Toutes ces grandes questions sans réponse de Douglas Kennedy

 

 

Toutes ces grandes questions sans réponse de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Belfond,

2016, 362 pages.

 

Rencontré lors du dernier salon du livre de Paris, j’ai pu échanger quelques mots avec Douglas Kennedy. J’ai presque tout lu de cet auteur car j’aime sa plume et la manière qu’il a de raconter les choses. Je lui ai donc pris son dernier né: un livre à mi-chemin entre l’essai et l’autobiographie et je dois souligner que j’ai beaucoup aimé cette manière de se raconter.

En sept chapitres, Douglas Kennedy aborde sept grandes questions existentielles liées au destin, à l’échec, au bonheur ou encore à la spiritualité. Loin d’être dogmatique ou de donner des conseils, l’auteur pose des questions sur le sens de la vie en nous donnant des exemples concrets. Il ne cherche ni à nous influencer ni à nous enjoindre de penser comme lui: il dresse simplement un constat et nous invite à réfléchir sur nos vies. Le style n’est jamais pompeux et une fois de plus, Douglas Kennedy a l’art de raconter et de nous plonger dans sa vie d’écrivain.

Il ne tombe pas dans le sentimentalisme ou le voyeurisme mais nous livre des bribes de sa vie à travers des anecdotes parfois drôles souvent graves. Ainsi, il nous raconte son divorce, l’autisme de son fils Max, ses échecs littéraires ou amoureux, ses amitiés, sa relation si compliquée et conflictuelle avec ses parents (un passage cruel à lire d’ailleurs). J’ai vraiment aimé ces passages qui nous en disent plus sur cet auteur et qui le rend si proche de nous.

J’ai été touchée par la simplicité de sa confession et sa sincérité. Au passage, on découvre l’auteur à l’œuvre, dans son travail quotidien de romancier: la manière dont il écrit, ses rituels, ses difficultés. Douglas Kennedy est un homme qui aime profondément la vie et même s’il a parfois été tenté de briser cet élan vital, il s’est toujours relevé de ses chutes à l’instar de ses personnages de papier qui dans bons nombres de ses romans renaissent de leurs cendres.

Toutes ces grandes questions sans réponse est un livre inclassable qui m’a plu par son ton sincère et simple. Douglas Kennedy nous invite à réfléchir sur le sens de notre vie sans jamais tomber dans la pédagogie ou le dogmatisme. Une lecture coup de cœur qui m’a permis d’en savoir plus sur cet auteur.

Lire, vivre et rêver

 

 

 

Lire, Vivre et rêver,

Recueil publié aux éditions des Arènes,

2015, 224 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est en me promenant une fois de plus dans les rayons de ma librairie préférée que j’ai dégoté ce petit ouvrage. J’ai craqué sur le titre du livre et sur sa couverture ornée d’une jolie librairie.

Dans ce recueil dirigé par Alexandre Fillon, 21 écrivains racontent leur amour des livres et des librairies. Tour à tour, chacun se confesse sur l’origine de son goût pour les livres et la lecture. Il y a ceux qui ont commencé à lire grâce à la maison de la presse du coin comme Olivier Adam, ou encore ceux qui lorgnaient déjà sur les occasions chez Gibert ou sur les quais de la Seine auprès des bouquinistes.

Chacun y va de son anecdote et chaque petit récit ne donne qu’une envie: pousser la porte de la librairie en question. Ainsi on visite Le Divan, Galignani, La librairie de la Comédie française, Gibert jeune, La Mandragore et bien d’autres. Il y a les écrivains au goût très sûr qui picorent et ceux qui accumulent les livres, dévorant tout et n’importe quoi. Dominique Barbéris m’a donné envie d’aller à Noirmoutier simplement pour me rendre à la librairie Le Trait d’union. On se balade au cœur des villes, petites et grandes, au fil des récits, un livre à la main.

Outre la variété des récits, j’ai pu découvrir des noms d’écrivains qui m’étaient totalement inconnus, comme Sophie Bassignac, José-Louis Bocquet, Bernard Chapuis, Philippe Fusaro, Philippe Vilain, Serge Sanchez ou encore Dominique Barbéris.

Cette anthologie est une invitation à découvrir d’autres librairies, d’autres lieux, d’autres villes: un bel hommage aux livres.

Quand je me suis arrêtée de manger de Léa Mauclère

Quand je me suis arrêtée de manger de Léa Mauclère,

Publié aux éditions City,

2014, 256 pages,

Pour l’acheter: Quand je me suis arrêtée de manger.

Léa Mauclère a 29 ans. Elle est professeur de français dans un collège. Elle a écrit ce témoignage pour aider les malades à vaincre, comme elle l’a fait, l’anorexie et la boulimie.

 

 

Il y a dix ans, Léa s’est arrêtée de manger. Cette jeune adolescente était douée à l’école, faisait beaucoup de sport et semblait très épanouie. On ne cessait pourtant de lui dire qu’il fallait souffrir pour être belle. Et, au fond d’elle-même, Léa se sentait comme morte, n’ayant plus aucun désir de manger et de vivre. Une vraie maladie. D’abord anorexique, la jeune fille devient ensuite boulimique, avalant tout et n’importe quoi avant de se faire vomir, alternant séances chez le psy et séjours à l’hôpital. Léa raconte ces années de souffrance et de douleur. Dix années de lutte contre une maladie qui l’a rongée au point de la conduire tout près de la mort… Un bouleversant récit de 10 années d’enfer entre anorexie et boulimie.

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui d’un essai/témoignage consacré à l’anorexie et à la boulimie. C’est Léa Mauclère, l’auteure de l’ouvrage, qui raconte son parcours dans ce livre.

J’ai ouvert ce livre samedi en début d’après-midi pour le refermer seulement quelques heures plus tard. L’histoire de Léa est touchante, émouvante, troublante d’autant plus que je connais Léa personnellement puisqu’elle est une de mes amies. Son témoignage a donc eu une résonance particulière pour moi.

Léa ne mâche pas ses mots et n’épargne pas son lecteur. A travers ce livre, elle souhaite non seulement témoigner mais aussi alerter car la maladie est insidieuse et peut toucher n’importe quelle jeune fille ou même n’importe quel jeune homme.

Pour Léa tout commence pendant son enfance. Il y a ces pages terribles, au début du livre, où elle raconte ses entraînements quasi quotidiens à la gym, sport qu’elle déteste mais qu’elle pratique pour faire plaisir à sa maman. La gym: sport qui malmène les corps de ces petites filles encore prépubères et qui les formatent pour qu’ils soient minces et souples. Et puis, il y a ce drame dans la vie de Léa: sa cousine qui se tue en revenant de boîte alors qu’elle allait fêter ses 18 ans. Tous ces non-dits, ce chagrin qui engloutissent Léa et qui lui font renoncer à son corps.

La maladie s’invite alors dans la vie de Léa: c’est d’abord un régime sans conséquence, le plaisir de voir son corps léger, léger comme une plume. Et puis, c’est l’enfer, la dégringolade, le cercle vicieux, un poids qui passe de 50 à 33 kilos, les hospitalisations à répétitions, les mensonges et l’espoir.

A travers son récit, Léa montre au lecteur que cette maladie est particulièrement perverse. Léa va faire de nombreux séjours à l’hôpital, elle verra d’innombrables psys, on lui posera même une sonde gastrique! Elle remonte la pente puis dégringole. On la suit dans son malheur, on souhaite qu’elle s’en sorte mais la maladie est la plus forte à chaque fois. Tel Sisyphe, elle pousse son rocher éternellement.

Après avoir privé son corps de nourriture, Léa tombe dans l’excès inverse: elle devient boulimique. Ses soirée sont des festins, des orgies de nourriture qui se terminent toujours de la même manière: les vomissements et ce sentiment d’être seule, abandonnée. En effet, c’est ce qui m’a peut être le plus frappée. Léa est seule avec son malheur, avec sa maladie. Elle est dans sa bulle et rien ne semble pouvoir l’en sortir. Les mots qu’elle emploie sont souvent forts, crus. Elle ne cache rien de ses mensonges à ses proches pour faire croire qu’elle va mieux. Elle dévoile ses stratagèmes pour donner le change et paraître toujours aussi parfaite et heureuse mais au fond d’elle, c’est le noir, le vide total!

Et puis, un jour enfin, il y a l’amour et l’envie d’en finir avec ce mal pour être heureuse à nouveau tout simplement. La route fut longue pour Léa: pas loin de 11 ans. Si aujourd’hui elle va mieux, elle n’en reste pas cependant fragile et vigilante.

A travers son témoignage, elle permet d’apporter un peu d’espoir à ceux qui sont confrontés directement ou indirectement à cette maladie. Je la remercie pour cela: avoir eu le courage de dire l’indicible et de parler au nom de tous les autres. Merci Léa, je suis extrêmement fière de toi!

Vous pouvez retrouver Léa sur sa page Facebook: Léa Mauclère.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal? de Jeanette Winterson

Pourquoi être heureux quand on peut être normal? de Jeanette Winterson,

Publié aux éditions Points,

2012, 260 pages,

Pour l’acheter: Pourquoi être heureux quand on peut être normal?

Jeanette Winterson est une romancière britannique.
Connue pour ses romans surtout « Les Oranges ne sont pas les seuls fruits », cette romancière est née à Manchester et fut élevée à Accrington.

Oranges est en partie autobiographique : elle raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles.
Elle y racontait l’histoire d’une enfant adoptée encore bébé par un couple extrêmement religieux, obsédé par les Saintes Écritures. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent humoristique.

 

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?
Étrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond en menant une existence en forme de combat. Dès l’enfance, il faut lutter : contre une mère adoptive sévère, qui s’aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux ou sociaux. Et pour trouver sa voie.
Ce livre est une autobiographie guidée par la fantaisie et la férocité, mais c’est surtout l’histoire d’une quête, celle du bonheur. «La vie est faite de couches, elle est fluide, mouvante, fragmentaire», dit Jeanette Winterson. Pour cette petite fille surdouée issue du prolétariat de Manchester, l’écriture est d’abord ce qui sauve. En racontant son histoire, Jeanette Winterson adresse un signe fraternel à toutes celles – et à tous ceux – pour qui la liberté est à conquérir.

C’est le titre du livre, question étrange, qui sert de guide tout au long de cette autobiographie. Jeanette Winterson est une auteure anglaise reconnue et à travers cet ouvrage, elle se livre sans concession, en tentant de répondre à cette fameuse question posée un jour par sa mère adoptive.

Née d’une fille-mère célibataire, dans la très prolétaire Angleterre des années 60, Jeanette Winterson est adoptée par un couple étrange. Lui est ouvrier et obéit au doigt et à l’œil à sa femme afin d’avoir la paix; elle, est pétrie de religion, se plaint de ne pas avoir eu d’enfant naturellement alors qu’elle refuse toute sexualité.

Chez Jeanette, les livres sont bannis. Seule la Bible a le droit de citer. C’est le seul livre toléré et chaque jour, Mme Winterson en lit des chapitres entiers à son mari et à sa fille. Jeanette est très tôt désignée comme une enfant non désirée et issue du diable. Rabrouée, rabaissée sans cesse, Jeanette lutte chaque jour pour s’en sortir.

Sa mère n’hésite pas à la laisser des nuits entières sur le seuil de la porte d’entrée afin qu’elle « réfléchisse » à son comportement. Partout dans la maison, Mme Winterson affiche des citations entières tirées de la Bible et prie pour que l’Apocalypse vienne rapidement. Elle veut que son mari et sa fille culpabilisent pour des fautes qu’ils n’ont jamais commises.

Si elle l’avait voulue, Jeanette Winterson n’aurait jamais pu inventer cette famille déjantée où la mère est une extrémiste religieuse, le père complètement passif et les voisins sourds et aveugles à la détresse de cette petite fille. Comment Jeanette s’en est-elle alors sortie? Comment n’est-elle pas devenue folle à son tour ou criminelle avec aussi peu d’amour et d’attention autour d’elle?

Les livres et la littérature semblent être une des réponses. Quand Jeanette découvre le pouvoir des mots et l’évasion qu’ils procurent, son monde bascule. Elle deviendra écrivain. Son premier choc littéraire, elle le découvre à la bibliothèque de sa petite ville. N’y étant jamais allée, elle n’a aucune idée de la façon dont un lecteur s’y prend pour choisir un roman. Elle commence alors par le premier rayon, celui de la littérature, et la lettre A. Elle lira tous les romans de la bibliothèque par ordre alphabétique.

Commence alors pour Jeanette, un véritable jeu de cache-cache avec sa mère. Elle planque ses romans sous son matelas, lit le plus longtemps possible aux toilettes. A travers les livres, elle découvre le monde, l’amour et la sexualité. Celle dont la mère lui a intimé l’ordre de « ne jamais se faire toucher en bas par un garçon », se découvre une attirance pour les femmes.

Honte suprême pour sa mère qui décide de chasser Jeanette de la maison. A 16 ans, elle se retrouve à la rue. De mésaventures en mésaventures, Jeanette s’en sort et devient l’auteur qu’on connaît.

On se demande où elle a su puiser cette force pour s’en sortir seule et comment elle a pu pendant des années subir les mauvais traitements infligés par sa mère. Et c’est sans aucun atermoiement, sans aucun regret qu’elle dévide le fil de ses souvenirs. Elle raconte les choses comme elles lui sont arrivées sans dramatiser. C’est même avec beaucoup d’humour que l’auteur revient sur son passé et sur cette mère paradoxale qui ne lui a jamais donné l’amour qu’elle méritait.

Pour résumer, Jeanette Winterson ne se pose ni en victime ni en héroïne dans son autobiographie. Elle montre le chemin difficile qu’elle a parcouru sans dramatiser. Avec parfois beaucoup de légèreté et d’humour, elle revient sur les épisodes de sa vie qui font ce qu’elle est devenue. Elle montre aussi au lecteur l’incroyable pourvoir de la littérature, capable de transcender un être.

La Maison de Sugar Beach, Hélène Cooper

 Auteur: Hélène Cooper

   Titre: La Maison de Sugar Beach

   Éditions: Zoé, 2012

  

  

 

 

 

 

 

 

1966, enfance dorée, Monrovia, Liberia. Aujourd’hui, grand reporter, Washington, États-Unis. Helene Cooper a grandi et vécu sa première adolescence dans le très privilégié milieu des Congos, ces descendants des esclaves affranchis d’Amérique venus créer le Liberia au XIXe siècle en Afrique. Le 12 avril 1980, grand ciel bleu, elle se réveille dans sa maison de 22 pièces, se prépare à sa leçon de ballet et à faire la demoiselle d’honneur l’après-midi.
Mais non, c’est le coup d’État, sa société est renversée. Un mois plus tard elle fuit aux États-Unis avec sa mère et sa soeur, laissant derrière elle Eunice, soeur adoptée et meilleure amie, d’une tout autre caste. Helene Cooper fait un magnifique récit sur le Liberia contemporain, à partir de sa propre histoire. Avec un subtil mélange de tendresse et d’honnêteté, elle raconte comment des gens comme elle se sont rendus coupables d’effroyables injustices sans être pour autant monstrueux.

 

   La Maison de Sugar Beach est un livre étrange qui au premier abord n’avait rien pour me séduire. Entre le document et l’autobiographie, ce livre propose de revenir sur la vie d’Hélène Cooper, naguère libérienne, aujourd’hui américaine. J’avais beaucoup entendu de bien de ce livre cet été: il a d’ailleurs remporté le Grand prix des lectrices Elle dans la catégorie « document ». Je suis tombée sur un exemplaire d’occasion, à un prix totalement dérisoire vu l’état « neuf » du livre. Avait-il été lu avant moi? J’en doute.

   Je me suis donc lancée dans cette lecture avec un peu d’appréhension et je peux dire que j’en ressors ravie, émue, bouleversée. J’ai non seulement énormément appris à travers ce livre mais j’ai aussi lu avec énormément d’attention le destin d’Hélène Cooper, un destin hors du commun.

   Tout commence au Libéria. Hélène est une petite fille presque comme les autres. Elle mène une enfance paisible et privilégiée au Libéria car elle fait partie des Congos. Les Congos sont les descendants des esclaves noirs d’Amérique ayant fondé l’État du Libéria. Première nouvelle pour moi: je connaissais bien l’existence de cet État africain mais j’ignorai totalement qu’il avait été fondé par les Américains. En quelques lignes et avec précision, Hélène Cooper rappelle au lecteur l’Histoire de son pays natal. J’avoue avoir été très étonnée par ma propre ignorance et je suis heureuse d’avoir lu ce livre au moins pour en avoir appris plus! Hélène Cooper est en plus très pédagogue: les passages dans lesquels elle relate l’Histoire de son pays ne sont ni lourds, ni ennuyants. Un vrai plaisir d’apprendre.

   Mais ce document ne s’appuie pas seulement sur l’Histoire avec un grand H. Hélène Cooper raconte son histoire à elle à la fois fascinante et émouvante. Lors du coup d’État de 1980, sa vie est menacée. En effet, les Congos privilégiés sont vivement pris à parti. La violence de tout un peuple se déverse sur eux. Il n’y a qu’un seul moyen de s’en sortir: la fuite vers les États-Unis.

   Hélène Cooper doit alors renoncer à son enfance et à sa grande maison de Sugar Beach synonyme de bonheur et d’insouciance. Sa famille part sans rien pour échouer minablement en Amérique. Il faut alors tout reconstruire dans la pauvreté et le dénuement. Mais Hélène est une fille intelligente: elle réussira par tous les moyens et deviendra même une journaliste internationale et réputée. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais Hélène décide de retourner au Libéria, 20 après.

   A travers son histoire personnelle, Hélène Cooper raconte celle de tout un peuple opprimé d’abord par la domination des Congos puis par celle des rebelles. Malgré le style parfois journalistique de l’auteur, j’ai suivi avec passion cette histoire émouvante souvent violente et cruelle. Pour moi, il s’agit d’un livre fort et poignant: un coup de cœur sans hésitation.

Au-delà des pyramides, Douglas Kennedy

Titre VF: Au-delà des Pyramides

Titre VO: Beyond the Pyramids

Auteur: Douglas Kennedy

Publié aux éditions Belfond, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà des pyramides est un récit de voyage que l’auteur a effectué dans les années 80 en Égypte. Pas d’intrigue ici puisque le romancier nous raconte des bribes de son voyage.

J’aime beaucoup Douglas Kennedy. J’ai lu beaucoup de ses romans et j’aime particulièrement la psychologie des personnages qu’il développe. J’ai donc été un peu déroutée au début par ce récit car Douglas ne fait rien comme tout le monde. D’abord il veut se rendre en Égypte « à l’ancienne » c’est à dire en train puis en bateau. Le trajet est loin d’être confortable mais au cours de son voyage ferroviaire puis maritime, le romancier rencontre une galerie de personnages qui lui permettent de prendre la température et le pouls du pays avant son arrivée. L’auteur veut avant tout se mêler aux égyptiens.

C’est aussi loin des touristes et des sentiers battus qu’il poursuit son voyage. Il n’aura pas vu une seule pyramide de tout son périple. Il n’est pas un touriste « comme les autres » ainsi que le lui fait remarquer un chauffeur de taxi.

Douglas Kennedy nous fait ainsi connaître l’envers de l’Égypte. Il va rencontrer bon nombre d’artistes, de fonctionnaires, de militaires. A chaque fois, il nous laisse apercevoir une tranche de vie. Les situations sont parfois cocasses et montrent l’absurdité du système bureaucratique égyptien: il faut souvent demander une autorisation pour prétendre à en demander une autre afin de visiter une ville ou un monument! Le maître mot à retenir et à intégrer est « Patience »!

Les rencontres se succèdent, les villes aussi. La misère, elle, est omniprésente comme la montée de l’islamisme radical. Les tensions entre musulmans et coptes se font sentir même si les autorités égyptiennes persistent à se voiler la face et à faire comme si tout allait bien.

A travers ce récit de voyage, j’ai beaucoup appris notamment sur la situation du pays avant la chute d’Hosni Moubarack: un pays pris entre deux feux, celui de l’Occident capitaliste et celui de la Russie socialiste; un pays qui se veut le plus moderne des pays africains mais qui restent par certains aspects englués dans ses traditions; un pays qui ne sait plus vraiment où il en est.

On sent encore la jeunesse de l’auteur, il s’agit ici de sa première publication, cependant j’ai aimé voyager le temps d’une lecture aux côtés de Douglas Kennedy, loin des tombes et des pharaons, mais au plus près du peuple et de la misère.