Si ça saigne de Stephen King

 

Si ça saigne de Stephen King,

Publié aux éditions Albin Michel,

2020, 464 pages.

Stephen King publie une œuvre chaque année avec une régularité de coucou suisse. Si ça saigne est son cru 2021. Il s’agit d’un recueil de quatre longues nouvelles. Comme d’habitude avec cet auteur, la magie opère et il ne me faut que quelques lignes pour me sentir bien à chaque fois!

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle « Le téléphone de Mr Harrigan » que j’ai beaucoup aimée. On y retrouve les thèmes chers à l’auteur: un  voisin misanthrope et richissime, un zeste de surnaturel, un garçon fort attachant, le tout mâtiné de nouvelles technologies. Et si on pouvait communiquer avec les morts grâce à un iphone? C’est sur ce présupposé loufoque que repose cette première nouvelle très réussie.

La deuxième nouvelle baptisée « La vie de Chuck » m’a en revanche moins emballée. Stephen King fait se succéder trois actes, à rebours, dans lequel on découvre qu’un certain Chuck va mourir et avec lui, tout un monde. Je suis restée assez hermétique à cette histoire.

En revanche, la troisième nouvelle « Si ça saigne » m’a énormément plu puisqu’on retrouve l’univers et les personnages de la trilogie M.Mercedes et de l’Outsider. J’y ai retrouvé ma chère Holly, un personnage atypique que j’adore par dessus-tout. Suite à l’explosion d’une bombe dans un collège, Holly enquête et se rend compte que l’outsider n’est pas forcément la seule entité de son espèce su terre. C’était tout simplement passionnant et j’ai quitté à regret ces personnages!

Enfin la dernière nouvelle « Rat » m’a aussi beaucoup plu puisqu’on y parle du métier d’écrivain. Il y a un petit côté « Shining » dans cette nouvelle dans laquelle on suit un personnage en proie à l’envie d’écrire et qui, pour assouvir son désir, va s’isoler dans une petite maison de vacances au fin fond des bois.

Une fois de plus, Stephen King nous offre un recueil de qualité qui reprend, certes, ses thèmes les plus chers mais qui parvient toutefois à se renouveler!

Désolation de Jean-Philippe Jaworski et Melchior Ascaride

 

 

Désolation de Jean-Philippe Jaworski et Melchior Ascaride,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2020, 144 pages.

Pour une caravane de montagne, c’est une solide bande : vingt guerriers nains bardés de fer, trente gnomes chargés comme des baudets et autant de mules qui croulent sous les paquetages. Pourtant, un calme lugubre fige le camp : ni chanson à boire, ni chamaillerie, ni plaisanterie salace. Ils ont la frousse.

Avec ce titre, les éditions des Moutons électriques continuent de construire leur belle bibliothèque dessinée. J’avais lu Ce qui vient la nuit et j’avais adoré le concept: adapter des histoires, des nouvelles sous forme graphique. Les illustrations de Melchior Ascaride sont canons et le jeu des couleurs marchent bien.

Dans Désolation, Melchior Ascaride choisit l’orange et le noir pour raconter la nouvelle de Jean-Philippe Jaworski, pour rappeler peut-être les flammes du Dragon qui gardent la Cité interdite…

Désolation est clairement un hommage rendu à Tolkien, non seulement au Seigneur des anneaux mais aussi au Hobbit. Au détour d’une sombre vallée, vingt guerriers nains et trente gnomes s’apprêtent à gravir la montagne pour porter secours à un roi, cerné par les gobelins. Rusés, les nains qui connaissent la montagne comme leur poche, choisissent de passer par la Cité interdite, ravagée par le dragon. Mais le danger n’est pas celui auquel ils pensent…

On suit ainsi les déambulations des nains et des gnomes au creux de ces montagnes noires, imposantes qui prennent sans cesse l’aspect de visages humains terrifiants. Le sentiment d’écrasement, de piège est permanent. Les nains devront se hâter pour regagner leur liberté et se sortir de cette caverne monstrueuse qui pourrait être leur dernière demeure.

Le texte vient suppléer aux dessins de Melchior Ascaride, empiétant tantôt sur les images, prenant parfois tout l’espace ou laissant au contraire les figures et les formes se déployer.

La fin de la nouvelle m’a scotchée, offrant au lecteur une morale bien noire.

« Désolation » est un petit bijou que tout fan de Tolkien devrait posséder dans sa bibliothèque.

Ce qui n’est pas nommé de Roland C. Wagner

 

 

Ce qui n’est pas nommé de Roland C. Wagner,

Publié aux éditions Les Moutons électriques;

2019, 238 pages.

 

Ce qui n’est pas nommé est un recueil de quatre nouvelles ou plutôt novellas. Roland C. Wagner déploie dans ses récits un univers aux allures fantastiques.

Les quatre nouvelles sont inégales tant sur le plan de leur longueur que de leur qualité. J’ai apprécié les deux premières histoires.

« Ce qui n’est pas nommé » se déroule sur la terre, dans un temps futur très lointain. Laëny appartient à un peuple, isolé du reste de la planète. Niché au cœur d’une calanque, son peuple vit de la culture d’algues. De temps en temps, des étrangers, pacifiques, viennent à leur rencontre mais le peuple de Laëny est un peuple oublié, qui vit en paix. Laëny atteint l’âge adulte et doit passer une épreuve rituelle. Il sera choisi pour succéder à celui qui décide quels mots conserver et quels mots oublier. Au-delà d’un récit de fantasy, l’auteur mène une belle réflexion sur le pouvoir du langage. Une chose qui n’est pas nommée n’existe pas pour le peuple de Laëny. Ainsi, les verbes « mentir » ou « assassiner » ont disparu. Laëny aura la tâche difficile d’en choisir d’autres…

J’ai aussi aimé « Pax Americana » ou comment une bande de jeunes s’en prend au président des zus’sa! J’ai beaucoup apprécié la chute de cette nouvelle que je n’avais pas forcément vu venir. La tension monte tout au long du récit pour s’achever dans un éclat de rire. Une fois de plus, Roland C.Wagner se fait visionnaire en imaginant les relations États-Unis/Europe et les enjeux qui en découlent. Là où la vieille Europe a su prendre le tournant énergétique, les États-Unis s’englue dans le pétrole. Une fable anticipatrice intéressante.

« Musique de l’énergie » permet au lecteur de se balader dans l’univers du rock, des années 50 à 80. On sent que l’auteur s’est fait plaisir avec cette histoire. J’ai suivi les aventures du groupe de Ricky sans grande conviction et je me dis que l’auteur avait bien fumé quand il a rédigé cette novella. La dernière nouvelle « Pour qui hurlent les sirènes » n’a aucun intérêt pour moi. C’est confus, embrouillé.

Ce qui n’est pas nommé est un recueil de nouvelles inégales. J’en retiens un univers riche, qui passe d’un extrême à l’autre sans réel fil conducteur.

Phobia, recueil collectif de nouvelles

 

 

Phobia, recueil collectif,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2018, 318 pages.

 

 

Dans ce recueil de nouvelles inédites, nos phobies sont disséquées – peur du noir, de la mort, des araignées et même des cons… – et nous lecteurs, sommes malmenés, certes, mais pour la bonne cause !

Lu dans le cadre du #PumpkinautumnChallenge, Phobia est un recueil de nouvelles qui m’a énormément plu. J’ai d’abord pu (enfin) découvrir la plume d’auteurs reconnus comme Niko Tackian, Olivier Norek, Nicolas Beuglet, Johana Gustawsson ou encore Damien Eleonori. Un petit avant goût de leurs œuvres plus vastes donc…

Ce recueil nous offre donc des nouvelles qui ont toutes un point commun: elles parlent de phobie. Les personnages devront tous faire face à leur pire peur: les araignées, la mort, la maternité… Avec Phobia, le lecteur plonge le plus souvent au cœur de la folie. Nombre de nouvelles sont à chute c’est-à-dire que leurs fins sont inattendues ou relèvent d’un retournement de situation. J’ai beaucoup apprécié cet aspect.

Bien entendu, certaines nouvelles m’ont plus marquée que d’autres. J’ai ainsi adoré (si l’on peut dire) la nouvelle de Sonja Delzongle. Dans son texte justement appelé Phobia, un petit garçon fait des rêves étranges tandis qu’à l’autre bout de la planète, au Chili, une astronome découvre dans la galaxie un point noir qui semble se rapprocher de plus en plus de la planète terre. J’ai trouvé que cette nouvelle était terriblement bien réussie car très anxiogène. Si la fin du monde arrivait, que ferions-nous?

Avec Dans le ventre de la bête, Johana Gustawsson signe une nouvelle dédiée à la maternité. J’ai beaucoup aimé plonger dans l’univers du personnage confronté à une maternité redoutée. Âme sensible s’abstenir ici car l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère.

A noter aussi les textes formidables de Ian Manook (qui signe un dialogue digne des Tontons flingueurs) ou encore de Damien Eleonori qui nous lance sur les traces d’un serial killer dans De l’ombre à la lumière avec un aspect manipulation du lecteur. Aucune nouvelle ne détone dans le lot et les textes ont tous été choisis avec soin, résonnant parfois entre eux.

Phobia est un recueil de nouvelles qui vous permettra de découvrir des auteurs de talents et de frissonner en cette période d’Halloween. A noter que l’achat du recueil permet de faire un don pour l’association ELA.