Le Cœur du pélican

 

 

 

Le cœur du pélican de Cécile Coulon,

Publié aux éditions Points,

2016, 260 pages.

 

 

 

 

 

 

Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend. Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme…

Sans concession, Cécile Coulon nous livre avec Le Cœur du pélican un roman âpre dont il est difficile de se remettre. Elle place au cœur de son récit, Anthime et Helena, frères et sœurs, ivres d’un amour fou qu’ils ne veulent pas s’avouer. Alors que les deux ados emménagent dans une banlieue tranquille, Anthime se prend de passion pour l’athlétisme. Grâce à ce sport, le garçon va gravir tous les échelons, portés par des nuées de supporters jusqu’à la chute finale, au gouffre qui l’engloutira lui et les siens.

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L’auteur parvient avec beaucoup de justesse mais aussi de cruauté à dresser le portrait de vies banlieusardes mornes, sans relief mais pas sans intérêt. Anthime est élevé par des parents aimants qui mènent une vie complètement ordinaire jusqu’au jour où il découvre qu’il est doué pour la course. Anthime est alors pris dans l’engrenage du succès mais Cécile Coulon ne laisse pas les choses devenir aussi simples. Anthime en veut à la terre entière mais ne dit rien. Chaque personnage semble pris d’une inertie implacable un peu comme des personnages de tragédie attendant le déroulement funeste de leur destin.

C’est à la fois sombre et terriblement beau; dur aussi car chacun peut se reconnaître dans ces vies décrites sans cesse gâchées, ratées,mornes. Finalement il ne se passe pas grand chose dans ce roman mais le lecteur observe tous ces personnages qui se débattent tels des insectes avec la vie. C’est à la fois passionnant et terrifiant; repoussant et fascinant.

J’ai beaucoup aimé Le Cœur du Pélican, un roman qui ne laisse pas indemne son lecteur, un récit qui prend aux tripes jusqu’à la dernière page.

Ciel d’acier de Michel Moutot

 

Ciel d’acier de Michel Moutot,

Publié aux éditions Points

2016, 440 pages.

 

 

 

 

 

En ce 11 septembre 2001, John LaLiberté, dit Cat, indien mohawk et ironworker (monteur d’acier), travaille au sommet d’un nouveau building à Manhattan. Lorsque les Twin Towers s’effondrent il se précipite, chalumeaux en main pour participer au déblaiement des gravats, à la recherche de survivants. Dès lors les impressions de Cat dans l’enfer de ground zero s’entrecoupent de chapitres sur l’histoire des Mohawks.
Dans sa tribu indienne, le métier d’ironworker se transmet de père en fils. De la construction d’un pont sur le Saint-Laurent à celle de Liberty Tower, en passant par l’édification du World Trade Center où le père de John trouva la mort, c’est l’histoire de l’Amérique toute entière qui se reflète dans celle de ce peuple.

 

Merci aux éditions Points pour l’envoi de ce roman dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Points 2016 car je n’aurais jamais eu l’idée de me plonger dans ce type de lecture. Ciel d’acier met en scène les ironworkers, ces types qui construisent, assemblent, soudent les poutres des plus hauts gratte-ciel du monde. Michel Moutot nous fait pénétrer dans un univers d’acier, de sueur et de testostérone et on en redemande car il a su traiter son sujet avec un regard admiratif qui sublime le travail de ces types hors du commun.

Dans ce roman on suit trois ironworkers à trois époques différentes. Il y a d’abord Manish Rochelle, indien mohawk, qui vit au Canada dans les années 1900. Il va s’engager sur un des chantiers les plus vastes jamais menés au Canada avec la construction d’un pont enjambant le Saint-Laurent. A cette époque, les indiens sont réputés pour leur témérité à l’épreuve du vertige, réputation reposant d’ailleurs sur des « on-dit ». Ces Indiens trouvent du travail aux côtés des Irlandais, des Français et des Anglais. Le racisme n’est jamais très loin mais le métier d’ironworker fait vivre la tribu. On suit donc ces hommes qui à mains nues bâtissent des ponts, des bâtiments, bravant le froid, la chaleur et la peur.

On suit également Jack LaLiberté, descendant de Manish. Il est aussi ironworker. Il travaille à l’édification du World Trade Center, en 1970, la plus haute tour du monde jamais construite. On suit Jack, entre les États-Unis le Canada, dans la tribu, pour voir femme et enfants. Jack est un homme prit en étau entre son désir de liberté qu’il concrétise aux États-Unis et son devoir d’Indien, au Canada dans sa tribu. Comment concilier tradition et désir de modernité?

Enfin, on suit John LaLiberté, fils de Jack en 2001. Il assiste en direct à la chute des deux tours, construites par son père. Sans réfléchir, John s’engage aux côtés des pompiers et des policiers pour déblayer les décombres et trouver des rescapés. Clairement, c’est la partie qui m’a le plus enflammée et passionnée! L’auteur met en lumière le travail des ironworkers qui ont, pendant plus d’un an, démonté les centaines de tonnes d’acier écroulées lors de cette catastrophe. Leur importance a été capitale et nombreux sont les travailleurs qui en ont payé chèrement le prix à respirer des poussières hautement toxiques, à trouver des morceaux de corps humains disparates, à contempler chaque jour l’horreur la plus totale.

Miche Moutot nous entraîne au cœur de la tragédie sans voyeurisme. Il nous montre ces hommes de l’ombre, véritables héros au même titre que les pompiers et les policiers. C’est prenant, haletant. Le roman du World Trade Center alterne avec le passé, éclairant l’importance du métier d’ironworker au sein de la tribu mohawk. Je ne pensais pas me prendre de passion pour ces ouvriers, casque sur la tête, outil à la ceinture.

Michel Moutot nous offre une tranche de vie mais aussi une tranche d’Histoire à travers le récit de ces ironworkers. Captivant, passionnant, je recommande ce roman à tous ceux qui veulent voir l’envers du décor et découvrir ceux que l’on peut véritablement appeler des héros aujourd’hui.

Hérétiques de Leonardo Padura

 

Hérétiques de Leonardo Padura,

Publié aux éditions Points,

714 pages, 2016.

 

 

 

 

 

 

En 1939, le S.S. Saint-Louis, transportant quelque 900 juifs qui avaient réussi à fuir l’Allemagne, resta plusieurs jours ancré au large du port de La Havane à attendre l’autorisation de débarquer ses passagers. Le jeune Daniel Kaminsky et son oncle avaient attendu sur le quai l’arrivée de leur famille, sûrs que le trésor qu’ils transportaient convaincrait les fonctionnaires chargés de les contrôler. Il s’agissait d’une petite toile de Rembrandt qui se transmettait dans la famille depuis le XVIIe siècle. Mais le plan échoua et le navire remporta vers l’Allemagne tout espoir de retrouvailles.
Des années plus tard, en 2007, le tableau est mis aux enchères à Londres et le fils de Daniel Kaminsky se rend à Cuba pour savoir ce qui s’y était passé concernant sa famille et le tableau. Il réussit à convaincre le détective Mario Conde de l’aider. Celui-ci, reconverti dans le commerce des livres anciens, découvre que cette toile représentant le visage du Christ était le portrait d’un jeune homme juif travaillant dans l’atelier de Rembrandt et y ayant étudié la peinture, contre toutes les lois des religieux.

Je continue mon exploration des romans publiés chez Points en lice pour le Prix du Meilleur Roman Points 2016. Hérétiques me faisait peur à cause de sa taille: pavé de 700 pages, écrit relativement petit! Je me suis lancée grâce à mes camarades qui vivent la même aventure que moi au sein du jury. Hérétiques est une lecture qui s’est avérée plaisante et prenante même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi!

Le roman se divise en 3 parties: Le livre de Daniel, le livre d’Élias et le livre de Judith. Toute l’intrigue résonne autour d’un fameux tableau de Rembrandt représentant le Christ. En 1939, ce tableau est en possession d’une famille juive qui fuit l’Allemagne pour Cuba, espérant y trouver refuge. Le Rembrandt est leur monnaie d’échange. Hélas, à Cuba, les autorités refusent que les passagers débarquent. Le petit Daniel Kaminsky, envoyé avant la guerre à Cuba, voit sa famille repartir pour l’Allemagne. Il apprendra plus tard qu’elle aura été exterminée à Auschwitz. De nos jours à Cuba, un certain Élias, petit-fils de Daniel Kaminsky, vient trouver le Conde, ex-flic, afin qu’il enquête. En effet, le Rembrandt ayant appartenu à sa famille a mystérieusement fait sa réapparition dans une salle des ventes à Londres. Qui a trahi les Kaminsky en 1939, leur faisant miroiter une vie à Cuba contre le célèbre tableau?

L’enquête menée par le Conde va l’emmener à contempler la noirceur de l’humanité. A travers un savant jeu de retours en arrière, l’auteur nous entraîne dans le Cuba des années 40 et celui, plus récent, des années 2000. Outre l’intrigue très prenante, qui place Daniel au cœur de l’intrigue, Leonardo Padura se livre à une réflexion intéressante sur la judéité. Qu’est-ce qu’être juif en 1939? En 2008?

Il nous entraîne aussi dans les ruelles de Cuba, une île coincée entre une dictature féroce et une envie folle de goûter à la liberté, éperdument tendue vers l’Occident et les USA. Son personnage du Conde m’a tout de suite plu. C’est un loser, un raté terriblement attachant qui vit au jour le jour, pourvu qu’il ait une bouteille de rhum sous la main et un bon bouquin!

Si j’ai aimé la première partie consacrée à Daniel et sa famille, j’ai un peu moins apprécié la deuxième qui nous entraîne au 17ème siècle à Amsterdam sur les traces de l’origine de ce tableau de Rembrandt. La lecture devient alors plus exigeante. C’est peut-être ce qui m’a gênée. Le lecteur est moins dans l’intrigue haletante du début mais suit le cheminement intérieur d’Élias, un jeune juif qui choisit de devenir peintre, bafouant ainsi toutes les règles religieuses de sa communauté. C’est tout de même un beau moment de littérature que de voir ce jeune homme faire un choix: celui du libre arbitre dans un monde où Dieu est la seule référence.

Enfin la troisième partie m’a moins convaincue. Pour lever le mystère sur la réapparition du tableau de Rembrandt, l’auteur passe par des détours dont il aurait pu s’abstenir. Cette dernière partie m’a fait l’effet d’une pièce rapportée même si elle n’est pas dénuée d’intérêt. J’avais parfois l’impression que cette ultime intrigue, tournant autour de la disparition d’une adolescente, n’avait plus de lien avec le reste du roman.

Hérétiques demeure un roman haletant qui nous entraîne au cœur de Cuba. Si j’ai aimé la première partie du roman, la suite m’a un peu moins séduite. J’ai cependant passé un agréable moment en compagnie de Mario Conde, regrettant presque de refermer le livre.

Academy street de Mary Costello

 

Academy Street de Mary Costello,

Publié aux éditions Points,

2016, 189 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tess a sept ans lorsque sa mère meurt de la tuberculose. Nous sommes en Irlande dans les années 40, dans le vaste domaine familial d’Easterfield. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale. Tess a vingt ans lorsque des études d’infirmière la poussent à Dublin ; peu après, sa sœur Claire lui propose de venir tenter comme elle sa chance à New York. La vaste métropole et le tourbillon des années 60 emportent la timide jeune femme vers son destin.

Academy Street fait partie du dernier envoi des éditions Points. La couverture, très belle, m’a poussée à ouvrir ce petit roman d’à peine 200 pages. Au final, je suis assez mitigée. Je ne peux ni dire que j’ai aimé ce roman ni affirmer que je ne l’ai pas apprécié.

Commençons par les points positifs. L’écriture (et donc la traduction) est juste magnifique. Mary Costello manie divinement bien la langue et toutes ses nuances. Elle a un style vraiment très beau. Au début du roman, j’ai véritablement eu les larmes aux yeux lorsqu’elle décrit la détresse de Tess qui assiste à l’enterrement de sa mère. L’auteur raconte avec justesse toute l’incompréhension de la petite Tess, âgée de 7 ans, qui ne saisit pas vraiment ce qui se déroule sous les yeux. La scène inaugurale est déchirante.

J’ai apprécié aussi la partie du roman qui se déroule en Irlande. La famille de Tess est nombreuse. Le père n’est pas tendre avec ses enfants et on imagine sans peine la dureté et les peines dans la vie de Tess. L’auteur nous plonge dans une Irlande à la fois belle et cruelle. J’ai beaucoup adoré cette atmosphère sauvage.

Cependant la suite du récit m’a beaucoup moins emballée. Alors que Tess devient infirmière, elle décide de rejoindre sa sœur Claire à New-York. Là-bas, la jeune femme va vivre une existence faite de labeur et de solitude. En réalité, l’histoire de Tess est intéressante. Cette jeune fille va vivre une partie du rêve américain en s’intégrant à la société et en travaillant mais c’est l’héroïne en elle-même qui ne m’a pas plu. Tess est molle, passive et se complaît dans une attitude attentiste. J’ai eu envie de la secouer comme un prunier tout au long du livre. Tess est « molle du genou » et c’est peu dire! Elle semble assister à sa propre vie, ne prend guère d’initiative et reste dans une inertie qui m’a parfois exaspérée.

Son destin ressemble à celui d’une héroïne tragique mais sans le sang et les larmes…. Tess semble être écrasée par la fatalité et ne fait, en tout cas, rien pour aller de l’avant.

Si Academy street a su m’émouvoir à certains moments, le personnage de Tess bien trop timoré à mon goût m’a ennuyée. C’est vraiment dommage car l’écriture de l’auteur est magnifique et nous emmène loin dans l’émotion. 

L’enfant du lac de Kate Morton

 

L’enfant du lac de Kate Morton,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2016, 632 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1933. Comment Theo Edevane, adorable poupon de onze mois, a-t-il pu disparaître durant la nuit de la Saint-Jean ? Les enquêteurs remuent ciel et terre, mais l’enfant demeure introuvable. Pour les parents comme pour les filles Edevane, la vie ne sera plus jamais la même après ce drame. La maison du lac, la propriété tant aimée, est fermée et laissée à l’abandon.
Soixante-dix ans plus tard, Sadie Sparrow, jeune détective londonienne en vacances dans les Cornouailles, curieuse et momentanément désœuvrée, s’intéresse à cette mystérieuse disparition. Elle reprend l’enquête, au grand dam de l’une des sœurs aînées de Theo, Alice, devenue écrivain à succès.

Je vais commencer ma chronique en remerciant les éditions Presses de la Cité. Mer, merci, merci mille fois de m’avoir laissé choisir ce roman dans votre catalogue et de m’avoir fait confiance en me l’envoyant car L’enfant du lac est un coup de cœur. J’ai adoré ce roman d’un bout à l’autre et je n’avais qu’une envie, le soir en rentrant du boulot: reprendre ma lecture et lire, lire, lire…

Kate Morton est une écrivaine vraiment douée. Son écriture est belle, sublime. Elle sait extrêmement bien décrire les passions amoureuses et les affres du tourment. Je me suis laissée porter par sa langue, par ses mots, tous bien choisis. Chapeau bas au traducteur qui lui aussi a fourni un travail magnifique.

L’auteur nous entraîne donc en Cornouailles dans les années 30 dans une maison bourgeoise et aimante. Si vous avez aimé l’univers de Downton Abbey ou de Daphné du Maurier, vous adorerez ce roman. On y retrouve la famille Edevane lors de la fête du solstice. Alors que la fête bat son plein, le petit Théo âgé de 1 an disparaît. A-t-il été enlevé? A-t-il été tué? L’enquête à l’époque n’a rien donné et Théo est resté dans les brumes de la mémoire.

En 2003, l’inspecteur Sadie Saprrow est mise à pied par sa hiérarchie qui lui propose de prendre des vacances histoire de se faire oublier quelques temps. Sadie se rend en Cornouailles, chez son grand-père Bertie. Lors d’un footing, elle tombe sous le charme du manoir des Edevane, alors à l’abandon. En se renseignant, Sadie apprend la disparition du petit Théo, 80 ans plus tôt. Elle décide de reprendre l’enquête…

Ce roman vous entraînera dans les méandres de la mémoire. Kate Morton a créé une histoire de famille incroyable qui nous entraîne loin. A travers la disparition de Théo, elle raconte aussi la déliquescence d’une famille, d’un couple. Elle passe au crible l’évolution de toute une génération d’enfants, passée d’un monde fait de codes et de règles à un monde technologique dans lequel les jeunes filles portent des pantalons et non plus de grandes robes à crinoline.

Les personnages qu’elle décrit nous sont rendus attachants par leur histoire, leurs envies et leur démons qui les lient à jamais au domaine des Edevane. Kate Morton a le don pour nous plonger au cœur des secrets familiaux avec énormément d’intelligence et de suspens.

L’ambiance du roman est incroyable. J’ai adoré cette famille nichée au cœur des Cornouailles, dans leur paradis terrestre qui va éclater en morceaux. Lorsqu’on suit Sadie, en 2003, on retrouve un manoir presque intact qui attend son réveil telle la Belle au bois dormant.

L’enfant du lac est une vraie réussite. Ce roman vous tiendra en haleine jusqu’à la toute dernière page. On peut dire de Kate Morton qu’elle est la digne héritière de Daphné du Maurier. Cette dernière serait d’accord avec moi et ne l’aurait pas reniée!

Memorex de Cindy van wilder

 

Memorex de Cindy van Wilder,

Publié aux éditions Gulf Stream,

2016, 403 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2022. Cela fait un an que la vie de Réha a basculé. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l’île familiale. Un an qu’Aïki, son frère jumeau, son complice de toujours, s’est muré dans une indifférence qui la fait souffrir. Le jour de ce sinistre anniversaire, la famille est réunie sur l’île : c’est le moment de lever les mystères, les tabous, les rancoeurs que Réha ressasse depuis un an. Au coeur de l’énigme : Memorex, la multinationale pharmaceutique de son père, ainsi que ses expérimentations sur la mémoire. Des expérimentations qui attisent les convoitises de personnages puissants et sans scrupules, prêts à tout pour accomplir leurs rêves les plus fous.

Grâce à la dernière masse critique de Babelio et aux éditions Gulf Stream, j’ai eu la chance de découvrir en avant-première le nouveau roman de Cindy van Wilder. J’avais adoré sa trilogie des Outrepasseurs et j’avais vraiment hâte de lire autre chose venant de sa plume. Si Memorex n’est pas un coup de cœur, j’ai quand même apprécié cette histoire haletante

Réha et son frère Aïki ont perdu leur mère il y a un an dans un attentat. Depuis, les deux jeunes adolescents se sont éloignés l’un de l’autre. Aïki a énormément changé et n’est plus du tout le même. Après ce traumatisme, Réha a du mal à renouer avec son frère. Les deux ados doivent se rendre sur Star Island, l’île privée de leur père, afin d’y célébrer la mémoire de leur défunte mère. Mais rien ne va se passer comme prévu car leur père, à l’origine d’une grande découverte scientifique, attire toutes les convoitises. Réha va découvrir une vérité qui fait très mal…

Cindy van Wilder a le chic pour créer des intrigues haletantes  qui nous tiennent d’un bout à l’autre du roman. Elle livre au lecteur un huis-clos fascinant et rythmé qui ne laisse aucune place aux temps morts. Kassa, le père des jumeaux, semble ne pas avoir tout dit sur les circonstances de l’attentat. Pour Réha, c’est l’heure de vérité. Il vous faudra attendre la toute fin du roman pour connaître tous les tenants et aboutissants de l’enquête de Réha et la fin laisse vraiment songeur.

J’ai particulièrement aimé l’ambiance créée par l’auteur. Les personnages se retrouvent coincés sur une île comme dans les Dix Petits nègres d’Agatha Christie. Malgré le cocon dans lequel ils semblent enveloppés, on sent qu’ils n’y sont pas en sécurité. La tension monte de plus en plus au fil des pages jusqu’à ce qu’un événement « dramatique » survienne. A partir de là, Cindy van Wilder lance les chiens et la gentille petite réunion de famille se transforme en un thriller survolté.

Le seul bémol que j’adresserai au roman sera pour l’héroïne principale Réha. C’est une fille comme je les aime dans les romans: forte, avec du charisme, pas du tout nunuche. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu du mal à m’attacher à elle peut-être justement parce qu’elle est « trop » forte ou cherche à nous le faire croire. Mais ce n’est que mon sentiment vis-à-vis de ce personnage qui reste intriguant et très intéressant.

Memorex est un bon roman, plein de surprises jusqu’à la dernière page. L’écriture fluide et travaillée de l’auteur vous plonge dans un univers captivant et haletant. Si vous avez aimé Les Outrepasseurs, vous n’avez pas d’excuse: Foncez!