L’art du meurtre de Chrystel Duchamp

 

 

 

L’art du meurtre de Chrystel Duchamp,

Publié aux éditions de L’Archipel,

2020, 261 pages.

 

 

En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant. Audrey et son équipe découvrent rapidement que l’homme est un habitué des clubs sadomasochistes parisiens et que, richissime, il a dépensé sa fortune en achetant des œuvres d’art. Au point de finir ruiné. Quand un deuxième meurtre est commis dans des conditions similaires, Audrey sait qu’elle fait face à un psychopathe. À elle de plonger dans les milieux interlopes parisiens, des maisons de vente aux clubs SM, pour débusquer ce tueur, dont les méthodes extrêmes n’ont d’égale que son appétit meurtrier.

L’art du meurtre est le premier roman de Chrystel Duchamp et c’est une entrée plutôt réussie qu’elle fait dans le monde du polar. Alors que l’été est caniculaire, Audrey, jeune flic, est appelée sur les lieux d’un crime sordide. Franck Tardy, avocat à la retraite et amateur d’art, est retrouvé mutilé et écorché dans une mise en scène des plus macabres. Habitué des clubs SM, l’enquête se porte d’abord vers les lieux de plaisir qu’il aurait pu fréquenter. Mais quand les morts s’accumulent, Audrey comprend que le monde de l’art est lié à l’enquête…

De manière assez originale, l’auteure mêle habilement enquête traditionnelle et monde de l’art avec un tueur particulièrement cultivé faisant de ses crimes des œuvres d’art à part entière. J’ai beaucoup aimé cette manière de faire d’autant plus qu’Audrey s’y connaît bien en art et apporte de nombreuses réponses au lecteur concernant l’art en général.

Le rythme du roman est plutôt haletant puisqu’on suit cette enquête au jour le jour. Les chapitres sont courts et mêlent suspens et avancée dans l’enquête. Le seul reproche que je ferais à l’intrigue est la romance, qui pour moi aurait pu être évitée et tournée d’une autre façon. Je ne m’attendais pas du tout à la fin du roman qui est pour moi particulièrement réussie.

Avec « L’art du meurtre », Chrystel Duchamp signe un polar sur fond d’art très original.

Le Martyre des innocents de Tess Gerritsen

 

 

Le Martyre des innocents de Tess Gerritsen,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2019, 346 pages.

Deux meurtres. Deux macabres mises en scène. Un seul tueur ? Région de Boston, pendant les fêtes de fin d’année. Une productrice de films d’horreur est retrouvée morte dans son appartement, les yeux arrachés et posés dans sa paume. Quelques jours plus tard, un corps, la poitrine percée de trois flèches, est découvert sur une jetée. Les deux crimes, qui semblent s’inspirer du martyrologe chrétien, sont-ils liés ? L’inspectrice Jane Rizzoli et la légiste Maura Isles mènent l’enquête.
De nouveau, elles devront composer avec Amalthea Lank, la tueuse en série qui n’est autre que la mère biologique de Maura. Rongée par un cancer au pénitencier où elle purge sa peine, celle-ci tente en effet de manipuler une dernière fois sa fille, insinuant qu’elle détient un secret en lien avec les deux affaires…

Le Martyre des innocents est le douzième tome des enquêtes de Rizzoli et Isles (série policière adaptée à la télé). Rassurez-vous, vous n’aurez pas besoin de lire les onze premiers tomes pour vous faire une idée de la vie personnelle des personnages. L’auteur nous fait des rappels qui fonctionnent très bien.

Rizzoli et Isles c’est d’abord un duo d’enquêtrices et ça c’est assez original. On a l’habitude des duos masculins ou des duos mixtes mais deux femmes ensemble restent assez rare. Jane Rizzoli est enquêtrice à la brigade criminelle; Maura Isles est médecin légiste.

Elles sont appelées toutes les deux sur les lieux d’un crime terrible: une jeune femme a été tuée et ses yeux arrachés, placés dans sa main. Si l’enquête piétine, les victimes commencent à s’accumuler sans que les enquêtrices ne fassent de lien entre les affaires. Jusqu’au jour où une vieille affaire de pédophilie refait surface.

J’ai eu un peu peur en lisant les premiers chapitres car je trouvais l’enquête très classique, sans réel intérêt. Et puis, au fur et à mesure, l’autrice nous prend dans ses filets en construisant une intrigue haletante. Les deux enquêtrices vont devoir rouvrir une vieille enquête sur fond de pédophilie. C’était passionnant. L’enquête prend aussi une dimension religieuse assez glaçante quand Isles découvre que la façon dont sont tuées les victimes a un lien avec les saints de la bible.

Je l’ai littéralement mangé et j’ai adoré revenir dans le passé des victimes. Au-delà de l’enquête, le roman offre une véritable réflexion sur le pouvoir de la justice et sur le poids de la parole qu’on donne aux victimes mais aussi aux coupables. C’était vraiment bien mené et j’ai aimé la chute du livre.

« Le Martyre des innocents » est une enquête bien menée qui saura vous surprendre.

Le Poète de Michael Connelly

 

 

Le Poète de Michael Connelly,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2017, 768 pages.

 

Le policier Sean McEvoy est retrouvé mort dans sa voiture. Chargé d’une affaire de meurtre abominable, son enquête n’avançait pas. Lorsqu’il apprend le suicide de son frère, Jack, son jumeau, journaliste de faits divers, refuse d’y croire. En cherchant à comprendre, il découvre d’autres cas de policiers apparemment poussés au suicide par des meurtres non résolus. Tous ont été retrouvés avec, à leur côté, des lettres d’adieu composées d’extraits de poèmes d’Edgar Poe. Un effrayant tableau d’ensemble commence à se dessiner. Jack fait pression sur les agents du FBI pour qu’une enquête soit ouverte sur ces suicides en série.

Michael Connelly entraîne son lecteur dans une intrigue haletante d’un bout à l’autre. Son personnage, Jack McEvoy, est journaliste pour la rubrique criminelle d’un journal du Maine. La mort, il connaît. Il la côtoie tous les jours mais quand l’affaire concerne son frère jumeau Sean, rien n’est plus pareil.

Sean, policier, est retrouvé mort dans sa voiture. On pense à un suicide. Mais Jack n’en est pas sûr. Il enquête de son côté et démontre qu’il s’agit bien d’un crime. Jack met alors à jour une affaire d’une ampleur inédite: le meurtrier de son frère serait un tueur de flics. En faisant équipe avec le FBI, Jack va mettre les pieds dans un engrenage mortel.

Dès le début, l’auteur plonge son lecteur dans l’action. Le roman ne laisse aucun temps mort. Après la découverte du maquillage du meurtre de Sean en suicide, l’intrigue prend un tournant vraiment intéressant. Michael Connelly suit une enquête ultra classique mais ultra efficace. Quand Jack McEvoy fait équipe avec le FBI, le roman prend des airs d’Esprits criminels et de FBI: portés disparus.

C’est vraiment prenant d’un bout à l’autre. Publié en 1996, le romancier joue avec les débuts d’internet et de ses dérives. Il avait anticipé tout ce qu’Internet pouvait receler de sombre et de glauque. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant et j’ai adoré suivre Jack qui tâtonne, qui cherche un tueur bien tordu. L’ambiance sombre des villes américaines contribue à faire de ce roman une référence.

La fin m’aura peut-être un poil déçue car l’auteur conclut son roman par un twist que j’ai trouvé un peu trop grossier à mon goût.

« Le Poète » est un excellent roman policier qui tient toutes ses promesses.

 

L’Affaire Lord Spenser de Flynn Berry

 

 

L’Affaire Lord Spenser de Flynn Berry,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2019, 285 pages.

 

 

Claire est médecin et mène à Londres une vie apparemment sans histoires. Enfant, elle a pourtant eu à subir un événement traumatisant : tandis qu’elle dormait à l’étage de la propriété familiale, sa nounou a été assassinée et sa mère a échappé de justesse à l’agresseur. Le meurtrier présumé serait le père de Claire, un membre de l’aristocratie britannique, disparu sans laisser de traces. La mère a prétendu avoir reconnu son mari, les riches et puissants amis de celui-ci ont toujours clamé son innocence. Presque trente ans plus tard, Claire n’a pas surmonté le passé. Apprenant par la police que le fantôme qui la hante est peut-être encore en vie, elle part en quête d’une vérité qui lui est devenue indispensable.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette affaire basée sur des faits réels. En effet, l’auteur s’inspire d’une histoire vraie, vieille de plus de deux siècles: une banale histoire d’un homme qui souhaite se débarrasser de sa femme devenue trop encombrante. Flynn Berry l’a transposée de nos jours, dans le Londres des années 70 à aujourd’hui. Là où l’intrigue devient intéressante c’est qu’elle se déroule dans le milieu aristocratique londonien.

Claire, médecin, ne parvient pas à oublier les images de cette terrible nuit pendant laquelle son père a tué sa nounou et s’en est pris à sa mère. Trente ans plus tard, elle redoute toujours de croiser ce père meurtrier au détour d’une rue londonienne. Pour chasser ses démons, elle décide de mener l’enquête…

L’affaire Lord Spenser s’articule autour d’un jeu entre des chapitres qui se déroulent aujourd’hui et des chapitres qui se déroulent dans le passé des parents de Claire. Pourquoi ce jeune Lord, étudiant à Eton, s’est-il amouraché de la mère de Claire, une prolétaire sans diplôme? Comment leur mariage a-t-il pu sombrer dans cette folie meurtrière? J’ai adoré les chapitre se déroulant dans le passé parce qu’ils éclairent de façon sociologique et psychologique les raisons qui poussent Lord Spenser à vouloir tuer sa femme. Le lecteur suit deux êtres, à la croisée de deux mondes qui n’ont rien en commun.

On évolue ainsi dans le monde aristocratique anglais avec ses codes: les grands domaines, la chasse à courre, les dîners somptueux et cette jeune épouse qui ne possède pas les codes de cet univers très fermé. J’ai aimé voir les deux personnages se confronter à deux univers diamétralement opposés.

Les chapitres qui se déroulent « au présent » permettent à l’auteur de mettre en exergue les démons de Claire. Elle va tenter de réussir là où la police à échouer. Alors non, L’affaire Lord Spenser n’est pas un thriller à proprement parler. Je le qualifierais davantage de roman psychologique assez sombre puisqu’on suit la plupart du temps Claire en proie à ses angoisses. Mais ça n’enlève rien. C’est plutôt bien mené et je ne m’attendais pas à la fin du livre.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce roman sombre qui remue les fantômes d’un passé familiale trouble. 

Le Crime de Blacourt de Daphné Guillemette

 

 

 

Le Crime de Blacourt de Daphné Guillemette,

Publié aux éditions Librinova,

2019, 240 pages.

« Dans la forêt, un bruit sourd se fit entendre, semblable à un coup de tonnerre. Une nuée d’oiseaux s’envola brusquement, souhaitant fuir au plus vite ce danger. Ce bruit, nous le connaissions tous, il annonçait la mort. »
En 1923, le tranquille village de Blacourt est ébranlé par la découverte d’un cadavre dans les bois. Il s’agit du garde-chasse Clovis Lambert, un homme d’apparence sans histoire. De qui ce crime atroce est-il l’œuvre ? Les suspects ne manquent pas.
Le commissaire Léon Carré, aussi bourru que pointilleux dans ses enquêtes, est dépêché sur place pour résoudre cette affaire. Au cœur de ce petit village de l’Oise, les qu’en dira-t-on pourraient se révéler être de précieuses sources d’information.
Cette enquête qui semblait ordinaire, devient de plus en plus complexe et confrontera le commissaire Carré à son propre passé. La vérité éclatera-t-elle ?

Le Crime de Blacourt est un roman policier à l’ancienne. Un roman qui fait aussi la part belle à la ruralité puisqu’il se passe en 1923, à Blacourt, petit village du nord de la France. Léon Carré, commissaire à Beauvais, est appelé sur les lieux d’un crime. Un homme, Clovis Lambert, garde-chasse du village, est retrouvé mort dans les bois, abattu d’une balle dans le dos. Qui l’a tué? Et pourquoi? Le commissaire Carré mène l’enquête.

Daphné Guillemette reconstitue une enquête minutieuse dans son roman car le crime de Blacourt a bien eu lieu. C’est en effet un fait divers qui s’est véritablement passé en 1923. L’auteure a, de plus, une histoire personnelle avec ce crime puisque l’homme abattu n’était autre que son arrière grand-père à qui elle rend hommage. Elle a fait des recherches poussées dans les archives pour retrouver les compte-rendus de la police, du médecin mais aussi les témoignages des différentes suspects et témoins. Elle nous livre donc ici une enquête classique dans laquelle le commissaire interroge les différents suspects, les uns après les autres, et tentent de reconstituer le déroulement du crime.

C’était intéressant de ce point de vue là car l’auteure nous plonge au cœur de l’enquête. Elle nous fait partager les doutes du commissaire, ses avancées dans l’enquête, ses échecs. Le lecteur est plongé dans la vie du petit village de Blacourt: son café, son restaurant, ses rumeurs. Elle a su recréer à la perfection l’ambiance de ce village d’après la grande guerre.

Cependant, la narration tourne rapidement en rond. En effet, le commissaire procède toujours de la même manière: il convoque témoins et suspects pour les interroger dans son bureau. La technique ne change guère et devient redondante au bout d’un moment. J’aurais aimé plus de peps, plus de rythme dans l’intrigue pour dynamiser les choses. C’est le seul bémol à cette enquête qui aurait pu être passionnante sans ces quelques longueurs.

« Le crime de Blacourt » est un roman policier classique bien mené qui manque cependant de rythme pour en faire un polar haletant.

Shutter Island de Dennis Lehane

 

Shutter Island de Dennis Lehane,

Publié aux éditions Rivages noir,

2003, 287 pages.

 

Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l’allure sinistre. C’est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d’une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s’enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu’au choc final de la vérité.

Comme beaucoup, j’ai vu le film Shutter Island adapté du roman éponyme. Je me rappelle qu’à l’issue de la séance, j’avais encore de nombreuses questions qui demeuraient en suspens. J’avais envie de le replonger dans l’œuvre car des zones d’ombre subsistaient.

Edward Daniels est Marshal. Avec son coéquipier, Chuck Aule, ils prennent le ferry reliant le continent à Shutter Island. Cette île est depuis quelques années un hôpital psychiatrique abritant les criminels les plus dangereux du pays. Mais peut-on parler véritablement d’un hôpital ou s’agit-il d’une prison? Quoiqu’il en soit, les deux Marshals sont appelés pour enquêter sur la disparition de Rachel Solando, une patiente. C’est dans ce huis-clos à l’atmosphère étouffante que les enquêteurs vont chercher la vérité.

Car il s’agit bien ici d’un huis-clos. L’île est coupée de la civilisation et nul ne peut s’y échapper sous peine de s’y noyer à l’image de ces rats qui tentent une traversée mortifère. L’île est d’autant plus isolée qu’une tempête se prépare. Seuls, isolés, face à eux-mêmes, les deux enquêteurs vont devoir faire preuve d’ingéniosité pour démêler le vrai du faux. C’est une ambiance plutôt anxiogène , angoissante d’autant plus que les interrogatoires de patients vont se succéder, de plus en plus sombres et glauques.

Shutter Island c’est aussi l’ambiance des années 50: des enquêteurs en imperméables, la fumée des cigares, le passé récent et douloureux de la seconde guerre mondiale en toile de fond. C’est aussi une île sur laquelle les médecins s’intéressent aux troubles psychiatriques comme la schizophrénie et tentent de trouver des moyens de traiter les malades autrement que par la lobotomie et les traitements médicamenteux lourds. Ils cherchent des solutions alternatives comme le groupe de paroles. C’est très intéressant car le lecteur sent les premiers tâtonnements, les premières expérimentations sur des patients aux troubles lourds.

Enfin Shutter Island est un roman dont les trente dernières pages vous laisseront abasourdis, pantois puisque l’auteur balade son lecteur du début à la fin jusqu’aux derniers mots révélateurs d’un malaise profond. J’ai enfin lever les doutes que j’avais et obtenu les réponses que j’attendais.

« Shutter Island » est une lecture haletante, prenante et marquante qui ne laissera personne indifférent.

Pierre de Lune de W.Wilkie Collins

 

 

Pierre de Lune de Wilkie Collins,

Publié aux éditions Libretto,

2012, 611 pages.

Dans une statue hindoue se trouve un mystérieux diamant jaune appelé « pierre de Lune ». Durant les combats de Srirangapatna en 1799, elle est dérobée par le colonel Herncastle. Peu avant sa mort, celui-ci la lègue à sa nièce, Rachel Verinder. Mais à peine l’a-t-elle reçue que la pierre de Lune, qui se trouvait dans un tiroir de sa chambre, est volée en pleine nuit !
Tous sont suspects : Miss Rachel, sa mère Milady Verinder, ses cousins et prétendants : l’aventurier Franklin Blake et le charitable Godfrey Ablewhite, Rosanna Spearman, femme de chambre au passé douteux, la dévote Miss Clack, M. Murthwaite, explorateur des Indes, l’homme de loi Matthew Bruff, le nerveux Dr Candy et son antipathique assistant Ezra Jennings… mais surtouttrois inquiétants brahmanes.
Seul le vieux valet Gabriel Betteredge paraît insoupçonnable, ainsi que le célèbre détective Cuff. Douze témoins, douze narrateurs qui se suivront pour élucider le mystère.

Ce beau pavé de 611 pages me faisait un peu peur au vu des critiques lues ça et là. C’est finalement Laure du blog Boulimie livresque qui m’a incité à me lancer et je ne suis pas du tout déçue de ma lecture. J’ai adoré me glisser dans ce roman policier.

L’intrigue est très classique pour nous lecteurs contemporains alors qu’elle fut considérée comme révolutionnaire à l’époque. En effet, Wilkie Collins est perçu comme le père du roman policier.

L’intrigue se situe dans le Yorkshire. La Pierre de lune, diamant inestimable est dérobée à Miss Rachel qui vient d’en hériter. On dit que la pierre est maudite. Chaque habitant de la maison, des maîtres aux serviteurs vont devoir se soumettre aux interrogatoires du sergent Curff. Chaque invité, chaque membre est soupçonné du vol. Pour mener l’enquête, l’auteur a élaboré une narration très habile. Il donne la parole sous forme de journal à chaque personnage: Gabriel, le vieux domestique, Miss Clack, la cousine dévote à l’extrême, Franklin Blake, le soupirant de Rachel. Tour à tour chaque personnage vient témoigner de cette fameuse nuit du vol pour faire avancer l’enquête. Comme les faces d’un diamant, le lecteur entend les différents témoignages des uns et des autres et une chose est sûre: Miss Rachel est entourée de très peu de personnes de confiance.

Mention spéciale pour Miss Clack, la cousine dévote qui cherche à remettre Rachel dans le droit chemin de la religion. C’est un personnage incroyable qui m’a beaucoup fait rire et je comprends qu’il puisse avoir été censuré à l’époque. Wilkie Collins fait preuve d’un humour très anglais, pince sans rire qui fait mouche.

Si l’intrigue reste de facture classique pour les lecteurs que nous sommes aujourd’hui, j’ai adoré le petit côté Downton Abbey du roman. On suit en effet pendant une large partie Gabriel, le vieux domestique, qui nous fait pénétrer dans les coulisses d’une belle maison. J’ai adoré cette ambiance: les dîners, le protocole, les petites mains qui s’activent du matin au soir.

Le style du roman est résolument moderne. J’ai dévoré ces quelques 600 pages en trois jours! Wilkie Collins innove beaucoup dans sa manière de présenter ses personnages et ses dialogues et je ne me suis pas ennuyée du tout!

Je conseille vivement ce roman maîtrisé d’un bout à l’autre qui malgré une intrigue classique demeure résolument moderne.