Amours de Léonor de Récondo

 

Amours de Léonor de Récondo,

   Publié aux éditions Wespieser,

   2015, 280 pages.

 

 

 

 

 

 

Nous sommes en 1908. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un riche notaire et que les choses du sexe plongent dans l’effarement, à prendre en mains sa destinée. Surtout pas son trouble face à l’inévitable question de l’enfant qui ne vient pas. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant attendu.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire ne sait comment s’y prendre avec le nourrisson. Personne n’a le droit d’y toucher et Anselme est prié de s’installer sur un lit de camp dans son étude. Le petit Adrien dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont sa mère, qui a bien du mal à s’inventer dans ce rôle, martèle inlassablement les touches.
Céleste comprend ce qui se joue là, et décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre du deuxième étage…

Attention coup de cœur! J’ai tout simplement dévoré, adoré ce roman magnifique, sublime et si délicat!

Léonor de Récondo nous fait vivre une très belle histoire d’amour à travers Victoire et Céleste: deux femmes opposées au départ que le destin va pourtant rapprocher.

Tout commence en 1908. Victoire est une bourgeoise qui vit avec Anselme, notaire de la ville dans laquelle ils habitent. Tout a l’air d’aller pour le mieux. Victoire possède une grande maison, elle reçoit, elle s’habille à la dernière mode et pourtant… Après quatre années de mariage, Victoire n’a pas réussi à tomber enceinte. Elle ne satisfait pas son mari qui rêve d’une descendance. Quand elle apprend que Céleste, leur petite bonne est enceinte d’Anselme, elle voit l’enfant à venir comme une bénédiction.

D’abord rivales, les deux femmes vont se rapprocher de plus en plus sous couvert de l’amour de leur enfant Adrien. Puis les choses vont évoluer petit à petit. A travers Céleste, Victoire va prendre conscience de son corps, de ses désirs et de ses envies. Un peu à la manière de Flaubert, l’auteur décrit le quotidien étriquée de Victoire, simple bourgeoise qui s’ennuie, engluée dans son morne quotidien pour qui la chair est bien triste. D’Anselme, Victoire ne connaît que les assauts brutaux et bien trop rapides. Son corps n’est qu’un vulgaire réceptacle dans lequel doit germer la vie. Avec Céleste, Victoire va apprendre le désir et découvrir un corps qu’elle aperçoit pour la première fois en entier nu alors qu’elle a plus de vingt ans! Ce corps caché qu’on répugne à montrer nu, Victoire apprend à le connaître.

Léonor de Récondo décrit tout en douceur et en délicatesse cette découverte du corps de l’autre, du plaisir charnel et de l’amour physique. Sa plume est belle, simple et à la fois très délicate. Elle suggère beaucoup et n’est jamais vulgaire dans ses propos. Elle manie aussi l’humour avec grâce quand il s’agit de décrire la maladresse d’Anselme.

On suit l’histoire de Victoire et Céleste avec passion en se doutant qu’un jour ou l’autre, elles seront découvertes. La fin du roman m’a bouleversée et j’ai eu du mal à quitter ces personnages auxquels je m’étais attachée.

Amours est une belle découverte, un roman coup de cœur tout en grâce et en finesse.

Kinderzimmer de Valentine Goby

   Kinderzimmer de Valentine Goby,

   Publié aux éditions Actes sud,

   2013, 224 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.

Attention, ce roman est un vrai coup de poing, une claque qui ne laisse pas indemne son lecteur. C’est sur les conseils de mon libraire que j’ai acheté et dévoré ce roman mettant en scène Mila, une déportée dans le camp de Ravensbrück.

Comme tant d’autres, Mila est déportée dans ce camp de travail qui ne comporte que des femmes. Mila, qui faisait passer des messages politiques, a été dénoncée. C’est d’abord l’interminable voyage en train durant lequel de nombreuses femmes meurent, étouffées, assoiffées, desséchées puis l’arrivée au camp.

L’auteur décrit avec précision la vie au quotidien de ces prisonnières. Le tri à l’arrivée: les valides sont orientées vers les baraquements, les vieilles, les moins solides sont d’office éliminées.

C’est ensuite la découverte des lieux: les châlits dans lesquels les femmes s’entassent, la soupe trop claire qui ne nourrit pas mais rend malade, les odeurs obscènes de pourriture de corps humain. Valentine Goby ne nous épargne rien. Elle décrit le travail harassant, le lever aux aurores, les femmes qui stationnent debout dans la cour dès 4 heures du matin pour être comptées et recomptées jusqu’à ce qu’une d’entre elles tombe de fatigue et soit traînée comme un chien. La peur, la faim, la soif mais aussi l’instinct de survie qui rend les femmes cruelles parfois entre elles.

Et puis il y a l’histoire de Mila encore plus terrifiante que toutes les autres car en entrant dans le camp Mila le sait, elle est enceinte. Comment protéger le début de vie qu’elle porte en elle? Comment se sentir devenir mère dans ce camp qui nie la chair, qui nie l’humain, qui nie la vie? Que font les nazis de ces bébés nés dans les camps? A travers le récit de Mila, l’auteur nous dévoile un pan de l’histoire des camps mal connue: l’existence des Kinderzimmer, des sortes de pouponnières dans lesquelles les enfants nés dans le camp sont gardés. L’espérance de vie ne dépasse pas trois mois, en effet l’infirmière en chef préfère d’abord nourrir en priorité ses chatons avec le lait maternisé destiné aux bébés!

Les scènes que décrit Valentine Goby sont parfois insoutenables presque irréelles. La cruauté n’a pas de limites. Chaque enfant qui naît est condamné à court terme. Mila va tout faire pour sauver son enfant: le destin lui donnera un coup de pouce inattendu. Le bébé de Mila devient sa raison de vivre, un espoir dans les ténèbres, quelque chose à laquelle elle va s’accrocher de toutes ses forces.

En lisant ce roman, j’ai été émue, indignée, révoltée. J’ai parfois eu les larmes aux yeux, une boule dans la gorge en pensant à ces petits êtres condamnés à souffrir. Je me suis d’abord concentrée sur ces Kinderzimmer, antichambres de la mort. Et puis c’est drôle comme l’inconscient nous joue des tours: mon cerveau n’avait pas fait tilt mais Ravensbrück, le camp dans lequel se déroule l’histoire de Mila, est le même camp dans lequel ma grand-mère a été déportée. A travers le récit de Mila c’est un peu le récit de ma grand-mère que j’ai pu entrapercevoir. Les quelques bribes qu’elles a bien voulu nous confier sont là, dans ce roman: l’appel de 4 heures du matin, les robes numérotées, les châlits surchargés, la dysenterie, le sabotage dans les usines. La lecture fut donc d’autant plus forte pour moi.

Kinderzimmer est un roman qui résonne ainsi encore plus fort pour moi, qui touche ma chair et mon cœur. Une lecture qui ne laissera personne indifférent….

Les Outrepasseurs, Tome 2: La reine des neiges de Cindy Van Wilder

    Les Outrepasseurs, Tome 2: La reine des neiges de Cindy Van  Wilder,   

   Publié aux éditions Gulf Stream,   

   2014, 368 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa la Reine des Neiges. Ils ignorent qu’ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire…

 

J’avais adoré le premier tome des Outrepasseurs il y a de ça quelques semaines. L’intrigue, bien sûr, mais surtout la plume de l’auteur m’ont conquise. Avec finesse et intelligence, Cindy Van Wilder dresse le portrait d’un monde où les Outrepasseurs, frappés d’une malédiction millénaire, traquent les fés. Si le premier tome nous permettait de faire connaissance avec ces drôles d’individus, notamment Peter, héritier de la maison du goupil, le deuxième tome accélère le rythme et nous projette au cœur de la raison de vivre des Outrepasseurs.

Dans ce deuxième tome, pas de temps morts. L’intrigue s’ouvre sur le fée chasseur, tenant dans ses bras Arnaut, au bord de l’agonie. Pour sauver le jeune homme, le fée va faire un pacte avec le diable. Parallèlement, nous retrouvons Peter et Shirley, héritiers de la maison du renard. Il est intéressant de voir comment l’auteur met en scène ses personnages. Ici, les adolescents doivent faire leurs preuves. Ils sont régulièrement envoyés en mission afin de s’exercer à traquer des fés de toutes sortes car l’une des missions des Outrepasseurs est de s’en débarrasser.

C’est là que l’intrigue prend une dimension intéressante. Peter aurait pu se contenter de mener sa vie d’Outrepasseur or le jeune homme se découvre une conscience presque politique vis-à-vis des fés. Tout ce qu’il souhaite, c’est se débarrasser de son enveloppe d’Outrepasseur qu’il subit. Une évidence s’impose à lui: il faut retrouver le fée chasseur pour mettre fin à son calvaire.

On pourrait qualifier Peter d’anti-héros. Là où d’autres trouvent leur compte à changer de forme et à traquer les fés, Peter cherche avant tout à renoncer à son statut et à redevenir « normal », un adolescent lambda. J’ai beaucoup apprécié ce parti pris de l’auteur qui offre au lecteur un personnage déchiré entre ses désirs et son devoir d’Outrepasseur. Tout au long du roman, Peter se demande s’il prend la bonne décision. Il pèse le pour et le contre et nous offre un visage d’adolescent torturé. C’est aussi grâce à lui que le lecteur prend conscience de la cruauté des Outrepasseurs envers les fés. Ceux-ci nous ont d’abord été présentés comme des individus cruels, dénués de scrupules, semant le mal partout et pourtant… Si les méchants n’étaient pas ceux que l’on croient?

L’auteur parvient à semer le doute dans l’esprit du lecteur et peint un paysage gris où chacun possède une part de bien et de mal. Elle ne cède pas au manichéisme facile. A Peter de choisir son camp…

Encore une fois, j’ai grandement apprécié la plume de l’auteur très travaillée. Elle aime les mots et cela se voit. La langue est belle à travers ses métaphores et ses images. J’apprécie vraiment que le style ne soit pas sacrifié au nom de l’intrigue.

Je n’irai pas plus loin dans ma chronique sous peine de trop en dévoiler. J’ai adoré ce deuxième tome et je n’ai qu’une hâte, dévorer le troisième tome de la trilogie à l’image de la fée Snezhkaïa, reine des neiges glaciale qui a croqué la pomme il y a bien longtemps…

Délivrance de Jussi Adler Olsen

    Délivrance de Jussi Adler-Olsen,

   Publié aux éditions Le Livre de Poche,

   2015, 744 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Wick, aux confins de l’Ecosse, une bouteille en verre dépoli traine depuis des années sur le rebord d’une fenêtre du commissariat. A l’intérieur, une lettre que personne n’a remarquée. Et quand on l’ouvre enfin, personne ne se préoccupe non plus de savoir pourquoi les premiers mots, Au secours, sont écrits en lettres de sang et en danois…
La lettre finit par arriver sur le bureau des affaires classées de Copenhague où l’inspecteur Carl Mørck croit à une mauvaise plaisanterie. Mais quand Carl et ses assistants, Assad et Rose, commencent à déchiffrer le message, ils réalisent qu’il a été écrit par un jeune garçon enlevé avec son frère dans les années 90. Cet SOS serait leur dernier signe de vie. Qui étaient-ils ? Pourquoi leur disparition n’a-t-elle jamais été signalée ? Sont-ils encore en vie ?
Carl et Assad progressent lentement dans l’univers glacé et calculateur du kidnappeur pour découvrir que le monstre est encore en activité.

Délivrance est la troisième enquête du département V menée par le lieutenant de police Carl Morck et son assistant Assad. J’avais clairement eu le coup de cœur pour le premier tome Miséricorde et le deuxième Profanation (non chroniqués). La découverte des personnages et l’ambiance des romans m’avaient vraiment séduites. En outre, les enquêtes s’étaient avérées palpitantes et très réussies.

Avec Délivrance, je n’ai pas été aussi conquise. Je n’ai pas été déçue non plus mais il a manqué un petit quelque chose pour qu’il soit à la hauteur des deux premiers tomes. Je l’ai tout de même lu d’une traite (en seulement 4 jours) mais c’est décidément l’enquêté menée par les policiers à laquelle je reproche de manquer de peps.

Dans Délivrance, tout commence par le repêchage d’une bouteille en verre dans la mer d’Écosse. La bouteille en question contient un message écrit avec du sang, un SOS. C’est seulement une quinzaine d’années après sa découverte – la bouteille ayant été oubliée sur le rebord d’une fenêtre – que Carl Morck va se pencher sur ce message troublant.

Au départ, il pense qu’il s’agit d’un canular de gosse et laisse de côté la bouteille pour se concentrer sur d’autres enquêtes plus importantes. C’est son assistant Assad qui va prendre les choses en main et décrypter le fameux message écrit en lettres de sang. L’intrigue est donc longue à se mettre en place au départ car Carl Morck hésite, tergiverse, part dans d’autres directions pour enfin se concentrer après une bonne centaine de pages sur cette fameuse bouteille. J’ai du coup eu l’impression de « perdre » du temps et que l’auteur voulait retarder les choses, noyer un peu le poisson avant de lancer activement son enquête. C’est dommage car le roman perd du rythme et certains lecteurs peuvent être tentés de décrocher.

De plus, cette histoire de bouteille à la mer repêchée puis exploitée près de 15 ans après sa découverte m’a paru tirée par les cheveux. Je ne suis pas sûre que la police est réellement du temps à consacrer à ce genre de cas. Certes, l’intrigue va s’avérer passionnante par la suite mais elle aurait pu commencer autrement que par ce drôle de SOS.

En parallèle de l’enquête, l’auteur introduit son « méchant » de l’histoire en lui consacrant des chapitres assez longs. C’est ce que j’apprécie chez l’auteur. Pour chaque enquête on sait finalement qui est le coupable et quelles sont ses motivations. Il n’y a pas de grandes révélations à la toute fin du livre comme dans d’autres polars et c’est pour moi la plus grande force de l’auteur. Son roman repose en effet sur la façon dans les policiers vont enquêter et remonter jusqu’au suspect. Dans Délivrance, l’auteur nous plonge dans le cerveau malade d’un sérial killer qui s’en prend aux membres de sectes religieuses. Peu importe lesquelles: il les honnit toutes. De nombreux flash back sur son passé personnel nous en dire d’ailleurs plus.

Je n’ai en revanche pas adhéré aux chapitres qui donnait la voix à la compagne du serial killer. Certes ils sont là pour témoigner de sa perversité et de son talent de dissimulation mais encore une fois, ils sèment le trouble dans la lecture et retarde pas mal l’avancée des choses. Au début de ma lecture, je me demandais même à quoi ils pouvaient servir: combler des chapitres? Donner des informations essentielles pour la suite? Je ne savais qu’en penser. Ils ne sont en tout cas pas capitaux pour le bon déroulement du roman.

Côté personnage, j’ai quand même adoré retrouvé Assad, le Syrien exilé au Danemark. Il a un côté « rafraîchissant »: c’est un personnage qui en sait plus qu’il ne le laisse entendre, débrouillard et qui cache pas mal de secrets. J’ai hâte de connaître le fin mot de son histoire dans les tomes suivants. Il vient donner un peu plus de peps à côté d’un Carl Morck toujours aussi sérieux et sombre, voire plus noir que dans les autres livres.

Quant à Rose, la nouvelle assistante, j’avoue ne pas avoir été convaincue par son trouble de la personnalité qui tombe, selon moi, comme un cheveu sur la soupe. Ce trait de personnalité sera peut être mieux exploité dans les livres à venir mais pour le moment je n’ai pas tout à fait compris les intentions de l’auteur.

J’ai apprécié ma lecture et l’ai dévoré en quelques jours même si l’intrigue a été longue à se mettre en place. Pour moi, Délivrance reste un poil en-dessous des deux premiers tomes. J’ai tout de même hâte de retrouver les personnages de la série dans les prochains volumes.

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