Dans les bras de Verdun, Nick Dybek

 

 

Dans les bras de Verdun de Nick Dybek,

Publié aux éditions Presses de la cité,

2018, 336 pages.

 

1921. Tom, originaire de Chicago, travaille à l’ossuaire de Verdun. Un jour, il rencontre Sarah, Américaine partie sur les traces de son mari porté disparu. Dans cette petite ville défigurée par l’horreur, les deux déracinés vont vivre la passion la plus forte : celle qui s’épanouit dans l’ombre d’un absent. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent devant un hôpital psychiatrique de Bologne, où un soldat amnésique donne espoir à bon nombre d’endeuillés. Dans l’Italie sous tension, Tom et Sarah font la connaissance de Paul, journaliste autrichien que le cas de l’amnésique intéresse aussi. Chacun d’eux a un secret.
1950. À Santa Monica, Tom, devenu scénariste, mène une existence paisible mais morne. Lors d’une soirée à Los Angeles, il recroise Paul.

Dans Les bras de Verdun est un roman sur l’amour, les souvenirs et la folie. Nous suivons Tom, originaire des États-Unis. Il travaille à Verdun où il se charge de ramasser les ossements des soldats morts au combat pour réhabiliter leur mémoire. Il en a croisé des familles endeuillées venues réclamer leurs morts, venues voir où leur père, leur fils, leur frère avait perdu la vie, sous les bombes, dans les tranchées.

Il rencontre Sarah, Américaine comme lui, cherchant son mari, porté disparu. Tom va alors lui raconter une histoire, un mensonge qui donne de l’espoir à Sarah et qui fait basculer l’histoire dans la folie et la culpabilité.

Dans Les bras de Verdun repose sur un mensonge. Pas le mensonge qui sert à se justifier ou à se déculpabiliser, non. Le genre de mensonge qu’on pense être bénéfique, pour redonner espoir et confiance. Mais la machine s’emballe et ce qui s’avérait au départ né d’une bonne intention se transforme peu à peu en un vrai cauchemar duquel Tome tente de se réveiller.

La première partie du roman peu paraître un peu superflue. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle manque d’intérêt mais l’intrigue est lente. Sarah et Tom se rencontrent et une histoire d’amour naît rapidement entre eux. On sent cependant que Sarah cache quelque chose. Certaines zones d’ombre semblent l’entourer. Quant à Tom, c’est un personnage sans attache. L’auteur fait de constants aller-retour entre sa vie en 1921 à Verdun et son existence paisible, aux États-Unis dans les années 50.

En revanche, l’histoire bascule et prend de l’ampleur dans la seconde partie du livre. Tom va enquêter à Bologne en Italie. Un mystérieux soldat, sans identité, sans aucun souvenir, étonne tous les médecins de l’hôpital. Là-bas, Tom retrouve Sarah qui croit dur comme fer qu’il peut s’agir de son mari disparu tandis que Paul, un Autrichien, prétend lui aussi connaître cet individu…. Qui a raison? Qui a besoin de croire en cet espoir quitte à basculer dans la folie? C’est ce que propose ici d’évoquer le roman. Cette partie est vraiment passionnante car l’auteur nous plonge dans l’horreur de l’après-guerre. Que faire de ces soldats devenus fous, défigurés, sans mémoire? Il nous narre des anecdotes véritables qui donnent de l’ampleur au récit. Tandis que Tom s’enfonce dans son mensonge, Sarah ne parvient plus à distinguer le vrai du faux. Malgré de nombreux dialogues et une intrigue au rythme plutôt lent, j’ai été complètement happée par cette enquête sur l’identité de ce fameux soldat. Cette partie très documentée sur fond de troubles politiques m’a beaucoup plu parce qu’on y retrouve quelque chose d’authentique et de sincère.

Mon seul bémol concerne la volonté de l’auteur d’éclater son roman en plusieurs récits. Il perd parfois son lecteur en voulant multiplier les histoires, les anecdotes, la laissant désemparé ou à l’inverse frustré de ne pas avoir eu le fin mot.

Dans les bras de Verdun introduit avec honneur Nick Dybek parmi le cercle des écrivains prometteurs. A suivre…

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My Absolute Darling, Gabriel Tallent

 

 

 

 

My Absolute Darling de Gabriel Tallent,

Publié aux éditions Gallmeister,

2018, 464 pages.

 

A quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Trouvé totalement par hasard dans une boîte à livres, je n’ai pu résister à l’envie de découvrir moi aussi My Absolute Darling, roman élu meilleur livre de l’année par de nombreux critiques. J’ai attendu que la fièvre retombe autour de cet ouvrage pour moi aussi me plonger dans cette œuvre. J’en ressors, chamboulée, presque meurtrie, même si j’ai bien failli abandonner en cours de route! Paradoxal…

My Absolute Darling c’est d’abord l’histoire d’un père, Martin, en totale adoration devant sa fille Julia, surnommée aussi « Turtle » ou « Croquette ». Sa fille, Martin l’aime tellement qu’il abuse d’elle. Le premier chapitre plante le décor et la scène finale ne laisse aucun doute sur l’amour qu’éprouve le père pour sa fille. C’est ensuite un roman qui se déroule en Californie mais pas vraiment celle que l’on imagine. Turtle et son père habitent dans une bicoque, éloignée de tout, cernée par la nature et la forêt. La maison est crasseuse à tel point que les araignées et les champignons se retrouvent à pousser un peu partout. C’est aussi un lieu dangereux puisque Turtle et son père passent leur temps à nettoyer leurs armes et à s’entraîner à tirer partout y compris dans la maison! Bienvenue donc dans un roman où les armes sont l’apanage suprême du pouvoir.

La première partie du livre m’a presque ennuyée. On suit donc Turtle, qui toujours accompagnée de son père, vit une existence morne et retranchée. Cette première moitié est plutôt répétitive. Turtle va au collège, rentre chez elle. Elle s’entraîne avec son arme. Elle ne parle presque pas à son père. On sent cependant que la suite ne va pas être du gâteau pour elle. Son père est un personnage rempli de zones d’ombre. Il aime sa fille d’un amour inconditionnel (au point de la désirer et de la posséder physiquement) mais il l’abaisse sans cesse en l’insultant. Turtle n’a qu’une bien piètre opinion d’elle-même, se trouvant moche et limitée. Martin a aussi un autre truc bien taré dans sa tête: il croit à la fin du monde imminente, entraînant sa fille comme une recrue des marines américains, stockant des tonnes de nourriture et de médicaments dans le sous-sol. On se dit que là, c’est pas gagné pour la gamine mais on continue la lecture, histoire de voir jusqu’où va ce pervers et psychopathe de père.

Et puis, page 200, BIM, miracle! Tout ça se décoince parce que Turtle rencontre Jacob, un garçon de son âge et même si elle ne tombe pas amoureuse (ça aurait été trop gnagnan, bien heureusement), elle découvre qu’un autre monde est possible. Et là, l’histoire devient géniale. Comment Turtle va-t-elle gagner sa liberté et se défaire de ce père abusif? On bascule alors dans un roman complètement haletant où Turtle va, petit à petit, prendre conscience que ce qu’elle subit depuis des années n’est pas normal.

Cette seconde partie m’a tenue en haleine et jusqu’à la fin, j’étais suspendue aux moindres faits et gestes de Turtle. Plus Turtle cherche sa liberté, plus le roman devient brutal, sombre, jusqu’à l’apothéose finale car comment se défaire de son bourreau si ce n’est en devenir un soi-même? C’est dur, parfois à la limite du soutenable et Gabriel Tallent nous livre une histoire écrite avec son cœur et ses tripes.

My Absolute Darling est un roman comme j’en ai peu lu dans ma vie. Gabriel Tallent nous donne un coup de poing avec cette histoire dont personne ne ressort indemne.

Dans la vallée de Hannah Kent

 

 

 

Dans la vallée de Hannah Kent,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 473 pages.

 

Le temps semble s’être arrêté dans ce village du sud de l’Irlande égaré dans la vallée et battu par la famine. Nóra Leahy a perdu son mari et sa fille et se retrouve seule avec son petit-fils de quatre ans, infirme. Pourtant, Nóra s’en souvient : quelques années plus tôt, Micheál marchait et commençait déjà à parler. Que lui est-il arrivé ? A-t-il été changé, remplacé pendant la nuit par les fées qui auraient posé un démon dans le berceau ? Est-ce à lui que la vallée doit la malédiction qui la frappe ? Mary, la jeune servante que Nóra vient d’engager, se laisse impressionner par les commérages du village et les rapporte à sa maîtresse. Ensemble, les deux femmes se mettent en quête de la seule personne en mesure de sauver Micheál : une originale, qui vit seule dans la lande et parle le langage des plantes. Car, même si tout le monde s’en méfie, on sait que la vieille Nance Roche a le don. Qu’elle communique avec le peuple invisible. Et qu’il n’y a qu’elle pour faire revenir ceux qui ont été enlevés…

Dans la vallée est un roman qui restera longtemps gravé dans ma mémoire de lectrice. Hannah Kent s’inspire d’un fait divers survenu en Irlande au XIXème siècle pour nous raconter une histoire à la fois fascinante et glaçante, celle de Nora et de Micheal son petit-fils infirme.

Le premier chapitre du roman donne le ton: Nora vient de perdre son mari, Martin. Elle se retrouve seule dans sa pauvre chaumière avec Micheal, son petit-fils qu’elle a adopté après le décès de sa propre fille. L’atmosphère est pesante. Il pleut, il fait noir, le mort est exposé dans la chambre. Les hommes et les femmes du village viennent lui rendre un dernier hommage dans la fumée des pipes et l’odeur de l’alcool local, le poitin. Le décor empli de pauvreté et de misère est planté.

Rapidement, on commence à murmurer, à répandre des rumeurs sur la mort de Martin. On l’aurait vu tomber au croisement de deux chemins, près d’un site dédié au petit peuple. On aurait vu des pies et des corbeaux ayant un étrange comportement peu avant qu’il ne meure. Et si les fées y étaient pour quelque chose?

Nance Roche, figure reclus et exclue du village, guérisseuse, interlocutrice privilégiée du petit peuple, vient jeter un voile mystérieux sur cette mort qui devient de plus en plus suspecte lorsque les habitants découvrent le mal mystérieux qui habite Micheal.

Hannah Kent nous emmène au cœur d’une Irlande partagée entre deux croyances: la religion catholique prend de plus en plus d’importance et d’ascendant, tandis que la tradition folklorique des fées et du petit peuple perd de son intensité. Elle raconte à la perfection ce tournant dans la foi des Irlandais. Il y a toutes les traditions, tout ce folklore qu’on continue à perpétuer malgré tout: les cendres dans les poches pour se préserver des tours joués par le petit peuple; le fer croisé sur le berceau du bébé pour l’empêcher d’être enlevé et remplacé par un changelin. Et puis il y a la religion catholique qui prend de plus en plus d’importance sur ces croyances qui deviennent dépassées, ridicules, d’un autre siècle.

L’auteur prend son temps pour poser la situation et montrer l’enjeu de ces croyances qui se télescopent. Nora et son petit-fils vont cristalliser toutes les peurs et toutes les superstitions. Peu à peu, l’atmosphère du roman devient pesante et lourde et sombre. Nora, en essayant de guérir son petit-fils, va se livrer à des actes de plus en plus extrêmes. Nous autres, simples lecteurs, assistons à une progression lente mais inexorable du drame qui se profile à l’horizon sans que nous puissions agir. En lisant ce récit, on ne peut que frissonner.

Nance Roche incarne à la perfection ce déchirement entre deux fois: guérisseuse, accoucheuse, on fait appel à elle pour soigner, pour contrer les mauvais sorts; on la rejette lorsqu’elle échoue, l’accusant de sorcellerie. Figure d’exclue, Nance est un personnage très mystérieux qui va tenter d’aider Nora. Elle se situe à la frontière: est-elle folle ou possède-t-elle le don? Les pages qui accompagnent ce personnage sont très belles et rendent hommage à la nature majestueuse et redoutable.

Dans la vallée est assurément un très beau roman, parfois contemplatif, qui entraîne le lecteur au cœur des croyances irlandaises entre folklore et superstition. Il entre parfaitement dans mon #PumpkinAutumnChallenge dans la catégorie « clochette, grimoire et chandelle ».

Magie Ex Libris, Tome 1: Le bibliomancien de Jim C.Hines

 

 

 

Magie Ex libris, Tome 1: Le bibliomancien de Jim C.Hines,

Publié aux éditions L’Atalante,

2016, 352 pages.

Isaac Vainio est un bibliomancien. Membre de Die Zwelf Portenaere, les Douze Gardiens des Portes, une organisation secrète fondée par Johannes Gutenberg, il dispose d’une magie très particulière : il peut puiser à volonté dans les livres et en tirer n’importe quel objet du récit. Et Isaac, en vrai fan de science-fiction et de fantasy, préfère par-dessus tout utiliser des pistolets laser, des ceintures-bouclier de Dune et des sabres laser de Star Wars quand les Gardiens l’envoient sur le terrain combattre les menaces magiques qui guettent la Terre. Sauf que, deux ans plus tôt, manquant perdre la raison et la vie au cours d’une mission qui a mal tourné, Isaac a été mis au placard. Réduit au rang de simple catalogueur, il ne conserve de son ancienne vie d’agent de terrain que Titache, sa fidèle araignée-flamme, qui a la particularité de prendre feu en présence d’un danger. Son existence rangée bascule le jour où trois vampires débarquent dans sa bibliothèque pour le tuer. Les Gardiens auraient déclaré la guerre aux morts-vivants…

Le résumé du tome 1 de Magie Ex libris est le genre de résumé qui envoie du rêve. On parle de bibliothèques, de bouquins et de possibilité de puiser à volonté dans les-dits bouquins au sens propre. Moi je dis banco! Et du rêve j’en ai eu!

Le lecteur suit Isaac, bibliothécaire le jour, bibliomancien la nuit! Il fait partie d’une organisation secrète: les douze gardiens des Portes. Sa faculté en ferait envier plus d’un puisque Isaac peut aller piocher dans les livres à peu près ce qu’il peut. Il n’a qu’à tendre la main et avec un peu de magie il peut rapporter un sabre laser ou la potion pour rapetisser d’Alice aux pays des merveilles. Plutôt cool comme pouvoir.

Mais il y a un hic! Un jour, trois vampires bien énervés débarquent dans sa bibliothèque et ce n’est pas vraiment pour emprunter des livres. Isaac manque de se faire tuer. Il va alors enquêter aux côtés de Lena, une dryade, et comprendre pourquoi les vampires ont les crocs…

Ce roman est juste incroyable. L’auteur nous entraîne, à un rythme hallucinant, dans la vie d’un homme qui vit pour les livres. Avec ses défauts et ses qualités! Les vampires peuvent le tuer mais en revanche toucher à ses précieux bouquins, pas question!

Le roman est truffé de références classiques ou plus contemporaines à la littérature. On passe aisément de Bram Stocker à J.K Rowling sans aucun problème et c’est totalement jouissif de voir étalée, là, sous, nos yeux, la littérature de SFFF. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir plonger au cœur d’un bouquin pour en rapporter la baguette d’Harry? L’auteur joue avec les fantasmes du lecteur grâce à Isaac, son lecteur ultime!

L’intrigue est vraiment bien menée. On suit les aventures d’Isaac, pas forcément très doué, qui cherche à en savoir plus. Il va croiser des personnages loufoques et s’en sortir grâce aux livres qu’il porte dans sa veste, un peu comme des armes de pointe. C’est aussi souvent drôle et cocasse car Isaac a le don pour se mettre dans les situations les plus extrêmes et les plus embarrassantes!

Ce premier tome est un coup de cœur! C’est drôle, bourré d’inventivité et intelligent. J’ai hâte de me plonger dans le tome 2…En plus il compte pour mon #PumpkinAutumnChallenge dans la catégorie « Vous prendrez bien un verre de True Blood? »

Créatures, recueil de nouvelles des Imaginales 2018

 

 

 

 

Créatures, recueil collectif de nouvelles dirigé par Stéphanie Nicot,

Publié aux éditions Mnémos,

2018, 281 pages.

 

Golem aux multiples visages ou intelligence artificielle en quête de soi , FFI de 1944 confrontés à des créatures lovecraftiennes ou soldat du futur étrangement lié à ceux qu’il a combattus , alcoolique au bout du rouleau re-boosté par une fée ou colonie humaine résistant aux extraterrestres , les récits proposés par les quatorze auteurs de l’anthologie des Imaginales 2018 soulignent qu’une créature peut en cacher une autre. Entre lieu étrange et futur inquiétant, univers parallèles et île mythique, mais aussi Dr Jekyll et Mr Hyde, Créatures nous rappelle également, par-delà la diversité des thèmes abordés, que les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre. Elle a tes yeux, affirme pour sa part le narrateur d’Estelle Faye, évoquant un amour qui résiste à la mort, pour s’interroger au final sur ce qui définit l’humain – et donne sens à nos vies.

Les auteurs : Claire & Robert Belmas, Fabien Cerutti, Jean-Laurent Del Socorro, Jean-Claude Dunyach, Estelle Faye, Fabien Fernandez, Olivier Gechter, Anthelme Hauchecorne, Gabriel Katz, Helene Larbaigt, Patrick Moran, Adrien Tomas, Jean-Louis Trudel, Elisabeth Vonarburg.

Acheté lors des dernières Imaginales, j’ai lu avec attention les 14 nouvelles qui composent ce recueil dédié aux créatures de tous poils! Comme toujours dans un recueil, certains textes m’ont plus percutée que d’autres mais je retiens que l’ouvrage a été conçu avec harmonie. C’est une saveur souvent douce-amère et mélancolique qui me reste en tête après cette belle lecture.

La Machine différente de Jean-Laurent Del Socorro inaugure ce recueil en proposant une lecture mélancolique et triste autour du mythe de l’intelligence artificielle. L’auteur y imagine une machine qui prend vie dans le sens où elle se voit dotée d’une âme. J’ai beaucoup aimé ce texte à la fois beau et tragique qui montre toute la vulnérabilité de cette machine, finalement bien seule face au monde qui l’entoure.

La deuxième nouvelle du recueil écrite par Anthelme Hauchecorne m’a également conquise. En commençant par la faim met en scène deux religieuses escortant une jeune orpheline dans son village décimé par une étrange bête. C’est d’abord très drôle car l’auteur manie l’humour avec finesse. C’est ensuite terrifiant. On bascule en quelques pages d’une farce à une histoire où les légendes les plus sombres prennent vie…

Gabriel Katz m’étonne encore avec sa nouvelle Une chance sur six. Il revisite avec talent le mythe de Jack L’Éventreur en transposant son histoire pendant la ruée vers l’Or, aux États-Unis. J’ai beaucoup aimé son ambiance poussiéreuse avec cet homme blessé, animé par un esprit de vengeance destructeur.

Légende du premier monde m’a complètement embarquée. J’ai adoré l’univers développé par Fabien Cerutti qui a un petit côté mythe de l’Atlantide. Ici il est question de fabrication de créatures aux pouvoirs incroyables pour mener des combats dans des arènes afin de satisfaire l’appétit sanguinaire du public.

Enfin, la nouvelle d’Estelle Faye qui clôt le recueil m’a aussi procurée beaucoup d’émotions. Dans Elle a tes yeux, l’auteur nous plonge dans un univers digne de Blade Runner. Le personnage recherche les pièces détachées du cybord qu’il a autrefois aimé. C’est encore une quête d’un amour détruit et perdu à jamais, doucement mélancolique.

Créatures est un magnifique recueil de nouvelles que je recommande à tous les amateurs du genre. Il entre dans mon #PumpkinAutumnChallenge dans la catégorie Métamorphoses.