La servante écarlate de Margaret Atwood

 

 

La Servante écarlate de Margaret Atwwod,

Publié aux éditions Robert Laffont,

522 pages, 2017.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

J’ai succombé moi aussi à l’appel du roman de Margaret Atwood dans ces temps troublés où la place de la femme est plus que jamais remise en question. Je ne résumerai pas ici le livre tant j’aimerais que chacun le découvre à sa façon. Je livrerai seulement mes sentiments sur cet ouvrage fort et poignant.

Margaret Atwood plonge son lecteur dans une dystopie où la femme n’a plus vraiment de place ou si elle en a une, elle est bien définie. A Gilead, ville du Maine des États-Unis, le lecteur fait la connaissance de Defred. C’est une servante écarlate, autrement dit, elle appartient à une famille, plus particulièrement au Commandant. En réalité, c’est son corps qui appartient au Commandant. Une terrible épidémie empêche la plupart des hommes et des femmes d’avoir des enfants. La société s’est donc réorganisée. Les servantes écarlates sont des utérus sur pattes, des femmes-réceptacles dont la vie entière est consacrée à avoir des enfants pour les autres.

Margaret Atwwod va au fond des choses. Si les femmes ne disposent plus de leur corps, leur corps est à la disposition des autres. Dans cette société patriarcale, les « tantes » soumettent, font respecter la loi et le règne de la terreur.

Dystopie qui fait malheureusement écho aux événements actuels, La servante écarlate propose une réflexion sur le pire; sur l’asservissement du sexe féminin sous couvert d’obéir aux règles et à la religion.

Le récit de Defred (son nouveau nom) est glaçant. Elle raconte sa nouvelle vie en temps que servante écarlate tout en tentant de se raccrocher à son ancienne où elle était mère, épouse, libre. Par des retours dans le passé, Defred nous fait vivre de l’intérieur la manière dont la société a basculé dans la terreur et la soumission. D’abord l’interdiction des femmes de travailler puis la soumission totale aux hommes, la fin du droit à l’avortement puis la marchandisation du corps pour les hommes, toujours les plus puissants bien sûr.

C’est un récit glaçant, effrayant qui fait ressentir à quel point la liberté d’une femme est fragile. Mon édition est dotée d’une postface dans laquelle Margaret Atwood explique la genèse et la construction de son roman. La dernière question qu’on lui pose est celle de la probabilité de cette société misogyne et terrifiante. Elle répond qu’il est possible que cette histoire devienne « vraie » mais qu’il existe deux avenirs à la fin du livre. Si le premier « devient vrai », le second le pourrait aussi. Une sorte d’espoir ténu…

Lisez La servante écarlate!

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Récits du Demi-Loup, Tome 3: Mers brumeuses de Chloé Chevalier

 

 

Récits du Demi-Loup, Tome 3: Mers brumeuses de Chloé Chevalier,

Publié aux Moutons électriques,

2017, 364 pages.

 

 

Crassu est un adolescent sourd. De Véridienne à Mercan, des côtes des Mers brumeuses aux Eponas en passant par la citadelle de Nül-Noch, le jeune homme découvre les intrigues de la cour. Dans l’Empire, Adelmor est parvenu à retourner la situation en sa faveur.

Les éditions Les Moutons électriques ont eu la gentillesse de m’envoyer le tome 3 des Récits du Demi-Loup. J’avais adoré le premier tome en découvrant la plume aguerrie de Chloé Chevalier. Le tome 2 avait confirmé le talent de l’auteur. Ce tome 3 emmène le lecteur un peu plus loin et prend des allures de Game of Thrones tant l’action politique et l’intrigue de cour se resserrent sur les protagonistes.

Cette chronique se fera en deux parties, la seconde dévoilant un morceau de l’intrigue.

Tout d’abord, la plume de Chloé Chevalier est toujours aussi belle, aussi travaillée. J’aime particulièrement l’univers qu’elle développe à travers un monde où chaque peuple possède son propre univers, son parler, ses habitudes. Le deuxième tome nous avait fait découvrir les plaines jaunes. Ici, nous passons beaucoup de temps aux Eponas du côté de l’armée des Chats ainsi qu’à Véridienne. C’est assez étonnant comment les mots, la langue de Chloé Chevalier permettent de faire résonner les ambiances. Ainsi, j’ai ressenti le froid, la brume, l’humidité de ces contrées comme si j’y étais. Nous découvrons aussi la forteresse abandonnée de Nül-Noch dans laquelle l’art des baladins et des troubadours trouve un point de chute bienvenu. 

Dans ce troisième tome, les choses se corsent et l’intrigue politique fomentée par Cathelle et Aldemor bat son plein. A la manière d’un jeu d’échecs, l’auteur concentre son talent dans une intrigue politique complexe. On ne sait plus vraiment qui tire les ficelles mais comme le conclut Cathelle à la fin du roman: « La monture s’est emballée, il faut la laisser nous emporter jusqu’à l’essoufflement de sa course ». Les dés sont jetés. Aucun personnage ne peut revenir en arrière et le piège semble se refermer sur Malvane et Calvina. A ces tensions politiques, l’auteur apporte des tensions sociales. Les femmes en rouge de Nersès réquisitionnent les vivres dans les villages au nom de Véridienne; la Preste mort fait des ravages; la guerre civile menace de plus en plus entre Eponas et Véridienne. Chloé Chevalier nous offre ici un vrai morceau de bravoure. Pas facile de concilier une intrigue politique complexe et solide avec une intrigue plus « personnelle » où les rancœurs de chacun dominent.

Du coté des personnages, ça bouge pas mal aussi. Attention, cette partie risque de vous dévoiler certaines choses si vous n’avez pas lu les tomes précédents. D’abord, le roman débute par l’arrivée de Crassu, fils sourd, adoptif de Nersès. C’est assez étonnant car j’avais considéré que ce personnage était plutôt secondaire dans les autres tomes. Ici, Crassu prend toute sa place et il devient évident que son futur potentiel d’héritier de Véridienne le place au cœur de l’intrigue. Crassu est peut-être l’un des personnages les plus attachants du récit. Il a dû surmonter sa surdité pour s’intégrer à la cour. Il est régulièrement l’objet de moquerie. A travers ce troisième tome, Crassu renonce à son enfance pour devenir un homme. Envoyé aux Eponas pour espionner Calvina, c’est là-bas qu’il se plaira le plus et qu’il trouvera enfin un peu de considération. Ce troisième tome fait office de roman d’apprentissage pour lui.

Enfin du côté de l’intrigue politique, les choses évoluent vite. Si j’ai été un peu perdue au début de ma lecture (le temps de remettre les choses en place), j’ai vite compris que Cathelle et Aldemor risquent fort d’être dépassés par leur soif de vengeance. La guerre civile menace mais bien plus grave encore, l’Empire de l’Est semble vouloir s’étendre de plus en plus tandis que la révolte des Comtes gronde en arrière-plan. Bref, l’ensemble est cohérent, diaboliquement complexe et Chloé Chevalier termine son récit en laissant de nombreuses questions en suspens.

Avec Mers Brumeuses, Chloé Chevalier montre que sa saga ne s’essouffle pas. Bien au contraire, elle prend de l’ampleur. Ce troisième tome est remarquable par la justesse de son intrigue et la manière dont les personnages sont dépeints. Outre, la beauté du texte, on peut saluer également le travail accompli sur la couverture et la carte intérieure effectués par Melchior Ascaride. J’ai hâte de découvrir la suite….

Les enchantements d’Ambremer, Tome 1: Le Paris des merveilles de Pierre Pevel

 

 

Les enchantements d’Ambremer , Tome 1: Le Paris des Merveilles de Pierre Pevel,

Publié aux éditions Bragelonne,

382 pages, 2015.

 

Paris, 1909. La tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes se baignent dans la Seine, des farfadets se promènent dans le bois de Vincennes… et une ligne de métro relie la ville à l’OutreMonde, le pays des fées, et à sa capitale Ambremer. Louis Denizart Hippolyte Griffont est mage du Cercle Cyan, un club de gentlemen-magiciens. Chargé d’enquêter sur un trafic d’objets enchantés, il se retrouve impliqué dans une série de meurtres. L’affaire est épineuse et Griffont doit affronter bien des dangers: un puissant sorcier, d’immortelles gargouilles et, par-dessus tout, l’association forcée avec Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…

Je conclus le mois de juin en beauté avec un titre de fantasy qui m’a conquis! Le tome 1 des Enchantements d’Ambremer m’a vraiment plu. Pierre Pevel manie avec talent la plume pour plonger son lecteur dans un Paris merveilleux et fantasque.

Louis Denizart Hippolyte Griffont (appréciez l’art des prénoms au passage) est un mage appartenant au cercle Cyan. Il mène sa vie tranquille sur l’île Saint-Louis au cœur de Paris mais sa tranquillité va rapidement être mise à rude épreuve lorsque Cécile de Brescieux lui demande d’aller emprunter une chronique sur la famille Latour-Fondval à la Bibliothèque d’Ambremer. Ce qui au départ était un simple service va vite s’avérer être un véritable traquenard pour Louis qui se retrouve embarqué dans une histoire où la plus puissante des fées cherche à l’éliminer tout simplement…

Au-delà de l’intrigue qui reste pour Louis la nécessite de maintenir l’ordre des choses dans le monde et de sauver sa peau au passage, ce premier tome se savoure avant tout pour l’univers créé par Pierre Pevel. Paris est une ville où les fées, gobelins, gnomes et autres créatures sont les bienvenus depuis que l’Outremonde y a été relié via le métro. Sans subordonner la réalité au merveilleux, c’est l’inverse qui se produit ici. Le merveilleux est au service de l’ambiance, de l’intrigue et des personnages et c’est ce que j’ai le plus apprécié! Pierre Pevel n’en fait pas des tonnes mais laisse des touches de merveilleux ça et là sans qu’il ne prenne le pas sur tout. Au détour d’un parc, on peut croiser un chêne savant ou des fées malicieuses. L’auteur n’en rajoute pas et c’est vraiment appréciable. Il a d’ailleurs de très bonnes idées à l’instar d’Azincourt, le chat de Louis qui peut « lire » n’importe quel ouvrage à condition de piquer un somme dessus! M’est avis que l’auteur possède des chats chez lui!

Mais le point fort du récit reste sans doute ses personnages bien campés. Louis est un dandy qui mène une vie paisible. Il se sert de ses dons de mage lorsqu’il en a vraiment besoin. J’ai beaucoup aimé son côté désuet, légèrement « vieux garçon ». Il appartient à un club, clin d’œil aux clubs masculins très distingués que l’on trouve surtout en Angleterre. Mention très bien au personnage d’Isabel de Saint-Gil à la fois aventurière, voleuse et enchanteresse. Les personnages sont hauts en couleur et dotés de beaucoup d’humour d’autant plus que le narrateur se joue de la situation est interpelle régulièrement le lecteur au sujet de leurs défauts!

Cette lecture m’a comblée d’un bout à l’autre. Le traitement parcimonieux du merveilleux, l’ambiance désuète et l’intrigue qui réserve bien des surprises m’ont littéralement charmée. Je lirai la suite des aventures de Louis avec plaisir!

Rois du monde, tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

 

Rois du monde, Tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 460 pages.

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

Conseillé par Bazar de la littérature après notre lecture commune de Janua Vera, je me suis lancée avec délectation dans Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski. Quelle claque, quelle puissance! Le bonhomme connaît son sujet et il parvient à entraîner son lecteur loin, très très loin dans son royaume biturige aux confins de l’histoire et du merveilleux.

L’histoire est racontée par Bellovèse, fils du roi mort Sacrovèse, tué par son oncle Ambigat, à présent haut-roi. Flanqué de deux guerriers celtes, Bellovèse a pour charge de se rendre sur l’île des Vieilles pour que ces dernières lèvent le tabou qui pèse sur lui. En effet, lors d’une bataille, Bellovèse n’est pas mort alors qu’il aurait dû trépasser. La mort s’est refusée à lui. Ni mort, ni vivant, seules les étranges Gallicènes, femmes mi-sorcières mi-devineresses pourront le rendre au royaume des hommes. C’est ainsi que nous découvrons le jeune Bellovèse abandonné sur une île battue par les vents, aux habitantes fort inquiétantes…Et l’intrigue s’emballe lorsque Bellovèse raconte de quelle manière il en est arrivé là. Jean-Philippe Jaworski va alors brillamment entremêler les fils de son histoires pour nous conter l’enfance de Bellovèse.

Oscillant sans cesse entre le merveilleux et le quotidien, entre la réalité et le rêve, Jean-Philippe Jaworski nous livre ici un conte parfois terrifiant souvent inquiétant. Il reconstitue l’univers celte: les traditions, la façon de parler, de se battre. Son univers est parfaitement immersif. S’il est parfois compliqué de s’y retrouver entre tous les personnages, j’ai cependant pris beaucoup de plaisir à côtoyer tous ces guerriers fiers, souvent violents. Les têtes coupées tombent à foison, ça gicle, ça bataille dur mais on s’y croit vraiment!

Ce que j’ai cependant préféré dans ce roman, c’est la dimension mythologique, presque mythique des choses. A la manière d’un conte dit à la veillée, Jaworski nous glisse à l’oreille des histoires d’ogres, de forêts hantées, de bêtes qu’il ne vaudrait mieux pas croiser le soir au coin d’un bois. On frissonne, on savoure cette façon de retomber en enfance comme lorsque nos parents nous contaient le Petit chaperon rouge.

L’écriture merveilleuse, détaillée de l’auteur vient contribuer à cet état d’enchantement, de merveilleux. Les mots sont pesés. La lecture demande concentration et exigence bien sûr mais l’univers décrit est tellement riche!

Avec Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski offre à son lecteur un récit merveilleux, immersif, qui reste longtemps en tête. Un beau coup de cœur pour moi!

Néachronical, Tome 2: Post mortem de Jean Vigne

 

Néachronical, Tome 2: Post mortem de Jean Vigne,

Publié aux éditions du Chat noir,

2014, 371 pages.

 

Avoir découvert ce qu’il s’était passé pendant ces cinq années effacées de sa mémoire n’a pas aidé Néa à comprendre ce qu’elle était devenue. Après une vengeance et une trahison, voilà qu’elle se retrouve abandonnée dans un cimetière, entourée de cadavres et de forces de l’ordre un rien agressives. Beaucoup trop d’obstacles sur la route de cette jeune fille qui la ralentissent dans sa quête de vérité : découvrir enfin sa nature et pourquoi la Mort rôde ainsi autour d’elle.

J’ai découvert la saga de Jean Vigne grâce à Bazar de la littérature. J’avais dévoré et adoré le premier tome qui m’avait littéralement surprise, moi qui d’habitude ne goûte pas vraiment à ce genre de littérature. J’avais hâte de me plonger dans ce deuxième tome pour confirmer mon avis. Et je dois dire qu’une fois de plus, je suis conquise. Pour preuve, j’ai lu ce roman en un petit week-end: impossible de lâcher Néa et ses aventures! Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome, je risque de spoiler un max!

Dans ce deuxième tome, on retrouve donc Néa en bien mauvaise posture puisqu’elle a déchaîné une armée de morts-vivants dans un cimetière et qu’elle a la police aux trousses. Pour se sortir de tout ce bazar, elle va devoir faire marcher ses méninges. Elle est bientôt rattraper par Tod, le gros barbu à la tête de métalleux. Loin de l’aider, il la jette aux flics. Enfermée dans une prison haute-sécurité, Néa ne doit son salut qu’à la chance et à son ingéniosité. Bientôt elle veut savoir pourquoi Tod l’a trahie. C’est alors qu’elle croise la route de l’inspectrice Sylva et que sa vie prend une toute autre tournure.

Avec ce tome, Jean Vigne frappe fort. Si dans le roman précédent, l’ambiance était aux découvertes et que l’auteur exploitait le côté thriller, ici il prend un virage à 180°. Je ne m’attendais pas du tout à ça. En effet, Néa en sait plus sur sa nature et elle n’est pas au bout de ses découvertes. Jean Vigne fait appel ici au folklore celte (je n’en dirai pas plus, non, non!!). Néa est toujours aussi badass pour le plus grand plaisir du lecteur et ses répliques sont jouissives!

Aux chapitres mettant en scène Néa, s’alternent des chapitres se déroulant au moyen-âge. Le chevalier Guinard a tout perdu alors qu’il revient d’années passées à Jérusalem en croisade. Son château a brûlé, son fils et sa femme sont morts. C’est alors qu’il croise la route de Marie-Madeleine, une vieille femme très étrange aux allures de sorcière. Elle va lui proposer un pacte auquel Guinard ne pourra résister.

L’incursion de ces chapitres médiévaux paraît peut-être étrange mais plus l’intrigue avance plus le lecteur est apte à comprendre le cheminement de l’auteur. C’est cohérent, brillant et ces chapitres permettent d’éclairer le parcours de Néa. Je dois dire que je n’y avais pas pensé. Encore une fois, j’ai aimé me laisser surprendre par le chemin emprunté par l’auteur.

Avec ce deuxième tome, Jean Vigne nous offre une histoire captivante et riche. Il surprend son lecteur à chaque page et mène son intrigue avec brio. J’attends maintenant de me procurer le dernier tome de cette excellente saga.

 

Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac

 

 

 

Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 476 pages.

 

Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Esther Brassac développe un univers assez particulier auquel j’avais déjà goûté dans La nuit des cœurs froids. Son écriture est dense et elle possède un goût pour le détail. Point d’esprit synthétique ici donc mais une envie de prolonger la vie des personnages et d’apporter un souffle héroïque à son intrigue.

La quatrième de couverture la résume d’ailleurs très bien cette intrigue. Je ne vais donc pas revenir dessus. Les chapitres alternent entre l’enquête d’Oksibure et la tâche artistique d’Aldebrand, Katherine et Cropityore. Vous aurez aussi remarqué le don de trouver des noms compliqués et pas toujours facile à prononcer! Bref, chaque intrigue se noue dans son coin jusqu’au moment où bien sûr elles se rejoignent. C’est peut-être le seul bémol que j’apporterai au roman. Pour faire coïncider ces deux intrigues, le point de jonction m’a paru un peu tiré par les cheveux. L’intrigue s’étale trop à mon goût et les rebondissements s’enchaînent pour ne (presque) jamais finir. A part cela, j’ai véritablement apprécié l’atmosphère du livre.

Les personnages sont coupés du monde à la suite d’une catastrophe causée par un gigantesque canon. Ils vivent sous une bulle. Vampires et loups-garous sont tolérés. Esther Brassac a véritablement le don de développer un univers dans le moindre détail. Ici, la science est devenue la nouvelle religion et le préfet de la ville sait qu’il en va de la survie de la population. Le roman est clairement étiqueté steampunk et c’est assez bien fichu, juste la bonne dose pour faire voyager le lecteur dans un autre monde.

Les personnages sont également bien développés. J’ai particulièrement apprécié Cropityore, qui malgré son nom à coucher dehors, est un personnage truculent. Démon succube, il possède un ego surdimensionné. Il est fan de Baudelaire et joue les poètes incompris. J’ai vraiment adoré ce personnage haut en couleur et finalement très drôle. Oksibure, le spectre-détective m’a aussi beaucoup plu. Il fait équipe avec une petite flamme nommée Piouf-Lune tellement adorable! Et que dire du loup-garou, bouquiniste, qui a peur de tout même de son ombre! C’est vraiment le point fort du roman: les personnages ont tous de l’épaisseur et une personnalité propre.

Il faut du temps devant soi pour se plonger dans ce beau pavé de 476 pages où chaque détail compte. La lecture est dense mais l’intrigue et les personnages très intéressants. Esther Brassac prouve une fois de plus qu’elle possède un réel talent pour entraîner son lecteur dans son univers.

Library Jumpers, Tome 1 de Brenda Drake

 

 

 

 

Library Jumpers, Tome 1: La voleuse de secrets de Brenda Drake,

Publié aux éditions Lumen,

2016, 493 pages.

 

 

Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Athenæum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…

La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d’Arik, l’inconnu aux yeux noirs de l’Athenæum…

C’est d’abord la couverture du roman et le titre qui m’ont véritablement accrochée. Un roman qui se déroule dans une bibliothèque avec tout un tas de livres en toile de fond, le pied!

Dès le premier chapitre, j’ai été happée par l’écriture (et la traduction) de Brenda Drake. Je crains toujours que le style ne soit pas à la hauteur quand il s’agit d’un livre dédié à la jeunesse. Force est de constater ici que Brenda Drake écrit bien et qu’elle ne simplifie pas son style. C’est fort agréable. Bon point de ce côté-là donc.

L’ambiance est aussi au rendez-vous! Imaginez les descriptions de magnifiques bibliothèque à l’ambiance tamisée, aux boiseries cirées et aux livres tous plus intéressants les uns que les autres! Je ne pouvais qu’adhérer.

En revanche, ça se gâte du côté de l’intrigue. Si le début est très intéressant – Gia découvre un monde caché dans les bibliothèques et comprend qu’elle en est une sorte de sentinelle – la suite se gâte. Je reconnais à l’auteur un talent de conteuse. Elle tisse, invente, développe un monde très complet et intéressant. En revanche, les informations sont trop fournies, parfois données à la va-vite et j’ai été noyée dans le flot de révélations, de descriptions. Brenda Drake a l’art du rythme mais trop c’est trop! Il se passe une action importante à chaque chapitre ce qui rend la narration brouillonne et le déroulement de l’intrigue invraisemblable. L’auteur a voulu donner du punch à son roman mais pour moi, le rythme trop soutenu, m’a vraiment dérangée. J’aurais aimé qu’elle prenne le temps de poser les choses, de les expliquer. Sachant qu’il s’agit d’une saga, elle aurait pu développer certains aspects un peu plus tard. A trop vouloir donner d’informations, elle prend le risque de perdre son lecteur.

En outre, on retombe une fois de plus dans le travers sempiternel du trio amoureux. Dès le départ, (je spoile pas promis!), Gia rencontre Arik et c’est le coup de foudre des deux côtés. Il y aura un peu plus tard l’apparition d’un troisième personnage « promis » à Gia. Encore une fois, l’auteur n’a pas su éviter l’écueil du trio amoureux, du « je t’aime moi non plus », du « je t’aime mais notre amour est impossible ». Pourrait-on sortir pour une fois de ce cliché vu et revu depuis bien trop longtemps et qui m’ennuie sérieusement?

Si je reconnais un style soigné, une construction qui ne cède pas à la facilité, je n’ai pas aimé le rythme trop soutenu  du roman qui noie le lecteur sous un flot d’informations continu. Je reconnais à Brenda Drake un certain talent de conteuse mais l’intrigue résolument trop jeunesse ne m’a pas plu! Une déception pour moi!