La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

 

 

La Poursuite du bonheur dans le recueil Mes héroïnes de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Omnibus,

2015, 1376 pages.

 

Un jour d’enterrement bien triste. Une vielle dame, dans le cortège, qu’elle n’a jamais vu. Kate Malone l’ignore encore mais, alors que son passé entre en terre, un autre, inconnu, s’apprête à éclater au grand jour…
Cette histoire occulte commence à Greenwich Village, au lendemain de la guerre. Tout ce que la jeunesse de Manhattan compte d’artistes excentriques et prometteurs tente d’oublier trois ans d’horreur dans l’appartement enfumé du dramaturge Eric Smythe.
Un premier Thanksgiving sous le signe de la paix. Dans le joyeux désordre de ce soir de fête, Jack Malone liera à jamais son destin à celui de Sara. Malgré l’ombre grandissante de la chasse aux sorcières, malgré la mort, malgré l’Amérique, ces deux-là se battront, jusqu’au bout, pour leur droit au bonheur…

Merci aux éditions Omnibus qui, après m’avoir fait parvenir l’anthologie Des Héros ordinaires, m’ont envoyé cette fois-ci Mes héroïnes. Là encore, j’apprécie le travail éditorial avec un beau pavé réunissant 3 romans de Douglas Kennedy, tout ça sur papier bible!

J’ai commencé la lecture de ce recueil par le commencement avec La poursuite du bonheur. Publié en 2001 chez Belfond, Douglas Kennedy nous livre ici un roman puissant. C’est simple: je n’ai pas vu défiler les 524 pages de ce roman vraiment prenant.

L’intrigue démarre dans un cimetière. Kate enterre sa mère, Dorothy. Cette dernière a vécu une existence morne, recluse et triste. Le soir même, Kate reçoit une lettre d’une certaine Sara Smythe. Celle-ci souhaite la rencontrer car elle aurait très bien connu les parents de Kate, notamment son père Jack, décédé alors que Kate n’était qu’un bébé.

D’abord méfiante, Kate ne répond pas au courrier de Sara puis devant sa détermination elle accepte de la rencontrer. Sara va alors lui raconter son histoire liée à celle de Dorothy mais surtout celle de Jack….

Douglas Kennedy nous livre donc ici un récit enchâssé. Kate, en quête de la vérité, va écouter patiemment le récit de Sara et découvrir le visage d’un père qu’elle n’a pas connu.

L’auteur a le chic pour nous embarquer dans une atmosphère délicieuse. Il situe son histoire dans le New York des années 50 et le fait revivre d’une façon merveilleuse. Sara est alors une jeune femme pleine d’ambitions littéraires. Avec son frère Charlie, elle va vivre une existence libre faite de soirées en boîte de jazz et de rencontres. J’ai vraiment aimé cette ambiance dans laquelle se lovent les protagonistes. Sara est une jeune femme en avance sur son temps. Éprise de liberté, elle va rencontrer Jack lors d’une soirée. Sa vie en sera bouleversée.

La narratrice nous raconte sa vie faites de joie mais surtout de chagrins multiples. Derrière cette histoire, Douglas Kennedy nous raconte en réalité l’Amérique des années 50: la valeur sociale du mariage, l’emprise des hommes sur les femmes, l’ostracisme lié à la bien-pensance. C’est assez terrible finalement et Sara devra se battre tout au long de sa vie. Les passages où elle est confrontée à sa belle-mère manipulatrice sont terrifiants et glaçants. Se conformer aux apparences, telle est la loi dans cette Amérique puritaine.

Douglas Kennedy entremêle savamment les fils de son intrigue. A l’intrigue sentimentale de Sara, il superpose une intrigue plus politique et dénonce le Maccarthysme de l’époque. C’est intelligent et tout à la fois effrayant. Charlie devra faire un choix cornélien pour sauver sa peau. Kennedy dissèque à la perfection la machine de guerre américaine qui se livre à une chasse aux sorcières pour éradiquer la menace communiste. Tel un pantin de bois, Charlie se retrouvera au cœur d’une machination perverse.

Enfin, le rythme du roman est haletant. On ne peut pas s’empêcher de tourner les pages du livre pour savoir ce qu’il va advenir de Sara. Son éducation puritaine est finalement et paradoxalement ce qui lui sauvera la peau.

Dans La poursuite du bonheur, Douglas Kennedy entraîne le lecteur dans une intrigue haletante et brillante. Il nous mène par le bout du nez et dresse un portrait extraordinaire de Sara, une vraie héroïne.

Les neiges de l’éternel de Claire Krust

 

 

Les neiges de l’éternel de Claire Krust,

Publié aux éditions Actu SF,

2015, 334 pages.

 

 

 

Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.
Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.

Dans ce joli livre repéré chez Maureen du Bazar de la Littérature, l’auteur nous entraîne au cœur d’un Japon médiéval fantasmé. C’est là, au creux de l’hiver, qu’elle va raconter la déchéance de la famille de Yuki à travers cinq récits.

Claire Krust prend le parti original de nous faire vivre l’histoire de cette famille noble à travers les époques et les personnages. Le récit initial présente Yuki, partie chercher pour son frère Akira mourant, une herbe susceptible de le sauver. En effet, l’héritage de la famille doit échoir à Akira. S’il meurt, c’en est fini du prestige de cette famille puisque seuls les hommes aînés peuvent hériter. Yuki n’hésite pas alors à se travestir en garçon pour parcourir le pays à la recherche du fameux remède.

Les quatre récits suivants sont tous liés à Yuki et à son frère. A travers ces différents prismes, ils permettent d’en apprendre plus sur les personnages. Grâce à des sauts dans le temps puis des retours en arrière, l’auteur nous éclaire sur le destin de cette famille japonaise. Le récit n’est donc pas linéaire. J’ai beaucoup aimé cette façon de travailler le texte et d’en jouer. Certains pans de l’histoire des personnages restent d’en l’ombre. Certaines rencontres se révèlent décisives. C’est bien construit et intelligent.

L’auteur nous plonge aussi dans une ambiance assez spéciale. Les cinq récits se déroulent en hiver. L’atmosphère glacée laisse place à un dépaysement complet au sein d’un Japon magnifié. Laissez-vous entraîner dans la chevauchée de Yuki, parcourant des paysages déserts et sublimes où la neige l’emporte sur tout. L’auteur nous montre un Japon à la fois fantasmé mais plausible. J’ai aimé retrouvé les descriptions des okiyas, des palais du Daimyo ou encore des auberges bon marché.

Elle n’hésite pas non plus à glisser un peu de fantastique qui s’invite à travers les figures des fantômes mais là encore, ça colle parfaitement avec la culture nippone qui vénère les esprits de la famille. Ne vous attendez donc pas à voir apparaître des dragons ou d’autres créatures féériques mais à côtoyer des fantômes animés d’intentions plus ou moins bonnes.

Enfin la plume de cette jeune auteur, qui publie ici son premier texte, mérite d’être saluée. Claire Krust écrit vraiment bien et manie les images à la perfection. Elle joue avec le destin de ses personnages, de manière souvent cruelle.

Les Neiges de l’éternel est un récit somptueux qui mêle une intrigue originale à une plume délicate et bien travaillée. Nul doute que je vais suivre de plus près les écrits de Claire Krust.

La Passe-miroir, Tome 1: Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos

 

 

La Passe-miroir, Tome 1: Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos,

Publié aux éditions Gallimard Jeunesse,

2013, 519 pages.

 

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

C’est au dernier salon du livre de Paris que j’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec Christelle Dabos. Son roman est un vrai succès sur la blogosphère et même si je ne vais pas révolutionner tout avec ma chronique, j’avais quand même envie de vous livrer mon point de vue.

La Passe-miroir c’est d’abord une couverture magnifique! Le travail d’illustration est incroyable et me séduit totalement. C’est ensuite un titre accrocheur que j’ai réservé bien sûr pour les jours froids. Et bien m’en a pris puisque la majeure partie de l’intrigue se déroule dans un univers glacé et inhospitalier.

Si ce premier tome n’est pas un coup de cœur, j’ai quand même passé un très bon moment à la découverte de la Citacielle. Je loue Christelle Dabos qui déborde d’imagination. Dès le premier chapitre, j’ai adoré l’ambiance mise en place. Son héroïne, Ophélie, évolue dans le monde d’Anima, un univers très étrange où les maisons s’animent. Ophélie est une passe-miroir. Comme son nom l’indique, elle a la faculté de passer de miroir en miroir pour se déplacer. Mais Ophélie est avant tout une liseuse: en touchant un objet, elle est capable d’en visualiser l’histoire complète. J’ai trouvé cette idée très intéressante même si dans ce premier tome elle n’est pas totalement exploitée.

Ophélie est un personnage atypique. Elle n’a vraiment rien de séduisant. Elle s’habille avec ce qui lui tombe sous la main, refuse de mettre de l’ordre dans sa chevelure, est myope comme une taupe et d’une timidité maladive. Bref, on est loin des clichés et des héroïnes déjà vues et revues un peu partout. Ophélie n’aspire qu’à une chose: rester tranquille et travailler dans son petit musée. Oui mais voilà, sa famille en a décidé autrement et Ophélie a été fiancée à un garçon venant d’un autre monde, la bien nommée  Citacielle du Pôle.

Là où l’histoire devient intéressante c’est que l’auteur n’ y va pas de main morte avec Ophélie. N’attendez pas de coup de foudre ou de grande histoire d’amour entre les deux fiancés. Entre Ophélie et son promis, Thorn, c’est le froid totale, l’absence de sentiments, le néant. Accompagnée de sa marraine, qui la chaperonne dans sa nouvelle vie au Pôle, Ophélie va devoir lutter face aux intrigues de la cour. Promise à une véritable porte de prison, elle va lentement comprendre qu’on attend beaucoup plus d’elle qu’on ne le lui laisse penser et qu’elle pourrait être au cœur d’une manipulation terrifiante…

L’intrigue s’étire un peu en longueur (c’est pour ça que ce n’est pas un coup de cœur pour moi), cependant on sent que l’auteur pose toutes les pièces de son échiquier et que ce premier tome n’est qu’une mise en jambes. Ajoutez à cela, une langue parfaitement maîtrisée et une plume qui oscille tantôt vers l’ironie tantôt vers la fantasy. On sent que Christelle Dabos a bien construit son univers et qu’elle a réfléchi aux moindres détails.

Évitant les écueils des romans jeunesses, Christelle Dabos nous propose ici un roman d’apprentissage sombre. Sa plume riche, parfois soutenue, apporte beaucoup à une intrigue intéressante et des personnages complexes. Vivement la suite!

 

Penny Cambriole, Tome 2: Mineurs sans âme de Cécile Duquenne

 

Penny Cambriole, Tome 2: Mineurs sans âme de Cécile Duquenne,

Publié aux éditions Rouge Safran

2016, 107 pages.

 

 

 

 

Pour Penny, c’est vacances tranquilles chez ses grands-parents, jusqu’à ce qu’elle apprenne que son amie Maria a disparu de son époque.
Ni une ni deux, Penny et ses amis remontent le temps pour retrouver la future Marie Curie. Penny, Jules, Jack et Rollo entament alors un dangereux périple dans un monde en constante mutation, où rien n’est vraiment ce qu’il semble être…
Parviendront-ils à échapper aux griffes des Mineurs sans âme ?

J’avais beaucoup aimé le premier tome de la série Penny Cambriole de Cécile Duquenne qui permettait de réunir Jack London, Jules Verne et Marie Curie (rien que ça) au cœur d’une machination terrible!

Avec ce tome 2, Cécile Duquenne récidive en réunissant toute la clique autour de Penny. Celle-ci est toujours en vacances chez ses grands-parents lorsque Jules (Verne) débarque. Il lui demande expressément de l’aider à retrouver Marie qui aurait disparu de son orphelinat. Jules et Penny se mettent d’abord en route pour chercher Jack et son fidèle chien Rollo. Arrivés sur les lieux de la disparition de Marie, Penny est mystérieusement catapultée dans une carte postale de Van Gogh. Les enfants vont alors devoir se confronter à d’horribles personnages sans aucun scrupules…

Les plus jeunes apprécieront sans nul doute les aventures de Penny qui bascule cette fois-ci dans un lieu magique où l’espace-temps n’a plus lieu d’être. J’apprécie toujours autant l’inventivité de Cécile Duquenne qui se sert d’une reproduction d’un tableau de Van Gogh pour ouvrir l’aventure! Encore une fois, le rythme est haletant. Penny et ses petits camarades sont confrontés dans ce tome à des êtres bien malveillants qui exploitent les enfants.

Les plus grands apprécieront l’humour et les références glissées ça et là dans le récit. Cécile Duquenne ose même un clin d’œil à la chanson des sardines!! C’est dire. On retrouve toute l’énergie d’une jeune Penny vraiment débrouillarde et jamais en manque d’idées. Sa répartie vaut de l’or. Quant à ses petits camarades de jeu, j’aime beaucoup les nombreux clins d’œil qui sont faits à leur future célébrité et réussite! C’est un vrai régal.

Ce tome 2 de Penny Cambriole nous entraîne une fois de plus dans des aventures folles. Nul doute que les plus jeunes savoureront le rythme effréné du récit. Quant « aux grands », la plume de Cécile Duquenne demeure toujours aussi rafraîchissante!

La Dame des deux terres de Wendy Wallace

 

La Dame des deux fleuves de Wendy Wallace,

Publié aux Presses de la Cité,

2016, 384 pages.

 

 

 

 

 

Passionnée d’égyptologie, souffrant d’un asthme sévère, la jeune Harriet persuade sa mère de quitter Londres pour le soleil de l’Afrique. Sur le bateau qui les mène à Alexandrie, elles font la connaissance d’un peintre très séduisant. Confrontée aux douleurs du passé et aux dangers de la vie égyptienne, la jeune femme entame un voyage intense et bouleversant.

Encore une fois, merci aux éditions Presses de la Cité qui m’ont laissé choisir ce titre dans leur catalogue. Je ne me suis pas trompée en lisant ce roman qui m’a vraiment ravie et m’a emportée loin sur les rives du Nil.

Tout commence en Angleterre, à Londres précisément, vers la fin du 19 ème siècle. Harriet est une jeune femme de 23 ans ou plutôt déjà une vieille fille. Asthmatique, elle n’est jamais vraiment sortie de chez elle, couvée et protégée par sa mère Louisa, dans leur maison londonienne. Mais si Harriet n’est jamais allée à l’école, elle n’en demeure pas moins intelligente. Autodidacte, elle nourrit une passion pour l’Égypte et griffonne des hiéroglyphes dans un carnet secret.

Alors que son mal empire, elle convainc sa mère d’effectuer un voyage en Égypte afin de bénéficier du climat chaud et sec.  C’est ainsi qu’accompagnée de sa mère et de sa tante bigote Yael, qu’Harriet embarque sur un navire à destination du Caire. Sur le bateau, Harriet fait la connaissance de Mme Cox puis du mystérieux peintre Eyre Soane. Ce dernier semble particulièrement bien connaître sa mère, Louisa, dont le passé trouble les lie. Bientôt Eyre Soane songe à une terrible vengeance dont l’instrument sera la pauvre Harriet.

A travers ce roman, Wendy Wallace noue les intrigues et joue sur plusieurs tableaux. C’est ce que j’ai particulièrement aimé. Son roman est d’abord un roman d’apprentissage. En effet, Harriet va découvrir le monde aux côtés de sa mère et de sa tante. Avec l’apparition de Mme Cox puis d’Eyre Soane, elle va se confronter à des sentiments qu’elle n’a jamais ressentis et enfin ouvrir les yeux sur le vrai monde. Un peu plus tard, lorsqu’elle rencontrera le professeur Woolfe, elle tentera de se réaliser en tant qu’individu et de penser pour une fois à la vie plutôt qu’à la mort.

La Dame des deux terres est aussi un roman plus sombre sur l’histoire trouble d’une femme, Louisa, qui tente de cacher son passé. Le lecteur, par de savants retours en arrière, prend connaissance de l’adolescence de Louisa. Si je me suis doutée rapidement des conséquences de ses actes passés, j’ai aimé voir comment ce personnage, lisse en apparence, se confrontait à son passé et tentait de survivre. L’intrigue se complique avec Eyre Soane, un garçon détestable au possible, qui aime jouer avec les autres et qui n’hésitera pas à faire de Harriet son jouet de prédilection. La relation entre les deux jeunes gens est particulièrement malsaine et en tant que lectrice, j’avais vraiment l’impression de voir jouer un chat avec une innocente souris.

Enfin, ce roman est un roman d’aventures, de voyage. On part d’un Londres embrumé par le fog, poisseux, irrespirable pour accéder au Caire brûlant, étouffant mais tellement chatoyant. L’auteur nous invite au voyage à travers tous les sens. Un peu plus tard, c’est l’Égypte mythique qui s’offre à nous à travers les temples, les tombeaux mis à jour et les pyramides. C’est aussi un roman qui se veut historique en retraçant la découverte par mais surtout l’exploitation des sites archéologiques par les Européens suivie de toutes les dérives qui vont avec en témoigne ce charmant couple d’anglais qui grave ses initiales sur la statue d’un monarque égyptien!!

La Dame des deux terres est un roman aux multiples facettes naviguant entre le roman historique, le récit d’apprentissage et l’intrigue familiale. Les moments sombres succèdent aux moments plus chatoyants et colorés reflétant la vie dans ce qu’elle a de plus complexe finalement. L’auteur nous entraîne sans cesse dans une nouvelle direction pour le plus grand bonheur du lecteur!

Le couloir de Jean-Louis Marteil

 

 

 

Le couloir de Jean-Louis Marteil,

Publié aux éditions du Verger,

2016, 211 pages.

 

 

 

Venus se réfugier en un lieu perdu, quatre jeunes gens entrent bien malgré eux dans le plus pervers, dans le plus diabolique et dangereux des jeux… Alors commence un huit-clos terrifiant, durant lequel chaque personnage, tour à tour, va connaître l’impatience, le désir, la terreur, la violence, la haine et l’amour. Mais est-ce vraiment le hasard qui les a guidés jusque-là ? Et si tout cela, au contraire, avait un but ? Jean-Louis Marteil nous offre ici un conte très noir, à la fois fantastique, historique et philosophique.

Les éditions du verger ont eu la gentillesse de m’envoyer ce roman en service presse. Je ne connaissais pas du tout l’auteur et je suis donc allée me renseigner sur lui mais aussi sur ce titre au nom bien sibyllin. En effet, le résumé laisse penser au lecteur qu’il va lire un roman à la fois fantastique, philosophique voire historique ce qui fait beaucoup de -ique pour un seul bouquin. J’ai donc plongé dans l’inconnu avec ce roman. Au final, c’est une assez bonne surprise. Si j’ai parfois été sceptique, j’ai globalement aimé ma lecture.

Tout commence avec le couple Franck/Anne. Ils viennent de braquer un café. Il y a eu des morts. Ils sont donc clairement en cavale. Frank décide de franchir la frontière en passant par une route de montagne. Soudain, une violente tempête se déchaîne, bloquant les deux personnages. Pour ne pas mourir gelés dans leur voiture, ils décident de s’aventurer au-dehors et, guidés par une toute petite lumière, ils pénètrent dans une sorte de manoir.

Un peu plus tard, ce sera au tour de Bruno et d’Inès, jeunes mariés, de succomber à la tempête de neige et de trouver aussi le chemin de ce manoir.

Dès l’entrée dans la maison, les visiteurs sont surpris par la taille des pièces. Les couloirs sont immenses, les murs sont parfois rouges, les plafonds se perdent dans les hauteurs et les cheminées semblent fonctionner d’une manière autonome. L’endroit est étrange et fait penser à une maison de conte de fée où tout paraît démesuré, incroyable.

Les créatures qui hantent la maison sont aussi étranges et font froid dans le dos. Des araignées énormes font office de chiens de garde. Le maître du manoir est très mystérieux. Il accueille ces visiteurs d’un soir bien malgré lui. Anne, la plus débrouillarde du groupe, va sans cesse chercher à comprendre qui il est tant il apparaît doué de magie et de pouvoir.

Et que dire de ces cris inhumains, à la limite du soutenable, qui retentissent de temps en temps, derrière une porte verrouillée, gardée justement par le vieillard?

Le manoir semble aussi exercer un terrible pouvoir sur les quatre visiteurs. Frank devient de plus en plus violent; Bruno paraît davantage peureux et lâche; Inès succombe à l’attraction d’une autre; Seule Anne paraît conserver sans sang-froid. C’est comme si la maison exacerbait les caractères et les passions de chacun.

J’ai finalement été happée par cette histoire fantastique qui joue sur les codes. On se sait jamais vraiment si les personnages inventent ce qu’ils vivent ou s’ils le ressentent seulement. Au fil de ma lecture, j’ai échafaudé plusieurs hypothèses: une dimension parallèle, un mauvais rêve, le jugement dernier, l’antichambre des enfers. Il y a bien sûr une portée philosophique à tout cela. Je n’ai pas toujours tout saisi au message de l’auteur mais j’ai compris où il souhaitait en venir. Je n’ai pas non plus frissonné de terreur en lisant ce récit et c’est peut-être ce qui m’a manqué dans ce texte.

Le couloir est un roman étrange. Il faut le lire comme un récit à clé qui ne livre pas tous ses secrets d’un seul coup. J’ai finalement aimé cette lecture différente de ce que je connais et intéressante à de nombreux points de vue. Merci aux éditions du Verger pour cette découverte surprenante.

Vous pouvez aussi aller lire l’avis de Naurile sur son blog!

Fleurs au creux des ruines : Prélude aux récits du Demi-loup de Chloé Chevalier

 

 

Fleurs au creux des ruines: Prélude aux récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier,

Publié aux éditions Les Moutons électriques, Collection Helios,

2016, 120 pages.

 

 

 

 

Sur le futur royaume du Demi-Loup, au cours des siècles précédant les Récits… que l’on connaît, peuples et cultures se succèdent, au gré des événements politiques et des caprices de la nature. Des terres encore sauvages, les premières pierres que l’on y pose, une nouvelle guerre, un dernier exil et un ultime espoir : Notre première graine. L’Art ou la Viande, désamour épistolaire, reflet d’une civilisation trop raffinée pour garder l’équilibre, qui n’attend que de choir.
Quand vint la fin des temps, quand le sol trembla et les montagnes crachèrent leur souffre, ruinant tout ce qui fut, Lors chantèrent les bêtes. La tour sous le Gris ou un monde de cendres, qui ne demande qu’à renaître, grâce à l’amitié de Varelle et Jojo, deux adolescents fort différents.

Chloé Chevalier est une jeune auteur de talent. J’ai eu la chance de lire le tome 1 et le tome 2 des Récits du Demi-Loup. Son univers unique et flamboyant nous entraîne dans un royaume secoué par les guerres intestines. Le tome 2 refermé m’avait laissé triste tant j’avais regretté de laisser là mes personnages. En attendant le tome 3, Chloé Chevalier nous livre ici un prélude qui permet d’éclairer un peu plus ce royaume tourmenté.

Avec un nom aussi poétique, ce recueil de nouvelles ne pouvait être qu’une réussite. Là encore, Chloé Chevalier confirme son immense talent. J’ai d’ailleurs trouvé qu’elle mettait davantage de mélancolie et de poésie dans ces quatre histoires, toutes plus belles les unes que les autres.

A l’aise dans tous les genres, l’auteur nous propose des nouvelles sous forme de récit, de lettres ou de mémoires. Chaque histoire s’ouvre telle une fleur et prend ancrage entre les ruines d’un passé trouble, souvent violent.

La première nouvelle nous narre la chute du royaume de Nül-Noch, mis à terre par le terrible et sanguinaire Aldemar. Le roi déchu par Aldemar est un souverain mais surtout un père affaibli qui raconte ici sa défaite et son errance avec son peuple dans le désert du Demi-Loup. La tendresse et l’amour de ce père envers Dora sa fille, quelque peu différente, m’a profondément émue. C’est beau tout simplement.

Dans la deuxième nouvelle, l’auteur se charge de restituer un échange de lettres entre deux promis. L’un va effectuer son service militaire pour tenter de changer de classe sociale tandis que l’autre cherche sa voie parmi les Arts. Au fil des lettres que les amoureux échangent, le doute s’immisce. Sont-ils du même monde? Parviendront-ils à surmonter leurs différences? La tension monte au fur et à mesure des échanges jusqu’au point final qui laisse peu d’espoir.

Dans la troisième nouvelle, Chloé Chevalier s’essaie au genre des mémoires, du journal intime. Le royaume est en proie à de violents tremblements de terre. Les villes s’effondrent les unes après les autres, prélude à la tombée du royaume entier. Aldemar est au plus mal. L’un de ses conseillers témoigne de la fin terrible de son règne où le chaos le plus pur s’installe. C’est la nouvelle la plus violente du recueil. Ici, l’auteur retranscrit à merveille la terreur du narrateur mais aussi sa quête désespérée et insensée.

La dernière nouvelle est celle que j’ai préférée. On retrouve l’atmosphère humide et sombre du premier tome du Demi-Loup. Varelle habite dans un hameau pauvre et poisseux. Le ciel est toujours gris et son azur est devenu une légende. Alors qu’elle s’aventure dans les marais pour chasser le lapin, elle fait la rencontre de Jojo. Une étrange amitié va se tisser entre ces deux êtres alors que Jojo semble porter un lourd secret. J’ai adoré cette ambiance sur laquelle plane la menace des horribles coupe-jarrets. La pluie, le brouillard, l’humidité sont les maîtres. C’est  un récit tout à la fois sombre et rempli d’espoir.

Avec ce prélude au Demi-Loup, Chloé Chevalier réussit encore un sans faute. Si vous avez aimé sa plume, précipitez-vous sur ce magnifique recueil qui vous permettra d’attendre le troisième tome. Un grand merci aux éditions des Moutons électriques pour cet envoi!