La machine à explorer le temps 3.0 d’Émilie Roch

 

 

 

La Machine à explorer le temps 3.0 d’Émilie Roch,

Auto-publié,

2019, 184 pages.

Il y a plus de cent ans, H. G. Wells nous offrait sa vision du futur dans « La Machine à explorer le temps », une œuvre marquée par les luttes sociales de la fin du XIXe siècle, et notamment par le communisme.
Que serait le roman dH. G. Wells réécrit au prisme des enjeux du troisième millénaire? Ce livre reprend l’histoire d’origine pour vous offrir un nouveau futur!

Quand Émilie Roch m’a proposé de lire son roman auto-édité, je n’ai guère hésité en lisant le résumé. Un roman qui reprend l’œuvre de H.G Wells à la sauce 3.0? C’était plus que tentant. Je sors ravie et conquise autant par l’intrigue que le style de l’auteure.

Au XIXème siècle, l’explorateur convoque un petit cercle d’initiés dans son salon pour leur présenter sa machine à explorer le temps. Les convives sont d’abord dubitatifs mais quand l’explorateur déboule un autre soir, couvert de poussière, les vêtements en lambeaux, ils réalisent qu’il a réussi à explorer le temps. L’explorateur va alors raconter son périple. Propulsé dans les années 8000, il a pu observer ce qu’est devenue la planète Terre et ses habitants.

J’ai d’abord adoré le style de l’auteur. Les premiers paragraphes sont ceux écrits, à l’époque, par H.G Wells. Émilie Roch prend le relais un peu plus tard sans que le lecteur ne s’en aperçoive. Elle a su parfaitement conserver la plume classique de l’auteur originel.

Je me suis ensuite prise au jeu de l’intrigue. A quoi ressemblera la terre en l’an 8000? L’auteure nous propose une plongée vertigineuse et inquiétante dans le futur. Si les plantes et les animaux ont repris leurs droits, que sont devenus les hommes? Ont-ils évolué comme le pense le narrateur? Ont-ils disparu? J’ai adoré suivre les aventures du narrateur qui découvre, comme le lecteur, l’avenir de notre planète.

Le mystère s’épaissit au fur et à mesure. Le constat d’abord positif, deviendra au fil des pages de plus en plus sombre. L’auteure crée un effet de décalage entre ce que sait son narrateur venu du XIXème siècle et ce que sait le lecteur du XXIème siècle. Ainsi lorsque l’explorateur découvre la « fresque » d’une sirène répondant au nom de « Bucks », il imagine le culte que les habitants de la planète ont pu porter à cette déesse d’un nouveau genre! Lorsqu’il s’approche de la mer (qui entoure Londres!), il constate que des milliers de petits morceaux de toutes les couleurs parsèment les eaux, étrange héritage laissé par les hommes…

La fin du roman est glaçante quand on comprend ce que les hommes ont fait de leur planète et ce qu’ils sont devenus. L’explorateur remettra-t-il en cause le modèle de la révolution industrielle? Rien n’est moins sûr…

Avec « La machine à explorer le temps 3.0 », Émilie Roch redonne un coup de jeune à l’œuvre de H.G Wells et nous offre une vision bien sombre de notre planète Terre.

 

 

Chroniques martiennes de Ray Bradbury

 

 

Chroniques Martiennes de Ray Bradbury,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 336 pages.

 

Les Martiens de l’An 2000 de Bradbury ne sont pas très différents des Terriens. Mais ils sont télépathes… parfois sans le savoir. C’est ainsi que, tandis que la première expédition terrestre s’achemine vers Mars, une femme se met à fredonner un air d’une musique inconnue, et des paroles qu’elle ne comprend pas, « Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ». Troublé par cette petite chanson obsédante, jaloux des rêves qui l’accompagnent, son mari accueille la fusée une arme à la main… et c’est la fin de la première expédition terrestre.

De Ray Bradbury, j’avais lu bien sûr Fahrenheit 451, roman d’une intensité incroyable et révélatrice de nombreuses choses aujourd’hui. On peut affirmer sans crainte que Ray Bradbury est un auteur visionnaire qui a transmis dans ces romans ses craintes quant à l’avenir de l’humanité. Avec ses Chroniques martiennes, l’auteur nous entraîne sur le chemin de Mars: un rêve qui tourne vite au cauchemar.

Ce recueil de nouvelles fonctionne de manière très intelligente. Les nouvelles ne sont pas totalement indépendantes les unes des autres mais elles suivent une progression pour former finalement un tout. Certaines ne font que trois pages tandis que d’autres s’étalent bien davantage. Toutes se déroulent sur la planète Mars. Ray Bradbury possède un style très fluide qui rend la lecture agréable.

La nouvelle inaugurale laisse supposer que Mars est habitée par des martiens, pas si différents des terriens. Mr et Mrs vivent dans leur petite maison, font le ménage, vaquent à leurs occupations respectives. C’est alors que surgit la première mission: une fusée qui vient de la terre pour coloniser Mars. Ray Bradbury fait montre de beaucoup d’humour puisque ces premiers terriens sont considérés comme des fous et envoyés dans un asile. Il y a de l’ironie mordante dans ces nouvelles qui montrent l’orgueil infini de l’être humain qui aimerait être accueilli en héros là où il pose le pied!

Au fur et à mesure, cependant, les nouvelles deviennent plus sombres. Que fait l’homme lorsqu’il débarque sur une nouvelle planète? Il a tendance à y supprimer les autochtones et à tout y bousiller pour s’y octroyer les richesses et les biens. Chaque nouvelle apporte ainsi une pierre à l’édifice de cette sauvagerie inhérente à la nature humaine. C’est clair, visionnaire et tout à fait réaliste quoique terrifiant!

Bien sûr il ne faut pas chercher la réalité scientifique dans ces textes! Ray Bradbury a écrit selon sa fantaisie personnelle et les puristes de SF seront peut-être déçus! Cependant, en s’attaquant au mythe de la conquête de Mars, Ray Bradbury n’a jamais été aussi moderne.

« Chroniques martiennes » demeure un classique de la littérature SF à posséder dans sa bibliothèque pour la beauté et le mordant des textes de Bradbury qui offrent un miroir bien terrifiant de notre société.

La Planète inquiète de Christian Léourier

 

 

 

La planète inquiète de Christian Léourier,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2019, 336 pages.

 

Sur la planète Oeagre, paisible colonie de la Terre, d’étranges événements se produisent soudain : en plein été, les récoltes gèlent, la terre tremble, le sol s’entrouve. Sans raisons apparentes. La Terre croit à la guerre, mobilise et envoie ses légions. Mais contre quel adversaire ? Et la plus terrible de ces agressions est sans doute la folie collective qui s’est emparée des habitants d’Oeagre.
Sans explications, mus par une impulsion irrésistible, ils quittent leurs maisons et leur ville et se dirigent en un effrayant cortège vers un but imprévisible, comme des lemmings. Dans cette cohue mortelle, Lorbeer le logicien a deux raisons de percer le mystère : d’abord retrouver la femme qu’il aime, Laurelance. Ensuite accomplir la mission que lui a confiée Erms, dieu du hasard, auquel il ne croit pas.

La Planète inquiète est un roman de science-fiction qui vous laisse une impression diffuse et étrange, bien après que le livre ait été refermé. Nous sommes sur la planète Oeagre, une lointaine colonie de la Terre. Alors que les hommes ont conquis cette planète de haute lutte, voilà que le climat se détraque: il gèle en plein été, des lacs se forment soudainement. Pire, les habitants fuient les villes dans un exode massif et meurtrier, poussés par une force inconnue.

L’armée est appelée en renfort pour tenter d’endiguer cet exode et surtout pour lutter contre Les Autres, une entité extraterrestre, pas encore identifiée et aux pouvoirs dévastateurs. Que veulent ces Autres? Comment agissent-ils? Lorbeer, épistémologue, enrôlé dans l’armée, est le seul à avoir échapper à leur emprise. Pourquoi lui? Qu’a-t-il de différent? Alors qu’il se lance sur les traces de sa compagne, Lorbeer sera amené à suivre une mission, la plus importante de sa vie.

Voilà pour le résumé plutôt complet de cet étrange roman. Nous suivons donc Lorbeer, sur cette planète où tout se détraque. Il faut suivre cette narration adoptée par l’auteur et qui fait la part belle aux retours en arrière. Il faut prendre le pli car en effet, d’un paragraphe à l’autre, le lecteur est projeté dans le passé, plus ou moins lointain de Lorbeer. Il y a donc trois grands moments qui nous sont racontés: le moment présent dans lequel Lorbeer est confronté à l’exode massif. Il cherche à retrouver sa femme; on nous raconte aussi un passé récent quand Lorbeer est alors dans l’armée et son unité décimée d’une étrange manière; on nous projette enfin dans un passé plus lointain au temps où Lorbeer a rencontré Laurelance alors qu’il était professeur.

Pas facile de s’y retrouver. Il faut choper le truc pour ne pas se perdre entre les différents paragraphes et les époques mais une fois la narration comprise, il est intéressant de suivre Lorbeer. On se pose beaucoup de question tout au long de ce livre, un peu comme le héros d’ailleurs: qui sont les Autres? Que veulent-il? Pourquoi Lorbeer est-il le seul à pouvoir leur résister? Autant de questions auxquelles le lecteur n’aura pas toujours les réponses.

Christian Léourier a le talent de tisser en quelques mots un monde qui mêle les univers de science-fiction et de fantasy. Ainsi Lorbeer possède une cape de voyage incroyable qui lui permet de se nourrir et de se désaltérer à sa guise et qui lui offre une protection non négligeable contre les lames en tous genres. Les vaisseaux ont remplacé les voitures depuis bien longtemps et cette planète repose uniquement sur la technologie. Il y a aussi des passages qui font appel à une mythologie presque antique. Ainsi les ruines de l’Archépole devient un lieu envoûtant et étrange, point central du roman d’ailleurs. J’ai aimé suivre cette quête quasi-désespérée d’un personnage finalement bien seul.
En revanche, j’ai trouvé que le style de l’œuvre avait vieilli. La narration est d’abord au présent. Je n’aime déjà pas vraiment ça en temps normal. Je trouve que l’emploi du passé apporte plus de profondeur à l’œuvre et cela m’a beaucoup manqué ici. Enfin, le livre reste encore trop mystérieux à mes yeux, pas assez fouillé. J’aurais tellement voulu en savoir plus, avoir des explications plus détaillées et un monde, un univers plus développé. Il manque une bonne centaine de pages à ce livre pour en faire une œuvre complète.

La Planète inquiète est un roman de Science-fiction intéressant qui m’a ravie même si j’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux exode dont l’explication finale me laisse, hélas, sur ma faim.

Cœurs artificiels de Laura Lam

 

 

 

Cœurs artificiels de Laura Lam,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2017, 504 pages.

Élevées dans une secte refusant toute technologie, les soeurs siamoises Taema et Tila rêvent d’une vie libre. À seize ans, elles fuient à San Francisco, où elles sont séparées et dotées chacune d’un coeur artificiel.
Dix ans plus tard, Tila rentre un soir chez sa jumelle, terrifiée et couverte de sang. Elle est arrêtée pour meurtre – le premier commis par un civil depuis des années. Tila est soupçonnée de frayer avec le Ratel, organisation criminelle impliquée dans le trafic d’une drogue interdite. Une substance permettant d’assouvir les pulsions les plus violentes… dans les rêves. Taema a la possibilité de se faire passer pour sa soeur afin de l’innocenter mais, autrefois incapables de se mentir, les jumelles vont découvrir le véritable prix des secrets…

Je l’aurai enfin sorti ce roman qui dormait dans ma PAL depuis un petit moment. Si j’ai passé un bon moment de lecture, Cœurs artificiels ne me laissera sans doute pas un souvenir impérissable.

L’idée de départ est pourtant assez bonne. Deux sœurs siamoises, Tila et Taema, subissent une opération qui permet de les séparer. Elles reçoivent chacune un cœur artificiel. Mais avec le temps, les deux sœurs si unies s’éloignent peu à peu jusqu’au jour où Tila est accusée de meurtre. Taema est persuadée de son innocence. Elle va alors se faire passer pour Tila et se rapprocher de l’organisation cruelle du Ratel

L’auteur dépeint ici un univers futuriste dans lequel les personnages possèdent des voitures volantes, se nourrissent grâce à un duplicateur de cuisine et s’évade avec le Zèle, une sorte de drogue qui permet de rêver et de décompresser. Approuvée par l’État, la drogue du Zèle rend les habitants pacifistes et heureux. Mais voilà que le Ratel s’en mêle et inonde le marché de Verve, une drogue plus agressive. Si l’univers décrit par l’auteur est intéressant, il n’est pas suffisamment fouillé et développé à mon goût. Il y a même parfois des incohérences. Les meurtres sont censés avoir été éradiqués puisque les citoyens sont tous heureux et apaisés, or le Ratel, cette organisation mafieuse, continue de tuer à tout va. Pour d’obscures raisons (que je n’ai pas saisies), l’État ne fait rien pour lutter contre. Bref, c’est vraiment dommage de ne pas être allé au bout de cette idée d’organisation mafieuse qui apparaît finalement assez branlante.

Taema va donc se faire passer pour Tila et infiltrer le Ratel. Là encore, j’ai été déçue. Je n’ai ni frissonné ni eu vraiment peur pour l’héroïne qui ne prend pas vraiment de risque à mon goût. Là encore, j’ai trouvé que c’était trop superficiel, pas assez détaillé et c’est vraiment dommage car il y avait de quoi faire. Les méchants sont sans nuances presque caricaturaux parfois même prévisibles. Les mots employés pour désigner toute la nouvelle technologie paraissent même parfois enfantins. Dans une pâle imitation des films de science-fiction, l’auteur perd en crédibilité.

En revanche, j’ai aimé les passages où Tila tient son journal intime et nous raconte sa vie avec sa sœur avant leur opération. Toutes deux sont nées au Foyer, une sorte de secte new-wave, et ont été élevées à l’écart de la ville. Les deux filles ont grandi de manière étrange. Le Foyer, sorte de secte, est mené par un genre de gourou aux pratiques religieuses douteuses. Tila se confie sur son enfance et je dois dire que ces passages là sont passionnants. L’écriture me paraissait moins stéréotypée, moins mécanique dans ces moments là. Mais là encore, l’auteur aurait pu développer son point de départ sur la gémellité pour creuser plus.

Cœurs artificiels est un roman d’anticipation qui m’a peu convaincue. Les personnages manquent de profondeur et l’écriture m’apparaît trop fragile. C’est bien dommage car l’auteur avait toutes les cartes en main pour développer un monde riche et foisonnant.

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell

 

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell,

Publié aux éditions ActuSF,

2017, 450 pages.

 

Terre, début du XXIe siècle. Un signal musical d’origine inconnue a été capté par une station de scientifiques. Commanditée par les Jésuites, une mission dirigée par le jeune Emilio Sandoz, tout à la fois prêtre et linguiste de haut niveau, part dans l’espace à la recherche des extraterrestres.
Tous se préparent à affronter la mort et la solitude, mais la catastrophe qui les attend va bien au-delà de ce qu’ils redoutaient. Rome, 2059. Enfin de retour sur Terre, Emilio Sandoz — unique survivant de l’expédition — est traduit devant un tribunal chargé de sonder son âme et de le punir pour les horribles crimes dont on l’accuse. Cet homme, transformé par son expérience, aurait-il été abandonné par Dieu?

Le Moineau de Dieu est un de ces romans que vous porterez longtemps en vous, une fois lu. Captivée, attirée d’abord par la sublime couverture des éditions Actu SF puis intriguée par ce résumé, j’ai acheté ce roman SF au hasard. Cette lecture a été une véritable découverte et autant le dire tout de suite, j’ai adoré!

L’histoire se situe d’abord en 2019. Jimmy Quinn, chercheur dans un centre d’astronomie, capte un son qui pourrait bien venir d’une exoplanète. Une fois que le son a bien été identifié comme extraterrestre (il s’agirait d’une sorte de chant), une équipe de volontaires est chargée d’aller explorer cette planète et d’entrer en contact avec ses possibles habitants. A son bord, huit individus tous plus différents les uns que les autres. La mission, financée par les jésuites, embarque les pères Yarbrough, Alan Pace, Marc Robichaux et Emilio Sandoz, linguiste renommé et polyglotte. Elle compte aussi l’anthropologue Anne Edwards et son mari George; Sofia Mendes et Jimmy Quinn. A eux tous, tirant partie de leurs divers talents et compétences, ils se rendent sur la planète….

D’abord, je dois être claire avec le futur lecteur que vous serez peut-être. Le Moineau de Dieu n’est pas un roman où il se passe mille choses à chaque page. L’auteur prend son temps pour planter son décor mais surtout pour tisser les liens avec ses personnages. L’exploration de la planète arrive assez tard dans le roman mais la mise en place est très importante. En effet, Mary Doria Russell, va jouer constamment avec l’alternance des chapitres: il y a la préparation de la mission puis la mission en elle-même et il y a certains chapitres qui sont consacrés au retour de cette mission sur terre en 2059. Et là, il y a peu de surprises: dès le départ, on sait que seul le père Emilio Sandoz est revenu plutôt mort que vif de cette étrange planète. Qu’a-t-il vu? Est-il vrai qu’il se serait prostitué? Qu’il aurait tué un enfant? La narration va avancer progressivement, oscillant entre le récit de l’exploration de la planète et l’enquête menée par le Vatican auprès du Père Sandoz.

Comme je le disais en début d’article, les choses vont plutôt lentement. C’est avant tout une lecture dense et exigeante. Mary Doria Russell nous fait d’abord connaître ses personnages et surtout elle nous les fait aimer, ce qui est bien cruel quand on sait ce qu’il leur arrive!! Le personnage principal est bien sûr Emilio Sandoz, venu à la prêtrise un peu par hasard, lui le gamin de la Perla, une favela brésilienne. Polyglotte, linguiste émérite, il s’embarque pour la mission afin d’apprendre la langue des extraterrestres. C’est un personnage complexe qui oscille entre foi et mysticisme religieux et qui apporte une dimension intéressante au roman. Son récit sera éprouvant. Qu’est-il arrivé à la mission pour qu’Emilio soit aussi dévasté au point qu’il cauchemarde chaque nuit, qu’il pense au suicide et qu’il semble avoir perdu la foi? L’intrigue est vraiment bien construite alternant entre le témoignage d’Emilio et le récit de l’exploration « en temps réel ».

J’ai beaucoup aimé aussi la manière dont l’auteur s’approprie le genre de la SF. Elle ne surcharge pas son lecteur avec des innovations, des termes techniques improbables. Elle a écrit son roman en 1996 et a anticipé certaines avancées technologiques. Et puis, étant anthropologue de formation, Mary Doria Russell traite la découverte des extraterrestres avec beaucoup de justesse et d’intelligence. Pas de flamboiement, de révélations incroyables et c’est peut-être pour cela que ça semble possible, probable.

Si certaines critiques lui ont reproché une certaine lourdeur théologique, j’ai là aussi apprécié ce volet de l’intrigue. Le leitmotiv « Deus vult » revient tout au long du roman. Ce « Dieu le veut » mène la danse et invite les personnages mais aussi le lecteur à se questionner. Y-a-t-il un Dieu ou plus largement « sommes-nous maître de notre destin »? Mary Doria Russell pose les bonnes questions.

Le Moineau de Dieu est un véritable chef-d’œuvre. Mary Doria Russell nous entraîne loin, très loin avec ce récit dense dans lequel les personnages apparaissent presque comme des figures amies. Un coup de cœur.

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

 

 

La horde du contrevent d’Alain Damasio,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 703 pages.

 

 » Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime. « 

La Horde du Contrevent est un roman de SF dont je vais essayer de parler tant bien que mal. Vous m’excuserez à l’avance si mon avis vous semble décousu. Saisir ce qu’est ce roman est déjà une belle gageure. Alain Damasio a écrit peu mais a écrit bien. Il nous livre ici un roman complexe, tissé d’une manière incroyable.

Je vais commencer par parler de la manière dont est fait le récit. Alain Damasio choisit de centrer son roman autour de 22 personnages. Ils auront tous la parole à un moment donné, certains plus que d’autres. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle pour faire avancer le récit. Chaque paragraphe correspond à un personnage et cette prise de parole est matérialisée par un petit signe: une vague, un point virgule, l’oméga, un triangle, … Il suffit donc de se reporter au marque-page (très très précieux) vendu avec le livre pour savoir qui parle. Du reste, si le procédé peut au départ dérouter, je m’y suis fait très très vite. Cette manière de faire permet d’éclater le récit sous différents aspects et points de vue tout en le faisant avancer normalement. Chapeau bas pour la technique narrative hyper bien maîtrisée. Mais l’attrait de ce bouquin ne s’arrête pas là.

Alain Damasio plonge son lecteur au cœur d’un univers complexe, ouvragé et riche de sens. La 34ème Horde du contrevent arpente la terre en quête de l’extrême-amont et des neuf formes du vent. Cette horde composée de 22 personnages qui vont du traceur à la feuleuse, de l’autoursier au croc, doit relier à pied et uniquement à pied l’extrême-amont, lieu mythique et légendaire, imaginé comme paradisiaque que personne n’a jamais visité. Chaque siècle voit sa horde tenter d’atteindre cet endroit extraordinaire. Toutes ont échoué jusque là mais Golgoth, le traceur de la 34ème horde est bien décidé à mener sa quête jusqu’au bout. J’ai été happée par cette quête mystérieuse pleine de dangers qui voit les morts s’accumuler au fil des épreuves. Le conseil que je donnerais (mais il est difficile à respecter) serait de ne s’attacher à aucun personnage car l’auteur ne leur fait aucun cadeau!!

Les personnages justement, parlons-en. Alain Damasio tient le pari de nous y attacher fortement. Quel que soit leur rôle dans la horde ou leur caractère, je les ai tous apprécié! Là aussi, il s’agit d’un tour de force incroyable. Si au départ, le lecteur est décontenancé par les noms, les rôles de chacun, il repère assez vite leurs personnalités. Au fur et à mesure de la quête, on découvre le passé des uns et des autres, leur histoire, leur désir, leur envie. Golgoth, traceur et chef de la horde, m’a scotchée avec ses manières violentes et bourrues. Je retiens son sempiternel « puteborgne ». Caracole, le troubadour, est un personnage incroyable de sagacité. Il dégage une présence forte, entouré de mystère qui s’épaissit de plus en plus pour lui. Sov, le scribe m’a émue jusqu’aux larmes. Chaque personnage est extraordinaire, irremplaçable, attachant.

Enfin, Alain Damasio nous promet l’aventure avec ce roman. J’ai été un peu perdue au début du livre, je l’avoue, et j’ai dû dépasser les 100 premières pages pour vraiment être accrochée. C’est une lecture exigeante et ardue mais tellement addictive! L’auteur possède un sens du récit incroyable. Si vous aimez les aventures, les vraies, alors foncez sur ce bouquin. Les personnages seront confrontés aux vents les plus violents qu’on puisse imaginer; ils traverseront « la flaque »; subiront l’épreuve de la tour de la fontaine. Au milieu de tout ça, Alain Damasio développe un imaginaire complexe où le vif de chacun, sorte d’énergie vitale, peut se réincarner; où les chrones divers et variés peuvent bouleverser la vie d’un personnage; où les fréoles et les racleurs peuvent vous aider ou vous assassiner. Bref, j’ai complètement accroché au concept de l’auteur même si certains passages sont restés obscurs pour ma petite caboche.

La Horde du Contrevent est un roman SF inclassable, complexe et exigeant. J’ai adoré voyager aux côtés de cette horde guidée par le vent. Laissez-vous conter cette histoire incroyable et prenez part à la 34ème horde!

Le Roi sombre d’Oren Miller

 

 

Le Roi sombre d’Oren Miller,

Publié aux éditions de L’Homme sans nom,

2015, 381 pages.

 

 

 

 

 

 

 

« Maintenant, il faut souhaiter qu’il meure vite. »
Mais les souhaits, par pur esprit de contradiction, se réalisent rarement et Ed ne meurt pas. Condamné à l’isolement à vie dans la pire des prisons spatiales pour un crime qu’il n’a pas commis, le jeune homme agonise lentement et avec beaucoup d’application.
Alors que débute sa vingt et unième année d’incarcération, une chose tout à fait improbable et imprévue se produit : Ed s’évade du seul endroit dont on ne s’évade pas. Pour une seule raison. Pour une seule destinée. La vengeance.
Cependant, il est un fait incontestable qu’aucune entreprise de haine, ou d’amour, ne se déroule jamais comme on le désire. Une espèce de grain de sable vient toujours enrailler les machinations les plus complexes, surtout quand elle est semée par des créatures plus insolites les unes que les autres.

Attention coup de cœur assumé! J’ai réitéré avec un titre des éditions de L’Homme sans nom mais surtout d’Oren Miller dont j’avais déjà lu le superbement bien écrit J’agonise fort bien, merci!

Avec Le Roi Sombre, je persiste et signe en affirmant qu’Oren Miller possède une plume aiguisée et bien fournie. L’auteur nous propose, ni plus ni moins, une nouvelle version du Comte de Monte Cristo à la sauce Space Opera. En effet, dans ce roman, le lecteur suit les aventures de Ed. A la suite d’une erreur, Ed est accusé de terrorisme. Il est alors envoyé à IF, initiales d’une prison dont on ne revient jamais.

Ed y fait la connaissance d’une entité étrange qui va l’aider à s’évader. Ed devient alors Hisham et n’aura de cesse de vouloir se venger de ceux qui ont causé sa perte.

J’ai adoré cette version futuriste qui se déroule dans la galaxie. L’auteur a su habilement jouer avec les codes en plaçant son intrigue sur Ixion, station stellaire, régie par une caste d’aristocrates aux noms étrangement romains: Nérion, Messaline ou encore Claudia sont des personnages qui font bien sûr écho à leurs illustres prédécesseurs. Les pirates interstellaires sont aussi légions et c’est en s’alliant à l’un d’eux que Hisham-Ed réussira à accomplir sa vengeance.

Oren Miller ne se complaît pas dans la facilité. Certains passages sont assez obscurs lorsqu’il y explique notamment le fonctionnement juridique de la station Ixion mais cela apporte plus de profondeur au roman. Son style est addictif et comme dans son autre roman déjà lu et chroniqué sur le blog, l’auteur aime tailler ses dialogues au cordeau. Même si je les trouve moins aboutis, j’ai adoré les échanges entre le pirate Jatalan et Hisham, plein de verve et de vivacité.

J’ai bien sûr adoré le personnage principal d’Hisham qui renonce à tout pour assouvir sa vengeance. Cette soif de vengeance est le fil conducteur de l’intrigue et on suit avec délices la mise en place des pièges par Hisham. Sa personnalité est attachante et évolue au fil du roman. C’est un personnage meurtri, empli d’une vengeance sanglante, cependant au fil de sa quête, il va devoir faire des choix et se rendre compte que la vengeance n’est pas la seule solution.

Le personnage secondaire c’est aussi l’univers créé et décrit par l’auteur. Il nous plonge au cœur d’un monde dans lequel les hommes auraient créé des stations stellaires. C’est vraiment passionnant d’imaginer toutes ces machines, ces vaisseaux spatiaux et ces villes gigantesques dans lesquels vivent les humains. J’ai eu souvent en tête le film de Luc Besson Le Cinquième élément pour m’imaginer les êtres vivants et l’architecture de ces mondes plongés au cœur des galaxies.

Avec Le Roi sombre, Oren Miller revisite le Comte de Monte Cristo et c’est vraiment réussi. Ce one-shot sort des sentiers battus et donne envie de découvrir ou redécouvrir le classique d’Alexandre Dumas.