Trahison de Lilja Sigurdardottir

Trahison de Lilja Sigurdardottir,

Publié aux éditions Points,

2021, 408 pages.

Après plusieurs missions humanitaires éprouvantes, Úrsúla accepte de remplacer au pied levé le ministre de l’Intérieur en attendant les prochaines élections. Elle découvre très vite que son administration n’est là que pour bloquer toutes ses initiatives. Aussitôt après sa première intervention publique, elle devient la proie d’un cyber-harcèlement menaçant et doit engager un garde du corps. Elle est également poursuivie par un sdf agressif, qui sort d’un hôpital carcéral. Catapultée dans ce nouveau monde, cible systématique d’attaques sur les réseaux sociaux, elle découvre aussi l’attitude faussement compatissante mais réellement méprisante de ses confrères politiques. Elle tente cependant de faire son travail tout en affrontant le stress post-traumatique résultant de ses missions humanitaires ainsi que sa culpabilité vis-à-vis de son mari et de ses enfants.

Trahison fait partie de la sélection pour le prix du Polar Points. Nous y suivons Ursula propulsée ministre de l’intérieur islandais du jour au lendemain. Cette mère de famille, qui jusque là menait des campagnes humanitaires en Afrique ou en Orient, va être confrontée très rapidement au problème du pouvoir. C’est d’abord une femme dans un milieu d’hommes. C’est ensuite, d’un seul coup, un personnage public. Ursula va devoir faire face à de multiples trahisons…

Ce roman m’a laissé un sentiment ambivalent. Je l’ai lu d’une traite et l’ai trouvé très intéressant. L’Islande est un pays au système différent du nôtre et c’était vraiment passionnant de suivre Ursula dans les coulisses du pouvoir. Cette femme d’action doit faire face aux préjugés. Si les Islandais ont une longueur d’avance sur nous, les propos sexistes restent de mise dans ce doux monde qu’est la politique! L’autrice nous fait voir l’envers du décor: les réunions, les préparations d’interviews, la gestion des crises.

J’ai également aimé que le roman se déroule en Islande. J’ai tout de suite adhéré à l’ambiance si particulière de ce pays. Le climat plutôt rude dans ces pages, la proximité qui existe entre le peuple et les hommes politiques, les coutumes. C’était vraiment dépaysant pour le coup.

Cependant, une chose m’a gênée. On nous présente ce roman comme un polar. Je m’attendais à une certaine tension, à une enquête. Or l’intrigue principale tourne autour de mails insultants que reçoit Ursula et d’un SDF qui serait lié à son passé. Pas de quoi fouetter un chat pour moi. Trahison est davantage un roman noir qu’un polar ou thriller. Il porte d’ailleurs bien son nom car les trahisons personnelles comme professionnelles y seront multiples.

Trahison est un roman noir politique bien mené.

Salem de Stephen King

Salem de Stephen King,

Publié au Livre de Poche,

2021, 832 pages.

Comment une petite bourgade du Maine peut elle, du jour au lendemain, devenir une ville fantôme ? Jerusalem’s Lot – Salem – n’avait pourtant pas de caractéristiques particulières sinon, sur la colline, la présence de cette grande demeure – Marsten House – inhabitée depuis la mort tragique de ses propriétaires, vingts ans auparavant. Et lorsque Ben mears y revient, c’est seulement pour y retrouver ses souvenirs d’enfance. Mais très vite, il devrait se rendre à l’évidence : il se passe des choses très étrange à Salem. Un chien est immolé, un enfant disparaît et l’horreur s’infiltre, s’étend, se répand, aussi inéluctable que la nuit qui descend sur Salem …

Si je vous dis Salem, vous pensez à des sorcières? Hé bien c’est raté avec le Salem de Stephen King. Salem c’est pour Jerusalem’s Lot, charmante petite bourgade américaine dans laquelle deux étranges personnages vont s’installer et commettre des meurtres contre nature. Car il s’agit bien de vampire ici. Stephen King revisite ce mythe séculaire en plaçant son intrigue dans une ville moyenne américaine du Maine.

Marsten House domine la ville, perchée sur sa colline, et on y chuchote qu’il doit s’y passer de drôles de choses. Ben Mears, écrivain, revient justement à Salem pour exorciser ses cauchemars d’enfance liés justement au manoir. Il va très vite se rendre compte que les habitants de Marsten House n’ont qu’une chose en tête: se nourrir de sang frais.

Dire que j’ai aimé ce roman est un euphémisme. J’y étais bien! J’ai tout aimé. A commencer par Ben et Mark, les personnages principaux. Un écrivain et un enfant, encore une drôle association pour l’auteur mais qui fonctionne à merveille et qui montre que seuls ceux qui possèdent encore un pouvoir d’imagination immense sont à même de comprendre ce qui se déroule à Salem.

Dès lors, la machine s’emballe. Une fois le décor et les personnages posés, le lecteur est face à l’inévitable: des habitants bien tranquilles qui se transforment tous en vampire… Stephen King impose son propre mythe avec ce roman. Les personnages meurent les uns après les autres. C’est sombre, parfois effrayant mais tellement bon! J’ai eu du mal à ne pas avaler les pages de ce roman qui se laisse dévorer et qui installe une tension extrême!

Je ne peux que vous conseiller cet excellent roman que je relirai, c’est certain, juste pour le plaisir de frissonner!

Mortel Virus de Gérard Neyret

Mortel Virus de Gérard Neyret,

Publié aux éditions Librinova,

2021, 232 pages.

  1. La Cour Pénale Internationale est alertée par la publication d’une étrange vidéo sur les réseaux sociaux. Une généticienne franco-coréenne y affirme que la pandémie n’est pas le fruit d’une catastrophe écologique, mais le résultat de la main de l’homme. Les mots « crime contre l’humanité » sont prononcés ; de quoi provoquer un séisme planétaire. Mais alors que la CPI s’empare de l’affaire, la vidéo est supprimée et la chercheuse disparaît mystérieusement. Gabriel Larson, avocat et enquêteur pour le compte de la Cour Pénale Internationale, est envoyé sur place pour démêler les fils de cette délicate affaire. Cependant, une fois à Séoul, tout se complique. La chercheuse n’a pas simplement disparu, elle a été enlevée. Mais par qui ? Les créateurs du virus ? Ou bien d’autres acteurs de l’affaire, dont les motivations demeurent obscures ?

Mortel Virus est un thriller scientifique qui propulse le lecteur dans un monde au bord du gouffre. En 2020, une généticienne alerte sur une pandémie qui ne serait pas le fruit d’une catastrophe écologique mais plutôt le résultat hasardeux d’expériences menées par l’homme. Cette généticienne disparaît subitement. Pourquoi? Pour quelles raisons a-t-on voulu la faire taire? Gabriel Larson, enquêteur, va chercher à faire toute la lumière sur cette affaire…

Mortel Virus est un roman qui ne peut que nous parler bien évidemment, période pandémie liée au covid oblige. L’enquête menée par Gabriel Larson nous montre qu’il s’agit ici d’un complot contre l’humanité et que la dispersion de ce virus serait volontaire. J’ai beaucoup aimé ce parti pris et assumé de l’auteur. Le thriller glisse peu à peu vers la dystopie de manière plutôt réaliste et effrayante, faisant écho à ce qui pourrait se passer aujourd’hui. Les enjeux politiques et économiques sont bien développés peut-être au détriment de l’intrigue scientifique.

En effet, pour moi, le roman est bien mené mais un peu trop court! J’aurais bien voulu d’autres explications, d’autres développements car le rythme est parfois trop rapide. La fin du roman nous présent de nombreux retournements de situation qui dynamisent le récit et relancent la machine.

Mortel Virus est un roman que j’ai apprécié même si j’aurais bien goûté quelques pages de plus!

Widjigo de Estelle Faye

Widjigo de Estelle Faye,

Publié aux éditions Albin Michel,

2021, 249 pages.

En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer.
Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. A l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire.
Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres…

1793:Jean Verdier est envoyé en Bretagne afin d’arrêter un noble, Justinien de Salers. Ce dernier s’est retranché dans une vieille tour, en bord de mer. Il déclare qu’il se rendra et n’opposera aucune résistance à condition que Jean écoute son histoire. Une histoire de fantôme et de monstres aux confins du monde, sur l’île de Terre-Neuve.

Avec Widjigo, Estelle Faye offre à son lecteur un véritable thriller fantastique. J’ai d’abord adoré l’ambiance du roman. Il y a le face à face entre Justinien et Jean, dans cette tour sombre, au milieu de l’océan. Un huis-clos qui ne laisse pas vraiment le choix à Jean. Il devra écouter la longue confession de Justinien.

Il y a ensuite, bien sûr, le récit de Justinien, ce noble, désavoué par son père, envoyé au Québec et recruté pour une bien étrange expédition en Terre-Neuve. On pénètre alors dans un monde inquiétant. Lors de cette expédition, les personnages vont disparaître les uns après les autres, enlevés puis tués mais par qui? Un homme ou une bête? A moins qu’il ne s’agisse d’un monstre… Estelle Faye installe un univers glauque et très inquiétant dans cette nature hostile. J’ai été happée par cette histoire sombre et lugubre où la neige, la pluie, la forêt dissimulent des êtres fantastiques terrifiants.

Cette île semble être le purgatoire de ces âmes damnées. Les personnages sont d’ailleurs tous très mystérieux: qui est ce prêtre accompagné de cette jeune fille nommée Pénitence? Et ce jeune garçon Gabriel, traumatisé par une précédente expédition? Chaque personnage cache un secret, un crime et il faut lire le roman jusqu’au bout pour que tout nous soit révélé avec brio! Jusqu’au bout, j’ai été surprise par cette intrigue pesante à l’ambiance délétère.

Widjigo est un thriller fantastique brillamment mené où les péchés sont mortels…