Récits du Demi-Loup, Tome 3: Mers brumeuses de Chloé Chevalier

 

 

Récits du Demi-Loup, Tome 3: Mers brumeuses de Chloé Chevalier,

Publié aux Moutons électriques,

2017, 364 pages.

 

 

Crassu est un adolescent sourd. De Véridienne à Mercan, des côtes des Mers brumeuses aux Eponas en passant par la citadelle de Nül-Noch, le jeune homme découvre les intrigues de la cour. Dans l’Empire, Adelmor est parvenu à retourner la situation en sa faveur.

Les éditions Les Moutons électriques ont eu la gentillesse de m’envoyer le tome 3 des Récits du Demi-Loup. J’avais adoré le premier tome en découvrant la plume aguerrie de Chloé Chevalier. Le tome 2 avait confirmé le talent de l’auteur. Ce tome 3 emmène le lecteur un peu plus loin et prend des allures de Game of Thrones tant l’action politique et l’intrigue de cour se resserrent sur les protagonistes.

Cette chronique se fera en deux parties, la seconde dévoilant un morceau de l’intrigue.

Tout d’abord, la plume de Chloé Chevalier est toujours aussi belle, aussi travaillée. J’aime particulièrement l’univers qu’elle développe à travers un monde où chaque peuple possède son propre univers, son parler, ses habitudes. Le deuxième tome nous avait fait découvrir les plaines jaunes. Ici, nous passons beaucoup de temps aux Eponas du côté de l’armée des Chats ainsi qu’à Véridienne. C’est assez étonnant comment les mots, la langue de Chloé Chevalier permettent de faire résonner les ambiances. Ainsi, j’ai ressenti le froid, la brume, l’humidité de ces contrées comme si j’y étais. Nous découvrons aussi la forteresse abandonnée de Nül-Noch dans laquelle l’art des baladins et des troubadours trouve un point de chute bienvenu. 

Dans ce troisième tome, les choses se corsent et l’intrigue politique fomentée par Cathelle et Aldemor bat son plein. A la manière d’un jeu d’échecs, l’auteur concentre son talent dans une intrigue politique complexe. On ne sait plus vraiment qui tire les ficelles mais comme le conclut Cathelle à la fin du roman: « La monture s’est emballée, il faut la laisser nous emporter jusqu’à l’essoufflement de sa course ». Les dés sont jetés. Aucun personnage ne peut revenir en arrière et le piège semble se refermer sur Malvane et Calvina. A ces tensions politiques, l’auteur apporte des tensions sociales. Les femmes en rouge de Nersès réquisitionnent les vivres dans les villages au nom de Véridienne; la Preste mort fait des ravages; la guerre civile menace de plus en plus entre Eponas et Véridienne. Chloé Chevalier nous offre ici un vrai morceau de bravoure. Pas facile de concilier une intrigue politique complexe et solide avec une intrigue plus « personnelle » où les rancœurs de chacun dominent.

Du coté des personnages, ça bouge pas mal aussi. Attention, cette partie risque de vous dévoiler certaines choses si vous n’avez pas lu les tomes précédents. D’abord, le roman débute par l’arrivée de Crassu, fils sourd, adoptif de Nersès. C’est assez étonnant car j’avais considéré que ce personnage était plutôt secondaire dans les autres tomes. Ici, Crassu prend toute sa place et il devient évident que son futur potentiel d’héritier de Véridienne le place au cœur de l’intrigue. Crassu est peut-être l’un des personnages les plus attachants du récit. Il a dû surmonter sa surdité pour s’intégrer à la cour. Il est régulièrement l’objet de moquerie. A travers ce troisième tome, Crassu renonce à son enfance pour devenir un homme. Envoyé aux Eponas pour espionner Calvina, c’est là-bas qu’il se plaira le plus et qu’il trouvera enfin un peu de considération. Ce troisième tome fait office de roman d’apprentissage pour lui.

Enfin du côté de l’intrigue politique, les choses évoluent vite. Si j’ai été un peu perdue au début de ma lecture (le temps de remettre les choses en place), j’ai vite compris que Cathelle et Aldemor risquent fort d’être dépassés par leur soif de vengeance. La guerre civile menace mais bien plus grave encore, l’Empire de l’Est semble vouloir s’étendre de plus en plus tandis que la révolte des Comtes gronde en arrière-plan. Bref, l’ensemble est cohérent, diaboliquement complexe et Chloé Chevalier termine son récit en laissant de nombreuses questions en suspens.

Avec Mers Brumeuses, Chloé Chevalier montre que sa saga ne s’essouffle pas. Bien au contraire, elle prend de l’ampleur. Ce troisième tome est remarquable par la justesse de son intrigue et la manière dont les personnages sont dépeints. Outre, la beauté du texte, on peut saluer également le travail accompli sur la couverture et la carte intérieure effectués par Melchior Ascaride. J’ai hâte de découvrir la suite….

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

 

 

La horde du contrevent d’Alain Damasio,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 703 pages.

 

 » Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime. « 

La Horde du Contrevent est un roman de SF dont je vais essayer de parler tant bien que mal. Vous m’excuserez à l’avance si mon avis vous semble décousu. Saisir ce qu’est ce roman est déjà une belle gageure. Alain Damasio a écrit peu mais a écrit bien. Il nous livre ici un roman complexe, tissé d’une manière incroyable.

Je vais commencer par parler de la manière dont est fait le récit. Alain Damasio choisit de centrer son roman autour de 22 personnages. Ils auront tous la parole à un moment donné, certains plus que d’autres. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle pour faire avancer le récit. Chaque paragraphe correspond à un personnage et cette prise de parole est matérialisée par un petit signe: une vague, un point virgule, l’oméga, un triangle, … Il suffit donc de se reporter au marque-page (très très précieux) vendu avec le livre pour savoir qui parle. Du reste, si le procédé peut au départ dérouter, je m’y suis fait très très vite. Cette manière de faire permet d’éclater le récit sous différents aspects et points de vue tout en le faisant avancer normalement. Chapeau bas pour la technique narrative hyper bien maîtrisée. Mais l’attrait de ce bouquin ne s’arrête pas là.

Alain Damasio plonge son lecteur au cœur d’un univers complexe, ouvragé et riche de sens. La 34ème Horde du contrevent arpente la terre en quête de l’extrême-amont et des neuf formes du vent. Cette horde composée de 22 personnages qui vont du traceur à la feuleuse, de l’autoursier au croc, doit relier à pied et uniquement à pied l’extrême-amont, lieu mythique et légendaire, imaginé comme paradisiaque que personne n’a jamais visité. Chaque siècle voit sa horde tenter d’atteindre cet endroit extraordinaire. Toutes ont échoué jusque là mais Golgoth, le traceur de la 34ème horde est bien décidé à mener sa quête jusqu’au bout. J’ai été happée par cette quête mystérieuse pleine de dangers qui voit les morts s’accumuler au fil des épreuves. Le conseil que je donnerais (mais il est difficile à respecter) serait de ne s’attacher à aucun personnage car l’auteur ne leur fait aucun cadeau!!

Les personnages justement, parlons-en. Alain Damasio tient le pari de nous y attacher fortement. Quel que soit leur rôle dans la horde ou leur caractère, je les ai tous apprécié! Là aussi, il s’agit d’un tour de force incroyable. Si au départ, le lecteur est décontenancé par les noms, les rôles de chacun, il repère assez vite leurs personnalités. Au fur et à mesure de la quête, on découvre le passé des uns et des autres, leur histoire, leur désir, leur envie. Golgoth, traceur et chef de la horde, m’a scotchée avec ses manières violentes et bourrues. Je retiens son sempiternel « puteborgne ». Caracole, le troubadour, est un personnage incroyable de sagacité. Il dégage une présence forte, entouré de mystère qui s’épaissit de plus en plus pour lui. Sov, le scribe m’a émue jusqu’aux larmes. Chaque personnage est extraordinaire, irremplaçable, attachant.

Enfin, Alain Damasio nous promet l’aventure avec ce roman. J’ai été un peu perdue au début du livre, je l’avoue, et j’ai dû dépasser les 100 premières pages pour vraiment être accrochée. C’est une lecture exigeante et ardue mais tellement addictive! L’auteur possède un sens du récit incroyable. Si vous aimez les aventures, les vraies, alors foncez sur ce bouquin. Les personnages seront confrontés aux vents les plus violents qu’on puisse imaginer; ils traverseront « la flaque »; subiront l’épreuve de la tour de la fontaine. Au milieu de tout ça, Alain Damasio développe un imaginaire complexe où le vif de chacun, sorte d’énergie vitale, peut se réincarner; où les chrones divers et variés peuvent bouleverser la vie d’un personnage; où les fréoles et les racleurs peuvent vous aider ou vous assassiner. Bref, j’ai complètement accroché au concept de l’auteur même si certains passages sont restés obscurs pour ma petite caboche.

La Horde du Contrevent est un roman SF inclassable, complexe et exigeant. J’ai adoré voyager aux côtés de cette horde guidée par le vent. Laissez-vous conter cette histoire incroyable et prenez part à la 34ème horde!

Persuasion de Jane Austen

 

 

Persuasion de Jane Austen,

Publié aux éditions 10/18,

2016, 317 pages.

 

Depuis quand une jeune fille a-t-elle besoin qu’on lui dicte sa conduite ? Si elle s’est laissé persuader trop jeune de rompre ses fiançailles, Anne Eliott n’est plus dupe. Et lorsque son ancien amant réapparaît, auréolé de gloire, l’heure n’est pas à l’indécision. Pour Anne, il est temps de faire fi des convenances et de la vanité de son entourage !  » A lire yeux baissés et genoux serrés pour goûter en secret le délicieux plaisir de la transgression des interdits.

Persuasion est un titre qui ne m’a pas totalement convaincue. Loin du mordant d’Orgueil et préjugés, j’ai trouvé ce roman lent à se mettre en place. Malgré tout, j’en retiens une belle histoire d’amour dans laquelle l’héroïne doit passer outre son passé et sa rancœur pour ouvrir les yeux.

Anne Eliott est la troisième fille d’un baronnet, qui se la joue grave et qui n’accorde de prix qu’au rang social. Oui mais, voilà, ce gentil baronnet est obligé de louer son domaine de Kellynch pour subvenir à ses dettes. Avec son autre fille Elizabeth, il se rend à Bath pour sauver les apparences tout en louant sa demeure à un amiral réputé.

De son côté, la pauvre Anne, dont tout le monde se fiche comme d’une guigne, doit rejoindre sa deuxième sœur Mary et ses insupportables gosses. Et oui! La pauvre Anne a toujours été mise de côté. C’est celle qui est désignée comme la moins belle, la moins utile, bref celle qui ne se mariera jamais. En un mot: le boulet! Mais ce qu’on apprend de fort intéressant, c’est qu’Anne a rompu ses fiançailles, il y a de ça huit ans sous la pression de son père. L’homme qu’elle aimait n’était pas « assez bien » pour la famille et comme Anne a peu, très peu de caractère, elle a obéi sagement à son affreux papa. La voilà donc célibataire à 26 ans, autant dire une vieille fille.

Or par le plus grand des hasards, l’amiral qui emménage à Kellynch est le beau-frère de Frederick Wentworth, l’ex-fiancé. Anne renoue avec le beau jeune homme. L’aime-t-elle toujours? Et lui, éprouve-t-il encore des sentiments? Voilà l’intrigue de Persuasion qui se noue.

Loin d’une Elizabeth Bennet, Jane Austen nous présente ici une héroïne un peu molle, discrète et pas vraiment jolie. Trop souvent rabrouée par son père et ses sœurs, elle passe au second plan et a renoncé à toute idée de bonheur par manque de persuasion envers sa famille. Les passages où elle se demande si elle éprouve encore des sentiments pour Frederick sont assez nombreux. Plutôt que l’action, Anne est une jeune femme qui réfléchit et analyse beaucoup les choses. Le roman de Jane Austen est ici centré sur la psychologie du personnage qui doit se battre contre elle-même pour s’avouer qu’elle n’a jamais oublié son ex-fiancé. Si l’issue de l’histoire est prévisible et si l’héroïne est un peu cruche (j’ai souvent eu envie de la secouer), j’ai grandement apprécié la peinture faite par Jane Austen de la société de l’époque.

Alors bien sûr, Miss Austen est moins mordante ici. Les piques ironiques concernent le plus souvent le baronnet (ridicule à souhait!). Mais la romancière n’en oublie pas de critiquer une société où les femmes attendent tandis que les hommes agissent; où les femmes n’ont pas le droit d’hériter directement et ne peuvent compter que sur le mariage pour gagner une position stable et sécurisante. Il faut lire à travers les lignes et voir cette critique à travers le portrait des sœurs Henrietta et Louisa, du baronnet Eliott qui ne cherche qu’à caser ses filles pour asseoir sa réputation!

Si Persuasion ne m’a totalement conquise c’est à cause de son héroïne trop discrète et en retrait. J’ai cependant goûté la langue de l’auteur toujours aussi belle et sa critique à moitié voilée de la société de son temps.

Les enchantements d’Ambremer, Tome 1: Le Paris des merveilles de Pierre Pevel

 

 

Les enchantements d’Ambremer , Tome 1: Le Paris des Merveilles de Pierre Pevel,

Publié aux éditions Bragelonne,

382 pages, 2015.

 

Paris, 1909. La tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes se baignent dans la Seine, des farfadets se promènent dans le bois de Vincennes… et une ligne de métro relie la ville à l’OutreMonde, le pays des fées, et à sa capitale Ambremer. Louis Denizart Hippolyte Griffont est mage du Cercle Cyan, un club de gentlemen-magiciens. Chargé d’enquêter sur un trafic d’objets enchantés, il se retrouve impliqué dans une série de meurtres. L’affaire est épineuse et Griffont doit affronter bien des dangers: un puissant sorcier, d’immortelles gargouilles et, par-dessus tout, l’association forcée avec Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…

Je conclus le mois de juin en beauté avec un titre de fantasy qui m’a conquis! Le tome 1 des Enchantements d’Ambremer m’a vraiment plu. Pierre Pevel manie avec talent la plume pour plonger son lecteur dans un Paris merveilleux et fantasque.

Louis Denizart Hippolyte Griffont (appréciez l’art des prénoms au passage) est un mage appartenant au cercle Cyan. Il mène sa vie tranquille sur l’île Saint-Louis au cœur de Paris mais sa tranquillité va rapidement être mise à rude épreuve lorsque Cécile de Brescieux lui demande d’aller emprunter une chronique sur la famille Latour-Fondval à la Bibliothèque d’Ambremer. Ce qui au départ était un simple service va vite s’avérer être un véritable traquenard pour Louis qui se retrouve embarqué dans une histoire où la plus puissante des fées cherche à l’éliminer tout simplement…

Au-delà de l’intrigue qui reste pour Louis la nécessite de maintenir l’ordre des choses dans le monde et de sauver sa peau au passage, ce premier tome se savoure avant tout pour l’univers créé par Pierre Pevel. Paris est une ville où les fées, gobelins, gnomes et autres créatures sont les bienvenus depuis que l’Outremonde y a été relié via le métro. Sans subordonner la réalité au merveilleux, c’est l’inverse qui se produit ici. Le merveilleux est au service de l’ambiance, de l’intrigue et des personnages et c’est ce que j’ai le plus apprécié! Pierre Pevel n’en fait pas des tonnes mais laisse des touches de merveilleux ça et là sans qu’il ne prenne le pas sur tout. Au détour d’un parc, on peut croiser un chêne savant ou des fées malicieuses. L’auteur n’en rajoute pas et c’est vraiment appréciable. Il a d’ailleurs de très bonnes idées à l’instar d’Azincourt, le chat de Louis qui peut « lire » n’importe quel ouvrage à condition de piquer un somme dessus! M’est avis que l’auteur possède des chats chez lui!

Mais le point fort du récit reste sans doute ses personnages bien campés. Louis est un dandy qui mène une vie paisible. Il se sert de ses dons de mage lorsqu’il en a vraiment besoin. J’ai beaucoup aimé son côté désuet, légèrement « vieux garçon ». Il appartient à un club, clin d’œil aux clubs masculins très distingués que l’on trouve surtout en Angleterre. Mention très bien au personnage d’Isabel de Saint-Gil à la fois aventurière, voleuse et enchanteresse. Les personnages sont hauts en couleur et dotés de beaucoup d’humour d’autant plus que le narrateur se joue de la situation est interpelle régulièrement le lecteur au sujet de leurs défauts!

Cette lecture m’a comblée d’un bout à l’autre. Le traitement parcimonieux du merveilleux, l’ambiance désuète et l’intrigue qui réserve bien des surprises m’ont littéralement charmée. Je lirai la suite des aventures de Louis avec plaisir!

Bilan Lectures Juin

 

Me revoici pour mon bilan lecture du mois de juin qui n’est pas tout à fait terminé mais entre nous, on peut dire que c’est plié pour les lectures!

Ce moi-ci, j’ai bien carburé et ce n’est pas moins 9 lectures que j’ai effectuées et plutôt du bon voire du très bon!

 

On commence avec le tome 1 du Goût du bonheur de Marie Laberge, une saga familiale immersive avec des personnages qui restent ancrés dans la mémoire et des pages qui défilent à une vitesse folle!

 

 

 

 

 

 

 

On continue le tome 2 cette fois-ci de l’excellent Néachronical de Jean Vigne. L’auteur nous entraîne très loin avec une intrigue surprenante et bien ficelée!

On poursuit la visite avec la première enquête d’Agatha Raisin de M.C Beaton: très english et très drôle!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On continue avec l’excellentissime Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski. Sublime, incroyable!

 

La Mort du roi Tsongor a eu un petit effet Game of Thrones sur moi avec des batailles grandioses et une manière de raconter très spéciale, proche du conte.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’excellent Journal secret de Charlotte Brontë m’a emmenée loin sur les landes à la découverte de ces trois sœurs de talent.

Enfin j’ai lu avec attention des classiques: une sélection des Fables de La Fontaine, deux nouvelles d’Alexandre Dumas et Le livre de la jungle de Rudyard Kipling.

 

Le journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James

 

 

Le Journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James,

Publié aux éditions Milady,

2016, 672 pages.

 

 

« J’ai écrit sur les joies de l’amour. Au fond de mon cœur, je rêve depuis longtemps de vivre une relation intime avec un homme. Chaque Jane, j’en ai la conviction, mérite son Rochester. »

Même si Charlotte Brontë est pauvre, au physique quelconque et sans relation, elle possède une fougue qui ne se révèle qu’à travers ses écrits. Vivant retirée dans le Yorkshire avec ses sœurs, son frère et un père qui devient aveugle, elle rêve d’un amour réel aussi dévorant que ceux qui peuplent son imagination. Au fil des pages de son journal intime, Charlotte Brontë nous livre ses sentiments sur les hommes qu’elle rencontre ainsi que ses désirs les plus secrets…

Attention, coup de cœur pour ce magnifique roman paru chez Milady. Tous les admirateurs des sœurs Brontë devraient lire ce livre qui retrace la vie de Charlotte en particulier. Syrie James nous emmène au cœur des landes glaciales du Yorkshire sur les traces des sœurs Brontë.

Elle prend comme prétexte la rédaction de son journal intime par Charlotte Brontë. Ainsi, c’est Charlotte qui parle et qui nous raconte sa vie faite de joie, de malheurs, d’amour et d’amitié.

A travers ce journal intime, Syrie James peint avec précision le quotidien des filles Brontë. Emily, Charlotte et Anne ont laissé chacune une œuvre magnifique. Comment ont-elles commencé à écrire? Pourquoi? C’est ce que propose de découvrir ici l’auteur.

Comme elle nous le raconte du point de vue de Charlotte, l’intrigue est très romancée. On partage donc la vie des sœurs Brontë: l’alcoolisme de leur frère Branwell, la cécité annoncée de leur père pasteur d’un petit village, leur existence calme, sans heurts. Élevées par un père pasteur, plutôt ouvert d’esprit, les sœurs Brontë ont eu accès aux livres et à la connaissance assez tôt. Érudites, elles vivent tranquillement dans leur petit cottage, s’occupant des affaires domestiques. Alors qu’elles publient un recueil de poésie qui n’obtient guère de succès, elles décident de s’atteler chacune à un roman. Elles écriront Les Hauts de Hurlevent, Jane Eyre, Agnès Grey. D’abord publiées sous pseudonyme, elles connaîtront un succès grandissant au fil des ans. Leurs œuvres d’une puissance étonnante en ont surpris plus d’un à l’époque.

Syrie James nous plonge au cœur de leur vie et de leur génie créatif. J’ai tout simplement adoré. On suit bien sûr Charlotte de plus près mais on découvre aussi ses deux sœurs plus réservées, plus en retrait. Charlotte s’avère être une femme plutôt moderne. Elle se bat contre pas mal de préjugés à l’encontre des femmes et va rencontrer en la personne du vicaire Nichols un adversaire à sa hauteur.

C’est aussi l’occasion pour l’auteur de nous décrire la condition féminine de l’époque. Sans mariage, point de salut puisque les femmes dépendent de leur père ou de leur frère. Les sœurs Brontë veulent écrire car bien sûr c’est un besoin vital chez elles mais elles savent aussi qu’elles pourront accéder à leur indépendance. J’ai beaucoup aimé cet axe développé par l’auteur.

Syrie James s’est énormément documentée pour écrire son roman notamment à partir de la correspondance des sœurs. Il s’avère réaliste et passionnant d’un bout à l’autre. Elle mêle avec élégance biographie et romance.

Avec Le journal secret de Charlotte Brontë, je n’ai plus qu’une envie: me plonger dans les œuvres de ces trois sœurs hors normes.

Rois du monde, tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

 

Rois du monde, Tome 1: Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski,

Publié aux éditions Folio SF,

2015, 460 pages.

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

Conseillé par Bazar de la littérature après notre lecture commune de Janua Vera, je me suis lancée avec délectation dans Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski. Quelle claque, quelle puissance! Le bonhomme connaît son sujet et il parvient à entraîner son lecteur loin, très très loin dans son royaume biturige aux confins de l’histoire et du merveilleux.

L’histoire est racontée par Bellovèse, fils du roi mort Sacrovèse, tué par son oncle Ambigat, à présent haut-roi. Flanqué de deux guerriers celtes, Bellovèse a pour charge de se rendre sur l’île des Vieilles pour que ces dernières lèvent le tabou qui pèse sur lui. En effet, lors d’une bataille, Bellovèse n’est pas mort alors qu’il aurait dû trépasser. La mort s’est refusée à lui. Ni mort, ni vivant, seules les étranges Gallicènes, femmes mi-sorcières mi-devineresses pourront le rendre au royaume des hommes. C’est ainsi que nous découvrons le jeune Bellovèse abandonné sur une île battue par les vents, aux habitantes fort inquiétantes…Et l’intrigue s’emballe lorsque Bellovèse raconte de quelle manière il en est arrivé là. Jean-Philippe Jaworski va alors brillamment entremêler les fils de son histoires pour nous conter l’enfance de Bellovèse.

Oscillant sans cesse entre le merveilleux et le quotidien, entre la réalité et le rêve, Jean-Philippe Jaworski nous livre ici un conte parfois terrifiant souvent inquiétant. Il reconstitue l’univers celte: les traditions, la façon de parler, de se battre. Son univers est parfaitement immersif. S’il est parfois compliqué de s’y retrouver entre tous les personnages, j’ai cependant pris beaucoup de plaisir à côtoyer tous ces guerriers fiers, souvent violents. Les têtes coupées tombent à foison, ça gicle, ça bataille dur mais on s’y croit vraiment!

Ce que j’ai cependant préféré dans ce roman, c’est la dimension mythologique, presque mythique des choses. A la manière d’un conte dit à la veillée, Jaworski nous glisse à l’oreille des histoires d’ogres, de forêts hantées, de bêtes qu’il ne vaudrait mieux pas croiser le soir au coin d’un bois. On frissonne, on savoure cette façon de retomber en enfance comme lorsque nos parents nous contaient le Petit chaperon rouge.

L’écriture merveilleuse, détaillée de l’auteur vient contribuer à cet état d’enchantement, de merveilleux. Les mots sont pesés. La lecture demande concentration et exigence bien sûr mais l’univers décrit est tellement riche!

Avec Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski offre à son lecteur un récit merveilleux, immersif, qui reste longtemps en tête. Un beau coup de cœur pour moi!