Rois du monde, tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

 

Rois du monde, Tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 460 pages.

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

Conseillé par Bazar de la littérature après notre lecture commune de Janua Vera, je me suis lancée avec délectation dans Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski. Quelle claque, quelle puissance! Le bonhomme connaît son sujet et il parvient à entraîner son lecteur loin, très très loin dans son royaume biturige aux confins de l’histoire et du merveilleux.

L’histoire est racontée par Bellovèse, fils du roi mort Sacrovèse, tué par son oncle Ambigat, à présent haut-roi. Flanqué de deux guerriers celtes, Bellovèse a pour charge de se rendre sur l’île des Vieilles pour que ces dernières lèvent le tabou qui pèse sur lui. En effet, lors d’une bataille, Bellovèse n’est pas mort alors qu’il aurait dû trépasser. La mort s’est refusée à lui. Ni mort, ni vivant, seules les étranges Gallicènes, femmes mi-sorcières mi-devineresses pourront le rendre au royaume des hommes. C’est ainsi que nous découvrons le jeune Bellovèse abandonné sur une île battue par les vents, aux habitantes fort inquiétantes…Et l’intrigue s’emballe lorsque Bellovèse raconte de quelle manière il en est arrivé là. Jean-Philippe Jaworski va alors brillamment entremêler les fils de son histoires pour nous conter l’enfance de Bellovèse.

Oscillant sans cesse entre le merveilleux et le quotidien, entre la réalité et le rêve, Jean-Philippe Jaworski nous livre ici un conte parfois terrifiant souvent inquiétant. Il reconstitue l’univers celte: les traditions, la façon de parler, de se battre. Son univers est parfaitement immersif. S’il est parfois compliqué de s’y retrouver entre tous les personnages, j’ai cependant pris beaucoup de plaisir à côtoyer tous ces guerriers fiers, souvent violents. Les têtes coupées tombent à foison, ça gicle, ça bataille dur mais on s’y croit vraiment!

Ce que j’ai cependant préféré dans ce roman, c’est la dimension mythologique, presque mythique des choses. A la manière d’un conte dit à la veillée, Jaworski nous glisse à l’oreille des histoires d’ogres, de forêts hantées, de bêtes qu’il ne vaudrait mieux pas croiser le soir au coin d’un bois. On frissonne, on savoure cette façon de retomber en enfance comme lorsque nos parents nous contaient le Petit chaperon rouge.

L’écriture merveilleuse, détaillée de l’auteur vient contribuer à cet état d’enchantement, de merveilleux. Les mots sont pesés. La lecture demande concentration et exigence bien sûr mais l’univers décrit est tellement riche!

Avec Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski offre à son lecteur un récit merveilleux, immersif, qui reste longtemps en tête. Un beau coup de cœur pour moi!

Néachronical, Tome 2: Post mortem de Jean Vigne

 

Néachronical, Tome 2: Post mortem de Jean Vigne,

Publié aux éditions du Chat noir,

2014, 371 pages.

 

Avoir découvert ce qu’il s’était passé pendant ces cinq années effacées de sa mémoire n’a pas aidé Néa à comprendre ce qu’elle était devenue. Après une vengeance et une trahison, voilà qu’elle se retrouve abandonnée dans un cimetière, entourée de cadavres et de forces de l’ordre un rien agressives. Beaucoup trop d’obstacles sur la route de cette jeune fille qui la ralentissent dans sa quête de vérité : découvrir enfin sa nature et pourquoi la Mort rôde ainsi autour d’elle.

J’ai découvert la saga de Jean Vigne grâce à Bazar de la littérature. J’avais dévoré et adoré le premier tome qui m’avait littéralement surprise, moi qui d’habitude ne goûte pas vraiment à ce genre de littérature. J’avais hâte de me plonger dans ce deuxième tome pour confirmer mon avis. Et je dois dire qu’une fois de plus, je suis conquise. Pour preuve, j’ai lu ce roman en un petit week-end: impossible de lâcher Néa et ses aventures! Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome, je risque de spoiler un max!

Dans ce deuxième tome, on retrouve donc Néa en bien mauvaise posture puisqu’elle a déchaîné une armée de morts-vivants dans un cimetière et qu’elle a la police aux trousses. Pour se sortir de tout ce bazar, elle va devoir faire marcher ses méninges. Elle est bientôt rattraper par Tod, le gros barbu à la tête de métalleux. Loin de l’aider, il la jette aux flics. Enfermée dans une prison haute-sécurité, Néa ne doit son salut qu’à la chance et à son ingéniosité. Bientôt elle veut savoir pourquoi Tod l’a trahie. C’est alors qu’elle croise la route de l’inspectrice Sylva et que sa vie prend une toute autre tournure.

Avec ce tome, Jean Vigne frappe fort. Si dans le roman précédent, l’ambiance était aux découvertes et que l’auteur exploitait le côté thriller, ici il prend un virage à 180°. Je ne m’attendais pas du tout à ça. En effet, Néa en sait plus sur sa nature et elle n’est pas au bout de ses découvertes. Jean Vigne fait appel ici au folklore celte (je n’en dirai pas plus, non, non!!). Néa est toujours aussi badass pour le plus grand plaisir du lecteur et ses répliques sont jouissives!

Aux chapitres mettant en scène Néa, s’alternent des chapitres se déroulant au moyen-âge. Le chevalier Guinard a tout perdu alors qu’il revient d’années passées à Jérusalem en croisade. Son château a brûlé, son fils et sa femme sont morts. C’est alors qu’il croise la route de Marie-Madeleine, une vieille femme très étrange aux allures de sorcière. Elle va lui proposer un pacte auquel Guinard ne pourra résister.

L’incursion de ces chapitres médiévaux paraît peut-être étrange mais plus l’intrigue avance plus le lecteur est apte à comprendre le cheminement de l’auteur. C’est cohérent, brillant et ces chapitres permettent d’éclairer le parcours de Néa. Je dois dire que je n’y avais pas pensé. Encore une fois, j’ai aimé me laisser surprendre par le chemin emprunté par l’auteur.

Avec ce deuxième tome, Jean Vigne nous offre une histoire captivante et riche. Il surprend son lecteur à chaque page et mène son intrigue avec brio. J’attends maintenant de me procurer le dernier tome de cette excellente saga.

 

Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac

 

 

 

Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 476 pages.

 

Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Esther Brassac développe un univers assez particulier auquel j’avais déjà goûté dans La nuit des cœurs froids. Son écriture est dense et elle possède un goût pour le détail. Point d’esprit synthétique ici donc mais une envie de prolonger la vie des personnages et d’apporter un souffle héroïque à son intrigue.

La quatrième de couverture la résume d’ailleurs très bien cette intrigue. Je ne vais donc pas revenir dessus. Les chapitres alternent entre l’enquête d’Oksibure et la tâche artistique d’Aldebrand, Katherine et Cropityore. Vous aurez aussi remarqué le don de trouver des noms compliqués et pas toujours facile à prononcer! Bref, chaque intrigue se noue dans son coin jusqu’au moment où bien sûr elles se rejoignent. C’est peut-être le seul bémol que j’apporterai au roman. Pour faire coïncider ces deux intrigues, le point de jonction m’a paru un peu tiré par les cheveux. L’intrigue s’étale trop à mon goût et les rebondissements s’enchaînent pour ne (presque) jamais finir. A part cela, j’ai véritablement apprécié l’atmosphère du livre.

Les personnages sont coupés du monde à la suite d’une catastrophe causée par un gigantesque canon. Ils vivent sous une bulle. Vampires et loups-garous sont tolérés. Esther Brassac a véritablement le don de développer un univers dans le moindre détail. Ici, la science est devenue la nouvelle religion et le préfet de la ville sait qu’il en va de la survie de la population. Le roman est clairement étiqueté steampunk et c’est assez bien fichu, juste la bonne dose pour faire voyager le lecteur dans un autre monde.

Les personnages sont également bien développés. J’ai particulièrement apprécié Cropityore, qui malgré son nom à coucher dehors, est un personnage truculent. Démon succube, il possède un ego surdimensionné. Il est fan de Baudelaire et joue les poètes incompris. J’ai vraiment adoré ce personnage haut en couleur et finalement très drôle. Oksibure, le spectre-détective m’a aussi beaucoup plu. Il fait équipe avec une petite flamme nommée Piouf-Lune tellement adorable! Et que dire du loup-garou, bouquiniste, qui a peur de tout même de son ombre! C’est vraiment le point fort du roman: les personnages ont tous de l’épaisseur et une personnalité propre.

Il faut du temps devant soi pour se plonger dans ce beau pavé de 476 pages où chaque détail compte. La lecture est dense mais l’intrigue et les personnages très intéressants. Esther Brassac prouve une fois de plus qu’elle possède un réel talent pour entraîner son lecteur dans son univers.

Library Jumpers, Tome 1 de Brenda Drake

 

 

 

 

Library Jumpers, Tome 1: La voleuse de secrets de Brenda Drake,

Publié aux éditions Lumen,

2016, 493 pages.

 

 

Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Athenæum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…

La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d’Arik, l’inconnu aux yeux noirs de l’Athenæum…

C’est d’abord la couverture du roman et le titre qui m’ont véritablement accrochée. Un roman qui se déroule dans une bibliothèque avec tout un tas de livres en toile de fond, le pied!

Dès le premier chapitre, j’ai été happée par l’écriture (et la traduction) de Brenda Drake. Je crains toujours que le style ne soit pas à la hauteur quand il s’agit d’un livre dédié à la jeunesse. Force est de constater ici que Brenda Drake écrit bien et qu’elle ne simplifie pas son style. C’est fort agréable. Bon point de ce côté-là donc.

L’ambiance est aussi au rendez-vous! Imaginez les descriptions de magnifiques bibliothèque à l’ambiance tamisée, aux boiseries cirées et aux livres tous plus intéressants les uns que les autres! Je ne pouvais qu’adhérer.

En revanche, ça se gâte du côté de l’intrigue. Si le début est très intéressant – Gia découvre un monde caché dans les bibliothèques et comprend qu’elle en est une sorte de sentinelle – la suite se gâte. Je reconnais à l’auteur un talent de conteuse. Elle tisse, invente, développe un monde très complet et intéressant. En revanche, les informations sont trop fournies, parfois données à la va-vite et j’ai été noyée dans le flot de révélations, de descriptions. Brenda Drake a l’art du rythme mais trop c’est trop! Il se passe une action importante à chaque chapitre ce qui rend la narration brouillonne et le déroulement de l’intrigue invraisemblable. L’auteur a voulu donner du punch à son roman mais pour moi, le rythme trop soutenu, m’a vraiment dérangée. J’aurais aimé qu’elle prenne le temps de poser les choses, de les expliquer. Sachant qu’il s’agit d’une saga, elle aurait pu développer certains aspects un peu plus tard. A trop vouloir donner d’informations, elle prend le risque de perdre son lecteur.

En outre, on retombe une fois de plus dans le travers sempiternel du trio amoureux. Dès le départ, (je spoile pas promis!), Gia rencontre Arik et c’est le coup de foudre des deux côtés. Il y aura un peu plus tard l’apparition d’un troisième personnage « promis » à Gia. Encore une fois, l’auteur n’a pas su éviter l’écueil du trio amoureux, du « je t’aime moi non plus », du « je t’aime mais notre amour est impossible ». Pourrait-on sortir pour une fois de ce cliché vu et revu depuis bien trop longtemps et qui m’ennuie sérieusement?

Si je reconnais un style soigné, une construction qui ne cède pas à la facilité, je n’ai pas aimé le rythme trop soutenu  du roman qui noie le lecteur sous un flot d’informations continu. Je reconnais à Brenda Drake un certain talent de conteuse mais l’intrigue résolument trop jeunesse ne m’a pas plu! Une déception pour moi!

 

 

Dead Zone de Stephen King

 

Dead Zone de Stephen King,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

501 pages, 2006.

 

 

 

John Smith, comme son nom l’indique, est un type banal. Jusqu’à ce qu’un accident de voiture le plonge dans un coma profond. Quand il revient enfin à lui, il est en apparence le même. Mais il a ramené quelque chose de la zone morte où il gisait pendant tant de mois ; un don de prémonition qui le mettra vite devant un terrible dilemme. Pour préserver le monde d’un mal inéluctable, devra-t-il tuer l’homme en passe de devenir le prochain président des États-Unis ?

C’est pour mon book club que j’ai lu ce roman de Stephen King. D’abord sceptique à la lecture de la quatrième de couverture, j’ai plongé tête la première dans Dead Zone pour ne plus relever le nez de ma lecture.

On peut affirmer une chose: Stephen King s’y connaît pour raconter des histoires. Le bougre s’y prend tellement bien que la vie d’un hamster dans une cage pourrait devenir passionnante. C’est surtout en cela, je crois, que King est un maître! Avec Dead Zone, ça n’a pas loupé. Dès les premières pages du roman, j’ai été happée par l’intrigue, les personnages et l’atmosphère.

Tout commence avec Johnny. Alors qu’il est encore gosse, il fait une chute en patins à glace. Pendant quelques minutes, il perd connaissance. Après cet accident, Johnny va commencer à percevoir les choses différemment. Il a des « intuitions« , il pressent certaines choses. Quelques années plus tard, alors qu’il est à la fête foraine avec Sarah, sa petite amie, il joue à un jeu de hasard et rafle la mise. Ce sont des petits trucs comme ceux-là qui font dire que Johnny est un peu différent des autres.

Alors qu’il rentre chez lui en taxi, Johnny est victime d’un très grave accident. Après 4 ans et demi de coma, il se réveille. Son don de « prémonition » s’est développé. En touchant les gens ou les objets, Johnny voit l’avenir ou le passé. De miraculé, il devient bientôt bête de foire…

A partir de pas grand chose, Stephen King réussit le coup de maître de bâtir une intrigue géniale et haletante. On suit donc Johnny qui va découvrir son don et l’exploiter quelques fois. Mais là où l’auteur est génial, c’est qu’il ne met pas le don magique de Johnny au centre du récit. Passez votre chemin si vous recherchez du fantastique pur et dur. Certes, Johnny possède des facultés extraordinaires mais l’auteur cherche avant tout à raconter la reconstruction physique et morale de cet homme qui a perdu beaucoup de choses à cause de son accident. Dans l’Amérique des années 70, Johnny est d’ailleurs perçu plutôt comme un envoyé du diable, une erreur de la nature. Fanatiques de tous bords lui adressent des lettres malveillantes, pleines de menace. Johnny n’aspire qu’à une seule chose: retrouver sa vie d’autrefois.

Parallèlement, Stephen King met en scène un homme politique, Greg Stillson, prêt à tout pour arriver au pouvoir. C’est un magouilleur de première qui n’hésite pas à employer la force pour arriver à ses fins comme embaucher des hell’s angels comme gardes du corps. Avec un discours démagogique, il sort des sentiers battus et plaît à la foule. Ce personnage n’est pas sans rappeler Donald Trump et étrangement, de manière prémonitoire, Stephen King met en scène un homme politique qui lui ressemble énormément! King nous plonge dans l’Amérique profonde et permet à ses deux intrigues de se rejoindre dans un dénouement explosif.

Dead Zone est un très bon roman efficace et haletant qui vous tiendra éveillé longtemps! Stephen King a vraiment le talent de nous plonger au cœur du mystère à travers la vie de Johnny, tristement célèbre pour un don qu’il n’a pas désiré.

Les Veilleurs, Tome 1: Enfant du chaos de Eva Simonin

 

 

Les Veilleurs, Tome 1: Enfant du chaos de Eva Simonin,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2017, 331 pages.

 

 

 

Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter.
À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leur rang pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses.
Mais ses origines pèsent lourd sur ses épaules et compromettent sa place parmi les pompiers. Son existence n’est-elle qu’une nouvelle manifestation du chaos ? Anielle n’aura de pire ennemi que sa propre nature, convoitée par certains, redoutée par d’autres.

Encore merci aux éditions Des Moutons électriques de m’avoir gâtée en m’envoyant en avant première ce roman. Comme d’habitude, je loue le réel travail d’édition réalisé par l’équipe. La couverture est sublime et il faut regarder minutieusement les petits détails qui la composent.

Eva Simonin nous plonge dans un premier tome ambitieux qui pose pas mal de bases pour une future histoire plus dense même si celle-ci l’est déjà. Elle nous décrit ici un monde pétri de magie et de superstitions. Pas facile de tout suivre au départ car l’auteur nous plonge au cœur d’un univers complexe. Ici, pas de narrateur ou de personnage pour nous expliquer comment fonctionne ce monde: c’est au lecteur de saisir les informations au fur et à mesure de l’intrigue. En tout cas, l’auteur nous plonge dans une des sphères qui composent le monde: il s’agit d’Okkia. Les sphères ont leur propre singularité, leurs propre peuple et coutumes. Pour communiquer entre les sphères, les veilleurs ont la charge d’équilibrer les forces cosmiques d’une sorte de portail. Or, depuis quelques temps, tout voyage est impossible. C’est le chaos qui règne en maître provoquant des tempêtes arcaniques dévastatrices mais surtout produisant des spectres, comprenez des monstres qui dévorent les humains.

C’est dans ce contexte que va débarquer Anielle. Toute sa famille a été décimée par un spectre. Elle est la seule rescapée. Elle décide alors de s’engager auprès des pompiers dont la mission est de lutter contre ces fameuses bestioles. Le nom du personnage m’a fait tilter car Anielle évoque bien sûr un animal doux et docile. Si je n’ai pas été vraiment émue par ce personnage, j’ai tout de même apprécié sa complexité. Si Anielle apparaît bien douce au départ, son personnage va évoluer au fil de l’intrigue et prendre une direction à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Bon point de ce côté-là puisque l’auteur a de la ressource et sort des clichés habituels.

Les autres personnages m’ont en revanche paru un peu plus stéréotypés à commencer par la princesse Maranée que j’ai trouvée plutôt prévisible. Coléreuse, égoïste et avide de pouvoir, je l’imaginais un peu comme la méchante belle-mère dans Blanche-Neige. Allez savoir pourquoi. Les autres personnages sont plus anecdotiques même si on sent que certains vont prendre une place prépondérante dans le tome suivant à commencer par Yone et Eryann.

L’intrigue est plutôt bien menée. On suit l’évolution d’Anielle au sein de sa brigade. En parallèle, Okkia est menacée par un coup d’État emmené par la princesse Maranée qui profite du chaos pour assouvir sa soif de pouvoir. Je ne me suis pas du tout ennuyée en tout cas même si le début du roman met un peu de temps à se mettre en place. Seule bémol à ma lecture: les tournures négatives qui ne sont pas respectées. Alors j’ai bien compris qu’il s’agissait de marquer la frontière entre nobles et gens du peuple mais n’empêche, ça m’a un eu chagrinée

Avec ce premier tome, Eva Simonin nous entraîne dans un monde complexe. Elle parvient à surprendre son lecteur avec une héroïne qui sort des sentiers battus. La fin du roman promet un deuxième tome intéressant et prenant.

Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley

 

Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley,

Publié au Livre de Poche,

2014, 408 pages.

 

La légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle. Et, pour la première fois, ce drame épique nous est conté par une femme à travers le destin de ses principales héroïnes. Bien sûr, Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée Excalibur, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes, exceptionnellement attachantes, qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, grande prêtresse d’Avalon, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la Fée, soeur et amante du grand roi…

Les Dames du lac est un roman qui traînait dans ma PAL depuis un petit moment. Je me suis décidée enfin à le sortir en me disant qu’un peu de fantasy médiévale ne me ferait pas de mal. Cette lecture n’a clairement pas été un coup de cœur pour moi. Je me suis parfois ennuyée et j’ai trouvé l’intrigue bien longue. Je ne peux pas dire non plus que je n’ai pas aimé ma lecture. Disons que je n’ai pas été emportée comme j’aurais aimé l’être.

Avec ce tome 1, Marion Zimmer Bradley s’attaque à la légende arthurienne mais du point de vue des femmes ce qui reste particulièrement original. On suit d’abord Ygerne, la future mère d’Arthur qu’elle aura avec Uther Pendragon. La première partie est donc consacrée à la recherche de ce futur roi d’exception que sera Arthur. Parallèlement, on suit aussi Morgane qui va peu à peu être initiée aux mystères de la Déesse. D’Avalon à Tintagel, le lecteur est amené à suivre le destin de ces deux femmes qui jouissent finalement d’une grande liberté puisque la première épousera l’homme qu’elle aime et la seconde suivra la voie qu’elle désire.

Cette première partie m’a ennuyée. Je l’ai trouvé drôlement longue. Ygerne fait figure d’amoureuse transie. Certes, l’amour qu’elle voue à Uther est beau mais leur situation ne m’a pas touchée outre mesure. Quant à Morgane, je n’ai pas vraiment suivi avec exaltation son entrée parmi les prêtresses d’Avalon. Il m’a manqué un petit quelque chose pour que j’apprécie vraiment ma lecture. Les personnages m’ont paru distants, froids. Je n’ai guère accroché.

En revanche, j’ai plutôt apprécié la seconde partie du roman dédiée à Guenièvre, femme d’Arthur et à Morgane. Les choses prennent une autre voie, une nouvelle dynamique. Certes Guenièvre m’a particulièrement déplu. Je ne la voyais pas aussi bigote et mièvre. C’est une nunuche de première catégorie qui m’a fait lever les yeux au ciel plus d’une fois. Cependant, j’ai trouvé son personnage intéressant car il met en perspective l’affrontement entre la religion chrétienne et la religion païenne dédiée à la Déesse. Arthur est pris entre ces deux religions qu’il se doit d’honorer. Guenièvre va le pousser à se parjurer. J’ai réellement trouvé intéressant cette mise en scène du schisme entre deux religions, pourtant bien établies. Quant à Morgane, son personnage prend aussi une dimension plus profonde puisqu’on voit qu’elle gagne en puissance. Ses malheurs et sa douleur ne feront qu’accroître son aura mystique. A travers la rivalité Morgane/Guenièvre, on retrouve la rivalité chrétienne/Païenne et c’est toute une civilisation qui se remet en question et qui est sur le point de basculer.

Les personnages plus secondaires comme Merlin, Lancelot  ou Arthur n’apportent guère à l’intrigue puisque l’auteur fait la part belle aux femmes. Il est cependant intéressant de se pencher sur cette partie de l’histoire du point de vue féminin ce qui permet de mettre beaucoup de choses en perspective.

Au final, Les Dames du lac est un roman qui ne m’a pas transcendée. J’en attendais peut-être beaucoup. L’intrigue contemplative est parfois longue et plate. J’ai cependant apprécié la dualité entre les deux religions exacerbée par la rivalité entre Guenièvre et Morgane qui permet une réflexion plus aboutie.