Les enchanteresses, Tome 1 de Sophie Gliocas

Les enchanteresses, Tome 1 de Sophie Gliocas,

Publié aux éditions Hachette,

2021, 396 pages.

Imaginez pouvoir vous protéger de vos harceleurs. Imaginez pouvoir vous venger d’eux, sans avoir à bouger le petit doigt. Séduisant, n’est-ce pas ? C’est ce que pensaient Bleuenn, Flora et Lizig… du moins, jusqu’à ce que ça aille trop loin.
En trouvant un grimoire dans la forêt de Brocéliande, ces trois filles que tout oppose n’auraient jamais pensé que ses incantations marcheraient vraiment. Et puis, leur vie a basculé et elles sont devenues des Enchanteresses…

Bleuenn, 15 ans, déménage de Paris avec son père et sa petite sœur, en Bretagne. Elle intègre un nouveau lycée, la boule au ventre. Il faut dire que tout le monde se connaît dans cette petite ville. Pas facile de trouver sa place surtout que Bleuenn devient vite la cible de moqueries. La bande d’Antoine Le Bihan s’en prend régulièrement aux élèves moins populaires. Bleuenn s’en rend compte lorsqu’elle fait la connaissance de Flora, la seule fille noire du lycée. En trouvant un grimoire dans la forêt de Brocéliande, lors d’une course d’orientation, les filles ne se doutent pas qu’elles vont devenir des enchanteresses…

Quelle belle surprise que ce roman destiné aux ados à partir de 13 ans. Sophie Gliocas a su me convaincre. Elle emploie le ton juste pour mettre en scène ses personnages d’adolescents.C’est pile les bons dialogues, les bonnes répliques. Pas simpliste ni mièvre, j’ai vraiment eu l’impression d’être avec des ados préoccupés par ce qui les intéresse le plus: les réseaux sociaux, les amis, les amours, les fêtes.

L’autrice prend pour thème le harcèlement scolaire pour lancer son intrigue. Il y a la bande « cool » d’Antoine qui n’hésite pas à se moquer et à humilier ceux qui paraissent trop différents. Là encore le ton est juste. On parle de harcèlement sur les réseaux, d’exclusion. Le ton est réaliste.

Le tout est saupoudré d’une pointe de magie liée aux légendes arthuriennes. En effet, Bleuenn et ses amies vont trouver un grimoire qui va leur conférer des pouvoirs. Mais la magie est à manier avec délicatesse. En voulant se venger de leurs harceleurs, les filles vont se faire prendre à leur propre piège. Leur amitié sera soumise à rude épreuve. Il y a un côté assez sombre dans ce roman que j’ai particulièrement apprécié. Et puis il y a surtout cette notion de sororité qui plane sur tout le livre. Sophie Gliocas a le don de faire passer des messages tout en simplicité sans tomber dans les clichés!

Ce premier tome des Enchanteresses a tout bon! Laissez-vous guider par ce trio d’apprentis sorcières lié par une amitié plus forte que tout!

L’agence Lovecraft, Tome 1: Le mal par la mal de Jean-Luc Marcastel

L’agence Lovecraft, Tome 1: Le mal par le mal de Jean-Luc Marcastel,

Publié aux éditions Gulf Stream,

2021, 176 pages.

D’implacables adversaires ont pris en chasse Ryan, Marie et Sergueï. Ces trois adolescents ne se connaissent pas, mais ont un point commun : tous trois possèdent des pouvoirs littéralement effrayants. Des pouvoirs hérités de monstres qui dorment depuis des millénaires et qui sont en train de se réveiller. Heureusement, Ryan, Marie et Sergueï sont aidés dans leur fuite par une jeune fille travaillant pour un mystérieux groupe : l’Agence Lovecraft. Ils apprennent alors que la Terre est menacée et qu’ils représentent le dernier rempart contre des forces maléfiques. Ryan, Marie et Sergueï accepteront-ils de livrer le combat le moment venu ?

En Russie, en France et aux États-Unis, trois ados, Sergueï, Marie et Ryan, sont traqués par des hommes en noir, prêts à tout pour les capturer. Dotés d’étranges pouvoirs, ils sont tous sauvés in extremis par une équipe: celle de l’agence Lovecraft qui veille à ce qui est endormi, le soit pour toujours…

Ce roman fantastique est dédié aux ados à partir de 12-13 ans et il est parfait pour leur faire découvrir l’univers lovecraftien. Les références y sont nombreuses et on y croisera des êtres écailleux effrayants. J’ai vraiment aimé car on y retrouve une ambiance sombre dans laquelle les légendes et les mythes enfouis prennent vie. C’est un roman aux accents steampunk dans lequel vous croiserez l’héritière du capitaine Nemo à bord d’un sous-marin qui rappelle le Nautilus bien entendu!

Les clins d’œil à l’œuvre du maître sont nombreux: de L’appel de Cthulhu en passant par Le cauchemar d’Innsmouth, les petits lecteurs comme les grands y trouveront leur compte! On sent que l’auteur s’est fait plaisir avec cette histoire . Il respecte bien le style lovecraftien où tout est souvent plutôt suggéré que montré véritablement, laissant là l’imagination prendre le relais et donnant des sueurs froides à celui qui tente d’imaginer l’abominable.

J’ai adoré l’atmosphère, le rythme mais aussi le style très fluide de Jean-Luc Marcastel!

Ce premier tome est en tout point réussi! Laissez-vous tenter par ce roman jeunesse aux allures steampunk et par cette magnifique couverture qui vous révélera bien des secrets une fois plongée dans le noir…

In Real Life, Tome 1: Déconnexion de Maïwenn Alix

In Real Life, Tome 1: Déconnexion de Maïwenn Alix,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2021, 398 pages.

Dans un futur postapocalyptique, les humains vivent dans de petites implantations agricoles, travaillant à régénérer les écosystèmes endommagés. Chaque individu est connecté au Système. À travers ce vaste réseau numérique, les gens peuvent communiquer par la pensée et visiter pendant leur sommeil des « rêves éveillés », des rêves si réels qu’ils permettent aux membres du Système de vivre une existence virtuelle en parallèle de leur vie dans l’implantation. Chaque nuit, les adolescents s’affrontent dans des épreuves de construction de rêves. Le jour de la Répartition, les plus doués quitteront leur implantation pour consacrer leur vie à l’élaboration des rêves éveillés. Brutalement arrachée au Système alors qu’elle est sur le point de remporter le Tournoi des constructeurs, Lani découvre un monde « hors connexion », dans lequel son pouvoir d’élaborer des rêves lui offre un destin inattendu.

Déconnexion est le premier roman de la trilogie dystopique In Real Life. Dans cet univers de SF, les humains sont connectés au Système et vivent en harmonie. Ils communiquent par la pensée, vivent dans des implantations agricoles et leur vie est parfaitement réglée. Pendant leur sommeil, ils vivent et créent des rêves éveillés. Le jour de la répartition, Lani, une jeune fille de 17 ans, est enlevée par des rebelles. Elle découvre alors un monde qu’elle ne soupçonnait même pas, bien loin du Système.

Ce premier tome est un tome plutôt introductif. On y fait la connaissance du personnage principal, Lani. Le lecteur pénètre directement dans cet univers dystopique dans lequel vont s’affronter le monde, a priori idéal avec Système, et le monde des rebelles, sans Système. J’ai trouvé cette opposition assez intéressante. Lani se rend compte que toutes ses émotions, ses pulsions ont été réfrénées jusque là par le Système qu’il s’agisse aussi bien de l’amour que de la haine ou de la colère. Ce roman ouvre une petite dimension philosophique à hauteur du jeune âge des lecteurs auxquels il est destiné. Doit-on vivre dans une société aseptisée, réglementée mais sans violence au détriment de nos émotions?

Les plus jeunes y trouveront leur compte d’actions et de rebondissements. C’est parfois peut-être trop rapide dans l’explication de la construction des univers, dans la manière dont vivent les humains dans ces nouvelles sociétés mais le parti pris de l’auteur est assez original.

« Déconnexion » est un roman destiné aux ados qui développe un univers dystopique intéressant. Un premier pas pour s’initier au genre de la SF avant de se lancer dans des romans plus complexes!

Ranee Tara Sonia Chantal Anna de Mitali Perkins

Ranee Tara Sonia Chantal Anna de Mitali Perkins,

Publié aux éditions Bayard,

2021, 345 pages.

Des années 1960 aux années 2000, cinq femmes cherchent leur propre voie, entre leur culture indienne et le rêve américain auquel elles aspirent. Ranee migre avec sa famille du Bengale à New York pour une vie meilleure.
Tara, sa première fille, est admirée par tous, mais se sent obligée de jouer un rôle pour continuer à être aimée.
Sonia, sa cadette, rebelle et engagée, provoque un véritable séisme au sein de la famille lorsqu’elle tombe amoureuse.
Chantal, la fille de Sonia, talentueuse danseuse et athlète, est prise dans une lutte entre ses deux grands-mères et ses origines. Anna, enfin, reproche à sa mère, Tara, de l’avoir forcée à quitter l’Inde pour les États-Unis et doit trouver sa place à New York.

Ce roman de Mitali Perkins nous présente cinq femmes toutes de la même famille, sur trois générations. Il y Ranee, la grand-mère, né au Bengale, émigrée à Londres puis à New-York. Sonia et Tara sont ses deux filles. Chantal et Anna ses petites-filles. C’est l’occasion pour l’auteure de revenir sur la vie de ces femmes à différentes époques, dans différents lieux.

Ranee est le personnage principal de la première partie. Vêtue de ses saris, avec son fort accent indien, elle dénote parmi les new-yorkais. Partagée entre son envie de s’intégrer et celle de conserver ses traditions, elle incarne cette première génération d’indien émigrés au USA. Mariée très jeune à un homme qu’elle ne connaissait pas, elle aspire pour ces filles à une vie moins ancrée dans le carcan. Elle voit bien que Tara et Sonia vont emprunter des voies différentes.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la deuxième partie du roman consacrée aux deux sœurs. Elles sont parfaitement intégrées dans leur quartier pauvre, dans ce New-York des années 70. Tara est une très belle jeune femme qui attire tous les regards tandis que Sonia va s’engager corps et âme dans toutes les luttes possibles et inimaginables. Elles incarnent une sorte d’insouciance, de rêve américain. J’ai beaucoup aimé cette partie parce que l’auteur nous fait revivre les années 70 dans un quartier pauvre et majoritairement noir de New-York. Il y a toute une ambiance qui s’en ressent et c’était vraiment super à lire.

La troisième partie en revanche m’a moins plu car je l’ai trouvé trop jeunesse. J’ai été captivée par les vies de Sonia et Tara, leurs envie, leurs rêves mais leurs filles respectives, parfaitement intégrées dans la société m’ont moins intéressée. Le roman a une tonalité plus young adult qui m’a moins accrochée.

Ce roman de Mitali Perkins est une belle découverte, un hommage rendu à ses origines à travers cinq portraits forts et différents.