Bal masqué, Anthologie du Chat noir

 

 

Bal Masqué, Anthologie

Publié aux éditions du Chat noir,

2017, 408 pages.

 

Au premier temps de la valse, tournoient les étoffes chamarrées. Sous les lueurs vacillantes des chandeliers, les fantômes de la piste attirent les œillades des convives anonymes. Intrigues et complots. Retenue ou décadence. Séduction romantique ou convoitise charnelle. Les loups sur nos visages révèlent ou dissimulent les monstres de nos âmes. Dénudé de votre écorce, venez… Entrez dans la danse de ce perpétuel bal masqué. Auteurs : Estelle Faye, Maude Elyther, Marianne Stern, Elie Darco, Emmanuelle Nuncq, Dee L. Aniballe, Cécile Duquenne, Claire Stassin, Lucie G. Matteoldi, Clémence Godefroy, Céline Chevet, Vincent Tassy, Pascaline Nolot, Fabien Clavel, Pauline Sidre, Mélanie Fazi.

Avec cette sublime couverture, je ne pouvais que craquer pour la dernière anthologie des éditions du Chat noir qui fait toujours la part belle au fantastique. Comme son nom l’indique, cette anthologie regroupe des nouvelles dont le thème central est le bal masqué. Qu’il soit vénitien, horrifique, vampirique, le masque est le fil conducteur du recueil. Masque pour mieux cacher ou à l’inverse pour mieux découvrir?…

Comme dans toute anthologie, j’ai mes préférences. J’ai trouvé certains textes bien trop ampoulés. A trop vouloir en faire, certains auteurs perdent leur lecteur même si le côté formel du texte reste travaillé et très beau. Une nouvelle comme L’orchidée rouge de Maude Elyther m’a laissée de marbre. Je n’ai pas été sensible à la plume de l’auteur. En revanche, d’autre nouvelles m’ont ravie comme celle de Fabien Clavel, Sans que rien manque au monde, qui reste ma préférée. J’ai adoré son personnage, son style, son histoire et je verrais bien son univers développé dans un roman! Il nous plonge au début du 20ème siècle. L’inspecteur Ragon, bibliophile averti, va devoir enquêter au sujet de lettres mystérieuses. J’ai adoré l’ambiance délicieusement surannée.

J’ai également énormément apprécié la nouvelle de Pauline Sidre Les douze invitées, qui réinvente le conte de fée. Douze sœurs sont enfermées dans leur chambre, punies par leur père jusqu’au jour où une étrange invitation leur parvient. Il y a un peu de Barbe bleue dans cette histoire originale où chacune des sœurs prend la parole à tour de rôle.

J’ai aussi été sensible à la plume d’Elie Darco. La façon dont son enquête est menée dans Les Larmes de Lucrèce m’a surprise et j’ai aimé le personnage qu’elle développe. Sa plume est toujours délicieuse et son univers intéressant.

Je passe rapidement sur les nouvelles de Cécile Duquenne avec Têtes de tigre, de Céline Chevet avec Les yeux du corbeau ou encore de Claire Stassin avec Le masque de la mort noire qui m’ont toutes embarquée dans leur univers riche et développé!!

Bal masqué est une anthologie qui rassemble des textes travaillés et intéressants. Une belle manière de découvrir de nouvelles plumes!

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Le secret des orphelins de Elly Griffiths

 

Le secret des orphelins de Elly Griffiths,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 316 pages.

 

 

Encore un os à ronger pour Ruth Galloway !

Un squelette d’enfant décapité est retrouvé sous la porte d’une vieille bâtisse victorienne à Norwich. S’agit-il d’un sacrifice datant de la période romaine ou de la dépouille d’un petit pensionnaire échappé de l’orphelinat qui occupait les lieux dans les années 1970 ? Experte en datation, l’archéologue Ruth Galloway rejoint l’équipe de l’inspecteur Harry Nelson, partenaire d’investigation – et parfois plus dans l’intimité. Tandis que Ruth remonte la piste du drame et croise le chemin de prêtres retraités, magnats de l’immobilier et druides chevelus, quelqu’un semble décidé à littéralement la faire mourir de peur…

Le Secret des orphelins est un thriller sur fond de fouilles archéologiques. Il s’agit en fait de la deuxième enquête de Ruth Galloway mais pas de panique si vous n’avez pas lu le premier tome (comme moi!). Cette pauvre Ruth se serait bien passé des événements macabres auxquels elle va se confronter tout au long du roman. Cette universitaire, un peu boulotte, passionnée par son métier est, malgré elle, toujours embarquée dans des affaires sordides.

En tant qu’archéologue médico-légal, elle est appelée sur le chantier d’une vieille bâtisse. Sous une arche, les ouvrier ont retrouvé le squelette, probablement celui d’un enfant. Chose étrange, il lui manque la tête. Les choses se corsent quand Ruth découvre que ce manoir était un ancien orphelinat tenu par des religieux. Quand elle apprend qu’un garçon et une petite fille ont mystérieusement disparu dans les années 50, Ruth commence à douter, épaulée de Nelson, le flic chargé de mener l’enquête….

Clairement, le point fort du roman est sans nul doute le personnage de Ruth. Cette universitaire, célibataire, qui vit seule au milieu des marais avec son chat, est très attachante. Elle n’a rien d’une héroïne même si, comme le remarque Nelson, c’est une femme qui ne se laisse pas faire et qui reste déterminée. J’ai vraiment apprécié ce personnage loin des clichés souvent véhiculés par les thrillers. Ruth se sert avant tout de sa tête et espère mener sa petite vie le plus tranquillement possible.

Le deuxième intérêt du roman réside dans le métier exercé par Ruth. Elle est archéologue médico-légal et qui plus est, une pointure. Qui ne s’est jamais rêvé archéologue, déterreur de trésor? L’auteur mêle donc habilement connaissances scientifiques et historiques et les références sont passionnantes. Dans ce roman, l’intrigue tourne autour des rites romains. J’ai vraiment apprécié ce côté: les fouilles, la mise au jour de murs romains et d’objets. C’est instructif sans être pompant et toujours au service de l’intrigue.

L’intrigue justement, parlons-en. Elly Griffiths a le don de mener son lecteur en bateau. Le doute s’installe. Les intrigues se mêlent autour de la découverte de ce squelette. L’auteur joue clairement avec nos nerfs et brouille les pistes avec brio jusqu’au final assez déroutant.

Le secret des orphelins est un thriller comme on les aime. Une héroïne attachante, une ambiance mystique presque ésotérique! A découvrir…

Dire, ne pas dire: volume 4 par l’académie française

 

Dire, ne pas dire, volume 4: Du bon usage de la langue française par l’Académie française,

Publié aux éditions Philippe Rey,

2017, 192 pages.

 

Dit-on résoudre un dilemme ou un dilemne ? Doit-on rabattre ou rebattre les oreilles ? Fait-on ou effectue-t-on des progrès ? Dit-on courir ou encourir un risque ? Par quoi remplacer des anglicismes comme e-learning, twitter, task force ? Comment réagir face à la langue des sms et aux abréviations ?

Dire, ne pas dire propose dans ce quatrième volume de revenir sur certains usages de la langue française qui sont incorrects. Entendus dans les médias tels que les journaux, la radio, la télé, les « fautes » relevées appartiennent aussi bien aux néologismes qu’aux tournures de phrases mal construites.

J’ai d’abord apprécié le format de l’ouvrage et le travail d’édition réalisé. Chaque entrée correspond à une lettre de l’alphabet. L’ouvrage commence donc par « à cause que » et se termine par « zéro heure dix ». Si certaines erreurs de langage ne m’ont pas réellement surprise, comme l’accord du participe passé, j’ai été davantage étonnée par le nombre d’anglicismes qui émaille le discours des journalistes ou des politiques comme « feeler » (totalement inconnu pour ma part).

J’ai énormément apprécié le recours, presque systématique, à l’étymologie des mots qui en éclaire parfaitement l’orthographe et le sens. J’ai enfin compris pour quoi on disait « grand-mère » et pas « grande-mère » et je pourrais l’expliquer facilement à mes élèves! J’ai aussi été éclairée sur de nombreuses expressions telles que « mariage plus vieux ou mariage pluvieux ». J’ai enfin la réponse à cette question (qui suscite toujours des débats houleux, comme chacun le sait!).

Le seul reproche que je ferai c’est de sentir les auteurs parfois « crispés » sur certaines expressions passées dans le langage courant comme « relooker » ou encore « twitter » qui sont, à mon sens, plus parlantes en anglais.

Merci aux éditions Philippe Rey! J’ai appris beaucoup grâce à ce petit ouvrage accessible à tous et très ludique. Nul doute que ma pratique de la langue est désormais un peu mieux éclairée!

La servante écarlate de Margaret Atwood

 

 

La Servante écarlate de Margaret Atwwod,

Publié aux éditions Robert Laffont,

522 pages, 2017.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

J’ai succombé moi aussi à l’appel du roman de Margaret Atwood dans ces temps troublés où la place de la femme est plus que jamais remise en question. Je ne résumerai pas ici le livre tant j’aimerais que chacun le découvre à sa façon. Je livrerai seulement mes sentiments sur cet ouvrage fort et poignant.

Margaret Atwood plonge son lecteur dans une dystopie où la femme n’a plus vraiment de place ou si elle en a une, elle est bien définie. A Gilead, ville du Maine des États-Unis, le lecteur fait la connaissance de Defred. C’est une servante écarlate, autrement dit, elle appartient à une famille, plus particulièrement au Commandant. En réalité, c’est son corps qui appartient au Commandant. Une terrible épidémie empêche la plupart des hommes et des femmes d’avoir des enfants. La société s’est donc réorganisée. Les servantes écarlates sont des utérus sur pattes, des femmes-réceptacles dont la vie entière est consacrée à avoir des enfants pour les autres.

Margaret Atwwod va au fond des choses. Si les femmes ne disposent plus de leur corps, leur corps est à la disposition des autres. Dans cette société patriarcale, les « tantes » soumettent, font respecter la loi et le règne de la terreur.

Dystopie qui fait malheureusement écho aux événements actuels, La servante écarlate propose une réflexion sur le pire; sur l’asservissement du sexe féminin sous couvert d’obéir aux règles et à la religion.

Le récit de Defred (son nouveau nom) est glaçant. Elle raconte sa nouvelle vie en temps que servante écarlate tout en tentant de se raccrocher à son ancienne où elle était mère, épouse, libre. Par des retours dans le passé, Defred nous fait vivre de l’intérieur la manière dont la société a basculé dans la terreur et la soumission. D’abord l’interdiction des femmes de travailler puis la soumission totale aux hommes, la fin du droit à l’avortement puis la marchandisation du corps pour les hommes, toujours les plus puissants bien sûr.

C’est un récit glaçant, effrayant qui fait ressentir à quel point la liberté d’une femme est fragile. Mon édition est dotée d’une postface dans laquelle Margaret Atwood explique la genèse et la construction de son roman. La dernière question qu’on lui pose est celle de la probabilité de cette société misogyne et terrifiante. Elle répond qu’il est possible que cette histoire devienne « vraie » mais qu’il existe deux avenirs à la fin du livre. Si le premier « devient vrai », le second le pourrait aussi. Une sorte d’espoir ténu…

Lisez La servante écarlate!

L’été infini de Madame Nielsen

 

 

L’été infini de Madame Nielsen,

Publié aux éditions Noir sur Blanc,

2017, 169 pages.

 

L’été infini est un roman sur le destin, la fatalité.
Un groupe d’adolescents dans le Danemark des années 1980 désirent devenir artistes, et sont persuadés de connaître bientôt une « destinée fulgurante ». Ensemble, ils vont vivre un « été infini », à la ferme blanche d’une campagne danoise, où le temps est suspendu, rythmé par l’histoire d’amour tumultueuse et tragique qui se tisse entre la mère et un ami de sa fille.

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc de m’avoir fait parvenir ce titre de leur très belle collection Nota/blia. Je salue d’abord le travail d’édition. Outre la magnifique couverture de ce roman, j’en ai apprécié la mise en page. Ce livre m’a aussi permis de découvrir l’auteure danoise Madame Nielsen, une auteure née homme. Prolifique et reconnue dans son pays, Madame Nielsen écrit des romans, des pièces de théâtre et fait régulièrement des performances. Une auteure à multiple visage donc, tout comme l’est son roman finalement.

L’été infini est un petit livre qui déroute dans un premier temps. En effet, il n’y a pas de chapitres. Tout au plus des sauts de ligne entre les paragraphes. Il y a surtout ces très longues phrases qui courent parfois sur plusieurs pages et qui m’ont évidemment fait penser à Proust ou à Joyce. L’auteur dresse le portrait d’une famille danoise qui vit dans une sorte de manoir assez reculé. Si le beau-père taciturne et inquiétant décampe rapidement, la petite famille se regroupe autour de la figure de la mère, plutôt étrange elle aussi. Cette dernière passe ses journées sur son grand étalon à parcourir la campagne tandis que les enfants vivent leur vie au gré des rencontres.

Il ne se passe donc pas énormément de choses dans ce roman. On suit la vie de cette famille à travers les amours des uns et des autres, à travers ce qu’ils appellent leur « été infini », un temps de tous les possibles: le temps de la jeunesse, de la beauté, de l’insouciance, de l’amour. Si le début du livre m’a déroutée, je me suis fait assez rapidement à cette manière de raconter, de développer une idée en la laissant s’allonger, se tortiller, prendre des détours. Je ne pense pas me rappeler de l’histoire des personnages avec exactitude mais à l’issue de ma lecture, je garde le souvenir d’une écriture lumineuse faite d’images éclatantes et parfois à l’inverse très sombre, presque inquiétante.

L’été infini est un petit ouvrage qui vaut le détour pour sa langue et ses images très belles, une part d’onirisme teintée d’ombres…

 

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio

 

 

 

Le Gang des rêves de Luca Di Fulvio,

Publié aux éditions Pocket,

2017, 945 pages.

 

 

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New-York des années vingt… L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio. Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.

Repéré il y a déjà un petit moment chez Maureen du Bazar de la littérature, je me suis enfin plongée dans ce beau pavé de presque 1000 pages! Il faut dire qu’on ne les voit pas passer ces pages et qu’elles se tournent toute seule!

Le roman débute en Sicile dans une famille de paysans très pauvre. Alors que la beauté de Cetta, 13 ans, éclot à peine, sa mère cherche par tous les moyens à la soustraire aux regards concupiscents. Pour cela, elle oblige sa fille à porter une corde, la faisant boiter. Mais le danger n’est jamais là où on le croit et malgré toutes les précautions, Cetta se fait violer. A la naissance de son petit garçon, Natale, elle décide de partir aux États-Unis pour fuir la misère et la violence de son pays. Elle débarque seule sur Ellis Island avec son fils de 6 mois, bientôt rebaptisé Christmas par l’officier des douanes.

Cetta se prostituera pour gagner sa vie et offrir une existence meilleure à son fils. Si on suit d’abord Cetta, l’intrigue se focalise vite sur Christmas, un garçon attachant, débrouillard et vif qui va fonder à lui seul le gang des Diamond dogs. Le gang des rêves c’est finalement le récit de ce jeune garçon dont la mère souhaite à tout prix qu’il devienne américain. Puis la vie de Christmas va changer lorsqu’il va croiser celle de Ruth, alors laissée pour morte sur le bas-côté.

Le Gang des rêves c’est à la fois la fulgurance de l’amour, de Cetta pour Christmas puis de Christmas pour Ruth. C’est le rêve américain: l’envie de réussir, de s’en sortir mais aussi la triste réalité de l’époque pour des milliers d’immigrés pensant trouver une vie meilleure aux États-Unis. C’est aussi une manière incroyable de raconter le New-York des années 20: les gangs, la prohibition, la prostitution, les règlements de compte. Luca Di Fulvio possède une plume presque cinématographique. Ses descriptions des bouges, des ruelles sombres, des maisons closes sont très visuelles. Il n’oublie pas de montrer le côté sombre de New-York: la violence est très présente que ce soit dans les paroles, dans les gestes. 

Le personnage de Christmas est époustouflant. Il dégage une grande pureté, lui dont on a gravé un « P » comme « putain » sur le torse pour qu’il se rappelle à jamais le métier de sa mère. J’ai aimé son envie de devenir justement un « américain ». Il nourrit le rêve de sa mère en quelque sorte. Héros, parfois anti-héros, l’auteur a brossé un portrait brillant de ce jeune homme qui raconte des histoires pour parvenir à ses fins.

Même si j’ai trouvé que l’histoire était parfois un peu facile (notamment l’histoire d’amour), j’ai adoré ce livre à la fois sombre et lumineux tellement prenant et envoûtant.

Le gang des rêves est un roman fascinant. J’ai refermé le livre avec tristesse, quittant des personnages de papier attachants et marquants!

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell

 

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell,

Publié aux éditions ActuSF,

2017, 450 pages.

 

Terre, début du XXIe siècle. Un signal musical d’origine inconnue a été capté par une station de scientifiques. Commanditée par les Jésuites, une mission dirigée par le jeune Emilio Sandoz, tout à la fois prêtre et linguiste de haut niveau, part dans l’espace à la recherche des extraterrestres.
Tous se préparent à affronter la mort et la solitude, mais la catastrophe qui les attend va bien au-delà de ce qu’ils redoutaient. Rome, 2059. Enfin de retour sur Terre, Emilio Sandoz — unique survivant de l’expédition — est traduit devant un tribunal chargé de sonder son âme et de le punir pour les horribles crimes dont on l’accuse. Cet homme, transformé par son expérience, aurait-il été abandonné par Dieu?

Le Moineau de Dieu est un de ces romans que vous porterez longtemps en vous, une fois lu. Captivée, attirée d’abord par la sublime couverture des éditions Actu SF puis intriguée par ce résumé, j’ai acheté ce roman SF au hasard. Cette lecture a été une véritable découverte et autant le dire tout de suite, j’ai adoré!

L’histoire se situe d’abord en 2019. Jimmy Quinn, chercheur dans un centre d’astronomie, capte un son qui pourrait bien venir d’une exoplanète. Une fois que le son a bien été identifié comme extraterrestre (il s’agirait d’une sorte de chant), une équipe de volontaires est chargée d’aller explorer cette planète et d’entrer en contact avec ses possibles habitants. A son bord, huit individus tous plus différents les uns que les autres. La mission, financée par les jésuites, embarque les pères Yarbrough, Alan Pace, Marc Robichaux et Emilio Sandoz, linguiste renommé et polyglotte. Elle compte aussi l’anthropologue Anne Edwards et son mari George; Sofia Mendes et Jimmy Quinn. A eux tous, tirant partie de leurs divers talents et compétences, ils se rendent sur la planète….

D’abord, je dois être claire avec le futur lecteur que vous serez peut-être. Le Moineau de Dieu n’est pas un roman où il se passe mille choses à chaque page. L’auteur prend son temps pour planter son décor mais surtout pour tisser les liens avec ses personnages. L’exploration de la planète arrive assez tard dans le roman mais la mise en place est très importante. En effet, Mary Doria Russell, va jouer constamment avec l’alternance des chapitres: il y a la préparation de la mission puis la mission en elle-même et il y a certains chapitres qui sont consacrés au retour de cette mission sur terre en 2059. Et là, il y a peu de surprises: dès le départ, on sait que seul le père Emilio Sandoz est revenu plutôt mort que vif de cette étrange planète. Qu’a-t-il vu? Est-il vrai qu’il se serait prostitué? Qu’il aurait tué un enfant? La narration va avancer progressivement, oscillant entre le récit de l’exploration de la planète et l’enquête menée par le Vatican auprès du Père Sandoz.

Comme je le disais en début d’article, les choses vont plutôt lentement. C’est avant tout une lecture dense et exigeante. Mary Doria Russell nous fait d’abord connaître ses personnages et surtout elle nous les fait aimer, ce qui est bien cruel quand on sait ce qu’il leur arrive!! Le personnage principal est bien sûr Emilio Sandoz, venu à la prêtrise un peu par hasard, lui le gamin de la Perla, une favela brésilienne. Polyglotte, linguiste émérite, il s’embarque pour la mission afin d’apprendre la langue des extraterrestres. C’est un personnage complexe qui oscille entre foi et mysticisme religieux et qui apporte une dimension intéressante au roman. Son récit sera éprouvant. Qu’est-il arrivé à la mission pour qu’Emilio soit aussi dévasté au point qu’il cauchemarde chaque nuit, qu’il pense au suicide et qu’il semble avoir perdu la foi? L’intrigue est vraiment bien construite alternant entre le témoignage d’Emilio et le récit de l’exploration « en temps réel ».

J’ai beaucoup aimé aussi la manière dont l’auteur s’approprie le genre de la SF. Elle ne surcharge pas son lecteur avec des innovations, des termes techniques improbables. Elle a écrit son roman en 1996 et a anticipé certaines avancées technologiques. Et puis, étant anthropologue de formation, Mary Doria Russell traite la découverte des extraterrestres avec beaucoup de justesse et d’intelligence. Pas de flamboiement, de révélations incroyables et c’est peut-être pour cela que ça semble possible, probable.

Si certaines critiques lui ont reproché une certaine lourdeur théologique, j’ai là aussi apprécié ce volet de l’intrigue. Le leitmotiv « Deus vult » revient tout au long du roman. Ce « Dieu le veut » mène la danse et invite les personnages mais aussi le lecteur à se questionner. Y-a-t-il un Dieu ou plus largement « sommes-nous maître de notre destin »? Mary Doria Russell pose les bonnes questions.

Le Moineau de Dieu est un véritable chef-d’œuvre. Mary Doria Russell nous entraîne loin, très loin avec ce récit dense dans lequel les personnages apparaissent presque comme des figures amies. Un coup de cœur.