Zénith, Tome 1: Les forces du passé

 

Zenith, Tome1: Les forces du passé de Sasha Alsberg et Lindsay Cummings,

Publié aux éditions Bayard Jeunesse,

2019, 631 pages.

Un gang de filles sanguinaires règne sur la Galaxie Mirabel.
Surentraînées, expertes en maniement des armes, pilotes de génie, ces rebelles ne respectent qu’une loi : la leur !
À leur tête, Androma Racella, alias la Baronne Sanglante, criminelle recherchée dans tous les Systèmes Unifiés, compte les morts qu’elle laisse sur son passage. Mais quand Dex, une sombre figure du passé, resurgit pour leur proposer un marché, leur errance s’arrête brutalement. Andi se retrouve face à un terrible dilemme : mourir ou trahir.
Si la Baronne Sanglante n’a plus rien à perdre, elle a une dernière mission à accomplir : la vengeance.
Et Androma est plutôt douée dans son genre.

Zenith est une réception Babelio, un roman plutôt estampillé « Young adult » mais qui m’a attirée à cause de son résumé alléchant. Une bande de filles, badass, survole les nombreuses galaxies, se livrant au passage à toutes sortes de trafic: drogue, rançon, blanchiment, … Il y a Lira, une pilote talentueuse, Gilly et Breck les artilleuses et Androma dite « Andi », la capitaine, la « Baronne sanglante » qui sème la terreur dans tout l’univers. Mélangez tout ça à une sauce Space opera et vous obtenez Zenith! Enfin, presque…

Sur le papier, ça faisait rêver mais la lecture a été ardue parfois même douloureuse. Les premiers chapitres m’ont assez plu. On suit ces quatre filles qui ne font pas dans la dentelle. Androma sort d’une mission périlleuse avec son équipe. Elle a du tuer et elle grave sur ses sabres des encoches comme autant d’hommes morts au combat. On fait doucement la connaissance de ce gang de filles: elles viennent toutes de planètes différentes. Lira a par exemple des écailles bleues sur tout le corps; Breck est une géante que les balles n’atteint pas. On se dit: « tiens, ça va être sympa de les suivre en mission et de découvrir cet univers ».

Et puis, badaboum, tout s’effondre au bout de quelques pages. L’arrivée de Dex vient bouleverser la donne et fait basculer, selon moi, le roman dans un truc archi cucu. Dex intercepte le vaisseau d’Androma et la met en face d’un choix cornélien: la jeter en prison pour tous ses crimes ou s’associer avec lui pour aller sauver Valen, le fils du général des Univers unifiés (ou un truc du genre), détenu sur Lunamere, une prison de haute sécurité. Et là où ça n’a pas matché pour moi c’est que Dex n’est autre que l’Ex d’Androma. Vous voyez venir le truc à 100 kilomètres? C’est normal! Ils se détestent, se sont aimés, quittés en mauvais terme et là ils doivent faire équipe! Le roman vire alors dans un truc de midinette très prévisible car Androma a un petit cœur qui souffre sous sa carapace…

Ajoutez à cela des méchants pas du tout crédibles, des personnages d’un creux abyssal, et vous obtenez un ennui mortel. Je suis allée au bout des 630 pages quand même pour voir (car je garde toujours espoir). Mais non, ça ne l’a pas fait du tout. L’intrigue est embrouillée, décousue et prévisible. Les pirates de l’espace ne sont pas du tout crédibles. J’ose le dire: c’est mauvais, vraiment mauvais et je ne comprends pas quel public peut être visé par ce genre de bouquin. Je me suis accrochée pourtant mais là, rien, c’est le vide absolu. C’était mauvais, un point c’est tout.Androma est une caricature de toutes les héroïnes à elle seule: un passé douloureux, très douloureux, des cheveux à la L’Oréal. Elle est trop belle même avec ses cicatrices. Elle sait trop bien se battre et tout et tout et en plus elle est sensible. Non mais allô, quoi? On écrit encore ça aujourd’hui?

Le Zenith a vite décliné avec moi: des personnages sans profondeur, une intrigue prévisible et simpliste, une héroïne caricaturale! Passez votre chemin avec ce bouquin (et épargnez votre temps).

 

Les émeraudes de Satan de Mathieu Bertrand

 

 

Les émeraudes de Satan de Mathieu Bertrand,

Publié aux éditions Eaux troubles,

2019, 384 pages.

 

1306, Poitiers : Le dernier Grand Maître Jacques de Molay, sentant la fin de l’Ordre des Templiers approcher, informe le Pape Clément V qu’il est en possession d’une couronne ayant appartenu à Satan lui-même. Par peur de ne plus pouvoir en assurer la protection, il la confie au Saint-Père. Ce dernier lui promet de la faire enterrer dans les ruines du Temple de Salomon, seul endroit sur Terre en mesure de limiter ses pouvoirs démoniaques. 2013, Rome : Le Père Paul Kaminsky, agent du service des enquêtes spéciales du Vatican, est sollicité par le Pape qui vient de découvrir d’étranges courriers hérités de ses prédécesseurs. Le prêtre a pour mission de se rendre en France et de retrouver sept émeraudes, ornement d’une couronne ramenée de Terre Sainte au onzième siècle par un chevalier Croisé. Durant cette quête, le prêtre sera épaulé par Elaheh, une mystérieuse Iranienne, membre de la secte des Assassiyine, faction criminelle censée avoir disparu depuis près de mille ans. Des châteaux d’Aquitaine aux remparts de Carcassonne, d’un couvent dans les montagnes corses aux chapelles du Vatican, l’aventure du prêtre catholique et de la jeune musulmane va se transformer en une union sacrée qui leur permettra de se confronter aux forces du Mal tout en essayant d’échapper aux tueurs du mystérieux Ordre Epsilon.

Les émeraudes de Satan m’a été gentiment proposé par son auteur. Très intriguée par le résumé de ce thriller ésotérique, j’ai sauté sur l’occasion pour le lire. Quand je pense thriller ésotérique, je pense tout de suite à Dan Brown et à son Da Vinci Code. A l’époque, j’avais beaucoup aimé (bon, j’étais beaucoup plus jeune et naïve). Mathieu Bertrand nous propose un genre de thriller à la Dan Brown pour le côté énigme et ambiance mais il prend une direction tout autre puisqu’il s’empare de thèmes religieux bien précis, osant même flirter avec le merveilleux le fantastique.

Le résumé en dévoile beaucoup à mon goût. Je vous laisse donc le parcourir si ce n’est déjà fait. Après son élection, le pape reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui annonce l’Apocalypse. Pour la contrer, une seule solution: rassembler les sept émeraudes de Satan, disséminées au Moyen-âge, dans des lieux saints. Pour y parvenir, le pape dépêche l’agent spécial Kaminsky, prêtre de son état. Il va faire équipe avec Elaheh, une jeune musulmane, chargée de protéger et d’aider le prêtre.

On retrouve au final une intrigue plutôt classique dans ce roman: un duo d’enquêteurs que tout semble opposer. Ici le prêtre catholique doit faire équipe avec Elaheh, de confession musulmane. Si au départ, le prêtre ne comprend pas pourquoi elle s’allie avec lui, les révélations nombreuses font lui faire accepter cette drôle de partenaire qui manie aussi bien les langues étrangères que les couteaux. Ce duo doit donc remplir une mission de la plus haute importance: retrouver les émeraudes de Satan pour sauver le monde! Ils devront ainsi se confronter à des énigmes de toutes sortes faisant fonctionner leurs muscles et leur cervelle. J’ai bien aimé la manière dont les personnages menaient leur quête. C’est rythmé. On explore la France: de châteaux en fontaines en passant par l’Aquitaine et la Corse.

Il y a un petit côté ésotérique proche du merveilleux qui m’a bien plu. Les miracles côtoient les sorcières et les démons orientaux. Il faut être ouvert au fantastique pour lire ce livre et ne pas s’attendre à des explications exclusivement rationnelles et réelles. L’auteur possède une solide culture religieuse qu’elle soit chrétienne ou musulmane et c’était assez intéressant à découvrir.

Il y a en revanche des petits trucs qui m’ont moins plu. J’ai d’abord trouvé que l’intrigue allait parfois beaucoup trop vite. Quelques chapitres de plus ne m’auraient pas dérangée. Les personnages parviennent finalement sans trop de mal au bout de leur mission. L’autre point noir pour moi est l’organisation Epsilon, une sorte d’ordre qui menace Kaminsky. Je n’ai pas cru une seule seconde à ces personnages de méchants. Je comprends qu’ils sont là pour apporter plus de tension au récit mais selon moi on pouvait s’en passer. J’aurais aimé que l’auteur explore plus cette piste en profondeur afin de nous peindre des personnages plus dessinés et moins timides!

Les émeraudes de Satan est un thriller ésotérique sans temps mort que j’ai aimé découvrir. Même s’il n’est pas exempt de petits défauts, j’ai trouvé intéressante la quête de nos deux personnages hors du commun.

Le garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry

 

 

Le Garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry,

Publié aux éditions Lynks,

2018, 356 pages.

Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Le roman de David Bry entraîne son lecteur dans un Paris réinventé, au 19ème siècle. L’empire a mis en place une police de la Norme qui, grâce au concours de l’Église, parque sur une île (l’île de la Cité?) les anormaux. Les anormaux sont tous ceux qui sont différents: les malades, les obèses, les handicapés, les homosexuels, les noirs, les malades mentaux. Regroupés dans une cour des miracles (coucou Victor Hugo!), ils vivotent de larcins et de petits boulots qu’on veut bien leur attribuer.

Dans les beaux quartiers, vit Romain. Il est issu d’une famille noble et fortunée. Son père est le chef de la police de la Norme. Romain est un adolescent mal dans sa peau. Chaque nuit il fuit la maison familiale pour espionner, scruter le peuple de l’île. Il est notamment fasciné par un certain Lion, un adolescent comme lui, aux cheveux flamboyants. Romain se sent proche de tous ces exclus car lui aussi se considère comme anormal. Il cache en effet un lourd secret. Mais un jour, tout bascule: Romain apprend que l’Empire veut éliminer définitivement tous les anormaux….

David Bry plonge son lecteur dans un Paris fantasmé qui n’est pas sans rappeler les romans de Victor Hugo ou d’Alexandre Dumas. Les ruelles sont souvent mal famées, les troquets sont légions et on y dégaine facilement la rapière. A mi-chemin entre le roman de cape et d’épées et le roman social, David Bry imagine une société où la différence n’existe pas. Si elle existe, elle est cachée, honnie, dissimulée aux yeux des nantis. Romain, un adolescent pas comme les autres, va prendre partie pour tous ces exclus considérés comme anormaux.

David Bry propose également à son lecteur un vrai roman d’aventures. Chaque nuit, Romain fait le mur. Il va de rencontre en rencontre. Côtoyant des personnages presque fantastiques comme Joséphine dans son bolide, les redoutables Lames noires au service de l’Empire. On pénètre aussi facilement dans le cimetière des Innocents qu’au cœur d’une demeure bourgeoise du 19ème siècle. L’auteur nous promène dans un Paris où toutes les couches de la société sont représentées: les pauvres, les miséreux, les bourgeois jusqu’aux plus nobles.

L’intrigue ne connaît aucun temps mort puisque Romain à l’aide de ses amis va devoir déjouer un complot et qu’il ne possède que quelques jours pour y parvenir. De cimetières en égouts, on suit Romain et ses amis, bien souvent en danger de mort. S’il se sort parfois rapidement de certaines situations, les adolescents apprécieront le rythme soutenu qui colle à la peau de ce héros différent.

Le seul bémol que j’apporterai au roman est qu’il n’est pas assez creusé à mon goût. J’aurais aimé savoir pour quelles raisons la société en est arrivée à ce point de non retour, pour quelles raisons les anormaux ont-il été parqués, exclus sur l’île.

Au final, Le Garçon et la ville qui ne souriait plus est un roman d’aventures qui entraîne la lecteur dans un monde dystopique intéressant. Avec délicatesse, David Bry aborde le thème de la différence et de l’exclusion tout en montrant la violence d’un monde qui néglige l’Autre trop grand, trop gros, trop malade.

 

Atlas des courants invisibles de Thomas Gerbaud

 

 

Atlas des courants invisibles de Thomas Gerbaud,

Publié aux éditions Amazon,

2018, 451 pages.

 

Chacun d’entre nous a, un jour ou l’autre, ressenti la part d’invisible qui nous gouverne. L’intuition. Le déjà-vu. L’empathie. Les pressentiments. Et s’ils n’étaient que d’infimes fenêtres de perception sur la véritable nature du monde ? Anton est né avec un talent extraordinaire : il lit dans les pensées. Mais un talent extraordinaire, quand on ne le contrôle pas, ça peut vite virer au cauchemar. Lorsque sa bien-aimée disparaît, Anton entreprend un voyage initiatique au cours duquel il va rencontrer d’autres individus doués de talents similaires au sien. Et découvrir la menace qui pèse sur chacun d’entre eux : dans l’ombre, un homme les traque, avec le dessein d’utiliser leurs pouvoirs pour ouvrir une porte auparavant fermée à l’Humanité.

Atlas des courants invisibles m’a été gentiment proposé par son auteur Thomas Gerbaud. L’histoire qui mêle science-fiction, fantasy et roman d’aventures m’a beaucoup plu et je l’ai lu en quelques jours, happée par l’intrigue aux rebondissements multiples.

Le roman s’ouvre sur la vie de Tara et d’Anton, tous les deux patients d’un hôpital psychiatrique en région parisienne. Tara, d’origine indienne, a des tocs étranges puisqu’elle aime que tout soit aligné, droit, carré. Anton, souffre d’un mal plus mystérieux. Il ressent des choses, entend des sortes de voix et n’arrive pas à les maîtriser. Sont-ils fous? C’est ce que leur famille pense en tout cas.

Bientôt, Anton observe le manège d’un homme qu’il appelle « le veilleur« . Ce dernier vient, s’assoit sur un banc puis repart comme si de rien n’était. Anton se décide à lui parler et l’homme, Richard, propose de lui en dire plus sur cet étrange mal qui l’enferme dans cet hôpital car il en est frappé aussi. Anton découvre alors qu’il possède un don, un talent et qu’il n’est pas le seul puisque bientôt Tara disparaît…. Anton s’élance alors sur les traces de Tara et découvre qu’il est au centre d’une gigantesque expérience.

Atlas des courants invisibles est un roman qui va très vite. On passe de l’hôpital psychiatrique d’Anton à un laboratoire secret en Suisse pour finir au Népal sur les traces d’un enfant bien mystérieux. Si vous aimez l’aventure, ce livre est fait pour vous car il n’y a aucun temps mort. Tout s’enchaîne très rapidement. Si le début du roman laisse le lecteur dans le flou quant à la nature d’Anton et de Tara, le lecteur a bien vite des réponses à ses questions. L’intrigue prend alors une tournure plus scientifique voire carrément fantastique puisque l’auteur nous oriente vers des personnages aux talents extraordinaires. On voyage beaucoup aussi: de la Suisse au Népal en passant par la Russie, l’auteur promène son lecteur multipliant les flash-back pour nous en révéler plus.

J’ai beaucoup aimé ce côté de l’histoire car on en apprend toujours plus au fur et à mesure que les pages se tournent. Pourquoi en veut-on à Tara puis à Anton? Dans quelles circonstances nos personnages ont-ils développé leurs dons? Comment peuvent-ils parvenir à les maîtriser? J’ai aimé aussi le fait que leurs talents n’étaient pas spectaculaires au sens où on ne parle pas ici de magie mais plutôt de capacités physiques et intellectuelles hors du commun et c’était assez intéressant.

Le seul reproche que je ferais au roman est qu’il va parfois bien trop vite. En tout cas pour moi. J’aurais peut-être apprécié que certaines scènes soient plus détaillées, davantage décrites (oui, j’aime les descriptions). J’ai eu l’impression qu’on sautait d’une scène à l’autre et je préfère me poser, prendre mon temps dans la lecture.

Atlas des courants invisibles est un roman qui vous emmènera sur les pas de personnages hors du commun, dans une intrigue à cent à l’heure, tout au bout du monde!