Le Roi sombre d’Oren Miller

 

 

Le Roi sombre d’Oren Miller,

Publié aux éditions de L’Homme sans nom,

2015, 381 pages.

 

 

 

 

 

 

 

« Maintenant, il faut souhaiter qu’il meure vite. »
Mais les souhaits, par pur esprit de contradiction, se réalisent rarement et Ed ne meurt pas. Condamné à l’isolement à vie dans la pire des prisons spatiales pour un crime qu’il n’a pas commis, le jeune homme agonise lentement et avec beaucoup d’application.
Alors que débute sa vingt et unième année d’incarcération, une chose tout à fait improbable et imprévue se produit : Ed s’évade du seul endroit dont on ne s’évade pas. Pour une seule raison. Pour une seule destinée. La vengeance.
Cependant, il est un fait incontestable qu’aucune entreprise de haine, ou d’amour, ne se déroule jamais comme on le désire. Une espèce de grain de sable vient toujours enrailler les machinations les plus complexes, surtout quand elle est semée par des créatures plus insolites les unes que les autres.

Attention coup de cœur assumé! J’ai réitéré avec un titre des éditions de L’Homme sans nom mais surtout d’Oren Miller dont j’avais déjà lu le superbement bien écrit J’agonise fort bien, merci!

Avec Le Roi Sombre, je persiste et signe en affirmant qu’Oren Miller possède une plume aiguisée et bien fournie. L’auteur nous propose, ni plus ni moins, une nouvelle version du Comte de Monte Cristo à la sauce Space Opera. En effet, dans ce roman, le lecteur suit les aventures de Ed. A la suite d’une erreur, Ed est accusé de terrorisme. Il est alors envoyé à IF, initiales d’une prison dont on ne revient jamais.

Ed y fait la connaissance d’une entité étrange qui va l’aider à s’évader. Ed devient alors Hisham et n’aura de cesse de vouloir se venger de ceux qui ont causé sa perte.

J’ai adoré cette version futuriste qui se déroule dans la galaxie. L’auteur a su habilement jouer avec les codes en plaçant son intrigue sur Ixion, station stellaire, régie par une caste d’aristocrates aux noms étrangement romains: Nérion, Messaline ou encore Claudia sont des personnages qui font bien sûr écho à leurs illustres prédécesseurs. Les pirates interstellaires sont aussi légions et c’est en s’alliant à l’un d’eux que Hisham-Ed réussira à accomplir sa vengeance.

Oren Miller ne se complaît pas dans la facilité. Certains passages sont assez obscurs lorsqu’il y explique notamment le fonctionnement juridique de la station Ixion mais cela apporte plus de profondeur au roman. Son style est addictif et comme dans son autre roman déjà lu et chroniqué sur le blog, l’auteur aime tailler ses dialogues au cordeau. Même si je les trouve moins aboutis, j’ai adoré les échanges entre le pirate Jatalan et Hisham, plein de verve et de vivacité.

J’ai bien sûr adoré le personnage principal d’Hisham qui renonce à tout pour assouvir sa vengeance. Cette soif de vengeance est le fil conducteur de l’intrigue et on suit avec délices la mise en place des pièges par Hisham. Sa personnalité est attachante et évolue au fil du roman. C’est un personnage meurtri, empli d’une vengeance sanglante, cependant au fil de sa quête, il va devoir faire des choix et se rendre compte que la vengeance n’est pas la seule solution.

Le personnage secondaire c’est aussi l’univers créé et décrit par l’auteur. Il nous plonge au cœur d’un monde dans lequel les hommes auraient créé des stations stellaires. C’est vraiment passionnant d’imaginer toutes ces machines, ces vaisseaux spatiaux et ces villes gigantesques dans lesquels vivent les humains. J’ai eu souvent en tête le film de Luc Besson Le Cinquième élément pour m’imaginer les êtres vivants et l’architecture de ces mondes plongés au cœur des galaxies.

Avec Le Roi sombre, Oren Miller revisite le Comte de Monte Cristo et c’est vraiment réussi. Ce one-shot sort des sentiers battus et donne envie de découvrir ou redécouvrir le classique d’Alexandre Dumas.

Le Mnémenol de Sébastien Tissandier

 

 

Le Mnémenol de Sébastien Tissandier,

Publié aux éditions Le Peuple de Mu,

2015, 154 pages.

 

 

 

 

 

2197. Le visage de la Terre a changé. La nature a repris ses droits sur l’Homme. Ce qu’il reste de l’humanité vit reclus dans des villes-bulles, protégées du monde extérieur par leurs champs de force. Depuis leur naissance, tous les individus subissent des injections régulières de Mnémenol, ce liquide qui protège contre les infections des spores végétales du monde extérieur.Alice est une botaniste qui semble développer une résistance au vaccin. Aidée d’Evan, un technicien de la Bulle, elle va découvrir l’ampleur du mensonge dans lequel les humains sont plongés depuis leur naissance et tout faire pour que l’humanité se souvienne de son histoire.

J’ai la chance (ou la malchance pour mon compte en banque) d’avoir un collègue écrivain qui alimente fréquemment mes lectures! Son dernier opus Le Mnémenol m’a séduite par son intrigue vraiment futuriste et intelligente.

Tout commence dans un des districts de la terre, comprenez une ville qui maintient les habitants sous une bulle hermétique. En effet, la nature extérieure est devenue un territoire vierge de tout présence humaine. C’est un lieu dangereux où les animaux semblent avoir mutés et où les spores des plantes pénètrent dans l’organisme et l’asphyxie. On ne peut s’y aventurer que sous bonne escorte et muni de bouteilles d’oxygène. Les humains sont donc confinés dans leur bulle qui les préserve de tous dangers. Evan et Chloé sont deux techniciens chargés de veiller à  la sécurité de cette bulle protectrice. Mais Chloé fait des rêves de plus en plus étranges dans lesquels elle imagine une nature paradisiaque et accueillante. Elle se livre sur les réseaux sociaux. Un jour, Chloé est enlevée. Evan et Alice, la colocataire de Chloé, se lancent à sa recherche…

Dès le départ, l’auteur nous met dans l’ambiance. Il imagine une vie sur terre futuriste, sous cloche. Il y a un côté « étouffant » que l’on ressent bien à la lecture du roman. Cette ville qui se veut idéale et en réalité régie par des lois drastiques. De son bureau, le maire du district exprime sa toute-puissance et n’hésite pas à balayer quiconque remet en question la réalité de la terre. Il est aidé  par des sorte de cyborgs qui n’hésitent pas à tuer ou à enlever pour taire toute vérité. J’ai bien aimé cette idée de société dystopique dans laquelle tout paraît marcher comme sur des roulettes. En réalité, on cache beaucoup de choses aux habitants de la terre. Evan et Alice, aidés d’autres personnages, vont tout faire pour laisser la vérité éclater au grand jour. L’établissement des districts est basé sur un mensonge vieux comme l’humanité et l’auteur introduit brillamment l’idée de mémoire génétique. Ce thème aurait d’ailleurs pu être plus développé tant il s’avère passionnant.

Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sous peine de vous spolier. Sébastien Tissandier imagine en tout cas une planète qui pourrait fortement ressembler à ce que sera la nôtre dans quelques siècles si rien n’est fait pour empêcher les hommes d’exploiter, tuer et massacrer. Son récit s’ancre dans l’actualité à l’heure de la cop 21. En effet, son roman devient peu à peu une fable humaniste et écologique. Si tout commence en douceur, histoire de poser les bases du récit, tout s’accélère et il m’a été difficile de reposer le roman avant d’en connaître le fin mot. On a presque qu’un regret à la fin du livre: qu’il soit aussi court!

J’ai beaucoup aimé Le Mnémenol. J’ai trouvé l’intrigue intéressante et intelligente. Le récit est mené tambour battant. Défi réussi pour l’auteur qui marie roman de SF et fable écologique!

 

 

Purespace, Saison 1 de Cécile Duquenne

   Purespace, Saison 1 de Cécile Duquenne,

   Publié aux éditions du Petit caveau,

   2015, 188 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

Reine du plus vaste clan d’Europe, Shereen est une vampire dont le but est d’offrir aux victimes une seconde chance, soit par la vengeance, soit par l’immortalité. Elle tient plus que tout à son groupe, chaque membre étant quelqu’un qu’elle a sauvé des griffes de ses bourreaux Alors qu’elle vient de sauver une nouvelle victime de ses tortionnaires, son clan est attaqué par une véritable soucoupe volante qui décime ses rangs. Cette invasion extra-terrestre semble viser uniquement les espèces surnaturelles. La légende dit qu’ils s’appellent les Purespaces…

 

J’avais lu les 3 premiers épisodes de Purespace et les avais chroniqués très rapidement en vous disant que j’avais beaucoup aimé. Je me suis offert la saison 1 version papier (dédicacée!) lorsqu’elle est sortie. Enfin, j’ai une vision globale de cette saison qui s’achève sur un cliffhanger de folie (mais l’auteur m’avais prévenue) et je ne suis toujours pas déçue. J’attends même la saison 2, qui viendra clôturer la saga, avec impatience.

Dans Purespace ce qui m’a d’abord séduit c’est l’univers développé par l’auteur. C’est de la bit-lit intelligente et qui pour une fois s’éloigne des clichés que l’on trouve régulièrement. Shereen est une reine vampire à la tête d’un vaste clan. J’ai adoré ce personnage, qui malgré sa nature, se révèle altruiste et très humaine. Quand elle « transforme » un humain en vampire c’est pour lui donner une seconde chance dans l’existence. Ainsi elle se prend de pitié pour les malheureux, les cabossés de la vie, ceux et celles qui ont subi le pire dans leur vie humaine et que seule la mort pourrait soulager. Tout au long du roman, on en apprend plus sur cette reine humaniste, capable de sentiments envers ceux qu’elle a transformés, les considérant même comme ses « enfants ».

J’ai aussi adoré en apprendre plus sur l’existence humaine de Shereen, rescapée d’Auschwitz. Les flash-back qui témoignent de son passé douloureux sont terribles, émouvants et poignants. C’est une excellente idée qu’à eu l’auteur et elle parvient à restituer avec émotion cette vie humaine condamnée d’avance. J’ai hâte d’en savoir plus sur cette vie d’avant la transformation.

Un peu plus loin dans le récit, Shereen va se retrouver aux prises avec une entité extraterrestre qui cherche à détruire les membres de son clan. Elle va donc trouver refuge auprès d’Aramis, son meilleur ami loup-garou. Ces deux-là ont un passé commun et sont extrêmement complices. J’ai beaucoup aimé ce lien d’amitié développé par l’auteur. En outre, Cécile Duquenne a su éviter un écueil qui me fatigue dans le genre de la bit-lit: le fameux triangle amoureux!! Ouf! On peut être une femme et ne pas hésiter entre deux mecs, merci!

La fin du roman m’a bluffée. Il n’y a pas de temps mort. Les événements s’enchaînent rapidement et comme je le disais en préambule, on a qu’une envie: connaître la suite du roman dans la saison 2. L’auteur réussit le pari audacieux de mêler science-fiction et bit-lit et ça marche!

Enfin, je terminerai par l’évocation du style de l’auteur à la fois travaillé et fluide. On sent le soin qu’elle apporte à ses phrases et aux images développées. Purespace ne développe pas seulement une bonne intrigue, c’est aussi un roman écrit avec beaucoup de soin et de qualité, chose non négligeable quand on lit certains romans de bit-lit écrits à la va-vite!!

Bref, c’est un sans faute. A quand la saison 2?

Nox, Tome 1: Ici-bas d’Yves Grevet

   Nox, Tome 1: Ici-bas d’Yves Grevet,

   Publié aux éditions Syros,

   2012, 418 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Dans une ville basse enveloppée d’un brouillard opaque – la nox –, les hommes sont contraints de pédaler ou de marcher sans cesse pour produire leur lumière. Comme l’espérance de vie y est courte, la loi impose aux adolescents de se marier et d’avoir un enfant dès l’âge de dix-sept ans. Lucen a peur de perdre celle qu’il aime, la rebelle Firmie, qui refuse de se plier à la règle. Il sent aussi ses meilleurs amis s’éloigner de lui. L’un d’eux, Gerges, s’apprête à rejoindre la milice qui terrorise les habitants, un autre, Maurce, un groupe hors-la-loi. C’est l’heure pour Lucen de faire des choix qui détermineront toute son existence. Au même moment, dans des territoires épargnés par la nox, la jeune Ludmilla ne se résigne pas au départ forcé de Martha, la gouvernante qui l’a élevée, injustement renvoyée par son père. Elle décide de tout tenter pour la retrouver.

C’est lors d’un salon du livre que j’ai découvert Yves Grevet, un écrivain jeunesse charmant et abordable! A l’époque, j’avais acheté sa trilogie Méto qu’il avait eu la gentillesse de me dédicacer. J’avais adoré! L’auteur mêlait dans son roman aventure, science-fiction, anticipation et dystopie.

J’ai donc eu envie de renouer avec cet univers riche à travers le premier tome de Nox. La quatrième de couverture fait elle aussi penser à une dystopie. J’ai globalement apprécié ma lecture même si elle n’atteint pas la perfection de Méto selon moi.

L’intrigue se déroule dans un monde dévasté par la pollution. La ville est organisée sur un mode vertical: les gens aisés vivent tout en haut, au-dessus de la chape de brouillard, tandis que les plus pauvres survivent sous cette brume opaque, appelée Nox.

Le cœur du roman se déroulera d’ailleurs dans la ville basse. Tout y est plongé dans le noir. Les habitants se repèrent dans les rues grâce à des ficelles déroulées le long des trottoirs. Pour s’éclairer, ils possèdent des lampes frontales ou des chenillettes, sortes de patins qu’ils doivent alimenter eux-même. Les pauvres sont donc condamnés à survivre dans ce mystérieux brouillard opaque. Si l’auteur nous donne quelques éléments sur les coutumes des habitants de la ville basse, j’ai trouvé qu’il n’allait pas assez loin. J’aurais aimé que le sujet soit plus développé, qu’on en sache plus sur la manière de vivre des habitants. Dans ce premier tome, on sait simplement qu’ils vivent dans le noir et la crasse et que le gouvernement entretient leur peur de la lumière du soleil et de l’eau pure. C’est donc un monde sale, étouffant, crasseux qui nous est présenté ici d’une manière assez vraisemblable au final.

L’intrigue va se focaliser sur trois personnages; Lucen, Gerges et Ludmilla. Non, je n’ai pas fait de fautes de frappe: il faut bien lire Lucen et non Lucien, Gerges et non Georges. L’auteur a trouvé un moyen astucieux de rendre ses personnages encore plus misérables à travers leurs prénoms. En effet, chaque prénom se voit retirer une lettre, manière de montrer pour le gouvernement qu’ils ne sont que des ersatz d’êtres humains.

Lucen et Gerges sont amis mais leur amitié va être remise en cause. En effet, Gerges appartient à une milice répressive qui n’hésite pas à cogner et insulter les passants qui n’auraient pas respecté le couvre-feu. La ville basse est non seulement sale mais également peu sûre. Les milices ont tous pouvoirs dont ceux d’emprisonner et de violer à tout va. Pour contrer ce pouvoir fasciste, une opposition faite de rebelles s’est organisée et lutte à sa façon en posant des bombes. Yves Grevet dresse le portrait d’un monde divisé politiquement et socialement. Bientôt Gerges et Lucen vont s’opposer sur le plan des idéaux.

Quant à Ludmilla, le dernier personnage, elle est une jeune fille de la ville haute. Elle vit seule avec son père. Ludmilla connaît une vie au grand air, fait des études et dépense son argent sans compter. Elle ne sait rien de la ville d’en bas à part les rumeurs qui lui en parviennent. Elle va découvrir que les habitants d’en bas ne sont pas des animaux ni des meurtriers sans scrupule lorsqu’elle fera la connaissance de Lucen.

Chaque chapitre du roman est raconté par l’un des personnages: Lucen, Gerges ou Ludmilla et les points de vue s’alternent très régulièrement. C’est ce qui ne m’a pas plus dans le roman. En effet, un événement peut par exemple être raconté du point de vue de Lucen puis ensuite du point de vue de Gerges. J’avoue avoir été un peu perdue. L’auteur aurait dû à chaque chapitre préciser le nom du personnage qui raconte la scène. J’aurais d’ailleurs préféré une narration omnisciente même si je comprends l’intérêt d’alterner les poins de vue. C’est en tout cas le seul reproche que j’aurais à faire au livre.

L’intrigue est très intéressante même si elle met du temps à se mettre en place. Il y a un réel intérêt pour ce monde réduit à une chape de brouillard: qu’est-il arrivé? Qu’y a-t-il en-dehors de la ville? Les propos de l’auteur sont beaucoup plus sombres, encore plus profonds que ceux qu’il développait dans Méto. Le vocabulaire est parfois cru et les scènes violentes ce qui me fait dire que le roman ne s’adresse plus vraiment à des enfants mais à des adolescents et des adultes.

Pour résumer, Nox est un roman dystopique qui développe des problématiques intéressantes. Seul le point de vue adopté par l’auteur ne m’a pas plus. L’auteur sait cependant entretenir le mystère autour de ce monde décrépi et violent. Le tome 2 apportera sans doute des réponses aux questions soulevées ici.

 

Les Foulards rouges, Saison 1, Episodes 1, 2 et 3 de Cécile Duquenne

 Les Foulards Rouges, épisodes 1, 2 et 3 de Cécile Duquenne,

 Publié aux éditions Bragelonne,

 2014,

 Pour l’acheter: Les foulards Rouges

 

 

 

 

 

Plongez avec Lara dans l’enfer de Bagne, planète-prison où le danger se cache partout, au cœur de chacun de ses sinistres habitants, et même derrière chaque goutte d’eau, chaque ressource naturelle de cette terre irradiée.

Sur Bagne, Lara traverse les étendues désertiques pour remplir ses contrats et ses missions. Car Lara est une Foulard Rouge, appelée à faire régner la loi à grand renfort de balles. Et sur cette planète-prison où les deux-tiers de la population sont des hommes, anciens violeurs ou psychopathes, c’est une vraie chance pour une jeune femme comme elle de ne pas avoir fini dans un bordel. En plus, elle fait son boulot plutôt bien – on la surnomme même Lady Bang. Mais Lara n’a pas obtenu ce job par hasard – tout comme elle n’a pas atterri dans cet enfer par hasard. Elle doit tout ça à quelqu’un en particulier, quelqu’un à qui elle en veut profondément… et qui, pourtant, a peut-être quelque chose de nouveau à lui offrir, une chose qui n’a pas de prix. Acceptera-t-elle de baisser un peu sa garde pour écouter ce que son envoyé, le mystérieux Renaud, a à lui proposer ?

 

J’ai envie de chroniquer d’un seul coup les trois premiers épisodes des Foulards Rouges, histoire de vous donner un aperçu plus cohérent et plus complet de la chose. Mais d’abord Les Foulards rouges qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’un roman à la sauce steampunk/cow-boy/space opera livré en plusieurs épisodes. Je n’ai lu pour l’instant que les trois premiers et j’avoue être conquise par le style de l’auteur mais surtout par le monde qu’elle a su créer! Voyons ça de plus près…

Les Foulards rouges racontent l’histoire de Lara Carax. Cette jeune femme a été condamnée à vivre sur Bagne, une planète sur laquelle sont exilés tous les pires repris de justice à savoir criminels, trafiquants mais aussi violeurs. Autant vous dire que la l’espérance de vie sur Bagne est courte, encore plus courte quand on a la chance d’être née femme! Mais Lara n’est pas une femme comme les autres. Elle a décidé de devenir une foulard rouge pour survivre c’est à dire une sorte de milice officielle sur Bagne, ce qui lui donne le droit entres autres de se balader avec ses Colts.

J’ai trouvé extrêmement intelligent et très malin cette histoire de foulards. En effet, chaque caste habitant sur Bagne est assimilée à une couleur de foulard: les rouges comme pour Lara, les blancs pour la justice, les roses pour les prostituées, ect…. C’est selon moi un des points forts de la série qui permet de créer une ambiance forte. Cécile Duquenne reprend les codes du western pour les détourner intelligemment dans son récit et construire un monde ainsi bien hiérarchisé.

Son autre point fort est l’atmosphère qu’elle a su créer et décrire. En effet, la planète de Bagne n’a rien d’un Club Med. Il y règne une chaleur suffocante; le désert s’étend partout semé de grosses roches rouges et marron; ajoutez à cela les pluies acides qui vous dissolvent sur place si vous n’êtes pas à l’abri. En lisant les épisodes de la série, on se surprend à avoir la gorge sèche comme Lara et à ressentir les effets de la chaleur. La poussière semble s’insinuer partout et l’eau potable devient un enjeu majeur pour notre héroïne. En outre, l’auteur a su intégrer des éléments de SF à son roman. En effet, Lara utilise comme énergie la magilectrie qui lui permet de se déplacer avec son camion et de flotter à quelques centimètres du sol, tout en douceur.

Cette dernière tente donc de survivre tant bien que mal sur Bagne. Je me suis tout de suite attachée à elle même si elle possède un fichu caractère. Son passé semble assez mystérieux et Cécile Duquenne en dévoile savamment quelques bribes au fur et à mesure des épisodes. Pourquoi est-elle sur Bagne? Mystère… mais on comprend que cela a un rapport avec son père « Le Capitan », autrement dit celui qui semble plus ou moins diriger Bagne.

Au fur et à mesure de sa lecture, le lecteur en apprend un peu plus sur Lara et son environnement. J’aime beaucoup cette façon qu’a de procéder l’auteur. Elle dévoile ses cartes peu à peu et titille juste ce qu’il faut la curiosité de son lecteur. Le format épisodique est donc un bon choix d’édition pour Les Foulards Rouges et la tension ne fait que monter au fur et à mesure. Outre la découverte de l’héroïne et de la planète sur laquelle elle vit, j’aime énormément l’intrigue qui y est développée. Lara a été exilée sur Bagne pour quelque chose qui ne semble pas être de son ressort et elle compte bien d’une part se venger et d’autre part s’évader. Lara est une sorte de desperado qui tente de s’en sortir et qui devra faire des concessions aux règles qu’elle s’est fixée car la tâche est ardue. Elle va notamment devoir s’entourer d’acolytes pour mener à bien ses projets.

Dans le dernier épisode, le rythme s’accélère et l’auteur multiplie les scènes d’affrontement. On ne s’ennuie pas. Chapeau bas pour les descriptions de scènes d’action qui sont très visuelles pour le lecteur!

Vous l’aurez compris, Les Foulards rouges est une série que j’affectionne tout particulièrement. Les personnages sont bien construits; notre Lara est sexy en diable: c’est une héroïne forte comme je les aime, dotée d’un caractère de cochon; l’intrigue est bien ficelée; quant au monde dépeint par l’auteur, il ne cesse de m’étonner par sa richesse et sa complexité. La saison 1 contient déjà quatre épisodes et la deuxième saison se profile à l’horizon!

Les voies d’Anubis de Tim Powers

Les Voies d’Anubis de Tim Powers,
Publié aux éditions J’ai lu,
1986, 478 pages,
Pour l’acheter: Les Voies d’Anubis
 
 
 
 
Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d’or? Comment deviner que l’attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures ?
Voyez plutôt: à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810 ! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou … Et, nul doute, quelqu’un cherche à l’enlever sinon à le tuer !
Au hasard de sa fuite, Doyle régressera jusqu’en 1685 puis sera projeté dans l’Égypte de 1811 où des magiciens vénèrent encore le dieu Anubis.
Traqué, maintes fois capturé et toujours s’échappant, il cherche à corps perdu la « brèche » du retour.
Les Voies d’Anubis est un roman qu’on pourrait classer dans la catégorie science-fiction. Je l’ai découvert sur plusieurs sites de blogueurs livresques et leurs avis m’ont à chaque fois donné envie de le lire.
L’intrigue débute avec Brendan Doyle, professeur de littérature anglais du 19ème siècle. Il est spécialiste de Coleridge et s’intéresse particulièrement à un obscur poète anglais du nom de Ashbless. Il est contacté par un certain Darrow afin de se livrer à une expérience inédite: faire un saut dans le temps et rencontrer Coleridge lors d’une conférence donnée en 1810. Doyle se laisse tenter mais rien ne se passe comme prévu. Il ne parvient pas à revenir de son voyage et reste coincé au 19ème siècle. C’est le début de l’aventure pour Brendan qui ne sait pas encore qu’il est au cœur d’une machination infernale….
En effet, tandis qu’il cherche à tout prix à revenir en 1983, un certain Docteur Romany s’entête à le kidnapper afin que Brendan lui livre tous ses secrets sur les fameuses brèches temporelles qui permettent d’aller et venir dans le temps. L’intrigue se complique de plus en plus. Brendan doit non seulement chercher à s’échapper de cette époque qui n’est pas la sienne mais également sauver sa peau.
Dans ce récit, Tim Powers s’en donne à cœur joie. Avec Doyle, le lecteur explore les bas-fonds du Londres du 19ème siècle. En effet, Doyle va devenir mendiant pour survivre et il devra entrer dans l’une de « ces confréries ». L’auteur dévoile à son lecteur tout un pan de la société qui tente tant bien que mal de vivre, vivant de mendicité et de larcins. Doyle est adopté par une troupe de clochards qui lui font jouer le rôle de « Tom le muet ». Doyle s’en sort plutôt bien et se fait même un allié: Jacky, un jeune homme très efféminé. J’ai beaucoup apprécié la galerie de portraits dressée par l’auteur qui détaille avec soin chaque personnage tant du point de vue physique que psychologique. On s’y perd même un peu à certains moments tant les personnages sont nombreux et jouent tous un rôle important. Le personnage du clown Horrabin est particulièrement réussi et m’a même fait frissonner tant il apparaît pervers et machiavélique.
L’intrigue prend un nouveau tour quand la magie s’en mêle. Là encore, l’auteur se fait plaisir! Le Docteur Romany est capable de jeter des sorts et surtout de créer des « kas », sortes de sosies capables de prendre la place du véritable personnage et doté de tous ses souvenirs! Très pratique lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un tout en voulant garder trace de ce qu’il sait. Le Docteur Romany veut renverser le pouvoir afin d’instaurer à nouveau le règne d’Anubis. Son rêve devra passer par de nombreux meurtres et attentats conte la couronne. L’auteur déploie une intrigue politique complexe qui prend ses racines en 1810 et qui coure sur plusieurs décennies.
La magie et les phénomènes fantastiques prennent plus d’ampleur. L’auteur fait intervenir un personnage nommé Joe face de chien capable de changer de peau à l’infini et de se glisser dans celle de sa future proie! Doyle en subira les conséquences. Attaqué par Joe face de chien, il va échanger son corps avec lui et se retrouver dans celui du poète Ashbless! Mais alors, ce Ashbless au départ existait-il vraiment? Si Doyle n’avait pas pris sa place, aurait-il écrit les poèmes qui ont fait sa renommée? Car au-delà de la fantaisie du roman et de la magie qu’il décrit, l’auteur mène une réflexion sur le sens de l’Histoire. Peut-on en changer le cours? Et si Doyle n’avait pas fait ce voyage dans le passé, Ashbless aurait-il exister? C’est la théorie des « et si » mise en œuvre ici avec brio.
Certains détails qui apparaissent au début du roman trouveront leur place un moment ou à un autre. L’architecture de l’intrigue est donc basée sur toutes ces allées et venues dans le temps et rien n’apparaît comme étant une coïncidence chez Powers. Son travail d’écriture est titanesque.
Même si l’intrigue paraît compliquée parfois, j’ai aimé la manière dont l’auteur a construit la structure de son livre. Il décrit à merveille l’ambiance des bas-fonds de Londres. Sa galerie de personnages vaut le détour. Sans conteste, Les Voies d’Anubis est un très bon livre de Science-fiction.

La Plume du Quetzalcoatl de Julien Pinson

La Plume du Quetzalcóatl de Julien Pinson,

Publié aux éditions Voy’el, 2013

Pour l’acheter: La Plume du Quetzalcóatl.

 

Julien Pinson est un auteur français qui vit actuellement en Bretagne. Fan de SF, La Plume du Quetzalcóatl est son premier roman.

 

 

 

Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même. Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses. Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.

J’ai profité d’une promotion des éditions Voy’el sur cet ebook pour le télécharger. Je l’avais repéré il y a quelques mois: sa couverture évoquant les dieux de l’antiquité ne m’avait pas laissée indifférente.

Dans La Plume du Quetzalcóatl, nous faisons la connaissance d’Arthorius. Il est pacifieur. Son rôle est d’intervenir sur les territoires de l’Empire romain afin de régler les conflits. Alors qu’il rentre de mission, il est convoqué par le Panthéon romain en personne. En effet, Arthorius a fait une étrange découverte: il a trouvé une plume appartenant au mythique serpent à plume inca, le Quetzalcóatl. Or ce monstre est censé avoir été tué par Athéna en personne. Aurait-elle échoué et masqué sa défaite?

Peu de temps après, Arthorius est menacé. On cherche à l’éliminer à tout prix. Qui en veut à sa peau et pour quel motif? Flanqué de Dom, un satyre exubérant, Arthorius est chargé de faire la lumière sur toute cette histoire.

Comme je l’ai indiqué un peu plus haut, c’est la couverture du roman qui m’a d’abord séduite. Cette image d’une statue grecque à terre m’a intriguée. En effet, le roman de Julien Pinson fait honneur à l’Empire romain mais pas seulement. L’auteur mêle des éléments de Steampunk: alorsque les humains vénèrent des dieux romains, côtoient centaures, minotaures et autres bestioles, ils se déplacent en train, tramway et voiture à vapeur. Si les deux univers semblent a priori difficiles à rapprocher, l’auteur a le talent de les mêler avec intelligence. Le fait qu’une part de modernité pénètre ce monde antique est plutôt réussi à mon goût. Les technologies sont introduites avec bonne mesure et le monde créé par Julien Pinson apparaît comme vraisemblable.

Les personnages qu’il a choisi de mettre en scène représentent bien le monde antique. Il y a d’abord Arthorius. Il incarne les valeurs de l’Empire romain. J’ai apprécié ce personnage intelligent et cultivé mais une chose m’a gênée chez lui. Il m’a paru trop maladroit, pas assez batailleur. En effet, l’auteur prend le parti de ne pas en faire un héros très ou trop viril. Il reçoit bien souvent des coups et il ne doit son salut qu’à des forces extérieures. Je comprends tout à fait le parti pris de l’auteur mais j’aurais aimé un personnage peut-être plus virulent ou en tout cas un peu plus débrouillard.

Son acolyte Dom est quant à lui un satyre. On s’attache vite à ce personnage qui possède une répartie cinglante mais qui a tendance à taper sur les nerfs des autres personnages et par extension du lecteur! Jouisseur, menteur et bagarreur, Dom apporte une touche humoristique au roman et détend bien souvent l’atmosphère dans les moments les plus cruciaux!

Le bestiaire de Julien Pinson ne s’arrête pas là et il glisse dans son roman centaures, minotaure et autres créatures mythiques avec beaucoup de jubilation. J’ai beaucoup aimé retrouver ces références aux mythes antiques tels que j’ai pu les lire dans les livres. J’ai cependant moins apprécié l’introduction des indiens d’Amérique et de leurs croyances. Les différentes cultures se superposent les unes aux autres et n’ont pas véritablement le temps d’être développées à fond.

J’ai beaucoup aimé en revanche, la manière dont l’auteur traitait le tissu antique: il joue sur les références et c’est un plaisir de reconnaître derrière tel ou tel personnage, la réalité historique ou mythique des faits. La lecture prend alors un sens un peu plus intellectuel. J’aime cette manière qu’on les auteurs d’adapter un monde antique à notre monde moderne. L’intrigue prend plus de profondeur et devient intéressante d’un point de vue culturel.

Les rebondissements sont légions et il se passe énormément de choses dans ce roman: pas le temps de s’ennuyer! Pour moi, l’intrigue est même devenue un peu secondaire tellement j’ai apprécié le monde développé par l’auteur.

Pour résumer, j’ai apprécié la manière qu’à l’auteur de faire cohabiter plusieurs époques: l’antiquité, les temps modernes, les grandes découvertes liées à l’Amérique. Le personnage d’Arthorius manque un peu de teneur à mon sens mais le satyre Dom apporte une touche d’humour (pas toujours du meilleur goût) appréciable.