Apostasie de Vincent Tassy

 

Apostasie de Vincent Tassy,

Publié aux éditions Mnemos,

2018, 345 pages.

 

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.

Apostasie est le genre de roman qui vous laisse une marque profonde et insistante, une fois achevé. Vincent Tassy offre à son lecteur une belle histoire d’amour et de mort qui résonnera longtemps chez son lecteur.

J’ai d’abord été déstabilisée par la prose de l’auteur. C’est déroutant, parfois mystérieux tous ces mots désuets, vieillis, rares, sortis d’un autre temps. Il y a aussi la poésie des phrases qui créent des image envoûtantes, auréolées d’une sorte de brouillard. Il faut s’y faire et puis se laisser envoûter par la langue, par les mots. On pénètre dans Apostasie comme Anthelme pénètre dans la sylve rouge: ce n’est pas facile, on se perd sur les chemins mais c’est toujours très beau.

Il y a ensuite cette histoire faite de tours et de détours, faites de nœuds qui se nouent puis se dénouent. Anthelme est un être solitaire qui trouve refuge dans les livres et dans la sylve rouge, une forêt épaisse aux mille facettes. Il croise dans ces bois des êtres féériques au détour d’un bosquet, d’une grotte puis un jour il rencontre Aphelion, étrange vampire, si beau et si cruel. Vincent Tassy se nourrit d’une littérature surannée et remonte aux origines du vampire lorsqu’il n’était pas encore romantique mais gothique. Le lecteur est plongé dans un univers digne du Dracula de Bram Stocker ou des romans de Nodier.

Aphelion va conter à Anthelme l’histoire de Lavinia, reine vengeresse du royaume d’Altrosa. Cette histoire vient s’imbriquer dans la première. Aphelion offre à Anthelme et donc au lecteur un conte macabre: une histoire de rois et de reines, d’amour trahi, de magie et de vengeance. Le récit prend ici une autre dimension car il se fait plus merveilleux, plus sombre, jouant avec l’horreur.

Avec ce texte qui oscille sans cesse entre le macabre et le splendide, Vincent Tassy signe ici un roman magnifique qui renoue avec la tradition du récit vampirique. Une véritable envoûtement si vous osez franchir la lisière de la sylve…

 

Elvira Time, Saison 1: Dead Time de Mathieu Guibé

 

 

 

Elvira Time, Saison 1: Dead Time de Mathieu Guibé,

Publié aux éditions du Chat noir,

2014, 193 pages.

 

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des États-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C’est pas faux.

J’ai découvert Mathieu Guibé avec son roman  vampirique Even dead Things feel your love. Ici, l’auteur renoue avec ses sacros-saint vampires mais dans un tout autre genre. Genre barré.

Rencontré lors du salon du livre de Paris, c’est toujours un plaisir de discuter avec cet auteur et éditeur de talent. Il m’a donc mise en garde. Elvira Time est un roman à prendre au millième degré. En effet, Mathieu Guibé y rend hommage à de séries phares comme Buffy contre les vampires ou encore The BigBang theory. Il met en scène Elvira, une ado de 17 ans, qui a repris le job de son père: chasseuse de vampires avec pieux et compagnie. Elle évolue dans un lycée américain où les stéréotypes qui nous ont fait rêver dans les séries sont bien là: le boutonneux timide, le sportif débile ou encore l’ingénue sexy.

Alors non, il ne faut pas prendre Elvira Time au premier degré sous peine de trouver l’intrigue trop convenue et simple. Il faut lire ce livre pour renouer avec ses souvenirs de teenager accro à M6 et à sa trilogie du samedi. Mathieu Guibé y ajoute une touche d’humour avec des dialogues ciselés et des répliques qui fusent. Elvira, seule au départ, va se constituer une bande de coéquipiers un peu bras cassés sur les bords mais parfois utiles. J’ai adoré Ludwig, lointain cousin de Sheldon. J’ai adoré son côté premier de la classe et ses répliques qui tombent souvent à côté de la plaque.

L’intrigue va vite, peut-être trop même mais il ne faut pas oublier qu’Elvira Time a été pensé comme une vraie série télé. Elvira est la digne descendante de Buffy avec un côté plus dark, parfois effrayant qui donne un autre ton au roman.

Elvira Time est donc une belle découverte pour moi. J’ai aimé les clins d’œil de l’auteur aux univers geek et sériesques. La Saison 2 est d’ores et déjà dans ma wishlist.

Les Errants, Tome 2: Évolution de Denis Labbé

 

 

Les Errants, Tome 2: Évolution de Denis Labbé,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2014, 311 pages.

 

 

 

« Enfermés dehors… Aux portes de nos foyers, dans une ville familière mais infestée d’Errants… Qu’allions-nous faire ? »
Après avoir réchappé aux premiers massacres, Marion et ses amis arrivent enfin à Lunéville, certains d’y retrouver leurs proches et un havre de paix.
Pourtant, dès leur arrivée, tout ne se passe pas comme prévu.
Non seulement les zombies sont partout, mais en plus, certains semblent avoir muté. D’abri, ils ne trouvent qu’un village en état de siège, dans lequel ils devront redoubler d’astuce et de force, compter sur de nouveaux alliés et se serrer les coudes malgré les tensions au sein de leur groupe, tout ça dans l’unique but de survivre.?

Période d’Halloween oblige, je me suis concocté une petite PAL spécial frissons. Après le sublime Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne, j’ai voulu m’essayer aux zombis avec le tome 2 des Errants. J’avais lu le premier tome sur ma liseuse il y a un petit moment déjà et j’avais été déçue. Alors pourquoi réitérer avec la suite de la saga? Parce que j’ai rencontré l’auteur au dernier salon du livre de Paris et que je suis faible. Pourtant je lui avais dit que je n’avais pas accroché avec son roman, la faute à un ton trop « ado » pour moi. Cependant, il m’a tellement bien parlé de son livre que je me suis laissé convaincre. Bref, si j’ai passé un agréable moment divertissant, je n’ai pas non plus été emballée par la plume de l’auteur.

On quittait nos ados en pleine guerre zombiesque, l’épidémie ne cessant de se propager. Les voilà aux portes de Lunéville, sur les traces de leurs parents. Là encore, l’épidémie a fait des dégâts et la petite bande ne cesse de croiser des morts vivants en pagaille. Tout semble se compliquer quand les sept adolescents se rendent compte que certains zombis ont évolué et semblent plus rapides. Les choses se corsent et leur quête est loin d’être terminée!

Encore une fois, l’auteur nous plonge au cœur de l’action. Il n’y a pas de temps morts sans mauvais jeu de mots. Les zombis sont partout et nos ados doivent avant tout penser à sauver leur peau. Ils sont plus organisés et chacun semble avoir trouvé sa place au sein de la troupe. La narration est toujours prise en charge par Marion. Dans le tome 1, elle s’était improvisée chef d’équipe. Ici, elle semble avoir abandonné son rôle, trop éprouvée par les événements vécus.

J’ai aimé l’ambiance ville abandonnée à la Walking dead avec son lot de recoins sombres et de mauvaises surprises. Les zombis ont muté et ne se contentent plus d’avancer à deux à l’heure. Ils sont plus organisés, parfois plus rapides et la bande d’ados doit sans cesse s’adapter et renouveler son inspiration pour les supprimer. J’ai même frissonné quelques fois lorsque l’une de ces horreurs ambulantes s’approchait trop près des personnages. Bon point de ce côté-ci donc avec un art du suspens et de l’horreur plus maîtrisé.

J’ai aussi aimé la partie plus sombre du roman. Les ados vont faire des rencontres humaines éprouvantes et comprendre que le Mal n’est pas toujours là où on l’attend. Ils mûrissent à vitesse grand V. Certains choix seront difficiles notamment lorsqu’une vie humaine sera en jeu.

Cependant, ça ne matche toujours pas avec l’héroïne Marion et je crois que ma déception vient de là. Je la trouve incroyablement niaise. Alors qu’elle a échappé à un massacre, qu’elle est poursuivie sans cesse par des zombis attardés, elle ne pense qu’à elle et à ses peines de cœur. En effet, au sein du groupe une rivalité s’installe entre Marion et Nellie pour le même garçon Louis. C’est là que je ne comprends pas où l’auteur veut en venir. Cette histoire d’amour et de jalousie tombe à plat. Je ne vois pas comment dans les circonstances l’héroïne peut seulement penser à fricoter avec son prince charmant. Cette esquisse de trio amoureux donne lieu à des scènes et des dialogues absurdes. Marion entre dans des colères folles parce qu’elle ne peut lutter contre sa jalousie. J’ai trouvé certains échanges peu crédibles entre les personnages. Cette histoire secondaire gâche le roman en fait et je m’en serais bien passé. C’est vraiment dommage.

Si j’ai un peu plus apprécié ce tome 2 qui m’a semblé plus mature, je n’ai toujours pas accroché avec l’héroïne trop « neuneu » à mon goût. L’intrigue amoureuse secondaire est de trop pour moi et c’est dommage car elle vient gâcher une partie de l’intrigue qui perd en crédibilité.

 

 

L’Ouroboros d’argent d’Ophélie Bruneau

L’Ouroboros d’argent d’Ophélie Bruneau,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2013, 255 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Axel est généreux. Axel est amoureux. Axel est trop gentil. Aujourd’hui, il doit traverser la France pour acheminer un héritage. Célia est fière. Célia est implacable. Célia est un loup-garou. Aujourd’hui, secondée par deux jeunes de sa meute, elle doit retrouver l’objet responsable d’une vieille malédiction. À la croisée des chemins, le piège se referme dans le Massif Central. Prête à tout pour mener à bien sa mission, Célia n’hésitera pas à détruire la vie d’Axel s’il le faut. Le jeune homme a de la résistance à revendre et des amis prêts à l’aider. Pourtant, cette fois, il pourrait bien finir broyé au nom de l’Ouroboros d’argent. L’artefact vaut-il seulement tous ces sacrifices ?

C’est chez Bazar de la littérature que j’ai repéré ce roman. Outre le titre intriguant, j’ai eu envie de découvrir cette histoire parue aux très bonnes éditions du Chat Noir. La couverture m’a également incitée à en savoir plus. On peut dire que je ne suis pas déçue de ma lecture et que L’Ouroboros d’argent est quasiment un coup de cœur.

L’intrigue nous plonge au cœur de la Bourgogne, d’abord près de Dijon puis dans la Nièvre. Ophélie Bruneau marque déjà un point avec moi car j’ai fait toutes mes études supérieures à Dijon. J’ai eu plaisir à découvrir des petits morceaux de « ma » ville dans son roman. Ironie du sort, j’ai effectué mes premières années en tant que professeur à Nevers! Je connais donc par cœur les deux villes décrites dans le roman et cela à apporté un petit plus à ma lecture.

A Dijon, l’auteur met en place l’intrigue autour de Célia, Claudio et Capucine. Ce sont des loups-garous appartenant à la même meute. Leur job de loup est, entres autres, de neutraliser les lunards, des hommes qui n’ont pas tout à fait réussi leur transformation en garou et qui sont potentiellement dangereux pour la communauté humaine car ils ne contrôlent pas leurs pulsions. Après l’une de ses missions, Célia se rend chez son grand-père. L’un de ses plus vieux ennemis vient de mourir. Or il possédait un objet magique: une ceinture d’argent. C’est avec ce talisman, qu’il y a des années, il a fait du grand-père de Célia, un simple humain, incapable de se transformer en loup. Célia a donc pour mission de retrouver ce talisman.

A Nevers, nous suivons Axel, un jeune homme dynamique, qui travaille dans une école. Lui aussi est un loup-garou mais il s’est éloigné de sa meute, préférant rester un humain tout ce qu’il y a de plus normal. Il partage sa vie entre sa petite amie, son colocataire Dérénik plutôt étrange et le boulot. Un jour, il reçoit un coup de fil de son chef de meut basée à Nantes. Il doit récupérer un étrange objet en argent ayant appartenu à un loup-garou qui vient de mourir.

Les deux intrigues vont donc d’abord se jouer en parallèle l’une de l’autre pour mieux se rejoindre un peu plus tard car chaque garou convoite le même objet mystérieux. Autant vous dire qu’il n’y a aucun temps mort dans ce roman. L’action maintient en éveil le lecteur. Les pages se tournent d’elle-même et je ne me suis ennuyée à aucun moment. J’ai vraiment pris plaisir à suivre ces deux intrigues avec d’un côté la fougueuse Célia et de l’autre le calme et tempéré Axel. De la Bourgogne, nous passons en Auvergne, dans les forêts touffues et le long des chemins de campagne. Qui sera le premier à récupérer ce fameux artefact?

Les personnages sont plutôt bien campés. Célia est un personnage complexe. Je me suis pris de sympathie pour elle au début du roman puis très vite, la demoiselle m’a un peu dérangée. Elle est impulsive et fait de cette quête de l’Ouroboros sa vendetta personnelle. Quant à Axel, j’ai adoré ce personnage calme, réfléchi, qui finalement n’aspire qu’à une vie rangée et normale. Il cache pas mal de secrets, révélés au fil du roman. Les deux acolytes de Célia, Claudio et Capucine, sont eux aussi intéressants. Capucine est une loup-garoue effacée, qui ne s’accommode pas de sa condition et qui répugne à faire le mal autour d’elle. J’ai beaucoup aimé ce personnage qui « voit » ce que d’autres n’imaginent même pas. J’aurais d’ailleurs aimé que cet aspect soit davantage exploité (peut-être dans un autre roman?). Ophélie Bruneau sort des clichés et c’est rafraîchissant. Pas de jeune écervelée ou de mâle à la testostérone surdimensionnée. Elle donne une vision du loup-garou dépoussiérée et très intéressante.

Quant à l’écriture de l’auteur, c’est peut-être ce qui m’a le plus plu. J’ai adoré la plume d’Ophélie Bruneau. Ses phrases sont claires, bien construites. Son vocabulaire est riche et surtout, elle ne met pas d’obscénités dans la bouche de ses personnages toutes les deux phrases! Comme quoi on peut être un loup-garou et rester poli!

Le seul bémol de l’ouvrage revient à sa fin, pour le coup, un peu cliché. J’imaginais les relations entre les personnages évoluer différemment. Les choses se précipitent un peu et Célia, après avoir assouvi sa vengeance, redevient une jeune femme bien sous tous rapports, ce qui m’a déconcertée.

L’Ouroboros d’argent est une lecture intéressante. Ophélie Bruneau dépoussière le mythe du loup-garou et nous offre un roman bien écrit, aux multiples rebondissements. Un sans faute.