Un bébé si je peux de Marie Dubois

 

Un Bébé si je peux de Marie Dubois,

Publié aux éditions Massot,

2021, 135 pages.

PMA, FIV : un parcours de combattante raconté en bande-dessinée.
C’est un pays dont on tait le nom. Une jungle de sigles et de termes scientifiques. On pensait ne jamais y échouer. On s’y sent seul, incompris. Parfois même honteux. On y éprouve sa féminité, sa masculinité, son estime de soi, sa libido. Ce pays, c’est l’infertilité. 20 % de la population le traverse, un couple sur cinq. Marie Dubois y a passé sept ans. Sept longues années de montagnes russes émotionnelles pour tenter d’avoir un bébé.  » C’est dans ta tête ! « , lui disait-on. L’auteure démonte cette idée reçue qui culpabilise, et révèle avec intelligence et humour comment l’infertilité est devenue un problème de santé publique.

Marie Dubois sait de quoi elle parle! Avec son compagnon, elle a essayé de faire un bébé pendant des années sans résultat! On les déclare infertile. Marie se lance dans le parcours difficile de la PMA puis de la FIV. Elle nous raconte ici sans tabou et avec beaucoup d’humour les épreuves qu’elle a traversées.

A travers ses dessins, ses mots, Marie se confie au lecteur. C’est d’abord le choc d’apprendre qu’elle forme un couple infertile avec son compagnon. Puis c’est la violence des mots, ceux des soignants, ceux de l’entourage. Avec beaucoup d’humour et de recul, Marie nous confie son parcours. L’annonce à la famille et aux amis, les mots qui se veulent réconfortants mais qui blessent, les clichés, les remarques maladroites. Et puis ensuite, l’attente: les premiers rendez-vous chez le médecin et la souffrance pour Marie, surtout. Elle nous explique simplement le parcours du combattant de milliers de couples en France: la PMA, la FIV. C’est toujours avec beaucoup d’humour qu’elle nous raconte tout ça! A la manière d’un journal très bien documenté, elle permet à tous de comprendre ce par quoi passent tous ces couples.

Son témoignage se veut plein d’espoir, souvent très poignant! J’ai beaucoup ri à la lecture de cette BD mais j’ai aussi eu la gorge serrée. On a tous autour de nous (ou on a été soi-même) un couple qui a des difficultés à avoir un enfant! A travers les dessins de Marie, j’ai enfin su (un peu) ce que pouvait ressentir ces couples en détresse.

Avec « Un bébé si je peux », Marie Dubois nous offre une lecture poignante, pleine d’humour, pour tous!

Le Grimoire d’Elfie, Tome 1: L’île presque de Audrey Alwett, Christophe Arleston et Mini Ludvin

 

Le Grimoire d’Elfie, Tome 1: L’île Presque de Arleston, Alwett et Mini Ludvin,

Publié aux éditions Drakoo,

2020, 80 pages.

Elfie et Magda vivent depuis la mort de leur mère chez une tante acariâtre. Mais un jour leur sœur aînée revient de Londres : elle a transformé un bus anglais en librairie ambulante pour aller de village en village. Une nouvelle vie commence ! Leur première étape les amène dans une île bretonne où de vieilles rancœurs secouent la population, pour un mystérieux timbre perdu. Mais surtout, Elfie découvre qu’elle a hérité des talents de sorcière de sa mère, et d’un grimoire qu’elle doit nourrir de ses écrits.

Le Grimoire d’Elfie est une BD très mignonne et toute douce qui met en scène Elfie et ses sœurs Magda et Louette. Après la perte de leurs parents dans un incendie, Magda et Elfie sont allées vivre chez leur tante Delphine mais les deux filles ne s’y sentent pas bien. Quand Louette, leur sœur aînée de 18 ans, débarque, les filles s’empressent de monter dans son bus anglais aménagé en librairie. Les voilà toutes les trois sur les routes à bord du bus-librairie!

Cette première aventure permet au lecteur de se familiariser avec les trois filles à bord de ce bus pas comme les autres. Elles font d’abord faire étape sur l’île bretonne de Kermalo. C’est là que Louette va remettre à Elfie le grimoire laissé en héritage par leur mère, Mélusine. En fait de grimoire, il s’agit plutôt d’un carnet aux pages blanches qui invitent Elfie à écrire des histoires. Mais bien vite, la fillette se rend compte que ce grimoire est magique

J’ai tout simplement adoré cette histoire qui parle de sororité, de magie blanche et de livres. Les dessins sont colorés et tendres. Elfie est un personnage drôle et attachant. C’est une sorcière qui va découvrir le pouvoir de créer. Les auteurs n’ont pas oublié non plus de faire de Louette et Magda des sœurs à part entières: disputes, fous rire et réconciliations nous font voir cette famille avec tendresse. C’était vraiment une très belle lecture sur laquelle plane bien sûr un secret de famille que les prochains tomes dévoileront sans aucun doute!

Je conseille ce premier tome pour tous ceux qui cherchent une belle histoire, de magnifiques dessins et un soupçon de magie!

Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes de Frédéric Debomy et Benoît Guillaume

 

 

Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes de Benoît Guillaume et Frédéric Debomy,

Publié aux éditions Massot,

2020, 98 pages.

Le phénomène de l’extrémisme bouddhiste en Birmanie, incarné par le bonze Wirathu, a surpris tous ceux qui n’envisagent le bouddhisme que comme une religion de paix ou une simple spiritualité. Pour l’expliquer, Benoît Guillaume et Frédéric Debomy se sont rendus en Birmanie, dévoilant au fil des déplacements et des rencontres les ressorts d’une société brisée par des décennies de dictature militaire et obsédée par les questions d’identité. On y découvre que l’intolérance des moines extrémistes est largement partagée par la société et que les musulmans, cibles privilégiées, n’en font pas seuls les frais : les chrétiens ne sont pas toujours épargnés et les femmes largement discriminées. Dans ce contexte, la plus célèbre des opposantes à la dictature, parvenue partiellement au pouvoir, déçoit, ce qui semble s’expliquer à la fois par un contexte miné et son évolution personnelle.

Frédéric Debomy et Benoît Guillaume n’en sont pas à leur première BD au sujet de la Birmanie. Dans cette BD, ils décident de s’attaquer au problème des Rohingyas, cette partie de la population birmane chassée et parfois massacrée en raison de sa foi religieuse. Les Rohingya sont de confession musulmane dans un pays à majorité bouddhiste. Traités de voleurs, de profiteurs, ils ont été chassés de leur terre et poussés à l’exil vers les pays voisins comme le Bangladesh. Le plus inquiétant reste que le pouvoir politique en place, mené par Aung Sans Suu Kyi, prix Nobel de la paix, n’a pas bougé et a laissé faire.

Les deux auteurs de la BD cherchent à mener l’enquête et à savoir pour quelle raisons les Rohingyas ont été discriminés et chassés. C’est une enquête surtout politique qu’ils mènent ici en parlant aux camps qui s’opposent: les pro-Rohingyas et les farouches anti-Rohingyas. On découvre un pays gangrené par l’extrémisme bouddhiste, une armée presque toute puissante au final. L’histoire ne fait que se répéter et l’enquête des deux auteurs fait écho aux massacres rwandais ou encore juifs car on peut parler ici d’épuration ethnique.

C’est une BD très complète, parfois ardue à lire car elle est très documentée et fournie mais elle éclaire parfaitement bien la situation birmane saisissant tous les contrastes de cette nation. J’ai beaucoup aimé le coup de crayon dans les tons jaunes ou verts qui se marie bien avec les couleurs que l’on peut imaginer pour ce pays.

Je regrette peut-être juste qu’il n’y ait pas assez de témoignages de Rohingyas pour nous expliquer leur stupéfaction et leur peur face à la montée de l’extrémisme.

Avec cette BD, les auteurs nous offrent un regard objectif sur une situation politique et religieuse finalement assez mal connue ici.

Dans mon village, on mangeait des chats de Pelaez et Porcel

 

 

Dans mon village, on mangeait des chats de Pelaez et Porcel,

Publié aux éditions Bamboo,

2020, 56 pages.

Jacques et Lily surprennent Charon, le boucher-maire, dans le bois en train de capturer des chats, matière première de ses fameux pâtés que tout le monde s’arrache. Lorsque Charon s’aperçoit que sa recette est éventée, il décide tout simplement d’éliminer les enfants qui pourraient trahir son secret. Jacques se défend et tue le boucher. En rentrant chez lui, le garçon s’interpose entre son père ivre et sa petite sœur et tue le tyran. Devenu meurtrier pour sa survie, et parricide par accident, Jacques est envoyé cinq ans en institut d’éducation surveillé pour en sortir chef de bande.
Le parcours initiatique d’un jeune garçon dans le crime organisé et son cortège de violence.

Drôle de titre pour une BD! Dans mon village, on mangeait des chats met en scène Jacques. Il a quatorze ans et vit dans un petit village sur lequel règne le maire et boucher tout-puissant Charon.  La boucherie de Charon est réputée pour ses pâtés fins et onéreux. Un soir, Jacques surprend le secret de Charon. Il fabrique ses pâtés grâce à la viande de chats! Charon décide de tuer Jacques mais c’est le jeune garçon qui en se défendant tue le boucher. Jacques est alors envoyé dans une maison de correction

Jacques c’est l’histoire d’un pauvre gosse, comme tant d’autres, qui grandit au milieu des années 70. Son père est routier. Quand il revient à la maison tous les quinze jours, c’est pour s’alcooliser et taper sur sa mère. Cette dernière se prostitue dans sa propre maison pour arrondir les fins de mois. C’est donc dans un foyer malsain et déséquilibré que grandit Jacques. Lorsqu’il devient meurtrier, pourtant, c’est presque par accident. Car au fond Jacques est un gamin au grand cœur qui ne cherche qu’une chose: protéger sa sœur Lily.

Comment ne pas s’attacher à ce gamin d’une rare intelligence? Au sein de la maison de correction, Jacques va se rendre indispensable. Il n’est pas seulement un meurtrier. C’est un garçon intelligent et fin qui sait se sortir de toutes les situations. Ainsi, la maison de correction va devenir pour lui un terrain d’expérimentation géant pour gravir les échelons du crime organisé.

J’ai tout simplement adoré cette BD très courte. J’ai d’abord aimé la noirceur de l’intrigue renforcée par les dessins épurés du dessinateur. Il n’y a pas de fioritures. C’est parfois un peu brut mis le trait s’accorde parfaitement avec le scénario imaginé par les auteurs. La force de l’intrigue est aussi bien présente. On suit Jacques de son adolescence à l’âge adulte. Il y a peu de bulles mais des encarts dans lesquels le personnage s’adresse directement au lecteur, l’immergeant complètement dans cette ambiance sombre.

Il y a ensuite toute une réflexion sur les institutions de correction qui se chargent des enfants « non éducables » pour en faire finalement des enfants perdus dans la société, sans avenir. La fin de la BD donne raison d’ailleurs à cette version d’une jeunesse perdue et sans espoir. C’est extrêmement bien vu de la part des auteurs et très réaliste.

« Dans mon village, on mangeait des chats » est une BD à découvrir. Un récit très sombre, réaliste et violent qui m’a beaucoup plu.