Les Dames baroques, Anthologie

 

Les Dames baroques, Anthologie dirigée par Estelle Vals de Gomis,

Publié aux éditions du Riez,

2010, 300 pages.

Les auteurs présents : Carole Grangier, Armand Cabasson, Charlotte Bousquet, Karim Berrouka, Justine Niogret, Daniel Alhadeff, Cyril Carau, Tepthida Hay, Sophie Dabat, Morgane Guingouain, Sire Cédric, Elie Darco, Leonor Lara, Lucie Chenu, Sophie Goasguen, Jean Lorrain, Joris Karl Huysmans, Petrus Borel, Madame d’Aulnoy, Jules Barbey d’Aurevilly.

 

 

« La Femme Fatale, une figure du quotidien mais aussi de l’imaginaire séculaire : de Circé à Marie-Madeleine, de la Reine Margot à Vampirella, de Marilyn Monroe à Lilith, de la fée Morgane aux succubes les plus vénéneuses, la vamp, la sorcière, l’enchanteresse, la Belle Dame Sans Merci a toujours inspiré les artistes et les écrivains, mais aussi le commun des mortels. Aimée des uns, haïe des autres, elle peuple de ses courbes protéiformes les pages de la littérature. Estelle Valls de Gomis, écrivain et anthologiste, a rassemblé de jeunes auteurs et des plumes confirmées pour vous dévoiler les Salomé et les Iseult de la littérature fantastique et de fantasy. »

Les Dames baroques est une anthologie dirigée par Estelle Valls de Gomis. Au fil des pages, des auteurs connus ou moins connus nous livrent des nouvelles autour de la figure de la femme fatale. En effet, chaque auteur nous donne sa vision de la femme dans toute sa beauté et dans toute sa force mais celle-ci s’avère presque à chaque fois mortelle.

Il est toujours périlleux de parler d’un recueil de nouvelles. Je trouve en tout cas l’exercice bien difficile. Certaines nouvelles m’ont plu, d’autres moins, bien évidemment. La première chose qui m’a frappée en lisant chaque nouvelle est la différence d’écriture entre chaque auteur. Je m’explique: certains auteurs comme Sire Cédric n’ont plus grand chose à prouver (bien que sa nouvelle Succube m’ait peu enthousiasmée. Je l’ai trouvé « trop facile »). Il maîtrise sa plume et son propos. Cependant, certains auteurs ne m’ont pas du tout embarquée tant j’ai remarqué leur plume peu affûtée et hésitante. C’est dommage car cela donne un recueil fort inégal.

Néanmoins, j’ai apprécié et remarqué la nouvelle de Carole Grangier qui inaugure le livre. J’ai adoré sa plume faite d’images et de sons dans Précieuse icône. Elle joue avec les mots d’une manière remarquable et cisèle sa nouvelle à l’image de sa princesse de contes de fées toute de pierres vêtue.

Avec Le Baiser de la sorcière, Armand Cabasson nous emmène loin dans son univers médiéval dans lequel une jeune femme, accusée de sorcellerie, se retrouve sur le bûcher. On sent les flammes venir lui chatouiller les pieds. L’atmosphère oppressante est bien rendue et j’ai aimé la personnalité de son héroïne.

J’ai beaucoup apprécié aussi Les Crocs de la Basilicate d’Elie Darco, la plus longue nouvelle de l’anthologie, qui nous plonge aux côtés d’une jeune boiteuse au service d’une sorte de savant fou. L’univers à la fois médiéval et loufoque fonctionne parfaitement bien. Vampires, goules et autres monstruosités sont convoqués pour des expériences sordides.

Je salue enfin les dernières nouvelles « plus anciennes » qui nous permettent de découvrir des auteurs classiques comme Mme d’Aulnoy, Huysmans ou encore Pétrus Borel. Ce clin d’œil aux inspirateurs m’a beaucoup plu. Les autres nouvelles du recueil m’ont moins marquée même si je les ai lues avec intérêt.

Les Dames baroques constitue une anthologie de textes variés, parfois inégaux qui permettent en tout cas de découvrir de nouvelles plumes.

 

Le Lamento des ombres des Enfants de Walpurgis

   Le Lamento des Ombres par le collectif des enfants de Walpurgis,

   Publié aux éditions du Chat Noir,

   2011, 300 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Tempo sourd ou pure envolée, trille innocente ou rugissement de haine, la musique vibre à nos oreilles de ses multiples identités. Tantôt berceuse, parfois fracassante, elle n’a pas de frontières, elle ignore les bornes. Ou plutôt, elle les refuse.
L’harmonie, ce fluide évanescent de cannelle et de myrrhe qui perce jusqu’aux palissades des cultures, marche aux confins de la mortalité. Elle transgresse les limites humaines. Elle apporte l’ailleurs jusqu’à nous, nous y transporte. Elle ouvre des passages vers des mondes imperceptibles et les créatures qui y vivent. Pour la beauté, pour la musique…

Huit auteurs se sont rencontrés autour d’une poignée de notes. Certains ont pris l’immortalité en Dot majeure, d’autres un chant Fa-erique aux accents tragiques. Les restants se sont partagé des partitions en clés de Sol afin de passer une porte, une épreuve… ou la muraille dont s’entoure un cœur.
Dans ce grand opéra à huit voix, l’Histoire croise l’utopie, la fantasy médite en compagnie du fantastique romantique sur la magie et les pactes faustiens. Un arpège délicat se met en œuvre. Une mélodie douce-amère, où les ombres évoluent dans les brumes comme dans les consciences…

Le sentier du lamento vous mènera jusqu’à elles.

 

Je continue mon exploration des titres parus aux éditions du Chat Noir avec ce recueil de nouvelles écrit par le collectif des enfants de Walpurgis regroupant des auteurs déjà publiés au Chat Noir. J’ai adoré cette lecture qui m’a permis entre autre de connaître de nouveaux auteurs, de nouveaux styles et pour certains c’est une vraie révélation! Le thème du recueil est la musique. On dit qu’elle adoucit les moeurs. Ici, le plus souvent elle déclenche des apparitions fantastiques.

Le recueil s’ouvre sur une nouvelle de Stéphane Soutoul « Maudite Sonate ». J’ai adoré cette première histoire qui se base sur un pacte entre un musicien maudit et la mort. Ce dernier a créé une sonate pour sa belle mais la Mort l’a trouvée si parfaite qu’elle a tué la Dame pour s’approprier ce morceau de musique. Aussi quand le musicien joue cette sonate, il convoque la Mort qui tue tout ceux qui se trouvent dans son entourage. Ce qui se révèle une malédiction finira peut-être par sauver des vies…J’ai beaucoup apprécié l’intrigue de cette nouvelle mais c’est surtout le style de l’auteur qui m’a définitivement séduite. Stéphane Soutoul écrit magnifiquement bien et je pense me pencher sur ses autres oeuvres.

J’ai également adoré la nouvelle de Marianne Gellon « That’s o Long Way to Hell ». Elle place son intrigue dans un monde post-apocalyptique. Les Russes dominent le monde. La partie occidentale de l’Europe est en ruines et repose dans une étrange brume qui est faite, dit-on, de fantômes. Richard fait partie d’un groupe de rock à succès. Il est en tournée dans tout le pays. Il est en couple avec Lisa, une jeune femme qu’il ne semble pas aimer. Sous l’emprise de la drogue, il va même jusqu’à la battre et la violer! Un soir, pendant un concert, il rencontre une autre Lisa. Cette dernière l’attire comme un aimant. Elle lui confie appartenir à « l’autre monde », celui des fantômes. Cette rencontre n’aura de cesse de travailler Richard. Devient-il fou ou ce monde existe-t-il vraiment? J’ai adoré l’ambiance de cette nouvelle. J’ai aussi adoré détester Richard, ce monstre d’égoïsme. L’auteur nous en dit tout juste assez pour faire travailler notre imagination. Une vraie réussite.

J’ai découvert la plume de Vanessa Terral avec la nouvelle « Les flûtes enchantées » et nul doute que ma prochaine lecture concernera son roman. Là aussi, j’ai vraiment apprécié le style de l’auteur qui mêle fantasy et humour sans que cela ne soit lourd! Quelle finesse dans les descriptions et les dialogues. Dans cette nouvelle, une enquêtrice du parasurnaturel, doit trouver quel être a investi des flûtes à champagne. Libéré de ces fameux objets qui se transmettent de génération en génération, l’être tue de son cri horrible. Et voilà notre enquêtrice propulsée aux pays des elfes et des banshees, l’Irlande. Là encore c’est un gros coup de coeur tant pour l’histoire que l’écriture!

Je terminerai avec La Clef musicale de Bettina Nordet qui met en scène l’Ange de la mort et Léonard de Vinci, un pari osé mais qui fonctionne extrêmement bien. Là encore, j’ai autant apprécié l’histoire, finement ciselée, que le style de l’auteur. Elle nous plonge au coeur du 15ème siècle aux côtés d’un Léonard de Vinci qui devient ami avec Loriel, l’Ange de la mort. Une vraie complicité naît au fil de leurs discussions. Léonard fait un cadeau inestimable à Loriel qui aura des conséquences quatre siècles plus tard. Là encore, c’est une histoire envoûtante, belle et très émouvante!

Les quatres autres nouvelles ne m’ont pas autant convaincue même si j’ai passé un moment extrêmement agréable en les lisant. Je n’ai pas été envoûtée de la même manière. Il manquait parfois un petit quelque chose pour définitivement me séduire.

Le Lamento des Ombres est en tout cas un recueil de nouvelles que je recommande vraiment. Il m’a permis de découvrir la plume d’auteurs très talentueux et d’être sous le charme pendant quelques heures de ces petites musiques intérieures.

Départs, Anthologie de L’Homme sans Nom

   Départs, Anthologie,

   Éditions de L’Homme sans Nom,

   2014, 45 pages,

   Pour l’acheter: Départs

 

 

 

 

 

L’Homme sans nom est une maison d’éditions que j’apprécie beaucoup car elle publie peu mais publie bien. J’ai découvert chez eux l’incroyable John Ethan Py/Sébastien Péguin avec ChessTomb et Le songe d’Adam.

Avec Départs, la maison d’édition trouve l’occasion de mettre à l’honneur ses auteurs fétiches. A travers huit nouvelles, le lecteur peut découvrir ou redécouvrir la plume d’auteurs confirmés et doués.

Cette anthologie propose donc des nouvelles dont le thème est le départ. Si chacun des auteurs respectent le contrat, j’ai trouvé que les textes de Magali Villeneuve ou de Céline Landressis n’étaient pas forcément les nouvelles les mieux appropriées au recueil. Certes, elles traitent toutes les deux de départ mais sont en réalité des préquels à leur roman respectif et satisferont les lecteurs ayant déjà lu leur œuvre. Cela n’enlève cependant rien à leur talent.

La nouvelle Aurore de Céline Landressis m’a cependant convaincue de m’intéresser à son roman Rose Morte tant elle m’a intriguée. J’ai aimé l’atmosphère et le style un peu surannée développés dans ce court texte.

J’ai énormément apprécié la nouvelle Sur la route again de John Ethan Py. J’aime toujours autant son humour noir et ses clins d’œil littéraires appuyés (ici à Kerouac). En quelques lignes, l’auteur nous entraîne sur une route sablonneuse, dans un camion crasseux. Deux hommes doivent faire une étrange livraison. La chute de la nouvelle est glauque, noire et laisse le lecteur un peu songeur.

J’ai adoré Pot de départ d’Alexis Flamand, une nouvelle originale et drôle. Un employé reçoit en cadeau de remerciement un pot à tabac magique. Quelques instructions sont jointes au présent concernant les abus et les dérives liés à ce pot qui s’avère fonctionner comme une lampe magique. C’est cruel et désopilant et j’ai beaucoup ri de l’insatisfaction chronique des hommes.

Les autres nouvelles valent aussi le coup d’œil même si elles m’ont moins charmée. Le vrai plus de ce recueil reste dans son prix abordable (3 euros) et son but caritatif: les bénéfices du recueil servent à financer une association luttant pour la valorisation des forêts. Bref, une belle lecture et une B.A: que demander de plus?

Autres temps, Légendes oubliées de Sébastien Tissandier

  Autres Temps, Légendes oubliées de Sébastien Tissandier,

  Editions Boz’Dodor,

  2014,

  Pour l’acheter: Autres Temps, Légendes oubliées

 

 

 

Certaines légendes peuplent notre folklore et notre enfance : quelques unes nous ont marqués profondément, d’autres ont été oubliées depuis longtemps… Le chat aux yeux d’argent dévorera-t-il l’âme de la jeune Evangeline en échange de ses services ?
Quel lourd secret sera mis à jour par le père Martin en enquêtant sur le village d’Angles et sa bête mystérieuse ? Quelle créature a été réveillée sous un château basque perdu dans la brume ? Anton parviendra-t-il à tuer cette biche blanche, trophée convoité par tant de chasseurs avant lui ? Le destin de Séraphine aurait-il été différent si elle n’avait pas agi contre les règles imposées par la Compagnie ?
Le golem de Rabbi Löw changera-t-il les conditions de vie de son peuple et à quel prix ?
Plongez dans l’univers de ces légendes délaissées, où se mêlent créatures fantastiques et ambiance steampunk, cet univers caractéristique issu de la révolution industrielle, où les machines à vapeur dominent.

Dans ce recueil de nouvelles, l’auteur se propose de revisiter certaines légendes connues ou plus obscures de notre enfance. J’avoue que je n’en connaissais qu’une seule, celle de la biche blanche, et j’ai beaucoup aimé découvrir toutes ces légendes venant soit d’une région de France soit d’un autre pays. L’auteur parvient à nous entraîner dans son monde folklorique avec beaucoup de talent et il possède un certain art de conter toutes ces légendes.

Chaque nouvelle met en scène un personnage principal en proie avec un monstre, un être surnaturel. L’auteur n’hésite pas à verser dans les détails horrifiques quelques fois. C’est peut-être la seule chose qui m’a déplu dans ce recueil mais avouons que je suis une petite nature. Dans tous les cas, chaque légende apporte quelque chose de mystérieux, d’obscur et d’ambivalent.

J’ai bien sûr apprécié certaines nouvelles plus que d’autres. Ainsi la toute première nouvelle m’a beaucoup plus. Matagot, le chat diabolique raconte l’histoire d’une jeune fille qui fait un pacte avec un envoyé du diable, un chat noir. Celui-ci lui ramène chaque matin le double d’argent qu’elle lui a donné la veille à condition qu’elle lui serve du lait d’une femme allaitante et qu’elle le couvre de caresses. Bien entendu, la lassitude et l’appât du gain s’installent et on devine rapidement l’issue funeste de la nouvelle.

J’ai particulièrement aimé la nouvelle s’intitulant L’oiseau de métal. Une jeune minière trouve un jour un œuf. Lorsqu’il éclot, elle s’aperçoit que l’oiseau qui en est né est un oiseau en métal, couvert de pierres précieuses. La jeune fille et l’oiseau deviennent amis mais le destin va se mettre en travers de leur route. C’est peut-être la nouvelle qui m’a le plus émue car elle met en scène une jeune fille désintéressée qui se bat pour conserver son oiseau, bien plus précieux que tout l’or du monde.

Sans revenir sur chacune des nouvelles, j’ai aussi aimé Le chasseur et la biche, fable écologique, Le golem de Rabi Löw, récit également très émouvant. La seule nouvelle que je n’ai pas apprécié est Le trésor de Carcolh. Je ne lui ai pas trouvé grand intérêt car elle met principalement en scène une lutte entre des hommes et un monstre sanguinaire.

C’est avant tout le style de l’auteur qui m’a conquise. Il possède réellement le talent de conter et de nous entraîner dans son univers dès les premières pages. En outre, il n’hésite pas à mêler des éléments de steampunk à son récit, rendant le tout plus moderne, plus fluide.

Autres temps, légendes oubliées reste un recueil de nouvelles très sympathique. J’ai découvert et surtout redécouvert certaines légendes avec beaucoup de surprise. Merci aux éditions Boz’Dodor et à Livraddict de m’avoir permis de découvrir cet auteur et ce recueil de légendes.

Montres enchantées, Anthologie de nouvelles Steampunk

 Montres enchantées, Recueil collectif,

 Publié aux éditions du Chat Noir,

 2014, 395 pages,

 Pour l’acheter: Montres enchantées

 

 

 

 

 

Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées.?

 

J’ai parcouru et dégusté avec beaucoup de plaisir cette anthologie steampunk parue au Chat noir. Comme d’habitude avec cet éditeur, les textes sont soignés, sélectionnés avec soin et très bien écrits.

Dans cette anthologie, ce n’est pas moins de 17 auteurs qui se proposent d’écrire une nouvelle appartenant au genre du steampunk dont le thème tourne autour de la montre et du temps. Et quelle bonne idée! En effet, rien de mieux que la montre pour symboliser le temps qui lie les hommes à la marche du monde et au progrès. Le temps s’avère, dans chacune de ces nouvelles, un allié précieux ou au contraire un dangereux ennemi. Je ne chroniquerai pas toutes les nouvelles, ce serait bien trop long! Je vais revenir seulement sur celles qui m’ont le plus marquée mais dans l’ensemble, tous les textes de cette anthologie sont bons voire excellents!

J’ai beaucoup apprécié la nouvelle d’Hélène Duc, intitulée Allergène car je trouve qu’elle entre en résonance avec les problèmes de société actuels. En effet, dans ce récit, Hélène Duc met en scène un homme qui en vient à détester les machines et plus particulièrement les automates. Ces derniers ont pris une place considérable dans la société au point de supplanter les hommes dans leur travail et leurs tâches quotidiennes. Le héros se voit ainsi préférer un automate pour effectuer sa tâche de clerc de notaire: moins de frais, plus de rentabilité et bien moins de plainte, c’est l’employé idéal! Le héros est licencié et décide alors de mener sa vengeance et de tuer autant qu’il le peut les automates créateurs de vide et de souffrance. Un certain Sherlock va même être réquisitionné pour mener l’enquête aux côtés du bien connu inspecteur Lestrade. J’ai trouvé l’intrigue habile et bien menée ainsi que la façon qu’a l’auteur d’employer l’intertextualité pour enrichir sa nouvelle.

Dans Tourbillon aux Trois Ponts d’Or, Fabien Clavel revisite avec brio l’énigme d’un meurtre commis dans une chambre close. Un jeune inspecteur, flanqué d’un commissaire ventru et finaud, va devoir résoudre ce mystère. Fabien Clavel fait écho aux Gaston Leroux et autres Conan Doyle en mettant à la sauce steampunk cette énigme de genre. C’est intelligent, réussi, bien construit et très efficace.

J’ai adoré enfin Le Club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon. Le titre seul m’a déjà séduite! L’auteur met en scène une bande d’érudits tous un peu loufoques qui se livrent à des expériences sur le temps. En quelques lignes, elle parvient à dresser toute une galerie de portraits tous plus drôles les uns que les autres. J’ai surtout apprécié la manière dont l’auteur exploite le thème du club d’érudits pour jouer avec ses codes et mieux le détourner. C’est très drôle et fin en même temps. La chute de la nouvelle m’a beaucoup surprise également et n’a en rien entaché mon plaisir.

J’ai vraiment apprécié cette anthologie que j’ai dégusté à petites goulées. Chaque auteur a su s’approprier les codes du steampunk et a su me plonger à chaque fois dans un monde bien construit. J’ai vraiment aimé cette balade au cœur des Londres ou des Paris du 19ème siècle, tout droit sortis de l’imagination fertile de nos auteurs. Chaque nouvelle est une vraie réflexion sur le temps et sur l’évolution de l’homme. La machine est souvent au cœur du récit. Elle est bien souvent destructrice et effrayante et permet à chaque fois de mesurer la folie de l’homme qui lui lie trop souvent son destin. Un vrai coup de cœur pour moi.

 

Les Oiseaux et autres nouvelles de Daphné du Maurier

Les Oiseaux et autres nouvelles de Daphné du Maurier,

Publié au Livre de Poche,

2013, 348 pages,

Pour l’acheter: Les Oiseaux.

 

 

 

 

 

Au cœur de la nuit, le vent d’est cingle la falaise. Entre deux rafales, des nuées d’oiseaux cognent aux vitres. Mais ce n’est pas la peur qui les précipite avec une telle force vers le monde des hommes… On retrouvera ici – et pas moins terrifiant – le récit qui inspira son chef-d’œuvre au maître de l’angoisse, Alfred Hitchcock. Dans les autres nouvelles de ce recueil, l’horreur se fait plus insidieuse, le fantastique à peine étranger au réel. Il suffit d’un pommier à forme étrangement humaine, ou d’une ouvreuse de cinéma qu’un jeune mécanicien a envie de suivre après la séance...

Je continue d’explorer l’œuvre de Daphné du Maurier et ma lecture s’est portée cette fois-ci sur son unique recueil de nouvelles. C’est la nouvelle Les Oiseaux qui lui donne d’ailleurs son nom. Elle a en effet été adaptée par Alfred Hitchcock dans le film éponyme. Cette première nouvelle donne le ton au reste du recueil. Il y sera question d’angoisse, de peur, de doute.

J’avais une vision très fantasmée et horrifique des Oiseaux. La nouvelle a inspiré Hitchcock et seulement inspiré car elle est très courte: 57 pages en tout. Nath est ouvrier dans une ferme en Cornouailles. Il mène une très simple avec sa femme et ses deux enfants. Pourtant un jour, il remarque que les oiseaux sont plus nombreux que d’habitude. Ils se rassemblent de manière très étrange. Une nuit, il entend frapper à ses volets. En voulant les ouvrir, il se fait attaquer par un oiseau. Nath ne cède pas à la panique mais il sent que quelque chose se dérègle. Il calfeutre alors sa maison et il a raison. Soudain, les oiseaux se mettent à attaquer les humains. Dans cette nouvelle, l’angoisse monte petit à petit. Nath tente de ne pas paniquer et de trouver une explication rationnelle bien qu’il n’y en ait pas. Daphné du Maurier instaure un huis-clos à la fois rassurant et angoissant. En effet, Si Nath a su protéger sa famille dans cette espèce d’arche, combien de temps pourront-ils tenir? Le lecteur se pose les mêmes questions que le Nath sans jamais avoir de réponse.

J’ai adoré également la nouvelle intitulée Mobile inconnu ou encore Le Petit photographe. Dans la première nouvelle, Mary, une femme enceinte tout à fait respectable se suicide. Son mari Sir John cherche à en savoir plus. Pourquoi a-t-elle commis ce geste alors que tout allait bien? Il engage un détective privé, Black, pour faire la lumière sur cette affaire. Mais en creusant, Black découvre que Mary a été adoptée subitement à l’âge de 15 ans alors même qu’elle avait perdu la mémoire. Pourquoi cette adoption tardive? Et surtout, quel est le choc qui a pu perturber la vie de Mary? La réponse sera glaçante!

Dans Le petit photographe, Daphné du Maurier met en scène une marquise, passant ses vacances au bord de la mer. Elle s’ennuie et décide d’avoir un amant. Elle joue alors avec les sentiments d’un petit photographe de la station balnéaire, fou d’amour pour elle. Ce jeu amoureux grise la marquise jusqu’au jour où les choses vont trop loin.                                 

Dans ces deux nouvelles, Daphné du Maurier adopte une écriture plus moderne et davantage tournée vers des réflexions sur la femme moderne, son indépendance, sa sexualité, son désir. Elle va au-delà du récit angoissant. Chaque personnage se trouve à un moment charnière de sa vie et s’engage vers le point de non-retour.

Les quatre autres nouvelles sont aussi bonnes que les autres, tour à tour poétiques, angoissantes, cruelles. Daphné du Maurier se penche davantage sur la folie et ses signes avant-coureurs. Dans ce recueil, elle joue avec les nerfs du lecteur et le conduit exactement là où elle le souhaite. Nombreuses sont ses nouvelles qui sont « à chute ». Les Oiseaux est définitivement un livre à lire.

 

Folie(s): 18 textes échappés de l’asile, ouvrage collectif

Folie(s): 18 textes échappés de l’asile, ouvrage collectif,

Publié aux éditions des Artistes fous associés,

2014,

Pour l’acheter: Folie(s): 18 textes échappés de l’asile.

 

 

 

 

Folie joyeuse, tragique, douce ou furieuse, folie visionnaire, délirante, compulsive, criminelle ou simplement géniale… Mais aussi : folie qui ouvre sur un autre monde, qui efface les limites de la réalité. Entre engloutissement et hypothétique guérison.Dans cette troisième anthologie des Artistes Fous Associés, 18 écrivains de tous horizons vous initieront aux arcanes de nos déraisons les plus secrètes. Pour ne plus jamais dire : “Je suis sain d’esprit”.

C’est Via Facebook qu’on m’a gentiment proposé de découvrir ces « Folies échappées de l’asile ». Je n’ai pas hésité tant ce thème est d’actualité aujourd’hui. En effet, qu’est-ce que la folie? Qu’est-ce que la normalité? Mais surtout où commence la folie car nous sommes toujours le fou de quelqu’un. A travers 18 textes, les auteurs de ce recueil collectif se proposent d’explorer la folie sous toutes ses formes: de la plus banale à la plus cruelle. Chaque texte est illustré d’un dessin qui renvoie aux frontières du rêve et de la cruauté.

Les textes choisis pour ce recueil sont plus ou moins longs. Certains s’apparentent à des nouvelles. Les genres sont aussi très variés. Certains textes flirtent avec la SF ou l’horreur. En tous cas, tous mettent en scène un personnage en proie à une folie plus ou moins poussée mais bien là. A la lecture de certaines œuvres, j’étais mal à l’aise. Au-delà de l’onirisme de textes comme Le Maître des Bélougas, c’est souvent la cruauté des hommes qui est mise en avant à travers leur folie destructrice. Bien souvent, j’ai été troublée, mal à l’aise, dérangée mais n’est-ce pas le but de la littérature?

Je ne détaillerai pas tous les textes ici mais je vais revenir sur certains qui m’ont particulièrement marquée.

Le texte initial est frappant et bluffant. Dans Nuit Blanche, Sylvie Chaussée raconte le road trip d’une femme qui prend en cours de route un auto-stoppeur. A-t-elle fait le bon choix? D’autant plus qu’à la radio, on annonce qu’un dangereux criminel s’est échappé d’un asile. Commence alors un huis clos terrible où le lecteur se fait avoir du début à la fin. Croyez-moi, sur ce coup, je me suis faite avoir comme une bleue!

J’ai également beaucoup aimé La nuit où le sommeil s’en est allé de Cyril Amourette. Imaginez un monde où le sommeil aurait déserté, s’en serait allé. Que deviennent les hommes privés de sommeil au bout de quelques jours? Peuvent-ils survivre longtemps? Comment la folie devient-elle collective par la force des choses? Ce sont ces réflexions que mène l’auteur à travers son texte intelligemment écrit.

Enfin, le texte que j’ai préféré est celui de Pénélope Labruyère, Europe. A bord d’une station spatiale qui mène une mission près de Jupiter, les membres d’équipage semblent pris d’hallucinations étranges. Sont-elles réelles? Est-ce le fruit de leur voyage et de leur promiscuité? L’auteur nous fait gentiment basculer dans la SF. Le lecteur ne sait plus vraiment en fait si ce que les personnages vivent est réel ou non. Pour le coup, j’aurais adoré lire une histoire entière et aboutie à partir de ce texte qui m’a vraiment mis l’eau à la bouche.

Parmi les autres textes, je peux encore citer C15 de Herr Mad Doktor, Jour gras de Southeast Jones (court mais terrifiant) ou l’horrible et bouleversant Soupirs du voyeur de Corvis ( pour public averti).

Bref, cette anthologie est une réussite: fantasque, troublante, bouleversante. Une incursion dans le monde de la folie et au-delà. 

Je vous invite à aller faire un tour sur le blog de Naurile afin de lire son avis et sur le site des artistes fous associés.