Long Island de Christopher Bollen

 

 

 

Long Island de Christopher Bollen,

Publié aux éditions Points,

768 pages, 2018.

 

 

Orient, petite bourgade idyllique à la pointe de Long Island, est un lieu sublime à la nature sauvage. L’été, au grand dam des locaux, elle est néanmoins envahie de New-Yorkais fortunés. Paul, un architecte quinquagénaire propriétaire d’une immense villa, vient y passer ses vacances accompagné de Mills, un jeune fugueur pour qui il s’est pris d’affection.
C’est alors que de sombres événements viennent chahuter la sérénité d’Orient : le corps d’un résident est retrouvé dans la baie, puis un mystérieux incendie fait des ravages… Dans ce huis clos inquiétant où la psychose se propage, tous les regards se braquent aussitôt sur le seul « outsider » : Mills. Beth, une autochtone de retour de Manhattan après y avoir échoué en tant qu’artiste, va tenter de découvrir la vérité avant que les habitants ne fassent du jeune intrus le coupable idéal.

Long Island est un sacré pavé auquel je me suis attaquée consciencieusement. Dans la même veine que les romans de Joël Dicker, Christopher Bollen nous plonge à Orient, charmante petite bourgade de la côte est des États-Unis, à une heure de route à peine de New-York.

On y découvre Mills, jeune homme perdu, orphelin, drogué, recueilli par Paul qui l’emmène à Orient pour l’éloigner de New-York et de ses tentations. En échange, Mills devra s’acquitter de menus travaux dans la vieille maison de Paul. Mais l’arrivée à Orient se fait remarquer. On y tolère déjà tout juste les résidents saisonniers; on n’y supporte pas la présence de Mills, cet étranger qui risque de corrompre la communauté comme s’il traînait dans son sillage tous les péchés du monde. Et puis, il y a ce premier mort: l’homme à tout faire d’Orient, Jeff Trader, est retrouvé noyé. Accident ou meurtre? Beth, la voisine de Paul, va mener l’enquête avec Mills tandis que les morts s’enchaînent.

Ce roman de 760 pages vous plongera donc au cœur d’Orient, cette parfaite petite bourgade où tout le monde vit en harmonie, où tous se connaissent jusqu’à ce qu’un élément extérieur vienne perturber ce bel équilibre. Christopher Bollen prend son temps pour immerger le lecteur au sein d’une petite communauté. On comprend vite les rancœurs, les jalousies, les tromperies que cachent les belles façades des maisons anciennes. Le lecteur pénètre dans l’intimité de cette micro-communauté et observe les travers des personnages.

Et puis tout s’emballe. Les morts se collectionnent comme les timbres-poste. Tout porte à croire que ce Mills, cet étranger, est porteur de tous les problèmes. On tombe doucement dans le thriller, sans vraiment s’en rendre compte. L’auteur parvient à nous instiller une dose de suspens incroyable car, oui, on veut savoir qui est derrière tout ça! Mills ou pas Mills? J’ai dévoré la deuxième moitié du roman qui m’a passionnée.

Long Island est le genre de bon gros pavé idéal pour les vacances, histoire que vous ne quittiez pas d’un poil votre serviette sur la plage!

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Aurora Teagarden, Tome 2: Un crime en héritage de Charlaine Harris

 

 

 

 

Aurora Teagarden, Tome 2: Un crime en héritage de Charlaine Harris,

Publié aux éditions J’ai Lu,

2013, 252 pages.

 

 

Une vieille dame a légué tous ses biens à Aurora. Dans la maison, cette dernière découvre un crâne humain caché sous une banquette. Elle va devoir résoudre ce meurtre sans éveiller les soupçons du voisinage.

J’ai découvert Charlaine Harris, un peu comme tout le monde, à travers sa saga La Communauté du Sud. En fouillant un peu, je me suis aperçue qu’elle avait aussi écrit une série de petites enquêtes mettant en scène le personnage d’Aurora Teagarden. J’avais beaucoup apprécié le premier tome de la série. Cette année, j’ai décidé d’avancer dans la saga en m’attaquant au tome 2.

Alors, je vous le dis tout de suite: ce n’est pas de la grande littérature ou du grand roman policier. C’est rafraîchissant, parfait pour les vacances. Les romans se lisent vite et bien et c’est parfois seulement ce dont j’ai envie comme lecture.

Dans ce tome 2, Aurora hérite de la maison d’une vieille dame. Elles se fréquentaient, étaient toutes deux de grandes lectrices de polars mais n’étaient pas si proches que cela. Aurora est d’abord étonnée de cet héritage inespéré qui lui permet de regonfler ses finances et de reprendre son souffle. Cependant, elle trouve vite que ce legs est étrange. Elle pense que la maison cache un secret et en effet, en fouillant un peu, Aurora découvre un crâne humain dissimulé dans une banquette. Elle mène alors l’enquête…

Comme je l’ai dit plus haut, vous n’aurez pas un suspens de fou en lisant ce roman. L’enquête progresse doucement et finalement, sa résolution n’a rien d’extraordinaire. Ce que j’aime le plus dans cette série, c’est le personnage d’Aurora. Elle est très attachante et c’est une héroïne du quotidien qui nous ressemble. Maladroite, fleur bleue, pas toujours sûre d’elle, elle me fait beaucoup rire. En outre, c’est une lectrice invétérée, bibliothécaire de surcroît. On s’invite dans sa petite vie de tous les jours: ses soucis d’argent, d’amour, sa mère étrange. J’aime me plonger dans ces petits romans comme je le ferais dans un bon bain chaud.

Ce tome 2 a donc parfaitement répondu à mes attentes. Ce fut une lecture rafraîchissante et bienvenue!

Liavek de Megan Lindholm (Robin Hobb)

 

 

 

 

Liavek de Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost,

Publié aux éditions ActuSF,

2018, 281 pages.

 

 

Dans la majestueuse cité portuaire de Liavek, les habitants reçoivent une dose de « chance » chaque année, le jour de leur anniversaire. La plupart des gens ne peuvent utiliser ce pouvoir, seuls les sorciers ont appris à le manipuler, souvent à leur propre profit. Kaloo, une jeune orpheline, sent qu’elle pourrait apprivoiser et développer sa « chance », mais comment faire alors qu’elle ignore sa date de naissance ? Taraudée par cette question, elle consulte un mage pour tenter de lever le voile sur ses origines. Commence pour elle une quête initiatique qui l’emmènera sur des sentiers dangereux.Certains mystères devraient rester dans l’ombre…

Liavek est un recueil de nouvelles qui a été réédité par les éditions ActuSF. J’ai sauté sur l’occasion quand ActuSF l’a proposé dédicacé par Robin Hobb sur son site! Cette réédition est d’abord magnifique. Couverture rigide (hardback) et brillante, signet, illustration, c’est vraiment un magnifique objet livre. En outre, il est dédicacé par la plus grande auteure de fantasy!

Au départ, Megan Lindholm (alias Robin Hobb) créé la ville de Liavek. Elle demande à d’autres écrivains d’écrire une ou plusieurs nouvelles autour du monde de Liavek. Ainsi, la version qui est proposée ici comprend six nouvelles (en tout 55 nouvelles sont parues) dont celles de Steven Brust ou encore Gregory Frost. En commençant ce recueil, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Or, j’ai été très agréablement surprise. En fait chaque nouvelle complète la précédente et le recueil forme un tout, un peu comme un roman avec des personnages récurrents et une intrigue qui se prolonge de nouvelle en nouvelle.

Chose intéressante également, chaque auteur s’est concentré sur un personnage en particulier. Steven Brust écrit tout ce qui concerne le Comte Dashif. Robin Hobb se consacre à Kaloo. Le tout fonctionne à merveille et j’ai beaucoup aimé découvrir un texte écrit à plusieurs mains et constater que les nouvelles forment une unité.

On suit donc Kaloo, une orpheline, adopté par Daril et T’Nar respectivement tenancière d’une auberge et marin. Kaloo a un rêve: connaître son jour de naissance car à Liavek chacun reçoit une petite dose de chance le jour où il naît et peut l’exercer à bon ou mauvais escient par la suite. Or Kaloo ne connaît pas cette fameuse date: elle voudrait devenir magicienne mais sans chance, son rêve ne peut pas se réaliser. On suit donc ce petit bout de femme dans les rues de Liavek à la recherche de ses origine qu’on devine bien mystérieuses.

On suit aussi le terrible Comte Dashif qui ne se sépare jamais de ses double pistolets. Redouté de tous, il effectue des missions pour son éminence écarlate, souverain de Liavek. Dashif apparaît comme un personnage trouble et torturé par son passé. Sans pitié, il n’hésite pas à tuer pour arriver à ses fins. Il va bien sûr croiser le chemin de Kaloo…

Liavek est donc un recueil de nouvelles qui remplit toutes ses fonctions. Actions, aventures, personnages intéressants et rebondissements, j’ai tout aimé dans ces histoires bien écrites et bien traduites. Merci à ActuSF pour cette magnifique édition!

 

Bilan Lectures Juillet 2018

C’est déjà l’heure du bilan! Juillet tire sa révérence. Je peux dire que ce fut un mois très littéraire puisque j’ai dévoré 10 romans! Les grosses chaleurs m’ont incitée à rester au frais pour profiter du calme de la maison endormie et me plonger à corps perdu dans les livres!

Résultat des courses:

Coup de cœur pour Le village de Dan smith, thriller qui nous entraîne dans le froid de l’Ukraine sur les traces d’un voleur d’enfant. Coup de cœur également pour Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy. J’ai dévoré cette intrigue qui se déroule en Allemagne en 1944, dans la boulangerie des parents d’Elsie. J’ai également adoré La Tresse de Lætitia Colombani, une belle histoire qui met les femmes à l’honneur.

 

 

 

 

 

Pas des coups de cœur, mais de bons moments de lecture: La disparition de Stéphanie Mailer de Joël Dicker m’a quand même tenue en haleine. Le roman comporte des imperfections mais j’ai passé un bon moment. Avalon, tome 1 d’Abel D’Halluin est un très bon roman de fantasy arthurienne. Grish-mère d’Isabelle Bauthian est une belle découverte également même si c’est un roman de fantasy qui n’est peut-être pas facile d’accès. Le premier tome du Puits des mémoires de Gabriel Katz m’a conquise. C’est un tome assez introductif et j’attends impatiemment de me procurer la suite.

 

 

 

 

 

Enfin, des lectures que j’ai moins appréciées ou qui apparaissent anecdotiques: 20 récits de soi, recueil d’extraits d’autobiographies, sera pour le boulot. Les Vies de papier de Rabih Alameddine est un beau roman mais difficile d’accès. Witchcraft de Raphaël Payet est résolument trop jeunesse pour moi.

 

 

 

 

 

Côté achat, j’ai été raisonnable. Je me suis procuré le recueil collectif « 20 récits de soi » pour le travail. J’ai reçu mon livre précommandé et dédicacé par Robin Hobb. Il s’agit de Liavek, recueil de nouvelles édité chez ActuSF. La bouquin en hardback est vraiment canon! J’ai ensuite passé une commande sur la Fnac pour me procurer le tome 2 d’Aurora Teagarden de Charlaine Harris. J’avais beaucoup aimé le premier tome mettant en scène une libraire menant des enquêtes. J’ai aussi craqué sur Long Island de Christopher Bollen, roman qui sera idéal pour la plage!

 

 

 

 

 

Je suis assez satisfaite de mon bilan du mois de juillet. Et vous, avez-vous fait de belles lectures? Avez-vous craqué en librairie?

 

 

 

Les vies de papier de Rabih Alameddine

 

 

 

 

Les Vies de papier de Rabih Alameddine,

Publié aux éditions Les Escales,

2016, 326 pages.

 

 

Aaliya Saleh, « dame âgée » de Beyrouth, est une anomalie. Divorcée, sans enfant, non croyante, elle s’est toujours rebellée contre les diktats de la société. Sa passion dans la vie, sa raison de vivre même, est la littérature. À tel point que, chaque année, elle traduit un de ses romans préférés en arabe avant de le ranger dans un tiroir. Les quelque trente-sept livres traduits par Aaliya au cours de sa vie n’ont donc jamais été lus par qui que ce soit. Ce portrait d’une femme solitaire en pleine crise existentielle oscille sans cesse entre passé et présent dans un Beyrouth en constante mutation. Tandis qu’elle essaye de maîtriser son corps vieillissant et la spontanéité de ses émotions, Aaliya doit faire face à une catastrophe inimaginable qui menace de faire voler sa vie en éclats.

Les Vies de papier est arrivé complètement par hasard dans ma PAL estivale. On me l’a donné au détour d’une conversation et je me suis dis « pourquoi pas? ». Ce n’est pas un roman facile d’accès. Il a une narration assez déstructurée, des références littéraires poussées mais demeure cependant passionnant.

Aaliya vit à Beyrouth. Elle est maintenant assez âgée pour nous raconter sa vie de libanaise à travers ses joies et ses peines passées. Dans une Beyrouth en guerre, en ruines, affamée mais toujours belle, Aaliya mène sa vie comme elle l’entend, elle qui a été répudiée par son mari mais qui a vu en ce divorce l’accès à une liberté inespérée.

Les Vies de papier est un roman qui conjugue la beauté des mots, l’amour pour la littérature. Aaliya lit depuis toute petite. Elle devient libraire complètement par hasard, dans un petit local miteux de Beyrouth. Elle traduit en arabe des œuvres littéraires qu’elle stocke dans une chambre de bonne pour le plaisir.

Aaliya va nous raconter son existence. Un souvenir lui fait penser à une personne, une anecdote lui rappelle un lieu. La narration va de pensée en pensée d’où parfois la difficulté de suivre le récit de sa vie. On alterne entre passé et présent, faisant des aller-retour continuels. C’est cependant passionnant. On la suit enfant puis jeune mariée puis femme accomplie dans une Beyrouth patriarcale où être une femme seule est mal considérée. Aaliya est une femme émancipée qui n’hésite pas à dormir avec son AK-47 à portée de main pendant la guerre. Ce portrait de femme est souvent drôle, parfois révoltant, toujours juste.

Les Vies de papier est aussi une formidable ode à la littérature. Aaliya vit entourée de ses livres. Elle vit littérature, parle littérature, mange littérature dans une ville à cent mille lieues de ses préoccupations intellectuelles. Le roman est truffé de citations, pas toujours évidentes à identifier ou à décrypter et rendent le récit érudit à l’image d’Aaliya finalement.

Les Vies de papier est une lecture passionnante et érudite qui rend hommage à la littérature et à Beyrouth les réunissant pour toujours à travers le personnage d’Aaliya.

Le village de Dan Smith

 

 

 

Le Village de Dan Smith,

Publié aux éditions du Cherche Midi,

2014, 462 pages.

 

 

Hiver 1930. Vyriv, un petit village isolé de l’ouest de l’Ukraine.

Dans la steppe enneigée, Luka, vétéran de la guerre de Crimée, recueille un homme inconscient. Dans son traîneau, deux corps d’enfants atrocement mutilés.

Lorsque Luka revient au village, les habitants s’affolent. Avec l’arrivée au pouvoir de Staline, la paranoïa règne…

Quand une fillette du village disparaît, Luka promet solennellement de la retrouver.

À travers les étendues gelées de cette région hostile déchirée par la guerre, où la survie est un souci de chaque instant, il se lance alors à la poursuite d’un prédateur particulièrement retors.

Attention! Gros coup de cœur pour ce thriller. Le Village est un roman qui vous happe dès les premières lignes et qu’il est bien difficile de lâcher.

Nous sommes en 1930, quelque part en Ukraine, dans un petit village bien isolé baptisé Vyriv. C’est l’hiver. Il fait froid, la neige recouvre tout. Luka et ses deux fils, Petro et Viktor, sont partis chasser. Soudain, Luka aperçoit une forme au loin. S’agit-il d’un envoyé de la Guépéou, venu mettre à sac le village? Ce n’est qu’un traîneau tiré par un homme à bout de force, au bord de la mort. Mais ce que découvre Luka et ses fils est terrifiant: l’homme transporte deux enfants, morts et atrocement mutilés! Qui est cet homme? Est-ce lui qui a causé la mort des deux enfants?

Luka décide de ramener l’homme chez lui mais bientôt les habitants du village s’affolent et l’accusent d’abriter un tueur d’enfants. Quand Dariya, une fillette du village disparaît, Luka décide de s’élancer à sa recherche…

Difficile de vous parler de ce roman sans trop vous en dévoiler. Sachez qu’une fois le nez dedans, vous aurez du mal à en décoller. Les cent premières pages nous plongent au cœur d’un petit village, complètement isolé, coupé du monde et qui cherche à se faire oublier des communistes qui viennent rafler les hommes pour les mettre dans les camps de travaux forcés. Aussi quand Luka ramène un étranger, chaque villageois prend peur. A partir de là, l’intrigue s’emballe complètement. Luka tente de défendre son point de vue et veut savoir qui est cet homme agonisant qu’il a recueilli mais les villageois sont d’un autre avis.

Je ne m’attendais pas du tout au tour pris par les événements. L’auteur nous entraîne dans une première direction puis une toute autre avec la traque du voleur d’enfant. Luka, avec ses fils, s’élance en plein cœur de l’hiver russe pour traquer un monstre. De chasseurs, ils deviennent bientôt les proies. Les situations se renversent totalement. Il y a une telle tension dans ces pages. Le lecteur est aux côtés de Luka, écoutant chaque bruit de la steppe, épiant chaque mouvement. Le suspens est au rendez-vous à chaque ligne, chaque page. J’ai rarement ressenti cette atmosphère de traque comme cela!

Dan Smith se renouvelle à chaque fois dans son intrigue et nous emmène là où l’on ne s’y attendait pas du tout. L’intrigue ne s’essouffle à aucun moment. Plus Luka avance dans sa traque, plus il pénètre dans l’obscurité et la violence la plus totale, laissant son lecteur sur le carreau.

Le Village est assurément un grand thriller qui entraîne le lecteur aux portes de l’enfer. Brillant!

Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

 

 

Un Goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy,

Publié aux éditions Les Escales,

2014, 409 pages.

 

 

Allemagne 1944. Naïve et innocente, Elsie traverse la guerre à l’abri de la petite boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi, loin d’être indifférent à son charme. Lors de la soirée de Noël du parti, elle échappe de peu à un viol grâce à un petit garçon juif. Seul et sans défense, il demande à la jeune fille de le cacher. Prendra-t-elle le risque ? États-Unis, de nos jours. À quatre-vingts ans, Elsie s’active toujours derrière les fourneaux de sa boulangerie. Elle rencontre Reba, une journaliste venue l’interroger sur les fêtes de Noël du passé…

J’ai enfin pris le temps de lire ce roman que j’ai dévoré en deux jours! Sarah McCoy nous raconte ici une histoire forte et émouvante, riche en rebondissements qui m’a tenu en haleine.

Elle plonge son lecteur à la fin de l’année 1944, alors que les Allemands pensent encore pouvoir gagner la guerre même si certains signes ne trompent pas. Elsie a 17 ans. Elle aide ses parents qui tiennent une petite boulangerie à Garmish. Lors d’un bal nazi, Elsie manque d’être violée par un officier allemand. Elle ne doit son salut qu’à Tobias, un enfant juif. Elle va alors le cacher dans sa chambre.

Le récit de Sarah McCoy s’articule autour de deux axes de narration. Le premier axe est celui d’Elsie, jeune allemande de 17 ans dont le monde s’écroule à la suite de la tentative de viol. Elle va s’apercevoir que le monde n’est pas aussi manichéen qu’elle le pensait. Elsie est un personnage attachant, qui a su m’émouvoir car elle a de nombreuses faiblesses. Elle cache Tobias chez elle mais ne se comporte pas pour autant comme une héroïne. Elle a constamment peur et vit dans l’angoisse d’être découverte par la Gestapo.On la suit dans son quotidien de jeune fille, aidant ses parents du mieux qu’elle le peut à la boulangerie, tentant d’échapper à son destin de femme à savoir se marier et avoir des enfants avec un officier nazi.

Ce premier récit nous offre aussi une plongée au cœur du système nazi. Grâce aux lettres d’Hazel, la sœur d’Elsie, on découvre les Lebensborn. Dans sa grande folie, Hitler a imaginé que certaines femmes pouvaient contribuer à l’érection du grand Reich en offrant leur corps comme réceptacle. Ainsi Hazel donne naissance à des enfants aryens dans des lebensborn telle une vache reproductrice pour constater qu’elle ne pourra jamais les élever et les aimer car ils seront élevés dans la tradition nazie. Les enfants handicapés et faibles sont éliminés sans état d’âme révélant l’atrocité de tout un système.

Le deuxième récit se passe de nos jours, à El Paso, au nouveau Mexique. Reba cherche à faire un reportage sur les traditions de Noël. Elle se rend dans la boulangerie allemande d’Elsie, âgée à présent de 80 ans. Les deux femmes vont se lier d’amitié. Reba hésite à s’engager avec Rikki, son petit ami. Ce dernier est garde frontière et remet de plus en plus souvent en cause son métier qui consiste à arrêter et expulser des sans-papiers. Cette partie m’a moins plu et le récit aurait pu s’en passer même si je comprends le message de l’auteur qui fait un parallèle entre les arrestations des juifs pendant la guerre et les expulsions des sans-papiers.

Cette histoire est en tout cas formidable et restera longtemps gravée dans ma mémoire. J’ai vraiment aimé me plonger aux côtés d’Elsie. A travers ce personnage, on passe du côté des Allemands et le lecteur constate la souffrance d’un peuple qui s’est révélé parfois courageux, rebelle. On y voit un peuple rationné, affamé, vivant dans la peur. Elsie incarne une jeunesse qui se rend peu à peu compte de l’absurdité de l’idéologie nazie et qui va lutter, à son échelle, contre.

Un goût de cannelle et d’espoir est un roman à la fois sombre et lumineux. Un petit bijou de littérature.