Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley

 

Le Cycle d’Avalon, Tome 1: Les Dames du lac de Marion Zimmer Bradley,

Publié au Livre de Poche,

2014, 408 pages.

 

La légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle. Et, pour la première fois, ce drame épique nous est conté par une femme à travers le destin de ses principales héroïnes. Bien sûr, Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée Excalibur, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes, exceptionnellement attachantes, qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, grande prêtresse d’Avalon, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la Fée, soeur et amante du grand roi…

Les Dames du lac est un roman qui traînait dans ma PAL depuis un petit moment. Je me suis décidée enfin à le sortir en me disant qu’un peu de fantasy médiévale ne me ferait pas de mal. Cette lecture n’a clairement pas été un coup de cœur pour moi. Je me suis parfois ennuyée et j’ai trouvé l’intrigue bien longue. Je ne peux pas dire non plus que je n’ai pas aimé ma lecture. Disons que je n’ai pas été emportée comme j’aurais aimé l’être.

Avec ce tome 1, Marion Zimmer Bradley s’attaque à la légende arthurienne mais du point de vue des femmes ce qui reste particulièrement originale. On suit d’abord Ygerne, la future mère d’Arthur qu’elle aura avec Uther Pendragon. La première partie est donc consacrée à la recherche de ce futur roi d’exception que sera Arthur. Parallèlement, on suit aussi Morgane qui va peu à peu être initiée aux mystères de la Déesse. D’Avalon à Tintagel, le lecteur est amené à suivre le destin de ces deux femmes qui jouissent finalement d’une grande liberté puisque la première épousera l’homme qu’elle aime et la seconde suivra la voie qu’elle désire.

Cette première partie m’a ennuyée. Je l’ai trouvé drôlement longue. Ygerne fait figure d’amoureuse transie. Certes, l’amour qu’elle voue à Uther est beau mais leur situation ne m’a pas touchée outre mesure. Quant à Morgane, je n’ai pas vraiment suivi avec exaltation son entrée parmi les prêtresses d’Avalon. Il m’a manqué un petit quelque chose pour que j’apprécie vraiment ma lecture. Les personnages m’ont paru distants, froids. Je n’ai guère accroché.

En revanche, j’ai plutôt apprécié la seconde partie du roman dédiée à Guenièvre, femme d’Arthur et à Morgane. Les choses prennent une autre voie, une nouvelle dynamique. Certes Guenièvre m’a particulièrement déplu. Je ne la voyais pas aussi bigote et mièvre. C’est une nunuche de première catégorie qui m’a fait lever les yeux au ciel plus d’une fois. Cependant, j’ai trouvé son personnage intéressant car il met en perspective l’affrontement entre la religion chrétienne et la religion païenne dédiée à la Déesse. Arthur est pris entre ces deux religions qu’il se doit d’honorer. Guenièvre va le pousser à se parjurer. J’ai réellement trouvé intéressant cette mise en scène du schisme entre deux religions, pourtant bien établies. Quant à Morgane, son personnage prend aussi une dimension plus profonde puisqu’on voit qu’elle gagne en puissance. Ses malheurs et sa douleur ne feront qu’accroître son aura mystique. A travers la rivalité Morgane/Guenièvre, on retrouve la rivalité chrétienne/Païenne et c’est toute une civilisation qui se remet en question et qui est sur le point de basculer.

Les personnages plus secondaires comme Merlin, Lancelot  ou Arthur n’apportent guère à l’intrigue puisque l’auteur fait la part belle aux femmes. Il est cependant intéressant de se pencher sur cette partie de l’histoire du point de vue féminin ce qui permet de mettre beaucoup de choses en perspective.

Au final, Les Dames du lac est un roman qui ne m’a pas transcendée. J’en attendais peut-être beaucoup. L’intrigue contemplative est parfois longue et plate. J’ai cependant apprécié la dualité entre les deux religions exacerbée par la rivalité entre Guenièvre et Morgane qui permet une réflexion plus aboutie.

Chanson douce de Leïla Slimani

 

 

Chanson douce de Leïla Slimani,

Publié aux éditions Gallimard,

2016, 227 pages.

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Je vous donne aujourd’hui mon avis sur le dernier prix Goncourt même si je sais bien que je ne vais pas révolutionner la blogo! J’ai quand même envie d’apporter mon grain de sel!

Chanson douce c’est l’histoire de Myriam, une maman qui confie ses deux enfants à Louise, une nounou super efficace. Le problème c’est que Louise tue les enfants de Myriam! Je ne vous spoile pas. Il suffit de lire la première page pour le comprendre.

Un peu comme avec l’inspecteur Colombo, Leïla Slimani commence par le meurtre des enfants. Aucun suspens sur l’identité de l’assassin puisqu’on sait qu’il s’agit de Louise, la nounou. L’auteur nous invite tout au long de la lecture à comprendre ou tenter d’apporter une explication au geste fatal de Louise. Pourquoi en est-elle arrivée là? Qu’est-ce qui l’a poussé à commettre l’irréparable? Inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée au États-Unis, le récit de Leïla Slimani propose dont au lecteur d’enquêter sur les raisons qui poussent Louise à tuer deux enfants.

L’univers du roman est sombre voire glauque. Dans les diverses interviews que j’ai pu lire ça et là, l’auteur était souvent interrogée sur l’inversion des rôles sociétaux. Myriam, une française d’origine magrébine engage Louise. Ce n’est pas tant cette inversion des stéréotypes qui m’a intéressée mais plutôt l’inversion des rôles maman/nounou. Car Louise va s’intégrer dans la famille de Myriam au point de ne pas se contenter uniquement de garder les enfants. Elle va faire le ménage tous les jours, étendre les lessives, faire les lits, repasser et surtout cuisiner. Elle prend peu peu à le rôle de Myriam.

Cette dernière, femme redevenue active, ne sait plus vraiment trouver sa place. Alors au-delà du récit glaçant qui se conclue de manière mortelle, j’ai trouvé que la réflexion de l’auteur autour de la place de la jeune maman dans la société était très intéressante. Confier ses enfants à une nounou, c’est un peu se mettre en rivalité avec elle; c’est abandonner un peu de son amour que c’est femme va, en principe, combler; c’est renoncer et ça Leïla Slimani le montre très bien à travers Myriam qui culpabilise beaucoup et que la société fait culpabiliser.

Le personnage de Louise m’a paru aussi intéressant. Bien sûr, à la lecture du roman, on sait qu’il s’agit d’une meurtrière en puissance et on guette le moindre faux pas, le moindre geste qui pourrait trahir son caractère létal. Louise m’a déstabilisée. Je l’ai trouvé insaisissable, fuyante. Elle est très ordonnée, presque maniaque chez Myriam alors que chez elle, elle vit de manière sommaire comme si sa vie se résumait au dehors, aux autres. Son passé trouble ne l’est pas suffisamment pour excuser son geste. Louise est finalement une femme banale sur laquelle personne ne se retourne jamais et c’est peut-être là, la force de l’auteur. Faire de cette femme banale et invisible, une femme extraordinaire au sens premier, littéral/

Chanson douce est un roman qui incite à la réflexion. Au-delà des meurtres infâmes, Leïla Slimani nous invite à nous pencher sur le rôles des femmes dans la société.

Récits du Vieux Royaume, Tome 1: Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski

 

 

Récits du Vieux Royaume, Tome 1: Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski,

Publié aux éditions Les Moutons électriques,

414 pages, 2010.

 

Né du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

C’est avec Maureen du Bazar de la littérature que j’ai effectué cette lecture. J’avais envie de découvrir la plume de Jean-Philippe Jaworski et quoi de mieux que des nouvelles pour se mettre en jambes? J’ai beaucoup aimé ma lecture. Ces récits denses et puissants m’ont conquise.

La plume de l’auteur est d’abord magnifique. Toutes ses phrases sont travaillées, léchées, magnifiées. Il possède un réel talent de conteur pour évoquer la magnificence d’une Cité ou au contraire le lugubre d’un bois hanté, d’une combe déserte.

Ensuite, l’auteur nous plonge au cœur d’un moyen-âge à la fois bien réel mais également fantasmé. On ne sait pas vraiment où se déroule ses histoires bien que les noms des villes évoquent tantôt l’Italie, tantôt des contrées plus au Nord et plus rudes. Jean-Philippe Jaworski créé un univers bien à lui auquel on ne peut qu’adhérer sans concession.

Enfin chacune de ses nouvelles est diablement bien ficelée et travaillée avec une grande maîtrise de l’intrigue et du suspens. Le recueil est assez dense et la lecture se fait délicieuse. Je n’ai pas trouvé qu’une nouvelle se situait au-dessous d’une autre. On peut donc saluer cette performance car les recueils de nouvelles proposent bien trop souvent des textes inégaux. Chose remarquable aussi, l’auteur donne au lecteur un fil rouge à suivre d’une nouvelle à l’autre. Il peut parfois s’agir d’un personnage ou d’un événement historique au beaucoup plus ténue, l’évocation d’une légende, d’un roi. On retrouve ainsi une certaine continuité et une cohérence entre les nouvelles.

Sans grande surprise, j’ai adoré la nouvelle « Mauvaise donne » consacrée à Benvenuto, maître assassin appartenant à la Guilde. Ce personnage plus anti-héros qu’autre chose, va découvrir qu’on la manipulé. Sous des dehors bourrus et mal dégrossis, se cache en réalité un personnage perspicace qui m’a beaucoup plu.

Certaines nouvelles comme « Le service des Dames » font explicitement référence aux histoires courtoises du moyen-âge où le chevalier, honnête, se met au service d’une Dame. C’est bien vu et bien traité de la part de l’auteur qui dépoussière le genre.

D’autres nouvelles sont beaucoup plus sombres. « Une simple offrande » nous plonge au cœur d’une guerre sanglante à la rencontre du guerrier Cecht qui devra lutter contre ses démons intérieurs pour se libérer au cœur d’une forêt bien sombre et menaçante.

Cependant mon coup de cœur revient à la nouvelle intitulée « Un amour dévorant ». J’ai frissonné d’un bout à l’autre. Un petit village, perdu au fond d’une vallée, est hantée par des fantômes baptisés les appeleurs. Ils ne trouvent pas le repos et gare à celui qui n’est pas calfeutré dans sa maison à l’heure où les ombres s’étirent sur la forêt. L’auteur a su me plonger dans une ambiance froide et emplie de légendes. J’ai adoré avoir peur et être confrontée à ces mystérieux appeleurs. C’est pour moi la nouvelle la plus réussie car elle renvoie aux peurs de l’enfance et la fin m’a véritablement secouée me faisant inexorablement penser au tableau de Millais « Ophélie« .

Janua Vera est un recueil de nouvelles inoubliables qui m’a plongée pendant quelques heures au cœur des légendes médiévales. Jean-Philippe Jaworski joue à la perfection avec le tissu mythique pour nous offrir un univers riche dans lequel la violence côtoie la beauté d’âme la plus pure.

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

 

Les Charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Pocket et Omnibus,

2007, 600 pages.

Le destin d’une femme à travers les mutations de son temps, les mystères de l’union conjugale, l’électrique confrontation entre aspirations progressistes et valeurs conservatrices… Et l’exceptionnel talent de Douglas Kennedy. Pour ses intellectuels de parents, Hannah Buchan est une vraie déception. A vingt ans, au lieu de grimper sur les barricades et de se fondre dans l’ébullition sociale des années soixante-dix, elle n’a d’autre ambition que d’épouser son petit ami médecin et de fonder une famille. Installée dans une petite ville du Maine, Hannah goûte aux charmes très, très discrets de la vie conjugale. C’est alors que le hasard lui offre l’occasion de sortir du morne train-train de son quotidien : malgré elle, Hannah va se rendre complice d’un grave délit….

Je termine le recueil de romans de Douglas Kennedy aux éditions Omnibus avec Les Charmes discrets de la vie conjugale. Si La poursuite du bonheur a été un coup de cœur, Une relation dangereuse un très bon bouquin, ce dernier livre est pour moi un poil en-dessous des autres.

L’intrigue démarre pourtant bien. Hannah est une jeune femme intelligente qui fait des études de lettres en Nouvelle-Angleterre dans les années 60. Son père, professeur à l’université, est un fervent activiste dans la lutte contre la guerre du Vietnam. Sa mère est une artiste qui ne parvient pas à s’épanouir dans leur petite ville de province. Ici Douglas Kennedy dresse avec brio le portrait d’une mère narcissique, à la limite de la perversion. Même s’il va parfois loin avec ce personnage, il permet d’expliquer en grande partie la voie qui sera choisie par Hannah.

Alors qu’elle est brillante et qu’elle pourrait partir étudier à Paris, Hannah tombe amoureuse de Dan, un étudiant en médecine. Elle fait alors le choix de se marier et d’avoir un enfant à 23 ans. S’enterrant à Pelham, un coin paumé, Hannah va vite déchanter. Elle prend conscience de la limite de ses rêves et s’enferme dans une relation morne jusqu’au jour où un ancien étudiant de son père frappe à sa porte….

Dans cette première partie du bouquin, Hannah fait donc le choix de renoncer à ses rêves pour épouser l’homme qu’elle aime et « s’embourgeoiser ». Douglas Kennedy peint avec réalisme et cruauté cette vie qu’embrasse Hannah. Coincée dans sa ville, elle devient l’épouse du médecin, condamnée à entretenir la maison et à s’occuper des enfants. Nous sommes dans les années 60 et beaucoup pensent que la place d’une femme est à la maison. Hannah a peut-être fait le mauvais choix au final. Mais qui n’a jamais renoncer à un rêve, à un projet par lâcheté et facilité? Douglas Kennedy parvient à nous intéresser à la vie bien monotone de cette femme jusqu’au moment où sa vie va basculer.

La seconde partie s’ouvre en 2003. Nous retrouvons Hannah âgée d’une cinquantaine d’années. Je ne vous dévoilerai rien sur sa vie personnelle pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir ce qu’elle est devenue. Cependant, l’intrigue se concentre ici sur la disparition de sa fille Lizzie. Le roman vire peu à peu au thriller. J’ai aimé cette direction prise par l’intrigue même si j’ai trouvé qu’elle mettait du temps à se mettre en place. C’est peut-être ce qui m’a un peu déçue dans ma lecture car je ne voyais vraiment pas du tout où l’auteur voulait en venir. Néanmoins, le roman monte en puissance et comme dans presque tous les Douglas Kennedy, il y aura une chute retentissante. Le passé trouble d’Hannah va refaire surface et cette dernière va devoir affronter ses erreurs.

Les Charmes discrets de la vie conjugale n’est pas le meilleur roman de Douglas Kennedy. Cependant, j’ai passé un très bon moment avec Hannah. J’ai adoré la manière qu’il a, parfois très cruelle, de disséquer la vie de couple et ses aléas. Je remercie une nouvelle fois les éditions Omnibus de m’avoir fait confiance en m’envoyant ce recueil de romans dédié à ses héroïnes. 

 

 

 

Une relation dangereuse de Douglas Kennedy

 

 

Une Relation dangereuse de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Pocket et aux éditions Omnibus,

2005, 532 pages.

 

En mission au Moyen-Orient, Sally rencontre Tony.
Elle est reporter au Boston Post, il est journaliste au Chronicle.
Elle est pétillante, il est charmeur.
Elle est célibataire, lui aussi.
Ce qui doit arriver arrive: coup de foudre.
Mais Sally ignore que le rêve va virer au cauchemar.
Et que le pire viendra de celui qu’elle pensait pourtant bien connaître, son mari…

Je continue mon exploration des titres de Douglas Kennedy avec ce deuxième roman qui fait partie du recueil Mes Héroïnes aux éditions Omnibus.

Après avoir dévoré La poursuite du bonheur, j’ai trouvé que ce roman-là était peut-être un cran en-dessous. Je l’ai cependant énormément apprécié et une fois de plus, je reconnais le talent de conteur de Douglas Kennedy.

Tout commence au Caire. Sally est grand reporter pour un journal de Boston. Elle est dépêchée en urgence en Somalie pour couvrir l’actualité. Dans l’hélicoptère qui la mène sur les lieux du drame, elle rencontre Tony, lui aussi reporter pour un journal londonien. Entre eux c’est le coup de foudre immédiat. Sally tombe rapidement enceinte. Contre toute attente, Tony épouse Sally et le couple décide de mener une vie plus rangée à Londres. Enceinte, déracinée, seule à Londres, Sally va connaître l’enfer…

Quand on connaît l’auteur, on se doute bien que l’histoire d’amour entre Sally et Tony va virer au cauchemar. Son héroïne est ici une américaine confronté aux doutes puis au désespoir. Il dissèque une fois de plus l’essoufflement de la passion, le devoir quotidien qui s’impose inéluctablement, la routine monotone. Sally et Tony ont fait dès le départ le mauvais choix mais ce que démontre surtout Douglas c’est qu’ils sont totalement incompatibles en raison de leur éducation et de leur culture. Sally est une américaine de la côte Est qui tente de rester toujours optimiste et de croire en sa chance; Tony est un anglais pur souche qui voit la vie comme une série d’ennuis. Ce dernier est un personnage particulièrement antipathique qui m’a excédée dès le début du roman. On le sent faux, hypocrite et égoïste. Bref, un pauvre type!

Quant à Sally, l’auteur ne va pas être tendre avec elle. Elle va d’abord vivre une grossesse et un accouchement difficile. Elle va ensuite sombrer dans une grave dépression à la suite de la naissance de son enfant. L’auteur s’attaque ici à un sujet délicat: la dépression post-partum. Sans sombrer dans le pathos, il nous montre la descente aux enfers de Sally avec justesse. Jusqu »où ira-t-elle dans son marécage intérieur? J’ai aimé ce personnage à la personnalité complexe. En bonne américaine, elle ne mâche pas ses mots et elle fait preuve d’une grande combattivité.

Et puis, comme dans chaque Douglas Kennedy, le point de rupture arrive. Encore une fois, je salue les talents de conteur de l’auteur. Il m’a été très difficile de m’arracher à ma lecture tellement prenante. Suivre les affres de Sally a été tellement passionnant pour moi. Les 500 pages de ce gros pavé ont filé à toute vitesse! Tony s’enfonce dans son égoïsme. Sally devra batailler ferme pour s’en sortir.

Avec Une relation dangereuse, Douglas Kennedy nous offre un roman fort et captivant qui m’a profondément marquée!

Les sentiers des astres, Tome 1: Manesh de Stefan Platteau

 

 

Les sentiers des astres, Tome 1: Manesh de Stefan Platteau,

Publié aux éditions J’ai lu,

2016, 736 pages.

 

 

 

 

Quelque part dans la nordique forêt du Vyanthryr, les gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve vers les sources sacrées où réside le Roi-diseur, l’oracle dont le savoir pourrait inverser le cours de la guerre civile. À bord, une poignée de guerriers prêts à tout pour sauver leur patrie. Mais qui, parmi eux, connaît vraiment le dessein du capitaine ? Même le Barde, son homme de confiance, n’a pas exploré tous les replis de son âme. Et lorsque les bateliers recueillent un moribond qui dérive au fil de l’eau, à des milles et des milles de toute civilisation, de nouvelles questions surgissent. Qui est Le Bâtard ? Que faisait-il dans la forêt ? Est-il un danger potentiel, ou au contraire le formidable allié qui pourrait sauver l’expédition de l’anéantissement pur et simple ?

J’ai eu la chance de pouvoir lire le Tome 1 des Sentiers des astres grâce à la dernière masse critique de Babelio. Dans son édition J’ai Lu, un peu un cran en dessous de celle des éditions des Moutons électriques (mais ils restent imbattables de ce côté-là), je me suis plongée à corps perdu dans Manesh. Autant vous le dire tout de suite, c’est un coup de cœur. Stefan Platteau est un conteur né qui déploie un univers complexe mais surtout une langue extrêmement bien travaillée.

Son roman est construit sur le principe du récit enchâssé. Le premier récit est celui du barde, à bord d’une gabarre qui remonte un fleuve ancestral. A bord du bateau, on découvre des guerriers tous aguerris, tous fidèles à leur chef Rana. Ils sont en mission dont le but sera dévoilé bien plus tard. Alors qu’il remonte le fleuve, les guerriers repêchent un homme bien mal en point, accroché à une branche dérivante. Il s’agit de Manesh. Le barde et ses compagnons vont tout faire pour le sauver. Entre Manesh et le barde, une complicité commence à naître. Le barde demande alors à Manesh de lui raconter comment il s’est retrouvé dans cette situation.

Le récit enchâssé commence donc quand Manesh se livre. Conteur hors pair, il va remonter jusqu’à ses origines extraordinaires car Manesh n’est pas un homme comme les autres. Ainsi les souvenirs de Manesh remontent à la surface, métaphore de ce fleuve que les guerriers de Rana remontent également. Les deux histoires se rejoindront tôt ou tard…

Stefan Platteau créé une atmosphère très particulière. Son roman est imprégné de mythologie celte et hindoue et cela fonctionne très bien. Les hommes remontent un fleuve brumeux dont les berges mystiques sont dangereuses. Le récit de Manesh est entouré d’un halo de mystère dans lequel les dieux et les hommes se côtoient. Certaines scènes sont très oniriques presque magiques comme lorsque les guerriers débarquent sur une île bien étrange. L’auteur invoque des divinités parfois attendrissantes souvent cruelles. Il montre que les hommes de Rana ne sont que des hommes sur le grand échiquier de l’univers. Pas d’héroïsme mal venu ici et c’est tant mieux.

Les personnages sont donc un point fort du récit. Il y a d’abord le barde, un être empli de poésie, qui cherche à connaître l’identité de Manesh. Les guerriers qui l’entourent ne sont pas simplement esquissés. Ils possèdent tous une personnalité propre et le lecteur n’a qu’une envie: en savoir plus sur eux. Quant à Manesh, c’est un être mystérieux et complexe qui n’a cessé de m’intriguer et de m’étonner tout au long du récit.

Enfin, la plume de l’auteur mérite d’être saluée. Stefan Platteau déploie une langue somptueuse et travaillée. Il sait parfaitement créer un sentiment de malaise lorsqu’il le faut. J’ai, notamment vers la fin du roman, eu le sang glacé à la description de certaines scènes à la fois onirique et cauchemardesque (le son des cornes de brume me hantent encore). Son style est peut-être parfois contemplatif à force de descriptions mais j’ai adoré cet univers justement foisonnant.

Avec ce conte qui tient à la fois des mythologies nordiques et indiennes, Stefan Platteau nous offre un récit somptueux où les hommes côtoient les dieux dans une langue sublime. Manesh est un premier tome envoûtant qui m’a littéralement emportée loin sur les rives du fleuve aux mille dangers.

La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

 

 

La Poursuite du bonheur dans le recueil Mes héroïnes de Douglas Kennedy,

Publié aux éditions Omnibus,

2015, 1376 pages.

 

Un jour d’enterrement bien triste. Une vielle dame, dans le cortège, qu’elle n’a jamais vu. Kate Malone l’ignore encore mais, alors que son passé entre en terre, un autre, inconnu, s’apprête à éclater au grand jour…
Cette histoire occulte commence à Greenwich Village, au lendemain de la guerre. Tout ce que la jeunesse de Manhattan compte d’artistes excentriques et prometteurs tente d’oublier trois ans d’horreur dans l’appartement enfumé du dramaturge Eric Smythe.
Un premier Thanksgiving sous le signe de la paix. Dans le joyeux désordre de ce soir de fête, Jack Malone liera à jamais son destin à celui de Sara. Malgré l’ombre grandissante de la chasse aux sorcières, malgré la mort, malgré l’Amérique, ces deux-là se battront, jusqu’au bout, pour leur droit au bonheur…

Merci aux éditions Omnibus qui, après m’avoir fait parvenir l’anthologie Des Héros ordinaires, m’ont envoyé cette fois-ci Mes héroïnes. Là encore, j’apprécie le travail éditorial avec un beau pavé réunissant 3 romans de Douglas Kennedy, tout ça sur papier bible!

J’ai commencé la lecture de ce recueil par le commencement avec La poursuite du bonheur. Publié en 2001 chez Belfond, Douglas Kennedy nous livre ici un roman puissant. C’est simple: je n’ai pas vu défiler les 524 pages de ce roman vraiment prenant.

L’intrigue démarre dans un cimetière. Kate enterre sa mère, Dorothy. Cette dernière a vécu une existence morne, recluse et triste. Le soir même, Kate reçoit une lettre d’une certaine Sara Smythe. Celle-ci souhaite la rencontrer car elle aurait très bien connu les parents de Kate, notamment son père Jack, décédé alors que Kate n’était qu’un bébé.

D’abord méfiante, Kate ne répond pas au courrier de Sara puis devant sa détermination elle accepte de la rencontrer. Sara va alors lui raconter son histoire liée à celle de Dorothy mais surtout celle de Jack….

Douglas Kennedy nous livre donc ici un récit enchâssé. Kate, en quête de la vérité, va écouter patiemment le récit de Sara et découvrir le visage d’un père qu’elle n’a pas connu.

L’auteur a le chic pour nous embarquer dans une atmosphère délicieuse. Il situe son histoire dans le New York des années 50 et le fait revivre d’une façon merveilleuse. Sara est alors une jeune femme pleine d’ambitions littéraires. Avec son frère Charlie, elle va vivre une existence libre faite de soirées en boîte de jazz et de rencontres. J’ai vraiment aimé cette ambiance dans laquelle se lovent les protagonistes. Sara est une jeune femme en avance sur son temps. Éprise de liberté, elle va rencontrer Jack lors d’une soirée. Sa vie en sera bouleversée.

La narratrice nous raconte sa vie faites de joie mais surtout de chagrins multiples. Derrière cette histoire, Douglas Kennedy nous raconte en réalité l’Amérique des années 50: la valeur sociale du mariage, l’emprise des hommes sur les femmes, l’ostracisme lié à la bien-pensance. C’est assez terrible finalement et Sara devra se battre tout au long de sa vie. Les passages où elle est confrontée à sa belle-mère manipulatrice sont terrifiants et glaçants. Se conformer aux apparences, telle est la loi dans cette Amérique puritaine.

Douglas Kennedy entremêle savamment les fils de son intrigue. A l’intrigue sentimentale de Sara, il superpose une intrigue plus politique et dénonce le Maccarthysme de l’époque. C’est intelligent et tout à la fois effrayant. Charlie devra faire un choix cornélien pour sauver sa peau. Kennedy dissèque à la perfection la machine de guerre américaine qui se livre à une chasse aux sorcières pour éradiquer la menace communiste. Tel un pantin de bois, Charlie se retrouvera au cœur d’une machination perverse.

Enfin, le rythme du roman est haletant. On ne peut pas s’empêcher de tourner les pages du livre pour savoir ce qu’il va advenir de Sara. Son éducation puritaine est finalement et paradoxalement ce qui lui sauvera la peau.

Dans La poursuite du bonheur, Douglas Kennedy entraîne le lecteur dans une intrigue haletante et brillante. Il nous mène par le bout du nez et dresse un portrait extraordinaire de Sara, une vraie héroïne.