1794 de Niklas Natt Och Dag

1794 de Niklas Natt Och Dag,

Publié aux éditions Sonatine,

2021, 544 pages.

Stockholm, 1794. Une nouvelle année commence sous le régime autoritaire du baron Reuterholm, conseiller du roi. À l’hôpital de Danviken, un jeune noble se morfond, tourmenté par le crime horrible dont on l’accuse. Dans une métairie de l’intérieur du pays, une mère pleure sa fille, assassinée lors de sa nuit de noces. L’affaire ne suscitant que peu d’intérêt, elle décide de faire appel à Jean Michael Cardell, un invalide de guerre qui, traumatisé par sa dernière enquête, n’a plus guère de raisons de vivre. Alors que ses investigations le mènent vers un mystérieux orphelinat, Cardell va bientôt se retrouver aux prises avec une étrange société secrète, les Euménides.

L’été dernier, j’avais découvert 1793 et ça avait été un coup de cœur. Il me tardait de lire la suite imaginée par Niklas Natt Och Dag. Une fois de plus, j’ai été happée, passionnée par cette intrigue et c’est encore un coup de cœur pour moi.

Avant de vous lancer dans cet opus, je vous conseille de lire le premier tome, 1793 car vous perdriez certaines références importantes et savoureuses au sujet des personnages! 1794 s’ouvre de manière étrange. L’auteur nous plonge d’abord dans une amourette contrariée entre un fils de bonne famille, Erik, et une paysanne. Les deux jeunes gens s’aiment follement et souhaitent se marier. Le père d’Erik, pour empêcher cette union, envoie son fils à Saint-Barthélémy. Là-bas, Erik est censé y apprendre à devenir un homme. Il va surtout y découvrir l’esclavagisme, la cruauté et faire la connaissance d’un personnage inquiétant…

Quelques années plus tard, on retrouve Jean Michael Cardell qu’on vient chercher pour enquêter sur un meurtre, tout du moins c’est ce que semble penser la mère de la victime. Sa fille, lors de sa nuit de noces, aurait été dévorée par des loups mais les blessures infligées n’y ressemblent pas. Cardell accepte sans savoir où il a mis les pieds…

1794 est une mâchoire qui vous happe dans un tourbillon de noirceur. Il y a la noirceur de cette vie, à Stockholm, en cette fin de 18ème siècle: les rues, les mœurs, le peuple. L’auteur nous fait ressentir la détresse du peuple, son ivresse mais aussi sa cruauté. Il se dégage de ces pages quelque chose de tellement fort. On y dissèque aussi la noirceur du cœur des hommes. Ce tome est parfois très sombre voire violent et pervers. L’auteur nous entraîne dans une intrigue tortueuse. Les quatre parties sont toutes intenses et passionnantes. Les noces d’Erik deviennent bien vite funèbres et on bascule en quelques lignes dans l’horreur totale..

C’est un roman qui marque. Difficile d’oublier ces premières pages sur l’esclavagisme, le racisme. Difficile d’oublier la puanteur des corps et des rues. Difficile d’oublier la perversité et la violence de ce personnage. Mais j’ai été malgré tout attirée, happée, passionnée par cette intrigue car on vaut savoir, on veut comprendre même si pour cela le prix à payer est qu’on ne ressort pas indemne de cette lecture. On y trouvera aussi des personnages plus simples, plus innocents, animés par l’amour, et redonnant ainsi un peu d’humanité dans la nuit la plus noire.

Une fois de plus, Niklas Natt Och Dag frappe fort avec ce roman terriblement juste et d’une noirceur intense.

Charlie Lager, Tome 2: Francesca de Lina Bengtsdotter

Charlie Lager, Tome 2: Francesca de Lina Bengtsdotter,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2021, 480 pages.

Francesca est le second tome consacré aux enquêtes de Charlie Lager, flic suédoise qui ne parvient pas à se remettre de sa précédente affaire, Annabelle. Trop impliquée, meurtrie, Charlie se voit contrainte de faire une pause qu’elle va consacrer à sa meilleure amie. A Gullspang, son village natal, Charlie tombe sur une affaire de disparition vieille de plus de trente ans. Francesca, fille de bonne famille, a disparu un jour sans laisser de traces…

Contre toute attente, j’ai beaucoup aimé ce roman. Le seul bémol revient au fait qu’on parle énormément du premier tome consacré à Annabelle et que le lecteur novice n’a pas toutes les références mais cela ne m’a pas finalement tant gênée que ça. J’ai d’abord adoré cette flic Charlie, qui n’arrive pas à se défaire de cette précédente affaire qui la hante. Il y a peut-être un petit côté « déjà vu » avec cette flic cabossée, alcoolique, qui va devoir faire confiance à nouveau. C’est en tout cas un personnage que j’ai apprécié à cause de sa ténacité et de son intuition.

Les chapitres alternent entre l’enquête de Charlie et le journal intime de Francesca. Ce sont ces chapitres-là qui m’ont vraiment accrochée. On remonte trente ans plus tôt dans la vie de cette ado mal dans sa peau, incomprise de ses parents qui préfèrent l’interner plutôt que de croire en elle. Certains passages sont à glacer le sang, notamment lorsque Francesca se fait agresser sexuellement. La réaction des parents et de son entourage est d’un réalisme fort et frappant.

Il y a parfois, certes des maladresses, notamment dans la résolution de l’enquête mais j’en retiens une atmosphère sombre et très noire, des personnages mal aimés. C’est efficace!

« Francesca » est une très bonne surprise. J’ai beaucoup aimé cette enquête sur une disparition vieille de plus de trente ans qui fait remonter de vieux fantômes à la surface...

Le bureau des affaires occultes de Eric Fouassier

Le bureau des affaires occultes de Eric Fouassier,

Publié aux éditions Albin Michel,

2021, 368 pages.

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente. Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges, susceptible de déstabiliser le régime. Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences. Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ? Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?

Valentin Verne est inspecteur de Police à la Sûreté. Il a des méthodes bien à lui. Féru de physique et de chimie, expert en sciences, il mène ses enquêtes de manière scientifique. Il est appelé sur les lieux d’un suicide mais il n’y croit pas. Pour lui, il s’agit d’un meurtre. Il va mener son enquête entre partis politiques et milieu ésotérique…

Si vous cherchez une enquête historique, ce roman est fait pour vous. L’époque de la Révolution de juillet est très bien reconstituée. Eric Fouassier s’est bien documenté: vocabulaire, anecdotes sur la vie quotidienne des Parisiens, argot,…On s’y croirait. J’ai vraiment aimé cet aspect du livre.

En revanche, l’enquête policière ne m’a pas emballée. L’auteur installe son personnage dans ce tome et ce fameux bureau des affaires occultes arrive bien tard. C’est dommage car on s’attend en fait à lire toute autre chose. Finalement, l’enquête empirique de Valentin n’a pas vraiment lieu. Les rebondissements se multiplient sans qu’ils n’apportent quelque chose à l’intrigue et le déroulement des péripéties est bien trop convenu. Ce tome est pour moi un préquel plus qu’autre chose et on sent que les enquêtes seront plus développées dans de futurs tomes. Seuls les passages consacrés à Damien m’ont réellement passionnée.

Ce premier tome n’a pas été une franche réussite pour moi. Si j’ai aimé la reconstitution historique du roman, l’enquête de Valentin Verne ne m’a pas emballée.

Le cercle des mensonges de Céline Denjean

Le Cercle des mensonges de Céline Denjean,

Publié aux éditions Marabout,

2021, 472 pages.

Un meurtrier aux abois, pris dans une spirale infernale… Une agente d’entretien, obligée de prendre la fuite après avoir été témoin d’un meurtre…Un étudiant sans histoires tombé du toit d’un immeuble en construction… Une femme bien sous tous rapports retrouvée assassinée dans une forêt près de Toulouse… Et si tous ces événements étaient reliés ? S’ils formaient les éléments d’une gigantesque toile ? Le lieutenant de police Urbain Malot, dit le Zèbre, et la gendarme Éloïse Bouquet, enquêtent chacun de leur côté, tirant, sans le savoir, les fils d’une même pelote.

Toulouse. Le corps du jeune Thomas est retrouvé au pied d’un immeuble. Tout semble faire penser à un suicide. Et dans une ruelle, on retrouve le corps sans vie d’une femme de ménage. Dans la forêt, un peu plus loin, le corps d’une femme, tuée par strangulation, est également retrouvée. Ces morts et ces meurtres qui semblent n’avoir rien en commun sont pourtant tous liés. Et c’est aux côtés d’Urbain Malot, policier dit le zèbre et de la gendarme Eloïse Bouquet que le lecteur va être embarqué dans une enquête aux ramifications tortueuses.

J’ai tout aimé dans ce roman: que ce soit l’intrigue, les personnages, l’atmosphère. Les chapitres alternent entre l’enquête de la police et celle de la gendarmerie. Rien ne semblent les relier et pourtant au fil des pages, des points communs vont apparaître. J’ai vraiment eu la sensation de vivre l’enquête aux côtés des personnages, étape par étape, de la recherches de preuves, d’indices aux interrogatoires. L’auteure ne choisit pas la facilité et met de nombreux bâtons dans les roues de ses enquêteurs. Le duo le zèbre/Eloïse fonctionne à merveille et j’ai hâte de les retrouver dans une prochaine enquête.

Le rythme est soutenu et on ne s’ennuie pas. Les personnages y sont pour beaucoup. J’ai adoré les suivre. Céline Denjean nous happe et ne nous lâche plus dans cette histoire qui glace parfois le sang. Des bas-fonds de Toulouse aux hautes sphères du pouvoir, l’auteure nous entraîne dans une enquête à tiroirs incroyable.

« Le Cercle des mensonges » à tout bon: du rythme, une intrigue passionnante, des personnages bien construits. N’hésitez plus!