Déracinée de Naomi Novik

 

 

 

Déracinée de Naomi Novik,

Publié aux éditions Pygmalion,

2017, 504 pages.

Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu’il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d’un éclat sans pareil. Malheureusement, la perfection peut servir de monnaie d’échange dans cette vallée menacée par la corruption. Car si les villageois demeurent dans la région, c’est uniquement grâce aux pouvoirs du « Dragon ». Jour après jour, ce sorcier protège la vallée des assauts du Bois, lieu sombre où rôdent créatures maléfiques et forces malfaisantes. En échange, tous les dix ans, le magicien choisit une jeune femme de dix-sept ans qui l’accompagne dans sa tour pour le servir. L’heure de la sélection approche et tout le monde s’est préparé au départ de la perle rare. Pourtant, quand le Dragon leur rend visite, rien ne se passe comme prévu…

Je n’avais entendu que du bien de ce roman. Je m’y suis lancée avec beaucoup d’enthousiasme et force est de constater que j’en ressors mitigée.

Déracinée s’ancre dans une littérature Young adult et ça (bête que je suis!), je ne l’avais pas vu! Le young adult n’est définitivement plus ma tasse de thé car ce sont toujours les mêmes défauts qui m’irritent. Une narration à la première personne pour un personnage adolescent (ce qui donne forcément des réflexions d’ado); la découverte de l’amour souvent contrarié (c’est le cas ici); des tournures parfois maladroites (Naomi Novik multiplie les comparaisons de manière inquiétante). Tout ça fait que je n’ai pu m’empêcher de lever les yeux au ciel de nombreuses fois à la lecture du roman.

Cependant, si je suis allée au bout dudit bouquin, c’est qu’il y avait quand même matière intéressante. Si je passe outre le schéma mille fois vu et revu de la fille qui ne voulait pas être choisie, qui n’a pas de capacités exceptionnelles et qui en fait est choisie pour ses capacités exceptionnelles, le fond du bouquin fait mouche. Naomi Novik place sa magicienne/sorcière dans la tradition de la wicca et ça change un peu des habituels romans de magie. Elle donne du souffle à ses tours et potions.

Elle construit aussi un univers intéressant basé sur le merveilleux du conte de fée. La tour-bibliothèque du Dragon m’a conquise; le bois super flippant est bien amené. Il y a des scènes assez violentes qui reflètent bien la cruauté du monde dans lequel évolue l’héroïne. Tout n’est donc pas à jeter dans ce roman puisque j’y ai trouvé mon compte au final. Bon il y a bien quelques longueurs! L’auteur aurait pu abréger les tourments de l’héroïne qui se demande sans cesse pourquoi elle a été choisie mais ça fait partie du jeu!

« Déracinée » est un roman parfois maladroit dans son intrigue qui n’évite pas les écueils du young adult. J’y ai apprécié cependant le traitement de la magie et cette ambiance de conte de fée assez sombre.

Rivages de Gauthier Guillemin

 

 

Rivages de Gauthier Guillemin,

Publié aux éditions Albin Michel Imaginaire,

243 pages, 2019.

 

On l’appelle le Voyageur. Il a quitté une cité de canalisations et de barbelés, un cauchemar de bruit permanent et de pollution qui n’a de cesse de dévorer la forêt. Sous la canopée, il s’est découvert un pouvoir, celui de se téléporter d’arbre en arbre. Épuisé, il finit par atteindre un village peuplé par les descendants de la déesse Dana, une communauté menacée par les Fomoires, anciennement appelés “géants de la mer”. Là, il rencontre Sylve, une étrange jeune femme au regard masqué par d’impénétrables lunettes de glacier. Pour rester avec elle, dans ce village interdit aux Humains, le Voyageur devra mériter sa place.

Rivages est un roman paru chez Albin Michel, dans leur collection Imaginaire. Je me réjouissais, rien qu’à la vue de la couverture, de plonger dans cette histoire d’arbres et de magie. Je suis déçue de ma lecture car je ne m’attendais pas vraiment à ça.

Pourtant, cette histoire commençait bien. Le Voyageur (qui n’aura pas d’autre nom) quitte la Cité des hommes, une ville monstrueuse, cernée par le béton. Chacun peut quitter la ville mais personne n’a le droit d’y revenir. Or quitter les hommes, c’est se condamner à plus ou moins court terme car alors l’homme pénètre dans une forêt mystérieuse et dangereuse, appelée le Dômaine. Le Voyageur est décidé: il part. Il s’aperçoit vite qu’il a le don de voyager très vite en allant d’arbres en arbres de manière magique.

J’ai beaucoup aimé le début de ce roman. On découvre un personnage qui se confronte à la forêt, lieu de tous les dangers. Les premiers chapitres sont empreints de merveilleux et de poésie. L’auteur y rend un vibrant hommage aux arbres et à leurs pouvoirs. C’était envoûtant. Il y a un côté utopique dans cette description de la nature reprenant ses droits. J’ai aimé ce message.

Mais la suite s’est gâtée. Épuisé, le voyageur trouve refuge dans un village peuplé par les Ondins. Il y tombe amoureux de Sylve et décide de vivre avec elle. L’auteur décrit alors la vie du village, somme toute sympathique. Les Ondins sont un peuple pacifique qui pratique la magie et qui est lié à la Nature. Ainsi Sylve est herboriste. Il y a tout un côté qui donne une ambiance médiévale à ces habitants et à ce village et puis d’un autre côté il y a des dialogues, des attitudes qui entrent en contradiction. Quand je lisais ce roman, j’avais l’impression d’être dans une atmosphère qui me faisait penser au Seigneur des anneaux: des nains, des sortes d’elfes, des mages, des paysages enchanteurs. Mais il n’y a rien eu à faire, les dialogues m’ont semblé décalés, à contre-temps.

J’avais même parfois l’impression de retomber dans un roman Young-adult avec des dialogues par vraiment bien tournés et même, une intrigue rapide. Ainsi, les Ondins vont être confrontés aux Fomoires, un autre peuple. Mais cette animosité entre les deux peuples est à peine esquissée, et surtout pas du tout achevée. L’auteur part dans des intrigues secondaires qui restent totalement ouvertes, peu construites et bâclées. Voilà, il manquait quelque chose pour faire prendre la sauce: du peps, une intrigue prenante que je n’ai pas trouvée.

Malgré un thème intéressant et une plume poétique, « Rivages » n’a pas su m’emporter. Il m’a manqué une intrigue captivante et aboutie.

Le Trône de Fer, Intégrale 5 de George R.R Martin

 

 

 

Le Trône de Fer, Intégrale 5 de George R.R Martin,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2015, 1200 pages.

Cette intégrale est pour le moment la dernière a être parue en France. Elle contient 3 tomes: Le Bûcher d’un roi, Les Dragons de Meereen et Une danse avec les dragons. C’est pour le moment la plus grosse des intégrales de la saga car elle compte 1200 pages!

Dans la préface George Martin indique que ces trois tomes se déroulent en même temps que l’intégrale 4. Les intégrales 4 et 5 se déroulent donc sur le même plan d’un point de vue chronologique mais l’auteur choisit d’autres personnages pour nous faire vivre cette période. On retrouve enfin Jon, Daenerys, Tyrion et Bran!

Comme à mon habitude, je vais vous donner mon avis sur chaque tome au fur et à mesure de ma lecture. Attention, certains résumés peuvent contenir des spoils!!

Tome 13, Le Bûcher d’un roi:

Dans cette partie, on va surtout s’attacher à suivre les pas de Jon, Tyrion et Daenerys. Jon a été élu Lord commandant du Mur et il a maille à partir avec ses hommes et les sauvageons réfugiés dans l’enceinte du fort. On voit apparaître les dissensions entre les hommes en noir qui conduiront au destin tragique de Jon, comme chacun sait. Les pages concernant Tyrion m’ont beaucoup plu. Il est en fuite après le parricide et régicide. Chose étonnante: la saga s’est beaucoup éloignée du roman ici puisque Tyrion est pris en charge par le chevalier Le Griff censé l’amener auprès de Daenerys alors que la série télé le laisse se faire capturer par des pirates. C’est là que l’on voit toutes les libertés prises par les scénaristes notamment avec la grisécaille qui ne touche pas Jorah Mormont mais bien le Lord Le Griff. Bref, il faut lire la saga pour connaître la vérité! Les chapitres consacrés à Theon Geyjoy alias Schlingue sont terribles et je crois que le personnage de Ramsay Bolton est encore pire que dans la série télé, c’est dire! Tout ce qui concerne Daenerys est assez long à lire: il y a énormément de dialogues et l’intrigue n’avance guère. Elle parlemente beaucoup et élabore des stratégies. Néanmoins, son côté impulsif ressort à de nombreuses reprises. Enfin, les chapitres consacrés à Bran sont pour moi les meilleurs. Quelle angoisse au fil des pages! Bran est enfin parvenu auprès de la corneille à trois yeux au prix de nombreux sacrifices! Dommage qu’il n’y ait pas plus de chapitres qui lui sont consacrés!

Tome 14, Les Dragons de Meereen:

On retrouve enfin Arya dans ce tome! Toujours au service du Dieu Multi-faces, elle poursuit son entraînement. Même si on la voit peu, quel plaisir de retrouver ce personnage qui reste mon préféré pour le moment. Les épisodes concernant Theon Greyjoy sont pires que dans la série, c’est dire! Ramsay Bolton est d’une perversité sans bornes et ça fait vraiment froid dans le dos. En revanche, c’est dans ce tome qu’on voit que les scénaristes de la série télé ont pris beaucoup de libertés et qu’ils se sont écartés du roman original pour couper au plus court. Ainsi, dans ce tome, Tyrion est capturé par Jorah Mormont. Sur une galère, il se lie d’amitié avec Sol, une naine. Cette histoire a totalement été passée sous silence dans la série et elle demeure très intéressante pour bien des raisons. Une autre énorme différence concerne la mariage de Ramsay Bolton qui se fait avec Jeyne Poole, une amie de Sansa (qui se fait d’ailleurs passer pour Arya Stark!). Ce mariage permet au camp des Bolton de provoquer Stannis plus rapidement que prévu. Enfin, Daenerys est toujours en proie à des tergiversations sans fin. Meereen est encerclée par les armées Yunkaïs et en proie aux fils de la harpie. Encore une fois, ce ne sont pas les chapitres qui m’ont le plus plu. Enfin, du côté du Mur, Jon élabore sa stratégie avec les Sauvageons qu’il accueille afin de nouer, de manière intelligente, des amitiés et des alliances tandis que Mélisandre lui prédit certaines choses…

Tome 15, Une Danse avec les dragons:

C’est le tome qui m’aura donné le plus de peine. On retrouve des personnages plus secondaires comme Victarion ou encore Quentyn Martell. L’auteur donne la parole à Ser Barristan tandis que Daenerys disparaît pratiquement complètement de l’intrigue. Jon s’acoquine toujours avec les sauvageons et on sent que la colère gronde chez ses frères. Ceux qui ont vu la série connaisse d’ailleurs la fin tragique de Jon. Il y a tout de même de grands moments comme la repentance de Cersei qui doit expier ses péchés devant la foule. J’avoue avoir ressenti de la peine pour elle. L’intrigue la plus intéressante concerne Tyrion qui cherche à rompre ses fers d’esclave. C’est une partie du roman qui n’a pas du tout été exploitée par la série et c’est vraiment dommage car on ressent toute l’intelligence de ce « demi-homme ». Le reste du roman se perd beaucoup en blablas de stratégies et d’alliances et j’avoue été avoir un peu perdue. Sachant que c’est, pour le moment, le dernier tome paru, je reste complètement sur ma faim et j’espère que notre bon vieux George va se hâter de publier la suite. Difficile de sortir de cette lecture fleuve tant on s’attache au rythme de l’histoire et aux personnages.

Monts et Merveilles, Tome 1: Opération Sabines de Nicolas Texier

 

Opération Sabines de Nicolas Texier,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2019, 364 pages.

Londres, 1937. L’enchanteur Carroll Mac Maël Muad et son domestique Julius Khool, un vieux soldat maure ayant servi dans les légions de la République romaine de Weimar, sont missionnés par le Special Operation Service pour exfiltrer un savant vénitien. Les découvertes de celui-ci intéressent de très près une société secrète composée de poètes, de sorciers et de créatures de l’outre-monde.

Opération Sabines est un roman de pure fantasy qui se déroule dans une Europe fantasmée où la réalité historique et politique côtoie la fantasy faite d’êtres étranges et inventés.

Julius Khool, ancien soldat maure et donc noir de peau (ce détail est important dans l’histoire) entre au service de Carroll Mac Muad, un apprenti enchanteur qui préfère faire la fête plutôt que d’assister aux cours dispensés par la faculté. Le MI6 convoque Carroll afin de lui confier une mission: retrouver Valère, un de ses anciens camarades de fac, qui détiendrait la formule d’une arme de destruction massive. Le Royaume-Uni souhaite s’en emparer avant qu’elle ne tombe dans de mauvaises mains. Carroll qui n’avait jusque là aucune aptitude au combat ou à la filature va devoir, aidé de Julius, affronter les pires dangers.

Je vais commencer par ce qui m’a plu dans ce roman. J’ai adoré le personnage de Julius, ce domestique hors-norme, ancien soldat. Il possède une répartie qui m’a beaucoup fait rire et c’est clairement lui le protagoniste intéressant de l’intrigue. C’est vrai qu’il fait souvent des apartés sur son passé de soldat, perdant parfois le lecteur, mais j’ai aimé son flegme et sa personnalité originale. A côté, Carroll passe pour un personnage un peu terne.

J’ai aussi aimé l’univers de fantasy développé par l’auteur. Dans cette Europe aux abois, la réalité historique (il y a eu la Grande Guerre) côtoie la plus pure de inventions. Il y a des pythies engagées auprès du MI6 pour y faire des prédictions, des ogres et des fées ou encore des trolls. Bref, l’univers développé par l’auteur est dense et tient la route. Le folklore irlandais est bien développé et j’ai aimé découvrir tous ces êtres de légendes.

En revanche, j’ai trouvé que la narration était plutôt compliquée à suivre. Les phrases sont, certes longues, mais souvent déviantes, perdant le lecteur dans des anecdotes et des considérations futiles. Le problème est que ce tic de narration revient pour quasiment tout dans le roman que ce soit la description d’un monstre ou celui d’une fleur en passant par les actions des personnages. Résultat: le lecteur est un peu paumé par toutes ces circonvolutions. Le style très ampoulé m’a parfois pesé.

Ajoutez  cela que l’intrigue ne tient pas sur grand chose. En effet, il s’agit de récupérer ce fameux Valère enlevé par un vampire (je n’ai pas tout compris dans ce passage en fait!). On va d’aventures en aventures sans parfois réellement creuser ce qui aurait pu l’être!

« Opération Sabines » reste un roman intéressant pour son personnage de Julius Khool mais le style trop enlevé gâche la fluidité de la narration et perd le lecteur.

Trois coracles cinglaient vers le couchant de Alex Nikolavitch

 

 

Trois coracles cinglaient vers le couchant de Alex Nikolavitch,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2019, 270 pages.

Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ? Uther sait-il seulement qu’il va enfanter d’une légende destinée à traverser les siècles ?

Trois coracles cinglaient vers le couchant sont les mots qui ouvrent ce roman d’inspiration arthurienne. En effet, Alex Nikolavitch emprunte à la matière de Bretagne pour tisser une histoire qui noue et dénoue une fois de plus le mythe d’Arthur et de ses ancêtres. Néanmoins, l’auteur choisit de s’attaquer à la figure paternelle d’Arthur: Uther Pendragon.

Le récit alterne deux espaces-temps: certains chapitres sont très historiques et montrent l’ascension d’Uther comme chef de guerre sur les terres de Bretagne. Il tente d’unifier et de pacifier les terres tour à tour dominées par les Scots, les Pictes et autres barbares. Ces chapitres montrent au lecteur un chef patient, tacticien, sachant prendre les bonnes initiatives et nouer des alliances avec les chefs d’autres peuples. Les autres chapitres sont consacrés au voyage qu’entreprend Uther avec quelques hommes, à bord de trois coracles, afin de rejoindre une île. A bord de ces bateaux, il y a un barde qu’Uther appelle le « Vilain chien noir ». C’est lui qui a pour tâche de guider Uther jusqu’à cette île mystérieuse où il trouvera une réponse à ses questions.

J’ai beaucoup aimé les chapitres au présent qui racontent l’épopée d’Uther sur la mer, toujours plus loin vers le couchant. L’ambiance y est étrange, merveilleuse et mystérieuse. Les hommes embarqués devront affronter bien des dangers et arrivés sur l’île, ils ne seront pas au bout de leur surprise.

J’ai également aimé les chapitre liés au passé de chef d’Uther même s’ils comportent quelques longueurs concernant la politique d’unification. C’était en revanche très intéressant sur le plan historique.

Alex Nikolavitch laisse tout de même planer le doute jusqu’au bout sur l’épopée d’Uther. A-t-il vraiment rencontré une fée sur l’île? S’agit-il de Morgane? Et ce barde, s’agit-il ici de Merlin? De nombreux indices laissent le penser mais l’auteur n’est jamais catégorique. C’est au lecteur de faire des choix et d’interpréter les choses comme il le souhaite.

« Trois coracles cinglaient vers le couchant » est un roman envoûtant et mystérieux qui séduira les amateurs du mythe arthurien.

Ce qui vient la nuit de Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride

 

 

 

Ce qui vient la nuit de Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2019, 150 pages.

 

Plonger l’épée au cœur des ténèbres, voilà le serment de Jildas lors de son départ en croisade. Lorsqu’il revient en Bretagne, il découvre que sur ses propres terres, les légendes du vieux monde sont encore là, nichées dans les forêts. Accompagné de Marie de France, une poétesse aux mots aussi acérés que sa lame, il traquera les loups qui ont pris forme d’homme.

Ce qui vient la nuit est un très beau roman graphique. Les illustrations de Melchior Ascaride viennent enrichir le texte qui revisite la légende du bisclavret pour donner un roman sombre et mélancolique.

Jildas, seigneur d’un bourg breton, revient de croisade. Il est allé guerroyé en Orient et en revient épuisé, traumatisé. Il rencontre alors une certaine Marie, une femme un peu guerrière mais aussi un peu sorcière. Elle va de ville en ville pour récolter les légendes et les raconter à sa manière. Marie met en garde Jildas: les bisclavrets semblent être de retour. Ils ont déjà fait plusieurs victimes. Jildas se lance alors à leur poursuite…

Avec intelligence, les auteurs de ce roman revisitent la véritable histoire littéraire pour nous servir un récit passionnant. Ils empruntent au XIIème siècle le personnage véritable de Marie de France qui écrivait des lais (des poèmes). Le plus connu est le lai du bisclaveret qui raconte la métamorphose d’un homme en loup. Jildas croise ainsi cette fameuse Marie et va enquêter sur les agissements d’un loup-garou qui sème la terreur derrière lui.

C’est passionnant, envoûtant. Les auteurs renouent complètement avec les légendes de la matière de Bretagne dans ce très court roman. Les illustrations ne sont pas seulement là pour embellir le texte mais elles l’enrichissent également. En effet, certains passages sont racontés grâce au dessin et se passent de mots. Et que dire de cette couleur jaune, solaire, onirique, triomphante sur la page!

Si vous aimez les légendes, je ne peux que vous conseiller ce magnifique ouvrage qui puise dans les racines de la littérature, offrant au lecteur un récit authentique et pur.

Chevauche-Brumes de Thibaud Latil-Nicolas

 

 

Chevauche-Brumes de Thibaud Latil-Nicolas,

Publié aux éditions Mnémos,

2019, 304 pages.

 

Les aventures d’une troupe de mercenaires, les lansquenets, qui au sortir d’une énième bataille se voient missionner par leur suzerain pour enquêter sur un phénomène magique appelé la Brume d’encre. Cet orage qui, telle une montagne, bouche l’horizon à la frontière nordique, a fait naître en effet des créatures monstrueuses menaçant la sécurité de l’état.

En toute honnêteté, c’est d’abord la couverture de Chevauche-Brumes qui m’a attirée telle un aimant. Je la trouve sublime et mystérieuse. J’aime ce dessin de cavaliers qui rappelle immédiatement les romans de capes et d’épées, l’aventure et l’action. Et puis, le résumé du roman m’a aussi plu: Thibaud Latil-Nicolas propose à son lecteur à un roman de fantasy se déroulant aux alentours d’un XVème siècle revisité. Et qu’est-ce que c’était bon!

En ouvrant ce livre, j’ai d’abord été frappée par le style de l’auteur. Je précise qu’il s’agit ici d’un premier roman. La plume est parfaitement maîtrisée. J’avais l’impression de lire un auteur qui avait déjà de la bouteille. Il n’y a pas d’erreurs de débutant. Tout est soigné, de la description au dialogue qui remplit toujours son rôle au bon moment. C’est un sans faute de ce côté-là et je reste impressionnée par cette maîtrise.

L’intrigue est bien sûr incroyable et surprenante. Le roman s’ouvre sur une scène de bataille. La compagnie de la IXème tente de repousser des hordes de barbares. Le lecteur est plongé au cœur de l’action et fait la connaissance des personnages qui deviendront les anti-héros du livre. Fort de sa conquête, la compagnie de la IXème est appelée en renfort pour explorer la brume d’encre qui menace le royaume et d’où surgissent des créatures monstrueuses et sanguinaires.

Le roi exige que la compagnie aille explorer cette fameuse brume qui vomit ces monstres terribles. A partir de là, l’intrigue prend une tournure incroyable. La compagnie se forme autour de anti-héros. Il y a de fortes personnalités dans ce groupe et je les ai tous appréciés parce qu’ils sont à la fois faibles et forts. On les aime puis on les déteste. Ils sont parfois valeureux parfois veules. L’un des groupes défend l’une des cités assiégées tandis que l’autre se rend au cœur de la brume.

Accompagnée par des mages, la compagnie va se heurter à des monstres sortis tout droit de l’enfer. On tremble pour ces personnages confrontés à des êtres fantastiques terrifiants. J’ai adoré parce que l’auteur nous mène par le bout du nez comme il le fait avec ses personnages. L’univers est très riche et cela ne m’aurait pas déplu d’en lire quelques pages de plus. Les scènes de batailles font froid dans le dos et j’ai trouvé que le rythme était haletant: l’auteur n’a pas toujours pitié de ses personnages et à l’image d’un George R.R Martin, il n’hésite pas à les sacrifier. La fantasy est présente avec justesse sans envahir totalement l’univers développé. Cette dose juste permet de construire un monde intelligent et très intéressant.

Chevauche-Brumes est de la vraie bonne fantasy avec des dialogues léchés, des personnages intéressants et un univers fouillé. Allez-y les yeux fermés!