Magie Ex Libris, Tome 1: Le bibliomancien de Jim C.Hines

 

 

 

Magie Ex libris, Tome 1: Le bibliomancien de Jim C.Hines,

Publié aux éditions L’Atalante,

2016, 352 pages.

Isaac Vainio est un bibliomancien. Membre de Die Zwelf Portenaere, les Douze Gardiens des Portes, une organisation secrète fondée par Johannes Gutenberg, il dispose d’une magie très particulière : il peut puiser à volonté dans les livres et en tirer n’importe quel objet du récit. Et Isaac, en vrai fan de science-fiction et de fantasy, préfère par-dessus tout utiliser des pistolets laser, des ceintures-bouclier de Dune et des sabres laser de Star Wars quand les Gardiens l’envoient sur le terrain combattre les menaces magiques qui guettent la Terre. Sauf que, deux ans plus tôt, manquant perdre la raison et la vie au cours d’une mission qui a mal tourné, Isaac a été mis au placard. Réduit au rang de simple catalogueur, il ne conserve de son ancienne vie d’agent de terrain que Titache, sa fidèle araignée-flamme, qui a la particularité de prendre feu en présence d’un danger. Son existence rangée bascule le jour où trois vampires débarquent dans sa bibliothèque pour le tuer. Les Gardiens auraient déclaré la guerre aux morts-vivants…

Le résumé du tome 1 de Magie Ex libris est le genre de résumé qui envoie du rêve. On parle de bibliothèques, de bouquins et de possibilité de puiser à volonté dans les-dits bouquins au sens propre. Moi je dis banco! Et du rêve j’en ai eu!

Le lecteur suit Isaac, bibliothécaire le jour, bibliomancien la nuit! Il fait partie d’une organisation secrète: les douze gardiens des Portes. Sa faculté en ferait envier plus d’un puisque Isaac peut aller piocher dans les livres à peu près ce qu’il peut. Il n’a qu’à tendre la main et avec un peu de magie il peut rapporter un sabre laser ou la potion pour rapetisser d’Alice aux pays des merveilles. Plutôt cool comme pouvoir.

Mais il y a un hic! Un jour, trois vampires bien énervés débarquent dans sa bibliothèque et ce n’est pas vraiment pour emprunter des livres. Isaac manque de se faire tuer. Il va alors enquêter aux côtés de Lena, une dryade, et comprendre pourquoi les vampires ont les crocs…

Ce roman est juste incroyable. L’auteur nous entraîne, à un rythme hallucinant, dans la vie d’un homme qui vit pour les livres. Avec ses défauts et ses qualités! Les vampires peuvent le tuer mais en revanche toucher à ses précieux bouquins, pas question!

Le roman est truffé de références classiques ou plus contemporaines à la littérature. On passe aisément de Bram Stocker à J.K Rowling sans aucun problème et c’est totalement jouissif de voir étalée, là, sous, nos yeux, la littérature de SFFF. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir plonger au cœur d’un bouquin pour en rapporter la baguette d’Harry? L’auteur joue avec les fantasmes du lecteur grâce à Isaac, son lecteur ultime!

L’intrigue est vraiment bien menée. On suit les aventures d’Isaac, pas forcément très doué, qui cherche à en savoir plus. Il va croiser des personnages loufoques et s’en sortir grâce aux livres qu’il porte dans sa veste, un peu comme des armes de pointe. C’est aussi souvent drôle et cocasse car Isaac a le don pour se mettre dans les situations les plus extrêmes et les plus embarrassantes!

Ce premier tome est un coup de cœur! C’est drôle, bourré d’inventivité et intelligent. J’ai hâte de me plonger dans le tome 2…En plus il compte pour mon #PumpkinAutumnChallenge dans la catégorie « Vous prendrez bien un verre de True Blood? »

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Les Hauts-Conteurs, Tome 4: treize damnés

 

 

 

 

Les Hauts-Conteurs, Tome 4: Treize damnés de Patrick McSpare,

Publié aux éditions Pocket,

2014, 384 pages.

 

 

Perdu dans une grotte glacée, Roland est amnésique et prisonnier de sorcières qui l’empêchent de recouvrer la mémoire. Il tente de percer le mystère de ses bourreaux sans perdre l’esprit mais la folie est inlassable. Elle le dévore peu à peu et même un Cœur de Lion ne saurait lui résister. Pourtant les réponses aux questions qu’il s’est toujours posées sont à portée de voix… Car ses geôlières semblent tout savoir du Livre des Peurs. A Rome, Alexandrie ou dans les Alpes, les Haut-Conteurs cherchent Roland et Mathilde la Patiente. La jeune Eléna, le truculent Bouche-Goulue, Salim l’Insondable et Corwyn le Flamboyant collectent des indices partout et progressent vers le nord de l’Europe, sur la piste des 13 damnés et des origines du Livre des Peurs. Sont-ils prêts à découvrir ce que nul Conteur avant eux n’avait seulement osé imaginer ? Voici venue l’histoire mère de toutes les histoires, voici venu le temps des révélations…

Ma lecture du quatrième tome des Hauts-Conteurs est arrivée à point nommé puisque je l’ai lu dans le cadre du #Pumpki AutumnChallenge. Je me suis tout simplement régalée avec ce tome intense en émotions qui colle parfaitement à l’esprit du challenge automnal.

On retrouve Roland, notre jeune haut conteur, prisonnier de la montagne hurlante. Cela fait plus de deux ans qu’il vit dans sa misérable cellule. Ses geôliers sont d’étranges sorcières, terribles et sanguinaires, qui s’amusent parfois à le laisser s’échapper pour mieux l’enfermer et le retenir. Roland est seul, d’autant plus qu’il est complètement amnésique. Il n’a aucun souvenir de son ancienne vie, de Mathilde son professeur ou encore d’Elena, sa promise. Ses compagnons hauts-conteurs ne l’ont pas oublié et font tout pour le retrouver. Roland aurait été enlevé par une secte se faisant appeler « les treize damnés ».

Le lecteur chemine donc aux côtés de Roland qui cherche à savoir où il se trouve et pourquoi. Dès le départ, Patrick McSpare captive son lecteur en le plongeant dans une atmosphère lourde, sombre et oppressante. Le livre se déroule en partie sous la montagne, dans une ville troglodyte plongée dans le noir, dans laquelle Roland va tenter de trouver une échappatoire. Entres courses-poursuite dans les labyrinthes maudits de cette cité, rencontres fortuites avec des morts-vivants et énigmes insolubles, Roland a fort à faire!

A l’extérieur, le décor est glaçant. Un seul village est établi au pied de la montagne, bloqué par un fjord et par les neiges. Lors de ses excursions, Roland se rend compte que les villageois sont étranges. Ils vivent comme des automates, refaisant sans cesse les mêmes gestes, sans parler, sans communiquer. Plus l’intrigue avance, plus le lecteur est pris dans cet univers horrifique et dantesque.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents. Plus mature, Roland affronte des entités mythiques et démoniaques. J’avoue avoir eu quelques frayeurs à certains passages car l’auteur joue habilement sur notre peur ancestrale du noir et des spectres. En outre, l’auteur nous en dit plus sur le fameux livre des peurs et le voile se lève un peu sur l’enjeu du manuscrit ancestral.

Ce tome sombre, aux teintes horrifiques est pour le moment mon tome préféré. Le dernier volume m’attend sagement dans ma PAL…

La Marque rouge de Ruberto Sanquer

 

 

 

 

 

La Marque rouge de Ruberto Sanquer,

Publié aux éditions Scrineo,

2018, 375 pages.

 

 

Comment échapper à la Mort quand elle vous traque ?
Que ses longs doigts osseux traversent votre lumen de sorcière ?
Qu’il vous reste tant à apprendre pour devenir une parfaite guérisseuse au service de la Nature ? Une nouvelle année scolaire commence pour Louyse et ses treize amies apprenties-sorcières. Louyse pourrait espérer gagner ses galons, mais c’est compter sans la Mort… Louyse parviendra-t-elle à maîtriser les forces élémentaires de la Nature pour sauver les siens ? Et défendre celui qu’elle aime d’un amour interdit ?

J’ai gagné ce livre lors du challenge du mois de la fantasy organisé par Stéphanie de la chaîne Pikiti Bouquine. Alors avant de lire ce billet, sachez qu’il s’agit d’un deuxième tome de saga. Je n’ai pas lu le premier mais je me suis quand même lancée dans cette intrigue car j’avais envie d’une lecture fantasy un peu « fraîche ».

Si j’ai été un peu déstabilisée au début, j’ai vite saisi le sens de l’univers dans lequel l’auteur nous plongeait d’autant plus qu’elle récapitule pas mal de choses au début de ce tome.

Tout commence par la description d’un monde en plein chaos. Louyse est une jeune sorcière qui vit dans un monde régi par la magie. Elle est en connexion directe avec la nature via ses ringtree, sortes de bracelets qui lui permettent d’exercer son art. Après un violent cyclone, la ville dans laquelle elle habite est détruite. Il faut compter les morts, soigner les blessés et tout rétablir. Mais un mal étrange semble s’emparer des habitants qui ne sont pas dotés de magie. Ils se transforment bientôt en créatures assoiffées de sang…

Je donnerais ce roman à lire à des ados ou des lecteurs assidus de roman young adult. L’univers des sorcières est bien présent mais j’ai eu du mal à m’habituer aux termes qui les désignent. Cela ne semblait pas vraiment naturel pour moi, un peu forcé tout comme les noms des personnages qui font parfois trop « fantasy ». Le récit a donc manqué de naturel pour moi et c’est peut-être ce qui m’a gâché ma lecture.

Finalement je me suis laissée quand même emportée par cette histoire d’autant plus que l’intrigue initiale se double d’une romance que j’ai trouvé plutôt intéressante même si les copines de Louyse, l’héroïne principale, sont un peu cruches. Le rythme est assez soutenu, ce qui permet d’avancer rapidement dans sa lecture sans s’en rendre compte. Mais on tombe vite dans le cliché avec les garçons au combat, les filles qui soignent les blessés. C’est dommage car il y a pas mal d’idées mais elles restent souvent peu ou pas exploitées. Les personnages secondaires sont bien trop superficiels à mon goût et j’aurais aimé en savoir plus sur la bande de copines qui vivent avec Louyse.

La marque rouge est pour moi un roman fantasy sympathique à lire mais dont je n’aurai pas un souvenir impérissable.

 

Liavek de Megan Lindholm (Robin Hobb)

 

 

 

 

Liavek de Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost,

Publié aux éditions ActuSF,

2018, 281 pages.

 

 

Dans la majestueuse cité portuaire de Liavek, les habitants reçoivent une dose de « chance » chaque année, le jour de leur anniversaire. La plupart des gens ne peuvent utiliser ce pouvoir, seuls les sorciers ont appris à le manipuler, souvent à leur propre profit. Kaloo, une jeune orpheline, sent qu’elle pourrait apprivoiser et développer sa « chance », mais comment faire alors qu’elle ignore sa date de naissance ? Taraudée par cette question, elle consulte un mage pour tenter de lever le voile sur ses origines. Commence pour elle une quête initiatique qui l’emmènera sur des sentiers dangereux.Certains mystères devraient rester dans l’ombre…

Liavek est un recueil de nouvelles qui a été réédité par les éditions ActuSF. J’ai sauté sur l’occasion quand ActuSF l’a proposé dédicacé par Robin Hobb sur son site! Cette réédition est d’abord magnifique. Couverture rigide (hardback) et brillante, signet, illustration, c’est vraiment un magnifique objet livre. En outre, il est dédicacé par la plus grande auteure de fantasy!

Au départ, Megan Lindholm (alias Robin Hobb) créé la ville de Liavek. Elle demande à d’autres écrivains d’écrire une ou plusieurs nouvelles autour du monde de Liavek. Ainsi, la version qui est proposée ici comprend six nouvelles (en tout 55 nouvelles sont parues) dont celles de Steven Brust ou encore Gregory Frost. En commençant ce recueil, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Or, j’ai été très agréablement surprise. En fait chaque nouvelle complète la précédente et le recueil forme un tout, un peu comme un roman avec des personnages récurrents et une intrigue qui se prolonge de nouvelle en nouvelle.

Chose intéressante également, chaque auteur s’est concentré sur un personnage en particulier. Steven Brust écrit tout ce qui concerne le Comte Dashif. Robin Hobb se consacre à Kaloo. Le tout fonctionne à merveille et j’ai beaucoup aimé découvrir un texte écrit à plusieurs mains et constater que les nouvelles forment une unité.

On suit donc Kaloo, une orpheline, adopté par Daril et T’Nar respectivement tenancière d’une auberge et marin. Kaloo a un rêve: connaître son jour de naissance car à Liavek chacun reçoit une petite dose de chance le jour où il naît et peut l’exercer à bon ou mauvais escient par la suite. Or Kaloo ne connaît pas cette fameuse date: elle voudrait devenir magicienne mais sans chance, son rêve ne peut pas se réaliser. On suit donc ce petit bout de femme dans les rues de Liavek à la recherche de ses origine qu’on devine bien mystérieuses.

On suit aussi le terrible Comte Dashif qui ne se sépare jamais de ses double pistolets. Redouté de tous, il effectue des missions pour son éminence écarlate, souverain de Liavek. Dashif apparaît comme un personnage trouble et torturé par son passé. Sans pitié, il n’hésite pas à tuer pour arriver à ses fins. Il va bien sûr croiser le chemin de Kaloo…

Liavek est donc un recueil de nouvelles qui remplit toutes ses fonctions. Actions, aventures, personnages intéressants et rebondissements, j’ai tout aimé dans ces histoires bien écrites et bien traduites. Merci à ActuSF pour cette magnifique édition!

 

Le puits des mémoires, tome 1: La traque de Gabriel Katz

 

 

Le Puits des mémoires, Tome 1: La traque de Gabriel Katz,

Publié aux éditions Scrineo,

2012, 398 pages.

 

 

Trois hommes se réveillent dans les débris d’un chariot accidenté en pleine montagne. Aucun d’eux n’a le moindre souvenir de son nom, de son passé, de la raison pour laquelle il se trouve là, en haillons, dans un pays inconnu. Sur leurs traces, une horde de guerriers, venus de l’autre bout du monde, mettra le royaume à feu et à sang pour les retrouver. Fugitifs, mis à prix, impitoyablement traqués pour une raison mystérieuse, ils vont devoir survivre dans un monde où règnent la violence, les complots et la magie noire.

J’avais adoré lire et découvrir le premier roman de Gabriel Katz, La Maîtresse de guerre, qui a été un coup de cœur pour moi. Je me suis lancé (toujours sur les conseils de Pikiti bouquine) dans Le puits des mémoires avec ce premier tome, dévoré en quelques jours. Même si je l’ai moins apprécié que La Maîtresse de guerre, je dois reconnaître que Gabriel Katz est doué pour entraîner son lecteur sur les traces de ses personnages et pour créer une atmosphère haletante.

J’ai ressenti ce roman comme un tome très introductif qui pose des jalons et qui laisse de nombreuses questions en suspens. J’ai en effet pu lire que certains lecteurs avaient été déçus par le rythme du roman. Il faut simplement laisser le temps au temps et se dire que les tomes suivants donneront toutes les réponses à nos interrogations.

Le récit s’ouvre sur trois hommes, seuls survivants d’un accident, dans des montagnes escarpées. Ils ont perdu la mémoire: leur nom, leur métier, la raison pour laquelle ils étaient enfermés dans des sortes de cages. Bien vite, ils se rendent compte qu’ils sont traqués, recherchés par des mercenaires, l’armée elle-même et par une étrange escouade appelée les cavaliers de cristal. Qui sont-ils? qu’ont-ils faits? C’est ce qu’ils vont essayer de savoir tout au long du roman.

Gabriel Katz laisse son lecteur dans le flou le plus total comme le sont d’ailleurs ses trois personnages. Comme eux, nous allons apprendre des bribes de leur passé au fur et à mesure. Dès le départ, l’auteur créé une tension dramatique. Ses personnages évoluent dans un univers médiéval telles des bêtes traquées. Il ne laisse aucun temps mort s’installer. Le rythme est assez soutenu. Plus le récit avance, plus le roman s’assombrit. La candeur des personnages les quitte peu à peu lorsqu’ils réalisent qu’ils sont recherchés dans tout le pays.

Ces trois personnages sont au cœur du mystère de ce premier tome. Ayant perdu la mémoire, ils se sont donnés des noms. C’est ainsi que naissent une seconde fois Nils, Olen et Karib. Plus l’intrigue avance, plus ils tentent d’en savoir plus sur leur passé. C’est ce que j’ai préféré. Nils sent, par exemple, qu’il a un lien fort avec les chevaux. Etait-il garçon d’écurie? Olen Plaît aux femmes et se révèle beau parleur. Quant à Karib, il est sensible et paraît doué de certaines facultés magiques. C’est passionnant de voir ces trois hommes tenter d’en savoir plus tout en redoutant d’apprendre la vérité sur leur passé. Gabriel Katz nous laisse dans le doute. Olen, Nils et Karib sont-ils des « gentils » ou de dangereux criminels? J’aime beaucoup le fait de laisser le lecteur s’attacher aux personnages qui s’avèreront peut-être dans le futur être de vraies pourritures!

Gabriel Katz s’amuse à tourmenter son lecteur, tout comme il s’amuse avec la langue maniant l’humour, les jeux de mots et l’ironie avec brio. Il rend également les scènes très visuelles, permettant au lecteur d’imaginer l’univers développé très clairement ce qui rend la lecture fluide!

Ce premier tome m’est apparu très introductif, laissant une tonne de questions en suspens. J’ai hâte de me lancer dans les suite des aventures de Nils, Olen et Karib pour en savoir plus!

Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian

 

 

 

Les Rhéteurs, Tome 2: Grish-Mère d’Isabelle Bauthian,

Publié aux éditions ActuSF,

2018, 528 pages.

C’est à Landor qu’on trouve la plus importante école de serviteurs de Civilisation. Ceux qui en sortent, les factotums, savent repasser le linge de leur maître, réciter sa généalogie et éviscérer ceux qui le regardent de travers. Leur fidélité, garantie par des années de lavage de cerveau à la lessive patriotique, n’est plus à démontrer. C’est pourquoi, lorsque Sylve trahit son seigneur et lui dérobe une précieuse relique, c’est l’incompréhension… puis la chasse à l’homme.

Sauf que Sylve n’a jamais rien volé. Et peut-on qualifier de traître celui qui a ajusté ses principes par amour ? Le guerrier naïf qui n’a jamais quitté Landor est en route pour la baronnie de Grish-Mère. Il espère y laver sa réputation, mais il se retrouve à la merci de la puissante Guilde des Épiciers. Son érudition et son excellence au combat ne lui sont alors que d’un faible secours…

J’ai rencontré Isabelle Bauthian lors des dernières Imaginales. J’ai assisté à l’une des conférences qu’elle donnait et j’ai pu ensuite lui parler lors des dédicaces. Grish-Mère est son dernier né. Il prend place dans une saga qui comprendra cinq tomes. Chose originale: on peut lire les tomes dans le désordre sans aucun problème. En fait chaque tome est plutôt consacré à l’exploration d’une des contrées imaginées par Isabelle.

Grish-Mère est un sacré pavé de fantasy! Il faut bien s’accrocher pour le lire car l’auteur ne se fiche pas de son lecteur. C’est de la fantasy qui fait réfléchir avec des dialogues ciselées alors mieux vaut être bien concentré pour s’y attaquer.

L’intrigue générale s’articule autour de deux moments clés de la vie de Sylve. Certains chapitres, sous forme de flash-back, rappellent son enfance et son adolescence. Issu d’une famille pauvre, Sylve a été offert à l’École pour devenir factotum. Un factotum sait tout faire: organiser un dîner, broder, arranger un bouquet, manier l’épée ou la hache pour servir son maître. C’est un expert dans bien des domaines. Les chapitres qui nous montrent le passé de Sylve nous renseignent sur sa formation.

Les autres chapitres sont ceux du moment présent. Sylve débarque à Grish-mère pour rapporter une statuette religieuse dérobé à son maître. Mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’il cherche à rejoindre l’île de Grish-mère, Sylve devient plus ou moins le prisonnier d’une guilde d’épicier et garde du corps forcé de leur chef.

Comme je le disais plus haut, Grish-mère n’est pas le genre de fantasy facile. Il y a d’abord l’intrigue qui paraît simple en un coup d’œil mais qui est en réalité bien retorse. Il y a ensuite la langue. Isabelle Bauthian cisèle ses dialogues telle une orfèvre. Ce sont de véritables joutes oratoires que mènent les personnages. Elle a aussi pris le parti de nous faire connaître les pensées de Sylve par un système de police en italique ce qui rend les situations souvent bien drôles! C’est profondément intelligent. Elle rend ainsi hommage à la langue, à l’expression orale car Sylve peut se montrer aussi courtois qu’il peut être vulgaire. On n’emploie pas le » Sieur » comme on donne du « Monsieur » et chaque mot prononcé révèle un peu de vous. C’est parfois compliqué à suivre, certes, mais très jubilatoire.

Grish-mère c’est aussi le genre de roman fantasy qui donne à réfléchir. Sylve se retrouve donc sur une île au fonctionnement matriarcale. Les hommes y sont tolérés mais doivent s’y faire tout petit. Traités comme des sous-citoyens, ils obéissent aux femmes. J’ai trouvé vraiment très intéressant la situation développée par l’auteur. Sylve se plaint de son statut et trouve les choses injustes mais il ne se rend pas compte de sa position de dominant et d’oppresseur lorsqu’il est en dehors de Grish-mère. Il expérimente ce qu’il fait peser sur les femmes sans en prendre réellement conscience! Il remet en cause cette société matriarcale sans remettre en cause la société patriarcale qui l’a élevé. J’ai trouvé ça fort de la part de l’auteur car elle traite les choses avec finesse sans caricature aucune. L’auteur propose ici une vision originale des choses.

L’intrigue est menée tambour battant et si les choses paraissent un peu floues au départ, elles s’éclaircissent vite pour faire comprendre au lecteur que retrouver cette statuette pour Sylve est une question d’honneur voire de vie et de mort.

Grish-mère est un sans faute pour moi et très un bon roman de fantasy pour celui qui sait à quoi s’attendre. Nul doute que je me pencherai à l’avenir sur la suite des œuvres de l’auteur.

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande

 

 

 

Avalon, Tome 1: Les reines de Brocéliande d’Abel D’Halluin,

Publié aux éditions Bergame,

2017, 638 pages.

 

Royaume des deux Bretagne, Ve siècle. Le pays est partagé en deux, entre christianisme et culte aux dieux celtes. Les douze ordres magiques d’Avalon, conscients de leur lente extinction, se réunissent devant les reines de Brocéliande, les fées Morgause et Viviane. Rassemblant les trésors de chaque ordre, celles-ci constatent la disparition de celui des Magiciens. Kéridwenn, la dernière enchanteresse, reçoit alors la mission de retrouver l’objet précieux, afin de rétablir la prophétie, mais son alliance secrète avec le roi Constant, premier roi chrétien, l’empêche de mener à bien sa tâche ; c’est son fils Taliésin qui en sera investi…

Merci aux éditions Bergame de m’avoir laissé choisir un titre de leur catalogue. J’ai toujours aimé les romans concernant la matière dite de Bretagne c’est donc tout naturellement que j’ai voulu découvrir le premier tome d’Avalon. La couverture du livre est d’abord superbe! C’est ensuite un beau bébé de 638 pages que j’ai eu entre les mains un petit moment! Mais quelle lecture! Cela valait vraiment le coup.

L’auteur, Abel D’Halluin, choisit de nous raconter les fées, Brocéliande, les batailles et les rois du point de vue de Taliésin, barde et magicien. Depuis ses débuts, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, à la chute d’Uther Pendragon, il nous conte sa vie et à travers elle sa rencontre avec des personnages entrés dans l’Histoire: Merlin, Morgause, Viviane, Ygerne, Gauvain, …

L’intrigue prend tout son temps. L’auteur développe avec minutie la vie du barde. On le connaît alors qu’il n’est qu’un gamin et qu’il apprivoise sa magie. Rejeté par sa mère, Taliésin va se construire presque seul, au milieu des bois, à l’écoute de la nature et des éléments naturels. Puis on le suit devenu adulte et barde dévoué à Ygerne et au prince Gorlois. On suit ses aventures en Brocéliande et en Bretagne auprès d’Uther Pendragon afin de repousser les envahisseurs saxons.

Comme je l’ai dit plus haut, c’est extrêmement détaillé. On rencontre au fur et à mesure de l’histoire, tous les personnages bien connus de la matière de Bretagne. Il y a d’abord les chevaliers: Gorlois, Uther Pendragon, Yvain mais surtout Gauvain. Puis il y a les fées: Morgause et Viviane sans oublier Merlin, le magicien le plus mythique de la littérature.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman c’est que l’auteur nous fait connaître certains personnages emblématiques depuis leur naissance. Ainsi, j’ai redécouvert les origines de Morgane mais aussi celles de Merlin. J’avais oublié leur conception étrange. Il remonte à leur naissance et j’ai beaucoup aimé voir leur évolution au fil des années.

Aucun personnage n’est blanc ou noir. Ils sont très nuancés. J’ai aimé ce parti pris. Ainsi, Merlin lutte sans cesse contre sa part démoniaque. Morgane apparaît bien sombre dès le départ. Les fées sont loin d’être idéalisées. On est bien loin des clichés véhiculés par les nombreux contes. Abel D’Halluin revient aux origines de la légende et on sent que son histoire est empreinte du mythe arthurien. On sent que l’auteur a mené un travail de fond et qu’il connaît son sujet.

Le lecteur se balade ainsi entre Brocéliande et Tintagel. Ces noms mythiques résonnent tout au long de la lecture et font voyager dans ce monde légendaire et merveilleux où le promeneur peut croiser à tout moment un troll ou une fée.

Au-delà d’un récit mythique, Avalon met en lumière la condition de l’homme qui se débat pour construire un monde meilleur tout en luttant contre ses démons intérieurs à l’image d’Uther qui provoque sa propre chute ne sachant choisir entre son cœur et sa raison ou encore Merlin, qui par loyauté envers son amour perdu, trahit son ordre. La violence, le sexe, sont aussi de la partie et apportent une dimension plus sombre au roman.

Épopée mythique et fantastique, Avalon ravira les adeptes de la matière de Bretagne. Ce récit merveilleux, de longue haleine, fera voyager le lecteur aux côtés de Taliésin, le barde magicien. Une plongée aux origines de la magie…