Sanditon de Jane Austen

En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences « très comme il faut », se déchaînent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l’étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d’une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le cœur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ?

 

À sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette œuvre inachevée. Une romancière d’aujourd’hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. En effet, au début du roman, le lecteur découvre que le récit a été achevé par « une dame ». Si l’histoire ainsi poursuivie m’a plutôt plu, je n’ai par contre pas apprécié le style de la dame en question.

J’ai d’abord eu du mal à franchir les 100 premières pages. Il faut dire que le style de Jane Austen n’est pas forcément facile et heureusement, c’est ce qui fait son talent! Elle décrit avec beaucoup de délicatesse les sentiments qui animent Charlotte, cette jeune femme invitée à passer quelques jours à Sanditon.

Avec beaucoup d’ironie et de perspicacité, Charlotte pose un regard lucide sur les gens qui l’entourent. Elle n’est pas dupe de la naïveté de Mr Parker ou encore de la pingrerie de Lady Denham. Elle porte un regard plutôt amusé sur les intrigues et les cachoteries. Bien qu’on la considère comme une jeune fille candide, Charlotte se démarque des autres par sa sagacité et son intelligence. Comme souvent avec Jane Austen, notre héroïne est une tête qui pense et qui pense bien.

Quant au jeune héros, Sidney Parker, je l’ai trouvé trop américanisé à mon goût. En lisant son portrait, je ne sais pas pourquoi mais j’imaginais qu’il était américain. Il paraît trop sûr de lui, trop décontracté pour moi. Bref, il fait très « cool » et je ne trouve pas que cette image colle parfaitement avec ce qu’aurait voulu faire Jane Austen.

Passé les 11 premiers chapitres, le style de l’auteur devient plus fluide et beaucoup plus aisé à lire!  Et c’est bien normal puisque Jane Austen s’est arrêtée là. C’est donc l’autre « dame » qui a pris le relais et malheureusement on le ressent énormément. Là où Jane Austen suggère, la dame qui a repris le relais écrase tout sur son passage, ne laissant guère planer le doute.

C’est peut-être ce qui m’a le plus déçue dans ce roman. Je sais bien sûr qu’il doit être extrêmement difficile d’adopter le style de Jane Austen mais certains passages m’ont semblé traité avec trop de légèreté. Jane Austen y aurait peut-être mis plus de circonvolutions. La nouvelle auteur a parfois tendance à tirer vers le Harlequin avec des sentiments trop vite dévoilés. On voit vite clair dans le jeu des personnages.

Cependant, l’intrigue reste correcte, pleine de retournements de situations et de surprises même si les férus de Jane Austen auront vu les choses venir de loin.

Pour résumer, j’ai passé un très bon moment avec ce roman continué par une autre. L’intrigue tient le coup. Je regrette cependant une différence de style trop évidente qui gâche à certains moments la lecture.

Emma, Kaoru Mori

Auteur: Kaoru Mori

Titre: Emma, Tome 1

Éditions: Ki-Oon, collection Latitudes

  

 

 

 

 

En Angleterre à l’époque victorienne, Emma est femme de chambre pour une préceptrice à la retraite. Douce, calme et réservée, la domestique cache un passé douloureux. Lorsque le riche William Jones rend visite à son ancienne gouvernante, il remarque la jeune fille et, petit à petit, des liens profonds se tissent entre eux.

 

   J’ai adoré ce manga! C’est un vrai coup de cœur pour moi. L’auteur a su rendre à la perfection l’ambiance de l’Angleterre victorienne et elle a su aussi rendre son personnage d’Emma très très attachant.

   Bien entendu, Kaoru Mori s’inspire directement de l’univers de Jane Austen. Elle lui rend en quelque sorte un hommage en consacrant tout une série au personnage d’Emma.

   Emma est une jeune femme de chambre au service d’une préceptrice à la retraite. Douce, réservée, consciencieuse, elle est aussi très belle. Ainsi le lecteur suit la vie d’Emma au jour le jour, dans son quotidien. Elle veut toujours rendre service et faire plaisir.

   Emma c’est aussi une belle jeune fille qui fait tourner bien des têtes! C’est simple: tous les hommes l’apercevant tombent amoureux d’elle à commencer par William Jones, ancien élève de la préceptrice. Si Emma est attirée par William, elle n’en laisse rien paraître. Ballades et petites attentions se multiplient. William Jones est d’ailleurs le personnage qui apporte une touche d’humour au manga. Gaffeur et rêveur, il ferait tout pour conquérir sa belle Emma.

   Mais il y a un obstacle de taille! Emma n’est qu’une domestique. Elle ne peut se marier qu’avec un homme de son rang. William appartient à la bourgeoisie. Leur amour semble donc impossible. L’auteur a parfaitement su rendre le dilemme qui anime le jeune homme. Doit-il renoncer à Emma ou tout sacrifier pour elle? Dans cette Angleterre victorienne, les conventions sont de mises et il est difficile de passer outre. Le scénario reste simple mais il s’avère efficace.

Quant aux dessins, ils sont sublimes! Le trait est fin, détaillé, travaillé. L’auteur s’est énormément documenté sur la mode, les rues, l’architecture  avant d’entamer son histoire. Emma exprime toute la douceur et la fragilité possible.

   Le manga que j’ai lu contient 4 tomes de la série, c’est pourquoi il est en grand format (et a priori les tomes habituels ne sont plus dispo). La suite du manga sort à la fin de la semaine, en grand format également et je pense que je ne résisterai pas à l’achat. 

  

La mort s’invite à Pemberley, P.D James

Titre VF: La mort s’invite à Pemberley

Titre VO: Death comes to Pemberley

Auteur: P.D James

Publié aux éditions Fayard, 2012

 

 

 

P.D James s’appuie sur le roman Orgueil et préjugés de Jane Austen pour bâtir son intrigue.

A la veille du grand bal annuel donné à Pemberley par les Darcy, les amis et la famille proche de la famille sont réunis dans le salon. C’est alors qu’au loin, on aperçoit un équipage lancé à grande vitesse. Il s’agit de Lydia Wickham, la sœur d’Elizabeth et Jane. Elle descend terrorisée de la voiture déclarant qu’elle a entendu des coups de feu et que son époux Wickham court un grave danger dans le bois du domaine.

Darcy et quelques hommes se décident à aller constater d’eux-mêmes les dires de Lydia, bravant la tempête et la nuit profonde. Ils font une bien macabre découverte: Denny, l’ami de Wickham est retrouvé mort tandis que Wickham lui-même s’accuse du meurtre….

 

Je me suis fait véritablement une grande joie de retrouver Elizabeth, Darcy et tous les personnages qui ont fait d’Orgueil et Préjugés un magnifique roman. Le lecteur les retrouve à Pemberley alors qu’ils ont tous grandi et évolué dans la vie: chaque couple a fondé une petite famille. Le début du roman permet à P.D James de poser le décor de son intrigue et de rappeler à tout à chacun le rôle et les relations qu’entretiennent les différents personnages. C’est un passage obligé pour ceux qui ne connaissent pas le roman de Jane Austen ou qui l’ont lu il y a bien longtemps. C’est cependant superflu et redondant pour tous les fans du livre! Il faut donc dépasser les 50 premières pages avant que la machine ne se mette enfin en branle.

La découverte du corps se fait rapidement ainsi que les aveux du supposé meurtrier. P.D James manie bien les codes de la langues de l’époque: son style correspond presque parfaitement à celui de Jane Austen. C’est toujours la politesse et les codes de la bonne société qui conduisent les personnages à agir de telle ou telle façon. J’estime qu’elle a plutôt bien cerné la psychologie des personnages et qu’elle ne les trahit pas.

On suit le déroulement de l’enquête avec attention. Alors que tout porte à croire que Wickham est le seul coupable, P.D James laisse planer le doute grâce à une sombre histoire de fantômes.

J’ai donc adoré retrouver tous ces personnages, notamment Elizabeth qui brille toujours autant par son esprit vif et son intelligence. Cependant, il manque toute l’ironie mordante de Jane Austen qui pointe du doigt les travers de la société par des répliques cinglantes et suggestives. C’est le plus grand reproche que je ferai à l’auteur ici. Elle n’a pas su restituer ce côté ironique et critique. A Pemberley, tout le monde est beau et gentil. Tout au long du roman, P.D James ne cesse de répéter que les Bingley et les Darcy sont les meilleurs maîtres du monde; les domestiques sont les plus dévoués; les juges les plus impartiaux; etc, etc…. Cela en devient lassant, trop lisse. Il manque la granularité qui faisait tout le sel des romans de Jane Austen.

J’ai tout de même passé un agréable moment. Une chose reste certaine à l’issue de ma lecture: Jane Austen ne sera jamais égalée.