Vernon Subutex, Tome 2 de Virginie Despentes

 

 

Vernon Subutex, Tome 2 de Virginie Despentes,

Publié au Livre de Poche,

408 pages, 2016.

 

Ils ont 20, 40, 70 ans, ils sont retraités, SDF, salariés plus ou moins précaires, les uns plutôt marginaux, les autres tant bien que mal intégrés dans l’ordre économique et social tel qu’il fonctionne – et dysfonctionne, surtout, malmène et brutalise les individus… Ils sont une quinzaine, dont pour la plupart on avait fait connaissance dans le premier volume. Les revoici, assemblée hétérogène d’individus dispersés à tous les horizons de la sphère sociale mais physiquement réunis, comme agglomérés autour de Vernon Subutex…

J’avais adoré le premier tome de Vernon Subutex, lu au mois d’octobre dernier. J’avais sous le coude, le deuxième tome que je tardais à lire pour le plaisir de patienter. Celui-ci est bon, voire meilleur que le premier opus. Virginie Despentes nous balade d’un bout à l’autre.

J’avais donc laissé mon vieux Vernon en bien mauvaise posture dans le tome 1. SDF, chassé de tous ses squats, sans amis, il n’allait pas quand même crever tout seul sur son banc parisien. On le retrouve donc en compagnie d’autres marginaux comme lui, des exclus, des poivrots, des fous, des dingos, des paumés. Vernon semble s’être habitué à sa nouvelle vie. Il s’est fait de nouveaux compagnons de galère et il est à mille lieux de se douter qu’on le cherche un peu partout.

Pendant ce temps-là, en effet, on recherche assidûment Vernon. Pas pour l’héberger ou le câliner, non. Ce sont toujours ses enregistrements d’Alex Bleach qui défoulent les passions. Mais l’auteur a l’intelligence de nous emmener là où ne nous serions jamais allés.

J’admire profondément la façon qu’à Virginie Despentes de faire avancer son intrigue sans en avoir l’air. Chaque « mini chapitre » (il n’y a pas vraiment de découpage en tant que tel), nous laisse plonger au cœur des pensées d’un des personnages. Et il y en a une sacrée galerie (à tel point qu’elle en a fait un sommaire en début d’œuvre). On suit donc Pamela Kant (j’adore!) la porno-star; Charles, le poivrot; Emilie; la Hyène; Laurent et j’en passe, dans leur vie quotidienne. Sous couvert de décrire ses personnages, l’intrigue avance. C’est vraiment brillant!

L’auteur décrit toujours avec verve et cynisme la société dans laquelle nous vivons. C’est piquant à souhait, parfois blessant, souvent offensant mais tellement vrai. Impossible de s’ennuyer avec cette écriture acide qui dit beaucoup de nous-mêmes. Alors certes, on s’éloigne un peu du personnage de Vernon mais j’ai tellement aimé en savoir plus sur les autres. Virginie Despentes me donne l’effet d’être dans une position de voyeuse. J’aime scruter ses personnages, les disséquer, les connaître au plus profond d’eux. Je sais que ce n’est pas toujours bien mais j’aime tellement cela!

Avec ce deuxième tome, Virginie Despentes apporte beaucoup de réponses à son lecteur. Elle transforme l’essai avec une intrigue toujours aussi prenante et une langue truculente. Une vraie réussite!

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Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro

 

 

Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro,

Publié aux éditions Actu SF,

2017, 280 pages.

 

 

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Décidément, Jean-Laurent Del Socorro est un auteur qui a de la ressource et qui aime l’Histoire avec un grand h. J’avais beaucoup apprécié son premier roman qui se déroulait à Marseille, Royaume de vent et de colères. Il y mettait en scène les habitants de Marseille pendant les guerres de religion, en 1596. Avec Boudicca, l’auteur attache une fois de plus son écriture à l’Histoire. Changement total d’époque et de décor puisque le lecteur est projetée en Angleterre en l’an I après Jésus-Christ.

Le roman débute par la naissance de celle qui sera appelée Boudicca autrement dit « victoire » en celte. Elle est la fille d’un roi vieux et fatigué dont le royaume s’effrite. Boudicca va apprendre à devenir une héritière qui redonnera l’éclat à son peuple, les Icènes. On suit donc la jeune princesse tout au long de son apprentissage: manier les armes mais aussi manier le verbe grâce à l’enseignement des druides. Une tête bien faite dans un corps bien fait. Cette première partie qui marque l’initiation de Boudicca est celle qui m’a le moins plu.

Cependant, à la mort de son père, Boudicca prend le pouvoir et monte sur le trône. Elle est bien décidée à obtenir sa revanche contre l’Empire romain. L’auteur peint alors une reine fière, forte, prête à tout pour son peuple. Parfois impulsive, elle va mener la rébellion contre les envahisseurs romains.

Jean-Laurent Del Socorro nous immerge au cœur du peuple Icène avec ses mœurs et ses coutumes que je ne connaissais pas du tout et qui paraissent parfois très en avance sur notre temps. Ainsi, que Boudicca soit une femme ne change rien au regard que porte son peuple sur elle. Les relations homme-femme semblent beaucoup plus horizontales que ne le sont les nôtres. L’auteur s’est bien documenté et nous plonge au plus près des batailles, des traités et des us et coutumes icènes. C’est passionnant!

J’ai été emportée par le portrait de cette femme bien méconnue mais qui a réellement existé. Le roman est assez court et je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus. Certains lecteurs se plaignent de la fin abrupte du roman. Elle l’est, c’est vrai. Pour en avoir discuté avec l’auteur, c’est une volonté de sa part. Il souhaitait laisser au lecteur une image de Boudicca au sommet de sa gloire et c’est vrai que c’est assez chouette comme ça.

Boudicca est donc une réelle réussite tant sur le plan historique que narratif. Une fois de plus, Jean-Laurent Del Socorro connaît son sujet sur le bout des doigts et nous plonge dans un roman passionnant et immersif.

 

La terre des mensonges, tome 1 de Anne B. Ragde

 

 

La terre des mensonges, Tome 1 de Anne B. Ragde,

Publié aux éditions 10/18,

2012, 351 pages.

 

Après la mort de leur mère, trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale. Tor, l’aîné, se consacre à l’élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s’annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l’héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret. Anne B. Ragde décrit les relations ambiguës entre les trois frères avec un talent remarquable et signe un roman passionnant à l’humour grinçant.

Je crois que le premier tome de la saga d’Anne B. Ragde sera mon premier coup de cœur de l’année. Une année 2018 qui débute donc en fanfare avec ce livre qui m’aura procuré quelques heures de lecture incroyable. Pourtant, l’intrigue développée par Anne B. Ragde est banale en soit. Anna, la matriarche d’une ferme située en Norvège, est au bord de la mort. Ses trois fils sont réunis à son chevet. Il y a Tor, le plus âgé. Il a repris le flambeau de la ferme de ses parents. A plus de 50 ans, il a toujours vécu avec son père et sa mère. Si cette dernière vient à mourir, c’est son monde qui va s’écrouler. Il y a aussi Margido qui dirige une entreprise de pompes funèbres, athée convaincu, philosophe et pragmatique face à la mort. Il y a enfin Erlend, le petit dernier, qui vit librement son homosexualité à Copenhague, loin de ses frères et de ses parents qui ne l’ont jamais compris.

Anne B. Ragde plonge son lecteur au sein de cette famille d’origine rurale. D’abord aux côtés de Tor qui vit toujours à la ferme, élevant des cochons, ses seuls amis et compagnons. Rien n’a changé depuis des années: les mêmes rideaux, la même cuisine, l’économie paysanne poussée à l’extrême. L’auteur nous laisse entrevoir le quotidien d’un homme de manière effroyable. On sent derrière le personnage de Tor toute la détresse de l’éleveur de cochons. Tor est celui qui n’a jamais de temps pour lui-même, lié corps et âme à son travail harassant.

Puis il y a Erlend, l’homo, la honte de la famille, qui a fui pour se construire ailleurs loin des regards lourds et des reproches. C’est le personnage que j’ai préféré parmi les trois frères car il est à la fois drôle et pathétique. Il y a enfin Margido, le croque-mort, qui fait son travail avec cœur et distanciation et qui en sait plus que ses frères sur sa famille.

Anne B. Ragde nous laisse contempler une famille éclatée que la mort de la mère, ce tyran domestique, va rassembler bon gré mal gré. Derrière les conversations, les regards, on sent les non-dits et le poids du secret. Car La terre des mensonges est un roman sur les secrets de famille et je vous assure que celui qui nous est révélé à la toute fin du livre fait l’effet d’une petite bombe. Après cette révélation, les frères vont devoir remettre toute leur vie en question et le lecteur va devoir se procurer la suite de la saga!

Ce premier tome de La terre des mensonges est une vraie réussite. Malgré un rythme lent et détaillé qui permet de croquer chaque personnage, Anne B. Ragde réussit là un vrai tour de force avec cette famille norvégienne fêlée et éclatée. J’attends de lire la suite avec impatience!

Bilan 2017 et perspectives…

J’avais envie de vous faire un petit bilan de mon année livresque. J’ai lu moins que les autres années. J’inscris 71 livres à mon compteur cette année, la faute à ma vie de famille qui me prend bien sûr plus de temps.

J’ai eu des déceptions, des coups de cœur aussi. Parmi ces derniers, il y a la trilogie de Jean Vigne Néachronical. J’ai terminé cette série avec tristesse tant le personnage de Néa m’a plu.

   

Le Gang des rêves de Luca Di Fulvio a été aussi pour moi une belle découverte. J’ai tout aimé dans ce roman: l’intrigue, les personnages, le contexte historique. L’auteur possède un réel talent de conteur qui m’a emportée.

La horde du contrevent d’Alain Damasio m’a donné une vraie claque de SF! J’ai découvert un auteur au talent immense et aux ressources inépuisables. Nul doute que je relirai ce titre tant j’ai encore de questions restées en suspens.

Toujours côté fantasy, j’ai découvert Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski et Manesh de Stefan Platteau, deux maîtres pour moi de la littérature fantasy qui m’ont emmenée loin, très loin dans leur monde. Et avec la suite de leurs romans, je ne compte pas en rester là.

Côté salon du livre, je me suis rendue au salon du livre de Paris. J’étais avec une amie, nous avons donc passé un bon moment mais je ne sais pas si je retenterai cette année. Le prix d’entrée est trop élevé. Il y a trop de monde, pas assez de proximité avec les auteurs. J’aimerais tenter celui des Imaginales à Epinal mais il me demandera beaucoup plus d’organisation.

Je me suis aussi rendue au salon de l’Imaginaire de Lambesc, un petit salon du livre qui prend de plus en plus d’ampleur. J’y ai fait de belles rencontres et de belles découvertes. Nul doute que j’y serai au mois d’octobre!

Voilà pour mon année livresque. J’aimerais pour 2018 avoir davantage de temps pour lire! Je vous en souhaite tout autant. Passez une bonne année au milieu des livres.

La grande Agatha Christie illustrée de Caroline Guillot

 

 

La grande Agatha Christie illustrée de Caroline Guillot,

Publié aux éditions du Chêne,

2017, 96 pages.

 

Agatha Christie, en voilà une reine du crime ! À la lecture de chacun de ses livres, vous vous triturez les méninges pour découvrir le coupable, et finalement, Hercule Poirot, Miss Marple ou Tommy et Tuppence Beresford vous coiffent au poteau.
Mais si après la présentation de la situation, le plan de la scène de crime et l’énoncé des indices, la solution n’était pas dévoilée ? Ce serait alors à vous de devenir détective amateur !

Retrouvez les 13 plus belles enquêtes de la grande Agatha Christie résumées avec des dessins aussi drôles qu’instructifs et tentez à votre tour de retrouver les coupables !

Décidément Agatha Christie a le vent en poupe. Une énième adaptation au cinéma du Crime de l’Orient-Express est sortie récemment dans les salles et Caroline Guillot a eu la bonne idée d’illustrer les plus grands romans d’Agatha Christie dans un ouvrage entre la BD et le livre graphique.

J’ai tout simplement adoré son concept. Après nous avoir présenté brièvement l’auteur ainsi que l’époque à laquelle elle vécut, Caroline Guillot propose à son lecteur de revenir sur treize romans phares de la romancière d’une manière drôle et pertinente. Qu’il s’agisse des dix petits nègres, du Crime de l’Orient-Express ou encore du Cadavre dans la bibliothèque, l’illustratrice propose à chaque fois d’enquêter tel un Hercule Poirot en herbe. Sur une première page, elle revient sur l’intrigue en générale puis détaille la scène du crime, donne les premiers témoignages et propose de suivre « le fil de l’enquête ». Chaque lecteur est ainsi invité à fonder ses propres hypothèses.

J’ai adoré les illustrations très précises. Chaque personnage est représenté avec beaucoup de détails et des couleurs vives. Alors certes, c’est facile de retrouver le coupable lorsqu’on a déjà lu le roman; ça l’est beaucoup moins quand il nous est totalement inconnu. Il faut agiter ses neurones et malgré les indices donnés, j’ai séché sur par mal de romans. J’ai cependant aimé cette manière didactique et amusante de réfléchir à l’identité du tueur.

La grande Agatha Christie illustrée est vraiment une belle découverte, un bel objet livre. Je remercie beaucoup Babelio et les éditions du Chêne pour m’avoir fait parvenir cet ouvrage.

Millénium, Tome 4: Ce qui ne me tue pas de David Lagercrantz

 

 

Millénium 4, Ce qui ne me tue pas de David Lagercrantz,

Publié aux éditions Actes Sud,

2015, 482 pages.

Quand Mikael Blomkvist reçoit un appel d’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle qui affirme détenir des informations sensibles sur les services de renseignement américains, il se dit qu’il tient le scoop qu’il attendait pour relancer la revue Millénium et sa carrière. Au même moment, une hackeuse de génie tente de pénétrer les serveurs de la NSA…
Dix ans après la publication en Suède du premier volume, la saga Millénium continue.

J’avais adoré la trilogie Millénium de Stieg Larsson. Ce dernier, mort prématurément, laissa derrière lui un manuscrit inachevé. C’était l’occasion pour les maisons d’éditions de continuer les aventures de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander (et de se faire du fric au passage). Comme je suis curieuse de nature et qu’on me l’a prêté, je n’ai pas hésité et j’ai sauté sur l’occasion.

Alors oui, je reconnais que David Lagercrantz a du talent et qu’il a su parfaitement prolonger le récit du défunt Stieg. On retrouve son style avec exactitude et je ne suis pas du tout déçue de ce côté-là. En revanche, j’ai trouvé que l’intrigue manquait de profondeur et elle m’a parue brouillonne, moins travaillée comme aurait pu le faire l’auteur original.

Parlons de l’intrigue justement. On retrouve avec une certaine joie notre chère Lisbeth Salander. Celle-ci a piraté le site de la NSA, rien que ça. Défi? Risque démesuré? Quand Lisbeth fourre son nez quelque part c’est qu’elle a une bonne raison. Cette raison est bien valable et on en apprend énormément sur le passé trouble de Lisbeth. J’ai vraiment aimé ce côté-là de l’intrigue qui renoue bien avec le style de Stieg Larsson.

D’un autre côté, on retrouve Mikael Blomkvist, journaliste d’investigation à Millénium. Il a reçu un « tuyau » sur un ingénieur en informatique menacé de mort. Comme par hasard, celui-ci est assassiné, laissant derrière lui son fils autiste August, seul témoin de la scène. Les deux intrigues vont donc se rejoindre. Lisbeth et Mikael vont enquêter chacun de leur côté pour faire éclater la vérité. Et c’est là que le côté « brouillon » de la chose survient (pour moi, en tout cas). Je n’ai pas vraiment compris pourquoi Lisbeth se retrouvait là au milieu de tout ce bazar (enfin j’ai compris les grandes lignes). L’intrigue prend un tournant assez compliqué.

Cependant, hormis cet impair, le rythme du récit est dense, parfois même peut-être trop dense. Une fois entamée, je reconnais qu’il est difficile de stopper la lecture de ce roman. Tous les éléments sont là: la personnalité de Lisbeth, un mensonge de niveau international et des méchants sans pitié. L’auteur mène tout ça d’une main de maître. Cela va tellement vite, que je n’aurais pas craché sur quelques pages de plus.

Millénium 4 est une belle surprise. Même si l’intrigue retorse ne m’a pas complètement convaincue, j’ai passé un excellent moment de lecture, prenant plaisir à retrouver Lisbeth. Le tome 5 m’attend sagement dans ma PAL avec bonheur!

Mansfield Park de Jane Austen

 

 

 

Mansfield Park de Jane Austen,

Publié aux éditions 10/18,

510 pages, 1996.

 

 

Fanny Price est issue d’une famille pauvre qu’elle quitte à l’âge de dix ans pour vivre avec son oncle et sa tante, Sir Thomas et Lady Bertram, à Mansfield Park. Sir Thomas désire en effet aider Mrs. Price, la mère de Fanny et la sœur de Lady Bertram, en prenant en charge l’éducation de Fanny.

Celle-ci est donc élevée avec ses cousins, légèrement plus âgés qu’elle, Tom, Edmund, Maria et Julia, mais il lui est presque constamment rappelé qu’elle leur est inférieure. Seul Edmund fait preuve de gentillesse à son égard; Maria et Julia la méprisent, Tom ne lui prête pas attention. Fanny maintient une correspondance régulière avec son frère William, officier de la Royal Navy. Elle acquiert en grandissant, notamment au contact d’Edmond, un sens moral qui lui sert de guide pour toute chose. La gratitude et l’affection qu’elle éprouve à l’égard de son cousin se transforment au fil des ans en un amour qu’elle garde secret.

C’est avec un très grand plaisir que j’ai lu ce roman en lecture commune avec Bénédicte du blog La bibliothèque de Bénédicte. Nous nous sommes laissés quelques semaines pour dévorer cette belle brique, ultime roman achevé par Jane Austen. Si j’ai aimé l’intrigue du livre, ce n’est cependant pas un coup de cœur pour moi.

L’héroïne Fanny Price est issue d’un milieu plutôt modeste. Aînée de neuf enfants, elle est accueillie à Mansfield Park par son oncle Sir Thomas, sa tante et ses deux cousins Edmund et Tom. Ceux-ci vivent dans l’opulence et Mansfield Park est un domaine magnifique et immensément grand. Fanny débarque donc dans un univers qui ne lui est pas du tout familier. Introvertie et timide, elle découvre les codes d’un univers dans lequel ses cousins et cousines évoluent avec grâce. La jeune Fanny est vite cantonnée à tenir compagnie à ses tantes qui ne peuvent se passer de ses services. Pourtant tout va changer quand les Crawford s’installent dans le voisinage. Fanny, en bonne observatrice, sera aux premières loges des intrigues amoureuses qui se feront et se déferont.

Si Mansfield Park n’est pas un coup de cœur pour moi c’est parce que l’héroïne Fanny est bien trop disciplinée et timide à mon goût. J’avais même parfois l’impression d’avoir affaire à une cruche, une empotée même si le dessein de Jane Austen n’est pas du tout celui-là. C’est un personnage qui subit plus qu’elle n’agit, attendant que les événements tournent en sa faveur. On pourrait dire que cette Fanny est bien brave. Malgré tout, elle garde une certaine candeur touchante.

Si je suis assez sévère avec Fanny c’est aussi parce que l’époque dans laquelle elle vit ne lui laisse que peu de choix. Mal née, elle ne peut qu’espérer faire un bon mariage. C’est assez désespérant de constater qu’à l’époque, une femme n’a point de salut hors mariage. Fanny sert de dame de compagnie à ses tantes tandis qu’autour d’elle le monde s’agite. Ses cousines font des rencontres amoureuses mais Fanny reste secrète et en retrait. Quand un jeune homme semble tomber amoureux de Fanny, son oncle Thomas tente par tous les moyens de la pousser dans les bras de ce prétendant qu’elle n’aime et n’estime pas! La scène paraît choquante aujourd’hui mais tellement banale à l’époque.

Loin de dénoncer ces travers qui étaient sont lot quotidien, Jane Austen nous montre une héroïne droite dans ses bottes, fidèle à ses principes et à son premier amour qu’elle garde secret. La fin du roman m’a même déconcertée car en trois pages, l’auteur résout tous les problèmes de son personnage.

Le personnage qui m’a finalement le plus conquis est la tante de Fanny, Mme Norris. C’est l’équivalent féminin du révérend complètement stupide d’Orgueil et préjugés. La retrouver à chaque chapitre était un régal tant sa bêtise était grande. En bonne observatrice de la société, Jane Austen ne laisse rien passer pour le plus grand plaisir de son lecteur.

Mansfield Park n’est donc pas mon roman austenien préféré. L’héroïne trop effacée du roman ne m’aura pas contentée. Cependant, voir évoluer les personnages dans l’Angleterre cossue du 19ème siècle est toujours un régal pour moi!

Je vous invite à aller lire le billet de Bénédicte.