La Passe-Miroir, Tome 3: La Mémoire de Babel

 

 

La Passe-Miroir, Tome 3: La mémoire de Babel de Christelle Dabos,

Publié aux éditions Gallimard Jeunesse,

2017, 485 pages.

Thorn a disparu depuis deux ans et demi et Ophélie désespère. Les indices trouvés dans le livre de Farouk et les informations livrées par Dieu mènent toutes à l’arche de Babel, dépositaire des archives mémorielles du monde. Ophélie décide de s’y rendre sous une fausse identité.

Je me suis enfin attachée à dégommer ce qui devait être le dernier tome de la saga de la Passe-Miroir. Je dis bien « devait » car entre temps, un quatrième tome clos la saga définitivement!

J’avais moyennement aimé le premier tome, beaucoup plus apprécié le deuxième. Ce troisième tome est pour moi réussi. Le seul hic c’est que j’ai eu beaucoup de mal à me rappeler les deux précédents. Christelle Dabos déploie quand même un univers complexe. Pas évident de s’y repérer surtout que l’intrigue débute in media res sans laisser la possibilité au lecteur de se remémorer ce qu’il s’était passé bien avant.

Inutile donc de vous résumer l’intrigue qui vous spoilerait. Je peux juste vous dire que l’univers déployé par l’auteur est, selon moi, de plus en plus étoffé et dense. La Passe-Miroir est destiné aux bons lecteurs adolescents ou jeunes adultes. J’ai parfois eu la sensation de retrouver cette magie, cette ambiance chère à Harry Potter. Tous les détails comptent: un objet, une phrase prononcée. Christelle Dabos n’est passée à côté de rien.

Le personnage d’Ophélie est toujours aussi intéressant car elle reste jusqu’au bout une anti-héroïne: myope, maladroite, rondelette. Elle gagne pourtant en assurance. Les autres personnages laissent place à une certaine diversité appréciable, sans que l’auteur en fasse des tonnes. Je trouve ça vraiment intéressant de ne pas voir seulement que des héros blancs et hétéros.

On sent toutefois que l’auteur n’avait pas forcément prévu une suite à ce troisième tome et j’ai eu l’impression qu’elle forçait les choses à la toute fin du roman.

Cette lecture me conforte dans l’idée que Christelle Dabos possède une plume complexe et je suis curieuse de voir vers quels horizons elle va se tourner. Quant au quatrième tome, je le lirai si j’en ai l’occasion.

Waterwitch de Alex Bell

 

 

Waterwitch d’Alex Bell,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2019, 211 pages.

Certaines malédictions deviennent de plus en plus puissantes avec le temps…
Suite à un accident, Emma a perdu l’usage de ses jambes. Sept ans plus tard, l’adolescente revient en Cornouailles, sur les lieux du drame : l’auberge familiale du Waterwitch, gérée par sa grand-mère mourante. Ce bâtiment a été construit avec le bois d’une épave, celle d’un navire au passé trouble, maudit raconte la légende. Parmi les sombres secrets qui hantent l’auberge se cachent des fantômes du passé.
Et l’un d’eux est particulièrement en colère.

Waterwitch est un roman court destiné aux ados qui m’a servi de pause entre deux gros pavés. On suit Emma qui est en fauteuil roulant à la suite d’un accident. Sept ans après le drame, elle revient en Cornouailles pour dire un dernier adieu à sa grand-mère mourante. C’est l’occasion pour Emma d’aller sur les lieux de son enfance et notamment l’auberge de sa grand-mère, le Waterwitch, maintenant abandonnée et condamnée.

On raconte de drôles de choses sur cette auberge. Elle aurait été construite avec le bois de l’épave du Waterwitch, un bateau maudit par une sorcière. La grand-mère d’Emma défend à sa petite fille de se rendre dans l’auberge qui est hantée. Mais la curiosité pousse Emma à pousser les portes du Waterwitch…

Alex Bell plonge son lecteur dans une ambiance sombre, faite de légendes et de contes merveilleux. Mais dans ses contes, il n’y a pas de belles princesses et de valeureux princes. On a plutôt affaire à des sorcières vengeresses et des malédictions, des monstres tapis dans les ténèbres et des bruits suspects la nuit. Ce petit roman fantastique ravira les jeunes lecteurs du genre et saura leur procurer quelques frissons. Alex Bell reprend tous les codes qui nous terrifient durant l’enfance: le noir, les sorcières, les bruits étranges la nuit, les vieilles légendes oubliées. Les ados adoreront!

Elle aborde aussi des thèmes intéressants comme le handicap, la maltraitance infantile. Ces deux aspects sont bien développés et permettent d’aborder des thèmes délicats sans tomber pour autant dans le pathos.

Le seul bémol que j’apporterai au roman est sa traduction pas toujours à la hauteur. Il y a des erreurs grossières mais également un gros manque de structure dans la syntaxe avec une absence de négation correcte ou de recherche de vocabulaire précis. C’est dommage. Ce n’est pas parce que le roman s’adresse aux ados qu’il faut simplifier les choses. Au contraire, soyons exigeants!

« Waterwitch » séduira les plus jeunes d’entre nous en mal de sensations fortes.

Terres du Nord, Tome 1: La quête du Sampo de Monia Sommer

 

 

Terres du Nord, Tome 1: La quête du Sampo de Monia Sommer,

Publié aux éditions Séma,

2019, 252 pages.

 

Alors que la Finlande menace de s’effondrer face à l’invasion suédoise, Satu, une jeune journaliste, part en quête du Sampo, un objet légendaire, seul élément capable de les sauver, elle et son pays.
Sur fond d’apocalypse et de légendes finnoises, Terres du Nord propose une quête initiatique qui pose les fondations d’une fantasy à la fois futuriste et magique, dont le Kalevala sert de point d’ancrage et de guide intemporel.

Terres du Nord est le premier tome d’une saga mettant à l’honneur les légendes finnoises. Dans un futur proche, l’Europe n’existe plus. Certains pays ont conclu des alliances. La Finlande, seule, résiste mais son peuple est décimé par un curieux virus. Satu, journaliste de dix-neuf ans, part en quête du Sampo, un objet magique, capable de sauver son peuple….

Monia Sommer propose dans ce roman fantasy de suivre Satu dans une quête initiatique. Le début du roman est un peu chaotique car l’auteure fait un portrait plutôt sombre de la vie en Finlande mais elle y passe trop peu de temps et n’y revient pas, laissant son lecteur plein de questions. Comment la situation politique en est-elle arrivée là? Il y a trop de zones d’ombre qui sont vite écartées via le personnage de Satu qui prend alors toute la place.

Rapidement (peut-être trop), Satu réalise qu’elle a le pouvoir de se métamorphoser en loup et qu’elle doit accomplir une mission cruciale pour sauver son peuple. Là encore, ça va trop vite. En quelques pages, Satu a la révélation de son don, elle perd tout et accepte sa mission. C’est vraiment trop rapide, à peine esquissé. Les rebondissements s’enchaînent et étourdissement le lecteur. On passe parfois du coq à l’âne et les relations entre les personnages sont prévisibles à tel point que j’ai levé les yeux au ciel à de nombreuses reprises.

Ce qui sauve le roman, c’est le fond légendaire de l’intrigue consacré aux légendes finnoises, que je connais fort mal. L’auteur puise dans la mythologie nordique. On nous parle du Sampo, de la sorcière Louhi, des esprits et des dieux finnois. J’ai beaucoup aimé cet univers, hélas, trop peu développé à mon goût.

Le reste du roman paraît bâclé, rapide, les quêtes secondaires sont bien floues et prévisibles.

« Terres du Nord » est une déception pour moi. Malgré la tonalité nordique du roman, l’auteure n’a pas su réellement m’emballer.

Memory de Christine Féret-Fleury

 

 

Memory de Christine Féret-Fleury,

Publié aux éditions Lynks,

2017, 189 pages.

 

Il y a le phare, où Mem mène une existence de captive, coincée entre son frère Sam et l’inquiétant Joris. Il y a le quotidien, morne et gris, la peur au ventre, peur d’être frappée, peur de prononcer un mot interdit, peur de déployer ses ailes, et qu’elles lui soient arrachées. Il y a le rêve, aussi, toujours le même, qui l’aide à tenir le coup. Jusqu’au jour où le refuge du trio est attaqué. Libre presque malgré elle, Mem s’en va sans un regard en arrière. Bravant la pluie, la fatigue, le froid, elle échoue dans l’antre d’une vieille femme, rescapée d’un monde disparu, interdit. Auprès d’elle, la jeune fille apprend à respirer sans craindre les coups et surtout, à lire et à écrire. S’ouvre alors pour l’orpheline un monde nouveau, un monde dans lequel les éclats morcelés du passé et du présent se rejoignent, où se cache peut-être la clef de son identité perdue…

Memory….Voilà un titre et une quatrième de couverture bien mystérieux et pour cause! Dans ce roman Young Adult, l’auteure nous entraîne sur les traces de Mem. Elle vit dans un phare avec Joris et Sam. Elle s’occupe des tâches ménagères. A l’image de Cendrillon, elle est la dernière à manger, à se coucher, à profiter d’un peu de la chaleur du foyer. Une menace constante plane sur le phare. Les Autres peuvent attaquer d’un moment à l’autre. Maintes fois repoussés, Les Autres s’emparent de phare dans une bataille violente. Mem sera la seule rescapée et devra prendre la route pour trouver un refuge, un ailleurs, …

J’avoue qu’en débutant ce roman, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Les premières pages nous plongent dans le quotidien de Mem. L’auteure distille les indices d’une catastrophe qui aurait bouleversé l’ordre du monde établi mais un monde corrompu, strict et violent où les faibles sont sacrifiés et où la liberté n’est qu’un vain mot.

Et puis il y a enfin la liberté pour Mem qui va partir en quête de quelque chose d’autre. Seule, livrée à elle-même, Mem va faire une rencontre décisive. Calypse, dans sa grotte, va lui apprendre à lire et à écrire et lui montrer que sans savoir, l’homme n’est rien…

Memory est d’abord un roman qui rend hommage aux livres. L’auteure imagine un monde d’où les livres ont été bannis, éradiqués. Mem trouve un exemplaire de l’Odyssée d’Homère. A l’image d’Ulysse, elle va, elle aussi, vivre son Odyssée. La rencontre avec Calypse (Calypso?) sera décisive. J’adore ce genre de livre qui glisse des références à d’autres livres. On peut ainsi lire l’histoire de Mem comme une quête: celle du retour au savoir comme Ulysse cherche à rentrer à Ithaque. Quel bonheur de lecteur de voir les références multiples à Calypso, Argos et j’en passe.

On peut aussi lire ce roman de manière plus directe, plus concrète comme la quête d’une jeune femme pour trouver sa place, sa liberté. Mais je crois qu’il est essentiel de garder en tête les mots d’Homère pour comprendre tout l’enjeu du roman. Memory n’est pas qu’un roman d’aventures Young adult. Il est bien plus profond que ça et c’est au lecteur d’en déchiffrer les messages cachés.

Certains regretteront peut-être le caractère à peine esquissé de ce monde en déroute, sans espoir dans lequel les livres n’ont plus leur place. A l’inverse, j’ai aimé que l’auteure reste subtile et n’en dise pas trop. Au lecteur d’imaginer ce qui a pu arriver.

« Memory » est un roman surprenant qui recèle bien des mystères et des messages cachés. Un livre à relire et à conserver, assurément.