Manderley For Ever de Tatiana de Rosnay

Manderley For Ever de Tatiana de Rosnay,

   Publié aux éditions Albin Michel et Héloïse d’Ormesson,

   2015, 457 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«La nuit dernière, j’ai rêvé que je retournais à Manderley…» : la phrase qui ouvre le roman Rebecca a fait rêver des générations de lecteurs. Tout le monde connait L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca ou Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, mais l’auteur des œuvres qui l’ont inspiré, Daphné du Maurier, est aujourd’hui tombé dans l’oubli.
Pourquoi Daphné du Maurier est-elle considérée comme un auteur de romans féminins, alors que ses histoires sont souvent noires et dérangeantes ? Que sait-on vraiment de son lien étroit avec la France, de ses liaisons longtemps tenues secrètes, des correspondances ténues que son œuvre entretient avec sa vie, et dans laquelle elle parle beaucoup de son histoire familiale ? Portrait d’un écrivain par un autre écrivain, Manderley décrit minutieusement une vie aussi mystérieuse que l’œuvre qu’elle sous-tend – toute de suspense psychologique –, et met en lumière l’amour fou de cette femme pour son manoir de Cornouailles.

 

Voilà déjà quelques années que je suis tombée sous le charme de la plume de Daphné du Maurier. C’est un peu par hasard que j’avais acheté Rebecca. J’avais dévoré ce roman énigmatique, terrifiant et tout en finesse. Encore une fois, c’est le hasard qui m’avait mis sur la route du Bouc-émissaire, le roman de Daphné que je préfère peut-être le plus tant la tension psychologique y est cruelle et palpable. Et puis les lectures se sont enchaînées sans jamais avoir eu (ou presque) de déceptions.

En fouinant sur Internet, j’avais cherché à me renseigner sur l’auteur. On y trouvait des banalités sur sa vie, rien de bien intéressant. Il existait pourtant des biographies et même une autobiographie de Daphné du Maurier, hélas! toutes en anglais et mon niveau pas terrible du tout m’empêchait de les lire. J’ai même pensé, à un moment donné, à me lancer moi-même dans la biographie de Daphné (pensée vite oubliée).

Bien heureusement, Tatiana de Rosnay a pris les devants et a eu la très bonne idée d’écrire sur la vie de Daphné du Maurier. Sa biographie se lit comme un roman et permet de dépoussiérer l’image de l’auteur. Complète et dense, Tatiana de Rosnay aborde bien des aspects de la vie de Daphné.

On y découvre une jeune fille élevée dans un milieu d’artistes aisé. La maison de son enfance (en photo dans le livre) est impressionnante. Daphné est une jolie fille qui fera tourner bien des têtes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle aurait préféré être un garçon. Ce rêve de fille la poursuivra tout au long de sa vie que ce soit dans ses relations complexes avec les autres femmes ou même avec ses propres filles auxquelles elle préférera Christian, son fils unique.

On y découvre une femme qui est loin d’être une midinette. Elle apprend à conduire, porte pantalon et pull, fréquente des garçons, n’hésite pas à vivre seule sur la côte anglaise dans une maison glaciale pour écrire et être à son aise!

Tatiana de Rosnay nous offre une vision passionnée de Daphné pour qui l’écriture prime sur tout le reste et avant tout sur sa famille. Car Daphné est une femme libre qui ne veut pas sacrifier l’écriture aux autres. Son mariage n’y survivra d’ailleurs pas.

Il est étonnant aussi de constater le succès mondial qu’elle a obtenu à l’époque grâce à la publication de Rebecca. Des fans venaient même jusque chez elle pour lui demander des autographes! Daphné était connue partout. Toutes ses œuvres furent adaptées au cinéma. Il est drôle de penser qu’aujourd’hui elle garde juste une image d’auteur romantique avec sa seule œuvre Rebecca! Tatiana de Rosnay rétablit heureusement la vérité et montre au lecteur que Daphné n’avait rien d’une romantique ou d’une auteure fleur bleue. Ses œuvres traduisent la noirceur de l’âme, ses héros sont torturés comme elle l’a pu l’être elle-même.

Et puis il y a surtout sa passion pour le domaine de Menabilly qui deviendra sa source d’inspiration pour Manderley. C’est peut-être là sa plus grande passion, sa plus belle histoire d’amour. Daphné s’investit dans ce lieu mystérieux. Elle tombe amoureuse du paysage comme elle tomberait amoureuse d’un homme.

Tatiana de Rosnay restitue avec  justesse l’histoire de cette femme étonnante, fragile et complexe. Un grand merci pour cette superbe biographie qui illumine Daphné d’une nouvelle aura.

 

Trois filles et leurs mères: Duras, Beauvoir, Colette de Sophie Carquain

 Trois filles et leurs mères: Duras, Beauvoir, Colette de Sophie Carquain,

 Publié aux éditions Charleston,

 2014, 296 pages,

 Pour l’acheter: Trois filles et leurs mères

 

 

 

 

 

Trois femmes. Nées au tournant du siècle, entre 1873 et 1914, Colette, Simone de Beauvoir, et Marguerite Duras ont un point commun : celui d’avoir une hyper-mère, qu’elle soit fusionnelle (comme Sido), autoritaire (comme Françoise de Beauvoir) ou ambivalente (chez Duras).

Trois destins. Sophie Carquain fait revivre les trois monstres sacrés dans leurs décors : l’exotisme de l’Indochine des années 20 chez Duras, la bourgeoisie du début de siècle chez Beauvoir, la Bourgogne pour Colette. Et raconte comment elles ont construit leur univers et pris la plume pour se distancer de « Big Mother ». Pour exister.

 
Tout d’abord un grand merci à Babelio et aux éditions Charleston qui m’ont permis de découvrir cet ouvrage lors de l’opération Masse critique du mois de juin. J’ai été séduite par ces biographies romancées avec talent par l’auteur Sophie Carquain.

A travers son ouvrage, l’auteur se propose de nous raconter la vie de trois écrivains exceptionnels, trois femmes au talent incomparable, trois monstres sacrés de la littérature. Mais l’auteur va plus loin et aborde la vie de Duras, Beauvoir et Colette sous un angle original: celui de leur relation, souvent compliquée, avec leur mère.

La première partie du livre s’intéresse à Marguerite Duras. C’est peut-être la biographie qui m’a le plus bouleversée en tant que femme. Je ne connaissais pas la vie de Duras mis à part le fait qu’elle avait vécu bien entendu en Indochine et que ses romans se nourrissaient de cette expérience. Sophie Carquain nous raconte l’histoire terrible de cette petit Marguerite, pas vraiment désirée: sa mère l’a eu sur le tard, à 38 ans, âge indécent pour avoir un enfant à l’époque. Dès le début de sa vie, Marguerite est séparée de sa mère, rapatriée en France pour y être soignée. La séparation durera 10 mois: 10 longs mois d’absence qui creuseront dès le départ un fossé entre Marguerite et sa mère. Et puis il y a cet amour terrible que la mère de Marguerite nourrit pour son fils aînée Pierre. Un jour Marguerite demande à sa mère pourquoi elle ne l’aime pas autant que Pierre: sa mère ne saura que répondre.

S’ensuit une vie de non-dits, de secrets, de trahisons. La vie de Marguerite est marquée par l’absence de gestes tendres, de discussions fille-mère, de mots d’amour. Et puis vient la honte d’avoir une mère aussi négligée, aussi peu cultivée. Marguerite Duras va alors se réfugier dans les livres puis dans l’écriture.

Avec Simone de Beauvoir, l’auteur change de monde, de classe sociale. Simone est élevée dans une famille bourgeoise par une mère très pieuse. On ne parle ni de sexe ni d’argent. On va à la messe deux fois par semaine. Simone est une fillette intelligente qui apprend à lire seule et qui va se révéler brillante! Mais l’ombre de sa mère plane au-dessus d’elle. Sa mère est elle aussi avare de tendresse. Elle cherchera à contrôler ses deux filles toute sa vie à travers leur lecture (pas un seul livre n’est donné aux filles avant qu’il n’ait été validé) et leur correspondance qu’elle lira jusqu’à leur adolescence. Là encore, Simone grandit contre ce modèle féminin corseté, soumis à l’homme, étriqué dans un monde bourgeois. C’est grâce à la lecture et à l’écriture que Simone saura dire « non » et prendra son envol.

Enfin, avec Colette, Sophie Carquain dresse le portrait d’une mère aimante, tendre, douce, presque trop peut-être. Sido aime sa fille Colette au point de ne former qu’un avec elle durant toute l’enfance de la fillette. Elle la laisse très libre: Colette a le droit de rentrer seule de l’école, parle de tout avec sa mère, lit énormément. Sophie Carquain nous raconte ici une relation fusionnelle, passionnelle entre une mère et une fille, une passion qui ne devrait appartenir qu’aux amoureux. Lorsque Colette quitte sa mère pour s’installer à Paris, Sido lui écrit parfois plusieurs lettres par jour et reproche à Colette son manque d’amour et de considération quand elle tarde trop à répondre.

A travers ces trois portraits, Sophie Carquain nous raconte le destin de trois filles élevées par des mères étouffantes, exigeantes, dures. Elles ont toutes influencé leurs filles, les poussant à s’envoler loin du nid familial et à trouver leur propre voie. J’ai été bouleversée par la narration de l’enfance de Marguerite Duras, presque poussée à la prostitution par cette mère mortifère. On sent pourtant le lien indéfectible qui attache toutes ces filles à leurs mères. L’amour est là même s’il est peu, pas ou mal exprimé. Habilement, l’auteur glisse quelques notions de psychologie ni creuses ni pompeuses mais qui viennent étayer son propos.

Sophie Carquain narre avec passion la vie de ces trois femmes. En romançant ces biographies, elle procure une intense émotion à son lecteur. Bref, c’est un coup de cœur pour moi. J’ai lu avec passion ces biographies, j’ai vibré, souffert aux côtés de ces trois femmes et j’ai appris. A travers ces relations mères-filles, chaque lectrice se reconnaîtra un peu. Il est si difficile d’être mère, si difficile d’être fille…

Virginia Woolf d’Alexandra Lemasson

 Virginia Woolf d’Alexandra Lemasson,

 Publié aux éditions Folio biographies,

 2005, 260 pages,

 Pour l’acheter: Virginia Woolf

 

 

 

 

 

« J’aime boire du champagne et devenir follement exaltée. J’aime partir en voiture vers Rodmell dans la chaleur d’un vendredi soir et manger du jambon, et être assise sur ma terrasse et fumer un cigare avec un hibou ou deux.  » Virginia Woolf (1882-1941) fut une femme aux vies multiples: partagée entre Londres et sa retraite du Sussex, rompue aux mondanités comme à la solitude, attentive aux petits miracles quotidiens et bousculée par la folie.

 

Dans le cadre de mon book club, j’ai lu Virginia Woolf d’Alexandra Lemasson, le thème étant biographie ou autobiographie. J’ai trouvé cette biographie un peu par hasard chez un petit libraire et comme la vie de Virginia Woolf me fascine, je n’ai pas hésité.

Virginia Woolf, je commence un peu à la connaître. J’ai déjà lu deux biographies sur elle dont l’excellente biographie de Vivianne Forrester. J’ai donc quelques points de comparaison et j’aime voir la façon dont chaque auteur aborde sa vie.

Alexandra Lemasson propose d’aborder la vie de Virginia Woolf en quatre parties. Chacune est consacrée à une période de sa vie et baptisée « Le paradis perdu; L’enfer du 22 Hyde Park Gate; Léonard le Sauveur; Paradoxes ». D’emblée, ce qui saute aux yeux, c’est la volonté d’établir les faits de manière chronologique et c’est bien nature l pour une biographie. C’est d’ailleurs cette façon que j’approuve et qui me convient le mieux.

Je m’attendais donc à une narration plutôt linéaire de la part de la biographe. J’ai été partiellement déçue. Elle multiplie les analepses et les sauts dans le temps. Il suffit qu’un personnage lui fasse penser à telle ou telle anecdote pour qu’elle nous la raconte ce qui donne lieu parfois à un embrouillamini. Le lecteur novice en la matière se sentirait perdu. Bref, je n’aime pas qu’on saute du coq à l’âne dans ce genre de livre. Pourquoi parler dès l’enfance de la rédaction d’Une chambre à soi? Pourquoi anticiper autant alors que Virginia n’en est qu’à ses balbutiements d’écrivain? Le rapport établi est parfois très, trop lointain pour que je le saisisse.

Dans l’ensemble cependant, la linéarité de la vie de Virginia est respectée et j’ai trouvé le style de l’auteur très fluide et très romancée. On lit cette biographie un peu comme on lirait un roman et l’auteur sait ménager ses effets. Elle analyse avec finesse les meurtrissures de Virginia, ses bonheurs aussi qui feront d’elle l’écrivain qu’elle a été.

Dans son livre, l’auteur insiste énormément sur la perte maternelle à l’âge de 12 ans. Virginia va subir son premier traumatisme. On l’oblige à embrasser sa défunte mère alors que ce geste la répugne. Cette scène la hantera toute sa vie et déclenchera peut-être ses premières crises folie. En tout cas, il est certain que Virginia a perdu un pilier de sa vie lorsque sa mère est morte. Elle ne cessera d’ailleurs de rechercher cette chaleur maternelle à travers les femmes qui traverseront sa vie que soit Vita Sackville ou Violet Dickinson.

J’ai apprécié le fait que l’auteur défende haut et fort l’image de Virginia, cette image d’hystérique et de folle qui lui colle à la peau. Oui, elle souffrait de dépression et entendait parfois des voix résonner dans sa tête. Mais elle en était tout à fait consciente et luttait jour après jour contre ce mal qui la rongeait. Son entourage ne lui facilitait pas la tâche, la renvoyant, quand cela l’arrangeait, dans con rôle de folle de la famille. On a interdit à Virginia d’avoir des enfants, on l’a frustrée de ne pouvoir côtoyer à son aise la société londonienne et son mari l’a plus ou moins cloîtrée dans leur maison de campagne.

A travers cette biographie, l’auteur donne quand même une image profondément moderne de Virginia. Elle était moderne et révolutionnaire dans son écriture; elle était moderne dans sa manière de penser le monde et revendiquait une société dans laquelle la femme avait le droit de s’exprimer librement loin du joug marital ou paternel. Elle était une artiste complète, fragile et sensible au monde. C’est d’ailleurs parce qu’elle a peur de redevenir folle, de perdre tous ses moyens qu’elle se suicide un jour. Elle bourre ses poches de pierres et se jette dans la rivière l’Ouse qui borde son jardin. Elle a eu le courage de dire non à l’aliénation de son esprit, de se laisser emporter par les vagues, de cesser de lutter alors qu’elle savait parfaitement nager.

Dans cette biographie, l’auteur donne une vue d’ensemble assez complète de la vie de Virginia. Elle rend hommage à son esprit, à sa créativité et à sa liberté de femme. Virginia Woolf me semble un premier ouvrage facile d’accès pour pénétrer dans la vie de la célèbre romancière.

Un portrait de Jane Austen de David Cecil

Un Portrait de Jane Austen de David Cecil,

Publié aux éditions La Petite Bibliothèque Payot,

2013, 286 pages,

Pour l’acheter: Un Portrait de Jane Austen

David Cecil fut professeur de littérature anglaise à Oxford. Il fit partie, pour un bref moment, du club littéraire des Inklings.

 

 

 

 

Si les romans de Jane Austen (1775-1817) sont encore très lus – et très « vus » quand ils sont portés à l’écran -, on ignore généralement tout de cette fille de pasteur qui a grandi dans une famille nombreuse issue de la gentry et qui, demeurée célibataire, a toujours vécu avec sa mère et sa sœur Cassandra. Elle écrivait très discrètement sur un coin de bureau et son premier roman publié, Raison et Sentiments, ne l’a été qu’en 1811, signé d' »une dame » parce qu’elle ne cherchait pas la célébrité.

« Cette jeune dame, écrit pourtant Walter Scott, a le don le plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de rencontrer pour décrire les relations, les émotions et les personnages de la vie ordinaire.  » Car pour comprendre le génie de Jane Austen il faut se souvenir qu’elle est fille de l’Angleterre de la fin du XVIIIe siècle : elle a gouverné son existence et sa plume en conciliant précisément la raison et les sentiments selon un solide bon sens épicé d’un humour à toute épreuve.

J’ai eu envie de me lancer ces jours-ci dans une biographie de Jane Austen. Celle-ci est assez connue et j’ai sauté sur l’occasion lorsque j’ai vu qu’elle était enfin rééditée.

David Cecil a été professeur de littérature anglaise à Oxford. Son ouvrage est paru pour la première fois en 1978. Pour bâtir son propos, il a repris ses notes de ses différentes conférences données sur le sujet. Il a également lu d’autres biographies de Jane Austen afin d’étayer son livre. Si la première partie du livre ne m’a pas convaincue, j’ai apprécié plonger dans la vie de la célèbre romancière.

David Cecil commence par nous raconter la vie « avant » Jane Austen: la rencontre entre ses parents mais surtout l’état de la société anglaise de l’époque. S’il est utile de comprendre le contexte familial et social dans lequel Jane Austen va naître, j’ai trouvé que l’auteur s’y prenait mal, ennuyant le lecteur, le perdant dans des réflexions sans intérêt majeur.

Les choses deviennent beaucoup plus intéressantes dès lors que Jane Austen vient au monde. L’auteur dresse avec minutie le portrait de sa famille. J’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur chaque membre de cette grande famille. David Cecil met en évidence les liens forts qui uniront Jane à sa grande sœur Cassandra mais aussi le rôle de son père, prépondérant. George Austen était un homme d’Église, cultivé et attentionné. Sa bibliothèque regorgeait de livres et un peu comme Mister Bennet dans Orgueil et Préjugés, il encourageait ses filles à se cultiver, à débattre. Il ne pensait pas qu’une femme devait se contenter de coudre, jouer du piano et élever les enfants. Jane Austen a ainsi lu les classiques anglais comme les contemporains et elle s’est bâti une solide culture littéraire. George avait aussi instauré une tradition dans la famille: chaque soir, à la veillée, un des membres de la famille lisait à voix haute pour le plus grand bonheur de tous.

La partie qui, selon moi, demeure la plus intéressante, reste celle où Jane Austen devient écrivain. Elle a toujours aimé écrire des lettres ou des petits romans souvent humoristiques. En effet, elle était dotée d’un humour sans faille et savait analyser à la perfection les défauts de ses contemporains. Elle n’a commencer à se lancer dans la littérature qu’à 33 ans passés! A ses débuts, Jane se cache pour écrire. En effet, elle reste empreinte de la discrétion et des bonnes manières inhérentes au 18ème siècle. Alors que son premier roman est un succès, elle persiste à rester anonyme. A la fin de sa vie, Jane Austen est reconnue comme un écrivain majeur de la littérature anglaise, adoubée par les plus grands.

Pour résumer, cette biographie reste dans l’ensemble intéressante. Elle ravira les fans de la romancière mais pourrait apparaître ennuyante pour les moins avertis. L’ouvrage, qui date de 1978, a quelques peu vieilli, et certains passages n’ont pas grand intérêt pour comprendre l’art de Jane Austen.

Une autobiographie, Agatha Christie

Auteur: Agatha Christie

Titre: Une Autobiographie

Éditions: Le Livre de Poche, 2007

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 » Je suis censée m’atteler à un roman policier mais, succombant à la tentation naturelle de l’écrivain d’écrire tout sauf ce dont il est convenu, me voilà prise du désir inattendu de rédiger mon autobiographie.
Cette irrépressible envie nous guette tous tôt ou tard, me suis-je laissé dire. Elle m’est venue d’un coup. D’ailleurs, autobiographie est un bien grand mot. Il suggère l’étude soigneusement pensée de toute sa vie. Il implique de ranger les noms, les dates et les lieux en un ordre chronologique rigoureux. Or, ce que je veux, moi, c’est plonger au petit bonheur les mains dans le passé et les en ressortir avec une poignée de souvenirs variés. »

 

   J’avais prévu de lire ce pavé petit à petit un peu comme un livre de chevet. En effet, sa taille (992 pages) me dissuadait de le lire en une seule fois. Et puis rien ne s’est passé comme prévu. J’ai laissé tomber ma lecture en parallèle pour me plonger à corps perdu dans la vie d’Agatha Christie. J’ai dévoré ces presque 1000 pages en une semaine. J’en tournais fébrilement les pages afin d’en savoir toujours plus et une une fois la dernière ligne lue, j’ai éprouvé un sentiment d’abandon, de nostalgie comme si je venais de quitter des amis chers.

   Alors Lecteur, méfie toi de cette autobiographie. Elle n’a rien d’ennuyeuse, bien au contraire. Dès le début, elle m’a happée. Je ne me suis pas méfiée. J’ai lu, lu et lu à en avoir mal aux yeux tellement cette vie est passionnante!

   Agatha Christie n’a pas eu une existence conventionnelle. Loin de là. Elle aura connu deux amours, deux guerres, des voyages et le succès littéraire.

   Tout commence à Ashfield, en Angleterre, dans cette grande maison associée au bonheur, à l’enfance et à la joie. On découvre Agatha, petite dernière d’une fratrie de 3 enfants. Très complice avec son père, la petite fille est espiègle. Elle ne va pas à l’école (en effet, à cette époque les filles restent à la maison) mais elle bénéficie tout de même d’une bonne éducation: la musique aura une place importante dans sa vie. Agatha lit des romans et un jour elle fait le pari avec sa soeur d’écrire un roman policier digne de ce nom! Paroles lancées en l’air qui se concrétiseront quelques décennies plus tard.

   Si les années liées à l’enfance ne sont pas les plus passionnantes, on apprend quand même une multitude de choses intéressantes sur les moeurs de l’époque. Agatha aime faire défiler toute une galerie de personnages truculents: ses deux grands-mères obèses notamment. C’est peut-être dans cette partie du livre qu’on peut mesurer tout l’humour de la romancière.

   La suite de son autobiographie se poursuit avec son 1er mariage avec un certain Archie Christie, pilote dans l’armée de l’air. La 1ère guerre mondiale éclate et l’on découvre une Agatha Christie infirmière dévouée auprès des blessés, réalisant toutes les tâches ingrates dévolues à ces aides inexpérimentées. Agatha prépare aussi pommades, médicaments et solutions diverses. Le maniement des poisons et des substances médicamenteuses lui sera d’un précieux secours lorsqu’elle écrira ses romans policiers.

   Et puis vient le temps de l’écriture et c’est là que j’ai été la plus surprise. Je m’imaginais une Agatha Christie destinée à l’écriture, penchée sur ses feuilles blanches. J’ai découvert une toute autre image: celle d’une femme qui écrit d’abord pour se divertir, sans trop y croire et qui voit le succès frapper avec surprise. En réalité, Agatha Christie ne s’est jamais prise au sérieux. Même au sommet de sa gloire littéraire, elle n’imaginait pas son rôle d’écrivain comme un métier. Elle était dilettante. Elle avait de la facilité à écrire. Elle écrivait et cela suffisait à son bonheur. C’est donc avec beaucoup d’humilité qu’elle retrace sa carrière d’écrivain. Elle raconte avec beaucoup de détails comment elle a créé Hercule Poirot, Miss Marple. Les puristes apprécieront cette genèse.

   On découvre aussi une femme de caractère qui n’hésitera pas à divorcer, à voyager seule jusqu’en Irak puis à se remarier à un archéologue. Agatha est une touche-à-tout qui se prend de passion pour l’archéologie, la photographie, la musique. Elle raconte sa vie et ses voyages avec son deuxième mari comme un roman d’aventures. J’ai d’ailleurs souvent eu cette sensation en lisant ses souvenirs: étais-je en train de lire un récit de vie ou un roman d’aventures? Il lui arrive tellement de choses qu’on se surprend à se le demander.

   Sans jamais m’ennuyer, j’ai dévoré avec avidité ces presque 1000 pages. La vie de la romancière est tellement passionnante que je n’ai pu refermer le livre avant de l’avoir terminé. Son humour fait mouche à chaque fois et on se prend à rire. Ses souvenirs nous transporte dans une époque où certaines valeurs existaient encore.

   Lorsque j’ai refermé cette autobiographie, j’en ai presque eu la larme à l’œil. J’avais la sensation de quitter une amie très chère qui se serait confiée à moi. Un magnifique moment de littérature, un coup de cœur!

Virginia Woolf, Viviane Forrester

Titre VF: Virginia Woolf

Auteur: Viviane Forrester

Publié au Livre de Poche, mars 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois n’est pas coutume, je vous présente aujourd’hui une biographie, celle de Virginia Woolf par Viviane Forrester. Outre le fait que j’aime beaucoup les romans de Virginia Woolf, l’aura qui entoure ce personnage m’attire particulièrement.

Rentrée dans cette biographie n’est pas chose aisée! Viviane Forrester connaît son sujet à fond. Elle choisit d’ailleurs d’aborder les grandes périodes de la vie de Virginia et ne procède pas forcément de manière chronologique. Ainsi la première partie de cette biographie est consacrée à Léonard Woolf, futur époux de Virginia. L’auteur cherche à planter le décor, à contextualiser de façon à ce que le lecteur comprenne bien dans quel genre de famille Virginia va s’épanouir.

Il faut tout de même attendre plus de 100 pages pour qu’enfin on s’intéresse véritablement à elle! J’ai beaucoup aimé la partie dédiée à sa famille recomposée: la mère de Virginia a d’abord été mariée avant d’épouser Leslie Stephen. Ils avaient déjà des enfants de leur côté respectif avant d’en concevoir quatre ensemble! Au total, ils seront huit. Un arbre généalogique en fin de livre explique très bien tout cela.

Ce que j’ai adoré dans ce livre, c’est la façon dont l’auteur parvient à recréer l’ambiance de l’époque: Virginia côtoie des écrivains, des peintres, des artistes de toutes sortes. Quelle effervescence, quel bouillonnement!

J’ai beaucoup appris sur la nature complexe et la personnalité de Virginia. A sa mort, beaucoup ont répandu la rumeur selon laquelle elle était folle. En réalité, son mari Léonard y a été pour beaucoup dans ses sautes d’humeur et son mal-être. Il la prive d’enfants: Virginia ne s’en remettra jamais, elle qui a perdu sa mère si jeune.

On suit cette Virginia fragile, manipulée jusqu’à la rivière Ouse, là où elle se suicidera. Une fin terrible pour une femme dont la vie était pleine de rêves. Elle laissera derrière elle des lettres, des esquisses de romans publiées à titre posthume par son époux.