Pré-Mortem, Tome 1: Mourir de vivre de Patrick McSpare

Pré-Mortem, Tome 1: Mourir de vivre de Patrick McSpare,

Publié aux éditions Leha,

2021, 281 pages.

Tu pensais que ce serait un 31 octobre comme les autres, avec des enfants qui se déguisent et des monstres pour rire.
Tu ignorais que les monstres existent vraiment et veulent détruire l’humanité.
tu ignorais que, tétanisé par cette menace surnaturelle, le monde basculerait dans une répression ramenant le Big Brother de “1984” à une gentille fable. Tu ignorais l’essentiel et ça te convenait très bien.
Maintenant, tu sais, à cause de la révélation d’une sorcière aussi belle que livide. Maintenant, tu connais la date de ta mort. Et la mort, comme la pauvreté, rend indésirable.
Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ?

Neal est para-psychologue. Il perçoit l’au-delà et peut voir les fantômes. Le soir d’Halloween, un phénomène étrange se propage. Des banshees viennent annoncer à chaque être humain le jour exact de leur mort. Neal n’y échappe pas lui non plus. Ceux qui mourront relativement tôt sont appelés des pré-mortem: ils sont traqués, surveillés et parqués pour éviter tout geste extrême de leur part. C’est ainsi que Neal fait la connaissance de Rob, ex-agent du FBI….

Le premier tome de Pré-mortem ne fait pas dans la dentelle. Attendez-vous à un déluge d’explosions, de course-poursuites et de tirs à tout-va. L’auteur alterne son récit entre les États-Unis, devenus presque une terre de non-droit, et l’Angleterre où le chaos règne bientôt en maître. D’un côté, le lecteur suit Neal et Rob en cavale; de l’autre Anita, Kristen et Johnny convoyant un dangereux criminel, eux-mêmes en cavale à la suite d’une erreur judiciaire.

C’est l’occasion pour les personnages de se confronter au nouveau monde qui les entoure, un monde qui bascule dans le chaos le plus total: les libertés sont bafouées, les régimes démocratiques supplantés par des régimes plus autoritaires, de nouveaux cultes émergent, les citoyens sont arrêtés arbitrairement, surveillés, parqués dans des camps. Il faut ajouter à cela des scènes de tuerie: certains pré-mortem sachant leur fin proche créent des carnages pour ne pas « mourir seul ».

Le lecteur est plongé dans un monde apocalyptique qui n’est peut-être pas assez exploité à mon goût dans ce premier tome. Quid des banshees? Ou de ces mystérieuses créatures terribles annonciatrices d’un nouveau règne? J’aurais aimé en savoir un peu plus et que les pouvoirs de Neal soient plus exacerbés. L’auteur plonge surtout son lecteur au cœur de l’action. Il n’y a aucun temps mort, le rythme est effréné au détriment parfois d’une intrigue complexe et de dialogues peut-être plus construits donnant parfois une tonalité young adult au récit. Je n’oublie pas cependant qu’il s’agit d’un premier tome et que l’auteur pose là les jalons de sa saga. J’attends la suite pour me forger une opinion définitive.

« Pré-Mortem » est un thriller fantastique survitaminé qui ne vous laissera aucun temps mort!

Silo, Tome 1 de Hugh Howey

 

 

Silo, Tome 1 de Hugh Howey,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2018, 740 pages.

Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin.
Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

Le Silo c’est cette gigantesque structure, sous terre, qui habite les derniers habitants de la planète. Des survivants qui se sont organisés depuis des générations à travers 144 étages, tous dédiés à une fonction. Au plus bas, la mine et les machines, puis en remontant les agriculteurs, les médecins et enfin, tout en haut, au premier étage, les têtes pensantes qui dirigent: le maire et le shérif. Personne ne se pose de questions sur le silo. Pourquoi a -t-il été construit? L’air extérieur est-il si néfaste que ça? Y-aurait-il d’autres survivants? Tous obéissent car en cas de rébellion la sanction est sans appel: il faut alors aller au « nettoyage » des caméras extérieures qui filment des collines désertiques et décharnées et le prix à en payer est la mort terrible, sous les yeux de tous, du nettoyeur.

Mais certains se posent des questions. C’est le cas de Juliette, mécanicienne aux machines. Nommée shérif, elle va commencer à fouiner et s’apercevoir que la société dans laquelle elle vit dissimule la vérité depuis bien longtemps…

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman post-apocalyptique d’une telle ampleur. Mon dernier souvenir en la matière remontre à La Route de McCarthy. Dès le départ, Hugh Howey happe son lecteur dans un monde angoissant. Son récit est extrêmement bien construit car il va lui permettre de nous présenter le mode de fonctionnement du silo assez rapidement. Le silo est un univers clos et terrifiant pour nous lecteur, car il nous projette dans un futur possible. Nous apprenons, au fil des chapitres, ce qui est arrivé à l’humanité ou du moins nous le déduisons ce qui rend les choses encore plus angoissantes.

Et puis, il y a le personnage de Juliette qui apparaît. J’ai d’abord beaucoup apprécié qu’il s’agisse d’une héroïne, qui plus est mécanicienne. Elle n’a pas les deux pieds dans le même sabot, c’est le moins que l’on puisse dire. Juliette va commencer par avoir des doutes sur le silo et elle va remettre en cause la manière dont les choses sont gérées par les dirigeants. Sa rébellion va l’emporter loin de ses horizons et tout comme le lecteur, elle sera confrontée à une vérité hallucinante!

Les révélations se font au fur et à mesure des chapitres et il a été très difficile de lâcher l’intrigue tant elle est prenante. Au-delà d’un roman post-apocalyptique, Silo est aussi un récit sur la société et son organisation, les jeux de pouvoirs, la vérité, la confiance qu’on accorde au peuple. Le personnage de Juliette apparaît en cela comme un personnage de prophète venu délivrer un peuple depuis trop longtemps soumis.

Le texte est peut-être dense mais les chapitres courts permettent d’enchaîner sans voir les pages filer. Je ne me suis ennuyée à aucun moment!

« Silo » est un coup de cœur, un roman terrible, impossible à lâcher, un livre très immersif qui m’a donné quelques sueurs froides. J’ai hâte de découvrir la suite pour en connaître ses origines!

La machine à explorer le temps 3.0 d’Émilie Roch

 

 

 

La Machine à explorer le temps 3.0 d’Émilie Roch,

Auto-publié,

2019, 184 pages.

Il y a plus de cent ans, H. G. Wells nous offrait sa vision du futur dans « La Machine à explorer le temps », une œuvre marquée par les luttes sociales de la fin du XIXe siècle, et notamment par le communisme.
Que serait le roman dH. G. Wells réécrit au prisme des enjeux du troisième millénaire? Ce livre reprend l’histoire d’origine pour vous offrir un nouveau futur!

Quand Émilie Roch m’a proposé de lire son roman auto-édité, je n’ai guère hésité en lisant le résumé. Un roman qui reprend l’œuvre de H.G Wells à la sauce 3.0? C’était plus que tentant. Je sors ravie et conquise autant par l’intrigue que le style de l’auteure.

Au XIXème siècle, l’explorateur convoque un petit cercle d’initiés dans son salon pour leur présenter sa machine à explorer le temps. Les convives sont d’abord dubitatifs mais quand l’explorateur déboule un autre soir, couvert de poussière, les vêtements en lambeaux, ils réalisent qu’il a réussi à explorer le temps. L’explorateur va alors raconter son périple. Propulsé dans les années 8000, il a pu observer ce qu’est devenue la planète Terre et ses habitants.

J’ai d’abord adoré le style de l’auteur. Les premiers paragraphes sont ceux écrits, à l’époque, par H.G Wells. Émilie Roch prend le relais un peu plus tard sans que le lecteur ne s’en aperçoive. Elle a su parfaitement conserver la plume classique de l’auteur originel.

Je me suis ensuite prise au jeu de l’intrigue. A quoi ressemblera la terre en l’an 8000? L’auteure nous propose une plongée vertigineuse et inquiétante dans le futur. Si les plantes et les animaux ont repris leurs droits, que sont devenus les hommes? Ont-ils évolué comme le pense le narrateur? Ont-ils disparu? J’ai adoré suivre les aventures du narrateur qui découvre, comme le lecteur, l’avenir de notre planète.

Le mystère s’épaissit au fur et à mesure. Le constat d’abord positif, deviendra au fil des pages de plus en plus sombre. L’auteure crée un effet de décalage entre ce que sait son narrateur venu du XIXème siècle et ce que sait le lecteur du XXIème siècle. Ainsi lorsque l’explorateur découvre la « fresque » d’une sirène répondant au nom de « Bucks », il imagine le culte que les habitants de la planète ont pu porter à cette déesse d’un nouveau genre! Lorsqu’il s’approche de la mer (qui entoure Londres!), il constate que des milliers de petits morceaux de toutes les couleurs parsèment les eaux, étrange héritage laissé par les hommes…

La fin du roman est glaçante quand on comprend ce que les hommes ont fait de leur planète et ce qu’ils sont devenus. L’explorateur remettra-t-il en cause le modèle de la révolution industrielle? Rien n’est moins sûr…

Avec « La machine à explorer le temps 3.0 », Émilie Roch redonne un coup de jeune à l’œuvre de H.G Wells et nous offre une vision bien sombre de notre planète Terre.

 

 

Chroniques martiennes de Ray Bradbury

 

 

Chroniques Martiennes de Ray Bradbury,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 336 pages.

 

Les Martiens de l’An 2000 de Bradbury ne sont pas très différents des Terriens. Mais ils sont télépathes… parfois sans le savoir. C’est ainsi que, tandis que la première expédition terrestre s’achemine vers Mars, une femme se met à fredonner un air d’une musique inconnue, et des paroles qu’elle ne comprend pas, « Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ». Troublé par cette petite chanson obsédante, jaloux des rêves qui l’accompagnent, son mari accueille la fusée une arme à la main… et c’est la fin de la première expédition terrestre.

De Ray Bradbury, j’avais lu bien sûr Fahrenheit 451, roman d’une intensité incroyable et révélatrice de nombreuses choses aujourd’hui. On peut affirmer sans crainte que Ray Bradbury est un auteur visionnaire qui a transmis dans ces romans ses craintes quant à l’avenir de l’humanité. Avec ses Chroniques martiennes, l’auteur nous entraîne sur le chemin de Mars: un rêve qui tourne vite au cauchemar.

Ce recueil de nouvelles fonctionne de manière très intelligente. Les nouvelles ne sont pas totalement indépendantes les unes des autres mais elles suivent une progression pour former finalement un tout. Certaines ne font que trois pages tandis que d’autres s’étalent bien davantage. Toutes se déroulent sur la planète Mars. Ray Bradbury possède un style très fluide qui rend la lecture agréable.

La nouvelle inaugurale laisse supposer que Mars est habitée par des martiens, pas si différents des terriens. Mr et Mrs vivent dans leur petite maison, font le ménage, vaquent à leurs occupations respectives. C’est alors que surgit la première mission: une fusée qui vient de la terre pour coloniser Mars. Ray Bradbury fait montre de beaucoup d’humour puisque ces premiers terriens sont considérés comme des fous et envoyés dans un asile. Il y a de l’ironie mordante dans ces nouvelles qui montrent l’orgueil infini de l’être humain qui aimerait être accueilli en héros là où il pose le pied!

Au fur et à mesure, cependant, les nouvelles deviennent plus sombres. Que fait l’homme lorsqu’il débarque sur une nouvelle planète? Il a tendance à y supprimer les autochtones et à tout y bousiller pour s’y octroyer les richesses et les biens. Chaque nouvelle apporte ainsi une pierre à l’édifice de cette sauvagerie inhérente à la nature humaine. C’est clair, visionnaire et tout à fait réaliste quoique terrifiant!

Bien sûr il ne faut pas chercher la réalité scientifique dans ces textes! Ray Bradbury a écrit selon sa fantaisie personnelle et les puristes de SF seront peut-être déçus! Cependant, en s’attaquant au mythe de la conquête de Mars, Ray Bradbury n’a jamais été aussi moderne.

« Chroniques martiennes » demeure un classique de la littérature SF à posséder dans sa bibliothèque pour la beauté et le mordant des textes de Bradbury qui offrent un miroir bien terrifiant de notre société.