#Tous debout de Cindy Van Wilder et Agnès Marot

#Tous debout de Cindy Van Wilder et Agnès Marot,

Publié aux éditions Hugo NewWay,

2021, 360 pages.

Quand les élèves d’un lycée lèvent le poing pour défendre leur camarade sans-papiers bientôt expulsé…
D’un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l’autre,il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d’énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée.
Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les atten- tions. Surtout lorsqu’Anton découvre qu’il est sans- papiers… une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis….

#Tous debout est un roman qui met en scène des ados dans un lycée. Anton est en première. Il craque pour Méloée mais cette dernière est en couple avec Rahim, un réfugié iranien. Mathis, le meilleur ami d’Anton, lui donne d’ailleurs des cours de français. Anton un peu esseulé décide de se venger en créant le compte Gossip Boy sur lequel il divulgue les secrets et autres petites cachotteries de ses camarades. Mais le jeu tourne mal quand on découvre que Rahim n’a en fait pas de papiers. Les lycéens décident de bloquer leur lycée pour protéger Rahim et attirer l’attention des médias sur sa situation…

Ce roman est clairement destiné aux ados qui y trouveront leur compte: des personnages de leur âge, beaucoup de dialogues, un récit fluide et très actuel. Mais les deux auteures vont plus loin que les simples amourettes de lycée. Elles y abordent des thèmes importants comme la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, le sort des enfants sans papiers. C’est un roman qui met en scène des jeunes qui se révoltent contre des injustices qui les touchent.

Jamais mièvre, jamais simpliste, ce roman met surtout en scène des jeunes qui prennent fait et cause et qui s’engagent. Les personnages collent parfaitement à la réalité sans tomber dans les clichés. Le langage est parfois cru comme peuvent l’être les ados d’aujourd’hui. J’ai vraiment passé un bon moment avec eux. J’avais vraiment l’impression d’être de retour au lycée et d’écouter leurs conversations. J’ai lu de nombreux avis négatifs sur ce livre mais je crois que les lecteurs ont mal jugé les intentions des auteures. Je pense qu’elles voulaient avant tout mettre en avant des jeunes qui s’engagent et montrer comment aujourd’hui, avec les médias et les réseaux, on peut faire bouger les lignes, peu importe la cause.

C’est un roman réussi pour moi qui parlera aux ados et qui les changera des éternelles bluettes adolescentes.

Le Jour de ma mort de Jacques Expert

Le Jour de ma Mort de Jacques Expert,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2021, 384 pages.

Charlotte est une jolie jeune femme sans histoire. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle s’apprête à se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, cette nuit d’un dimanche d’octobre, elle se réveille en sueur, tremblante de peur, à l’affut du moindre bruit. Elle est seule chez elle, il est minuit passé. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort.
Trois ans plus tôt à Marrakech, Charlotte et trois copines sont allées consulter un voyant. Toutes les prédictions faites à ses amies se sont avérées exactes. Qu’en sera-t-il de Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre.
Commence alors un suspense de tous les instants.
La jeune femme est-elle victime d’une paranoïa alimentée par l’effrayant souvenir ou est-elle réellement en danger alors que rôde dans la ville un tueur psychopathe ?
Une fois de plus Jacques Expert joue avec les nerfs du lecteur dans ce récit implacable, aux retournements aussi nombreux qu’imprévisibles.

J’aurais pu écrire cette chronique en culotte, mon chat sous le bras, un couteau de cuisine à portée de main à l’image de Charlotte, le personnage de du Jour de ma Mort. Ce jour fut bien long pour moi, croyez-moi! Cette Charlotte, quelle plaie! J’en étais à souhaiter qu’elle crève rapidement, histoire d’abréger mes souffrances de lectrice!

Donc nous voilà à Paris avec Charlotte, la trentaine, trop « grave in love » de son Jérôme avec lequel elle file le parfait amour depuis trois mois mais c’est sûr, c’est lui, c’est le bon. Sauf qu’on est le 28 octobre et qu’il y a trois ans, lors d’une virée entre copines à Marrakech, un voyant a prédit à Charlotte qu’elle mourrait ce jour là d’une mort violente. En plus, un taré, surnommé « L’égorgeur de chat » a déjà tué trois jeunes femmes blondes. Charlotte en est sûre: elle est blonde et elle a un chat, elle va donc mourir….

Le lecteur va donc suivre durant 384 pages la parano de Charlotte, une gourdasse qui aura le temps en quelques heures de s’enfermer dans les toilettes turques de son immeuble et de sortir en petite culotte dans la cour. Quelle gourde! Jacques Expert aurait-il un vieux compte à régler avec les jeunes trentenaires de notre génération? Les femmes apparaissent comme des caricatures complètement délirantes, toutes plus bêtes les unes que les autres. Je n’ai jamais vu un personnage aussi empoté et niais.

Le pseudo tueur n’est pas en reste. Monsieur se balade avec une banane dans laquelle il range son parfait nécessaire de tueur à gages. On y croit pas pour deux sous. L’auteur nous ressasse le bon vieux cliché d’un tueur maltraité par sa mère, traumatisé par des chats, vénéré par sa grand-mère. Quel fin psychologue! Il n’y a aucune tension, seulement des rebondissements ridicules.

Je vous avoue avoir pensé plusieurs fois à abandonner ce roman qui n’a pour moi aucune qualité, si ce n’est sa brièveté. Alors canular? Volonté de parodier le thriller? Ce roman reste un mystère pour moi. Il sera vite, très vite oublié…

Terminus de Tom Sweterlitsch

Terminus de Tom Sweterlitsch,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2021, 552 pages.

Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

Coup de cœur absolu pour ce Terminus, un thriller SF d’une écriture et d’une intelligence hors du commun. J’ai été happée du début à la fin par ce roman et j’ai plongée dans cette intrigue aux côtés de Shannon Moss!

En 1997, le voyage dans le temps est possible. On est capable de voyager dans le futur et dans revenir avec des éléments essentiels pour faire avancer les enquêtes de police notamment. Shannon Moss est enquêtrice pour le NCIS. Elle est appelée sur les lieux d’un crime effroyable. La famille de Patrick Mursult, ex-Seal, a été massacrée. Leur fille aînée Marian est introuvable tout comme Patrick Mursult qu’on soupçonne du massacre. Shannon est chargée d’aller recueillir des informations dans le futur, 19 ans plus tard, pour faire la lumière sur ce crime commis en 1997. Mais les fils du destin s’entremêlent. Patrick aurait fait partie d’une mission à haut risque qui aurait contemplé le Terminus c’est à dire la fin du monde…

Le premier chapitre de Terminus ne peut que vous happer. Un début totalement effroyable et dingue qui vous catapulte au cœur du Terminus, cette fameuse fin du monde. Shannon l’a contemplé et a failli y laisser la vie. Elle y a d’ailleurs laissé une jambe. Et c’est avec cette enquêtrice handicapée, à la jambe en titane, que nous suivons le fil de l’intrigue. J’ai adoré ce personnage tellement humain. Shannon est envoyée en mission dans le futur. Ainsi les parties du roman alternent entre 1997 et les années futures dans lesquelles Shannon enquête. Elle y reste parfois des années mais lorsqu’elle revient sur « la terre ferme », il ne s’est écoulé parfois que quelques jours. De quoi être désorientée!

L’auteur joue avec les paradoxes de temporalité et il faut parfois savoir suivre (ou carrément lâcher prise) cette intrigue qui joue avec les potentialités du futur. Ce que voit Shannon dans le futur n’est qu’une porte parmi des milliers d’autres…

Il y a enfin cette enquête qui joue avec nos nerfs. Les crimes se multiplient. Tom Sweterlitsch mêle habilement fin des temps et référence à la mythologie nordique. Shannon pourra-t-elle empêcher que le Terminus anéantisse la Terre? L’intrigue est d’une intelligence folle, parfois retorse, complexe mais d’un effroi terrible!

J‘ai tout simplement adore ce roman SF dont la fin remet en cause beaucoup de choses. Un récit riche, haletant, unique en son genre. J’en redemande!

L’Ange de Munich de Fabiano Massimi

L’ange de Munich de Fabiano Massimi,

Publié aux éditions Albin Michel,

2021, 560 pages.

Munich, 1931. Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal, avec lequel elle vivait, est le leader du parti national socialiste des travailleurs, Adolf Hitler. Les liens troubles entre lui et sa nièce font d’ailleurs l’objet de rumeurs dans les rangs des opposants comme des partisans de cet homme politique en pleine ascension. Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.

Munich, 1931: Angela Raubal, dit « Geli », est retrouvée morte dans son appartement. Elle s’est apparemment suicidée d’une balle dans le cœur. Les commissaires Forster et Sauer sont dépêchés sur les lieux pour enquêter. Tout les conduit à penser qu’il s’agit bien d’un suicide mais certains détails leur mettent la puce à l’oreille. Il y a d’abord cette envie brusque d’expédier l’enquête en seulement quelques heures. Il y aussi le fait qu’on raconte de drôles de choses dans l’entourage de Geli. Elle n’est pas n’importe qui puisqu’elle est la nièce d’un certain Adolf Hitler, en pleine ascension politique…

Fabiano Massimi choisit de placer son intrigue à un tournant de l’histoire. 1931 représente une année charnière pendant laquelle Hitler va acquérir énormément de pouvoir. Sa milice commence à s’organiser. On sent clairement la montée en puissance du nazisme avec une population par toujours convaincue par ce nouveau parti politique qui effraie plus qu’il ne fascine, du moins au début. Geli apparaît clairement comme un obstacle sur le route du führer. Le lecteur croisera la route d’innombrables noms tristement célèbres: Goering, Himmler et j’en passe…

Les deux commissaires chargés de l’enquête vont donc se heurter à une intrigue retorse, pleine de rebondissements. Je n’ai pas vu venir les multiples retournements de situation, il est vrai et jusqu’au bout du roman, j’ai été captivée par ma lecture. Suicide? Crime déguisé? L’auteur nous tient en haleine jusqu’à la dernière page mêlant scandale politique et passionnel. Il s’appuie sur un fait véridique et entend apporter une hypothèse de réponse à la mort de Geli.

Mais ce qui fait, selon moi, la force du roman, c’est le duo d’enquêteurs. Il fonctionne à merveille et cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ça dans un roman policier. Sauer incarne la droiture allemande, la rigidité de l’enquêteur qui ne dévie jamais de son but; Forster vient contrebalancer le tout apportant un humour bienvenu, parfois potache souvent cynique. J’ai vraiment eu du plaisir à côtoyer ces deux-là tout au long de l’enquête. Bref, on ne s’ennuie pas un seul instant!

« L‘Ange de Munich » est au final un roman policier classique mais passionnant grâce à un duo d’enquêteurs intéressant et à une intrigue qui fait la part belle à l’Histoire avec un grand H.