage-femme regagne sa ferme dans le nord de l’Etat de New York, où l’attendent les corps ensanglantés de son mari et de ses enfants gisant dans la neige. Tous, sauf un : Caleb, 12 ans, qui s’était réfugié dans la grange et a tout vu. Mère et fils s’élancent dans une contrée hostile et glacée à la poursuite des trois tueurs aux foulards rouges.

Retour à Watersbridge est le genre de roman qui vous marque dans votre vie de lecteur. James Scott dépeint ici une Amérique sombre, noire, sauvage telle que je me l’imagine en tout cas. Tout se règle à coup de gâchette dans cet univers qui n’a pas tout à fait tourner la page des cow-boys.

Elspeth est sage-femme. Elle part parfois des mois loin de sa famille qui vit dans une maison reculée au fin fond de l’État de New-York, le premier village étant à six heures de marche. Alors qu’elle rentre d’une de ses tournées, elle retrouve sa famille massacrée par trois mystérieux hommes aux foulards rouges. Un seul de ses enfants a survécu: Caleb, douze ans. Le fils et la mère vont alors s’unir pour faire justice eux-mêmes.

La scène inaugurale de ce roman est incroyable. On ressent dès les premières pages que quelque chose cloche. Et puis, en même temps qu’Elspeth, on découvre le massacre d’une famille. Et bientôt, la vengeance sourd dans les veines de Caleb et de sa mère. On devine aussi que les liens unissant Elspeth à sa famille sont spéciaux. On découvrira rapidement dans quelles circonstances elle a eu ses enfants, comment elle a rencontré Jora, son mari. Un mari bien étrange d’ailleurs qui répond par sentences religieuses. En effet, dans cet univers rude et sombre, la religion pèse comme un couvercle et régit encore les vies au quotidien.

Quand Caleb et sa mère se lancent à la poursuite des assassins, il n’y a pas de course-poursuite effrénée ici, cheval au galop mais un retour à Watersbridge, la ville natale de Caleb. Pour y parvenir, Caleb et sa mère devront d’abord affronter la nature sauvage, rude, sans pitié. C’est l’hiver: il neige. Il faut se frayer un chemin dans les congères, ne pas s’endormir, succomber à la paresse sous peine de mourir de froid. Et il y a enfin l’arrivée à Watersbridge, une petite ville constituée de trois ou quatre rues: sa mine, son bordel, ses quelques boutiques. C’est là que les personnages s’établissent pour tenter de retrouver les tueurs.

Certains passages sont un peu longuets. On suit assez longtemps Caleb et Elspeth à Watersbridge, cherchant du travail mais n’enquêtant pas vraiment. Les silences entre le fils et la mère sont souvent longs, remplis de non-dits et de gêne et participent à l’économie du roman. On bascule peu à peu dans un roman noir, un polar glauque et sombre malgré la blancheur sépulcrale de la neige qui emprisonne tout.

Quant à la fin, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai été ébahie, bouleversée par le chemin qu’avait choisi d’emprunter l’auteur. Quelle fin magistrale à la hauteur de tout le livre finalement!

« Retour à Watersbrige » est un premier roman fort et sombre qui me laissera un souvenir profondément gravé dans la mémoire.

Lectio Letalis de Laurent Philipparie

 

 

Lectio Letalis de Laurent Philipparie,

Publié aux éditions Belfond,

2019, 368 pages.

Paris. Un assistant d’édition tout juste embauché se tranche les veines à la lecture du premier manuscrit qui lui est confié. C’est la troisième fois, en quelques semaines, que le même scénario-suicide se produit dans cette maison d’édition. Bordeaux. Le lieutenant Gabriel Barrias, ancien indic devenu flic, enquête sur l’assassinat atypique d’un psychiatre massacré par un rapace, dans son cabinet, en pleine consultation. Deux affaires éloignées en tout point, et pourtant. Un nom apparaît des deux côtés. Celui d’Anna Jeanson, qui fut, dix ans plus tôt, l’unique survivante d’un suicide collectif survenu dans une secte dressant des animaux à tuer.

Je remercie une fois de plus Laure du blog Boulimie Livresque qui m’a fait parvenir gentiment ce roman. La quatrième de couverture m’a tout de suite interpellée. Un mystérieux manuscrit qui tuerait tous ses lecteurs? Voilà de quoi éveiller ma curiosité. Au final, si j’ai aimé certains aspects de ce thriller, je sors plutôt mitigée de ma lecture.

A Paris, un jeune assistant est retrouvé mort. Il vient de se suicider en s’ouvrant les veines. L’inspecteur en charge constate qu’il s’agit du troisième cas de « suicide » lié cette fameuse lecture. Alors qu’il convoque l’éditeur sur place pour constater les faits, ce dernier prend la fuite. Que sait-il? A Bordeaux, en même temps, un psychiatre renommé a été assassiné par une de ses anciennes patientes, Anna Jeanson. L’inspecteur Gabriel Barrias mène l’enquête et comme il est du genre têtu, il se rend compte que son affaire possède un point commun avec celle de Paris…

Dans ce thriller, il faut s’accrocher car tout va très très vite. On suit d’abord l’enquête à Paris avec ce fameux manuscrit maudit qui tuerait ses lecteurs pour ensuite se décentrer rapidement sur l’enquête bordelaise, là où officie Gabriel. Pas le temps de s’ennuyer surtout que l’auteur mêle ésotérisme et secte dans son roman. D’ailleurs l’explication donnée pour cette fameuse létalité du manuscrit m’a plutôt convaincue. L’auteur part sur la piste des sectes et émet l’hypothèse qu’elles envahissent notre paysage quotidien. J’ai trouvé que c’était plutôt cohérent et intelligent.

Là où je suis moins  convaincue c’est justement sur l’enchaînement des actions. J’ai trouvé finalement que tout allait bien trop vite. Gabriel ne « galère » pas vraiment dans son enquête et toutes les portes semblent s’ouvrir devant lui. J’aurais préféré que l’auteur prenne davantage son temps. Une centaine de pages ne m’auraient pas dérangée outre mesure. En outre, le thème de ces fameux oiseaux tueurs n’est pas assez développé pour moi. Je n’y ai pas vraiment cru là non plus. Paradoxalement, certains passages sont très longs et ne servent pas vraiment l’intrigue. Ainsi, les chapitres liés au personnage de Capucine m’ont ennuyée.

En revanche je dois reconnaître que l’auteur s’y connaît lorsqu’il parle du métier de policier (en est-il un lui-même? je crois…). Même si certaines flics sont caricaturaux (lourd passé, dépendance, traumatisme, …), Laurent Philipparie nous fait vivre ce métier à haut risque de l’intérieur et ça c’était vraiment chouette. Gabriel est toujours divisé entre suivre son instinct qui passe par une désobéissance à la loi et respecter justement les règles pour ne pas sortir du droit chemin. J’ai aussi aimé le fait que l’auteur place une femme comme chef suprême de tous ces hommes à la testostérone sur-développée! C’est bien trouvé et bien amené pour la profane que je suis.

« Lectio Letalis » reste un bon thriller qui n’est pas exempt de défauts. Sa force réside dans son originalité mais certains raccourcis dans l’intrigue me laissent un sentiment mitigé.

 

 

Le Diable tout le temps de Donald Ray Pollock

 

 

 

Le Diable tout le temps de Donald Ray Pollock,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2014, 208 pages.

 

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Wahou! Quelle claque littéraire je viens de prendre en refermant ce bouquin. Donald Ray Pollock nous peint des personnages sombres, torturés. Je ne sais pas vraiment pas quel bout commencer.

On suit le destin de plusieurs personnages: il y a d’abord Arvin, fils unique de Willard et Charlotte. Alors que cette dernière tombe gravement malade, son époux va tout tenter pour la sauver quitte à mettre en cause l’équilibre mental d’Arvin. On suit aussi Roy, prédicateur attaché à Théodore, musicien en fauteuil roulant. Ces deux-là vont de ville en ville pour porter la bonne parole. Il y a enfin Sandy et Carl, un couple de paumés qui prend les auto-stoppeurs pour les enlever et les tuer d’une manière bien macabre.

Ce qui guide les destins de ces personnages? La religion. Souvent complètement fanatiques, ces personnages sont pourris jusqu’à l’os. Ils évoquent Dieu pour se convaincre du bien-fondé de leurs actions dévoyées et perverses. Le roman montre le côté le plus sombre, le plus glauque de l’homme. Il n’y a personne à sauver dans ce livre. Le rêve américain n’existe pas. Donald Ray Pollock nous balade à travers une Amérique poussiéreuse, ensanglantée, crasseuse. J’ai été happée d’un bout à l’autre. Les chapitre consacrés à Sandy et Carl m’ont hypnotisée. Jusqu’où sont-ils prêts à aller pour assouvir leur fantasme de mort? Idem pour le duo Roy/Théodore à travers lequel le lecteur découvre la vie des hobos. Leur vie en devient répugnante, repoussante.

Le Diable tout le temps a été une lecture souvent violente, dérangeante dans laquelle le sexe et la brutalité font la loi. On plonge au cœur du sordide le plus total et pourtant, j’ai adoré cette écriture vraie, obscène, parfois vulgaire. Le personnage d’Arvin m’a bouleversée car c’est le seul dont les actes finalement sont excusables puisqu’ils servent un cœur pur et authentique. J’ai dévoré ce roman, parfois jusqu’à l’écœurement. Il y a des scènes terribles et j’ai eu besoin de reposer le livre pour prendre de la distance comme avec le personnage de Lenora, au destin tragique. Il m’a été impossible de ne pas finir ce roman rapidement, un peu comme une droguée en manque tellement l’écriture de l’auteur est percutante.

« Le Diable tout le temps » est un chef-d’œuvre de noirceur et de violence. Lisez-le sans concession.

Justine Barcela, Tome 3: Cerro Rico de Thierry Berlanda

 

 

 

Justine Barcela, Tome 3: Cerro Rico de Thierry Berlanda,

Publié aux éditions du Rocher,

2019, 478 pages.

 

Les principaux monopoles privés de la planète réalisent jour après jour leur projet d’emprise totale.
Les informations que Dupin publie dans les quelques médias qui échappent encore à leur contrôle, gênent à peine leur expansion… jusqu’au jour où il révèle un plan illicite d’acquisition de la plus importante réserve de lithium, en Bolivie.
Jane Kirpatrick, l’âme du cartel, déclenche alors son agent le plus redoutable, Jacques Salmon alias le Python, afin d’anéantir le journaliste et son réseau d’informateurs clandestins. Seule Justine Barcella, qui formait autrefois avec Salmon un commando de liquidateurs, pourrait le contrer. Mais elle se voue désormais à sa vie d’institutrice dans un village toscan. Décidera-t-elle de revenir dans le jeu ? La réponse semble celée dans les entrailles du Cerro Rico.

Un grand merci à Thierry Berlanda et aux éditions du Rocher pour la découverte de ce thriller qui m’a beaucoup plu! Je n’ai pas lu les deux premiers tomes mais je n’ai eu aucun problème pour comprendre l’enjeu du roman. En effet, l’auteur veille à nous rappeler les liens qui existent entre les personnages. Vous pouvez ainsi, comme moi, vous lancer sans problème dans ce troisième tome.

L’intrigue se déroule d’abord à Tirana. On y fait la connaissance d’Antoine Dupin. C’est une sorte de lanceur d’alertes qui publie un journal dans lequel il dénonce les agissements des cinq puissantes multinationales qui gouvernent le monde à présent. En effet, les États ne sont plus vraiment indépendants et l’auteur nous peint ici un univers décadent dans lequel règne la loi du plus fort. Au centre de tous ces enjeux, il y a Jane Kirpatrick qui détient le monopole des firmes pharmaceutiques et qui tirent les ficelles de l’univers. Si vous souhaitez vous refaire une petite beauté et rajeunir de vingt ans avec les nano-particules, c’est tout à fait possible dans ce monde où la technologie domine tout et tout le monde.

Le jour où Antoine Dupin se sent menacé, il va trouver Justine Barcela, une ex-membre d’un commando très spécial. Justine se lancera-t-elle à nouveau dans l’aventure pour dénoncer les agissements terribles de Jane Kirpatrick?

L’intrigue est plutôt complexe et je ne voudrais pas gâcher votre lecture en révélant trop de choses. On est bel et bien dans du thriller qui tourne autour de la technologie et j’ai vraiment aimé ce point de vue. Finalement, l’auteur anticipe ce qui pourrait être notre avenir à tous. J’ai aimé parce qu’il n’y a pas de temps morts. On est dans l’action sans tomber non plus dans l’excès.

J’ai bien sûr adoré le personnage de Justine. Thierry Berlanda fait le pari d’en faire non pas une James Bond Girl mais plutôt la digne héritière de Jason Bourne. Enfin une héroïne intelligente et vraiment très maligne qui s’éloigne des clichés tant attendus. Les femmes ont d’ailleurs toutes une place importante puisque l’un des personnages les plus puissants du roman n’est autre que Jane Kirpatrick, la grande prêtresse des nano-technologies.

L’intrigue est précise, parfois un peu ardue à saisir pour la novice que je suis mais on sent que l’auteur « a bossé » son sujet. C’est dense, intense et terriblement efficace avec un dénouement glaçant auquel je ne m’attendais pas. Il y a des scènes qui font froid dans le dos car l’auteur décrit un univers terrible dans lequel la vie humaine n’a finalement plus de prix.

« Cerro Rico » est un thriller décapant que je recommande. L’intrigue bien ficelée et les personnages intéressants en font un roman de qualité.