La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware

 

 

 

La Disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware,

Publié aux éditions Fleuve,

2018, 432 pages.

 

Une semaine à bord d’un yacht luxueux, à sillonner les eaux de Grand Nord avec seulement une poignée de passagers. Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d’une meilleure occasion de s’éloigner au plus vite de la capitale anglaise. D’ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l’Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l’eau.
Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.
Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l’équipage ne manque à l’appel. L’Aurora poursuit sa route comme si de rien n’était.
Le drame ? Laura sait qu’elle ne s’est pas trompée. Ce qui fait d’elle l’unique témoin d’un meurtre, dont l’auteur se trouve toujours à bord…

J’ai reçu ce thriller dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. Sa couverture  et son résumé m’ont fait terriblement envie et je dois dire que je ne suis pas du tout déçue de ma lecture.

Pourtant, ça n’a pas vraiment bien commencé. L’auteur fait traîner les choses en longueur. On fait donc la connaissance de Laura dit « Lo » qui vient de se faire cambrioler et agresser. Totalement traumatisée, Lo est une fille qui plus est « fragile ». Elle prend des antidépresseurs depuis quinze ans, lève le coude assez facilement et ne parvient pas à s’engager sérieusement avec son petit ami. Journaliste dans un magazine de voyages, sa boss lui propose de la remplacer afin de tester une croisière de rêve sur L’Aurora, petit bijou de luxe. Voyant un tremplin pour sa carrière, Lo s’empresse de monter à bord. Les 50 premières pages s’étirent donc en longueur et j’ai eu vraiment peur de retomber sur la fille cliché bourrée de complexes, alcoolique qu’on peut retrouver dans La Fille à la fenêtre de A.J Finn ou encore dans La fille du train de Paula Hawkins. Il faut donc dépasser cette « mise en situation » pour arriver à la croisière proprement dite.

Les choses deviennent intéressantes dès le début et rappelle beaucoup les ambiances de polar à la Agatha Christie puisqu’un meurtre ou en tout cas une disparition va se produire alors que les protagonistes du roman se trouvent sur un yacht de luxe en pleine mer du Nord. Nous sommes donc dans une situation de huis-clos assez classique. Et bien sûr, seule Lo, la moins crédible des passagers, est témoin d’un fait étrange. Plus tôt dans la journée, elle a croisé le chemin d’une jeune fille, même très très jeune fille affublée d’un t-shirt des Pink Floyd. Alors qu’elle est passablement fatiguée et sous l’emprise de l’alcool, Lo pense entendre un gros « plouf ». Elle fait le lien: la jeune fille a été balancée par dessus bord! Seulement, il y a un problème de taille: personne ne connaît cette passagère et personne ne l’a aperçue à part Lo.

Lo a-t-elle hallucinée? Y-a-t-il réellement eu une disparition? Le personnage principal va donc mener l’enquête. Elle va tenter d’interroger, plus ou moins subtilement, les autres passagers. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai échafaudé pas mal d’hypothèses et que j’étais loin, très loin du compte. L’auteur nous entraîne dans une intrigue machiavélique aux retournements de situation nombreux! Le suspens est au rendez-vous jusqu’à la dernière page et j’ai littéralement dévoré la fin du livre.

Je recommande La Disparue de la cabine n°10. Ruth Ware reprend les codes du thriller classique mais parvient tout de même à surprendre son lecteur! Diabolique…

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Je sens grandir ma peur de Iain Reid

 

Je sens grandir ma peur de Iain Reid,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2018, 206 pages.

 

Un garçon et une fille, en couple, roulent dans la campagne pour rejoindre une ferme isolée. Là-bas, la jeune femme devra faire connaissance avec la famille de son petit ami. Seulement, sur la route, la conviction qu’elle devra bientôt interrompre sa relation avec Jack vient perturber sa quiétude. D’autant qu’elle est harcelée par des coups de fil provenant… de son propre numéro. Chez les parents du jeune homme, l’ambiance est lugubre et la maison, glaciale. Elle insiste pour que Jack et elle repartent aussitôt après le repas. De retour dans la voiture, la neige a commencé à tomber et l’ambiance a viré à l’angoissant….

Je sens grandir ma peur est un thriller court que j’ai dévoré d’une bouchée. L’auteur, en quelques pages, parvient à embarquer son lecteur dans une histoire étrange, bizarre où on ne sait plus vraiment qui dit vrai et qui dit faux.

Le récit est racontée du point de vue d’une jeune femme. On ne connaîtra jamais son nom. Elle est en route avec son petit ami Jake pour rendre visite aux parents de celui-ci. Ils habitent dans un bled, complètement perdu. En outre, il neige de plus en plus. Dès le départ, l’ambiance est pesante avec toute cette neige qui tombe et ces paysages de campagne sans âme qui vive d’autant plus que la narratrice dit vouloir en finir. Ses premières paroles sont troublantes: veut-elle mettre fin à sa vie ou mettre fin à sa relation avec Jake?

Le lecteur est de plus en plus troublé au fur et à mesure du voyage. Les échanges entre Jake et la narratrice sont parfois banals mais parfois ils s’avèrent étranges comme « à côté de la plaque ». Et puis, le doute s’installe. Je sens grandir la peur est le genre de thriller où le lecteur soupçonne tout le monde à commencer par Jake et la narratrice elle-même parce qu’on sent bien qu’il se trame quelque chose de louche, de pas bien net. C’est difficile à définir mais ça s’insinue doucement pendant la lecture et ce truc qui cloche, je ne suis jamais arrivé à m’en débarrasser avant la fin du livre. En outre, l’auteur a inséré entre ses chapitres des dialogues en italique dans lesquels les personnages racontent à demi-mot un drame. Les pièces du puzzle s’assemblent alors doucement jusqu’à la dernière page qui intime au lecteur de tout relire depuis le début.

Plus l’intrigue avance plus l’étau semble se resserrer. La narratrice semble traîner un lourd passé. Qui fait sonner son téléphone sans jamais décrocher? Quant à Jake, pourquoi n’a-t-il jamais parlé de son frère à sa petite amie? Est-il le garçon si intelligent qu’il semble être? Ses parents semblent aussi étranges: sa mère entend-elle vraiment des voix et quel est ce lieu bizarre dans leur sous-sol? J’ai soupçonné tout le monde dans ce roman et j’ai échafaudé les plus folles hypothèses mais j’étais loin de me douter du dénouement.

Avec Je sens grandir ma peur, Iain Reid signe un roman brillant qui sème le doute dans l’esprit du lecteur. L’auteur instille l’angoisse dès les premières pages jusqu’à la révélation finale qui laisse le lecteur sur le carreau. Glaçant…

 

Le Trône de fer, Intégrale 3 de George R.R Martin

 

 

Le Trône de fer, Intégrale 3 de George R.R Martin,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2013, 1150 pages.

Le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrible hiver : par-delà le mur qui garde sa frontière nord, une armée de ténèbres se lève, menaçant de tout détruire sur son passage. Mais il en faut plus pour refroidir les ardeurs des rois, des reines, des chevaliers et des renégats qui se disputent le trône de fer. Tous les coups sont permis, et seuls les plus forts, ou les plus retors, s’en sortiront indemnes.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…Après avoir dévoré la série diffusée sur HBO, j’avais envie de me replonger dans l’univers fouillé et incroyable de Game of Thrones. J’ai lu l’intégrale 1 et l’intégrale 2 et au rythme d’une intégrale par an, j’ai encore de belles années de lecture et de découvertes devant moi.

Le pavé n°3 pèse son poids avec ses 1150 pages! Plutôt que de vous faire un compte-rendu après lecture de la brique, j’opte pour vous en parler au fur et à mesure. L’intégrale 3 compte 4 tomes. Je vais tenter de vous donner mon avis sur chacun des tomes (si mon découpage est à peu près bon). Attention, je risque de spoiler donc passez votre chemin si vous voulez gardez les nombreuses surprises de la saga.

Tome n°6: Intrigues à Port-Réal. On retrouve donc notre galerie de personnages. L’écriture de l’auteur repose sur un principe simple. Chaque chapitre suit un personnage en particulier: Bran, Jaime, Arya, Jon, Sansa, Tyrion, Daenerys, Davos ou encore Samwell (et j’en oublie..). Rob est donc en guerre contre les Lannister et le louveteau s’en sort, ma foi, pas trop mal. Jon est passé de l’autre côté du mur et côtoie de très très près les sauvageons. Sansa est à la merci du cruel Joffrey et la petite Arya continue son bonhomme de chemin en cherchant à rallier le Nord et sa famille. Ce tome met clairement l’accent sur les alliances politiques qui se font et se défont au gré des choix des uns et des autres. J’apprécie que l’auteur mette en avant le fait que chaque prétendant au trône est finalement plus ou moins légitime. Mon coup de cœur va toujours à Arya qui fait montre d’un sang froid et d’une maîtrise d’elle-même incroyable. Le duo Jaime/Brienne est selon moi un des éléments les plus importants de ce tome-ci car il révèle bien des choses sur le régicide. Ce premier tome s’achève d’ailleurs sur la mutilation de Jaime qui vient en point d’orgue de sa bassesse et de ses mensonges.

Tome 7: L’épée de feu.  Dans ce tome, j’ai vécu l’une des plus belles frousses de ma vie de lectrice avec l’attaque des fameux et terribles « Autres » qui a mis en débandade la Garde de la nuit. On suit d’un peu plus près Jon Snow, ce qui n’est pas pour me déplaire. Les sauvageons passeront-ils le Mur? Les intrigues se resserrent de plus en plus notamment autour de Sansa. Elle va prendre de plus en plus de place dans la série. Elle subit d’ailleurs l’un des plus grands outrages puisqu’on la force à épouser le Lutin. Ce dernier est un personnage vraiment intelligent et fin. La série HBO ne met d’ailleurs pas assez en avant son caractère érudit. Ce que j’aime beaucoup dans ce tome, c’est que les personnages se croisent sans cesse sans jamais tomber l’un sur l’autre. Ainsi Arya passe tout prêt de Brienne et du régicide; Jon Snow campe à quelques mètres de Bran. La tension dramatique devient de sorte plus intense. Quant à Daenerys, elle n’est pas en reste. Elle parvient à se constituer une armée grâce à sa pugnacité et son intelligence.

Tome 8: Les noces pourpres.  Quel tome! Je pense que c’est celui dans lequel il se passe le plus de choses. Baptisé « Les noces pourpres », il porte bien son nom puisqu’on va de mort en mort. L’auteur n’épargne pas son lecteur et il rappelle sans cesse qu’il ne faut s’attacher à aucun personnage en particulier car tous sont susceptibles de mourir. Dans ce tome, Daenerys prend de plus en plus de place. C’est un personnage que j’apprécie de plus en plus. Elle sait se montrer juste, parfois cruelle mais elle incarne une reine au service de ses sujets. Jon Snow doit faire des choix cruciaux: sauvageons ou garde de la nuit? Quant à Jaime, c’est un personnage qui devient de plus en plus « sympathique« . L’intrigue évolue très rapidement dans ce tome et c’est celui qui m’a le plus tenue en haleine pour le moment. Je garde en mémoire une scène très marquante qui n’est pas présente dans la série: Bran et ses acolytes se réfugient dans une vieille tour du Mur quand ils entendent des bruits étranges. C’est un passage très visuel qui m’a vraiment flanqué la frousse. C’est pour le moment le tome que j’ai préféré lire. 

Tome 9: Le loi du régicide. Dans ce tome, l’auteur montre à son lecteur les conséquences de la mort des rois. Au nord, le royaume explose après la trahison des Frey. Chacun revendique son statut et sa position pour étendre son pouvoir. Chez les Lannister, Tyrion est en bien mauvaise posture. J’ai dévoré les chapitres consacrés à son simulacre de procès. Le lutin a le verbe haut et on s’en rend compte dans ce tome 9. Son procès s’achève d’une manière complètement inattendue puisqu’il aura des répercussions sur Sansa et sur la famille Tyrell. De son côté Arya a été capturée par Sandor Clegan, le chien. J’aime beaucoup cette partie de l’intrigue car, bien qu’elle le déteste et qu’il fasse partie de « sa liste », elle va néanmoins faire son apprentissage à ses côtés. Je suis déçue en revanche de ne pas retrouver Bran. J’aurais aimé en savoir plus sur les Autres. Je crois me souvenir que l’auteur ne consacre aucun chapitre à l’infirme préférant son demi-frère Jon qui lui aussi prend un chemin tout à fait inattendu.

Cette intégrale 3 m’aura occupée quasiment deux semaines. J’aime vraiment la façon dont l’auteur parvient à mener ses diverses intrigues sans jamais lasser son lecteur. Grande fan de la série, j’aime aussi constater les différences qu’il existe entre le papier et l’écran et comprendre les choix scénaristiques opérés par les réalisateurs. Il me reste donc deux intégrales à découvrir à moins que George R.R Martin ne se presse de terminer sa saga…

Dust Bowl de Fabien Fernandez

 

 

Dust Bowl de Fabien Fernandez,

Publié aux éditions Lynks,

2018, 263 pages.

 

 

 

Oklahoma, avril 1935. Témoin impuissant du meurtre de son père, Kush fuit la demeure familiale en proie aux flammes. En quête de justice et de vérité, le jeune Forgeron découvre l’existence d’un complot qui pourrait bien changer l’histoire du pays. Déterminé à s’opposer aux plans des Alchimistes, l’ordre occulte responsable de sa mort et de celle de nombreux mages Forgerons à travers les siècles, L’adolescent traverse le pays ravagé par le Dust Bowl, tempêtes de poussières dévastatrices nées par la faute des hommes. Au cours de son périple, Kush croise Ruben, un étrange golem, un inquiétant groupe de forains et Alexandria, tireuse de cartes, dont il tombe éperdument amoureux…

Quand la maison d’éditions Lynks m’a proposé ce roman en échange d’une critique, j’ai sauté sur l’occasion. La couverture est d’abord à tomber et puis le résumé est plus qu’intriguant.

Kush est un adolescent pas comme les autres. Il vivait jusqu’alors avec son père, dans une ferme reculée d’Oklahoma. Son père lui a appris à écouter la nature et à en contrôler certains éléments comme le feu. Mais Kush est témoin de l’assassinat de son père. Il va alors enquêter pour faire éclater la justice.

Fabien Fernandez nous plonge dans un univers réaliste: celui de l’Amérique profonde des années 30. Il le parsème de quelques touches de fantasy avec les étranges pouvoirs de Kush qui parvient à maîtriser plus au moins l’élément du feu. L’assassinat du père de Kush (qui se déroule dès les premières pages) va permettre au jeune personnage de partir en quête de vérité. L’auteur entraîne alors Kush sur les traces des hobos, ces travailleurs pauvres qui parcourent les USA en vagabondant. Kush sera amené à faire des rencontres et va notamment croiser la route d’un cirque de freaks dans lequel il va se faire embaucher.

Kush est un personnage qui incarne une certaine soif de liberté. L’auteur n’est pas tendre avec son personnage et fait de son roman un récit d’apprentissage puisque Kush va être confronté à un monde violent et va devoir passer du statut d’enfant à celui d’adulte tout en devenant maître de ses pouvoirs naissants. J’ai beaucoup aimé le passage où Kush travaille dans le cirque de freaks. Le romancier peint avec justesse cet univers de paillettes qui reste glauque et très étrange. On ressent un certain malaise à la lecture de ces pages.

J’ai aussi beaucoup aimé toutes les références plus ou moins explicites à la littérature ou à la photographie. Frankenstein de Mary Shelley y joue un rôle important et Kush va même croiser la route de Dorothea Lange!

Le seul reproche que je ferai au roman concerne l’intrigue politique. Kush va en effet faire la découverte d’un scandale mettant en péril l’équilibre des USA. J’aurais aimé que cela soit peut-être plus détaillée, plus fouillé car je suis restée sur ma faim.

Dust Bowl est un roman intéressant qui permet au lecteur de voyager à travers les États-Unis. Kush est un personnage intéressant qui permet de revisiter le roman d’apprentissage avec une certaine modernité. Merci aux éditions Lynks pour la découverte de ce roman. Je vous invite vivement à découvrir cette toute nouvelle maison d’éditions très prometteuse!

Black Mambo, Vanessa Terral, Sophie Dabat et Morgane Caussarieu

 

 

Black Mambo de Vanessa Terral, Sophie Dabat et Morgane Caussarieu,

Publié aux éditions du Chat Noir,

2015, 317 pages.

 

Il existe des territoires où le progrès n’a pas encore éradiqué les vieilles croyances et leurs pratiques. L’Afrique, berceau de l’humanité, en fait partie.
Chamans, Mambos, Sangomas… Autant de sorciers qui œuvrent dans l’ombre à protéger les fidèles, mais aussi à réveiller les anciens Dieux, démons et loas.
Magie blanche ou magie noire, en dehors des frontières de ce continent, tel un serpent, discret et sinueux, elle se répand.

Avec ce recueil de novellas, les éditions du Chat Noir proposent aux lecteurs d’explorer les frontières de l’imagination. A Marseille, au Maroc, au Swaziland ou encore dans le bayou de la Louisiane, le lecteur est invité à se frotter aux mythes et légendes quitte à y laisser quelques plumes…

La première nouvelle est écrite par Vanessa Terral. L’ivresse du Djinn emmène le lecteur au Maroc près de Leila. Cette dernière est possédé par un djinn maléfique qui va lui faire commettre les pires horreurs. Vanessa Terral retranscrit à merveille l’ambiance chaude et lourde d’un pays où les esprits ne sont jamais bien loin. L’histoire contemporaine et réaliste est parfois aussi très crue. Leila devra passer par bien des épreuves pour accepter son sort. J’ai trouvé que la plume de l’auteur était très poétique, en accord avec un Maroc fantasmé qui sent bon la rose et le soleil du désert.

La danse éternelle des roseaux m’a permis de découvrir Sophie Dabat. Son intrigue débute à Marseille. L’inspectrice Hlengiwe doit enquêter sur un étrange meurtre rituel: une femme a été retrouvée mort, totalement desséchée, tenant contre elle son nouveau né dont on avait prélevé des organes. Hlengiwe, originaire du Swaziland, fait le rapprochement avec la sorcellerie muti. Elle part dans son pays natal pour poursuivre son enquête. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire cette nouvelle très sombre et violente. Sophie Dabat ne nous épargne rien. Elle nous fait découvrir un pays rongé par le sida, la misère et la corruption. J’ai aimé son style même si j’avais parfois le cœur au bord des lèvres.

Enfin, avec Les enfants du Samedi, Morgane Caussarieu clôt ce recueil de nouvelles en beauté. Accrochez vos ceintures car l’auteur ne fait aucune concession. C’est vraiment ma nouvelle préférée même si elle est particulièrement glauque et sordide. Morgane Caussarieu écrit terriblement bien et plonge son lecteur dans une ambiance moite et délétère. Mika est à la Nouvelle-Orléans. Il rend visite à sa grand-tante qui vit, isolée dans le bayou. Complètement accro aux drogues de toutes sortes, il tente d’oublier Lou, son amour resté en France. Chez sa tante, Mika va faire la connaissance de Ghilane. Il en tombe totalement raide dingue. Mais Ghilane ne semble pas être celle qu’elle est. Magie et sortilèges, croyances ancestrales font bientôt leur apparition. Morgane Caussarieu adopte un ton résolument cru, peut-être provocateur parfois, pour aborder le folklore de la Nouvelle-Orléans. Elle puise dans les racines du vaudou pour nous offrir une nouvelle terrifiante où les fantômes des anciens esclaves ne sont jamais bien loin. J’ai adoré cette histoire alors que paradoxalement j’ai en même temps aimé détester son personnage principal. Cette nouvelle m’a bien fait flipper, parfois dégoûter même!

Black Mambo est un recueil de nouvelles que je recommande. J’ai adoré me plonger dans des pays et des cultures différentes, explorant un même thème: la sorcellerie. Il faut en revanche avoir le cœur bien accroché. Perturbant, inquiétant, Black Mambo est une belle réussite.

Elvira Time, Saison 1: Dead Time de Mathieu Guibé

 

 

 

Elvira Time, Saison 1: Dead Time de Mathieu Guibé,

Publié aux éditions du Chat noir,

2014, 193 pages.

 

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des États-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C’est pas faux.

J’ai découvert Mathieu Guibé avec son roman  vampirique Even dead Things feel your love. Ici, l’auteur renoue avec ses sacros-saint vampires mais dans un tout autre genre. Genre barré.

Rencontré lors du salon du livre de Paris, c’est toujours un plaisir de discuter avec cet auteur et éditeur de talent. Il m’a donc mise en garde. Elvira Time est un roman à prendre au millième degré. En effet, Mathieu Guibé y rend hommage à de séries phares comme Buffy contre les vampires ou encore The BigBang theory. Il met en scène Elvira, une ado de 17 ans, qui a repris le job de son père: chasseuse de vampires avec pieux et compagnie. Elle évolue dans un lycée américain où les stéréotypes qui nous ont fait rêver dans les séries sont bien là: le boutonneux timide, le sportif débile ou encore l’ingénue sexy.

Alors non, il ne faut pas prendre Elvira Time au premier degré sous peine de trouver l’intrigue trop convenue et simple. Il faut lire ce livre pour renouer avec ses souvenirs de teenager accro à M6 et à sa trilogie du samedi. Mathieu Guibé y ajoute une touche d’humour avec des dialogues ciselés et des répliques qui fusent. Elvira, seule au départ, va se constituer une bande de coéquipiers un peu bras cassés sur les bords mais parfois utiles. J’ai adoré Ludwig, lointain cousin de Sheldon. J’ai adoré son côté premier de la classe et ses répliques qui tombent souvent à côté de la plaque.

L’intrigue va vite, peut-être trop même mais il ne faut pas oublier qu’Elvira Time a été pensé comme une vraie série télé. Elvira est la digne descendante de Buffy avec un côté plus dark, parfois effrayant qui donne un autre ton au roman.

Elvira Time est donc une belle découverte pour moi. J’ai aimé les clins d’œil de l’auteur aux univers geek et sériesques. La Saison 2 est d’ores et déjà dans ma wishlist.

La Passe-miroir, Tome 2: Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos

 

 

La Passe-miroir, Tome 2: Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos,

Publié aux éditions Gallimard jeunesse,

550 pages, 2015.

 

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité.

Le premier tome de La Passe-miroir m’avait plu mais ça n’avait pas été un coup de cœur pour et j’en avais été presque déçue. Certes, l’univers était sympathique et atypique mais l’intrigue globale ne m’avait pas accrochée. Avec ce tome 2, je suis assez étonnée. J’ai adoré et dévoré ce pavé de 550 pages et j’ai enfin compris pourquoi les lecteurs et lectrices de tous poils encensaient le style de Christelle Dabos.

On retrouve notre maladroite Ophélie promue conteuse, par Farouk, l’esprit de famille sur le Pôle. Le personnage enchaîne sans cesse les maladresses, ce qui la rend finalement très humaine. Les relations avec son fiancé Thorn sont assez tendues. Bref, rien ne semble avoir changé depuis le premier tome sauf qu’Ophélie prend plus de consistance et commence à s’affirmer. Enfin, elle étonne son entourage en prenant parfois position contre l’avis général. Alors non, Ophélie ne se transforme pas en héroïne badass du jour au lendemain mais elle prend plus d’épaisseur dans ce tome 2. Avec cohérence, l’auteur fait évoluer son personnage dans le bon sens, à son rythme et c’est ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman. Finalement, on peut dire qu’Ophélie passe du statut de jeune fille à celui de femme.

L’intrigue n’a été pour moi que secondaire une fois de plus mais peu importe. Je n’ai pas trouvé cela dérangeant car l’intrigue est au service du personnage et non l’inverse. C’est l’occasion pour l’auteur de nous décrire en détails les univers qu’elle a imaginés. C’est pour moi un des intérêts principaux du roman. Tout est dans le détail en effet et c’est un peu un univers à la Harry Potter que j’ai pu retrouver ici. Les personnages, les pouvoirs, les objets, tout est prétexte à développer un monde fantastique et bien pensé. Les descriptions sont riches et montrent l’imagination débordante de l’auteur!

Ce tome 2 est un coup de cœur pour moi et je l’ai largement préféré au premier. Le personnage d’Ophélie s’affirme complètement et l’auteur plonge son lecteur dans un univers détaillé et très intéressant. Le tome 3 ne devrait pas faire long feu….