Passent les heures de Justin Gakuto Go

 

Passent les heures de Justin Gakuto Go,

Publié aux éditions Points,

595 pages, 2014.

 

 

 

 

 

Étudiant à San Francisco, Tristan Campbell reçoit un jour un étrange coup de téléphone d’un cabinet d’avocats londonien : il pourrait être l’héritier de l’immense fortune d’Ashley Walsingham, disparu en tentant de conquérir l’Everest en 1924. Tristan entame alors une course contre la montre car il n’a que quelques semaines pour prouver qu’il est bien le descendant de l’alpiniste et de l’amour de sa vie avant que l’héritage ne revienne à l’État…
Lancé sur leurs traces, Tristan va reconstituer le puzzle de son histoire. Des tranchées de Picardie au Berlin des années vingt, des sommets de l’Himalaya aux fjords d’Islande, il découvre peu à peu leur fulgurante passion, prise dans les tourments de la Première Guerre mondiale. Obsédé par les amants tragiques, Tristan parcourt l’Europe et prend conscience du véritable enjeu de cette quête.

 

Je continue d’avancer dans la sélection de romans pour le prix Points avec Passent les heures de Justin Gakuto Go. J’avais laissé ce livre un peu de côté à cause de sa taille (600 pages quand même). Après une semaine de lecture mi-figue, mi-raisin, voilà ma chronique en demi-teinte.

Tristan est un jeune étudiant en histoire à San Francisco. Un jour, il reçoit un appel d’un cabinet d’avocats. Il serait l’héritier d’une fortune colossale via l’explorateur Ashley Walsingham. Pour tenter de capter cet héritage, Tristan doit prouver qu’il a bien un lien de parenté avec ce dernier. Une course contre la montre débute car Tristan n’a que deux mois pour apporter les preuves suffisantes…

Passent les heures est un roman sur la quête de soi, l’apprentissage du monde, la valeur des choses et des sentiments. L’auteur entremêle deux histoires: celle de Tristan qui va faire le tour de l’Europe à la recherche de ces fameuses preuves et l’histoire d’Ashley et d’Imogen, ses arrières grands-parents supposés. Les chapitres alternent donc entre le récit de Tristan et celui des grands-parents.

Le récit de Tristan et sa quête du « trésor » ne m’ont pas plus passionnée que ça. Tristan, à partir d’une simple lettre et de quelques indices, part à la recherche d’une preuve tangible et recevable. La manière dont il s’y prend laisse rêveur surtout quand les portes de toutes les bibliothèques et de tous les fonds s’ouvrent à lui. Cette chasse au trésor m’a parfois agacée notamment quand Tristan s’embourbe dans ses idées et tourne en rond. Je n’ai pas trouvé que le personnage avait une personnalité attachante. Il part en Europe sans un sou en poche et fait des rencontres, plus ou moins concluantes. Certaines relations s’établissent très rapidement et font cliché, copier-coller. C’est ce qui m’a le plus déçue peut-être.

En revanche, l’histoire d’Ashley et d’Imogen fait de lettres, de télégrammes et de récits m’a charmée. L’auteur nous plonge au cœur de la première guerre mondiale. C’est le récit du début d’une belle histoire d’amour qui se terminera tragiquement. J’ai vibré et j’ai eu la gorge serrée aux côtés d’Ashley dans les tranchées. Certaines pages sont tristement belles, empruntes de violence. L’auteur m’a véritablement transportée aux côtés de ces deux héros épris de liberté et sincèrement idéalistes.

Bien entendu, les deux histoires se rejoignent à la fin ou sont, en tout cas, sensées se rejoindre. Je suis d’ailleurs restée un peu bête face aux derniers chapitres et j’ai eu l’impression d’avoir raté quelque chose. Cette fin ne m’a clairement pas plu et c’est dommage car on referme le roman sans explications supplémentaires.

Au final, je suis assez mitigée. Passent les heures et un roman qui m’a parfois ennuyée, agacée mais qui à d’autres moments m’a tenu en haleine et vraiment émue. La quête de Tristan paraît trop stéréotypée pour moi. En revanche, ce roman pourrait être lu uniquement pour l’histoire d’Ashley et Imogen. Un roman plaisant mais pas impérissable.

 

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La vie amoureuse de Nathaniel P. d’Adelle Waldman

 

La vie amoureuse de Nathaniel P. d’Adelle Waldman,

Publié aux éditions Points,

2016, 330 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’écrivain new yorkais, Nate Piven est une star montante. Après une première vie sérieuse et rébarbative de premier de la classe, suivie de quelques années de vaches maigres, il vient de signer un contrat généreux pour un roman. De plus, il ne cesse d’être sollicité par de nouveaux magazines qui souhaitent le faire contribuer à leurs dossiers. Quant aux femmes, il est entouré des plus belles et des plus désirables : Juliet, reporter économique de haut vol ; Elisa, sa somptueuse ex-petite amie ; et Hannah, que « presque tous considèrent comme gentille et intelligente, ou intelligente et gentille », qui n’a pas son pareil dans les conversations entre amis. Mais lorsque l’une de ces histoires devient plus sérieuse que les autres, Nate est contraint de se demander ce qu’il souhaite réellement…

Je continue mon exploration des titres sélectionnés dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Points 2016 avec cette fois-ci La Amoureuse de Nathaniel P. En lisant les différents avis de ci, de là, j’avoue avoir commencé cette lecture à reculons. En tout cas, je peux dire une chose: je suis contente d’être allée au bout de ce roman et d’avoir tenu même si parfois cela relevait de l’auto-flagellation.

Tout aurait pu bien commencer pourtant. La quatrième de couverture plutôt alléchante nous fait miroiter une tranche de vie très new-yorkaise auprès d’un jeune homme, Nathaniel, écrivain de son état, un peu torturé sur les bords. Bref, tous les ingrédients avaient l’air d’être parfaitement réunis pour donner naissance à une lecture intéressante. Hélas, dès les premières pages, j’ai détesté Nathaniel mais surtout sa façon de vivre et de penser.

Disons-le tout haut, Nathaniel est un odieux connard. Dès qu’une relation devient un tout petit peu plus sérieuse, il se tire à grandes enjambées, sans explication, plantant le plus souvent une fille plutôt gentille et intelligente. En clair, Nathaniel se pose des tas de questions sur ses relations aux femmes et à l’amour et c’est pas joli joli. Je retiens de ce personnage un narcissisme rarement égalé en  littérature et une façon de catégoriser les femmes de manière assez odieuse. Nathaniel aurait ainsi le don de tomber uniquement sur « des fifilles exigeantes ». Je n’ai pas vraiment compris de quoi voulait parler l’auteur. L’image de la femme est complètement réductrice. L’auteur a tenté de refléter la pensée moderne des hommes. J’espère qu’elle se plante et j’ose imaginer que les hommes d’aujourd’hui pensent un peu différemment.

Outre le fait qu’il est un odieux connard, je n’ai pas réussi à savoir si Nathaniel est un génie des lettres, un intellectuel reconnu ou tout simplement un imbécile. Ses pensées sont obtuses et je n’ai pas ri ou même souri une seule fois à ses « bons » jeux de mots. Certains dialogues m’ont carrément perdue et je ne voyais pas où les personnages voulaient en venir. Suis-je complètement idiote? Nathaniel est aussi un personnage ennuyant au possible. En effet, pendant 330 pages, l’auteur nous parle de Nathaniel et de sa relation avec Hannah, sa nouvelle petite amie. Au début tout est beau, tout est nouveau et puis Nathaniel se rend compte qu’un couple, et bien, ça s’entretient, que la flamme initiale a tendance à faiblir. Un jour, on remarque les défauts chez l’être aimé. Cette même personne a parfois tendance à nous agacer. Et là c’est le drame: Nathaniel veut rompre mais il est trop lâche pour se prononcer le premier. Bref, on va de réflexion en réflexion, d’hésitation en hésitation. Et puis à la fin, on se rend compte que sa relation avec Hannah a duré cinq mois. Cinq mois! C’est une blague…. tout ça pour ça! La question que je me pose est donc: Nathaniel es-tu encore au collège avec tes réflexions enfantines dignes d’un adolescent prépubère???

J’ai apprécié quand même l’ambiance cosy des cafés et des brasseries new-yorkaises (que Nathaniel déteste au passage). L’auteur brosse un portrait ironique et cynique du monde de l’édition où chacun à tendance à contempler son propre nombril se pensant le prochain génie du siècle.

Vous m’avez compris, cette vie amoureuse ratée ne m’a pas du tout plu. Je me suis ennuyée terriblement et j’espère bientôt oublier cet affreux Nathaniel.

 

Les Réputations de Juan Gabriel Vasquez

 

Les Réputations de Juan Gabriel Vasquez,

Publié aux éditions Points,

2015, 192 pages.

 

 

 

 

 

Célèbre caricaturiste politique colombien, pouvant faire tomber un magistrat, renverser un député ou abroger une loi avec pour seules armes du papier et de l’encre de Chine, Javier Mallarino est une légende vivante. Certains politiciens le craignent, d’autres l’encensent. Il a soixante-cinq ans et le pays vient de lui rendre vibrant hommage, quand la visite d’une jeune femme le ramène vingt-huit années en arrière, à une soirée lointaine, à un « trou noir ».
Qu’avait fait ce soir-là le député Adolfo Cuéllar et qu’avait vu exactement Javier Mallarino ? Deux questions qui conduisent le dessinateur à faire un douloureux examen de conscience et à reconsidérer sa place dans la société.

 

Encore merci aux éditions points pour l’envoi de ce roman dans le cadre du prix du meilleur roman 2016. Après m’être penché sur la quatrième de couverture, je me suis lancée dans ce livre avec envie et curiosité. Bilan: j’ai beaucoup aimé!

L’auteur nous plonge au cœur de la société colombienne, à Bogota. Javier Mallarino est caricaturiste dans un quotidien réputé. Chaque jour, il croque les hommes politiques, les acteurs et autres célébrités afin de dénoncer ou mettre en lumière un problème de société. Malgré les lettres de menace déjà reçues, Mallarino est un homme qui n’a pas peur et qui va jusqu’au bout de son art. La caricature est un don qu’il met au service de la société. Ainsi, l’homme se sent utile.

Lors d’une soirée dans laquelle il reçoit un prix venant couronner sa carrière, une jeune femme, Samanta, lui demande une interview. Mallarino fixe un rdv à la jeune femme dès le lendemain. Chez lui, Samanta lui avoue le véritable motif de sa venue. Elle n’est pas journaliste. Elle veut savoir la vérité. Que lui est-il arrivé un soir, alors qu’elle n’avait que 7 ans, lors d’une soirée chez Mallarino? Le caricaturiste lui raconte ce qu’il s’est passé et les conséquences de cette douloureuse soirée…

En  200 pages, l’auteur parvient à immerger son lecteur au cœur d’une histoire forte et dérangeante. Il y a d’abord le récit de cette fameuse soirée chez Mallarino. Mais qu’ont véritablement vu les gens? Et puis il y a les conséquences d’une caricature de Mallarino sur le député colombien Adolfo Cuellar. Mallarino a-t-il eu raison? Est-il allé trop loin ou a-t-il seulement révélé la vérité?

L’auteur plonge son lecteur au cœur d’une affaire sulfureuse où la force du dessin et de la caricature a toute sa place. A l’heure actuelle où le travail des caricaturistes, sans forcément penser à Charlie Hebdo, est fortement remis en question, Vasquez offre à son lecteur un roman dans lequel le dessin a toute sa place, car finalement c’est lui le véritable protagoniste du roman. Les Réputations c’est en somme l’histoire d’une caricature et de ses conséquences, de son impact. Mallarino est tantôt adulé, tantôt critiqué mais toujours respecté car ses dessins ont plus de force qu’une bombe.

Les Réputations posent aussi la question de la légitimité du caricaturiste. Jusqu’où peut-il aller? A-t-il tous les droits? Y-a-t-il des tabous? Mallarino a conscience de son art comme une arme et l’affaire Cuellar va provoquer chez lui un examen de conscience douloureux.

Avec Les Réputations, Vasquez signe un roman fort et pertinent et met en lumière la force de la caricature qui reste bien réelle.

 

Scipion de Pablo Casacuberta

 

Scipion de Pablo Casacuberta,

Publié aux éditions Points,

2016, 332 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment peut-on survivre lorsqu’on a été prénommé Hannibal par un père historien ? Vaincu dès le départ, notre héros, lui aussi historien, n’a jamais été à la hauteur des rêves de son géniteur. Chassé de l’université, il a sombré dans l’alcoolisme et la lamentation paranoïaque. À la mort de son père, il hérite de trois boîtes au contenu hétéroclite. Au milieu des journaux intimes et des souvenirs de l’enfance se cache le début d’un plan machiavélique qui va pousser Aníbal vers des personnages excentriques et d’anciennes amours.

Je continue mon exploration des titres sélectionnés en vue du prix du meilleur roman Points 2016. Avec l’arrivée d’une nouvelle fournée de livres, j’ai pu piocher allègrement et mon dévolu s’est porté sur Scipion de Pablo Casacuberta, un auteur uruguayen.

La 4ème de couverture m’a vraiment donné envie de lire ce court roman: un universitaire névrosé et alcoolique, reçoit sa part d’héritage. Mais la pomme est pourrie. Pour accéder aux royalties et à la maison promise, son défunt père, dans un ultime pied-de-nez, impose au narrateur des conditions très contraignantes. Tout, sur le papier, avait de quoi me plaire. Au final, je suis assez déçue et très mitigée.

En réalité, je me suis ennuyée avec ce roman. Pourtant tous les ingrédients sont réunis. Annibal, le narrateur, est le fils d’un historien très renommé et reconnu, décédé deux ans plus tôt. A force d’être rejeté et de se comparer à ce père impitoyable, Annibal est devenu un raté. Il dort dans une pension crasseuse et vivote en tapant les thèses des étudiants. L’auteur dresse le portrait d’un homme écrasé par le poids du père. Annibal n’a jamais su dépasser cette rivalité qui l’a poussé à l’alcoolisme et au mépris de sa personne. A travers cette quête de l’héritage et la résolution des conditions imposées, une fois de plus, par le père de manière post-mortem, le narrateur va à la rencontre de cette image personnelle tant haïe et il va tenter de se réconcilier avec son passé afin d’avancer. Le thème du roman est cependant intéressant et est traité de manière pertinente et Annibal pose un regard lucide sur sa condition.

Si je me suis ennuyée, c’est à cause du style de l’auteur auquel je n’ai pas bien accroché. Annibal a la fâcheuse tendance de faire des phrases à rallonge qui m’ont tout simplement perdue. En effet, on suit les réflexions et les digressions de cet homme plein de ressentiment vis-à-vis de la figure du père. J’avoue que certaines phrases m’ont laissée perplexe tant elles partaient dans des considérations étranges et éloignées du propos de départ.

En outre, Annibal est un personnage de « plaignant ». Il geint, il chouine, il pleure sur son sort mais ne fait rien pour s’en sortir. Il a un côté Mister Bean qui m’a fait sourire quelques fois c’est vrai mais la répétition des gags, souvent exagérés, m’a rapidement agacée. Annibal, c’est le genre de type qui rentre dans une pièce et qui fracasse le vase en cristal de mémé d’une valeur inestimable puis qui se prend les pieds dans le tapis pour finir par s’électrocuter à moitié avec la seule lampe défectueuse de la salle. C’est peut-être drôle au départ mais on sature vite. Annibal m’a plutôt irritée avec son air de chien battu perpétuel qui s’imagine déjà faire sa vie avec une femme parce qu’elle lui a tenu la main cinq minutes pendant qu’il était évanoui.

D’autre part, je n’arrive pas toujours à savoir si son père était une sommité dans son domaine ou un imposteur. En effet, Annibal semble tellement mépriser ce père tout-puissant qu’il parvient à instiller chez le lecteur l’idée qu’il n’est qu’un bouffon, un salaud cachant son jeu. Il y a un tel écart entre les personnages qui admirent le père du narrateur et ce fils plein de rancœur que j’en suis perdue. De plus, j’aurais pensé qu’il y aurait davantage de références à l’Histoire. Annibal porte un nom mythique et le titre du roman m’a quelque peu titillée. Je ne vois toujours pas le rapport. Y-a-t-il un parallèle à faire avec l’histoire d’Hannibal? Pourquoi le roman porte-t-il ce titre? Mystère ou bien folie de la lectrice que je suis?

Je suis tout de même allée au bout du livre et là, Ô miracle, j’ai apprécié et même trouvé émouvante la fin du roman. Il faut quand même avoir lu 2/3 de plaintes en tous genres avant cela pour accéder au saint Graal. Cette fin m’a touchée, émue car notre Annibal tombe le masque de Pierrot triste et déprimé. Il finit enfin par se bouger les fesses et par avancer. Les dernières pages sont tout simplement magnifiques, à la fois pleine de tristesse et d’espoir.

Scipion est un roman qui me laisse bien mitigée. Je n’ai pas adhéré à la plume de l’auteur ni à son personnage trop apathique pour moi. Cependant tout n’est pas à jeter. Dans un dernier sursaut, l’auteur parvient à réveiller son lecteur dans une sorte de grâce émouvante. Une lecture en demie-teinte pour moi!

 

Retour à Little Wing de Nickolas Butler

 

Retour à Little Wing de Nickolas Butler,

Publié aux éditions Points,

2015, 375 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…

J’ai la très grande chance de faire partie du jury « Prix du meilleur roman Points 2016 ». J’en suis très heureuse et j’ai reçu « Retour à Little Wing » dans la première partie de la sélection Poche. Sachant que le roman a déjà reçu le prix Page/America 2014, j’en attendais beaucoup. Je n’ai pas été déçue! Ce roman m’a emportée et m’a surprise à bien des égards.

L’intrigue débute dans le Wisconsin, plus précisément dans la petite ville de Little Wing. Il n’y a pas grand chose à y faire. La plupart des habitants sont des fermiers qui n’ont jamais quitté leur ville natale. La seule distraction est le bar des Anciens combattants et le supermarché du coin, c’est dire! Nous faisons la connaissance de quatre amis: Hank, marié à Beth, Lee, Kip et Ronny. Chacun de ces personnages va prendre la parole, nous livrant son point de vue, ses rêves et surtout ses désillusions. Il s’agit donc d’un roman choral où, à chaque chapitre, un personnage différent prend la parole.

Au départ, j’ai été plutôt dubitative. Hank est le premier à prendre la parole. Il doit assister à l’enterrement de vie de garçon de Kip puis à son mariage. Il ne se passe pas grand chose. Ce chapitre inaugural permet de présenter chaque personnage et d’étudier leurs relations. Kip a fait fortune à Chicago et souhaite remettre sur pied la fabrique de la ville; Lee est devenu un chanteur très connu et adulé à travers l’Amérique; Ronny a un peu perdu les pédales après un accident de rodéo. Quant à Hank, il n’a jamais quitté sa ville, s’est marié avec son amour de jeunesse, Beth, et s’occupe de la ferme. Les amis se croisent et se recroisent au hasard des noces, des divorces et des allers et retours. Un peu comme un étranger, on s’avance sur la pointe des pieds dans la vie de ces hommes et puis on se prend de passion rapidement pour leurs problème, leurs envies et leurs rêves.

Dans ce roman, l’auteur dissèque l’amitié de quatre jeunes hommes. Il y a ceux qui se jalousent, ceux qui s’épaulent coûte que coûte. Ce roman n’offre pas de scènes d’actions ou un suspens à couper le souffle et pourtant on se laisse prendre aux retrouvailles, aux disputes. Finalement, je me suis énormément attachée à chacun des personnages: Kip, le jeune loup aux dents longues qui n’estime que l’argent finit par émouvoir le lecteur; Beth renonce à ses rêves de jeunesse pour se consacrer à sa famille; Lee n’aspire qu’à la tranquillité.

Nikolas Butler dresse à la perfection le portrait de ces Américains qui viennent du fin fond de leur pays, qui n’ont jamais parcouru plus d’une centaine de kilomètres. L’horizon des quatre amis se borne à Little Wing, petit ville qui incarne l’Amérique profonde. On pénètre dans l’intimité de ces personnages qui deviennent presque nos amis, notre famille.

J’ai eu bien du mal à quitter Hank et les siens et j’aurais aimé que les histoire des uns et des autres se prolongent indéfiniment. Encore longtemps après avoir refermé mon roman, j’ai repensé à Hank, Beth, Ronny, Lee et Kip. Retour à Little Wing est le genre de livre qu’on a envie de relire pour profiter encore un peu de l’atmosphère douce-amère et des  personnages, devenus entre temps un peu plus que des êtres de fiction.