Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell

 

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell,

Publié aux éditions ActuSF,

2017, 450 pages.

 

Terre, début du XXIe siècle. Un signal musical d’origine inconnue a été capté par une station de scientifiques. Commanditée par les Jésuites, une mission dirigée par le jeune Emilio Sandoz, tout à la fois prêtre et linguiste de haut niveau, part dans l’espace à la recherche des extraterrestres.
Tous se préparent à affronter la mort et la solitude, mais la catastrophe qui les attend va bien au-delà de ce qu’ils redoutaient. Rome, 2059. Enfin de retour sur Terre, Emilio Sandoz — unique survivant de l’expédition — est traduit devant un tribunal chargé de sonder son âme et de le punir pour les horribles crimes dont on l’accuse. Cet homme, transformé par son expérience, aurait-il été abandonné par Dieu?

Le Moineau de Dieu est un de ces romans que vous porterez longtemps en vous, une fois lu. Captivée, attirée d’abord par la sublime couverture des éditions Actu SF puis intriguée par ce résumé, j’ai acheté ce roman SF au hasard. Cette lecture a été une véritable découverte et autant le dire tout de suite, j’ai adoré!

L’histoire se situe d’abord en 2019. Jimmy Quinn, chercheur dans un centre d’astronomie, capte un son qui pourrait bien venir d’une exoplanète. Une fois que le son a bien été identifié comme extraterrestre (il s’agirait d’une sorte de chant), une équipe de volontaires est chargée d’aller explorer cette planète et d’entrer en contact avec ses possibles habitants. A son bord, huit individus tous plus différents les uns que les autres. La mission, financée par les jésuites, embarque les pères Yarbrough, Alan Pace, Marc Robichaux et Emilio Sandoz, linguiste renommé et polyglotte. Elle compte aussi l’anthropologue Anne Edwards et son mari George; Sofia Mendes et Jimmy Quinn. A eux tous, tirant partie de leurs divers talents et compétences, ils se rendent sur la planète….

D’abord, je dois être claire avec le futur lecteur que vous serez peut-être. Le Moineau de Dieu n’est pas un roman où il se passe mille choses à chaque page. L’auteur prend son temps pour planter son décor mais surtout pour tisser les liens avec ses personnages. L’exploration de la planète arrive assez tard dans le roman mais la mise en place est très importante. En effet, Mary Doria Russell, va jouer constamment avec l’alternance des chapitres: il y a la préparation de la mission puis la mission en elle-même et il y a certains chapitres qui sont consacrés au retour de cette mission sur terre en 2059. Et là, il y a peu de surprises: dès le départ, on sait que seul le père Emilio Sandoz est revenu plutôt mort que vif de cette étrange planète. Qu’a-t-il vu? Est-il vrai qu’il se serait prostitué? Qu’il aurait tué un enfant? La narration va avancer progressivement, oscillant entre le récit de l’exploration de la planète et l’enquête menée par le Vatican auprès du Père Sandoz.

Comme je le disais en début d’article, les choses vont plutôt lentement. C’est avant tout une lecture dense et exigeante. Mary Doria Russell nous fait d’abord connaître ses personnages et surtout elle nous les fait aimer, ce qui est bien cruel quand on sait ce qu’il leur arrive!! Le personnage principal est bien sûr Emilio Sandoz, venu à la prêtrise un peu par hasard, lui le gamin de la Perla, une favela brésilienne. Polyglotte, linguiste émérite, il s’embarque pour la mission afin d’apprendre la langue des extraterrestres. C’est un personnage complexe qui oscille entre foi et mysticisme religieux et qui apporte une dimension intéressante au roman. Son récit sera éprouvant. Qu’est-il arrivé à la mission pour qu’Emilio soit aussi dévasté au point qu’il cauchemarde chaque nuit, qu’il pense au suicide et qu’il semble avoir perdu la foi? L’intrigue est vraiment bien construite alternant entre le témoignage d’Emilio et le récit de l’exploration « en temps réel ».

J’ai beaucoup aimé aussi la manière dont l’auteur s’approprie le genre de la SF. Elle ne surcharge pas son lecteur avec des innovations, des termes techniques improbables. Elle a écrit son roman en 1996 et a anticipé certaines avancées technologiques. Et puis, étant anthropologue de formation, Mary Doria Russell traite la découverte des extraterrestres avec beaucoup de justesse et d’intelligence. Pas de flamboiement, de révélations incroyables et c’est peut-être pour cela que ça semble possible, probable.

Si certaines critiques lui ont reproché une certaine lourdeur théologique, j’ai là aussi apprécié ce volet de l’intrigue. Le leitmotiv « Deus vult » revient tout au long du roman. Ce « Dieu le veut » mène la danse et invite les personnages mais aussi le lecteur à se questionner. Y-a-t-il un Dieu ou plus largement « sommes-nous maître de notre destin »? Mary Doria Russell pose les bonnes questions.

Le Moineau de Dieu est un véritable chef-d’œuvre. Mary Doria Russell nous entraîne loin, très loin avec ce récit dense dans lequel les personnages apparaissent presque comme des figures amies. Un coup de cœur.

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

 

 

La horde du contrevent d’Alain Damasio,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 703 pages.

 

 » Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime. « 

La Horde du Contrevent est un roman de SF dont je vais essayer de parler tant bien que mal. Vous m’excuserez à l’avance si mon avis vous semble décousu. Saisir ce qu’est ce roman est déjà une belle gageure. Alain Damasio a écrit peu mais a écrit bien. Il nous livre ici un roman complexe, tissé d’une manière incroyable.

Je vais commencer par parler de la manière dont est fait le récit. Alain Damasio choisit de centrer son roman autour de 22 personnages. Ils auront tous la parole à un moment donné, certains plus que d’autres. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle pour faire avancer le récit. Chaque paragraphe correspond à un personnage et cette prise de parole est matérialisée par un petit signe: une vague, un point virgule, l’oméga, un triangle, … Il suffit donc de se reporter au marque-page (très très précieux) vendu avec le livre pour savoir qui parle. Du reste, si le procédé peut au départ dérouter, je m’y suis fait très très vite. Cette manière de faire permet d’éclater le récit sous différents aspects et points de vue tout en le faisant avancer normalement. Chapeau bas pour la technique narrative hyper bien maîtrisée. Mais l’attrait de ce bouquin ne s’arrête pas là.

Alain Damasio plonge son lecteur au cœur d’un univers complexe, ouvragé et riche de sens. La 34ème Horde du contrevent arpente la terre en quête de l’extrême-amont et des neuf formes du vent. Cette horde composée de 22 personnages qui vont du traceur à la feuleuse, de l’autoursier au croc, doit relier à pied et uniquement à pied l’extrême-amont, lieu mythique et légendaire, imaginé comme paradisiaque que personne n’a jamais visité. Chaque siècle voit sa horde tenter d’atteindre cet endroit extraordinaire. Toutes ont échoué jusque là mais Golgoth, le traceur de la 34ème horde est bien décidé à mener sa quête jusqu’au bout. J’ai été happée par cette quête mystérieuse pleine de dangers qui voit les morts s’accumuler au fil des épreuves. Le conseil que je donnerais (mais il est difficile à respecter) serait de ne s’attacher à aucun personnage car l’auteur ne leur fait aucun cadeau!!

Les personnages justement, parlons-en. Alain Damasio tient le pari de nous y attacher fortement. Quel que soit leur rôle dans la horde ou leur caractère, je les ai tous apprécié! Là aussi, il s’agit d’un tour de force incroyable. Si au départ, le lecteur est décontenancé par les noms, les rôles de chacun, il repère assez vite leurs personnalités. Au fur et à mesure de la quête, on découvre le passé des uns et des autres, leur histoire, leur désir, leur envie. Golgoth, traceur et chef de la horde, m’a scotchée avec ses manières violentes et bourrues. Je retiens son sempiternel « puteborgne ». Caracole, le troubadour, est un personnage incroyable de sagacité. Il dégage une présence forte, entouré de mystère qui s’épaissit de plus en plus pour lui. Sov, le scribe m’a émue jusqu’aux larmes. Chaque personnage est extraordinaire, irremplaçable, attachant.

Enfin, Alain Damasio nous promet l’aventure avec ce roman. J’ai été un peu perdue au début du livre, je l’avoue, et j’ai dû dépasser les 100 premières pages pour vraiment être accrochée. C’est une lecture exigeante et ardue mais tellement addictive! L’auteur possède un sens du récit incroyable. Si vous aimez les aventures, les vraies, alors foncez sur ce bouquin. Les personnages seront confrontés aux vents les plus violents qu’on puisse imaginer; ils traverseront « la flaque »; subiront l’épreuve de la tour de la fontaine. Au milieu de tout ça, Alain Damasio développe un imaginaire complexe où le vif de chacun, sorte d’énergie vitale, peut se réincarner; où les chrones divers et variés peuvent bouleverser la vie d’un personnage; où les fréoles et les racleurs peuvent vous aider ou vous assassiner. Bref, j’ai complètement accroché au concept de l’auteur même si certains passages sont restés obscurs pour ma petite caboche.

La Horde du Contrevent est un roman SF inclassable, complexe et exigeant. J’ai adoré voyager aux côtés de cette horde guidée par le vent. Laissez-vous conter cette histoire incroyable et prenez part à la 34ème horde!

Le Roi sombre d’Oren Miller

 

 

Le Roi sombre d’Oren Miller,

Publié aux éditions de L’Homme sans nom,

2015, 381 pages.

 

 

 

 

 

 

 

« Maintenant, il faut souhaiter qu’il meure vite. »
Mais les souhaits, par pur esprit de contradiction, se réalisent rarement et Ed ne meurt pas. Condamné à l’isolement à vie dans la pire des prisons spatiales pour un crime qu’il n’a pas commis, le jeune homme agonise lentement et avec beaucoup d’application.
Alors que débute sa vingt et unième année d’incarcération, une chose tout à fait improbable et imprévue se produit : Ed s’évade du seul endroit dont on ne s’évade pas. Pour une seule raison. Pour une seule destinée. La vengeance.
Cependant, il est un fait incontestable qu’aucune entreprise de haine, ou d’amour, ne se déroule jamais comme on le désire. Une espèce de grain de sable vient toujours enrailler les machinations les plus complexes, surtout quand elle est semée par des créatures plus insolites les unes que les autres.

Attention coup de cœur assumé! J’ai réitéré avec un titre des éditions de L’Homme sans nom mais surtout d’Oren Miller dont j’avais déjà lu le superbement bien écrit J’agonise fort bien, merci!

Avec Le Roi Sombre, je persiste et signe en affirmant qu’Oren Miller possède une plume aiguisée et bien fournie. L’auteur nous propose, ni plus ni moins, une nouvelle version du Comte de Monte Cristo à la sauce Space Opera. En effet, dans ce roman, le lecteur suit les aventures de Ed. A la suite d’une erreur, Ed est accusé de terrorisme. Il est alors envoyé à IF, initiales d’une prison dont on ne revient jamais.

Ed y fait la connaissance d’une entité étrange qui va l’aider à s’évader. Ed devient alors Hisham et n’aura de cesse de vouloir se venger de ceux qui ont causé sa perte.

J’ai adoré cette version futuriste qui se déroule dans la galaxie. L’auteur a su habilement jouer avec les codes en plaçant son intrigue sur Ixion, station stellaire, régie par une caste d’aristocrates aux noms étrangement romains: Nérion, Messaline ou encore Claudia sont des personnages qui font bien sûr écho à leurs illustres prédécesseurs. Les pirates interstellaires sont aussi légions et c’est en s’alliant à l’un d’eux que Hisham-Ed réussira à accomplir sa vengeance.

Oren Miller ne se complaît pas dans la facilité. Certains passages sont assez obscurs lorsqu’il y explique notamment le fonctionnement juridique de la station Ixion mais cela apporte plus de profondeur au roman. Son style est addictif et comme dans son autre roman déjà lu et chroniqué sur le blog, l’auteur aime tailler ses dialogues au cordeau. Même si je les trouve moins aboutis, j’ai adoré les échanges entre le pirate Jatalan et Hisham, plein de verve et de vivacité.

J’ai bien sûr adoré le personnage principal d’Hisham qui renonce à tout pour assouvir sa vengeance. Cette soif de vengeance est le fil conducteur de l’intrigue et on suit avec délices la mise en place des pièges par Hisham. Sa personnalité est attachante et évolue au fil du roman. C’est un personnage meurtri, empli d’une vengeance sanglante, cependant au fil de sa quête, il va devoir faire des choix et se rendre compte que la vengeance n’est pas la seule solution.

Le personnage secondaire c’est aussi l’univers créé et décrit par l’auteur. Il nous plonge au cœur d’un monde dans lequel les hommes auraient créé des stations stellaires. C’est vraiment passionnant d’imaginer toutes ces machines, ces vaisseaux spatiaux et ces villes gigantesques dans lesquels vivent les humains. J’ai eu souvent en tête le film de Luc Besson Le Cinquième élément pour m’imaginer les êtres vivants et l’architecture de ces mondes plongés au cœur des galaxies.

Avec Le Roi sombre, Oren Miller revisite le Comte de Monte Cristo et c’est vraiment réussi. Ce one-shot sort des sentiers battus et donne envie de découvrir ou redécouvrir le classique d’Alexandre Dumas.

Le Mnémenol de Sébastien Tissandier

 

 

Le Mnémenol de Sébastien Tissandier,

Publié aux éditions Le Peuple de Mu,

2015, 154 pages.

 

 

 

 

 

2197. Le visage de la Terre a changé. La nature a repris ses droits sur l’Homme. Ce qu’il reste de l’humanité vit reclus dans des villes-bulles, protégées du monde extérieur par leurs champs de force. Depuis leur naissance, tous les individus subissent des injections régulières de Mnémenol, ce liquide qui protège contre les infections des spores végétales du monde extérieur.Alice est une botaniste qui semble développer une résistance au vaccin. Aidée d’Evan, un technicien de la Bulle, elle va découvrir l’ampleur du mensonge dans lequel les humains sont plongés depuis leur naissance et tout faire pour que l’humanité se souvienne de son histoire.

J’ai la chance (ou la malchance pour mon compte en banque) d’avoir un collègue écrivain qui alimente fréquemment mes lectures! Son dernier opus Le Mnémenol m’a séduite par son intrigue vraiment futuriste et intelligente.

Tout commence dans un des districts de la terre, comprenez une ville qui maintient les habitants sous une bulle hermétique. En effet, la nature extérieure est devenue un territoire vierge de tout présence humaine. C’est un lieu dangereux où les animaux semblent avoir mutés et où les spores des plantes pénètrent dans l’organisme et l’asphyxie. On ne peut s’y aventurer que sous bonne escorte et muni de bouteilles d’oxygène. Les humains sont donc confinés dans leur bulle qui les préserve de tous dangers. Evan et Chloé sont deux techniciens chargés de veiller à  la sécurité de cette bulle protectrice. Mais Chloé fait des rêves de plus en plus étranges dans lesquels elle imagine une nature paradisiaque et accueillante. Elle se livre sur les réseaux sociaux. Un jour, Chloé est enlevée. Evan et Alice, la colocataire de Chloé, se lancent à sa recherche…

Dès le départ, l’auteur nous met dans l’ambiance. Il imagine une vie sur terre futuriste, sous cloche. Il y a un côté « étouffant » que l’on ressent bien à la lecture du roman. Cette ville qui se veut idéale et en réalité régie par des lois drastiques. De son bureau, le maire du district exprime sa toute-puissance et n’hésite pas à balayer quiconque remet en question la réalité de la terre. Il est aidé  par des sorte de cyborgs qui n’hésitent pas à tuer ou à enlever pour taire toute vérité. J’ai bien aimé cette idée de société dystopique dans laquelle tout paraît marcher comme sur des roulettes. En réalité, on cache beaucoup de choses aux habitants de la terre. Evan et Alice, aidés d’autres personnages, vont tout faire pour laisser la vérité éclater au grand jour. L’établissement des districts est basé sur un mensonge vieux comme l’humanité et l’auteur introduit brillamment l’idée de mémoire génétique. Ce thème aurait d’ailleurs pu être plus développé tant il s’avère passionnant.

Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sous peine de vous spolier. Sébastien Tissandier imagine en tout cas une planète qui pourrait fortement ressembler à ce que sera la nôtre dans quelques siècles si rien n’est fait pour empêcher les hommes d’exploiter, tuer et massacrer. Son récit s’ancre dans l’actualité à l’heure de la cop 21. En effet, son roman devient peu à peu une fable humaniste et écologique. Si tout commence en douceur, histoire de poser les bases du récit, tout s’accélère et il m’a été difficile de reposer le roman avant d’en connaître le fin mot. On a presque qu’un regret à la fin du livre: qu’il soit aussi court!

J’ai beaucoup aimé Le Mnémenol. J’ai trouvé l’intrigue intéressante et intelligente. Le récit est mené tambour battant. Défi réussi pour l’auteur qui marie roman de SF et fable écologique!

 

 

Purespace, Saison 1 de Cécile Duquenne

   Purespace, Saison 1 de Cécile Duquenne,

   Publié aux éditions du Petit caveau,

   2015, 188 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

Reine du plus vaste clan d’Europe, Shereen est une vampire dont le but est d’offrir aux victimes une seconde chance, soit par la vengeance, soit par l’immortalité. Elle tient plus que tout à son groupe, chaque membre étant quelqu’un qu’elle a sauvé des griffes de ses bourreaux Alors qu’elle vient de sauver une nouvelle victime de ses tortionnaires, son clan est attaqué par une véritable soucoupe volante qui décime ses rangs. Cette invasion extra-terrestre semble viser uniquement les espèces surnaturelles. La légende dit qu’ils s’appellent les Purespaces…

 

J’avais lu les 3 premiers épisodes de Purespace et les avais chroniqués très rapidement en vous disant que j’avais beaucoup aimé. Je me suis offert la saison 1 version papier (dédicacée!) lorsqu’elle est sortie. Enfin, j’ai une vision globale de cette saison qui s’achève sur un cliffhanger de folie (mais l’auteur m’avais prévenue) et je ne suis toujours pas déçue. J’attends même la saison 2, qui viendra clôturer la saga, avec impatience.

Dans Purespace ce qui m’a d’abord séduit c’est l’univers développé par l’auteur. C’est de la bit-lit intelligente et qui pour une fois s’éloigne des clichés que l’on trouve régulièrement. Shereen est une reine vampire à la tête d’un vaste clan. J’ai adoré ce personnage, qui malgré sa nature, se révèle altruiste et très humaine. Quand elle « transforme » un humain en vampire c’est pour lui donner une seconde chance dans l’existence. Ainsi elle se prend de pitié pour les malheureux, les cabossés de la vie, ceux et celles qui ont subi le pire dans leur vie humaine et que seule la mort pourrait soulager. Tout au long du roman, on en apprend plus sur cette reine humaniste, capable de sentiments envers ceux qu’elle a transformés, les considérant même comme ses « enfants ».

J’ai aussi adoré en apprendre plus sur l’existence humaine de Shereen, rescapée d’Auschwitz. Les flash-back qui témoignent de son passé douloureux sont terribles, émouvants et poignants. C’est une excellente idée qu’à eu l’auteur et elle parvient à restituer avec émotion cette vie humaine condamnée d’avance. J’ai hâte d’en savoir plus sur cette vie d’avant la transformation.

Un peu plus loin dans le récit, Shereen va se retrouver aux prises avec une entité extraterrestre qui cherche à détruire les membres de son clan. Elle va donc trouver refuge auprès d’Aramis, son meilleur ami loup-garou. Ces deux-là ont un passé commun et sont extrêmement complices. J’ai beaucoup aimé ce lien d’amitié développé par l’auteur. En outre, Cécile Duquenne a su éviter un écueil qui me fatigue dans le genre de la bit-lit: le fameux triangle amoureux!! Ouf! On peut être une femme et ne pas hésiter entre deux mecs, merci!

La fin du roman m’a bluffée. Il n’y a pas de temps mort. Les événements s’enchaînent rapidement et comme je le disais en préambule, on a qu’une envie: connaître la suite du roman dans la saison 2. L’auteur réussit le pari audacieux de mêler science-fiction et bit-lit et ça marche!

Enfin, je terminerai par l’évocation du style de l’auteur à la fois travaillé et fluide. On sent le soin qu’elle apporte à ses phrases et aux images développées. Purespace ne développe pas seulement une bonne intrigue, c’est aussi un roman écrit avec beaucoup de soin et de qualité, chose non négligeable quand on lit certains romans de bit-lit écrits à la va-vite!!

Bref, c’est un sans faute. A quand la saison 2?

Nox, Tome 1: Ici-bas d’Yves Grevet

   Nox, Tome 1: Ici-bas d’Yves Grevet,

   Publié aux éditions Syros,

   2012, 418 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Dans une ville basse enveloppée d’un brouillard opaque – la nox –, les hommes sont contraints de pédaler ou de marcher sans cesse pour produire leur lumière. Comme l’espérance de vie y est courte, la loi impose aux adolescents de se marier et d’avoir un enfant dès l’âge de dix-sept ans. Lucen a peur de perdre celle qu’il aime, la rebelle Firmie, qui refuse de se plier à la règle. Il sent aussi ses meilleurs amis s’éloigner de lui. L’un d’eux, Gerges, s’apprête à rejoindre la milice qui terrorise les habitants, un autre, Maurce, un groupe hors-la-loi. C’est l’heure pour Lucen de faire des choix qui détermineront toute son existence. Au même moment, dans des territoires épargnés par la nox, la jeune Ludmilla ne se résigne pas au départ forcé de Martha, la gouvernante qui l’a élevée, injustement renvoyée par son père. Elle décide de tout tenter pour la retrouver.

C’est lors d’un salon du livre que j’ai découvert Yves Grevet, un écrivain jeunesse charmant et abordable! A l’époque, j’avais acheté sa trilogie Méto qu’il avait eu la gentillesse de me dédicacer. J’avais adoré! L’auteur mêlait dans son roman aventure, science-fiction, anticipation et dystopie.

J’ai donc eu envie de renouer avec cet univers riche à travers le premier tome de Nox. La quatrième de couverture fait elle aussi penser à une dystopie. J’ai globalement apprécié ma lecture même si elle n’atteint pas la perfection de Méto selon moi.

L’intrigue se déroule dans un monde dévasté par la pollution. La ville est organisée sur un mode vertical: les gens aisés vivent tout en haut, au-dessus de la chape de brouillard, tandis que les plus pauvres survivent sous cette brume opaque, appelée Nox.

Le cœur du roman se déroulera d’ailleurs dans la ville basse. Tout y est plongé dans le noir. Les habitants se repèrent dans les rues grâce à des ficelles déroulées le long des trottoirs. Pour s’éclairer, ils possèdent des lampes frontales ou des chenillettes, sortes de patins qu’ils doivent alimenter eux-même. Les pauvres sont donc condamnés à survivre dans ce mystérieux brouillard opaque. Si l’auteur nous donne quelques éléments sur les coutumes des habitants de la ville basse, j’ai trouvé qu’il n’allait pas assez loin. J’aurais aimé que le sujet soit plus développé, qu’on en sache plus sur la manière de vivre des habitants. Dans ce premier tome, on sait simplement qu’ils vivent dans le noir et la crasse et que le gouvernement entretient leur peur de la lumière du soleil et de l’eau pure. C’est donc un monde sale, étouffant, crasseux qui nous est présenté ici d’une manière assez vraisemblable au final.

L’intrigue va se focaliser sur trois personnages; Lucen, Gerges et Ludmilla. Non, je n’ai pas fait de fautes de frappe: il faut bien lire Lucen et non Lucien, Gerges et non Georges. L’auteur a trouvé un moyen astucieux de rendre ses personnages encore plus misérables à travers leurs prénoms. En effet, chaque prénom se voit retirer une lettre, manière de montrer pour le gouvernement qu’ils ne sont que des ersatz d’êtres humains.

Lucen et Gerges sont amis mais leur amitié va être remise en cause. En effet, Gerges appartient à une milice répressive qui n’hésite pas à cogner et insulter les passants qui n’auraient pas respecté le couvre-feu. La ville basse est non seulement sale mais également peu sûre. Les milices ont tous pouvoirs dont ceux d’emprisonner et de violer à tout va. Pour contrer ce pouvoir fasciste, une opposition faite de rebelles s’est organisée et lutte à sa façon en posant des bombes. Yves Grevet dresse le portrait d’un monde divisé politiquement et socialement. Bientôt Gerges et Lucen vont s’opposer sur le plan des idéaux.

Quant à Ludmilla, le dernier personnage, elle est une jeune fille de la ville haute. Elle vit seule avec son père. Ludmilla connaît une vie au grand air, fait des études et dépense son argent sans compter. Elle ne sait rien de la ville d’en bas à part les rumeurs qui lui en parviennent. Elle va découvrir que les habitants d’en bas ne sont pas des animaux ni des meurtriers sans scrupule lorsqu’elle fera la connaissance de Lucen.

Chaque chapitre du roman est raconté par l’un des personnages: Lucen, Gerges ou Ludmilla et les points de vue s’alternent très régulièrement. C’est ce qui ne m’a pas plus dans le roman. En effet, un événement peut par exemple être raconté du point de vue de Lucen puis ensuite du point de vue de Gerges. J’avoue avoir été un peu perdue. L’auteur aurait dû à chaque chapitre préciser le nom du personnage qui raconte la scène. J’aurais d’ailleurs préféré une narration omnisciente même si je comprends l’intérêt d’alterner les poins de vue. C’est en tout cas le seul reproche que j’aurais à faire au livre.

L’intrigue est très intéressante même si elle met du temps à se mettre en place. Il y a un réel intérêt pour ce monde réduit à une chape de brouillard: qu’est-il arrivé? Qu’y a-t-il en-dehors de la ville? Les propos de l’auteur sont beaucoup plus sombres, encore plus profonds que ceux qu’il développait dans Méto. Le vocabulaire est parfois cru et les scènes violentes ce qui me fait dire que le roman ne s’adresse plus vraiment à des enfants mais à des adolescents et des adultes.

Pour résumer, Nox est un roman dystopique qui développe des problématiques intéressantes. Seul le point de vue adopté par l’auteur ne m’a pas plus. L’auteur sait cependant entretenir le mystère autour de ce monde décrépi et violent. Le tome 2 apportera sans doute des réponses aux questions soulevées ici.

 

Les Foulards rouges, Saison 1, Episodes 1, 2 et 3 de Cécile Duquenne

 Les Foulards Rouges, épisodes 1, 2 et 3 de Cécile Duquenne,

 Publié aux éditions Bragelonne,

 2014,

 Pour l’acheter: Les foulards Rouges

 

 

 

 

 

Plongez avec Lara dans l’enfer de Bagne, planète-prison où le danger se cache partout, au cœur de chacun de ses sinistres habitants, et même derrière chaque goutte d’eau, chaque ressource naturelle de cette terre irradiée.

Sur Bagne, Lara traverse les étendues désertiques pour remplir ses contrats et ses missions. Car Lara est une Foulard Rouge, appelée à faire régner la loi à grand renfort de balles. Et sur cette planète-prison où les deux-tiers de la population sont des hommes, anciens violeurs ou psychopathes, c’est une vraie chance pour une jeune femme comme elle de ne pas avoir fini dans un bordel. En plus, elle fait son boulot plutôt bien – on la surnomme même Lady Bang. Mais Lara n’a pas obtenu ce job par hasard – tout comme elle n’a pas atterri dans cet enfer par hasard. Elle doit tout ça à quelqu’un en particulier, quelqu’un à qui elle en veut profondément… et qui, pourtant, a peut-être quelque chose de nouveau à lui offrir, une chose qui n’a pas de prix. Acceptera-t-elle de baisser un peu sa garde pour écouter ce que son envoyé, le mystérieux Renaud, a à lui proposer ?

 

J’ai envie de chroniquer d’un seul coup les trois premiers épisodes des Foulards Rouges, histoire de vous donner un aperçu plus cohérent et plus complet de la chose. Mais d’abord Les Foulards rouges qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’un roman à la sauce steampunk/cow-boy/space opera livré en plusieurs épisodes. Je n’ai lu pour l’instant que les trois premiers et j’avoue être conquise par le style de l’auteur mais surtout par le monde qu’elle a su créer! Voyons ça de plus près…

Les Foulards rouges racontent l’histoire de Lara Carax. Cette jeune femme a été condamnée à vivre sur Bagne, une planète sur laquelle sont exilés tous les pires repris de justice à savoir criminels, trafiquants mais aussi violeurs. Autant vous dire que la l’espérance de vie sur Bagne est courte, encore plus courte quand on a la chance d’être née femme! Mais Lara n’est pas une femme comme les autres. Elle a décidé de devenir une foulard rouge pour survivre c’est à dire une sorte de milice officielle sur Bagne, ce qui lui donne le droit entres autres de se balader avec ses Colts.

J’ai trouvé extrêmement intelligent et très malin cette histoire de foulards. En effet, chaque caste habitant sur Bagne est assimilée à une couleur de foulard: les rouges comme pour Lara, les blancs pour la justice, les roses pour les prostituées, ect…. C’est selon moi un des points forts de la série qui permet de créer une ambiance forte. Cécile Duquenne reprend les codes du western pour les détourner intelligemment dans son récit et construire un monde ainsi bien hiérarchisé.

Son autre point fort est l’atmosphère qu’elle a su créer et décrire. En effet, la planète de Bagne n’a rien d’un Club Med. Il y règne une chaleur suffocante; le désert s’étend partout semé de grosses roches rouges et marron; ajoutez à cela les pluies acides qui vous dissolvent sur place si vous n’êtes pas à l’abri. En lisant les épisodes de la série, on se surprend à avoir la gorge sèche comme Lara et à ressentir les effets de la chaleur. La poussière semble s’insinuer partout et l’eau potable devient un enjeu majeur pour notre héroïne. En outre, l’auteur a su intégrer des éléments de SF à son roman. En effet, Lara utilise comme énergie la magilectrie qui lui permet de se déplacer avec son camion et de flotter à quelques centimètres du sol, tout en douceur.

Cette dernière tente donc de survivre tant bien que mal sur Bagne. Je me suis tout de suite attachée à elle même si elle possède un fichu caractère. Son passé semble assez mystérieux et Cécile Duquenne en dévoile savamment quelques bribes au fur et à mesure des épisodes. Pourquoi est-elle sur Bagne? Mystère… mais on comprend que cela a un rapport avec son père « Le Capitan », autrement dit celui qui semble plus ou moins diriger Bagne.

Au fur et à mesure de sa lecture, le lecteur en apprend un peu plus sur Lara et son environnement. J’aime beaucoup cette façon qu’a de procéder l’auteur. Elle dévoile ses cartes peu à peu et titille juste ce qu’il faut la curiosité de son lecteur. Le format épisodique est donc un bon choix d’édition pour Les Foulards Rouges et la tension ne fait que monter au fur et à mesure. Outre la découverte de l’héroïne et de la planète sur laquelle elle vit, j’aime énormément l’intrigue qui y est développée. Lara a été exilée sur Bagne pour quelque chose qui ne semble pas être de son ressort et elle compte bien d’une part se venger et d’autre part s’évader. Lara est une sorte de desperado qui tente de s’en sortir et qui devra faire des concessions aux règles qu’elle s’est fixée car la tâche est ardue. Elle va notamment devoir s’entourer d’acolytes pour mener à bien ses projets.

Dans le dernier épisode, le rythme s’accélère et l’auteur multiplie les scènes d’affrontement. On ne s’ennuie pas. Chapeau bas pour les descriptions de scènes d’action qui sont très visuelles pour le lecteur!

Vous l’aurez compris, Les Foulards rouges est une série que j’affectionne tout particulièrement. Les personnages sont bien construits; notre Lara est sexy en diable: c’est une héroïne forte comme je les aime, dotée d’un caractère de cochon; l’intrigue est bien ficelée; quant au monde dépeint par l’auteur, il ne cesse de m’étonner par sa richesse et sa complexité. La saison 1 contient déjà quatre épisodes et la deuxième saison se profile à l’horizon!