Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac

 

 

 

Par la grâce des Sans Noms d’Esther Brassac,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 476 pages.

 

Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Esther Brassac développe un univers assez particulier auquel j’avais déjà goûté dans La nuit des cœurs froids. Son écriture est dense et elle possède un goût pour le détail. Point d’esprit synthétique ici donc mais une envie de prolonger la vie des personnages et d’apporter un souffle héroïque à son intrigue.

La quatrième de couverture la résume d’ailleurs très bien cette intrigue. Je ne vais donc pas revenir dessus. Les chapitres alternent entre l’enquête d’Oksibure et la tâche artistique d’Aldebrand, Katherine et Cropityore. Vous aurez aussi remarqué le don de trouver des noms compliqués et pas toujours facile à prononcer! Bref, chaque intrigue se noue dans son coin jusqu’au moment où bien sûr elles se rejoignent. C’est peut-être le seul bémol que j’apporterai au roman. Pour faire coïncider ces deux intrigues, le point de jonction m’a paru un peu tiré par les cheveux. L’intrigue s’étale trop à mon goût et les rebondissements s’enchaînent pour ne (presque) jamais finir. A part cela, j’ai véritablement apprécié l’atmosphère du livre.

Les personnages sont coupés du monde à la suite d’une catastrophe causée par un gigantesque canon. Ils vivent sous une bulle. Vampires et loups-garous sont tolérés. Esther Brassac a véritablement le don de développer un univers dans le moindre détail. Ici, la science est devenue la nouvelle religion et le préfet de la ville sait qu’il en va de la survie de la population. Le roman est clairement étiqueté steampunk et c’est assez bien fichu, juste la bonne dose pour faire voyager le lecteur dans un autre monde.

Les personnages sont également bien développés. J’ai particulièrement apprécié Cropityore, qui malgré son nom à coucher dehors, est un personnage truculent. Démon succube, il possède un ego surdimensionné. Il est fan de Baudelaire et joue les poètes incompris. J’ai vraiment adoré ce personnage haut en couleur et finalement très drôle. Oksibure, le spectre-détective m’a aussi beaucoup plu. Il fait équipe avec une petite flamme nommée Piouf-Lune tellement adorable! Et que dire du loup-garou, bouquiniste, qui a peur de tout même de son ombre! C’est vraiment le point fort du roman: les personnages ont tous de l’épaisseur et une personnalité propre.

Il faut du temps devant soi pour se plonger dans ce beau pavé de 476 pages où chaque détail compte. La lecture est dense mais l’intrigue et les personnages très intéressants. Esther Brassac prouve une fois de plus qu’elle possède un réel talent pour entraîner son lecteur dans son univers.

Library Jumpers, Tome 1 de Brenda Drake

 

 

 

 

Library Jumpers, Tome 1: La voleuse de secrets de Brenda Drake,

Publié aux éditions Lumen,

2016, 493 pages.

 

 

Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Athenæum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…

La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d’Arik, l’inconnu aux yeux noirs de l’Athenæum…

C’est d’abord la couverture du roman et le titre qui m’ont véritablement accrochée. Un roman qui se déroule dans une bibliothèque avec tout un tas de livres en toile de fond, le pied!

Dès le premier chapitre, j’ai été happée par l’écriture (et la traduction) de Brenda Drake. Je crains toujours que le style ne soit pas à la hauteur quand il s’agit d’un livre dédié à la jeunesse. Force est de constater ici que Brenda Drake écrit bien et qu’elle ne simplifie pas son style. C’est fort agréable. Bon point de ce côté-là donc.

L’ambiance est aussi au rendez-vous! Imaginez les descriptions de magnifiques bibliothèque à l’ambiance tamisée, aux boiseries cirées et aux livres tous plus intéressants les uns que les autres! Je ne pouvais qu’adhérer.

En revanche, ça se gâte du côté de l’intrigue. Si le début est très intéressant – Gia découvre un monde caché dans les bibliothèques et comprend qu’elle en est une sorte de sentinelle – la suite se gâte. Je reconnais à l’auteur un talent de conteuse. Elle tisse, invente, développe un monde très complet et intéressant. En revanche, les informations sont trop fournies, parfois données à la va-vite et j’ai été noyée dans le flot de révélations, de descriptions. Brenda Drake a l’art du rythme mais trop c’est trop! Il se passe une action importante à chaque chapitre ce qui rend la narration brouillonne et le déroulement de l’intrigue invraisemblable. L’auteur a voulu donner du punch à son roman mais pour moi, le rythme trop soutenu, m’a vraiment dérangée. J’aurais aimé qu’elle prenne le temps de poser les choses, de les expliquer. Sachant qu’il s’agit d’une saga, elle aurait pu développer certains aspects un peu plus tard. A trop vouloir donner d’informations, elle prend le risque de perdre son lecteur.

En outre, on retombe une fois de plus dans le travers sempiternel du trio amoureux. Dès le départ, (je spoile pas promis!), Gia rencontre Arik et c’est le coup de foudre des deux côtés. Il y aura un peu plus tard l’apparition d’un troisième personnage « promis » à Gia. Encore une fois, l’auteur n’a pas su éviter l’écueil du trio amoureux, du « je t’aime moi non plus », du « je t’aime mais notre amour est impossible ». Pourrait-on sortir pour une fois de ce cliché vu et revu depuis bien trop longtemps et qui m’ennuie sérieusement?

Si je reconnais un style soigné, une construction qui ne cède pas à la facilité, je n’ai pas aimé le rythme trop soutenu  du roman qui noie le lecteur sous un flot d’informations continu. Je reconnais à Brenda Drake un certain talent de conteuse mais l’intrigue résolument trop jeunesse ne m’a pas plu! Une déception pour moi!

 

 

Dead Zone de Stephen King

 

Dead Zone de Stephen King,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

501 pages, 2006.

 

 

 

John Smith, comme son nom l’indique, est un type banal. Jusqu’à ce qu’un accident de voiture le plonge dans un coma profond. Quand il revient enfin à lui, il est en apparence le même. Mais il a ramené quelque chose de la zone morte où il gisait pendant tant de mois ; un don de prémonition qui le mettra vite devant un terrible dilemme. Pour préserver le monde d’un mal inéluctable, devra-t-il tuer l’homme en passe de devenir le prochain président des États-Unis ?

C’est pour mon book club que j’ai lu ce roman de Stephen King. D’abord sceptique à la lecture de la quatrième de couverture, j’ai plongé tête la première dans Dead Zone pour ne plus relever le nez de ma lecture.

On peut affirmer une chose: Stephen King s’y connaît pour raconter des histoires. Le bougre s’y prend tellement bien que la vie d’un hamster dans une cage pourrait devenir passionnante. C’est surtout en cela, je crois, que King est un maître! Avec Dead Zone, ça n’a pas loupé. Dès les premières pages du roman, j’ai été happée par l’intrigue, les personnages et l’atmosphère.

Tout commence avec Johnny. Alors qu’il est encore gosse, il fait une chute en patins à glace. Pendant quelques minutes, il perd connaissance. Après cet accident, Johnny va commencer à percevoir les choses différemment. Il a des « intuitions« , il pressent certaines choses. Quelques années plus tard, alors qu’il est à la fête foraine avec Sarah, sa petite amie, il joue à un jeu de hasard et rafle la mise. Ce sont des petits trucs comme ceux-là qui font dire que Johnny est un peu différent des autres.

Alors qu’il rentre chez lui en taxi, Johnny est victime d’un très grave accident. Après 4 ans et demi de coma, il se réveille. Son don de « prémonition » s’est développé. En touchant les gens ou les objets, Johnny voit l’avenir ou le passé. De miraculé, il devient bientôt bête de foire…

A partir de pas grand chose, Stephen King réussit le coup de maître de bâtir une intrigue géniale et haletante. On suit donc Johnny qui va découvrir son don et l’exploiter quelques fois. Mais là où l’auteur est génial, c’est qu’il ne met pas le don magique de Johnny au centre du récit. Passez votre chemin si vous recherchez du fantastique pur et dur. Certes, Johnny possède des facultés extraordinaires mais l’auteur cherche avant tout à raconter la reconstruction physique et morale de cet homme qui a perdu beaucoup de choses à cause de son accident. Dans l’Amérique des années 70, Johnny est d’ailleurs perçu plutôt comme un envoyé du diable, une erreur de la nature. Fanatiques de tous bords lui adressent des lettres malveillantes, pleines de menace. Johnny n’aspire qu’à une seule chose: retrouver sa vie d’autrefois.

Parallèlement, Stephen King met en scène un homme politique, Greg Stillson, prêt à tout pour arriver au pouvoir. C’est un magouilleur de première qui n’hésite pas à employer la force pour arriver à ses fins comme embaucher des hell’s angels comme gardes du corps. Avec un discours démagogique, il sort des sentiers battus et plaît à la foule. Ce personnage n’est pas sans rappeler Donald Trump et étrangement, de manière prémonitoire, Stephen King met en scène un homme politique qui lui ressemble énormément! King nous plonge dans l’Amérique profonde et permet à ses deux intrigues de se rejoindre dans un dénouement explosif.

Dead Zone est un très bon roman efficace et haletant qui vous tiendra éveillé longtemps! Stephen King a vraiment le talent de nous plonger au cœur du mystère à travers la vie de Johnny, tristement célèbre pour un don qu’il n’a pas désiré.

Les Veilleurs, Tome 1: Enfant du chaos de Eva Simonin

 

 

Les Veilleurs, Tome 1: Enfant du chaos de Eva Simonin,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2017, 331 pages.

 

 

 

Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter.
À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leur rang pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses.
Mais ses origines pèsent lourd sur ses épaules et compromettent sa place parmi les pompiers. Son existence n’est-elle qu’une nouvelle manifestation du chaos ? Anielle n’aura de pire ennemi que sa propre nature, convoitée par certains, redoutée par d’autres.

Encore merci aux éditions Des Moutons électriques de m’avoir gâtée en m’envoyant en avant première ce roman. Comme d’habitude, je loue le réel travail d’édition réalisé par l’équipe. La couverture est sublime et il faut regarder minutieusement les petits détails qui la composent.

Eva Simonin nous plonge dans un premier tome ambitieux qui pose pas mal de bases pour une future histoire plus dense même si celle-ci l’est déjà. Elle nous décrit ici un monde pétri de magie et de superstitions. Pas facile de tout suivre au départ car l’auteur nous plonge au cœur d’un univers complexe. Ici, pas de narrateur ou de personnage pour nous expliquer comment fonctionne ce monde: c’est au lecteur de saisir les informations au fur et à mesure de l’intrigue. En tout cas, l’auteur nous plonge dans une des sphères qui composent le monde: il s’agit d’Okkia. Les sphères ont leur propre singularité, leurs propre peuple et coutumes. Pour communiquer entre les sphères, les veilleurs ont la charge d’équilibrer les forces cosmiques d’une sorte de portail. Or, depuis quelques temps, tout voyage est impossible. C’est le chaos qui règne en maître provoquant des tempêtes arcaniques dévastatrices mais surtout produisant des spectres, comprenez des monstres qui dévorent les humains.

C’est dans ce contexte que va débarquer Anielle. Toute sa famille a été décimée par un spectre. Elle est la seule rescapée. Elle décide alors de s’engager auprès des pompiers dont la mission est de lutter contre ces fameuses bestioles. Le nom du personnage m’a fait tilter car Anielle évoque bien sûr un animal doux et docile. Si je n’ai pas été vraiment émue par ce personnage, j’ai tout de même apprécié sa complexité. Si Anielle apparaît bien douce au départ, son personnage va évoluer au fil de l’intrigue et prendre une direction à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Bon point de ce côté-là puisque l’auteur a de la ressource et sort des clichés habituels.

Les autres personnages m’ont en revanche paru un peu plus stéréotypés à commencer par la princesse Maranée que j’ai trouvée plutôt prévisible. Coléreuse, égoïste et avide de pouvoir, je l’imaginais un peu comme la méchante belle-mère dans Blanche-Neige. Allez savoir pourquoi. Les autres personnages sont plus anecdotiques même si on sent que certains vont prendre une place prépondérante dans le tome suivant à commencer par Yone et Eryann.

L’intrigue est plutôt bien menée. On suit l’évolution d’Anielle au sein de sa brigade. En parallèle, Okkia est menacée par un coup d’État emmené par la princesse Maranée qui profite du chaos pour assouvir sa soif de pouvoir. Je ne me suis pas du tout ennuyée en tout cas même si le début du roman met un peu de temps à se mettre en place. Seule bémol à ma lecture: les tournures négatives qui ne sont pas respectées. Alors j’ai bien compris qu’il s’agissait de marquer la frontière entre nobles et gens du peuple mais n’empêche, ça m’a un eu chagrinée

Avec ce premier tome, Eva Simonin nous entraîne dans un monde complexe. Elle parvient à surprendre son lecteur avec une héroïne qui sort des sentiers battus. La fin du roman promet un deuxième tome intéressant et prenant.

Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley

 

Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley,

Publié au Livre de Poche,

2014, 408 pages.

 

La légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle. Et, pour la première fois, ce drame épique nous est conté par une femme à travers le destin de ses principales héroïnes. Bien sûr, Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée Excalibur, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes, exceptionnellement attachantes, qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, grande prêtresse d’Avalon, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la Fée, soeur et amante du grand roi…

Les Dames du lac est un roman qui traînait dans ma PAL depuis un petit moment. Je me suis décidée enfin à le sortir en me disant qu’un peu de fantasy médiévale ne me ferait pas de mal. Cette lecture n’a clairement pas été un coup de cœur pour moi. Je me suis parfois ennuyée et j’ai trouvé l’intrigue bien longue. Je ne peux pas dire non plus que je n’ai pas aimé ma lecture. Disons que je n’ai pas été emportée comme j’aurais aimé l’être.

Avec ce tome 1, Marion Zimmer Bradley s’attaque à la légende arthurienne mais du point de vue des femmes ce qui reste particulièrement original. On suit d’abord Ygerne, la future mère d’Arthur qu’elle aura avec Uther Pendragon. La première partie est donc consacrée à la recherche de ce futur roi d’exception que sera Arthur. Parallèlement, on suit aussi Morgane qui va peu à peu être initiée aux mystères de la Déesse. D’Avalon à Tintagel, le lecteur est amené à suivre le destin de ces deux femmes qui jouissent finalement d’une grande liberté puisque la première épousera l’homme qu’elle aime et la seconde suivra la voie qu’elle désire.

Cette première partie m’a ennuyée. Je l’ai trouvé drôlement longue. Ygerne fait figure d’amoureuse transie. Certes, l’amour qu’elle voue à Uther est beau mais leur situation ne m’a pas touchée outre mesure. Quant à Morgane, je n’ai pas vraiment suivi avec exaltation son entrée parmi les prêtresses d’Avalon. Il m’a manqué un petit quelque chose pour que j’apprécie vraiment ma lecture. Les personnages m’ont paru distants, froids. Je n’ai guère accroché.

En revanche, j’ai plutôt apprécié la seconde partie du roman dédiée à Guenièvre, femme d’Arthur et à Morgane. Les choses prennent une autre voie, une nouvelle dynamique. Certes Guenièvre m’a particulièrement déplu. Je ne la voyais pas aussi bigote et mièvre. C’est une nunuche de première catégorie qui m’a fait lever les yeux au ciel plus d’une fois. Cependant, j’ai trouvé son personnage intéressant car il met en perspective l’affrontement entre la religion chrétienne et la religion païenne dédiée à la Déesse. Arthur est pris entre ces deux religions qu’il se doit d’honorer. Guenièvre va le pousser à se parjurer. J’ai réellement trouvé intéressant cette mise en scène du schisme entre deux religions, pourtant bien établies. Quant à Morgane, son personnage prend aussi une dimension plus profonde puisqu’on voit qu’elle gagne en puissance. Ses malheurs et sa douleur ne feront qu’accroître son aura mystique. A travers la rivalité Morgane/Guenièvre, on retrouve la rivalité chrétienne/Païenne et c’est toute une civilisation qui se remet en question et qui est sur le point de basculer.

Les personnages plus secondaires comme Merlin, Lancelot  ou Arthur n’apportent guère à l’intrigue puisque l’auteur fait la part belle aux femmes. Il est cependant intéressant de se pencher sur cette partie de l’histoire du point de vue féminin ce qui permet de mettre beaucoup de choses en perspective.

Au final, Les Dames du lac est un roman qui ne m’a pas transcendée. J’en attendais peut-être beaucoup. L’intrigue contemplative est parfois longue et plate. J’ai cependant apprécié la dualité entre les deux religions exacerbée par la rivalité entre Guenièvre et Morgane qui permet une réflexion plus aboutie.

Récits du Vieux Royaume, Tome 1: Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski

 

 

Récits du Vieux Royaume, Tome 1: Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

414 pages, 2010.

 

Né du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

C’est avec Maureen du Bazar de la littérature que j’ai effectué cette lecture. J’avais envie de découvrir la plume de Jean-Philippe Jaworski et quoi de mieux que des nouvelles pour se mettre en jambes? J’ai beaucoup aimé ma lecture. Ces récits denses et puissants m’ont conquise.

La plume de l’auteur est d’abord magnifique. Toutes ses phrases sont travaillées, léchées, magnifiées. Il possède un réel talent de conteur pour évoquer la magnificence d’une Cité ou au contraire le lugubre d’un bois hanté, d’une combe déserte.

Ensuite, l’auteur nous plonge au cœur d’un moyen-âge à la fois bien réel mais également fantasmé. On ne sait pas vraiment où se déroule ses histoires bien que les noms des villes évoquent tantôt l’Italie, tantôt des contrées plus au Nord et plus rudes. Jean-Philippe Jaworski créé un univers bien à lui auquel on ne peut qu’adhérer sans concession.

Enfin chacune de ses nouvelles est diablement bien ficelée et travaillée avec une grande maîtrise de l’intrigue et du suspens. Le recueil est assez dense et la lecture se fait délicieuse. Je n’ai pas trouvé qu’une nouvelle se situait au-dessous d’une autre. On peut donc saluer cette performance car les recueils de nouvelles proposent bien trop souvent des textes inégaux. Chose remarquable aussi, l’auteur donne au lecteur un fil rouge à suivre d’une nouvelle à l’autre. Il peut parfois s’agir d’un personnage ou d’un événement historique au beaucoup plus ténue, l’évocation d’une légende, d’un roi. On retrouve ainsi une certaine continuité et une cohérence entre les nouvelles.

Sans grande surprise, j’ai adoré la nouvelle « Mauvaise donne » consacrée à Benvenuto, maître assassin appartenant à la Guilde. Ce personnage plus anti-héros qu’autre chose, va découvrir qu’on la manipulé. Sous des dehors bourrus et mal dégrossis, se cache en réalité un personnage perspicace qui m’a beaucoup plu.

Certaines nouvelles comme « Le service des Dames » font explicitement référence aux histoires courtoises du moyen-âge où le chevalier, honnête, se met au service d’une Dame. C’est bien vu et bien traité de la part de l’auteur qui dépoussière le genre.

D’autres nouvelles sont beaucoup plus sombres. « Une simple offrande » nous plonge au cœur d’une guerre sanglante à la rencontre du guerrier Cecht qui devra lutter contre ses démons intérieurs pour se libérer au cœur d’une forêt bien sombre et menaçante.

Cependant mon coup de cœur revient à la nouvelle intitulée « Un amour dévorant ». J’ai frissonné d’un bout à l’autre. Un petit village, perdu au fond d’une vallée, est hantée par des fantômes baptisés les appeleurs. Ils ne trouvent pas le repos et gare à celui qui n’est pas calfeutré dans sa maison à l’heure où les ombres s’étirent sur la forêt. L’auteur a su me plonger dans une ambiance froide et emplie de légendes. J’ai adoré avoir peur et être confrontée à ces mystérieux appeleurs. C’est pour moi la nouvelle la plus réussie car elle renvoie aux peurs de l’enfance et la fin m’a véritablement secouée me faisant inexorablement penser au tableau de Millais « Ophélie« .

Janua Vera est un recueil de nouvelles inoubliables qui m’a plongée pendant quelques heures au cœur des légendes médiévales. Jean-Philippe Jaworski joue à la perfection avec le tissu mythique pour nous offrir un univers riche dans lequel la violence côtoie la beauté d’âme la plus pure.

Les sentiers des astres, Tome 1: Manesh de Stefan Platteau

 

 

Les sentiers des astres, Tome 1: Manesh de Stefan Platteau,

Publié aux éditions J’ai lu,

2016, 736 pages.

 

 

 

 

Quelque part dans la nordique forêt du Vyanthryr, les gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve vers les sources sacrées où réside le Roi-diseur, l’oracle dont le savoir pourrait inverser le cours de la guerre civile. À bord, une poignée de guerriers prêts à tout pour sauver leur patrie. Mais qui, parmi eux, connaît vraiment le dessein du capitaine ? Même le Barde, son homme de confiance, n’a pas exploré tous les replis de son âme. Et lorsque les bateliers recueillent un moribond qui dérive au fil de l’eau, à des milles et des milles de toute civilisation, de nouvelles questions surgissent. Qui est Le Bâtard ? Que faisait-il dans la forêt ? Est-il un danger potentiel, ou au contraire le formidable allié qui pourrait sauver l’expédition de l’anéantissement pur et simple ?

J’ai eu la chance de pouvoir lire le Tome 1 des Sentiers des astres grâce à la dernière masse critique de Babelio. Dans son édition J’ai Lu, un peu un cran en dessous de celle des éditions des Moutons électriques (mais ils restent imbattables de ce côté-là), je me suis plongée à corps perdu dans Manesh. Autant vous le dire tout de suite, c’est un coup de cœur. Stefan Platteau est un conteur né qui déploie un univers complexe mais surtout une langue extrêmement bien travaillée.

Son roman est construit sur le principe du récit enchâssé. Le premier récit est celui du barde, à bord d’une gabarre qui remonte un fleuve ancestral. A bord du bateau, on découvre des guerriers tous aguerris, tous fidèles à leur chef Rana. Ils sont en mission dont le but sera dévoilé bien plus tard. Alors qu’il remonte le fleuve, les guerriers repêchent un homme bien mal en point, accroché à une branche dérivante. Il s’agit de Manesh. Le barde et ses compagnons vont tout faire pour le sauver. Entre Manesh et le barde, une complicité commence à naître. Le barde demande alors à Manesh de lui raconter comment il s’est retrouvé dans cette situation.

Le récit enchâssé commence donc quand Manesh se livre. Conteur hors pair, il va remonter jusqu’à ses origines extraordinaires car Manesh n’est pas un homme comme les autres. Ainsi les souvenirs de Manesh remontent à la surface, métaphore de ce fleuve que les guerriers de Rana remontent également. Les deux histoires se rejoindront tôt ou tard…

Stefan Platteau créé une atmosphère très particulière. Son roman est imprégné de mythologie celte et hindoue et cela fonctionne très bien. Les hommes remontent un fleuve brumeux dont les berges mystiques sont dangereuses. Le récit de Manesh est entouré d’un halo de mystère dans lequel les dieux et les hommes se côtoient. Certaines scènes sont très oniriques presque magiques comme lorsque les guerriers débarquent sur une île bien étrange. L’auteur invoque des divinités parfois attendrissantes souvent cruelles. Il montre que les hommes de Rana ne sont que des hommes sur le grand échiquier de l’univers. Pas d’héroïsme mal venu ici et c’est tant mieux.

Les personnages sont donc un point fort du récit. Il y a d’abord le barde, un être empli de poésie, qui cherche à connaître l’identité de Manesh. Les guerriers qui l’entourent ne sont pas simplement esquissés. Ils possèdent tous une personnalité propre et le lecteur n’a qu’une envie: en savoir plus sur eux. Quant à Manesh, c’est un être mystérieux et complexe qui n’a cessé de m’intriguer et de m’étonner tout au long du récit.

Enfin, la plume de l’auteur mérite d’être saluée. Stefan Platteau déploie une langue somptueuse et travaillée. Il sait parfaitement créer un sentiment de malaise lorsqu’il le faut. J’ai, notamment vers la fin du roman, eu le sang glacé à la description de certaines scènes à la fois onirique et cauchemardesque (le son des cornes de brume me hantent encore). Son style est peut-être parfois contemplatif à force de descriptions mais j’ai adoré cet univers justement foisonnant.

Avec ce conte qui tient à la fois des mythologies nordiques et indiennes, Stefan Platteau nous offre un récit somptueux où les hommes côtoient les dieux dans une langue sublime. Manesh est un premier tome envoûtant qui m’a littéralement emportée loin sur les rives du fleuve aux mille dangers.