Bilan Lectures du mois de Mars

Le mois de mars a été très riche côté lectures et côtés achats. En effet, je me suis rendue au salon du livre de Paris. Ce fut une journée intense mais tellement enrichissante. Au total, ce sont 7 livres qui sont entrés dans ma PAL.

Côté lecture, je dois dire que j’ai eu un assez bon rythme ce mois-ci avec 8 lectures et pratiquement que du bon!

Côté Thriller, j’ai adoré le tome 5 de la saga Millénium reprise par David Lagercrantz. La Fille qui rendait coup pour coup renoue avec le style initial et nous fait pénétrer davantage dans le passé de Lisbeth. Un régal pour moi. Rien de plus grand de Malin Persson Giolito m’a aussi énormément plu. C’est un roman qui m’a marquée et qui restera longtemps gravé en moi.

 

 

 

 

 

 

 

J’ai aussi lu des romans plus contemporains, aux thèmes très forts. Underground Railroad de Colson Whitehead est un coup de cœur absolu. Ce roman sur l’esclavage aux États-Unis m’a bouleversée. L’art de perdre d’Alice Zeniter, qui aborde la condition des Algériens en France sur trois générations, m’a aussi beaucoup intéressée même si le style de l’auteur m’a moins accroché. Exit West de Mohsin Hamid est ma petite déception. La première partie du roman m’a plus mais la fin m’a laissé un peu déboussolée. Enfin, le premier tome de La Symphonie du hasard de Douglas Kennedy m’a subjuguée. J’ai tout simplement adoré et le deuxième tome m’attend sagement dans ma PAL.

 

 

 

 

 

 

 

Enfin côté jeunesse, je me suis régalée avec le Tome 3 des Aventures de Penny Cambriole de Cécile Duquenne et j’ai succombé au charme du couple Thorn/Ophélie dans le deuxième tome de La Passe-Miroir de Christelle Dabos.

 

 

 

 

 

 

 

Les beaux jours arrivent, synonymes de vacances et de jours fériés. L’occasion de lire encore plus et faire baisser ma PAL d’ici les Imaginales. Et vous, quelles lectures vous ont marqués?

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Penny Cambriole, Tome 3: Les rouages du temps de Cécile Duquenne

 

 

Penny Cambriole, Tome 3: Les rouages du temps de Cécile Duquenne,

Publié aux éditions Safran,

2017, 91 pages.

 

La fin des vacances à Lambesc approche pour Penny. Aspirée par une faille spatio-temporelle, elle se retrouve à bord du Nautilus qui navigue vers l’Atlantide. Là-bas, elle découvre un danger plus grand que tout ce qu’elle a affronté auparavant et retrouve Arsène Lupin, un ancien ennemi qui pourrait devenir un allié.

Penny Cambriole est une série jeunesse mettant en scène Penny entourée des futurs Jack London, Marie Curie et Jules Verne. Les enfants ont déjà vécu pas mal d’aventures dans le tome 1 et le tome 2, devenant « Les veilleurs du temps ». En effet, ils ont la possibilité de voyager dans le temps afin d’anticiper ou de réparer le cours des choses.

Dans ce troisième opus, Cécile Duquenne entraîne Penny à Marseille. Alors qu’elle se régale d’un aïoli en compagnie de ses grands-parents, elle reçoit le message de détresse du futur Jules Verne. Aspirée par une faille spatio-temporelle, elle se retrouve à bord du Nautilus. Le cours du temps est en danger puisqu’un général Atlante, décidé à sauver l’Atlantide de sa chute, a modifié le cours du temps. Avec ses compagnons, Penny va essayer de réparer les dégâts.

Ce troisième tome m’a beaucoup plu. Il explore d’abord le mythe de l’Atlantide qui me fascine particulièrement. Le refus de voir sombrer cet archipel millénaire mène un cruel mais désespéré général à modifier le cours du temps quitte à révolutionner l’avenir de la planète entière.

J’ai aussi aimé la manière dont Cécile Duquenne joue avec le lecteur. Penny Cambriole est un roman jeunesse qui se situe à plusieurs niveaux. Il y a bien sûr les aventures et les rebondissements pour les plus jeunes des lecteurs. Mais il y aussi les sous-entendus, les non-dits destinés à un public plus mûr. Ainsi Penny s’amuse souvent du fait qu’elle en sait plus que ses camarades sur leur avenir et elle anticipe de nombreuses choses en faisant des clins d’œil au lecteur adulte que nous sommes. J’aime beaucoup cet humour délicat et cette ironie fine dans lesquels je reconnais bien l’auteur.

Laissez-vous donc tenter par le tome 3 de Penny Cambriole qui ravira tous les publics et plongez au cœur du mythe de l’Atlantide!

L’Art de perdre d’Alice Zeniter

 

 

L’Art de perdre d’Alice Zeniter,

Publié aux éditions Flammarion,

Prix Goncourt 2017 des Lycéens,

2017, 512 pages.

 

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Le prix Goncourt des lycéens est toujours une valeur sûre. Je suis étonnée une fois de plus de la qualité du roman qui a remporté les suffrages d’autant plus que L’Art de perdre est un sacré pavé et que le sujet abordé n’est pas évident.

Je vais tenter (je dis bien « tenter ») de vous donner mon avis sur ce roman dense et foisonnant. Alice Zeniter choisit de raconter trois vies qui se succèdent mais qui en même temps prolongent celle des autres: sur trois générations, le lecteur suit donc Ali, Hamid et Naïma.

Ali est Kabyle. C’est un paysan qui a réussit puisqu’il regarde les autres travailler la terre et les oliviers pour lui. Patriarche d’une vaste famille, il assiste impuissant à la longue descente aux enfers de son pays. Pris entre le FLN et l’armée française, Ali devient un harki malgré lui. En 1962, il fuit son pays avec Yema et ses enfants dont l’aîné s’appelle Hamid.

La deuxième partie du livre est donc consacré à Hamid, le fils aîné de la famille. Il arrive en France alors qu’il a une dizaine d’années. Il a tout à y apprendre et il fait le constat amer de son anormalité. Il n’a pas de pays, pas de racines: ni vraiment Algérien, ni vraiment français, Hamid tente de se construire dans une France des années 70 qui se libère peu à peu.

La dernière partie du roman est consacrée à Naïma, la fille d’immigré, issue d’un mariage mixte. Elle va chercher ses racines, complètement perdue sous le poids du silence et des non-dits.

A partir de cette trame, Alice Zeniter tisse une histoire générationnelle intense et dense. En toile de fond, la guerre d’Algérie: une guerre  fratricide, violente, qui laisse des traces profondes et douloureuses. Hamid incarne une génération qui a tenté d’oublier, de se fondre dans la masse pour faire corps avec une France qui bien souvent ne veut pas de ces enfants d’immigrés trop bronzés tandis qu’Ali a courbé l’échine toute sa vie, honteux d’être ouvrier, honteux de s’incliner devant le patron qui lui donne du « bicot » à tout va. Naïma paraît affranchie de ce poids. Jeune, belle, ambitieuse et libre, elle jouit d’une double culture mais fait le constat d’un manque, d’une perte qu’elle n’aura de cesse de combler.

L’écriture d’Alice Zeniter explore des pistes délicates et soulève des questions multiples: l’identité, la dignité, la culpabilité, le poids des traditions et de l’héritage. Elle éclaire des problèmes encore actuels qui rongent la société française et met en évidence qu’un individu ne peut pas se construire sans racines solides.

Avec cette fresque familiale foisonnante, Alice Zeniter livre un roman fort et passionnant.

Rien de plus grand de Malin Persson Giolito

 

 

Rien de plus grand de Malin Persson Giolito,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 487 pages.

 

 

La pièce empeste les œufs pourris. L’air est lourd de la fumée des tirs. Tout le monde est transpercé de balles, sauf moi. Je n’ai même pas le moindre bleu.

Stockholm, sa banlieue chic. Dans la salle de classe d’un lycée huppé, cinq personnes gisent sur le sol, perforées de balles. Debout au milieu d’elles, Maja Norberg, dix-huit ans à peine, élève modèle et fille de bonne famille. Son petit copain, le fils de la plus grosse fortune de Suède, et sa meilleure amie, une jolie blonde soucieuse de la paix dans le monde, figurent parmi les victimes, ainsi que Samir, brillant fils d’immigrés décidé à s’affranchir de sa condition. Neuf mois plus tard, après un battage médiatique qui a dépassé les frontières suédoises, le procès se tient. Mais qui est Maja ? Qu’a-t-elle fait, et pourquoi ?

Merci aux éditions Presses de la Cité pour ce thriller complètement addictif et original. Je n’avais jamais rien lu de semblable jusqu’à présent et je sors de ma lecture assez déboussolée. Malin Persson Giolito entraîne son lecteur dans une histoire dans laquelle toutes les cartes sont brouillées. Du grand art.

Le roman démarre rapidement. Maja est au tribunal. Elle a dix-huit ans, est issue d’une famille riche de Stockholm, elle est brillante à l’école. Et pourtant, elle est accusée de meurtre: elle a participé à une tuerie dans son lycée avec son petit ami Sébastian qui fait partie des victimes.

Dès le départ, on déteste Maja. C’est un monstre de cruauté qui juge la société du haut des ses dix-huit ans et qui semble se foutre complètement de son geste. Elle déteste ses avocats, semble tout autant détester ses parents. C’est une sale gosse et on se dit qu’elle mérite bien la prison à vie pour ce qu’elle a fait. D’ailleurs la procureure du tribunal ne lui laisse que peu d’espoir dès le début du procès.

Et puis, au fur et à mesure du roman, Maja va expliquer son geste, pourquoi il a y eu tous ces morts. On remonte alors le temps à ses côtés et on explore sa vie: sa rencontre avec Sébastian; l’amour fou, fusionnel de ces deux êtres; le mal-être de Sébastian qui rejaillit sur Maja.

L’auteur met son lecteur à la place du juré du tribunal. La vie de Maja est étalée devant nos yeux: elle y est disséquée. Maja est-elle la coupable? N’est-elle pas la victime de ce procès?

Peu à peu les éléments se mettent en place et on commence à comprendre les raisons et les conséquences de la tuerie. Jusqu’au bout, l’auteur tient son lecteur en haleine. Elle nous donne des éléments pour nous forger notre opinion puis brouille les cartes de manière à voir les choses sous un autre angle. C’est haletant d’un bout à l’autre.

Avec Rien de plus grand, Malin Persson Giolito signe un thriller déroutant, obsédant, déstabilisant. On doute de tout avec ce roman hypnotisant.

La Symphonie du hasard, Tome 1 de Douglas Kennedy

 

La Symphonie du hasard, Tome 1 de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Belfond,

2017, 384 pages.

Toutes les familles sont des sociétés secrètes. Des royaumes d’intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l’extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées.
Comme chaque semaine, Alice Burns, éditrice new-yorkaise, s’apprête à rendre visite à son jeune frère Adam. Jadis jeune loup de Wall Street en pleine ascension, ce dernier croupit désormais en prison.
Mais cette rencontre hebdomadaire va prendre un tour inattendu. Bien décidé à soulager sa conscience, Adam révèle un secret qui pourrait bien venir rompre les derniers liens qui unissent encore leur famille.

Et Alice de replonger dans l’histoire des siens, celle d’un clan à l’image de l’Amérique : volontaire, ambitieux, assoiffé de réussite, souvent attaqué, blessé parfois, en butte à ses propres démons, mais inlassablement en quête de rachat…

Les nombreuses critiques entendues ici et là promettaient que ce nouveau roman de Douglas Kennedy était exceptionnel. Je confirme: il l’est! J’étais presque triste de quitter ces personnages, cette histoire que j’ai lue bien trop vite à mon goût.

Douglas Kennedy raconte, dans ce premier tome, la vie d’Alice du lycée à son entrée à l’université. Nous sommes dans le Maine, au début des années 70. Alice est une jeune fille brillante dont la famille lui paraît complètement dérangée: une mère juive, un père irlandais, deux frères totalement opposés. La jeune femme tente de trouver sa place et de s’affranchir vis-à-vis d’une mère étouffante et d’un père qu’elle adore.

Douglas Kennedy nous raconte en fait la vie de cette famille sur plusieurs années et c’est l’occasion pour lui de décrire aussi la société de son époque: sur un plan politique, il y a le contexte américano-chilien fait de magouilles en tout genre avec Nixon à la tête de l’état; sur le plan sociétal, Alice découvre la sexualité plus ou moins libre, la littérature, les paradis artificiels. L’auteur balaye ainsi avec intelligence les travers de la société: ses évolutions, ses régressions. Il donne ici une large place à ses thèmes de prédilections: l’infidélité, le désir de réussir à tout prix, l’homosexualité. C’est passionnant.

Je ne me suis pas ennuyée. J’ai suivi la vie d’Alice avec beaucoup de plaisir. C’est une jeune femme passionnante et intelligente qui fait des choix de vie judicieux. C’est parfois pointu, peut-être trop pour les Européens que nous sommes, quand Alice se lance dans des débats sur la politique de son pays mais c’est en tout point passionnant. J’ai surtout aimé la partie où Alice est à l’université. Elle se lie d’amitié avec un professeur qui lui sert de mentor et j’ai adoré ce lien, cette amitié pudique.

C’est à regret que j’ai tourné la dernière page de ce premier tome. Oui, c’est du grand Douglas Kennedy , je peux l’affirmer. J’ai pu rencontrer l’auteur au salon du livre de Paris et j’ai donc acheté le deuxième tome de ce qui sera une trilogie. Je n’ai qu’une envie: rejoindre Alice et ses souvenirs.

Exit West de Mohsin Hamid

 

 

 

Exit West de Mohsin Hamid,

Publié aux éditions Grasset,

2018, 208 pages.

 

 

Une grande ville au bord de la guerre civile, quelque part au Moyen-Orient. Saïd y rencontre Nadia, une jeune femme indépendante, sensuelle et déterminée. Jour après jour, les explosions, les échanges de tirs et les points de contrôle sauvages transforment un peu plus la vie des habitants en enfer. Nadia et Saïd doivent se cacher pour vivre leur passion naissante, mais l’escalade de la violence finit de les transformer en prisonniers et les pousse à tout tenter pour partir, jusqu’à emprunter l’une de ces portes mystérieuses dont on dit qu’elles ouvrent sur l’Occident…
Avec cette histoire d’amour poignante sur fond d’exil et de crise migratoire, Mohsin Hamid nous prouve par son inventivité de conteur qu’un sujet d’actualité n’exclut pas la poésie ni même la magie. Une fable contemporaine et intemporelle.

Exit West est un roman qui me laisse particulièrement mitigée. Je ne parviens toujours pas vraiment à savoir si j’ai apprécié ou non cette œuvre. Mohsin Hamid situe son intrigue dans un pays en guerre: ce pourrait être l’Irak ou l’Afghanistan. Il y raconte le destin de Nadia et Said. D’abord étudiants, ils se cherchent, flirtent puis tombent amoureux dans un pays qui ne tolère pas les relations hommes/femmes comme on peut les concevoir en Occident.

La guerre éclate. Il y a d’abord des barrages et des contrôles puis des couvre-feu et enfin des tirs de roquettes, des largages de bombes. Nadia et Said ne voient qu’une solution: fuir leur pays. Ils deviennent alors migrants, rejetés là sur le bord de la Méditerranée, en Grèce, en quête d’un endroit plus sûr. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve?

Alors voilà, je suis bien embêtée avec ce livre car je n’en ai aimé finalement que la première partie. Mohsin Hamid nous plonge tête la première au cœur d’un pays en guerre et on ressent la peur des personnages, leur désir de fuite là où l’espoir n’est plus permis. L’itinéraire de Nadia et Said est déchirant: des camps de migrants en squats, ils cherchent avant tout à se mettre à l’abri et leur parcours résonne fortement avec des milliers d’autres. Sans tomber dans le voyeurisme, l’auteur nous donne à lire la détresse, la peur, le sentiment d’exclusion et la lente déliquescence d’un amour.

Cependant, son écriture reste très loin des personnages. Finalement Nadia et Said sont désincarnés. Je ne sais pas vraiment comment l’exprimer mais ils m’ont fait l’effet de personnages de conte à la fois proches et lointains. Leur histoire devient universelle et pourrait s’appliquer à n’importe quel migrant et c’est paradoxalement ce qui m’a dérangée. Le style de l’auteur m’a paru étrange et c’est peut-être pour cela que je n’ai pas accroché en totalité au récit pourtant poignant de ces deux âmes en fuite.

Exit West est un roman qui ne m’a pas totalement convaincue et j’ai l’impression d’être passé à côté de quelque chose de grandiose. Cette lecture me laisse donc un goût d’inachevé.

Underground Railroad de Colson Whitehead

 

 

 

Underground Railroad de Colson Whitehead,

Publié aux éditions Albin Michel,

2017, 398 pages.

Cora, 16 ans, est une jeune esclave née sur une plantation de coton en Géorgie. Grâce à César, elle réussit à s’échapper. Leur première étape est la Caroline du Sud, dans une ville qui semble être le refuge idéal mais qui cache une terrible vérité. Il leur faut fuir à nouveau, d’autant plus que Ridgeway, le chasseur d’esclaves, est à leurs trousses.

Underground Railroad a reçu le prix Pulitzer et le National Book Award et en le lisant, on comprend vraiment pourquoi. Colson Whitehead déploie une intrigue qui touche le lecteur au plus haut point et ne le laisse pas indemne. Difficile de parler d’une telle lecture quand elle vous marque à ce point et vous laisse anéanti, à bout de souffle une fois la dernière page tournée.

L’auteur nous plonge au cœur de la Géorgie dans la plantation des frères Randall. Ils possèdent des esclaves noirs, beaucoup d’esclaves pour cueillir notamment le coton dans les champs. Cora est l’une d’elle. Elle est esclave de mère en fille depuis deux générations. Sa mère Mabel a réussi à s’enfuir sans se faire prendre. Elle est la seule à ce jour à avoir réussi cet exploit. Un jour, Caesar, un nouvel esclave, propose à Cora de s’enfuir à bord du légendaire train clandestin et souterrain qui emmène les esclaves en terre libre, au Nord…

Colson Whitehead donne un souffle épique à son roman. On suit l’échappée de Cora qui s’enfuit avec Caesar et qui va traverser plusieurs états: l’Indiana, le Tennessee, la Caroline du Sud. A ses trousses, il y a le chasseur d’esclaves Ridgeway qui ne laisse jamais tomber sa proie. Il prend comme un affront personnel la fuite de Cora, fille de Mabel, la seule à lui avoir échappé. A travers les états esclavagistes, Cora va tenter de trouver sa place et de survivre.

La lecture de ce roman prend le lecteur aux tripes. Colson Whitehead déploie une langue où la violence de l’homme blanc contre l’homme noir est à son paroxysme. Des vies sont brisées, anéanties d’un seul claquement de doigt. Les noirs sont des objets qu’on troque, qu’on vend, qu’on casse, qu’on viole. Certains passages m’ont donné la nausée mais Colson Whitehead se contente juste de dire la vérité, de la montrer. C’est une partie de l’histoire de l’Amérique qui s’est écrite dans le sang et la douleur. D’abord le massacre des Indiens puis la traite des noirs enlevés de leur Afrique natale. Des « corps volés travaillant une terre volée »: voilà la phrase qui pourrait résumer ce roman.

C’est violent, effrayant mais aussi brillant. On s’attache à Cora, l’héroïne qui fuit la plantation et qui verra mille exactions, mille horreurs devant ses yeux à l’image de ces routes maudites où les cadavres des noirs pendent aux arbres sur des kilomètres. Dans une Amérique en proie encore aujourd’hui aux violences raciales, il est nécessaire, je pense, de lire de tels livres qui nous ramènent à la racine des choses.

Underground Railroad est un roman bouleversant qui m’a touchée, émue. Je pense encore aux mots de Colson Whitehead, à Cora, à tous ceux qui ont été mutilés, violés, tués…. Un roman magistral.