Obscuritas de David Lagercrantz

Obscuritas de David Lagercrantz,

Publié aux éditions Harper Collins Noir,

2022, 476 pages.

Micaela Vargas, jeune policière ambitieuse mais peu expérimentée, rejoint l’affaire Jamal Kabir, un arbitre de football assassiné après un match. Selon ses supérieurs, sa proximité avec le suspect principal, Giuseppe Costa, issu comme elle de Husby, un quartier défavorisé de Stockholm, est un atout de taille. Vargas ne croit pourtant pas à la culpabilité de ce père de famille – par ailleurs alcoolique notoire. Tout comme Hans Rekke, un brillant psychologue et pianiste tourmenté consulté pour l’occasion. Embarrassée par leurs avis discordants, la police leur tourne le dos malgré l’impasse dans laquelle elle se trouve. Tandis que chacun a repris sa route, Rekke et Vargas se croisent de nouveau dans des circonstances dramatiques. Le duo improbable décide alors de se saisir de l’enquête et tente de la résoudre quel qu’en soit le prix. Et, quand la CIA se met en travers de leur chemin et que des liens avec les talibans émergent, ils en viennent à se demander si Jamal Kabir était bien celui qu’il prétendait être.

Obscuritas est la toute première enquête du duo Vargas/Rekke. Micaela Vargas est une jeune inspectrice. Elle est chargée de mener l’enquête sur la mort de Jamal Kabir, un arbitre de football d’origine afghane. Alors que l’enquête piétine, elle va s’allier à Hans Rekke, un homme de génie aux tourments profonds…

Obscuritas est une enquête très classique qui se déroule en Suède. Le lecteur va suivre Micaela Vargas, une jeune policière qui peine à trouver sa place au sein de son équipe. Le meurtre de Jamal Kabir ne semble pas passionner les foules. Elle sent, cependant, qu’il s’agit plus que d’un meurtre crapuleux. Hans Rekke est un hommes aux abois: dépressif mais génial, c’est un psychologue de renom qui va apporter son aide à Micaela.

Le début de ce polar est assez étrange. En effet, Micaela et Hans se rencontrent pour la première fois et leur duo ne fonctionne pas vraiment très bien dès le départ. L’auteur a souhaité nous raconter ici la formation de ce binôme. L’intrigue prend donc son temps. Si j’ai beaucoup aimé l’idée, j’ai trouvé que les dialogues ne collaient pas. Problème de traduction? Ou alors volonté de l’auteur? J’avoue avoir été plus d’une fois déstabilisée par le côté décalé, absurde de certains échanges.

Concernant l’intrigue principale, je n’ai pas été emballée plus que ça. Elle reste hyper classique. Le seul intérêt réside, pour moi, dans l’origine afghane de la victime qui permet de mettre en perspective la guerre américano-afghane. La fin du roman sauve le reste d’ailleurs en entremêlant deux temporalités.

« Obscuritas » est un polar très classique, premier d’une série qui mettra à l’honneur le duo Vargas/Rekke.

Le jour où Kennedy n’est pas mort de RJ Ellory

Le jour où Kennedy n’est pas mort de RJ Ellory,

Publié au Livre de Poche,

2021, 569 pages.

La vérité est plus forte que tout. C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…
Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là.
En revanche, peu après, Mitch Newman, photojournaliste installé à Washington, apprend une très mauvaise nouvelle. La mère de Jean, son ex-fiancée, lui annonce que celle-ci a mis fin à ses jours.
Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Il découvre alors que Jean enquêtait sur la famille Kennedy. Peu à peu, le photographe va s’avancer dans un monde aussi dangereux que sophistiqué : le cœur sombre de la politique américaine.

1963: John Kennedy n’est pas mort. Sa tentative d’assassinat n’a jamais eu lieu. Il continue de gouverner les États-Unis mais il commence à perdre la confiance de ses proches. Bobby, Jackie lui reprochent ses excès: sexe, drogue, médicaments. Parallèlement, Mitch, journaliste, apprend que son ex petite-amie s’est suicidée. Il n’y croit pas une seconde. Elle était aussi journaliste et semblait enquêter sur une affaire politique de grande ampleur…

Le jour où Kennedy n’est pas mort est un polar uchronique que j’ai beaucoup aimé. Polar puisqu’il y a enquête. Uchronie parce qu’on part du principe que John Kennedy n’est pas mort. A partir de ce biais historique, RJ Ellory invente une intrigue mêlant politique et enquête policière.

La première partie du roman est assez classique. Mitch enquête sur le prétendu suicide de son ex-copine. Journaliste sans le sous, Mitch est un personnage qu’on pourrait qualifier de anti-héros. Il est allé en Corée et en est revenu traumatisé. RJ Ellory alterne les chapitres dans lesquels Mitch apparaît, personnage cabossé et dépendant à l’alcool, et d’autres dans lesquels le président se laisse aller, lui aussi, à ses dérives: les médicaments, les femmes, l’alcool. Très rapidement, le lecteur se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond.

Si cette première partie apparaît classique, presque sans originalité, la deuxième partie est haletante parce que les pièces du puzzle se mettent en place. Je l’ai dévorée d’un bout à l’autre. RJ Ellory nous laisse pénétrer dans les arcanes du pouvoir. J’ai été passionnée par l’enquête menée par Mitch dans laquelle les femmes, hélas, apparaissent toujours comme les victimes d’un pouvoir machiste, brut et violent. Dans cette Amérique des années 60, la disparition d’une femme passe bien souvent inaperçue. RJ Ellory réussit à tirer son épingle du jeu en nous livrant une intrigue passionnante qui se termine de manière totalement ouverte.

Le jour où Kennedy n’est pas mort est un excellent polar dont l’intrigue est extrêmement bien ficelée.

La constance du prédateur de Maxime Chattam

La constance du prédateur de Maxime Chattam,

Publié aux éditions Albin Michel,

2022, 434 pages.

La profiler Ludivine Vancker enquête dans une mine abandonnée du nord-est de la France, où des cadavres vieux de plusieurs dizaines d’années ont été découverts. Pourtant, l’ADN du meurtrier potentiel découvert sur place est identique à celui d’une affaire récente. La mise au jour d’un troisième charnier marqué du même ADN, datant cette fois des années 1920, complique encore ses investigations.

Je découvre le personnage de Ludivine Vancker dans cette quatrième enquête. Autant vous dire que je vais me précipiter sur les trois premiers tomes tellement j’ai adoré ce personnage!

Profileuse au sein d’une unité de la gendarmerie, Ludivine est appelé sur un ancien site de mines désaffectée. Là elle découvre un véritable charnier. Très vite, elle établit un profil psychologique du tueur et s’aperçoit qu’il sévit encore. En lui donnant le surnom de Charon, Ludivine et ses collègues n’auront jamais côtoyer la mort de si près…

J’ai adoré ce thriller d’un bout à l’autre. Maxime Chattam excelle dans le genre, faisant monter la tension au fil des pages. Il y a tout le côté profilage que j’ai beaucoup apprécié. Ludivine, épaulée par sa nouvelle chef, cherche à comprendre les motivations du tueur et à établir un profil psychologique le plus fin possible. Il y a aussi le côté « course contre la montre » qui m’a aussi beaucoup plu. Les enquêteurs travaillent dans l’urgence car Charon sévit encore.

Enfin, il y a surtout l’atmosphère du roman, très sombre, très noire. Elle se déroule dans l’Est de la France et dans le Nord et on imagine bien ce décor hivernal fait de brouillard, de collines noires et mystérieuses. L’auteur a vraiment su exploiter le paysage et le contexte socio-économique de ces petites villes désindustrialisées pour bâtir une intrigue efficace.

Vous l’avez compris, « La constance du prédateur » est une révélation pour moi. J’ai autant aimé le personnage que l’intrigue. Le premier tome m’attend d’ailleurs dans ma PAL.

Le Livre des martyrs, Tome 1: Les jardins de la lune de Steven Erikson

Le Livre des martyrs, Tome 1: Les jardins de la lune de Steven Erikson,

Publié aux éditions Leha,

2018, 628 pages.

Dans un monde qui a vu naître et disparaître d’innombrables races et civilisations, l’empire malazéen étend implacablement sa domination, soumettant des continents entiers les uns après les autres, grâce à la discipline de ses armées et la supériorité de ses mages de guerre. Mais la loyauté de ses soldats, abandonnés et trahis par leur impératrice, est mise à rude épreuve. Perdus, abandonnés et déchus, les fidèles de l’empire vont devoir tenter de survivre, entre sacrifices et dangers mortels. Un complot bien plus vaste se joue en toile de fond. D’anciennes forces terrées dans l’ombre semblent se réveiller, prêtes à tout pour regagner leur splendeur passée. Regroupés sous la coupe du jeu des dragons, dieux et ascendants, sorciers et chamans, Eleints et changeurs de formes, tirent les ficelles d’un drame qui, transcendant les conflits des simples mortels, se joue à l’échelle du temps lui-même.

Je me suis lancée avec appréhension dans ce tome 1 du Livre des martyrs. Après avoir lu et adoré le premier tome du préquel, La complainte de Danseur, il était temps pour moi de goûter à cette énorme saga. L’auteur le dit lui-même dans son prologue: si au tiers du roman, le lecteur n’accroche pas, il doit abandonner. Il faut dire que Steven Erikson ne nous facilite pas le travail. Il nous plonge en effet in medias res et laisse son lecteur se dépatouiller.

J’ai eu du mal à saisir l’intrigue au départ car les informations nous arrivent les unes après les autres sans vraiment d’explication. Les personnages sont nombreux et sont tantôt appelés par leur nom, tantôt par leur surnom, tantôt par leur fonction. Ce n’est pas évident de s’y retrouver. Pourtant, j’ai franchi le premier tiers, je me suis accrochée et au final, j’ai adoré cette lecture.

On y parle d’une troupe d’élite qui va chercher à semer la zizanie dans le camp ennemi. On y parle de forces obscures qui sont réveillées alors qu’elles devraient se taire à jamais. On y parle de dieux qui interfèrent avec les humains et qui font d’eux leurs pantins. Steven Erikson a su construire un univers unique où rien n’est laissé au hasard. Il faut se accepter de se laisser embarquer dans les méandres de ces intrigues multiples qui s’entrecroisent. Il faut aussi accepter aussi parfois de ne pas tout comprendre. Les chose se mettront en place au fur et à mesure.

J’ai aimé le rythme de l’intrigue, les personnages, le style de l’auteur. Ce premier tome est épique et savoureux. Alors oui, il faut s’accrocher et persévérer. Ce n’est pas de la fantasy facile d’accès mais Steven Erikson a su me conquérir avec ce premier tome d’une richesse incroyable!

Le premier tome du « Livre des martyrs » annonce une sage épique mythique!