Récits du Demi-loup, Tome 2: Les Terres de l’Est de Chloé Chevalier

 

Récits du Demi-loup, Tome 2: Les Terres de l’Est de Chloé Chevalier,

Publié aux éditions des Moutons électriques,

2016, 327 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Deux ans ont passé. La Preste Mort poursuit ses ravages et la scission entre les deux domaines du royaume, Véridienne et les Eponas, se creuse chaque jour davantage. Aux deux Suivantes, Lufthilde et Nersès, il revient d’œuvrer dans l’ombre de leurs reines pour éviter le pire. Ballottées entre la frivolité de Calvina, les lubies imprévisibles de Malvane et la colère grandissante des comtes et du peuple, l’une comme l’autre peinent à se montrer à la hauteur de la tâche.

Tandis que de vieilles querelles de jeunesse se muent peu à peu en dangereux jeux de pouvoir, à l’est, l’Empereur tourne son regard et ses légions vers le Demi-Loup. Pour Cathelle et Aldemor, la Suivante et le prince renégats, l’heure approche de sortir de l’ombre et, enfin, de prendre leur revanche.

Merci aux éditions des Moutons électriques de leur confiance pour m’avoir envoyé le deuxième tome des Récits du Demi-loup. J’avais grandement apprécié ma lecture du premier tome. C’était surtout l’ambiance particulière du roman qui m’avait touchée.

J’étais donc très heureuse de retrouver l’atmosphère et les personnages que j’avais quittés à regret. Il m’a fallu quelques chapitres pour me remettre dans le bain afin d’identifier le rôle de chacun des personnages mais c’est la seule difficulté à laquelle j’ai été confrontée pendant ma lecture. Pour être clair, on suit principalement Cathelle et Aldemor exilés dans une lointaine contrée; Lufthilde la suivante, qui tente désespérément de gouverner le royaume aux côtés de Calvina; Nersès partagée entre sa vie de suivante et sa vie de femme mariée.

Chloé Chevalier ne se contente pas de nous narrer leurs vies plus ou moins mouvementées. Elle insère des morceaux de journal intime, des extraits de lettres ou de rapports militaires ce qui donnent au récit plus d’intensité et plus de profondeur.

J’ai clairement apprécié le récit consacré à Cathelle et Aldemor qui ourdissent leur vengeance et qui vont tenter de rallier à leur cause des peuples situés aux quatre coins du royaume. Chloé Chevalier nous transporte dans des contrées à la fois sauvages et civilisées et imagine des univers parfois diamétralement opposés. J’ai tout simplement adoré d’autant plus qu’on en apprend beaucoup sur le passé d’Aldemor qui s’avère à la fois tragique et glaçant!

A l’opposé de cette quête, l’auteur nous plonge aux Eponas et à Véridienne pour tenter de comprendre les intrigues de la cour. Alors que Malvane prend les rênes du pouvoir et impose des lois à son peuple en faisant preuve d’une grande énergie, Calvina délaisse totalement son rôle, préférant se consacrer à ses toilettes ou à la décoration de son château. Nersès et Lufthilde, les deux suivantes, tentent désespérément, dans un cas comme dans l’autre, de ramener leurs maîtresses à la raison. L’auteur nous plonge au cœur du pouvoir et on voit déjà se dessiner les rivalités entre les deux princesses.

La plume de Chloé Chevalier est belle et travaillée et j’ai vraiment aimé son petit côté « médiévale » qui colle parfaitement avec l’ambiance du roman. J’ai adoré retrouver cette atmosphère qui m’avait tant plu dans le premier tome. On sent l’humidité de Véridienne; la chaleur et la beauté du royaume de Pi’Xiam. Les mots rendent parfaitement compte des paysages et des couleurs des pays traversés par les personnages.

Ce deuxième tome est donc une réussite totale. Chloé Chevalier nous emmène encore loin dans son univers, poussant les limites du royaume. Je n’ai qu’une hâte: celle de lire la suite des Récits du Demi-loup.

Seuls de Mathias Moucha

 

 

 

Seuls de Mathias Moucha,

Publié aux éditions Bragelonne,

2014, ebook.

 

 

 

 

 

Mathieu pensait faire un aller-retour express en République tchèque : le temps de régler les affaires de son grand-père, tout juste décédé, et peut être de boire une bière dans une pivnice typique de Prague avec son frère, son neveu et un ami. Mais à peine a-t-il mis le pied dans le village sinistre de ses ancêtres que l’escapade tourne au cauchemar.
De la Bohême profonde aux vieilles rues de Prague, de l’antique Sumer à la Vienne impériale, des Cathares aux armées nazies, Mathieu suivra un chemin jalonné d’épouvantables découvertes.
Un voyage avec pour compagnons la peur, la mort et une vieille paire de lunettes.

Grâce à la grosse opé des éditions Bragelonne, j’ai pu découvrir ce titre numérique qui me faisait envie depuis un petit moment déjà. Si j’ai apprécié ma lecture, ce n’est pas non plus un coup de cœur et j’avoue être resté sur ma faim.

Mathieu se rend en république tchèque avec son frère, son neveu et un ami afin de régler la succession de son grand-père tout juste décédé. Sur place, il compte bien faire du tourisme et s’imprégner des lieux de ses ancêtres. Cependant, arrivé sur place, rien ne se passe comme prévu. Dans la vieille maison du grand-père, Mathieu trouve une paire de lunettes étrange. Celle-ci semble posséder des pouvoirs effrayants. Bientôt, les morts s’enchaînent…

En téléchargeant ce roman, je pensais vraiment acheter un livre horrifique. Or, Seuls est un roman qui glisse plutôt vers le fantastique et qui ne fait guère frissonner. En réalité, je ne m’attendais pas du tout à cette intrigue sous couvert de malédictions et de mythes. L’intrigue centrale qui tourne autour de la paire de lunettes est somme toute assez convenue et je n’y ai pas trouvé un intérêt extraordinaire. Cependant, je dois reconnaître que l’auteur nous plonge dans une ambiance où les légendes prennent vie et j’ai beaucoup apprécié ce côté mystérieux. Les forêts succèdent aux rues tortueuses de Prague. L’auteur nous transporte assez bien dans la république tchèque qu’il semble connaître comme sa poche.

Si cette première partie rend hommage à l’étrange et au fantastique, la deuxième partie du roman se tourne davantage vers la course-poursuite et là, clairement, je n’ai pas vraiment apprécié ma lecture qui a manqué d’intérêt. Mathieu semble en possession d’un objet inestimable que des « méchants » veulent récupérer. On va donc de course-poursuite en course-poursuite sans vraiment savoir où l’auteur veut nous emmener. Ajoutez à cela des morts, beaucoup trop nombreux pour que l’ensemble reste crédible. Je suis complètement restée sur ma faim et j’aurais aimé en savoir plus sur l’objet trouvé par Mathieu. En effet, l’auteur semble l’entourer d’un halo de mystère et c’est bien dommage car j’aurais aimé avoir une explication claire et nette.

Seuls est un roman qui m’a donc laissée sur ma faim. Si j’ai apprécié la première partie du roman, j’ai trouvé que la seconde partie manquait d’intérêt et s’essoufflait. J’ai cependant passé un  agréable moment de lecture.

 

Chroniques de Pemberley de Marie-Laure Sébire

 

 

Chroniques de Pemberley de Marie-Laure Sébire,

Publié aux éditions Chiado,

2015, 555 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En refermant le livre ou quand se termine le film « Orgueil et Préjugés » on se demande : « Et après ? » Jane Austen laissa en germe mille conflits, mille aventures dans une Angleterre en pleine mutation et dans un monde où les distances s’amenuisent au fil des années. Tout en respectant les personnages magistralement décrits par la grande dame de la littérature anglaise et même si vous n’avez pas lu son livre, l’auteur vous emmènera à Pemberley, la merveilleuse maison des Darcy où naquit une histoire d’amour qui passionna des générations. Vous verrez comment les difficultés mal enfouies se surmontent… ou non et comment les membres des générations futures seront tantôt acteurs de cette nouvelle ère qui s’ouvre à eux, tantôt victimes d’une société qui voit menacé son mode de vie ancestral.

Qui n’a jamais tenté d’imaginer la vie d’Elizabeth et de Darcy après avoir refermé Orgueil et préjugés? Marie-Laure Sébire nous propose ici une austenerie qui prolonge la vie des personnages. Au départ, l’auteur avait juste l’idée d’amuser une amie fan de Jane Austen. Elle lui écrivait ainsi des chapitres, imaginant la vie d’Elizabeth et de Darcy à Pemberley ou bien à Londres. Ces chapitres sont devenus de plus en plus nombreux jusqu’à devenir un roman!

Je dois d’abord dire que le roman est très bien écrit. Bien sûr, on ne retrouve pas le style de Jane Austen, mais celui de l’auteur ne dénote pas pour autant. Seul petit bémol, les nombreuses fautes de frappe: l’oubli de virgules et de mots est fréquent (c’est le côté agaçant du livre mais aussi mon côté prof de français). J’ai aimé me plonger dans la langue du roman qui développe du vocabulaire et des expressions qui vont à merveille pour décrire les personnages ou pour enrichir les dialogues. Bon point de ce côté là donc.

Le titre du livre s’intitule « Chroniques » et correspond bien à l’idée qu’on peut s’en faire. Ne cherchez pas une intrigue qui vous tiendra en haleine sur 550 pages. L’auteur a voulu nous livrer des tranches de vie. Certains passages sont donc bien sûr plus haletants que d’autres. Tout ce qui concerne de près et de loin ma chère Elizabeth m’a passionnée: son entrée dans le monde londonien, la naissance de ses enfants, ses joutes verbales avec ses amis ou son cher Darcy. J’ai trouvé que l’auteur respectait assez bien le caractère de Lizzie. Marie-Laure Sébire développe une galerie de personnages impressionnante et j’avoue m’être parfois sentie perdue entre tous les cousins et cousines des enfants du couple Darcy. Cependant, les choses sont bien amenées et bien vues comme la volonté de certains personnages d’aller conquérir l’Amérique et de s’y installer.

C’est enfin l’ambiance du roman que j’ai peut-être le plus appréciée, car oui, Pemberley a une âme. Son parc, son lac, la maison: tout y est magnifiquement décrit et les lieux sont empreints d’un telle noblesse qu’on a envie de s’y installer. J’ai aimé qu’on me raconte les réceptions, les thés, les bals. Tout cela m’a fait rêver et si j’avais envie de me replonger dans mon roman chaque jour, c’était pour me retrouver dans cette atmosphère surannée mais Ô combien délicieuse.

Chroniques de Pemberley est un livre qui ravira les amoureux d’Orgueil et préjugés. Avec honnêteté et passion, Marie-Laure Sébire nous livre un roman sympathique qui n’a rien à envier aux austeneries anglo-saxonnes.

Rien ne va plus de Douglas Kennedy

 

 

 

Rien ne va plus dans l’anthologie Des héros ordinaires de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Omnibus,

2015, 400 pages.

 

 

 

 

 

 

En Californie, de nos jours, comme tous les scénaristes d’Hollywood que David Armitage rêve d’être riche . Alors que David désespère de réussir un jour, son agent, Alison Ellroy, que l’un des scénarios qu’il a écrits, vient d’être acheté, par la télévision …

Dernier roman de l’anthologie Des héros ordinaires parue aux éditions Omnibus, Rien ne va plus est un récit qui entraîne le lecteur sur les traces de David Armitage, scénariste raté, qui en attendant son heure de gloire, travaille dans une librairie. C’est sa femme Lucy qui parvient tant bien que mal à faire vivre la famille. Mais un jour, la chance tourne pour David. Un de ses scripts est repéré pour la télévision et David est bien vite consacré comme un des meilleurs scénaristes d’Hollywood.

On suit donc l’ascension de David dans la première partie du roman. Bien entendu, David plaque Lucy pour partir avec une femme beaucoup plus jeune, il achète un magnifique loft, une porsche et se voit courtiser par les plus grands réalisateurs. Bref, après des années de vache maigre, la vie sourit à David et le succès lui monte bien vite à la tête jusqu’au moment où sa vie bascule….

Clairement, j’ai adoré et dévoré ce roman de Douglas Kennedy. L’auteur nous entraîne dans le monde très fermé d’Hollywood. On suit l’ascension et la chute spectaculaire de David Armitage dans un univers sans pitié. La première partie du roman nous emmène dans un tourbillon de luxe et de volupté où rien n’est trop beau pour David. Le point d’orgue se situera sur l’île du milliardaire Philip Fleck où David passera une semaine paradisiaque.

Et puis on se doute que tout est trop beau, trop brillant, trop facile. A Hollywood, les apparences comptent plus que tout et il est tout aussi facile de gravir les échelons que de les dévaler. Douglas Kennedy entraîne alors son personnage dans une spirale infernale qui le traînera plus bas que terre. Le monde de David va s’écrouler tout comme ses belles illusions.

J’ai dévoré ce roman en quelques jours. Kennedy a l’art de captiver son lecteur jusqu’à la dernière page. Le récit a du rythme et on ne s’ennuie à aucun moment! Bref, j’ai passé vraiment un très bon moment de lecture.

Rien ne va plus est le livre idéal pour les vacances: l’ascension et la chute de David Armitage ne vous laisseront pas indifférents!

Terres Rares de Sandro Veronesi

 

 

Terres rares de Sandro Veronesi,

Publié aux éditions Grasset,

2016, 459 pages.

 

 

 

 

 

En l’espace de vingt-quatre heures, un homme perd le contrôle de sa vie : il commet une faute professionnelle, se fait retirer son permis de conduire et égare son téléphone portable. De retour à son bureau, il trouve sa secrétaire en pleurs, la police a tout emporté et son associé a pris la fuite. Pendant ce temps, alors que son monde s’écroule autour de lui, sa compagne le quitte et sa fille part s’installer chez sa tante.
Cet homme, c’est Pietro Paladini, le héros de Chaos calme, soudain pris dans le tourbillon de la vie. Seul, craignant d’être traqué par la police pour des délits dont il ne sait rien, Pietro décide de disparaître à son tour et cherche désespérément à retrouver la vie normale qu’il a perdue ou du moins, qu’il pensait être la sienne…

J’ai gagné ce roman tout à fait par hasard grâce à l’émission de radio Laissez-vous tenter sur RTL en retweetant un de leur post. J’ai donc reçu ce livre dont je ne connaissais ni le thème ni l’auteur. Gagné en mars, je me suis seulement donné le temps de le sortir de ma PAL car je trouvais la couverture franchement moche et le résumé peu alléchant.

J’ai passé outre cette couverture de mauvais goût qui n’a rien à voir avec le sujet et je me suis lancée en m’apercevant que le type qui avait pondu la quatrième de couverture n’avait pas dû dépasser la page 30 du bouquin! Et bien m’en a pris car j’ai adoré ma lecture! Terres Rares est la suite de Chaos calme qui mettait déjà en scène le personnage de Pietro Paladini. Rassurez-vous, vous pouvez lire Terres rares sans avoir lu Chaos calme car l’action se situe dix ans plus tard.

Pietro Paladini est un concessionnaire auto. Il saisit des voitures de luxe impayées pour les revendre. Il s’est associé à un ami Lello et leur petite affaire marche bien. Pietro est veuf et il a une fille de 18 ans, Claudia, avec laquelle le courant ne passe pas toujours très bien. Le frère de Pietro, Carlo, est en cavale à la suite d’une vaste escroquerie. Enfin, notre héros fréquente Diana, une fille un peu paumée dont l’ex drogué la harcèle toujours. Bref, Pietro a une vie somme toute rangée.

Un jour, Lello s’absente pour une soi-disant opération. Pietro doit se charger d’aller récupérer un véhicule saisi chez une très belle jeune femme. Mais les choses vont se compliquer. A son retour (chaotique), Pietro trouve ses bureaux sans-dessus-dessous. La police a tout saisi: dossiers, ordinateurs, portables. Et pire que tout, Pietro comprend bientôt que son associé n’est pas celui qu’il croyait. Voilà notre héros en cavale lui aussi pour le meilleur et surtout pour le pire…

Terres rares est un roman dans lequel on ne s’ennuie pas. Pietro est un personnage auquel il va arriver des tas d’histoires. C’est le genre de type qui n’a pas de chance mais qui réussit quand même à retomber sur ses pattes. Il a un côté très attachant même et je ne sais toujours pas si je me le mets du côté des loosers ou pas. Finalement c’est un homme honnête qui veut faire les choses bien mais qui se rend compte qu’autour de lui les gens ne sont pas aussi clairs que lui. Il se débat, souvent de manière pathétique, dans une histoire complètement insensée. Les situations sont parfois loufoques et j’ai bien ri en voyant notre héros tenter de survivre tant bien que mal.

L’Italie est le second personnage du roman et aucun doute qu’à la lecture, vous aurez envie d’y aller. Veronesi peint une Italie accueillante, chaleureuse mais aussi corrompue et étriquée. Il nous balade à travers Rome et ses quartiers miséreux ou encore à Milan. Au détour d’une page, on quête une recette de salades de tomates ou de pâtes, on déguste avec le narrateur un vin italien, on se rafraîchit à la San Pellegrino.

A travers sa cavale, Pietro va réaliser certaines choses et devenir enfin un homme qui assume ses erreurs dans toute son intégrité. Sandro Veronesi réussit un roman brillant, enlevé et enjoué qui vous fera voyager.

Va et Poste une sentinelle de Harper Lee

 

 

Va et poste une sentinelle d’Harper Lee,

Publié aux éditions Grasset,

2015, 336 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Louise Finch, dite « Scout », l’inoubliable héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est de retour dans sa petite ville natale de l’Alabama, Maycomb, pour rendre visite à son père Atticus. Vingt ans ont passé. Nous sommes au milieu des années 1950, à l’aube de la déségrégation, et la nation se déchire autour des questions raciales. Confrontée à la société qui l’a façonnée mais dont elle s’est éloignée en partant s’établir à New York, Jean Louise va découvrir ses proches sous un jour inédit et voir vaciller toutes les fondations de son existence, politiques, sociales et familiales.
Va et poste une sentinelle est le deuxième roman de Harper Lee, mais fut écrit avant le mythique Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, qui reçut le Prix Pulitzer en 1961. Dernier volet de ce qui devait être au départ une trilogie romanesque dont l’Oiseau moqueur aurait été le premier tome, ce roman inédit marque le retour, après soixante-cinq ans de silence, de l’un des plus grands auteurs américains du siècle.

Il y a quelques années, j’avais lu et adoré Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur, chef-d’œuvre de la littérature américaine. Une bonne fée, m’a offert la suite à Noël et autant dire que j’ai passé un excellent moment.

L’histoire prend place vingt ans après le premier roman. Jean-Louise dite « Scout » a bien grandi. Elle vit et étudie à New-York. Elle décide de rentrer une quinzaine de jours dans sa famille, en Alabama. Là-bas, elle retrouve son cher père et modèle Atticus, sa tante casse-pied Alexandra et son prétendant Henry dit « Hank ». Les retrouvailles se passent à merveille et Scout, au gré des jours, se souvient d’épisodes plus ou moins marquants de sa jeunesse. En point de mire, elle s’interroge quand même sur son possible mariage avec Hank qu’Atticus considère comme son fils. Mais un jour, Scout tombe sur une brochure anti-noirs chez son père. Elle comprend que beaucoup de choses ont changé et qu’elle va devoir s’affirmer.

Harper Lee ne m’a pas une seule fois déçue avec ce roman. J’ai d’abord adoré retrouver le personnage de Scout tellement attachant. C’est une jeune femme surprenante qui s’affirme et qui a des idées sur tout. Elle sort du lot dans sa petite ville natale. Là où toutes ses anciennes « amies » se sont mariées et se complaisent dans une existence morne, Scout a vécu. Elle étudie à New-York et ses études lui ont fait une tête bien pleine mais bien faite! C’est un plaisir de la voir juger ses contemporaines et de la voir si indépendante d’esprit et de corps! Ses réparties font mouche et j’ai vraiment adoré ce petit bout de femme qui affirme son caractère dans ses années 50 américaines.

Scout, à travers différentes anecdotes, nous fait revivre également ses souvenirs de gamine du temps où Jem, son frère, était encore en vie. J’ai adoré ces moments où elle évoque ses souvenirs d’enfant que ce soit lorsqu’elle jouait près de l’étang ou encore quand elle raconte son bal de promo pendant lequel elle perd son rembourrage de soutien-gorge!

Harper Lee décrit avec finesse la vie au milieu des années 50 dans cette petite ville perdue d’Alabama. Scout apparaît à la fois comme une habituée mais aussi une étrangère à la ville, elle qui vit si loin et qui s’est forgée de nouvelles idées. Mais le roman prend une dimension plus profonde alors que Scout se pose des questions sur sa vie sentimentale: elle va faire une découverte qui va bouleverser son existence et remettre en cause tout ce à quoi elle croyait jusque là!

Avec Va et Poste une sentinelle, Harper Lee fait naître la conscience de Scout. Ce roman est en réalité un roman d’apprentissage dans lequel Scout va devoir faire des choix. En toile de fond, Harper Lee développe l’épisode de la déségrégation des USA. Au Nord, les choses se sont fait plus rapidement, alors qu’au Sud, les États revendiquent encore la faiblesse de l’homme noir par rapport à l’homme blanc. Certains propos tenus par les personnages sont durs voire choquants mais hélas, bien réels pour l’époque. Pour Scout, c’est une désillusion. Elle va quitter définitivement le monde de l’enfance pour entrer dans celui des adultes. Scout découvre que dans sa ville (presque) rien n’a changé! Les Noirs sont toujours considérés comme des voleurs ou des fainéants. Scout va devoir abandonner son innocence et s’affirmer une nouvelle fois. Elle doit tuer l’enfant qui est en elle pour évoluer et grandir enfin!

Avec Va et poste une sentinelle, Harper Lee signe un grand roman d’apprentissage. A lire absolument!

 

La Nuit des cœurs froids d’Esther Brassac

 

 

 

La Nuit des cœurs froids d’Esther Brassac,

Publié aux éditions du Chat noir,

2014, 429 pages.

 

 

 

 

 

 

Harald était un vampire psychique heureux jusqu’à ce qu’une pénurie énergétique frappe les cadavres dont il se nourrit, mettant sa santé en péril. Très vite, il constate que ces dépouilles ont des organes aberrants et le mystère s’épaissit encore lorsque ses homologues buveurs de sang tentent, sans raison apparente, de stopper ses recherches. Avec l’aide d’amis, Harald découvre qu’il n’est pas seul victime de phénomènes pour le moins étranges : au même moment, Glasgow subit une vague affolante de suicides et voit l’apparition d’humains mutants. Tous ces événements ont-ils seulement un lien entre eux ? Nicolas Flamel, devenu immortel grâce à la pierre philosophale, observe, conscient de leur gravité. Il décide alors de réunir une équipe pour enrayer cette menace qui se profile à l’horizon.
Mais les enjeux sont-ils aussi évidents qu’ils le croient ? Bien des surprises les attendent…

La Nuit des cœurs froids traînait dans ma PAL depuis un petit moment déjà et je me suis enfin décidé à le lire. J’ai passé un excellent moment de lecture même si ce roman n’est pas un coup de cœur pour moi.

Esther Brassac a déjà une très grande qualité: elle écrit vraiment bien et c’est important de le souligner dans un monde de l’édition qui publie parfois un peu tout et n’importe quoi. Elle a un style parfois désuet, que j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié. Elle ne cède pas à la facilité et écrit de la bonne fantasy.

Ensuite elle a su créer un monde, un univers dans lequel j’ai eu plaisir à m’immerger. Ses personnages prennent place dans un univers où le steampunk le dispute à la fantasy la plus pure avec son lot de loups-garous, vampires, goules et autres bestioles délicieuses. Et ça marche vraiment bien. Son petit monde m’a fait un peu penser à celui de Harry Potter dans lequel humains et bizarreries se côtoient tout à fait normalement. Ainsi on trouve des scientimagistères, des bureaux aux noms tous plus étranges les uns que les autres. La police fait équipe avec des lycans, Les châteaux sont magiques et les goules sont reporters!

Enfin, Esther Brassac développe des personnages loufoques auxquels je me suis attachée. Il y a d’abord Harald le vampire romantique et solitaire qui préfère se nourrir des âmes des morts plutôt que du sang des vivants; Pétunia la goule aux robes à pois qui utilise un langage à la fois châtié et délicieusement désuet; Irvine le policier, collectionneur honteux de papillons, moustachu et soupe au lait ou encore Nicolas Flamel, malicieux et facétieux, tels qu’on se l’imagine. Bref, cette galerie de personnages est un vrai régal et j’ai plusieurs fois ri à la lecture de dialogues bien sentis ou de situations cocasses.

Concernant l’intrigue, l’auteur imagine que du jour au lendemain, les suicides se multiplient sans raison. Une mystérieuse force pousse les gens à en finir tandis qu’Harald, de son côté, constate que les organes des cadavres se changent en métal après plusieurs jours d’inhumation. Et si tout était lié? Antoine, un touriste venu passer ses vacances en Écosse, va devenir enquêteur malgré lui aux côté d’un vampire psychique et d’un flic à bout!

L’auteur prend le temps pour développer son intrigue. Elle place tous ses éléments à commencer par ses personnages qui auront tous un rôle crucial dans l’affaire. Si le début du roman m’a enjouée, j’ai trouvé la fin un peu longue et embrouillée et je n’ai pas tout compris au dénouement. Cependant, j’ai adoré suivre les aventures des personnages et les rebondissements sont nombreux. Il n’y a aucun temps mort dans le récit.

Avec La Nuit des cœurs froids, Esther Brassac signe un roman enlevé et loufoque. A découvrir!