Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian

 

 

 

Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian,

Publié aux éditions ActuSF,

2018, 528 pages.

C’est à Landor qu’on trouve la plus importante école de serviteurs de Civilisation. Ceux qui en sortent, les factotums, savent repasser le linge de leur maître, réciter sa généalogie et éviscérer ceux qui le regardent de travers. Leur fidélité, garantie par des années de lavage de cerveau à la lessive patriotique, n’est plus à démontrer. C’est pourquoi, lorsque Sylve trahit son seigneur et lui dérobe une précieuse relique, c’est l’incompréhension… puis la chasse à l’homme.

Sauf que Sylve n’a jamais rien volé. Et peut-on qualifier de traître celui qui a ajusté ses principes par amour ? Le guerrier naïf qui n’a jamais quitté Landor est en route pour la baronnie de Grish-Mère. Il espère y laver sa réputation, mais il se retrouve à la merci de la puissante Guilde des Épiciers. Son érudition et son excellence au combat ne lui sont alors que d’un faible secours…

J’ai rencontré Isabelle Bauthian lors des dernières Imaginales. J’ai assisté à l’une des conférences qu’elle donnait et j’ai pu ensuite lui parler lors des dédicaces. Grish-Mère est son dernier né. Il prend place dans une saga qui comprendra cinq tomes. Chose originale: on peut lire les tomes dans le désordre sans aucun problème. En fait chaque tome est plutôt consacré à l’exploration d’une des contrées imaginées par Isabelle.

Grish-Mère est un sacré pavé de fantasy! Il faut bien s’accrocher pour le lire car l’auteur ne se fiche pas de son lecteur. C’est de la fantasy qui fait réfléchir avec des dialogues ciselées alors mieux vaut être bien concentré pour s’y attaquer.

L’intrigue générale s’articule autour de deux moments clés de la vie de Sylve. Certains chapitres, sous forme de flash-back, rappellent son enfance et son adolescence. Issu d’une famille pauvre, Sylve a été offert à l’École pour devenir factotum. Un factotum sait tout faire: organiser un dîner, broder, arranger un bouquet, manier l’épée ou la hache pour servir son maître. C’est un expert dans bien des domaines. Les chapitres qui nous montrent le passé de Sylve nous renseignent sur sa formation.

Les autres chapitres sont ceux du moment présent. Sylve débarque à Grish-mère pour rapporter une statuette religieuse dérobé à son maître. Mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’il cherche à rejoindre l’île de Grish-mère, Sylve devient plus ou moins le prisonnier d’une guilde d’épicier et garde du corps forcé de leur chef.

Comme je le disais plus haut, Grish-mère n’est pas le genre de fantasy facile. Il y a d’abord l’intrigue qui paraît simple en un coup d’œil mais qui est en réalité bien retorse. Il y a ensuite la langue. Isabelle Bauthian cisèle ses dialogues telle une orfèvre. Ce sont de véritables joutes oratoires que mènent les personnages. Elle a aussi pris le parti de nous faire connaître les pensées de Sylve par un système de police en italique ce qui rend les situations souvent bien drôles! C’est profondément intelligent. Elle rend ainsi hommage à la langue, à l’expression orale car Sylve peut se montrer aussi courtois qu’il peut être vulgaire. On n’emploie pas le » Sieur » comme on donne du « Monsieur » et chaque mot prononcé révèle un peu de vous. C’est parfois compliqué à suivre, certes, mais très jubilatoire.

Grish-mère c’est aussi le genre de roman fantasy qui donne à réfléchir. Sylve se retrouve donc sur une île au fonctionnement matriarcale. Les hommes y sont tolérés mais doivent s’y faire tout petit. Traités comme des sous-citoyens, ils obéissent aux femmes. J’ai trouvé vraiment très intéressant la situation développée par l’auteur. Sylve se plaint de son statut et trouve les choses injustes mais il ne se rend pas compte de sa position de dominant et d’oppresseur lorsqu’il est en dehors de Grish-mère. Il expérimente ce qu’il fait peser sur les femmes sans en prendre réellement conscience! Il remet en cause cette société matriarcale sans remettre en cause la société patriarcale qui l’a élevé. J’ai trouvé ça fort de la part de l’auteur car elle traite les choses avec finesse sans caricature aucune. L’auteur propose ici une vision originale des choses.

L’intrigue est menée tambour battant et si les choses paraissent un peu floues au départ, elles s’éclaircissent vite pour faire comprendre au lecteur que retrouver cette statuette pour Sylve est une question d’honneur voire de vie et de mort.

Grish-mère est un sans faute pour moi et très un bon roman de fantasy pour celui qui sait à quoi s’attendre. Nul doute que je me pencherai à l’avenir sur la suite des œuvres de l’auteur.

Publicités

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande

 

 

 

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande d’Abel D’Halluin,

Publié aux éditions Bergame,

2017, 638 pages.

 

Royaume des deux Bretagne, Ve siècle. Le pays est partagé en deux, entre christianisme et culte aux dieux celtes. Les douze ordres magiques d’Avalon, conscients de leur lente extinction, se réunissent devant les reines de Brocéliande, les fées Morgause et Viviane. Rassemblant les trésors de chaque ordre, celles-ci constatent la disparition de celui des Magiciens. Kéridwenn, la dernière enchanteresse, reçoit alors la mission de retrouver l’objet précieux, afin de rétablir la prophétie, mais son alliance secrète avec le roi Constant, premier roi chrétien, l’empêche de mener à bien sa tâche ; c’est son fils Taliésin qui en sera investi…

Merci aux éditions Bergame de m’avoir laissé choisir un titre de leur catalogue. J’ai toujours aimé les romans concernant la matière dite de Bretagne c’est donc tout naturellement que j’ai voulu découvrir le premier tome d’Avalon. La couverture du livre est d’abord superbe! C’est ensuite un beau bébé de 638 pages que j’ai eu entre les mains un petit moment! Mais quelle lecture! Cela valait vraiment le coup.

L’auteur, Abel D’Halluin, choisit de nous raconter les fées, Brocéliande, les batailles et les rois du point de vue de Taliésin, barde et magicien. Depuis ses débuts, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, à la chute d’Uther Pendragon, il nous conte sa vie et à travers elle sa rencontre avec des personnages entrés dans l’Histoire: Merlin, Morgause, Viviane, Ygerne, Gauvain, …

L’intrigue prend tout son temps. L’auteur développe avec minutie la vie du barde. On le connaît alors qu’il n’est qu’un gamin et qu’il apprivoise sa magie. Rejeté par sa mère, Taliésin va se construire presque seul, au milieu des bois, à l’écoute de la nature et des éléments naturels. Puis on le suit devenu adulte et barde dévoué à Ygerne et au prince Gorlois. On suit ses aventures en Brocéliande et en Bretagne auprès d’Uther Pendragon afin de repousser les envahisseurs saxons.

Comme je l’ai dit plus haut, c’est extrêmement détaillé. On rencontre au fur et à mesure de l’histoire, tous les personnages bien connus de la matière de Bretagne. Il y a d’abord les chevaliers: Gorlois, Uther Pendragon, Yvain mais surtout Gauvain. Puis il y a les fées: Morgause et Viviane sans oublier Merlin, le magicien le plus mythique de la littérature.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman c’est que l’auteur nous fait connaître certains personnages emblématiques depuis leur naissance. Ainsi, j’ai redécouvert les origines de Morgane mais aussi celles de Merlin. J’avais oublié leur conception étrange. Il remonte à leur naissance et j’ai beaucoup aimé voir leur évolution au fil des années.

Aucun personnage n’est blanc ou noir. Ils sont très nuancés. J’ai aimé ce parti pris. Ainsi, Merlin lutte sans cesse contre sa part démoniaque. Morgane apparaît bien sombre dès le départ. Les fées sont loin d’être idéalisées. On est bien loin des clichés véhiculés par les nombreux contes. Abel D’Halluin revient aux origines de la légende et on sent que son histoire est empreinte du mythe arthurien. On sent que l’auteur a mené un travail de fond et qu’il connaît son sujet.

Le lecteur se balade ainsi entre Brocéliande et Tintagel. Ces noms mythiques résonnent tout au long de la lecture et font voyager dans ce monde légendaire et merveilleux où le promeneur peut croiser à tout moment un troll ou une fée.

Au-delà d’un récit mythique, Avalon met en lumière la condition de l’homme qui se débat pour construire un monde meilleur tout en luttant contre ses démons intérieurs à l’image d’Uther qui provoque sa propre chute ne sachant choisir entre son cœur et sa raison ou encore Merlin, qui par loyauté envers son amour perdu, trahit son ordre. La violence, le sexe, sont aussi de la partie et apportent une dimension plus sombre au roman.

Épopée mythique et fantastique, Avalon ravira les adeptes de la matière de Bretagne. Ce récit merveilleux, de longue haleine, fera voyager le lecteur aux côtés de Taliésin, le barde magicien. Une plongée aux origines de la magie…

A la pointe de l’épée d’Ellen Kushner

 

 

 

A la pointe de l’épée de Ellen Kushner,

Publié aux éditions Folio SF,

2010, 409 pages.

Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d’Eau, le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu’impitoyable, violent à ses heures, ce dandy scandaleux gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale. Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons, certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va dès lors se retrouver au cœur d’un inextricable dédale d’intrigues politiques et romanesques qui pourraient bien finir par lui coûter la vie…

J’ai découvert Ellen Kushner aux dernières Imaginales. J’ai d’abord assisté à l’une des conférences à laquelle elle participait. Elle y parlait de la manière dont elle construisait ses personnages notamment ses « vilains« . J’ai ensuite pu lui glisser deux mots lors d’une dédicace. Ellen Kushner est américaine mais s’exprime très bien dans la langue de Molière. Pétillante et avenante, elle m’a parlé de son livre A la pointe de l’épée, vibrant hommage aux romans de cape et d’épée.

Deux choses m’ont gênée dans ma lecture de ce roman. Il est d’abord classé en SF. Bien que l’univers développé par Ellen Kushner soit imaginé (elle parle du quartier des Bords d’Eau, de la Colline, …), je ne vois aucune autre manière de rattacher ce livre à la SF. Petite déception sur ce point. Je m’attendais peut-être à quelque chose de plus développé.

Ensuite, la seconde chose qui m’a gênée, c’est la manière d’écrire de l’auteur. Elle écrit extrêmement bien et c’est parfois assez ardu. Je dois reconnaître qu’elle possède un style que je vois peu en littérature contemporaine. Elle Kushner procède beaucoup par allusions, sous-entendus, non-dits et c’est parfois un difficile à suivre. Elle utilise notamment le discours indirect libre, pas toujours évident à décrypter! Ainsi la première partie du roman laisse le lecteur dans le flou. On fait la connaissance de Richard Saint-Vière, bretteur qui se met au service des plus nobles pour tuer au nom de l’honneur, sans guère de morale. Il vit avec un certain Alec. On sait peut de choses sur ce dernier. Entrent alors en scène de nombreux autres personnages, tous nobles, qui complotent chacun dans leur coin. Je dois dire que j’ai trouvé l’intrigue de départ assez mystérieuse. « Embrouillée » ne serait pas le bon terme, car l’auteur sait parfaitement ce qu’elle fait, mais c’est plutôt difficile d’accès.

En revanche, la seconde partie du roman m’a énormément plu. On comprend peu à peu qui joue un rôle et par rapport à qui. Les pièces du puzzle se mettent en place tout doucement. A ce moment-là, l’auteur nous embarque vraiment dans son histoire de cape et d’épée et j’ai tout simplement adoré cette ambiance du siècle classique, les vengeances des uns et des autres, les complots pour renverser tel ou tel homme de pouvoir mais surtout l’intelligence et la loyauté de Richard Saint-Vière. Comme me l’a confié Ellen Kushner, Richard est un méchant, dénué de morale certes, mais c’est un méchant « lumineux« . On se prend au jeu. Qui a trahi Richard? Pour quelle raison? C’est une réussite de bout en bout jusqu’au retournement final.

A la pointe de l’épée est finalement un roman très abouti qui se déguste lentement. L’écriture délicate et complexe de l’auteur font de ce livre un classique à découvrir.

Witchcraft de Raphaël Payet

 

 

 

Witchcraft de Raphaël Payet,

Publié aux éditions Bergame,

2018, 112 pages.

 

La prophétie autrefois annoncée par les sorciers est en marche. Elle est dorénavant synonyme d’espoir pour des hommes implorant un meilleur avenir pour leur descendance dans ce royaume prohibant la magie et devenu chaotique. Longtemps tenue en captivité par les Rages Noirs, Tasha Lunar, l’une des dernières sorcières, se retrouve dans l’obligation de fuir afin de survivre. Espérant retrouver son ancienne vie, elle se met à la recherche de son père, et, dans sa quête, sera aidée par Vaco Tomas, un vagabond solitaire au passé trouble. Beaucoup d’épreuves les attendent, testant leur courage et leur caractère… La prophétie des sorciers est en marche, portée par la dernière des sorcières.

Je remercie les éditions Bergame de m’avoir fait parvenir ce roman. La quatrième de couverture m’a tout de suite attirée. Avant de vous lancer dans ce roman, il faut vous dire qu’il s’adresse davantage à des ados et qu’il faut donc le lire dans cette optique.

C’est d’abord un roman très court: 112 pages qui se lisent vite. On suit au début de l’histoire Vaco Tomas. C’est un homme solitaire, quasi ermite, qui vit de vols. Il découvre, une boîte mystérieuse, alors qu’il s’en prend à un convoi. Même si elle est impossible à ouvrir, il décide pourtant de la conserver avec lui. Un peu plus tard, il fait la connaissance de Tasha. Il découvre bientôt qu’elle est une sorcière et qu’elle est à la recherche de son père.

Objectivement, je dirais que ce petit roman est une bonne entrée en matière pour tous les enfants ou ados qui veulent se frotter à la fantasy. Raphaël Payet mêle magie, combats de sorciers et découvertes d’univers merveilleux dans un récit où tout s’enchaîne très vite. Il y a beaucoup d’actions et le rythme est soutenu. Les plus jeunes lecteurs ne s’ennuieront pas!

Cependant, l’action peut en gêner plus d’un. J’ai eu l’impression parfois de lire une grosse introduction de roman. L’univers imaginé est esquissé à peine. C’est dommage car on sent qu’il y a du potentiel pour faire une histoire plus longue et plus fouillée. L’auteur a voulu miser sur les péripéties au détriment parfois des explications. On saute du coq à l’âne aux moments où justement on aimerait davantage se poser pour comprendre comment fonctionne le monde dans lequel évolue les personnages. Quand Tasha apprend par exemple à maîtriser ses pouvoirs de sorcière, l’auteur n’y consacre qu’un paragraphe et ça va beaucoup trop vite pour la lectrice exigeante que je suis.

A d’autres moments, l’univers décrit par l’auteur est très beau. Il y a de magnifiques passages que j’ai trouvés très travaillés tant au niveau du style que de l’intrigue. Cependant, à nouveau, à force de vouloir trop en faire, l’auteur vient en quelque sorte « gâcher » ces moments de lecture par une action trop rapprochée et trop répétitive.

Witchcraft est un roman de fantasy qui ravira les ados par son côté actions et aventures. L’univers mériterait cependant d’être plus développé.

 

Calame, Tome 1: Les deux visages de Paul Beorn

 

 

 

Calame, Tome 1: Les deux visages de Paul Beorn,

Publié aux éditions Bragelonne,

2018, 476 pages.

 

Au royaume de Westalie, une rébellion principalement composée de femmes a fait trembler le trône du tyran, la Roi-Lumière, qui avait décrété que seuls les hommes avaient une âme. Au cours de la dernière bataille, Darran Dahl, le chef légendaire des rebelles, est tué et ses partisans jetés au cachot. Mais l’église dépêche dans la prison royale un célèbre conteur, d’Arterac, et lui donne pour mission d’entendre les derniers témoins du passé de Darran Dahl, cet ancien soldat surgi de nulle part, qui avait pris fait et cause pour la rébellion. La très jeune Maura, ancienne lieutenante et confidente de Darran Dahl, autrefois sa domestique, se voit proposer un marché : un sursis à son exécution en échange de son témoignage. Elle accepte de raconter leur histoire, depuis le village qui les a vu naître jusqu’à la bataille finale, mais elle se jure d’employer chaque minute de ce sursis pour mettre au point son évasion et reprendre la lutte.

J’ai repéré Calame sur une des vidéos de Pikiti Bouquine. Elle en parlait si bien qu’elle a suscité rapidement mon intérêt. J’ai pu rencontrer l’auteur aux Imaginales et je n’ai pas hésité à lui prendre son premier tome (en m’assurant que le second viendrait bientôt!).

Calame propulse le lecteur dans un monde médiéval imaginaire dans lequel les guerriers côtoient les magiciens. L’intrigue de Calame peut désorienter plus d’un lecteur puisque le roman s’ouvre sur la défaite et la mort du héros! Étrange comme entrée en matière! En effet, Darran Dahl, héros et guerrier légendaire, est mort lors de la bataille l’opposant au roi Lumière. Son armée est capturée et mise au cachot.

Parmi ses soldats, il y a Maura (prononcez Ma-o-ra). Elle était l’une de ses plus fidèles combattantes. Son exécution est programmée avec celles de ses comparses mais voilà qu’on lui propose un étrange marché. Elle doit raconter l’histoire de Darran Dahl à Jean D’Arterac, un légendier très connu et très puissant. Ce dernier souhaite écrire l’histoire du rebelle Darran Dahl. Maura accepte.

L’intrigue repart alors dans l’autre sens. Maura nous raconte sa rencontre avec celui qui deviendra Darran Dahl et la façon dont sa légende s’est mise en marche. Le roman de Paul Beorn fonctionne comme une poupée russe. L’intrigue initiale s’ouvre pour donner lieu à une deuxième intrigue et ainsi de suite. Il y a donc une histoire dans l’histoire. Tandis que Maura nous narre sa rencontre avec le mystérieux Darran Dahl, les questions deviennent plus pressantes et le voile de mystère qui l’entoure s’épaissit de plus en plus.

Calame est de la fantasy médiévale. J’ai aimé car le côté magie apparaît mais n’explose pas non plus au visage du lecteur. L’auteur sème des petites touches de magie par ci, par là sans en abuser, ancrant son récit dans un univers riche et réaliste. Alors bien sûr, il y est question de violences, de batailles, de mises à mort mais l’auteur aborde des questions plus intéressantes comme la position des femmes dans la société. Je dirais même que son roman prend des dimensions féministes.

Il prend en effet le parti de décrire une société dans laquelle les femmes ont été reconnues « sans âme ». Elles peuvent donc être vendues comme un meuble. C’est d’ailleurs l’un des nœuds de l’intrigue. Darran Dahl va se lancer à la poursuite de trafiquants de femmes et c’est ce qui assoira sa popularité. Même si ce passage m’a paru un peu lourdaud par moment, j’ai apprécié le message qu’il délivrait. Paul Beorn démontre par A + B comment une société peut être amenée à considérer une partie de sa population comme des sous-citoyens. Ici les femmes sont d’abord bannies de la religion, rejetées des toutes les cérémonies officielles pour enfin être considérées comme des biens.

Ce que j’ai aimé avec Calame c’est que le roman possède plusieurs degrés de compréhension. On peut le prendre comme un livre qui envoie du lourd côté actions et batailles mais on peut aussi le considérer comme un roman qui questionne le pouvoir des mots. Ainsi le fameux Calame dont il est question dans le titre prend une dimension toute autre. Ceux qui ont lu le livre comprendront en quoi la parole peut s’avérer performative c’est-à-dire qu’elle réalise ce qu’elle énonce.

Le seul bémol que j’apporterai concerne Maura. J’ai toujours du mal avec la narration avec la première personne. Maura est un personnage intéressant mais quelque chose m’a gênée parfois dans sa prise de paroles. Certes, elle est jeune et manque de maturité mais elle avait parfois un côté enfantin, gamin qui m’a horripilé plus d’une fois (ceci reste cependant un détail).

Calame est un premier tome abouti qui présente au lecteur un univers bien construit et qui offre surtout une belle réflexion sur le pouvoir du langage. J’attends le seconde tome avec impatience!

 

Apostasie de Vincent Tassy

 

Apostasie de Vincent Tassy,

Publié aux éditions Mnemos,

2018, 345 pages.

 

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.

Apostasie est le genre de roman qui vous laisse une marque profonde et insistante, une fois achevé. Vincent Tassy offre à son lecteur une belle histoire d’amour et de mort qui résonnera longtemps chez son lecteur.

J’ai d’abord été déstabilisée par la prose de l’auteur. C’est déroutant, parfois mystérieux tous ces mots désuets, vieillis, rares, sortis d’un autre temps. Il y a aussi la poésie des phrases qui créent des image envoûtantes, auréolées d’une sorte de brouillard. Il faut s’y faire et puis se laisser envoûter par la langue, par les mots. On pénètre dans Apostasie comme Anthelme pénètre dans la sylve rouge: ce n’est pas facile, on se perd sur les chemins mais c’est toujours très beau.

Il y a ensuite cette histoire faite de tours et de détours, faites de nœuds qui se nouent puis se dénouent. Anthelme est un être solitaire qui trouve refuge dans les livres et dans la sylve rouge, une forêt épaisse aux mille facettes. Il croise dans ces bois des êtres féériques au détour d’un bosquet, d’une grotte puis un jour il rencontre Aphelion, étrange vampire, si beau et si cruel. Vincent Tassy se nourrit d’une littérature surannée et remonte aux origines du vampire lorsqu’il n’était pas encore romantique mais gothique. Le lecteur est plongé dans un univers digne du Dracula de Bram Stocker ou des romans de Nodier.

Aphelion va conter à Anthelme l’histoire de Lavinia, reine vengeresse du royaume d’Altrosa. Cette histoire vient s’imbriquer dans la première. Aphelion offre à Anthelme et donc au lecteur un conte macabre: une histoire de rois et de reines, d’amour trahi, de magie et de vengeance. Le récit prend ici une autre dimension car il se fait plus merveilleux, plus sombre, jouant avec l’horreur.

Avec ce texte qui oscille sans cesse entre le macabre et le splendide, Vincent Tassy signe ici un roman magnifique qui renoue avec la tradition du récit vampirique. Une véritable envoûtement si vous osez franchir la lisière de la sylve…

 

La Maîtresse de guerre de Gabriel Katz

 

 

 

La Maîtresse de guerre de Gabriel Katz,

Publié aux éditions Scrineo,

2014, 446 pages.

 

 

Kaelyn, fille d’un maître d’armes, rêve de reprendre le flambeau paternel, tandis que les autres filles de son âge rêvent d’un beau mariage. Elle a le talent, l’instinct, la volonté. Elle ne demande qu’à apprendre. Mais cela ne suffit pas : c’est un monde dur, un monde d’hommes, où la place d’une femme est auprès de son mari, de ses enfants, de ses casseroles. Il va falloir lutter. Elle s’engage donc dans cette grande armée qui recrute partout des volontaires pour aller se battre au bout du monde. Des milliers de soldats partis « libérer » le lointain sultanat d’Azman, plaque tournante de l’esclavage, terre barbare où règnent les cannibales. Dans la violence de la guerre, elle veut acquérir seule ce que personne n’a voulu lui enseigner. Mais le grand sud, plongé dans le chaos de l’invasion, va bouleverser son destin bien au-delà de ses attentes…

Bonjour, je m’appelle Caroline et je découvre Gabriel Katz mille ans après tout le monde! Sinon, tout va bien…

Bref, que n’ai-je lu Gabriel Katz avant? Mais pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? C’est en (énorme) partie grâce à Stephanie de Pikiti Bouquine que j’ai enfin découvert cet auteur de talent. Je comprend mieux maintenant les files de lecteurs aux dédicaces. Tout s’explique…

Alors le sieur n’y va pas par quatre chemins. Dès les premières pages de La Maîtresse de guerre, il captive son lecteur grâce à un style fluide, accrocheur, percutant. Dès les premières lignes, j’ai été emportée aux côtés de Kaelyn, une héroïne pas comme les autres qui m’a tout de suite plu.

Bienvenue dans un monde aux allures médiévales qui sent bon la poussière et le sable chaud. Kaelyn, fille d’un maître de guerre, s’est engagée dans l’armée pour faire ses preuves. Mais dès la première sortie avec son détachement, c’est la déroute. Elle arrive après la bataille et pire que tout, son peloton se fait décimer par un seul et unique guerrier qui l’épargne et la réduit en esclavage.

Kaelyn passe de guerrière à esclave, à Azman, sous l’autorité de son nouveau maître Hadrian. La jeune femme va devoir s’adapter à son nouvel environnement, elle la fille du Nord, la Rouge. Elle s’aperçoit d’abord que la population d’Azman est raffinée, éduquée. Dans un décor oriental, Gabriel Katz montre un personnage qui se défait peu à peu de ses a priori et qui comprend que les barbares ne sont peut-être pas ceux qu’on imaginait être au départ.

Simple esclave, Kaelyn va devoir trouver un moyen pour sortir de sa condition. Ce n’est pas une héroïne qui tergiverse longtemps et qui s’apitoie sur son sort. Elle saisit toutes les opportunités pour s’en sortir et prouver sa valeur à Hadrian, maître de guerre réputé. Je vous laisse imaginer la suite…

L’intrigue est intéressante car elle déstabilise pas mal le lecteur dans le sens où on ne s’attend pas du tout à la direction qu’elle va prendre. Gabriel Katz va de rebondissement en rebondissement ne laissant aucun répit au lecteur. C’est intense, parfois violent et sombre mais totalement prenant.

La Maîtresse de guerre est mon premier roman de Gabriel Katz et il loin d’être le dernier. Le premier tome du Puits des mémoires m’attend déjà sagement dans ma PAL…