Une Baignoire de sang de Béatrice Hammer

 

 

Une Baignoire de sang de Béatrice Hammer,

Publié aux éditions Alter Real,

2020, 308 pages.

Pourquoi Julie, jeune pigiste talentueuse, est-elle morte, les veines ouvertes, dans sa baignoire ? Et qui est donc Mina, cette jeune fille asociale, qui vit dans la rue depuis le jour de ses 18 ans, et dont les proches semblent mourir les uns après les autres ?
Gloria Basteret, enquêtrice à la Crim, va tout faire pour répondre à ces questions. En plus de son enquête, Gloria doit supporter les exigences de son nouveau chef qui la déteste, s’occuper seule de ses deux enfants, veiller au bien-être d’un cheval nain… et rêverait de réinvestir une vie amoureuse trop longtemps négligée. Ceci l’amène à user de méthodes peu orthodoxes, sans prendre la mesure des dangers qu’elle fait courir à ses proches, en particulier à ses enfants.

Gloria est enquêtrice à la Crim. On l’appelle sur les lieux d’un suicide. Julie, une jeune journaliste, est retrouvée morte dans son bain. Suicide ou meurtre? Gloria se rend vite compte que Julie enquêtait sur des dossiers sensibles liés à l’industrie pharmaceutique. Elle recherchait aussi son père et s’était liée à une jeune marginale Mina pour l’éclairer dans sa quête. Entre son enquête, sa vie de famille et ses nouvelles amours, Gloria va devoir user de méthodes peu orthodoxes…

Béatrice Hammer écrit ici un roman policier à l’intrigue très classique. Gloria enquête sur le cas de Julie. Le meurtre s’avère être bientôt la piste privilégiée. Filatures, interrogatoires, perquisitions, on retrouve ici tous les ingrédients d’une enquête classique, sans grand suspens mais qui fonctionne pourtant. Gloria se réclame d’ailleurs de Miss Marple et autres Jules Maigret.

Le roman prend cependant une dimension intéressante dans la façon dont l’auteure traite le personnage de Gloria. Pas de super-héroïne ici. Gloria a deux enfants qu’elle élève seule. A la quarantaine passée, elle commence à sentir le poids des années peser sur ses épaules. Elle doit gérer à la fois son job, ses enfants et son ex-mari, bipolaire. C’est avant tout une femme qui cherche aussi un peu d’amour et qui mènera une histoire amoureuse avec l’un de ses collègues.

J’ai vraiment aimé la manière dont l’auteur nous présentait Gloria. C’est un peu la bonne copine que l’on a plaisir à retrouver. Elle apparaît de manière très humaine. Loin des clichés, l’auteure nous présente une héroïne très attachante.

Côté écriture, j’ai apprécié la plume de l’auteur extrêmement fluide et travaillée. On tourne les pages du roman sans s’en rendre compte.

Ce sera le roman policier parfait pour cet été. « Une baignoire de sang » m’a permis de découvrir la plume de Béatrice Hammer et son personnage extrêmement bien campé de Gloria.

L’Arbre aux fées de B. Michael Radburn

 

 

L’Arbre aux fées de B. Michael Radburn,

Publié aux éditions du Seuil,

2019, 320 pages.

Taylor Bridges, un ranger australien, est hanté par la disparition de sa fille Claire, huit ans. Son couple a volé en éclats et pour cesser de ruminer son chagrin, il demande sa mutation en Tasmanie. Dès son arrivée dans la petite bourgade de Glorys Crossing, Drew, une fillette du même âge que Claire, disparaît également. Taylor y voit une coïncidence avec son propre malheur et mène une enquête au sein d’une population pour le moins hostile. Une initiative qui déplaît à O’Brien, le chef de la police locale. Taylor, convaincu que Drew est vivante, poursuit ses investigations et apprend que d’autres petites filles ont disparu avant elle. Avec l’aide de Grady, un inspecteur du continent envoyé sur place, Taylor découvre une île aux secrets bien gardés…

L’Arbre aux fées est un roman policier sur une disparition d’enfant. Parce que sa fille a disparu depuis un an et qu’il ne supporte plus sa vie actuelle, Taylor Bridges, ranger australien, demande sa mutation pour la Tasmanie. Seul, isolé dans un petit cottage, en pleine saison hivernale, Taylor tente de lutter, chaque nuit, contre sa peine. Il fait la connaissance de Drew, une gamine du même âge que la sienne lorsqu’elle a disparu. Quelques jours plus tard, Drew disparaît aussi sans laisser de traces. Taylor se lance à corps perdu à sa recherche et s’aperçoit bien vite que d’autres petites filles ont disparu bien avant elle, …

Ce roman reste très classique dans sa construction. Taylor, ravagé par la douleur, trouve un exutoire dans la recherche de Drew. Il va mener l’enquête de son côté car il voit bien que la police se fourvoie et s’enlise complètement. J’ai aimé le fait qu’il y ait un jeu entre le passé et le présent de Taylor. On découvre au fil des pages, l’épreuve terrible à laquelle il a été confronté. C’est un personnage très humain en proie au chagrin le plus total. Il est rempli de failles et de faiblesses.

L’enquête reste très classique comme je l’ai dit un peu plus haut. On suit les pistes exhumées par Taylor. La Tasmanie apparaît comme un lieu hostile et reculé. L’auteur laisse planer un petit côté fantastique sur le roman avec cette légende de l’arbre aux fées. On bascule cependant bien vite dans le sujet de la disparition d’enfant avec la découverte d’indices capitaux laissant supposer que Drew n’est pas la première victime. A l’image de ces cercueils qui remontent à la surface à cause de la montée des eaux du lac, Taylor va déterrer le passé.

J’aurais aimé que le roman traîne cependant plus en longueur. L’auteur a choisi selon moi la facilité pour dénouer les fils de son intrigue. Il manque un zeste de profondeur pour que le roman me séduise totalement. La fin personnelle de Taylor est cependant beaucoup plus intéressante et m’a profondément émue.

Je recommande « L’arbre aux fées » pour des lecteurs qui souhaiteraient se lancer dans un roman avec disparition d’enfant. L’intrigue peut-être classique a le mérite d’apporter du suspens tout au long du récit et le personnage de Taylor vaut vraiment le coup.

Trouver l’enfant de Rene Denfeld

 

 

Trouver l’enfant de Rene Denfeld,

Publié aux éditions Rivages,

2020, 415 pages.

Madison Culver a disparu alors que ses parents choisissaient un arbre de Noël dans la forêt nationale de Skookum, Oregon. Elle aurait aujourd’hui huit ans. Certains qu’elle est encore vivante, les Culver se tournent vers Naomi Cottle. Enquêtrice privée connue de la police comme « la femme qui retrouve les enfants », Naomi est leur dernier espoir. Sa recherche méthodique l’emmène dans les terres sauvages du Nord-Ouest Pacifique, et au coeur de son propre passé. Alors que Naomi suit la piste de l’enfant, les fragments d’un rêve sombre viennent lui rappeler une perte terrible depuis longtemps refoulée.

Attention, énorme coup de cœur pour ce roman. C’est de loin le meilleur roman que j’ai pu lire depuis le début de l’année!

Naomi Cottle recherche les enfants disparus. Elle-même a été victime d’un enlèvement lorsqu’elle était enfant. Elle est donc à même de se mettre à la place du disparu. Elle a déjà retrouvé des dizaine d’enfants, parfois vivants, souvent décédés. Les parents de Madison Culver font appel à elle. Madison a disparu il y a trois ans lors d’une balade en forêt. Tous pensent qu’elle est morte, dévorée par les bêtes sauvages ou glacée par les températures extrêmes de cette partie de l’Oregon. Naomi s’empare de l’enquête car elle est « la femme qui retrouve les enfants ».

Dès le début du roman, l’auteure nous plonge dans une contrée froide et inhospitalière. Le décor des montagnes de l’Oregon est aussi somptueux que cruel. Comment une fillette a-t-elle pu survivre? Et pourquoi s’entêter à la chercher trois après sa disparition. Naomi va explorer méthodiquement l’environnement dans lequel a disparu Madison en ayant une approche singulière. C’est vraiment bien amené et crédible car Naomi est une acharnée qui ne laisse rien au hasard.

Les chapitres alternent entre l’enquête de Naomi et la détention de Madison car très vite nous savons, nous lecteurs, qu’elle est vivante. Je n’en dirai pas plus sur son geôlier et ses conditions de détention mais l’auteure installe une ambiance noire et sombre qui m’a fait frissonner tout au long du roman. Elle suggère plus qu’elle ne dit et insuffle une ambiance malsaine dans ces chapitres qui glacent le lecteur.

Parallèlement on suit aussi Naomi et les questionnements qui l’assaillent. Sous forme de flash-back, on en sait un peu plus sur son passé douloureux mais tout cela reste quand même mystérieux. Pourquoi a-t-elle été enlevée? Par qui? Comment s’est-elle échappée? Rene Denfeld suggère les choses une fois de plus. Elle offre aussi dans ce moments-là des passages pleins de tendresse et d’amour comme j’en ai rarement lus. La relation entre Naomi et sa famille d’accueil est d’une pureté et d’une beauté à couper le souffle. J’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ces passages.

Rene Denfeld réussit là un tour de force. Tout est à sa place dans ce roman. Il n’y a pas une fausse note, pas un mot en trop.

« Trouver l’enfant » est un roman que je vous recommande. Rene Denfeld manie une plume aussi noire que lumineuse et offre au lecteur un magnifique récit.

Charlie Parker, Tome 15, Le Pacte de l’Etrange de John Connolly

 

 

Le Pacte de l’Etrange de John Connolly,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2020, 492 pages.

Plus jamais vous ne douterez que les fantômes existent… Charlie Parker, le privé tourmenté revenu d’entre les morts, est chargé par Edgar Ross, un agent du FBI, de retrouver Jaycob Eklund, un autre détective manquant à l’appel. L’homme enquêtait de façon discrète sur une série de meurtres sauvages et de disparitions s’étalant sur plus d’un siècle, tous associés à des événements surnaturels. Flanqué de ses deux inséparables acolytes, Louis et Angel, Parker ne tarde pas à remonter la piste d’une mystérieuse organisation fondée au XIXe siècle, Les Frères, férus de sciences occultes, dont les actions violentes ont laissé derrière eux des monceaux de cadavres.
Mais les dangers qui guettent Parker ne s’arrêtent pas là et prennent bien d’autres formes : notamment celle de Mère, la redoutable veuve d’un baron de la pègre, ou encore celle d’insaisissables fantômes, qui semblent se jouer des vivants et leur faire payer le prix de leurs propres crimes…

Il y a quelques années, j’avais découvert la saga Charlie Parker avec le très sombre tome Le chant des dunes. J’avais adoré cette intrigue mêlant passé et présent. J’avais donc hâte de retrouver l’enquêteur Charlie Parker dans une nouvelle aventure.

Vous n’avez bien sûr pas besoin d’avoir lu les tomes précédents pour lire celui-ci, l’auteur se chargeant de glisser des références subtiles au passé de Parker. Dans cette enquête, Charlie Parker est mandaté par le FBI afin de retrouver un certain Jaycob Eklund, lui-même détective. Parker ne sait pas pourquoi cet Eklund est si précieux aux yeux du FBI et il ne l’apprendra qu’à la toute fin du roman, tout comme le lecteur.

On plonge ici dans une enquête très classique: filatures, interrogations de témoins, relevés d’indices, fouilles des différents lieux dans lesquels Eklund travaillait ou habitait. L’auteur adjoint à Parker deux acolytes, Angel et Louis, qui donnent du dynamisme à l’enquête et qui rendent très attachant ce trio d’enquêteurs. L’intrigue est donc bien menée même si j’ai trouvé qu’il y avait un petit coup de mou au milieu de l’enquête. Mention spéciale aux dialogue coupés au cordeau qui mettent du peps dans le livre.

En revanche, là où Connolly m’a surprise, c’est qu’il donne un aspect fantastique à son roman. Parker se rend compte qu’Eklund enquêtait sur une secte de Frères, descendants des premiers colons. Cette secte très violente n’hésite pas à tuer et à piller. Ces Frères ont aussi le don de communiquer avec des fantômes. Peu à peu, le surnaturel l’emporte. Qui sont ces Frères? Pourquoi Eklund enquêtait-il sur eux? On avance à tâtons, comme Charlie Parker dans cette enquête. Comme lui, j’étais d’abord dubitative quant à l’existence de ces fantômes et puis petit à petit, on plonge dans un univers plus glauque, plus noir, plus oppressant. Ces petites touches de fantastique rendent l’intrigue vraiment intéressante et passionnante.

Avec « Le Pacte de l’Etrange », John Connolly plonge son lecteur dans un polar sombre et surnaturel qui captivera le lecteur.