L’échappée belle du bibliobus de David Whitehouse

 

 

L’échappée belle du bibliobus de David Whitehouse,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2016, 368 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

À douze ans, Bobby passe ses nuits à répertorier cheveux, vêtements et autres traces de la vie de sa mère en attendant son retour… qui ne viendra pas. Cette dernière est morte brutalement, et le jeune garçon n’est pas prêt à l’accepter. Battu par son père, Bobby se croit seul au monde jusqu’au jour où il rencontre Val et sa fille handicapée, Rosa. Tous trois nouent des liens très forts et passent un été magique parmi les livres du bibliobus où Val est femme de ménage. Mais, bientôt, une rumeur sur la nature de la relation entre la mère célibataire et l’adolescent se propage dans la ville. Contraints de s’enfuir à bord de la bibliothèque ambulante, ces êtres égratignés par la vie vont s’embarquer dans une aventure pleine de rebondissements, digne des « classiques » qu’ils ont pris l’habitude de dévorer…

 

Je remercie une nouvelle fois les éditions Presses de la Cité qui m’ont permis de sélectionner ce titre dans leur catalogue. Grâce à ce roman, j’ai passé un agréable moment de lecture.

L’intrigue débute avec Bobby qui n’arrive pas à faire le deuil de sa mère et qui s’imagine qu’elle va rentrer d’une minute à l’autre. C’est avec cet espoir chevillé au corps que le petit garçon subit les brimades de ses camarades, l’alcoolisme chronique de son père et la bêtise de sa nouvelle belle-mère. Un jour, Bobby croise la route de Valérie et Rosa. Cette mère célibataire vit avec sa fille handicapée. Elles se prennent toutes deux d’affection pour Bobby.

Après une ultime brimade de la part de son père, Bobby se réfugie chez Valérie. Il n’en fallait pas plus pour que Bobby, Valérie et Rosa prennent la fuite à bord d’un bibliobus réformé mais bourré à craquer de romans parce que comme le dit Bobby, les aventures ne se vivent pas que dans les livres.

Cette histoire donne donc lieu à un roman feel good qui fait vraiment du bien. On suit l’échappée folle de ces trois personnages que la vie n’a pas épargné. Les trois amis vont ainsi lier des liens très forts au fil de leur aventure. Bobby va trouver en Val une mère accueillante et aimante et il va tenter de soigner ses blessures.

Le bibliobus joue lui aussi un rôle crucial puisqu’il « nourrit » spirituellement les personnages en leur donnant à lire les classiques de la littérature. Bobby découvre les livres et leurs rôles salvateurs notamment à travers la lecture du Petit Prince ou de Charles Dickens. L’auteur démontre la réalité du pouvoir de la littérature.

Le roman offre également pas mal de situations loufoques et amusants comme seuls les Anglais savent les imaginer. Ainsi, nos personnages camperont dans les bois, feront la rencontre d’un Baron et de son perroquet, se déguiseront en personnages de Narnia. L’auteur se permet beaucoup de choses mais reste toujours très drôle.

L’échappée belle du bibliobus livre une intrigue tendre, vivante et émouvante qui n’épargne pas ses personnages ni son lecteur. Un roman aux accents feel good, sans prise de tête dans la lignée d’Une année particulière de Thomas Montasser.

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Les Partisans de Aharon Appelfeld

 

Les Partisans de Aharon Appelfeld,

Publié aux éditions Points,

2016, 331 pages.

 

 

 

 

 

 

Pendant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, des partisans juifs repliés dans une forêt d’Ukraine résistent à l’armée allemande qui les traque. Sous le commandement de leur chef, Kamil, ce groupe composé d’hommes, de femmes et d’enfants s’organise pour lutter contre le froid et le dénuement extrême, et harceler l’ennemi jusqu’au bout. Leur but : survivre, faire dérailler les trains, sauver des Juifs et atteindre «la cime» – lieu à la fois géographique et spirituel de leur accomplissement. Dans ce roman où action et méditation ne cessent de se répondre, Aharon Appelfeld interroge l’Histoire avec une énergie, une subtilité et un sens de la dramaturgie remarquables.

Dernier roman de la sélection du Prix Points 2016, Les Partisans d’Aharon Appelfeld a été pour moins le mois bon de tous. Je m’y suis ennuyée et j’ai mis une bonne semaine pour avaler ces quelques 300 pages de rien du tout.

Pourtant l’intrigue avait de quoi me séduire. Pendant la seconde guerre mondiale, en Ukraine, des juifs mais aussi des communistes prennent le maquis pour résister contre les nazis. Ils sont bien organisés avec une infirmerie, une cantine, un dortoir. De temps en temps, quelques partisans tendent des embuscades aux Allemands ou réquisitionnent de la nourriture chez l’habitant pour survivre. On suit donc les pérégrinations des cette troupe de réfugiés qui bientôt va même aller jusqu’à saboter des trains pour sauver les juifs en partance pour les camps de la mort.

Si la mayonnaise n’a pas pris, c’est parce que c’est bien trop répétitif. On suit le parcours d’Edmund, jeune juif engagé, qui s’est enfui alors qu’il allait embarquer dans un train pour être déporté. Edmund raconte son quotidien. Hélas, c’est souvent la même chose. Il ne se passe pas grand chose. Parfois les troupes s’emparent de provisions dans une ferme, tombent sur des Allemands et combattent mais la plupart du temps Edmund décrit la vie très monotone du camp. Le récit revient en boucle avec la vie au camp, toujours la même, peu d’actions et de rebondissements pour faire avancer l’intrigue.

Je n’ai donc ni été emportée par l’intrigue ni par les personnages. J’ai trouvé qu’ils étaient pour le plupart sans relief, presque interchangeables. Leur vie misérable, leur interrogations quant à l’avenir ne m’ont pas vraiment touchée et j’ai dû me faire violence pour aller au bout de cette histoire. Les rares passages qui m’ont intéressée sont ceux dans lesquels les personnages reviennent sur leur passé et les conditions de vie alors que l’antisémitisme ne cesse de monter en Europe.

Les Partisans est un roman qui ne m’a pas du tout emportée. Je suis complètement passée à côté de histoire trop répétitive et monotone à mon goût. Une déception pour moi!

La Route de Beit Zera de Hubert Mingarelli

 

 

La Route de Beit Zera de Hubert Mingarelli,

Publié aux éditions Points,

2016, 157 pages.

 

 

 

Stepan vit avec sa chienne quelque part en Israël dans une maison isolée près des bois. Il écrit chaque jour à son fils Yankel, forcé de se cacher à l’autre bout du monde. Il raconte ainsi sa vie de solitude et dit son espoir, un jour, de le retrouver. En faisant face à son chagrin, il se souvient de l’époque où il contrôlait les Palestiniens aux postes-frontières, éprouvait de la haine, de la honte ou de la compassion.
Depuis quelque temps, un adolescent mystérieux lui rend visite et s’attache peu à peu à la chienne. Livre de la paternité et de la transmission, il aborde la question de la séparation, celle d’un père et d’un fils mais aussi celle des peuples qui vivent avec les fautes commises par leurs aînés. Et dit, à hauteur d’homme, la vie quotidienne éprouvée par le conflit israélo-palestinien.

Avant dernier livre du Prix du Meilleur Roman Points 2016, La Route de Beit Zera est un petit roman qui nous entraîne au cœur du conflit israélo-palestinien mais d’une manière assez habile.

L’auteur met en scène Stepan, un Israélien qui vit seul au cœur de la forêt avec sa petite chienne. La vie de Stepan est assez monotone. La journée, il confectionne des cartons pour son ami Samuellson en échange d’un petit salaire. Stepan observe le temps qui passe en fumant et en buvant du café mais surtout en pensant à son fils, Yankel, qui s’est enfui en Nouvelle-Zélande.

Un jour, en lisière de forêt, un jeune garçon surgit. Il regarde Stepan puis s’approche de la chienne. Chaque jour, il revient voir le vieil homme, sans parler, sans rien demander, juste pour caresser l’animal. Peu à peu, Stepan s’habitue à ces visites quotidiennes. Mais qui est ce jeune garçon? A-t-il un rapport avec la fuite de Yankel? Le passé revient alors hanter Stepan.

 

On pourrait dire que ce roman est un récit sur l’implicite, le non-dit, l’indicible. En effet, le lecteur pénètre au cœur du passé de Stepan grâce aux retours en arrière permanents qui permettent d’éclairer sa solitude et son isolement. Par petites touches, l’auteur reconstruit le passé de Stepan et cette haine qu’il porte en lui contre les Palestiniens. La manière dont l’auteur décrit certaines scènes, à demi-mot, sans jamais vraiment dire les choses, donnent une impression de vertige absolu. En effet, le lecteur se prend à imaginer les pires horreurs sur le passé du personnage, réformé de l’armée.

L’auteur nous raconte avec une efficacité et une économie de mots, la haine quotidienne entre les Juifs et les Palestiniens, le sentiment d’impunité de certains hommes, la douleur de perdre un fils. Tous les éléments du récit sont liés à commencer par les étranges visites du jeune garçon dont on ne connaîtra pas l’identité de manière certaines. L’auteur joue avec son lecteur en insinuant le doute et en restant toujours sur la réserve sans jamais rien affirmer de manière sûre.

Ce roman m’a aussi fait l’effet d’un conte de fée avec ce vieil homme, seul, en lisière de forêt et ce jeune garçon qui surgit des bois comme par enchantement. Les personnages semblent se créer une bulle autour d’un secret indicible qu’ils taisent. Parfois, les mots n’ont pas besoin d’être prononcés.

Hubert Mingarelli signe un roman complexe qui laisse le lecteur pensif encore longtemps après sa lecture.

Le Cœur du pélican

 

 

 

Le cœur du pélican de Cécile Coulon,

Publié aux éditions Points,

2016, 260 pages.

 

 

 

 

 

 

Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend. Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme…

Sans concession, Cécile Coulon nous livre avec Le Cœur du pélican un roman âpre dont il est difficile de se remettre. Elle place au cœur de son récit, Anthime et Helena, frères et sœurs, ivres d’un amour fou qu’ils ne veulent pas s’avouer. Alors que les deux ados emménagent dans une banlieue tranquille, Anthime se prend de passion pour l’athlétisme. Grâce à ce sport, le garçon va gravir tous les échelons, portés par des nuées de supporters jusqu’à la chute finale, au gouffre qui l’engloutira lui et les siens.

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L’auteur parvient avec beaucoup de justesse mais aussi de cruauté à dresser le portrait de vies banlieusardes mornes, sans relief mais pas sans intérêt. Anthime est élevé par des parents aimants qui mènent une vie complètement ordinaire jusqu’au jour où il découvre qu’il est doué pour la course. Anthime est alors pris dans l’engrenage du succès mais Cécile Coulon ne laisse pas les choses devenir aussi simples. Anthime en veut à la terre entière mais ne dit rien. Chaque personnage semble pris d’une inertie implacable un peu comme des personnages de tragédie attendant le déroulement funeste de leur destin.

C’est à la fois sombre et terriblement beau; dur aussi car chacun peut se reconnaître dans ces vies décrites sans cesse gâchées, ratées,mornes. Finalement il ne se passe pas grand chose dans ce roman mais le lecteur observe tous ces personnages qui se débattent tels des insectes avec la vie. C’est à la fois passionnant et terrifiant; repoussant et fascinant.

J’ai beaucoup aimé Le Cœur du Pélican, un roman qui ne laisse pas indemne son lecteur, un récit qui prend aux tripes jusqu’à la dernière page.

Ciel d’acier de Michel Moutot

 

Ciel d’acier de Michel Moutot,

Publié aux éditions Points

2016, 440 pages.

 

 

 

 

 

En ce 11 septembre 2001, John LaLiberté, dit Cat, indien mohawk et ironworker (monteur d’acier), travaille au sommet d’un nouveau building à Manhattan. Lorsque les Twin Towers s’effondrent il se précipite, chalumeaux en main pour participer au déblaiement des gravats, à la recherche de survivants. Dès lors les impressions de Cat dans l’enfer de ground zero s’entrecoupent de chapitres sur l’histoire des Mohawks.
Dans sa tribu indienne, le métier d’ironworker se transmet de père en fils. De la construction d’un pont sur le Saint-Laurent à celle de Liberty Tower, en passant par l’édification du World Trade Center où le père de John trouva la mort, c’est l’histoire de l’Amérique toute entière qui se reflète dans celle de ce peuple.

 

Merci aux éditions Points pour l’envoi de ce roman dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Points 2016 car je n’aurais jamais eu l’idée de me plonger dans ce type de lecture. Ciel d’acier met en scène les ironworkers, ces types qui construisent, assemblent, soudent les poutres des plus hauts gratte-ciel du monde. Michel Moutot nous fait pénétrer dans un univers d’acier, de sueur et de testostérone et on en redemande car il a su traiter son sujet avec un regard admiratif qui sublime le travail de ces types hors du commun.

Dans ce roman on suit trois ironworkers à trois époques différentes. Il y a d’abord Manish Rochelle, indien mohawk, qui vit au Canada dans les années 1900. Il va s’engager sur un des chantiers les plus vastes jamais menés au Canada avec la construction d’un pont enjambant le Saint-Laurent. A cette époque, les indiens sont réputés pour leur témérité à l’épreuve du vertige, réputation reposant d’ailleurs sur des « on-dit ». Ces Indiens trouvent du travail aux côtés des Irlandais, des Français et des Anglais. Le racisme n’est jamais très loin mais le métier d’ironworker fait vivre la tribu. On suit donc ces hommes qui à mains nues bâtissent des ponts, des bâtiments, bravant le froid, la chaleur et la peur.

On suit également Jack LaLiberté, descendant de Manish. Il est aussi ironworker. Il travaille à l’édification du World Trade Center, en 1970, la plus haute tour du monde jamais construite. On suit Jack, entre les États-Unis le Canada, dans la tribu, pour voir femme et enfants. Jack est un homme prit en étau entre son désir de liberté qu’il concrétise aux États-Unis et son devoir d’Indien, au Canada dans sa tribu. Comment concilier tradition et désir de modernité?

Enfin, on suit John LaLiberté, fils de Jack en 2001. Il assiste en direct à la chute des deux tours, construites par son père. Sans réfléchir, John s’engage aux côtés des pompiers et des policiers pour déblayer les décombres et trouver des rescapés. Clairement, c’est la partie qui m’a le plus enflammée et passionnée! L’auteur met en lumière le travail des ironworkers qui ont, pendant plus d’un an, démonté les centaines de tonnes d’acier écroulées lors de cette catastrophe. Leur importance a été capitale et nombreux sont les travailleurs qui en ont payé chèrement le prix à respirer des poussières hautement toxiques, à trouver des morceaux de corps humains disparates, à contempler chaque jour l’horreur la plus totale.

Miche Moutot nous entraîne au cœur de la tragédie sans voyeurisme. Il nous montre ces hommes de l’ombre, véritables héros au même titre que les pompiers et les policiers. C’est prenant, haletant. Le roman du World Trade Center alterne avec le passé, éclairant l’importance du métier d’ironworker au sein de la tribu mohawk. Je ne pensais pas me prendre de passion pour ces ouvriers, casque sur la tête, outil à la ceinture.

Michel Moutot nous offre une tranche de vie mais aussi une tranche d’Histoire à travers le récit de ces ironworkers. Captivant, passionnant, je recommande ce roman à tous ceux qui veulent voir l’envers du décor et découvrir ceux que l’on peut véritablement appeler des héros aujourd’hui.

Hérétiques de Leonardo Padura

 

Hérétiques de Leonardo Padura,

Publié aux éditions Points,

714 pages, 2016.

 

 

 

 

 

 

En 1939, le S.S. Saint-Louis, transportant quelque 900 juifs qui avaient réussi à fuir l’Allemagne, resta plusieurs jours ancré au large du port de La Havane à attendre l’autorisation de débarquer ses passagers. Le jeune Daniel Kaminsky et son oncle avaient attendu sur le quai l’arrivée de leur famille, sûrs que le trésor qu’ils transportaient convaincrait les fonctionnaires chargés de les contrôler. Il s’agissait d’une petite toile de Rembrandt qui se transmettait dans la famille depuis le XVIIe siècle. Mais le plan échoua et le navire remporta vers l’Allemagne tout espoir de retrouvailles.
Des années plus tard, en 2007, le tableau est mis aux enchères à Londres et le fils de Daniel Kaminsky se rend à Cuba pour savoir ce qui s’y était passé concernant sa famille et le tableau. Il réussit à convaincre le détective Mario Conde de l’aider. Celui-ci, reconverti dans le commerce des livres anciens, découvre que cette toile représentant le visage du Christ était le portrait d’un jeune homme juif travaillant dans l’atelier de Rembrandt et y ayant étudié la peinture, contre toutes les lois des religieux.

Je continue mon exploration des romans publiés chez Points en lice pour le Prix du Meilleur Roman Points 2016. Hérétiques me faisait peur à cause de sa taille: pavé de 700 pages, écrit relativement petit! Je me suis lancée grâce à mes camarades qui vivent la même aventure que moi au sein du jury. Hérétiques est une lecture qui s’est avérée plaisante et prenante même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi!

Le roman se divise en 3 parties: Le livre de Daniel, le livre d’Élias et le livre de Judith. Toute l’intrigue résonne autour d’un fameux tableau de Rembrandt représentant le Christ. En 1939, ce tableau est en possession d’une famille juive qui fuit l’Allemagne pour Cuba, espérant y trouver refuge. Le Rembrandt est leur monnaie d’échange. Hélas, à Cuba, les autorités refusent que les passagers débarquent. Le petit Daniel Kaminsky, envoyé avant la guerre à Cuba, voit sa famille repartir pour l’Allemagne. Il apprendra plus tard qu’elle aura été exterminée à Auschwitz. De nos jours à Cuba, un certain Élias, petit-fils de Daniel Kaminsky, vient trouver le Conde, ex-flic, afin qu’il enquête. En effet, le Rembrandt ayant appartenu à sa famille a mystérieusement fait sa réapparition dans une salle des ventes à Londres. Qui a trahi les Kaminsky en 1939, leur faisant miroiter une vie à Cuba contre le célèbre tableau?

L’enquête menée par le Conde va l’emmener à contempler la noirceur de l’humanité. A travers un savant jeu de retours en arrière, l’auteur nous entraîne dans le Cuba des années 40 et celui, plus récent, des années 2000. Outre l’intrigue très prenante, qui place Daniel au cœur de l’intrigue, Leonardo Padura se livre à une réflexion intéressante sur la judéité. Qu’est-ce qu’être juif en 1939? En 2008?

Il nous entraîne aussi dans les ruelles de Cuba, une île coincée entre une dictature féroce et une envie folle de goûter à la liberté, éperdument tendue vers l’Occident et les USA. Son personnage du Conde m’a tout de suite plu. C’est un loser, un raté terriblement attachant qui vit au jour le jour, pourvu qu’il ait une bouteille de rhum sous la main et un bon bouquin!

Si j’ai aimé la première partie consacrée à Daniel et sa famille, j’ai un peu moins apprécié la deuxième qui nous entraîne au 17ème siècle à Amsterdam sur les traces de l’origine de ce tableau de Rembrandt. La lecture devient alors plus exigeante. C’est peut-être ce qui m’a gênée. Le lecteur est moins dans l’intrigue haletante du début mais suit le cheminement intérieur d’Élias, un jeune juif qui choisit de devenir peintre, bafouant ainsi toutes les règles religieuses de sa communauté. C’est tout de même un beau moment de littérature que de voir ce jeune homme faire un choix: celui du libre arbitre dans un monde où Dieu est la seule référence.

Enfin la troisième partie m’a moins convaincue. Pour lever le mystère sur la réapparition du tableau de Rembrandt, l’auteur passe par des détours dont il aurait pu s’abstenir. Cette dernière partie m’a fait l’effet d’une pièce rapportée même si elle n’est pas dénuée d’intérêt. J’avais parfois l’impression que cette ultime intrigue, tournant autour de la disparition d’une adolescente, n’avait plus de lien avec le reste du roman.

Hérétiques demeure un roman haletant qui nous entraîne au cœur de Cuba. Si j’ai aimé la première partie du roman, la suite m’a un peu moins séduite. J’ai cependant passé un agréable moment en compagnie de Mario Conde, regrettant presque de refermer le livre.

Academy street de Mary Costello

 

Academy Street de Mary Costello,

Publié aux éditions Points,

2016, 189 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tess a sept ans lorsque sa mère meurt de la tuberculose. Nous sommes en Irlande dans les années 40, dans le vaste domaine familial d’Easterfield. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale. Tess a vingt ans lorsque des études d’infirmière la poussent à Dublin ; peu après, sa sœur Claire lui propose de venir tenter comme elle sa chance à New York. La vaste métropole et le tourbillon des années 60 emportent la timide jeune femme vers son destin.

Academy Street fait partie du dernier envoi des éditions Points. La couverture, très belle, m’a poussée à ouvrir ce petit roman d’à peine 200 pages. Au final, je suis assez mitigée. Je ne peux ni dire que j’ai aimé ce roman ni affirmer que je ne l’ai pas apprécié.

Commençons par les points positifs. L’écriture (et donc la traduction) est juste magnifique. Mary Costello manie divinement bien la langue et toutes ses nuances. Elle a un style vraiment très beau. Au début du roman, j’ai véritablement eu les larmes aux yeux lorsqu’elle décrit la détresse de Tess qui assiste à l’enterrement de sa mère. L’auteur raconte avec justesse toute l’incompréhension de la petite Tess, âgée de 7 ans, qui ne saisit pas vraiment ce qui se déroule sous les yeux. La scène inaugurale est déchirante.

J’ai apprécié aussi la partie du roman qui se déroule en Irlande. La famille de Tess est nombreuse. Le père n’est pas tendre avec ses enfants et on imagine sans peine la dureté et les peines dans la vie de Tess. L’auteur nous plonge dans une Irlande à la fois belle et cruelle. J’ai beaucoup adoré cette atmosphère sauvage.

Cependant la suite du récit m’a beaucoup moins emballée. Alors que Tess devient infirmière, elle décide de rejoindre sa sœur Claire à New-York. Là-bas, la jeune femme va vivre une existence faite de labeur et de solitude. En réalité, l’histoire de Tess est intéressante. Cette jeune fille va vivre une partie du rêve américain en s’intégrant à la société et en travaillant mais c’est l’héroïne en elle-même qui ne m’a pas plu. Tess est molle, passive et se complaît dans une attitude attentiste. J’ai eu envie de la secouer comme un prunier tout au long du livre. Tess est « molle du genou » et c’est peu dire! Elle semble assister à sa propre vie, ne prend guère d’initiative et reste dans une inertie qui m’a parfois exaspérée.

Son destin ressemble à celui d’une héroïne tragique mais sans le sang et les larmes…. Tess semble être écrasée par la fatalité et ne fait, en tout cas, rien pour aller de l’avant.

Si Academy street a su m’émouvoir à certains moments, le personnage de Tess bien trop timoré à mon goût m’a ennuyée. C’est vraiment dommage car l’écriture de l’auteur est magnifique et nous emmène loin dans l’émotion.