Le Trône de fer, Intégrale 3 de George R.R Martin

 

 

Le Trône de fer, Intégrale 3 de George R.R Martin,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2013, 1150 pages.

Le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrible hiver : par-delà le mur qui garde sa frontière nord, une armée de ténèbres se lève, menaçant de tout détruire sur son passage. Mais il en faut plus pour refroidir les ardeurs des rois, des reines, des chevaliers et des renégats qui se disputent le trône de fer. Tous les coups sont permis, et seuls les plus forts, ou les plus retors, s’en sortiront indemnes.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…Après avoir dévoré la série diffusée sur HBO, j’avais envie de me replonger dans l’univers fouillé et incroyable de Game of Thrones. J’ai lu l’intégrale 1 et l’intégrale 2 et au rythme d’une intégrale par an, j’ai encore de belles années de lecture et de découvertes devant moi.

Le pavé n°3 pèse son poids avec ses 1150 pages! Plutôt que de vous faire un compte-rendu après lecture de la brique, j’opte pour vous en parler au fur et à mesure. L’intégrale 3 compte 4 tomes. Je vais tenter de vous donner mon avis sur chacun des tomes (si mon découpage est à peu près bon). Attention, je risque de spoiler donc passez votre chemin si vous voulez gardez les nombreuses surprises de la saga.

Tome n°6: Intrigues à Port-Réal. On retrouve donc notre galerie de personnages. L’écriture de l’auteur repose sur un principe simple. Chaque chapitre suit un personnage en particulier: Bran, Jaime, Arya, Jon, Sansa, Tyrion, Daenerys, Davos ou encore Samwell (et j’en oublie..). Rob est donc en guerre contre les Lannister et le louveteau s’en sort, ma foi, pas trop mal. Jon est passé de l’autre côté du mur et côtoie de très très près les sauvageons. Sansa est à la merci du cruel Joffrey et la petite Arya continue son bonhomme de chemin en cherchant à rallier le Nord et sa famille. Ce tome met clairement l’accent sur les alliances politiques qui se font et se défont au gré des choix des uns et des autres. J’apprécie que l’auteur mette en avant le fait que chaque prétendant au trône est finalement plus ou moins légitime. Mon coup de cœur va toujours à Arya qui fait montre d’un sang froid et d’une maîtrise d’elle-même incroyable. Le duo Jaime/Brienne est selon moi un des éléments les plus importants de ce tome-ci car il révèle bien des choses sur le régicide. Ce premier tome s’achève d’ailleurs sur la mutilation de Jaime qui vient en point d’orgue de sa bassesse et de ses mensonges.

Tome 7: L’épée de feu.  Dans ce tome, j’ai vécu l’une des plus belles frousses de ma vie de lectrice avec l’attaque des fameux et terribles « Autres » qui a mis en débandade la Garde de la nuit. On suit d’un peu plus près Jon Snow, ce qui n’est pas pour me déplaire. Les sauvageons passeront-ils le Mur? Les intrigues se resserrent de plus en plus notamment autour de Sansa. Elle va prendre de plus en plus de place dans la série. Elle subit d’ailleurs l’un des plus grands outrages puisqu’on la force à épouser le Lutin. Ce dernier est un personnage vraiment intelligent et fin. La série HBO ne met d’ailleurs pas assez en avant son caractère érudit. Ce que j’aime beaucoup dans ce tome, c’est que les personnages se croisent sans cesse sans jamais tomber l’un sur l’autre. Ainsi Arya passe tout prêt de Brienne et du régicide; Jon Snow campe à quelques mètres de Bran. La tension dramatique devient de sorte plus intense. Quant à Daenerys, elle n’est pas en reste. Elle parvient à se constituer une armée grâce à sa pugnacité et son intelligence.

Tome 8: Les noces pourpres.  Quel tome! Je pense que c’est celui dans lequel il se passe le plus de choses. Baptisé « Les noces pourpres », il porte bien son nom puisqu’on va de mort en mort. L’auteur n’épargne pas son lecteur et il rappelle sans cesse qu’il ne faut s’attacher à aucun personnage en particulier car tous sont susceptibles de mourir. Dans ce tome, Daenerys prend de plus en plus de place. C’est un personnage que j’apprécie de plus en plus. Elle sait se montrer juste, parfois cruelle mais elle incarne une reine au service de ses sujets. Jon Snow doit faire des choix cruciaux: sauvageons ou garde de la nuit? Quant à Jaime, c’est un personnage qui devient de plus en plus « sympathique« . L’intrigue évolue très rapidement dans ce tome et c’est celui qui m’a le plus tenue en haleine pour le moment. Je garde en mémoire une scène très marquante qui n’est pas présente dans la série: Bran et ses acolytes se réfugient dans une vieille tour du Mur quand ils entendent des bruits étranges. C’est un passage très visuel qui m’a vraiment flanqué la frousse. C’est pour le moment le tome que j’ai préféré lire. 

Tome 9: Le loi du régicide. Dans ce tome, l’auteur montre à son lecteur les conséquences de la mort des rois. Au nord, le royaume explose après la trahison des Frey. Chacun revendique son statut et sa position pour étendre son pouvoir. Chez les Lannister, Tyrion est en bien mauvaise posture. J’ai dévoré les chapitres consacrés à son simulacre de procès. Le lutin a le verbe haut et on s’en rend compte dans ce tome 9. Son procès s’achève d’une manière complètement inattendue puisqu’il aura des répercussions sur Sansa et sur la famille Tyrell. De son côté Arya a été capturée par Sandor Clegan, le chien. J’aime beaucoup cette partie de l’intrigue car, bien qu’elle le déteste et qu’il fasse partie de « sa liste », elle va néanmoins faire son apprentissage à ses côtés. Je suis déçue en revanche de ne pas retrouver Bran. J’aurais aimé en savoir plus sur les Autres. Je crois me souvenir que l’auteur ne consacre aucun chapitre à l’infirme préférant son demi-frère Jon qui lui aussi prend un chemin tout à fait inattendu.

Cette intégrale 3 m’aura occupée quasiment deux semaines. J’aime vraiment la façon dont l’auteur parvient à mener ses diverses intrigues sans jamais lasser son lecteur. Grande fan de la série, j’aime aussi constater les différences qu’il existe entre le papier et l’écran et comprendre les choix scénaristiques opérés par les réalisateurs. Il me reste donc deux intégrales à découvrir à moins que George R.R Martin ne se presse de terminer sa saga…

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Dust Bowl de Fabien Fernandez

 

 

Dust Bowl de Fabien Fernandez,

Publié aux éditions Lynks,

2018, 263 pages.

 

 

 

Oklahoma, avril 1935. Témoin impuissant du meurtre de son père, Kush fuit la demeure familiale en proie aux flammes. En quête de justice et de vérité, le jeune Forgeron découvre l’existence d’un complot qui pourrait bien changer l’histoire du pays. Déterminé à s’opposer aux plans des Alchimistes, l’ordre occulte responsable de sa mort et de celle de nombreux mages Forgerons à travers les siècles, L’adolescent traverse le pays ravagé par le Dust Bowl, tempêtes de poussières dévastatrices nées par la faute des hommes. Au cours de son périple, Kush croise Ruben, un étrange golem, un inquiétant groupe de forains et Alexandria, tireuse de cartes, dont il tombe éperdument amoureux…

Quand la maison d’éditions Lynks m’a proposé ce roman en échange d’une critique, j’ai sauté sur l’occasion. La couverture est d’abord à tomber et puis le résumé est plus qu’intriguant.

Kush est un adolescent pas comme les autres. Il vivait jusqu’alors avec son père, dans une ferme reculée d’Oklahoma. Son père lui a appris à écouter la nature et à en contrôler certains éléments comme le feu. Mais Kush est témoin de l’assassinat de son père. Il va alors enquêter pour faire éclater la justice.

Fabien Fernandez nous plonge dans un univers réaliste: celui de l’Amérique profonde des années 30. Il le parsème de quelques touches de fantasy avec les étranges pouvoirs de Kush qui parvient à maîtriser plus au moins l’élément du feu. L’assassinat du père de Kush (qui se déroule dès les premières pages) va permettre au jeune personnage de partir en quête de vérité. L’auteur entraîne alors Kush sur les traces des hobos, ces travailleurs pauvres qui parcourent les USA en vagabondant. Kush sera amené à faire des rencontres et va notamment croiser la route d’un cirque de freaks dans lequel il va se faire embaucher.

Kush est un personnage qui incarne une certaine soif de liberté. L’auteur n’est pas tendre avec son personnage et fait de son roman un récit d’apprentissage puisque Kush va être confronté à un monde violent et va devoir passer du statut d’enfant à celui d’adulte tout en devenant maître de ses pouvoirs naissants. J’ai beaucoup aimé le passage où Kush travaille dans le cirque de freaks. Le romancier peint avec justesse cet univers de paillettes qui reste glauque et très étrange. On ressent un certain malaise à la lecture de ces pages.

J’ai aussi beaucoup aimé toutes les références plus ou moins explicites à la littérature ou à la photographie. Frankenstein de Mary Shelley y joue un rôle important et Kush va même croiser la route de Dorothea Lange!

Le seul reproche que je ferai au roman concerne l’intrigue politique. Kush va en effet faire la découverte d’un scandale mettant en péril l’équilibre des USA. J’aurais aimé que cela soit peut-être plus détaillée, plus fouillé car je suis restée sur ma faim.

Dust Bowl est un roman intéressant qui permet au lecteur de voyager à travers les États-Unis. Kush est un personnage intéressant qui permet de revisiter le roman d’apprentissage avec une certaine modernité. Merci aux éditions Lynks pour la découverte de ce roman. Je vous invite vivement à découvrir cette toute nouvelle maison d’éditions très prometteuse!

Black Mambo, Vanessa Terral, Sophie Dabat et Morgane Caussarieu

 

 

Black Mambo de Vanessa Terral, Sophie Dabat et Morgane Caussarieu,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 317 pages.

 

Il existe des territoires où le progrès n’a pas encore éradiqué les vieilles croyances et leurs pratiques. L’Afrique, berceau de l’humanité, en fait partie.
Chamans, Mambos, Sangomas… Autant de sorciers qui œuvrent dans l’ombre à protéger les fidèles, mais aussi à réveiller les anciens Dieux, démons et loas.
Magie blanche ou magie noire, en dehors des frontières de ce continent, tel un serpent, discret et sinueux, elle se répand.

Avec ce recueil de novellas, les éditions du Chat Noir proposent aux lecteurs d’explorer les frontières de l’imagination. A Marseille, au Maroc, au Swaziland ou encore dans le bayou de la Louisiane, le lecteur est invité à se frotter aux mythes et légendes quitte à y laisser quelques plumes…

La première nouvelle est écrite par Vanessa Terral. L’ivresse du Djinn emmène le lecteur au Maroc près de Leila. Cette dernière est possédé par un djinn maléfique qui va lui faire commettre les pires horreurs. Vanessa Terral retranscrit à merveille l’ambiance chaude et lourde d’un pays où les esprits ne sont jamais bien loin. L’histoire contemporaine et réaliste est parfois aussi très crue. Leila devra passer par bien des épreuves pour accepter son sort. J’ai trouvé que la plume de l’auteur était très poétique, en accord avec un Maroc fantasmé qui sent bon la rose et le soleil du désert.

La danse éternelle des roseaux m’a permis de découvrir Sophie Dabat. Son intrigue débute à Marseille. L’inspectrice Hlengiwe doit enquêter sur un étrange meurtre rituel: une femme a été retrouvée mort, totalement desséchée, tenant contre elle son nouveau né dont on avait prélevé des organes. Hlengiwe, originaire du Swaziland, fait le rapprochement avec la sorcellerie muti. Elle part dans son pays natal pour poursuivre son enquête. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire cette nouvelle très sombre et violente. Sophie Dabat ne nous épargne rien. Elle nous fait découvrir un pays rongé par le sida, la misère et la corruption. J’ai aimé son style même si j’avais parfois le cœur au bord des lèvres.

Enfin, avec Les enfants du Samedi, Morgane Caussarieu clôt ce recueil de nouvelles en beauté. Accrochez vos ceintures car l’auteur ne fait aucune concession. C’est vraiment ma nouvelle préférée même si elle est particulièrement glauque et sordide. Morgane Caussarieu écrit terriblement bien et plonge son lecteur dans une ambiance moite et délétère. Mika est à la Nouvelle-Orléans. Il rend visite à sa grand-tante qui vit, isolée dans le bayou. Complètement accro aux drogues de toutes sortes, il tente d’oublier Lou, son amour resté en France. Chez sa tante, Mika va faire la connaissance de Ghilane. Il en tombe totalement raide dingue. Mais Ghilane ne semble pas être celle qu’elle est. Magie et sortilèges, croyances ancestrales font bientôt leur apparition. Morgane Caussarieu adopte un ton résolument cru, peut-être provocateur parfois, pour aborder le folklore de la Nouvelle-Orléans. Elle puise dans les racines du vaudou pour nous offrir une nouvelle terrifiante où les fantômes des anciens esclaves ne sont jamais bien loin. J’ai adoré cette histoire alors que paradoxalement j’ai en même temps aimé détester son personnage principal. Cette nouvelle m’a bien fait flipper, parfois dégoûter même!

Black Mambo est un recueil de nouvelles que je recommande. J’ai adoré me plonger dans des pays et des cultures différentes, explorant un même thème: la sorcellerie. Il faut en revanche avoir le cœur bien accroché. Perturbant, inquiétant, Black Mambo est une belle réussite.

La Passe-miroir, Tome 2: Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos

 

 

La Passe-miroir, Tome 2: Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos,

Publié aux éditions Gallimard jeunesse,

550 pages, 2015.

 

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité.

Le premier tome de La Passe-miroir m’avait plu mais ça n’avait pas été un coup de cœur pour et j’en avais été presque déçue. Certes, l’univers était sympathique et atypique mais l’intrigue globale ne m’avait pas accrochée. Avec ce tome 2, je suis assez étonnée. J’ai adoré et dévoré ce pavé de 550 pages et j’ai enfin compris pourquoi les lecteurs et lectrices de tous poils encensaient le style de Christelle Dabos.

On retrouve notre maladroite Ophélie promue conteuse, par Farouk, l’esprit de famille sur le Pôle. Le personnage enchaîne sans cesse les maladresses, ce qui la rend finalement très humaine. Les relations avec son fiancé Thorn sont assez tendues. Bref, rien ne semble avoir changé depuis le premier tome sauf qu’Ophélie prend plus de consistance et commence à s’affirmer. Enfin, elle étonne son entourage en prenant parfois position contre l’avis général. Alors non, Ophélie ne se transforme pas en héroïne badass du jour au lendemain mais elle prend plus d’épaisseur dans ce tome 2. Avec cohérence, l’auteur fait évoluer son personnage dans le bon sens, à son rythme et c’est ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman. Finalement, on peut dire qu’Ophélie passe du statut de jeune fille à celui de femme.

L’intrigue n’a été pour moi que secondaire une fois de plus mais peu importe. Je n’ai pas trouvé cela dérangeant car l’intrigue est au service du personnage et non l’inverse. C’est l’occasion pour l’auteur de nous décrire en détails les univers qu’elle a imaginés. C’est pour moi un des intérêts principaux du roman. Tout est dans le détail en effet et c’est un peu un univers à la Harry Potter que j’ai pu retrouver ici. Les personnages, les pouvoirs, les objets, tout est prétexte à développer un monde fantastique et bien pensé. Les descriptions sont riches et montrent l’imagination débordante de l’auteur!

Ce tome 2 est un coup de cœur pour moi et je l’ai largement préféré au premier. Le personnage d’Ophélie s’affirme complètement et l’auteur plonge son lecteur dans un univers détaillé et très intéressant. Le tome 3 ne devrait pas faire long feu….

Les Sentiers des Astres, Tome 2: Shakti de Stefan Platteau

 

Les Sentiers des Astres, Tome 2: Shakti de Stefan Platteau,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2017, 574 pages.

 

Sept hommes, une femme et une enfant.
Ce sont les derniers compagnons qu’il reste au barde Fintan Calathynn pour mener à bien la quête du Roi-diseur, à travers une forêt boréale plus menaçante que jamais. Neuf survivants aux abois, retranchés dans la grotte des Teules, encerclés par l’ennemi. À l’heure où la gabarre livre ses derniers secrets, et où les arbres tremblent de la colère des géants, les fugitifs devront jouer cartes sur table et révéler les ombres issues de leur passé. À commencer par l’énigmatique Shakti…

J’avais laissé Manesh et ses compagnons en bien mauvaise posture dans le premier tome des Sentiers des Astres. Un premier tome d’ailleurs éblouissant, tour à tour mystérieux et glaçant mais toujours passionnant. Avec ce deuxième tome, Stefan Platteau réussit brillamment à ne pas laisser retomber la tension préexistante et à mener son lecteur encore plus loin.

Ce deuxième tome fait donc directement suite au premier et commence in medias res. Si vous n’avez pas lu le premier, passez votre chemin! Une fois de plus, l’auteur nous plonge au cœur d’un récit époustouflant. Le lecteur n’a pas une minute de répit. Manesh et ses compagnons d’infortune doivent à tout prix trouver une issue pour échapper aux terribles nendous et à leurs horribles hyènes. J’ai vraiment eu des sueurs froides à certains moments. Imaginez que vous êtes poursuivis ou plutôt traqués, chassés par des êtres sanguinaires dans une forêt sombre, noire. Les arbres deviennent même vos pires ennemis: leurs longs branchages devenant des doigts qui vous agrippent pour mieux vous retenir. Le ciel s’obscurcit et devient cendreux. Les oliphants de l’ennemi retentissent de manière lugubre annonçant la curée prochaine. Ajoutez à cela la menace des hyènes, ces êtres répugnants et cruels, sortis tout droit des Enfers. On court aux côtés de nos héros, on frissonne, on ressent leur terreur.

Ce deuxième tome se nomme Shakti. En effet, la petite troupe, une fois à l’abri (de manière plus ou moins relative), Fintan le barde souhaite en savoir plus sur la seule femme du groupe, la courtisane Shakti. Comme dans Manesh, Stefan Platteau enchâsse ici un second récit dans lequel Shakti raconte sa vie. C’est aussi captivant que le récit initial.

Une fois de plus, l’auteur décrit un monde imaginaire dans lequel le lecteur se sent totalement immergé. Le récit de Shakti nous conduit ainsi dans une autre contrée où le Lempio, une forêt bien mystérieuse mène la danse. Ce deuxième tome s’achève d’ailleurs sur le récit inachevé de Shakti au grand damne de la lectrice frustrée que je suis!

Un dernier mot sur la plume de l’auteur toujours aussi sublime. Il y a des passages très contemplatifs, des moments où l’action bat son plein mais ce qui lie les deux c’est bien le style poétique parfois un peu suranné de Stefan Platteau.

Avec ce deuxième tome, Stefan Platteau m’a une fois de plus conquise. La beauté de sa plume et ses talents de conteur en font une grande voix de la littérature fantasy. J’ai cru comprendre qu’un troisième tome était en préparation! J’ai hâte!

Néachronical, Tome 3: Manus Dei de Jean Vigne

 

 

Néachronical, tome 3: Manus Dei de Jean Vigne,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 370 pages.

 

 

Par trois fois, on m’a laissée pour morte.
Dans l’ombre d’un seul et même homme.
Le temps de la vengeance est enfin venu.

Et voilà, avec ce troisième tome j’arrive au bout des aventures de Néa. On l’avait laissée coincée dans un tombeau millénaire; on pensait que c’en était fini. C’était sans compter sur l’art du rebondissement dont l’auteur est friand.

Dans ce troisième tome, Néa revient pour se venger. Et ce qu’on peut dire c’est qu’elle envoie du pâté. On la retrouve en mode bien badass. Toujours accompagnée de Juliette et de son émorme tigre Grognon, Néa en veut à la terre entière.

Élément intéressant: dans ce dernier tome, l’intrigue se scinde en trois. On retourne successivement dans le passé, au temps du roi Arthur et de ses chevaliers; on végète au présent en compagnie de Sylva et d’Alonzo, le flic alcoolo; on se projette dans l’avenir avec Néa sur une planète complètement ravagée.

Si de prime abord, l’agencement de ces trois parties semblent étranges, on comprend en fait rapidement où Jean Vigne souhaite en venir. Le passé servira à expliquer et lever pas mal de zones d’ombre sur la nature de Merlin; le présent servira à expliquer les causes de cette planète détruite dans un futur lointain; quant à l’avenir, il va servir d’exutoire à Néa.

Une fois de plus, Jean Vigne réalise le pari de nous embarquer aux côtés d’une Néa complètement allumée, qui jure toutes les dix minutes. Même si je ne goûte guère à ce genre d’héroïne en temps normal, je ne sais pas pourquoi mais la sauce prend avec Néa. Comme je le disais plus tôt, elle a un côté badass qui me plaît sans les effets sexy et compagnie qu’on peut retrouver chez d’autres personnages du même acabit et qui les rendent vulgaires.

L’intrigue est bien menée et jusqu’au bout, le suspens est à son comble. Pas de temps mort ici. A l’image de Néa, tout va très vite. On redécouvre aussi des personnages avec un point de vue intéressant. Ainsi, la légende arthurienne n’est pas celle que l’on croit. Arthur est un lâche; Lancelot un trouillard; le royaume part à vau-l’eau et sans la magie de Merlin, cette histoire ne serait pas parvenue jusqu’à nous. J’ai trouvé cela assez stimulant.

Ce troisième tome m’a comblée. J’ai retrouvé une Néa plus forte que jamais. Le côté « historique » qui s’immisce davantage dans ce volet apporte vraiment un plus à l’histoire. Bye-bye Néachronical!

La servante écarlate de Margaret Atwood

 

 

La Servante écarlate de Margaret Atwwod,

Publié aux éditions Robert Laffont,

522 pages, 2017.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

J’ai succombé moi aussi à l’appel du roman de Margaret Atwood dans ces temps troublés où la place de la femme est plus que jamais remise en question. Je ne résumerai pas ici le livre tant j’aimerais que chacun le découvre à sa façon. Je livrerai seulement mes sentiments sur cet ouvrage fort et poignant.

Margaret Atwood plonge son lecteur dans une dystopie où la femme n’a plus vraiment de place ou si elle en a une, elle est bien définie. A Gilead, ville du Maine des États-Unis, le lecteur fait la connaissance de Defred. C’est une servante écarlate, autrement dit, elle appartient à une famille, plus particulièrement au Commandant. En réalité, c’est son corps qui appartient au Commandant. Une terrible épidémie empêche la plupart des hommes et des femmes d’avoir des enfants. La société s’est donc réorganisée. Les servantes écarlates sont des utérus sur pattes, des femmes-réceptacles dont la vie entière est consacrée à avoir des enfants pour les autres.

Margaret Atwwod va au fond des choses. Si les femmes ne disposent plus de leur corps, leur corps est à la disposition des autres. Dans cette société patriarcale, les « tantes » soumettent, font respecter la loi et le règne de la terreur.

Dystopie qui fait malheureusement écho aux événements actuels, La servante écarlate propose une réflexion sur le pire; sur l’asservissement du sexe féminin sous couvert d’obéir aux règles et à la religion.

Le récit de Defred (son nouveau nom) est glaçant. Elle raconte sa nouvelle vie en temps que servante écarlate tout en tentant de se raccrocher à son ancienne où elle était mère, épouse, libre. Par des retours dans le passé, Defred nous fait vivre de l’intérieur la manière dont la société a basculé dans la terreur et la soumission. D’abord l’interdiction des femmes de travailler puis la soumission totale aux hommes, la fin du droit à l’avortement puis la marchandisation du corps pour les hommes, toujours les plus puissants bien sûr.

C’est un récit glaçant, effrayant qui fait ressentir à quel point la liberté d’une femme est fragile. Mon édition est dotée d’une postface dans laquelle Margaret Atwood explique la genèse et la construction de son roman. La dernière question qu’on lui pose est celle de la probabilité de cette société misogyne et terrifiante. Elle répond qu’il est possible que cette histoire devienne « vraie » mais qu’il existe deux avenirs à la fin du livre. Si le premier « devient vrai », le second le pourrait aussi. Une sorte d’espoir ténu…

Lisez La servante écarlate!