Beautés! de Claire Pelissier-Folcolini

Beautés! De Claire Pelissier-Folcolini,

Publié aux éditions Scenent,

2021, 142 pages.

Dans ce recueil de nouvelles, Claire Pelissier-Folcolini va nous parler de beautés sous différentes formes à travers neuf textes, tous très différents. Il y a des nouvelles qui évoquent la beauté des femmes, d’autres qui parlent de la beauté des œuvres d’art ou tout simplement du monde. La beauté n’est finalement qu’une question de regard et toutes ces nouvelles se finissent bien souvent par une épiphanie qui cueille le lecteur et lui ouvre l’accès à un monde nouveau, vu sous un nouvel angle.

Il y a bien sûr des nouvelles qui m’ont davantage marquée que d’autres. J’ai beaucoup aimé la nouvelle inaugurale « La vie » dans laquelle on suit une femme dans un musée, contemplant une toile de Chagall. Confrontée au tableau, le personnage va se souvenir de son histoire d’amour déçue alors même que son compagnon a cédé au chant d’une sirène.

« Oxygène » reste ma nouvelle préférée parce qu’on y suit un jeune des banlieues qui lors du confinement va tomber sous le charme d’un poème de Baudelaire. L’autrice émaille son texte de vers qui font écho à une beauté grise mais bien vivante que porte en lui le personnage.

Certaines nouvelles sont plus romanesques comme « Se rencontrer » qui fait la part belle à la rencontre amoureuse bien sûr mais sur fond de guerre. Une nouvelle qui a des accents italiens, qui laisse sentir une pesanteur extrême qui se résout finalement dans l’amour.

Chaque nouvelle confronte le personnage et le lecteur à une œuvre qui vient chambouler une vie. J’ai particulièrement aimé le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture. Il y a une histoire, une intrigue certes, mais à chaque fois un message plus fort et des références à la mythologie, à l’Histoire, la la littérature, à la musique. Je n’ai peut-être pas trouvé toutes les clés mais un certain nombre ont résonner en moi.

Beautés! est un recueil de nouvelles à découvrir parce que pour quelques minutes, il se propose d’éclairer le monde d’une douce lumière…

Si ça saigne de Stephen King

 

Si ça saigne de Stephen King,

Publié aux éditions Albin Michel,

2020, 464 pages.

Stephen King publie une œuvre chaque année avec une régularité de coucou suisse. Si ça saigne est son cru 2021. Il s’agit d’un recueil de quatre longues nouvelles. Comme d’habitude avec cet auteur, la magie opère et il ne me faut que quelques lignes pour me sentir bien à chaque fois!

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle « Le téléphone de Mr Harrigan » que j’ai beaucoup aimée. On y retrouve les thèmes chers à l’auteur: un  voisin misanthrope et richissime, un zeste de surnaturel, un garçon fort attachant, le tout mâtiné de nouvelles technologies. Et si on pouvait communiquer avec les morts grâce à un iphone? C’est sur ce présupposé loufoque que repose cette première nouvelle très réussie.

La deuxième nouvelle baptisée « La vie de Chuck » m’a en revanche moins emballée. Stephen King fait se succéder trois actes, à rebours, dans lequel on découvre qu’un certain Chuck va mourir et avec lui, tout un monde. Je suis restée assez hermétique à cette histoire.

En revanche, la troisième nouvelle « Si ça saigne » m’a énormément plu puisqu’on retrouve l’univers et les personnages de la trilogie M.Mercedes et de l’Outsider. J’y ai retrouvé ma chère Holly, un personnage atypique que j’adore par dessus-tout. Suite à l’explosion d’une bombe dans un collège, Holly enquête et se rend compte que l’outsider n’est pas forcément la seule entité de son espèce su terre. C’était tout simplement passionnant et j’ai quitté à regret ces personnages!

Enfin la dernière nouvelle « Rat » m’a aussi beaucoup plu puisqu’on y parle du métier d’écrivain. Il y a un petit côté « Shining » dans cette nouvelle dans laquelle on suit un personnage en proie à l’envie d’écrire et qui, pour assouvir son désir, va s’isoler dans une petite maison de vacances au fin fond des bois.

Une fois de plus, Stephen King nous offre un recueil de qualité qui reprend, certes, ses thèmes les plus chers mais qui parvient toutefois à se renouveler!

Désolation de Jean-Philippe Jaworski et Melchior Ascaride

 

 

Désolation de Jean-Philippe Jaworski et Melchior Ascaride,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

2020, 144 pages.

Pour une caravane de montagne, c’est une solide bande : vingt guerriers nains bardés de fer, trente gnomes chargés comme des baudets et autant de mules qui croulent sous les paquetages. Pourtant, un calme lugubre fige le camp : ni chanson à boire, ni chamaillerie, ni plaisanterie salace. Ils ont la frousse.

Avec ce titre, les éditions des Moutons électriques continuent de construire leur belle bibliothèque dessinée. J’avais lu Ce qui vient la nuit et j’avais adoré le concept: adapter des histoires, des nouvelles sous forme graphique. Les illustrations de Melchior Ascaride sont canons et le jeu des couleurs marchent bien.

Dans Désolation, Melchior Ascaride choisit l’orange et le noir pour raconter la nouvelle de Jean-Philippe Jaworski, pour rappeler peut-être les flammes du Dragon qui gardent la Cité interdite…

Désolation est clairement un hommage rendu à Tolkien, non seulement au Seigneur des anneaux mais aussi au Hobbit. Au détour d’une sombre vallée, vingt guerriers nains et trente gnomes s’apprêtent à gravir la montagne pour porter secours à un roi, cerné par les gobelins. Rusés, les nains qui connaissent la montagne comme leur poche, choisissent de passer par la Cité interdite, ravagée par le dragon. Mais le danger n’est pas celui auquel ils pensent…

On suit ainsi les déambulations des nains et des gnomes au creux de ces montagnes noires, imposantes qui prennent sans cesse l’aspect de visages humains terrifiants. Le sentiment d’écrasement, de piège est permanent. Les nains devront se hâter pour regagner leur liberté et se sortir de cette caverne monstrueuse qui pourrait être leur dernière demeure.

Le texte vient suppléer aux dessins de Melchior Ascaride, empiétant tantôt sur les images, prenant parfois tout l’espace ou laissant au contraire les figures et les formes se déployer.

La fin de la nouvelle m’a scotchée, offrant au lecteur une morale bien noire.

« Désolation » est un petit bijou que tout fan de Tolkien devrait posséder dans sa bibliothèque.

Ce qui n’est pas nommé de Roland C. Wagner

 

 

Ce qui n’est pas nommé de Roland C. Wagner,

Publié aux éditions Les Moutons électriques;

2019, 238 pages.

 

Ce qui n’est pas nommé est un recueil de quatre nouvelles ou plutôt novellas. Roland C. Wagner déploie dans ses récits un univers aux allures fantastiques.

Les quatre nouvelles sont inégales tant sur le plan de leur longueur que de leur qualité. J’ai apprécié les deux premières histoires.

« Ce qui n’est pas nommé » se déroule sur la terre, dans un temps futur très lointain. Laëny appartient à un peuple, isolé du reste de la planète. Niché au cœur d’une calanque, son peuple vit de la culture d’algues. De temps en temps, des étrangers, pacifiques, viennent à leur rencontre mais le peuple de Laëny est un peuple oublié, qui vit en paix. Laëny atteint l’âge adulte et doit passer une épreuve rituelle. Il sera choisi pour succéder à celui qui décide quels mots conserver et quels mots oublier. Au-delà d’un récit de fantasy, l’auteur mène une belle réflexion sur le pouvoir du langage. Une chose qui n’est pas nommée n’existe pas pour le peuple de Laëny. Ainsi, les verbes « mentir » ou « assassiner » ont disparu. Laëny aura la tâche difficile d’en choisir d’autres…

J’ai aussi aimé « Pax Americana » ou comment une bande de jeunes s’en prend au président des zus’sa! J’ai beaucoup apprécié la chute de cette nouvelle que je n’avais pas forcément vu venir. La tension monte tout au long du récit pour s’achever dans un éclat de rire. Une fois de plus, Roland C.Wagner se fait visionnaire en imaginant les relations États-Unis/Europe et les enjeux qui en découlent. Là où la vieille Europe a su prendre le tournant énergétique, les États-Unis s’englue dans le pétrole. Une fable anticipatrice intéressante.

« Musique de l’énergie » permet au lecteur de se balader dans l’univers du rock, des années 50 à 80. On sent que l’auteur s’est fait plaisir avec cette histoire. J’ai suivi les aventures du groupe de Ricky sans grande conviction et je me dis que l’auteur avait bien fumé quand il a rédigé cette novella. La dernière nouvelle « Pour qui hurlent les sirènes » n’a aucun intérêt pour moi. C’est confus, embrouillé.

Ce qui n’est pas nommé est un recueil de nouvelles inégales. J’en retiens un univers riche, qui passe d’un extrême à l’autre sans réel fil conducteur.