Rebecca de Daphné du Maurier (nouvelle traduction)

   Rebecca de Daphné du Maurier,

   Publié aux éditions Albin Michel,

   2015, 544 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Sur Manderley, superbe demeure de l’ouest de l’Angleterre, aux atours victoriens, planent l’angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l’ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman – popularisé par le film d’Hitchcock, tourné en 1940, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine – dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d’une étrange rivalité entre une vivante – la nouvelle madame de Winter – et le fantôme d’une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. Du grand art que l’écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d’oeuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

Si vous fréquentez mon blog, vous savez que je suis une fan inconditionnelle de Daphné du Maurier. J’ai d’ailleurs une rubrique qui lui est dédiée. J’ai découvert et lu Rebecca il y a quelques années et c’est ce roman qui a contribué à me convertir à la plume de l’auteur. Il y a peu, une nouvelle traduction du roman est paru aux éditions Albin Michel. En effet, j’ai appris dans la magnifique biographie de l’auteur Manderley For Ever écrite par Tatiana de Rosnay que la première traduction de Rebecca en France avait souffert de coupes draconiennes. La traductrice de l’époque avait jugé bon d’enlever certains passages trop longs ou inutiles (!) à l’intrigue. La publication de Rebecca en France correspond aussi à l’époque de l’après deuxième guerre mondiale. Il fallait économiser le papier! En bref, les lecteurs français, qui n’avaient pas la chance de lire dans la langue de Shakespeare, furent lésés d’une quarantaine de pages. Bienheureusement, l’erreur est réparée grâce à cette nouvelle parution et je salue ici le travail de la traductrice Anouk Neuhoff qui livre un travail impeccable et sublime!

Une fois de plus, j’ai été charmé à la fois par l’ambiance, les personnages et l’intrigue du roman. Je l’ai lu en quelques jours seulement et j’avais vraiment du mal à arrêter ma lecture le soir venu. Daphné du Maurier déploie tout son talent de conteuse dans ce roman en commençant son histoire d’une manière douce, presque romantique. Elle dépeint son héroïne (qui n’a d’ailleurs pas de prénom) comme une jeune fille maladroite, réservée et timide. Alors qu’elle sert de dame de compagnie à une certaine Mme Van Hopper (détestable américaine largement caricaturée), l’héroïne rencontre Maxim de Winter. Entre eux c’est le coup de foudre. Un peu comme une comédie romantique américaine, la fille de rien va épouser cet homme beau, riche à la tête du domaine de Manderley. Mais une ombre plane sur le tableau idyllique. En effet, Maxim a perdu sa femme Rebecca dans des circonstances tragiques.

Quand l’héroïne du roman arrive à Manderley, elle ressent cette présence encore si prégnante de Rebecca. Tout a été conçue par cette femme décrite par tout le voisinage comme belle, drôle, talentueuse. Comment lutter contre le souvenir de cette femme encore si vivace dans les esprits d’autant plus que la gouvernante de Rebecca travaille encore à Manderley. Elle voue un culte à feu sa maîtresse et le fait bien comprendre à notre héroïne.

L’intrigue qui commençait comme une bleuette devient pesante, lourde, étouffante. Le suspens monte crescendo. Daphné du Maurier joue à la perfection avec les peurs psychologiques de son héroïne. Les personnages apparaissent torturés, malheureux, hantés par le souvenir. C’est là qu’on s’aperçoit des coupes opérées dans la première traduction. L’ambiance du roman est plus noire voire gothique (au sens littéraire). Manderley devient un lieu de perdition. L’héroïne erre d’ailleurs de bons moments entre ces murs de pierre froids et humides.

L’héroïne tente de se faire une place à Manderley mais elle semble accumuler les maladresses. En outre, Maxim semble de plus en plus froid et distant. Pense-t-il lui aussi à Rebecca? Est-il hanté par le souvenir de sa femme? L’auteur nous mène par le bout du nez jusqu’à l’ultime révélation qui permet de relire le roman sous un nouveau jours et qui accélère drôlement les choses.

Rebecca reste pour moi un chef-d’oeuvre de virtuosité et de talent littéraire! Gageons que cette relecture ne sera pas la dernière pour moi!

Sur les dents, épisode 1: Le sort des loups d’Aude Réco

Sur les dents, épisode 1, Le sort des loups d’Aude Réco,

Publié aux éditions L’Ivre Book,

2015, 40 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daphnée Le Guen, magicienne élevée par un vampire, tient une boutique ésotérique à Paris le jour et chasse le vampire la nuit. Un soir, Alexis, chef d’une meute de loups-garous lui annonce qu’un vampire attaque les siens depuis plusieurs nuits. Il a besoin d’aide. Ses soupçons se portent d’abord sur Emmanuel, l’ex de la jeune femme, puis sur le père de celle-ci. Mais elle lui annonce sa mort.

Les éditions L’Ivre Book ont eu l’extrême gentillesse de me laisser choisir un titre de leur catalogue afin que je le chronique. Mon choix s’est porté sur l’épisode 1 de la saga « Sur les dents » d’Aude Réco parce que l’illustration de couverture (signée Vael Cat) est sublime et que l’héroïne de la série s’appelle Daphnée, prénom qui m’inspire bien des choses.

J’ai donc lu avec grand plaisir ce premier épisode qui ne laisse aucun répit au lecteur. On y fait la connaissance de Daphnée, jeune wicca installée à Paris, tenant une boutique d’ésotérisme et flirtant avec les créatures de la nuit telles  que les vampires et les loups-garous. Une chose est sûre, cette héroïne ne laisse pas indifférente. Elle pourrait agacer le lecteur car elle a une forte personnalité. Pour ma part, Daphnée m’a beaucoup plu. Elle a un côté battante, indépendante qui change de l’habituelle nana accro au beau vampire (suivez mon regard…). Bref, j’ai aimé son côté mordant d’autant plus que Daphnée a un passé assez trouble et une ascendance très particulière puisque son père était lui-même un vampire. Bizarre, bizarre… Dans tous les cas, on a envie d’en savoir plus!

L’intrigue ne nous laisse pas mariner pendant des siècles et Aude Réco attaque son sujet dans le vif. Des loups-garous semblent être la cible d’un vampire particulièrement accro à leur chair! Daphnée et son ex-fiancé vampire Emmanuel vont mener l’enquête pour découvrir l’identité de ce fameux vampire indétectable. Les choses se mettent peu à peu en place. Rappelons qu’il s’agit ici du premier épisode qui a donc un caractère introductif.

Soulignons aussi que j’ai beaucoup aimé la plume de l’auteur, drôle, incisive et sarcastique parfois. Elle maîtrise la langue et son sujet et à l’instar d’auteur comme Cécile Duquenne, on voit qu’Aude Réco a travaillé le style et qu’elle ne couche pas simplement une histoire sur du papier!

Ce premier épisode a donc tout bon pour moi. L’auteur place l’intrigue et les personnages habilement. On a qu’une envie: connaître la suite!

Un grand merci aux éditions L’Ivre Book pour leur confiance.

La Lettre oubliée de Nina George

   La Lettre oubliée de Nina George,

   Publié aux éditions Points,

   2015, 403 pages.

 

 

 

 

 

 

Il a toujours un livre en tête pour soulager les maux de l’âme : dans sa « Pharmacie littéraire » installée sur une péniche, le libraire Jean Perdu vend des romans comme on vendrait des remèdes pour vivre mieux. Il sait soigner tout le monde – à l’exception de lui-même.
Cela fait vingt-et-un an, déjà, que Manon, la belle Provençale, s’est éclipsée pendant qu’il dormait en lui laissant pour tout adieu une lettre qu’il n’a jamais osé ouvrir. Mais voilà qu’arrive l’été, un été pas comme les autres qui verra Jean Perdu s’échapper de la rue Montagnard pour s’engager dans un voyage au pays des souvenirs, en plein cœur de la Provence, avant de revenir à la vie.

Attention, ce livre est un coup de coeur! J’ai tout simplement dévoré ce petit roman idéal pour les vacances qui m’a transportée et fait voyager dans une France, certes idéalisée, mais tellement poétique!

Le récit débute avec Jean Perdu, libraire de son état. Il tient une « pharmacie littéraire » sur une péniche à Paris. Il y conseille des livres pour tous les petits maux du quotidien dont les médecins n’ont que faire. Il faut dire que Jean est doué pour repérer les peines de coeur, les plaies à vif, le mal être de ses clients et c’est intéressant de le suivre dans ses conseils littéraires.

Dans son immeuble, il conseille également tous ses voisins. Un jour, Catherine, une nouvelle voisine s’installe. Elle vient de divorcer de son mari volage qui l’a laissée sur la paille. Catherine a en tout et pour tout deux valises. Jean lui offre une table de cuisine dont il n’a plus l’usage et qui lui rappelle trop de mauvais (ou bons?) souvenirs. Catherine découvre dans le tiroir de cette table une lettre jamais ouverte. Il s’agit d’une lettre d’adieu de Manon, l’amour perdu de Jean. Elle lui fait une révélation dans cette lettre qui va bouleverser la vie de Jean. Il décide alors de détacher la péniche et de retourner en Provence sur les traces de Manon.

Si le début du roman s’avère tout ce qu’il y a de plus conventionnel, la suite s’avère loufoque, drôle et triste à la fois. On suit Jean dans son périple avec sa péniche. A son bord les deux chats lecteurs et Max Jordan, un écrivain qui après avoir écrit un best-seller se retrouve confronté au problème du deuxième roman à écrire. La folle équipée sait à peine diriger la péniche, quant aux passages de écluses, c’est toute une aventure!

Au fil de l’eau, les personnages s’arrêtent dans différentes villes fluviales et traversent la France en bateau. L’auteur nous décrit des petits villages dignes de cartes postales. On y boit du rosé, on mange, on danse et on fait des rencontres insolites au fil de l’eau. Les personnages parlent aussi littérature. La péniche-librairie devient un personnage à part entière qui draine les foules au fil des arrêts. L’auteur m’a donné tout simplement envie, moi aussi, de me promener sur ces rivières et ces fleuves.

Les personnages se découvrent d’ailleurs au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du canal de Provence. Jean dévoile ses sentiments et c’est un homme blessé, replié sur lui-même depuis trop d’années que l’on découvre. Il nous relate son histoire mouvementée avec Manon, si belle mais si passionnée! Quant à l’écrivain Max Jordan, il apporte un côté plus frais, plus foufou au récit. La célébrité lui est tombée dessus et il ne sait comment l’apprivoiser.

J’ai vraiment adoré ce livre car il permet de s’évader et de rêver. Les deux personnages voyagent sur une péniche remplie de livres sans autre souci que de chasser leurs souvenirs. Quoi de mieux? L’auteur nous offre la description d’une France poétique, accueillante et colorée. Certaines pages du roman sont dures, graves et tristes et offrent un contraste saisissant avec ce voyage débridé.

On respire le Sud, le soleil et les livres dans ce roman qui fait du bien au moral. Une belle découverte.

Le Ballet des âmes de Céline Guillaume

   Le Ballet des âmes de Céline Guillaume,

   Publié aux éditions Du Riez,

   2010, 242 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une fresque pleine de souffle et d’émotion, en cette aube du XIIIème siècle, celui d’un parcours extraordinaire, celui d’Enora, une simple paysanne orpheline, qui depuis son enfance, porte le poids d’une terrible prophétie.
Comme des enluminures: la pourpre et l’acier des chevaliers, l’envoûtante et mystérieuse Bretagne des Légendes, le ferraillement des tournois et des guerres féodales… suivez ces destins enchevêtrés dont Enora tient les fils.

C’est plutôt mitigée que je sors de cette lecture estivale. Pourtant j’avais été emballée par les commentaires lus sur la toile et par le résumé sur la quatrième de couverture! Si j’ai aimé la plume de Céline Guillaume, j’ai toutefois moins apprécié l’histoire qu’elle nous livre ici.

Le roman met en scène une héroïne Enora. L’histoire est racontée de son point de vue. Enora est une jeune fille, orpheline, recueillie par une tenancière d’auberge la Gerbaude, qui n’hésite pas à maltraiter la fillette. Aussi, Enora se sent comme une moins que rien. Elle nous livre ses pensées et nous fait part de son mal-être. Elle se trouve laide, maigrichonne et pense que personne ne s’intéressera à elle. Seules ses virées dans la forêt l’apaise. Un jour, elle y rencontre une sorte de dryade qui lui confie un secret. Enora n’est pas une fille comme les autres: elle a une mission et possède quelque chose en plus.

Si j’ai aimé l’introduction du récit qui nous présente Enora, ses conditions de vie, j’ai cependant décroché à partir du moment où elle rencontre cette fameuse dryade. D’abord la révélation de la nature extraordinaire d’Enora ne prend que quelques phrases. De plus, Enora accepte son destin sans broncher comme si tout était naturel. C’est cela qui m’a le plus dérangée. J’ai trouvé les dialogues trop superficiels, trop simples. Les choses se déroulent tout naturellement alors qu’Enora aurait pu protester ou se poser des questions. Tous les personnages agissent de la même manière et c’est très étrange: ils acceptent la réalité d’emblée comme une évidence. J’ai trouvé ça dommage car l’histoire paraît un peu bâclée.

De plus, j’ai trouvé que l’emploi de la focalisation interne était un mauvais choix. Enora se pose sans cesse des questions par rapport à sa condition d’humaine. Quelquefois, ces interrogations apparaissent comme mièvres. Un narateur externe aurait donné plus de profondeur au récit.

Outre cette rapidité dans le déroulement des événements et cette narration à la première personne, je n’ai pas aimé non plus l’intrigue ou en tout cas le semblant d’intrigue. En effet, on nous révèle qu’Enora a une mission sur terre. Je ne sais pas si c’est moi qui n’ai pas compris mais à aucun moment je n’ai vu Enora s’impliquer dans quoi que ce soit. Du coup, le reste de l’histoire apparaît comme déséquilibré. On attend quelque chose qui ne vient pas. On suit juste la vie d’Enora dans son quotidien au service du seigneur de Kerjean. Les jours se ressemblent et ils ne se passent pas grand chose. Quand un élément est suceptible d’apporter un renouveau au récit, il retombe comme un soufflé. 

J’ai cependant bravement continué ma lecture car j’ai beaucoup aimé la plume de l’auteur. Elle a un petit côté désuet qui n’est pas pour me déplaire. Ses descriptions sont très belles, presque romantiques. Elle emploie un langage riche et assez complexe fait d’images poétiques. J’ai beaucoup apprécié cette balade lexicale.

C’est donc raté pour moi! Je n’ai pas aimé l’intrigue du roman trop superficielle et trop monotone à mon goût. La langue de l’auteur permet tout de même de savourer cette histoire jusqu’au bout!

Le Rédempteur, Tome 2: Entre ciel et terre de Sébastien Tissandier

   Le Rédempteur, Tome 2: Entre ciel et terre de Sébastien Tissandier,

   Publié aux éditions Boz Dodor,

   2015, 128 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors que le Père Martin revient au Siège pour permettre à la section scientifique d’étudier l’araignée mécanique capturée à Tréfonds, Li-Mei est envoyée à Camoria sur les traces d’un mystérieux démon faisant des ravages parmi le bétail d’un paysan. Lorsque Li-Mei ne donne plus signe de vie, Martin part à sa recherche sans se douter qu’il va mettre les pieds dans un vaste complot dont les affaires d’Angles, de Tréfonds et de Camoria ne semblent être que les premières étapes. Comment le Père Martin va-t-il réagir en découvrant la vérité sur la caste secrète des Rédempteurs ? Les révélations sur son passé ébranleront-elles sa foi ? Réussira-t-il à sauver Li-Mei des griffes de ce nouveau démon ?

Il y a quelques mois, j’avais lu et chroniqué le premier tome des aventures du Père Martin. J’avais beaucoup aimé ce premier tome qui mettait en scène le Père Martin et sa comparse Li-Mei en proie à des événements surnaturels. Dans ce deuxième tome, j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Martin et Li-Mei dans de nouvelles aventures.

En effet, suite à sa première enquête le Père Martin est convoqué au Saint-Siège afin de faire son rapport. Là-bas, on ne semble pas vraiment ajouter foi aux événements qu’il a vécu. Pourtant, le Père Martin est convaincu qu’une force maléfique cherche à renverser le Siège. On l’appelle pour enquêter de nouveau sur des événements surnaturels. Et si tout était lié depuis le début? Martin va progresser dans son enquête pour en savoir plus.

Dans cette nouvelle enquête, on retrouve le duo Martin/Li-Mei qui fonctionne assez bien. On fait aussi la connaissance d’un autre couple d’enquêteurs mais leurs liens semblent plus distants, plus froids. J’ai aimé le contraste entre ces deux couples: Martin et Li-Mei sont devenus amis au fil de leurs aventures tandis qu’Ichi et Axel forment un couple maître/disciple moins appréciable, plus classique. J’ai beaucoup aimé l’idée qu’a eu l’auteur de créer d’autres couples d’enquêteurs. Une petite rivalité s’installe entre Ichi et Martin et chacun enquête à sa manière. C’est assez amusant de les voir s’affronter sur ce terrain même s’ils travaillent tous deux pour le Siège.

Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce tome c’est le passé de Martin, ou en tout cas un petit morceau, qui nous est enfin dévoilé. En effet, je me posais pas mal de questions depuis la toute première enquête et l’auteur laissait planer le doute sur le passé de Martin. Ici on entrevoit un petit bout de son enfance et une révélation sur la nature du Père Martin nous est même faite à la fin du roman.

Même si l’enquête reste assez classique et que le coupable est vite mis hors de jeu, j’ai aimé le rythme très soutenu de l’enquête. L’auteur nous entraîne à toute vitesse sur les traces de ses personnages et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il les malmène avec délectation!

Ce deuxième tome emprunte donc le chemin du premier. L’action est bien présente, les personnages prennent plus de profondeur et on entrevoit un petit bout du passé de Martin qui laisse présager d’autres révélations! Le côté steampunk du roman est aussi un peu plus développé et ce n’est pas pour me déplaire! Bref, Le Rédempteur a tout bon!

Rose Morte, Tome 1: La floraison de Céline Landressie

   Rose Morte, Tome 1: La floraison de Céline Landressie,

   Publié aux éditions de L’Homme sans nom,

   2012, 480 pages.

 

 

 

 

 

 

 

France, fin du xvie siècle. C’est dans ce pays en proie à de terribles dissensions religieuses que se réfugient les Greer, fuyant l’Angleterre élisabéthaine.
Eileen, seule enfant du comte, est une jeune femme vive et de caractère. Mais son âge avance, et son père la met au pied du mur : elle doit se marier.
Et c’est en faisant tout pour éviter cette terrible obligation à l’aide de sa fidèle amie Charlotte que Rose fera connaissance d’Artus de Janlys.
Le séduisant et mystérieux comte l’entraînera dans un univers dont elle ne soupçonnait pas l’existence, où les crimes terribles qui secouent Paris trouveront une explication apparemment inconcevable, mais bel et bien réelle…

 

J’aime beaucoup les éditions de L’homme sans Nom. Quand je trouve un de leurs titres en librairie, je craque. Ce fut le cas avec le premier tome de Rose Morte. Je savais très vaguemment que le roman parlait de vampires mais je n’en savais guère plus. J’ai donc été étonnament surprise à la lecture de ce livre. Céline Landressie possède une plume bien particulière qui m’a conquise.

En effet, ne vous attendez pas à lire de la bit-lit comme on la connaît d’habitude avec ses vampires, loups-garous et ses litres d’hémoglobine à chaque page. Dans ce roman, l’auteur prend son temps avec l’intrigue. Si je n’avais pas su qu’à un moment ou à un autre, une histoire de vampires ferait son entrée, j’aurais pu facilement croire que ce roman appartenait au genre historique. L’auteur place son intrigue au coeur des guerres de religion, au XVIème siècle, sous le règne d’Henri IV. L’édit de Nantes vient à peine d’être signé accordant la paix et la sécurité aux protestants. Mais la colère des catholiques gronde et une cabale contre le roi converti s’opère à couvert.

Dès le début de son roman, l’auteur nous happe dans la complexité des guerres de religion qui rythment ce siècle. Il faut posséder quelques notions historiques même si le glossaire à la fin du livre aide beaucoup le lecteur à s’y repérer. C’est dans ce contexte tendu qu’elle nous présente son héroïne Eileen, fille de Lord Greer, noble catholique anglais ayant fui ses terres natales pour se réfugier en France. Eileen se fait d’ailleurs appeler Rose, son deuxième prénom, peut-être parce qu’elle se sent plus française qu’anglaise ou alors par esprit de contradiction afin d’ennuyer sa mère une fois de plus, mère détestable et détestée avec laquelle elle ne s’entend pas du tout.

En effet, Rose est considérée par beaucoup comme une jeune fille délurée, n’ayant pas sa langue dans sa poche. A 28 ans, elle n’est d’ailleurs toujours pas mariée, au grand dam de ses parents qui l’imaginent déjà vieille fille. Rose préfère être toute seule plutôt que mal accompagnée! Le personnage est haut en couleurs. Dès le début, on décèle chez Rose une personnalité très forte, un caractère bien trempé et des idées très arrêtées! Elle a d’ailleurs un petit côté agaçant qui m’a parfois énervée mais dans l’ensemble j’ai apprécié ce personnage.

Alors qu’elle se rend à un bal donné par le Comte de Jouars, Rose fait la rencontre d’un personnage intriguant, le Comte de Janlys. Dès le départ, elle est subjuguée par la beauté et la prestance de cet homme. Leur première rencontre fait d’ailleurs des étincelles. Rose va se lier d’amitié avec Artus Janlys avant que leur relation n’aille plus loin. En tant que lecteur, on devine rapidement la vraie nature du Comte car l’auteur distille par-ci, par-là des petits indices qui mis bout à bout permettent d’échafauder une hypothèse. Il est alors assez drôle de constater la naïveté de Rose qui met un certain moment à prendre conscience de certaines choses par ailleurs évidentes.

Hormis l’intrigue surnaturelle qui reste somme toute classique, le roman développe une seconde intrigue plus profonde, plus complexe. Il y a d’abord ces menaces qui pèsent sur Rose et son père. Qui sont ces gens qui en veulent à leur vie. Qu’à fait le père de Rose pour mettre ainsi sa vie en danger? L’intrigue va lentement se dérouler au gré du roman pour enfin nous apporter des réponses. Il y a aussi ces attaques qui semblent toucher le clan d’Artus. Qui se cache derrière tout cela et pourquoi? La fin du roman esquisse un début de réponse et nous laisse entrevoir une suite pleine de rebondissements.

Pour terminer cette chronique j’aimerais évoquer le style de Céline Landressie. Je le disais en début de chronique, il faut être patient pour lire Rose Morte. C’est une lecture exigeante. En effet, l’auteur manie la langue avec soin et reproduit des dialogues savoureux. Il faut être assez concentré pour lire ce roman car la langue est pointue, complexe, les mots sont choisis avec soin. Bref, on ne lit pas Rose Morte comme on lirait un autre roman de bit-lit au style plus simple. Il faut être patient aussi dans l’intrigue tant les choses sont amenées doucement. L’auteur construit son monde petit à petit, brique après brique pour en faire quelque chose de solide et de tangible.

Rose Morte est une lecture exigeante au style travaillé. Si l’héroïne m’a parfois agacée, j’ai tout de même aimé son côté rebelle. L’intrigue prend son temps et permet au lecteur d’être plongé au coeur du XVIème siècle. Nul doute que je continuerai la saga avec passion!

La Tour de Cécile Duquenne

   La Tour de Cécile Duquenne,

   ebook auto-édité,

   juin 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jessica, 16 ans, se réveille dans un marécage artificiel aux dangers bien réels. Très vite, elle comprend qu’elle se trouve au sous-sol d’une étrange tour sans fenêtres, et que le seul moyen d’en sortir est de monter jusqu’au toit. Accompagnée de quelques autres jeunes, elle se lance dans l’ascension de sa vie, explorant chaque niveau, affrontant les dangers embusqués… Et les révélations. Car Jessica n’a plus aucun souvenir d’avant son arrivée ici. Ils lui reviennent par bribes, étage après étage, et plus elle en apprend, moins elle désire sortir – surtout que son pire ennemi se trouve à l’intérieur avec elle. Bientôt, l’envie de se venger prend le pas sur l’envie de s’échapper… Et si en exhumant les secrets de son passé, Jessica levait aussi le voile sur la véritable fonction de La Tour ?

Attention, si vous vous lancez dans cette lecture, vous ne pourrez plus vous arrêter avant d’en connaître le fin mot. Cécile Duquenne a écrit La Tour en trois jours suite à un défi lancé sur Internet. On peut dire que son roman est abouti, addictif et terriblement bien ficelé. Bref, j’ai adoré!

L’héroïne s’appelle Jessica. Elle se réveille dans une sorte de sous-sol ressemblant plus à un égout qu’à autre chose. Elle se rend compte qu’il s’agit même d’un marigot envahi de crocodiles! Que fait-elle là? Elle n’a plus aucun souvenirs. Jessica se rend vite compte qu’elle n’est pas seule dans ce lieu étrange. Avec ses compagnons d’infortune, elle cherche désespérément à fuir cet endroit dangereux. Les personnages comprennent que l’issue se trouve en haut. Jessica comprend alors qu’elle est prisonnière d’une tour et que si elle souhaite s’en sortir, elle doit en gravir tous les étages.

Chaque étage correspond grosso modo à un chapitre. Ainsi à l’horizontalité de la lecture correspond la progression verticale de Jessica. Le jeu est pervers puisqu’à chaque étage, l’héroïne doit affronter de nouveaux dangers toujours plus forts, plus éprouvants. Les choses se compliquent également au niveau des souvenirs: en effet, à chaque étape de franchie, la mémoire revient peu à peu aux personnages du roman. C’est ainsi que Jessica comprend qu’elle n’est pas dans cette tour par hasard. On les y a conduit, mais pourquoi?

Il faut attendre la fin du roman pour le savoir et je vous assure qu’il est difficile de se retenir de sauter les pages pour découvrir la vérité. Cécile Duquenne déploie une telle tension que je n’ai eu de cesse d’avancer dans ma lecture, dévorée par la curiosité! Elle renoue avec le genre du survival pur et dur et ça marche! Surtout que l’histoire personnelle de Jessica est complexe. Son personnage n’est pas manichéen. Elle réussit à lui insuffler en quelques pages une personnalité profonde. A la fin du roman, je n’ai pas pu trancher véritablement et c’est bien là la force du personnage. Je m’arrêterai là dans ma chronique car j’ai peur de trop vous en dévoiler et de vous gâcher le plaisir de la découverte!

Si vous voulez connaître l’histoire de Jessica et savoir si elle sort vivante de La Tour, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Un grand merci à Cécile pour cette belle découverte!