Agatha Raisin enquête, Tome 1: La quiche fatale de M.C Beaton

 

 

Agatha Raisin enquête, Tome 1: La quiche fatale de M.C Beaton

Publié aux éditions Albin Michel,

2016, 321 pages.

 

Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour goûter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme. Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur. Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.

J’ai lu ce premier tome des aventures d’Agatha Raisin un peu hasard. J’avais quand même lu pas mal de critiques sur la blogo et quand une collègue de boulot me l’a donné pour s’en débarrasser, je n’ai pas hésité bien longtemps. J’ai beaucoup aimé cette lecture rafraichissante et on peu dire que je me suis bien marrée avec Agatha.

Alors qu’elle pense prendre une retraite heureuse dans un joli petit village anglais, Agatha Raisin déchante bien vite en se rendant compte que ses voisins sont des cons et qu’il est presque impossible de lier connaissance. Bref, elle s’ennuie jusqu’au jour où elle a l’idée de participer au concours de quiche du village, histoire de faire des rencontres. Hélas, non seulement Agatha ne gagne rien mais en plus sa quiche a empoisonné l’un des membres du jury. Bien décidée à faire toute la lumière sur l’affaire, Agatha enquête…

Agatha Raisin est un personnage truculent, un peu timbré qui m’a vraiment bien fait rire. Elle ose tout: faire des doigts d’honneur à sa peau de vache de voisine, dire ses quatre vérités ou encore tricher à un concours. Elle ne mâche ses mots et elle a la fâcheuse habitude de se retrouver dans les situations les plus cocasses. M.C Beaton a l’art de la formule qui fait mouche.

Même si Agatha paraît désagréable au premier abord, le lecteur finit par aimer cette éternelle gaffeuse prête à tout finalement pour se faire des amis. Elle nous fait découvrir la vie d’un petit village, une vie bien morne finalement où les habitants s’amusent d’un rien (le concours de quiche les fait tous rêver, c’est dire!). Avec ironie, M.C Beaton épingle les travers de ses contemporains tout en rendant hommage à Agatha Christie bien sûr grâce à de nombreux clins d’œil à la reine du roman policier.

Cette première enquête déjantée permet de faire la connaissance d’une Agatha so british un peu folle sur les bords mais tellement attachante. Nul doute que j’aurais envie de connaître la suite de ses aventures!

La dernière expérience de Annelie Wendeberg

 

 

La Dernière expérience de Annelie Wendeberg,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 298 pages.

 

 

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.
Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.
Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Merci aux éditions Presses de la Cité pour l’envoi de ce roman en avant première que j’ai dévoré! La Dernière expérience est la suite des aventures de Anna Kronberg dont le premier tome s’intitulait Le Diable de la Tamise. C’est dans ce premier tome qu’Anna faisait la connaissance de Sherlock Holmes et qu’à eux-deux ils formaient un duo d’enquêteurs. Je n’ai pas lu ce premier tome pour ma part. J’ai donc été un peu déconcertée au début de ma lecture car l’auteur nous plonge dans le roman in media res autrement dit, elle ne revient pas sur ce qu’il s’est passé dans le livre précédent. On découvre donc une Anna en bien mauvaise posture puisqu’elle est ligotée pieds et poings liés et qu’elle risque d’y passer à tout moment!

Bien heureusement, l’auteur glisse suffisamment d’indices pour que son lecteur novice s’y retrouve donc si vous êtes dans mon cas, pas d’inquiétude, vous pouvez vous plonger dans ce deuxième tome sans avoir lu le premier.

On découvre donc Anna Kronberg, une jeune allemande, médecin et bactériologiste de surcroît, aux mains de Moriarty, l’ennemi suprême de Sherlock. Et si Moriarty a besoin d’Anna, c’est qu’il a une bonne raison: il veut qu’elle mette au point une arme bactériologique. C’est donc toujours la même rengaine: devenir le maître du monde et s’en mettre plein les poches. Oui mais voilà, Anna n’est pas vraiment d’accord. Moriarty va alors lui faire du chantage – plutôt odieux- et la belle va devoir se mettre au boulot.

La Dernière expérience plonge donc le lecteur au cœur de la demeure de James Moriarty. Sherlock n’apparaît que très tardivement et l’intrigue se concentre surtout sur Anna. Il n’y a pas véritablement d’enquête ici. Anna va devoir obéir à Moriarty et le lecteur va assister à un étrange ballet entre ces deux personnages. En effet, l’auteur a concentré son roman sur la relation vénéneuse Moriarty/Anna. Tous les deux vont jouer à un jeu dangereux. Ce sont d’abord deux esprits brillants: Moriarty est un génie; Anna l’est tout autant. L’auteur insiste sur la position d’Anna peu commune à l’époque. C’est une femme intelligente qui plus est médecin et Moriarty n’a pas vraiment l’habitude de ce cas de figure et de ce type d’adversaire. Ils vont se jauger, se confronter, s’affronter pour finalement se séduire. Et c’est là que le roman est véritablement intéressant. Moriarty peut-il éprouver des sentiments? Anna a-t-elle le droit de jouer avec lui ou est-elle sincère? Qui ment? Qui dit la vérité? J’ai adoré observer ces deux fauves jetés ensemble dans la même cage. Tout au long du roman, les personnages se livrent au jeu du chat et de la souris et c’est avec délectation que le lecteur s’en repaît.

Outre ce pas de deux exécuté par nos personnages avec brio, j’ai découvert beaucoup de choses sur les armes bactériologiques. L’auteur s’est bien documentée et truffe son récit d’anecdotes scientifiques très intéressantes sur la manière de faire la guerre à son voisin à distance. J’ai vraiment beaucoup aimé cet aspect documentaire.

J’ai dit un peu plus haut que Sherlock arrivait tard mais cela ne m’a pas dérangée. Son personnage n’est pour une fois qu’un faire-valoir par rapport à Anna, la véritable héroïne du roman. En tout cas, l’auteur en fait un portrait très drôle. Sherlock est le roi de la réplique et du costume!

Avec La dernière expérience, Annelie Wendeberg réussit son pari en campant une héroïne intéressante. Elle livre sans srcupule ses personnages à un jeu dangereux presque pervers qui ravira le lecteur. Un roman placé sous le signe de Sherlock Holmes et qui sort des sentiers battus.

A Présent, vous pouvez enterrer la mariée de Oren Miller

 

 

A Présent, vous pouvez enterrer la mariée d’Oren Miller,

Publié aux éditions de L’homme sans nom,

2017, 382 pages.

 

« Monsieur et Madame Bartoli sont heureux de vous inviter au mariage de leur fille Apolline et de son fiancé Adam à la Cathédrale de Monaco. La cérémonie religieuse sera suivie par un vin d’honneur à 17 h puis par la combustion spontanée de la mariée et son enterrement. » N’ayant aucune confiance dans le travail de la police, le père de la mariée, Hippolyte Bartoli, fait appel au service de deux enquêteurs connus pour résoudre discrètement les affaires les plus étranges.

J’avais adoré le premier tome des aventures d’Evariste Fauconnier et d’Isabeau Ledu dans J’agonise fort bien, Merci. J’étais donc ravie de me plonger dans ce nouveau roman qui les met une fois de plus en scène. Oren Miller a toujours le sens de la formule et des dialogues. Si l’intrigue m’a un poil moins plu que la précédente, j’ai quand même beaucoup apprécié ma lecture.

L’histoire débute par le mariage d’Apolline et d’Adam, héritiers richissimes, sur le rocher de Monaco. Peu après la cérémonie, Apolline est retrouvée morte, dans sa robe de mariée, atrocement brûlée. Que s’est-il passé? Et qui pouvait en vouloir à la jeune femme? Appelés sur les lieux du crime, Evariste et Isabeau reprennent du service pour mener l’enquête.

Cette enquête va d’ailleurs les mener dans les milieux louches de la prostitution parisienne. L’auteur recréé à merveille l’ambiance des cafés et des boîtes des années 50 où le plus chic côtoie le pire et le sordide. Elle amène une touche de féminité avec un nouveau personnage que j’ai beaucoup aimé: Siloé Levenneur. C’est une enquêtrice hors pair, le pendant d’Evariste au féminin. J’ai vraiment aimé ce personnage malin et à la répartie bien ancrée. Siloé mène elle aussi une enquête de son côté mais du côté des hautes sphères du pouvoir. Son chemin va bien sûr croiser celui d’Evariste!

Une fois de plus, Oren Miller nous offre un roman au style très littéraire et travaillé. Elle a vraiment ce petit truc en plus qui permet de dire qu’il s’agit bel et bien de bonne littérature. Elle manie le verbe avec grâce et garde un certain sens de la formule qui m’a fait sourire plus d’une fois. Les dialogues sont ciselés et jouissifs.

Alors si ce n’est pas un coup de cœur cette fois-ci, c’est parce qu’il a manqué pour moi un petit quelque chose de haletant que j’avais trouvé dans le premier tome. L’intrigue m’a parfois un peu emmêlé les pinceaux même si je reste admirative du travail de l’auteur et de son imagination sans bornes!

Avec cette plongée dans les années 50 et son duo de choc, Oren Miller nous offre encore une fois un roman épatant et brillant. A découvrir absolument ne serait-ce que pour la beauté de sa langue.

Hunkeler et l’Affaire Livius de Hansjörg Schneider

 

Hunkeler et l’Affaire Livius de Hansjörg Schneider,

Publié aux éditions Le Verger éditeur,

2017, 277 pages.

 

 

 

Le corps d’un homme est découvert le jour de l’an dans un jardin des faubourgs de Bâle, dans un territoire sous juridiction française. Le mort a été abattu, mais a été suspendu à un croc de boucher aux solives de son cabanon de jardin, comme un quartier de viande.

Je remercie Le Verger éditeur pour sa confiance et Camille pour sa gentille attention. Ils m’ont proposé de découvrir la première enquête traduite en français de l’inspecteur Hunkeler, très connu en Allemagne et en Suisse. J’étais curieuse de connaître ce personnage célèbre Outre-Rhin et j’ai été charmée par ma lecture.

Passez votre chemin si vous recherchez du suspense, des course-poursuites et de l’action. Hansjörg Schneider, l’auteur de ce roman policier, prend tout son temps et c’est moins l’intrigue qui compte que la profondeur des personnages et l’atmosphère du livre.

Son inspecteur Hunkeler est d’abord un policier qui n’est ni alcoolique ni dépressif. Il mène sa vie tranquille avec Hedvig, sa compagne, dans une petite ferme alsacienne. On fait appel de temps en temps à lui pour enquêter car le bonhomme sait s’y prendre. Alors qu’il vient de fêter le nouvel an, Hunkeler est appelé car un homme a été retrouvé abattu d’une balle et suspendu à un croc de boucher, dans un jardin communautaire de Bâle. C’est l’occasion pour Hunkeler de mener des interrogatoires, la plupart du temps devant un bon repas. En effet, ici on prend son temps. Au détour d’un indice, Hunkeler déguste un plat typiquement alsacien, s’envoie du bon vin et quelques cigarettes. L’auteur nous fait voir la Suisse côté face avec son lot de misère, ses jalousies mais aussi ses paysages magnifiques. Avec une élégance, il nous décrit cette Suisse et cette Alsace rurale, un peu reculées mais tellement belles. Les hommes sont taiseux, on se méfie de l’étranger et pourtant Hunkeler parvient à mener sa barque. Hunkeler c’est la force tranquille qui connaît bien son sujet.

Avec beaucoup d’humour également, l’auteur montre la rivalité entre la police suisse et française qui se mettent des bâtons dans les roues pour aboutir à des réunions absurdes. L’Alsace est aussi un personnage à part entière. Ni vraiment française ni vraiment allemande, elle porte en elle une identité forte et l’auteur parvient à nous le faire voir avec beaucoup d’intelligence sans jamais tomber dans le cliché. 

C’est aussi l’occasion pour l’auteur de dresser un portrait intéressant de la société bâloise. Hunkeler interroge aussi bien des suisses natifs que des immigrés. Avec douceur et psychologie, il parvient à faire parler les gens. L’auteur immerge son lecteur dans une ambiance de café doucement sur le déclin où l’on côtoie des ouvriers attablés devant des saucisses au foie, de quartiers authentiques où les kebabs s’alignent auprès des saunas. J’ai vraiment eu l’impression de parcourir les rues de Bâle aux côtés d’Hunkeler.

L’intrigue policière m’a plu. Même si elle met du temps à démarrer, j’ai beaucoup aimé son côté historique qui nous fait remonter jusqu’à la seconde guerre mondiale et qui montre qu’une fois de plus la page n’est pas totalement tournée.

Avec Hunkeler et L’affaire Livius, j’ai découvert un roman policier bien construit, aux personnages intéressants et touchants. L’aspect contemplatif du roman plonge le lecteur dans une atmosphère particulière qui donne envie d’aller faire un tour du côté suisse. A savoir que le roman a été adapté en téléfilm.

Leona, Tome 2: La fin justifie les moyens de Jenny Rogneby

 

Leona, Tome 2: La fin justifie les moyens de Jenny Rogneby,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2017, 460 pages.

 

 

 

Six mois après la résolution de l’affaire des braquages, Leona Lindberg, l’inspectrice à la froideur implacable, est harcelée par un banquier à qui elle doit une somme astronomique. Pour s’acquitter de ses dettes, elle va faire ce pour quoi elle est le plus douée : organiser un nouveau hold-up. Mais au moment où elle constitue son équipe de malfrats, sa direction lui confie l’interrogatoire d’un kamikaze ayant survécu à ses blessures.
Cette fois encore, Leona doit jouer un double jeu… et elle n’est pas la seule, car un indic s’est glissé dans son escouade. C’est alors que tout s’emballe : le banquier maître-chanteur menace de s’en prendre au seul enfant qui lui reste, sa fille Beatrice.

En piochant dans le catalogue des éditions Presses de la Cité, j’ai aperçu ce titre qui m’a tout de suite attiré. Quatrième de couverture alléchante, couverture sublime et héroïne forte. La boulette que je suis n’a juste pas vu qu’il s’agissait d’un tome 2. Peu importe, Jenny Rogneby fait tout au début de son roman pour vous rappeler les élément essentiels de la vie de son héroïne Leona et je n’ai pas du tout été perdue.

Leona est inspectrice au sein de la police suédoise. C’est une héroïne assez atypique qui flirte sans cesse avec le danger et qui aime passer de l’autre côté de la loi. Elle est adepte des braquages et déploie ses talents de policière hors pair pour détourner la loi à son avantage dès qu’elle le peut. Un peu barrée donc, la nana, surtout qu’elle est en plus divorcée et qu’elle a perdu son petit garçon récemment. Tout ça fait beaucoup pour elle et comme ça ne tourne pas toujours très rond, elle consulte régulièrement une psy.

Le début du roman s’ouvre sur l’explosion d’une bombe en plein cœur du parlement. Manque de bol, le kamikaze n’est pas mort. A l’hôpital, il ne veut parler qu’à Leona. Celle-ci est donc dépêchée sur l’enquête. Leona de mauvaise grâce se prête au jeu de l’interrogatoire et commence à se prendre de compassion sur ce pauvre type que la vie a brisé. Pourquoi se confie-t-il à Leona? Plus les interrogatoires se succèdent plus l’intensité et le suspens montent.

Parallèlement, elle doit un gros paquet de fric à Armand, un banquier à moitié mafieux (ce qui va bien ensemble). Elle décide alors de monter un gros coup pour braquer une banque et réunit une équipe de malfrats, la crème de la crème, pour se faire un max de blé.

Jenny Rogneby ose tout dans son roman et le pire c’est que ça marche. Léona va dispenser des cours du soir à des bandits pour leur montrer le meilleur moyen de ne pas se faire attraper par les flics. L’idée fonctionne assez bien et certaines passage restent très drôles même si j’aurais voulu en savoir plus et que je suis restée un peu sur ma faim.  L’auteur n’hésite pas non plus à entremêler à cela une histoire de terrorisme plutôt vraisemblable et originale. Le rythme du roman est rapide et les scènes s’enchaînent sans laisser le temps au lecteur de reprendre haleine. Le tout est très visuel et on verrait bien le livre adapté à la télé. La construction peut paraître étrange mais je l’ai trouvé intéressante car elle permet au lecteur d’embrasser la totalité de la personnalité torturée de Leona.

Seule la fin m’a véritablement posé problème car pour le coup j’ai trouvé ça trop lourd et rocambolesque. L’exercice final est casse-gueule et c’est dommage car cela laisse une impression de chaos, de brouillon.

Je remercie les éditions Presses de la Cité pour la découverte de ce roman. Leona est une héroïne forte et étrange qui détonne parmi les autres personnages de policier. Même si tout n’est pas parfait dans le roman, j’ai apprécié le rythme soutenu qui tient le lecteur en haleine et la construction habile de l’auteur.

Qu’attendent les singes de Yasmina Khadra

 

Qu’attendent les singes de Yasmina Khadra,

Publié aux éditions Julliard,

360 pages, 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Merveilleusement maquillée, les cheveux constellés de paillettes, les mains rougies au henné avec des motifs berbères jusqu’aux poignets, on dirait que le drame l’a cueillie au beau milieu d’une noce.
Dans ce décor de rêve, tandis que le monde s’éveille à ses propres paradoxes, la Belle au bois dormant a rompu avec les contes.
Elle est là, et c’est tout.
Fascinante et effroyable à la fois.
Telle une offrande sacrificielle… »

Une jeune étudiante est découverte assassinée dans la forêt de Baïnem, près d’Alger. Une femme, Nora Bilal, est chargée de mener l’enquête, loin de se douter que sa droiture est un danger mortel dans un pays livré aux requins en eaux troubles.
C’est dans le cadre de mon book club consacré à la littérature africaine que j’ai lu Qu’attendent les singes. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur lors d’une dédicace à Aix en Provence. Je n’avais jamais entendu parler de ce titre et la quatrième de couverture m’avait fait envie. Hélas, ce n’est clairement pas le meilleur roman de l’auteur. Beaucoup de choses m’ont déplu dans ce livre.

L’auteur met en scène le meurtre rituel d’une jeune femme dont le corps a été retrouvé, mutilé, au cœur de la forêt algérienne. Nora Bilal, commissaire au central d’Alger, mène l’enquête mais sa tâche va se révéler délicate. En effet, Nora va vite s’apercevoir que cette jeune fille retrouvée morte a un lien avec un magnat de la presse appelé Harmelaine et que s’attaquer à cet homme de pouvoir c’est s’attaquer à l’État algérien.

L’enquête menée par Nora est ce qui m’a clairement donné la motivation pour continuer ma lecture. En effet, on suit les investigations menées par Nora dans les hautes sphères du pouvoir algérien. L’auteur distille savamment ses indices et, sans que la résolution de l’enquête ne soit si compliquée que ça, on se prend à vouloir en connaître le fin mot de l’histoire. Alors, clairement, l’intrigue n’est pas haletante; il n’y a pas de rebondissements fulgurants mais c’est assez bien mené dans l’ensemble.

En revanche, certains passages du roman sont en total décalage avec l’enquête menée par Nora et paraissent donc artificiels. En réalité, l’enquête sert le propos de l’auteur qui veut dénoncer la corruption, la gangrène des pots de vin et la mollesse d’un État algérien faible gouverné non par le peuple mais par quelques privilégiés qui règnent en véritables despotes. J’ai bien saisi le message lancé par l’auteur mais les chapitres dans lesquels il met en scène cette corruption tombent comme un cheveu sur la soupe et font perdre du rythme au roman.

Les personnages campés par l’auteur ont eux aussi quelque chose d’artificiel. J’ai trouvé qu’ils étaient trop superficiels et caricaturaux. Cela va du flic alcoolique au despote complètement égocentrique. Seule Nora, la commissaire, apparaît comme intéressante mais là encore, l’auteur tombe dans la caricature de la flic lesbienne entichée d’une prostituée qui lui en fait baver.

L’auteur cherche avant tout à critiquer le système politique de son pays et dresse un constat accablant. Il a écrit son roman avec une sorte de rage qui fait que les personnages sont peu aboutis. Seule l’intrigue policière a retenu mon attention. C’est dommage car j’apprécie la plume de Yasmina Khadra. Qu’attendent les singes ne m’a pas vraiment convaincue et je suis plutôt déçue de ma lecture.

J’agonise fort bien, merci d’Oren Miller

 

 

J’agonise fort bien, merci d’Oren Miller,

Publié aux éditions de L’homme Sans Nom,

 2016, 417 pages.

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Marie-La-Grise. Son cadre exceptionnel près de la côte d’émeraude en fait une destination de vacances des plus prisée. De magnifiques paysages, un mystérieux folklore breton et des morts qu’on a aidés à trépasser raviront les plus aventureux d’entre vous. Profitez de l’hospitalité chaleureuse des habitants qui sauront vous mettre à l’aise. Afin d’apprécier pleinement votre séjour, veillez cependant à respecter trois règles : 1.
Ecoutez toujours les murmures de ceux que vous ne voyez pas. 2. Gardez-vous des créatures sinistres qui frappent avant d’entrer. 3. Soyez sage. Très sage.

Au dernier Salon du livre de Paris, j’ai succombé au joli minois et à la verve d‘Oren Miller qui m’a convaincue d’acheter son nouveau roman. J’ai vraiment bien fait de l’écouter ce jour-là car grâce à elle, je viens d’avoir mon premier coup de cœur de l’année!

Lisez J’agonise fort bien, merci car ce roman est une pure merveille, un bijou mêlant intrigue bien ficelée et joutes verbales savoureuses.

L’auteur nous entraîne en Bretagne à Sainte-Marie-La-Grise dans les années 50. Isabeau, beau jeune homme, est envoyé par son patron afin de prêter main-forte à Évariste Fauconnier, notaire de son état. Ce dernier doit malheureusement régler les droits de succession de son amie défunte Catherine. Le fils et la fille de celle-ci, Dorian et Agathe, mûrissent des soupçons sur les circonstances de la mort de leur mère. Il n’en faut pas plus pour qu’Évariste et Isabeau mènent l’enquête dans le milieu de la bourgeoisie bretonne…

Si vous aimez les romans policiers à la Agatha Christie ou à la Arthur Conan Doyle, ce roman est fait pour vous! L’auteur met en scène un duo d’enquêteurs qui fait certes penser au couple Sherlock Holmes/Docteur Watson mais qui est d’une finesse incroyable! Il y a d’abord Isabeau, qui porte bien malgré lui un nom féminin! Orphelin, il n’a qu’un but: devenir quelqu’un. Sous ses dehors naïfs, c’est un garçon très intelligent et observateur qui ne demande qu’à apprendre. Il va trouver en Évariste, une sorte de mentor. Ce dernier se présente sous la fonction de notaire mais le personnage cache de nombreux secrets et reste assez mystérieux. L’auteur a su peindre un personnage à la fois drôle et cynique. Évariste aime le sarcasme. Ses répliques sont de vrais petits bijou de réparties et j’ai énormément ri. C’est un personnage qu’on peut détester au départ mais qu’on apprend à apprécier. J’ai eu un coup de cœur pour ce dernier qui allie l’intelligence à la verve. Un pur régal.

J’agonise fort bien, merci est aussi une petite merveille du point de vue de l’intrigue. Le titre en dit déjà suffisamment long. L’auteur déroule son récit dans une petite ville bretonne assez chic. Sous des apparences lisses et bien sous tous rapports, Sainte-Marie-La-Grise traîne pas mal de casseroles. C’est ce qu’Évariste et Isabeau vont s’ingénier à démontrer. L’auteur a su peindre un monde à la fois très moderne et replié sur lui-même. Dans ces terres bretonnes, le folklore a encore sa place et le petit peuple n’est jamais très loin lorsque des choses étranges se passent. Chaque figure emblématique de la ville est passée au crible : chaque habitant semble traîner un lourd passer et l’enquête menée s’avère plus complexe qu’elle n’y paraissait. J’ai adoré cette ambiance de petite ville battue par les vents et la pluie, ce mélange de bourgeoisie impeccable et de traditions ancestrales. On imagine sans peine la ville de Sainte-Marie-La-Grise, perchée sur une falaise au bord de la mer.

Le style de l’auteur est superbe. Les dialogues sont bien ficelés et jubilatoires. C’est vraiment bien écrit et on sent la qualité du travail sur la langue! L’auteur a su donner un côté charmant et désuet à ce roman et j’ai adoré!

Bref, vous l’avez compris: j’ai adoré ce roman. J’ai aimé l’intrigue, les personnages, les dialogues fins et ciselés. Je n’ai qu’une envie: qu’il y ait une suite aux aventures de nos deux enquêteurs!