Scipion de Pablo Casacuberta

 

Scipion de Pablo Casacuberta,

Publié aux éditions Points,

2016, 332 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment peut-on survivre lorsqu’on a été prénommé Hannibal par un père historien ? Vaincu dès le départ, notre héros, lui aussi historien, n’a jamais été à la hauteur des rêves de son géniteur. Chassé de l’université, il a sombré dans l’alcoolisme et la lamentation paranoïaque. À la mort de son père, il hérite de trois boîtes au contenu hétéroclite. Au milieu des journaux intimes et des souvenirs de l’enfance se cache le début d’un plan machiavélique qui va pousser Aníbal vers des personnages excentriques et d’anciennes amours.

Je continue mon exploration des titres sélectionnés en vue du prix du meilleur roman Points 2016. Avec l’arrivée d’une nouvelle fournée de livres, j’ai pu piocher allègrement et mon dévolu s’est porté sur Scipion de Pablo Casacuberta, un auteur uruguayen.

La 4ème de couverture m’a vraiment donné envie de lire ce court roman: un universitaire névrosé et alcoolique, reçoit sa part d’héritage. Mais la pomme est pourrie. Pour accéder aux royalties et à la maison promise, son défunt père, dans un ultime pied-de-nez, impose au narrateur des conditions très contraignantes. Tout, sur le papier, avait de quoi me plaire. Au final, je suis assez déçue et très mitigée.

En réalité, je me suis ennuyée avec ce roman. Pourtant tous les ingrédients sont réunis. Annibal, le narrateur, est le fils d’un historien très renommé et reconnu, décédé deux ans plus tôt. A force d’être rejeté et de se comparer à ce père impitoyable, Annibal est devenu un raté. Il dort dans une pension crasseuse et vivote en tapant les thèses des étudiants. L’auteur dresse le portrait d’un homme écrasé par le poids du père. Annibal n’a jamais su dépasser cette rivalité qui l’a poussé à l’alcoolisme et au mépris de sa personne. A travers cette quête de l’héritage et la résolution des conditions imposées, une fois de plus, par le père de manière post-mortem, le narrateur va à la rencontre de cette image personnelle tant haïe et il va tenter de se réconcilier avec son passé afin d’avancer. Le thème du roman est cependant intéressant et est traité de manière pertinente et Annibal pose un regard lucide sur sa condition.

Si je me suis ennuyée, c’est à cause du style de l’auteur auquel je n’ai pas bien accroché. Annibal a la fâcheuse tendance de faire des phrases à rallonge qui m’ont tout simplement perdue. En effet, on suit les réflexions et les digressions de cet homme plein de ressentiment vis-à-vis de la figure du père. J’avoue que certaines phrases m’ont laissée perplexe tant elles partaient dans des considérations étranges et éloignées du propos de départ.

En outre, Annibal est un personnage de « plaignant ». Il geint, il chouine, il pleure sur son sort mais ne fait rien pour s’en sortir. Il a un côté Mister Bean qui m’a fait sourire quelques fois c’est vrai mais la répétition des gags, souvent exagérés, m’a rapidement agacée. Annibal, c’est le genre de type qui rentre dans une pièce et qui fracasse le vase en cristal de mémé d’une valeur inestimable puis qui se prend les pieds dans le tapis pour finir par s’électrocuter à moitié avec la seule lampe défectueuse de la salle. C’est peut-être drôle au départ mais on sature vite. Annibal m’a plutôt irritée avec son air de chien battu perpétuel qui s’imagine déjà faire sa vie avec une femme parce qu’elle lui a tenu la main cinq minutes pendant qu’il était évanoui.

D’autre part, je n’arrive pas toujours à savoir si son père était une sommité dans son domaine ou un imposteur. En effet, Annibal semble tellement mépriser ce père tout-puissant qu’il parvient à instiller chez le lecteur l’idée qu’il n’est qu’un bouffon, un salaud cachant son jeu. Il y a un tel écart entre les personnages qui admirent le père du narrateur et ce fils plein de rancœur que j’en suis perdue. De plus, j’aurais pensé qu’il y aurait davantage de références à l’Histoire. Annibal porte un nom mythique et le titre du roman m’a quelque peu titillée. Je ne vois toujours pas le rapport. Y-a-t-il un parallèle à faire avec l’histoire d’Hannibal? Pourquoi le roman porte-t-il ce titre? Mystère ou bien folie de la lectrice que je suis?

Je suis tout de même allée au bout du livre et là, Ô miracle, j’ai apprécié et même trouvé émouvante la fin du roman. Il faut quand même avoir lu 2/3 de plaintes en tous genres avant cela pour accéder au saint Graal. Cette fin m’a touchée, émue car notre Annibal tombe le masque de Pierrot triste et déprimé. Il finit enfin par se bouger les fesses et par avancer. Les dernières pages sont tout simplement magnifiques, à la fois pleine de tristesse et d’espoir.

Scipion est un roman qui me laisse bien mitigée. Je n’ai pas adhéré à la plume de l’auteur ni à son personnage trop apathique pour moi. Cependant tout n’est pas à jeter. Dans un dernier sursaut, l’auteur parvient à réveiller son lecteur dans une sorte de grâce émouvante. Une lecture en demie-teinte pour moi!

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

 

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan,

Publié aux éditions JC Lattès,

477 pages, 2015.

 

 

 

 

 

 

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

Delphine de Vigan est un auteur que j’ai découvert, comme beaucoup, grâce à « Rien ne s’oppose à la nuit« , roman magnifique et émouvant sur une mère bipolaire et une enfance mouvementée. Grâce à ma Cha Wag (elle se reconnaîtra), j’ai pu découvrir l’après roman, ce qui vient une fois qu’on a publié un livre aussi retentissant.

En effet, dans son nouveau livre, Delphine de Vigan met en scène une narratrice en proie aux affres de « l’après best-seller ». Sa narratrice, qui se confond donc avec l’auteur en chair et en os, n’arrive plus à écrire. Pendant une année, elle a été sollicitée sur tous les plateaux de télé, dans les soirées littéraires et les salons du livre. Quand il faut se remettre à écrire, c’est la page blanche. Pire même: le blocage, la répulsion, le dégoût.

Un soir, la narratrice se rend dans une soirée. Elle y fait la connaissance de L., belle femme, pleine d’assurance, pleine de style, écrivain elle aussi mais nègre pour des hommes politiques, des chanteuses ou encore des acteurs. Bref, L. est le double en creux de Delphine la narratrice. Cette rencontre va bouleverser Delphine puisque L. va s’inviter dans sa vie, la couper peu à peu de ses amis et l’enfermer dans une bulle. Delphine tombe sous l’emprise de L. qui ne souhaite qu’une seule chose: que Delphine écrive son roman suivant, le roman « fantôme » qu’elle porte en elle. 

L’intrigue prend donc forme petit à petit et si les choses semblent, au départ plutôt faciles, tout se complexifie. Où est le vrai? Où est le faux? Delphine de Vigan joue avec les codes de la réalité car au-delà d’un roman qui pourrait s’apparenter au thriller psychologique, l’auteur pose des questions pertinentes. L’écriture dit-elle le vrai? Peut-elle seulement le dire? Comment se raconter? Comment déchirer le voile de la sincérité? L’auteur pose une myriade de questions sur la force de l’écriture et ses limites.

La fin du roman est d’ailleurs renversante. Elle pose beaucoup de questions auxquelles j’ai encore du mal à répondre. Que s’est-il vraiment passé dans la vie de la narratrice? J’ai élaboré de nombreuses hypothèses et je ne peux apporter aucune réponse claire et tranchée.

Delphine de Vigan réussit un coup de maître avec ce roman brillant, intelligent et prenant. « D’Après une histoire vraie »est un livre qui vient confirmer le talent de cette grande auteur.

Techno Faerie de Sara Doke

 

 

Techno Faerie de Sara Doke,

Publié aux Moutons électriques,

2016, 370 pages.

 

 

 

 

Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour !
Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

Merci aux éditions Les Moutons électriques pour m’avoir fait confiance en m’envoyant cet ouvrage pour le moins déroutant! Merci également à ma partenaire de lecture Bazar de la littérature. En effet, c’est un livre que nous avons lu en lecture commune et ça c’était vraiment bien pour échanger sur nos impressions.

Techno Faerie est un ouvrage déroutant à plus d’un titre. Je ne parle pas ici de roman car, s’il en a l’apparence trompeuse, le livre ressemble plus à une réflexion, une étude sur le petit peuple des faes à travers des supports très variés.

L’ouvrage se découpe donc en dix chapitres dans lesquelles le lecteur croise la route de nombreuses faes et apprend à faire connaissance avec les différentes espèces. Là où l’auteur est originale c’est qu’elle invente une Histoire au peuple des faes. Longtemps cantonnées à vivre sous la Colline, les Faes se sont mêlées depuis aux hommes et l’auteur se propose de nous en narrer les rebondissements. En effet, dès le départ, ce n’est pas l’amour fou entre les Hommes et les faes. Ces dernières adorent leur jouer de mauvais tours, les pousser à bout; quant aux Hommes, ils gouvernent la planète par le fer et ça, nos pauvres petites créatures, elles n’aiment pas du tout. Et puis, un jour, les faes se sont manifestées aux hommes et un terrain d’entente a pu être trouvé.

Voilà pour l’intrigue générale. Dans le livre, l’Histoire des Faes est racontée sous diverses formes. Le début du récit fait davantage penser à un conte (de fée!) dans lequel un jeune garçon, élevé par des faes, tente de retrouver sa vraie famille. Le récit évolue et prend parfois l’apparence d’articles de journaux, nous livrant des faits plus bruts. L’auteur n’hésite pas non plus à se glisser du côté de la SF avec un voyage intergalactique grâce à un vaisseau spatial mêlant faes et hommes. L’auteur n’hésite pas non plus à entremêler des interviews, des morceaux de journal intime. Le tout donne naissance à quelque chose d’hybride. L’attention pendant la lecture doit être renforcée car les sauts dans le temps sont nombreux. Pourtant, en prenant du recul, on s’aperçoit d’une certaine cohérence. Les pièces du puzzle de se mettent en place peu à peu. Ce qui s’avérait au départ disparate, s’assemble et fait sens.

Sara Doke en profite aussi pour jouer avec la langue, sur tous les tons et tous les registres. Sa plume est teintée tantôt d’une douce mélancolie, tantôt d’une violence insoupçonnée mais c’est surtout l’humour et l’ironie qui l’emportent.

La seconde partie de l’ouvrage est une mini-encyclopédie composée de fiches portant sur les différents types de faes qu’elles soient domestiques, minérales ou aquatiques. Des illustrations viennent embellir les descriptions. Juste pour cette partie, l’ouvrage vaut le coup d’œil.

Si Techno Faerie est une œuvre déroutante, elle n’en est pas moins intéressante. Sara Doke fait preuve d’une très grande originalité en nous proposant un ouvrage qui sort des sentiers battus. Une découverte à faire!

L’Héritage des Rois-passeurs de Manon Fargetton

 

L’Héritage des Rois-passeurs de Manon Fargetton,

Publié aux éditions Bragelonne,

2015, 376 pages.

La dernière héritière d’une lignée royale doit fuir notre monde et retourner dans celui de ses ancêtres pour échapper aux hommes qui veulent l’éliminer. Là-bas, une princesse rebelle rentre chez elle pour prendre ce qui lui est dû : le trône d’Ombre. Voici l’histoire de deux femmes, de deux mondes imbriqués, de deux retours simultanés qui bouleverseront une fois de plus le destin tortueux du royaume d’Ombre. Coïncidence, ou rencontre orchestrée de longue date ?

J’ai eu la chance de rencontrer Manon Fargetton au dernier salon du livre de Fuveau. Cette jeune femme dynamique met tout de suite à l’aise son futur lecteur en parlant de ses romans avec passion. Je ne connaissais pas du tout sa plume. C’était donc l’occasion de découvrir son talent, car elle en a beaucoup. Mon choix s’est porté sur l’unique tome des Rois-Passeurs, un roman fantasy bien inspiré qui m’a énormément plu.

L’Héritage des Rois-passeurs met en place deux mondes. Coté pile, il y a Rive, notre monde à nous dans lequel évolue les humains. Côté Face, il y a Ombre, un monde qu’on pourrait qualifier de fantastique dans lequel les dragons et les vouivres côtoient les hommes du pays d’Astria. L’intrigue débute à Rive. Enora rejoint son jumeau Erwan, en Bretagne, pour y célébrer ses vingt ans. Elle y retrouve toute sa famille dont sa chère grand-mère Morgane, un peu magicienne sur les bords. Mais la fête va virer au cauchemar quand des hommes armés pénètrent dans la propriété et massacrent tout le monde, sauf…Enora. Cette dernière est miraculeusement sauvée par deux jeunes inconnus qui lui en révèlent plus sur son passé. Elle fait partie d’une famille de « passeurs« . Ces derniers ont la faculté d’aller et venir d’un monde à l’autre c’est à dire de Rive en Ombre et vice-versa. Enora, avec ses deux sauveurs, se rend donc en Ombre pour éclaircir le mystère sur son passé et se venger.

A Ombre, il y a Ravenn. Au début du récit, c’est une chasseuse de dragons qui appartient à un clan de nomades. Un jour Ravenn reçoit une lettre. Elle doit se rendre à Astria car sa mère se meurt. Or Ravenn est l’héritière du royaume d’Astria. On comprendra un peu plus tard dans quelles conditions elle a fui sa cité. Face aux complots qui se déchaînent contre elle, Ravenn va croiser le chemin d’Enora…

Manon Fargetton réussit un roman dans lequel la fantasy apporte une touche de merveilleux sans en faire des tonnes. Elle met davantage l’accent sur le côté politique et historique de son intrigue donnant un petit côté « Game Of Thrones » à son livre. En effet, j’ai apprécié que la fantasy soit reléguée au second plan. Elle n’est qu’un prétexte pour amener des réflexions plus complexes sur la place du pouvoir ou l’importance de la femme dans la société. On se prend aux jeux des intrigues de cour dont Ravenn est le centre. Au-delà d’une simple vengeance, c’est l’avenir de tout un royaume qui en jeu.

D’autre part, l’auteur donne une vraie personnalité à ses personnages. Elle réussit à leur donner une épaisseur, une présence intéressante. On s’attache bien sûr rapidement à Ravenn et Enora qui sont le miroir l’une de l’autre. Ce sont deux femmes superbes, aux caractère bien trempé qu’on pourrait facilement qualifier de « garçon manqué ». L’auteur prend son lecteur à contre-pied dans ses habitudes de lecture avec deux héroïnes qui n’ont pas froid aux yeux sur le plan des sentiments. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous spoiler. Les deux filles ont aussi un côté agaçant parfois qui renforce leur personnalité.  Les personnages secondaires sont eux aussi traités avec déférence et apportent beaucoup au récit.

Quant à l’intrigue, on imagine sans mal cette cité d’Astria à la fois ancrée dans le sol et tellement aérienne. Les capes dorées des magiciens côtoient les tenues des clercs et du peuple. C’est une foule bigarrée et hétérogène qui nous ouvre ses bras. L’intrigue ne laisse aucun temps mort à l’image d’Enora et de Ravenn qui foncent tête baissée dans l’action.

Le seul petit bémol que j’apporterais concernerait justement la complexité du monde développé par l’auteur. Je ne suis pas fan des sagas mais pour le coup,  l’intrigue en deux tomes aurait pu permettre de développer certains concepts qui sont trop rapidement esquissés alors qu’ils demeurent intéressants à tous points de vue.

L’Héritage des Rois-passeurs est un roman qui m’a beaucoup plu. La plume de l’auteur, ses idées et surtout ses personnages m’ont enchantée. Manon Fargetton est une auteur prometteuse.

Retour à Little Wing de Nickolas Butler

 

Retour à Little Wing de Nickolas Butler,

Publié aux éditions Points,

2015, 375 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…

J’ai la très grande chance de faire partie du jury « Prix du meilleur roman Points 2016 ». J’en suis très heureuse et j’ai reçu « Retour à Little Wing » dans la première partie de la sélection Poche. Sachant que le roman a déjà reçu le prix Page/America 2014, j’en attendais beaucoup. Je n’ai pas été déçue! Ce roman m’a emportée et m’a surprise à bien des égards.

L’intrigue débute dans le Wisconsin, plus précisément dans la petite ville de Little Wing. Il n’y a pas grand chose à y faire. La plupart des habitants sont des fermiers qui n’ont jamais quitté leur ville natale. La seule distraction est le bar des Anciens combattants et le supermarché du coin, c’est dire! Nous faisons la connaissance de quatre amis: Hank, marié à Beth, Lee, Kip et Ronny. Chacun de ces personnages va prendre la parole, nous livrant son point de vue, ses rêves et surtout ses désillusions. Il s’agit donc d’un roman choral où, à chaque chapitre, un personnage différent prend la parole.

Au départ, j’ai été plutôt dubitative. Hank est le premier à prendre la parole. Il doit assister à l’enterrement de vie de garçon de Kip puis à son mariage. Il ne se passe pas grand chose. Ce chapitre inaugural permet de présenter chaque personnage et d’étudier leurs relations. Kip a fait fortune à Chicago et souhaite remettre sur pied la fabrique de la ville; Lee est devenu un chanteur très connu et adulé à travers l’Amérique; Ronny a un peu perdu les pédales après un accident de rodéo. Quant à Hank, il n’a jamais quitté sa ville, s’est marié avec son amour de jeunesse, Beth, et s’occupe de la ferme. Les amis se croisent et se recroisent au hasard des noces, des divorces et des allers et retours. Un peu comme un étranger, on s’avance sur la pointe des pieds dans la vie de ces hommes et puis on se prend de passion rapidement pour leurs problème, leurs envies et leurs rêves.

Dans ce roman, l’auteur dissèque l’amitié de quatre jeunes hommes. Il y a ceux qui se jalousent, ceux qui s’épaulent coûte que coûte. Ce roman n’offre pas de scènes d’actions ou un suspens à couper le souffle et pourtant on se laisse prendre aux retrouvailles, aux disputes. Finalement, je me suis énormément attachée à chacun des personnages: Kip, le jeune loup aux dents longues qui n’estime que l’argent finit par émouvoir le lecteur; Beth renonce à ses rêves de jeunesse pour se consacrer à sa famille; Lee n’aspire qu’à la tranquillité.

Nikolas Butler dresse à la perfection le portrait de ces Américains qui viennent du fin fond de leur pays, qui n’ont jamais parcouru plus d’une centaine de kilomètres. L’horizon des quatre amis se borne à Little Wing, petit ville qui incarne l’Amérique profonde. On pénètre dans l’intimité de ces personnages qui deviennent presque nos amis, notre famille.

J’ai eu bien du mal à quitter Hank et les siens et j’aurais aimé que les histoire des uns et des autres se prolongent indéfiniment. Encore longtemps après avoir refermé mon roman, j’ai repensé à Hank, Beth, Ronny, Lee et Kip. Retour à Little Wing est le genre de livre qu’on a envie de relire pour profiter encore un peu de l’atmosphère douce-amère et des  personnages, devenus entre temps un peu plus que des êtres de fiction. 

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

 

Je suis Pilgrim de Terry Hayes,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2015, 912 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Pilgrim est le nom de code d’un homme qui n’existe pas. Il a autrefois dirigé une unité spéciale du Renseignement américain. Avant de prendre une retraite dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale. Mais son passsé d’agent secret va bientôt le rattraper…

Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan.
Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie saoudite.
Un chercheur torturé devant un laboratoire de recherche syrien ultrasecret.
Des cadavres encore fumants trouvés dans les montagnes de l’Hindu Kush.
Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité.
Et un fil rouge, reliant tous ces événements, qu’un homme est résolu à suivre jusqu’au bout.

 

J’ai reçu ce roman complètement par erreur lors du dernier Masse critique de Babelio. Après l’avoir signalé, le site Babelio et les éditions Le Livre de Poche me l’ont gentiment offert. Il dormait donc dans ma PAL bien sagement. Et puis pendant les vacances de Noël, j’ai eu le courage de le dégainer. Il faut dire que c’est un beau pavé de 912 pages. Je me suis donc armée de tout mon courage pour ouvrir ce thriller et là, j’ai été happée dès les premières pages.

Vous êtes donc prévenus: une fois ouvert, il est très difficile de refermer ce livre tant il est addictif. En effet, l’auteur sait captiver son lecteur dès les premières pages. L’intrigue commence dans un quartier malfamé de New-York. Le corps d’une femme est retrouvé dans une baignoire, partiellement dissous. Ses dents ont été toutes arrachées pour éviter une identification. Qui a tué cette femme et surtout pourquoi? Sur les lieux de l’enquête, il y a Scott Murdoch. C’est un ancien agent secret qui a raccroché mais qui aide de temps en temps son ami flic à résoudre des enquêtes. Chose troublante: le meurtrier a utilisé une technique décrite dans le livre écrit par Scott.

Parallèlement à cette enquête, Scott nous raconte le début d’une autre affaire, celle-ci plus délicate. En effet, un certain Saoudien, surnommé « Le sarrasin » est recherché par toutes les polices du monde. Il aurait mis au point un terrible virus afin de détruire les États-Unis. Scott est appelé en renfort par le président « Himself » pour tenter d’arrêter cet homme impossible à localiser….

Ce roman est terriblement difficile à résumer parce qu’il est immensément dense et que l’auteur a adopté une narration bien particulière. Scott nous raconte son enquête mais son récit est truffé de flash-back dans lesquels ils nous rapportent des éléments de son passé d’agent secret essentiel au déroulement de l’intrigue. Ses souvenirs sont peuplés de grands figures du terrorisme comme Ben Laden ou encore le Mollah Omar ou de références au 11 septembre. L’auteur réussit habilement à mêler la fiction à la réalité et à saupoudrer le tout d’un soupçon de djihadisme et de guerre en Irak. A lire mon résumé, on pourrait croire que le livre est difficile d’accès. Je vous rassure tout s’imbrique parfaitement et le passé de Scott est tellement passionnant qu’on pourrait en lire des pages sur le sujet.

Le personnage du sarrasin est glaçant. L’auteur décortique la façon dont un événement majeur dans la vie d’un ado conduit au terrorisme le plus pur. Le pire c’est que la vengeance de ce fameux personnage pourrait tout à fait être réalisable et c’est un peu flippant pour nous, petits occidentaux.

Le rythme est haletant et il est impossible de s’ennuyer. L’auteur a fait beaucoup de recherches sur son sujet et j’ai énormément appris sur les arcanes et les profondeurs du terrorisme qui menacent non seulement les pays occidentaux mais aussi certains pays du Golfe. Le personnage du Sarrasin est déterminé et rien ni personne ne pourra arrêter sa quête vengeresse et pour le coup, ça fait vraiment flipper.

Quant à Scott, surnommé Pilgrim, c’est un personnage qui tient à la fois de James Bond et de Jason Bourne. Son passé est bien mystérieux. C’est aussi un as de la gâchette qui s’en sort toujours. Certaines scènes sont d’ailleurs un peu exagérées mais on pardonne bien volontiers à cet aventurier des temps modernes, loyal et droit dans ses bottes.

Il y a cependant un point négatif (parce qu’il en faut un quand même) : le style de l’auteur n’est pas parfait. On sent qu’il a un passé de scénariste hollywoodien et qu’il cherche avant tout à nous donner des scène extrêmement visuelles au détriment du style et de l’élégance. Certains passages sont plus journalistiques que littéraires mais la lecture reste quand même agréable.

Je suis Pilgrim est un thriller implacable qui rend complètement addictif. Une fois plongé dans ce roman palpitant, vous ne pourrez plus vous arrêter de le lire avant de connaître le fin mot de l’histoire.