L’Affaire Lord Spenser de Flynn Berry

 

 

L’Affaire Lord Spenser de Flynn Berry,

Publié aux éditions Presses de la Cité,

2019, 285 pages.

 

 

Claire est médecin et mène à Londres une vie apparemment sans histoires. Enfant, elle a pourtant eu à subir un événement traumatisant : tandis qu’elle dormait à l’étage de la propriété familiale, sa nounou a été assassinée et sa mère a échappé de justesse à l’agresseur. Le meurtrier présumé serait le père de Claire, un membre de l’aristocratie britannique, disparu sans laisser de traces. La mère a prétendu avoir reconnu son mari, les riches et puissants amis de celui-ci ont toujours clamé son innocence. Presque trente ans plus tard, Claire n’a pas surmonté le passé. Apprenant par la police que le fantôme qui la hante est peut-être encore en vie, elle part en quête d’une vérité qui lui est devenue indispensable.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette affaire basée sur des faits réels. En effet, l’auteur s’inspire d’une histoire vraie, vieille de plus de deux siècles: une banale histoire d’un homme qui souhaite se débarrasser de sa femme devenue trop encombrante. Flynn Berry l’a transposée de nos jours, dans le Londres des années 70 à aujourd’hui. Là où l’intrigue devient intéressante c’est qu’elle se déroule dans le milieu aristocratique londonien.

Claire, médecin, ne parvient pas à oublier les images de cette terrible nuit pendant laquelle son père a tué sa nounou et s’en est pris à sa mère. Trente ans plus tard, elle redoute toujours de croiser ce père meurtrier au détour d’une rue londonienne. Pour chasser ses démons, elle décide de mener l’enquête…

L’affaire Lord Spenser s’articule autour d’un jeu entre des chapitres qui se déroulent aujourd’hui et des chapitres qui se déroulent dans le passé des parents de Claire. Pourquoi ce jeune Lord, étudiant à Eton, s’est-il amouraché de la mère de Claire, une prolétaire sans diplôme? Comment leur mariage a-t-il pu sombrer dans cette folie meurtrière? J’ai adoré les chapitre se déroulant dans le passé parce qu’ils éclairent de façon sociologique et psychologique les raisons qui poussent Lord Spenser à vouloir tuer sa femme. Le lecteur suit deux êtres, à la croisée de deux mondes qui n’ont rien en commun.

On évolue ainsi dans le monde aristocratique anglais avec ses codes: les grands domaines, la chasse à courre, les dîners somptueux et cette jeune épouse qui ne possède pas les codes de cet univers très fermé. J’ai aimé voir les deux personnages se confronter à deux univers diamétralement opposés.

Les chapitres qui se déroulent « au présent » permettent à l’auteur de mettre en exergue les démons de Claire. Elle va tenter de réussir là où la police à échouer. Alors non, L’affaire Lord Spenser n’est pas un thriller à proprement parler. Je le qualifierais davantage de roman psychologique assez sombre puisqu’on suit la plupart du temps Claire en proie à ses angoisses. Mais ça n’enlève rien. C’est plutôt bien mené et je ne m’attendais pas à la fin du livre.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce roman sombre qui remue les fantômes d’un passé familiale trouble. 

Le Crime de Blacourt de Daphné Guillemette

 

 

 

Le Crime de Blacourt de Daphné Guillemette,

Publié aux éditions Librinova,

2019, 240 pages.

« Dans la forêt, un bruit sourd se fit entendre, semblable à un coup de tonnerre. Une nuée d’oiseaux s’envola brusquement, souhaitant fuir au plus vite ce danger. Ce bruit, nous le connaissions tous, il annonçait la mort. »
En 1923, le tranquille village de Blacourt est ébranlé par la découverte d’un cadavre dans les bois. Il s’agit du garde-chasse Clovis Lambert, un homme d’apparence sans histoire. De qui ce crime atroce est-il l’œuvre ? Les suspects ne manquent pas.
Le commissaire Léon Carré, aussi bourru que pointilleux dans ses enquêtes, est dépêché sur place pour résoudre cette affaire. Au cœur de ce petit village de l’Oise, les qu’en dira-t-on pourraient se révéler être de précieuses sources d’information.
Cette enquête qui semblait ordinaire, devient de plus en plus complexe et confrontera le commissaire Carré à son propre passé. La vérité éclatera-t-elle ?

Le Crime de Blacourt est un roman policier à l’ancienne. Un roman qui fait aussi la part belle à la ruralité puisqu’il se passe en 1923, à Blacourt, petit village du nord de la France. Léon Carré, commissaire à Beauvais, est appelé sur les lieux d’un crime. Un homme, Clovis Lambert, garde-chasse du village, est retrouvé mort dans les bois, abattu d’une balle dans le dos. Qui l’a tué? Et pourquoi? Le commissaire Carré mène l’enquête.

Daphné Guillemette reconstitue une enquête minutieuse dans son roman car le crime de Blacourt a bien eu lieu. C’est en effet un fait divers qui s’est véritablement passé en 1923. L’auteure a, de plus, une histoire personnelle avec ce crime puisque l’homme abattu n’était autre que son arrière grand-père à qui elle rend hommage. Elle a fait des recherches poussées dans les archives pour retrouver les compte-rendus de la police, du médecin mais aussi les témoignages des différentes suspects et témoins. Elle nous livre donc ici une enquête classique dans laquelle le commissaire interroge les différents suspects, les uns après les autres, et tentent de reconstituer le déroulement du crime.

C’était intéressant de ce point de vue là car l’auteure nous plonge au cœur de l’enquête. Elle nous fait partager les doutes du commissaire, ses avancées dans l’enquête, ses échecs. Le lecteur est plongé dans la vie du petit village de Blacourt: son café, son restaurant, ses rumeurs. Elle a su recréer à la perfection l’ambiance de ce village d’après la grande guerre.

Cependant, la narration tourne rapidement en rond. En effet, le commissaire procède toujours de la même manière: il convoque témoins et suspects pour les interroger dans son bureau. La technique ne change guère et devient redondante au bout d’un moment. J’aurais aimé plus de peps, plus de rythme dans l’intrigue pour dynamiser les choses. C’est le seul bémol à cette enquête qui aurait pu être passionnante sans ces quelques longueurs.

« Le crime de Blacourt » est un roman policier classique bien mené qui manque cependant de rythme pour en faire un polar haletant.

Shutter Island de Dennis Lehane

 

Shutter Island de Dennis Lehane,

Publié aux éditions Rivages noir,

2003, 287 pages.

 

Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l’allure sinistre. C’est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d’une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s’enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu’au choc final de la vérité.

Comme beaucoup, j’ai vu le film Shutter Island adapté du roman éponyme. Je me rappelle qu’à l’issue de la séance, j’avais encore de nombreuses questions qui demeuraient en suspens. J’avais envie de le replonger dans l’œuvre car des zones d’ombre subsistaient.

Edward Daniels est Marshal. Avec son coéquipier, Chuck Aule, ils prennent le ferry reliant le continent à Shutter Island. Cette île est depuis quelques années un hôpital psychiatrique abritant les criminels les plus dangereux du pays. Mais peut-on parler véritablement d’un hôpital ou s’agit-il d’une prison? Quoiqu’il en soit, les deux Marshals sont appelés pour enquêter sur la disparition de Rachel Solando, une patiente. C’est dans ce huis-clos à l’atmosphère étouffante que les enquêteurs vont chercher la vérité.

Car il s’agit bien ici d’un huis-clos. L’île est coupée de la civilisation et nul ne peut s’y échapper sous peine de s’y noyer à l’image de ces rats qui tentent une traversée mortifère. L’île est d’autant plus isolée qu’une tempête se prépare. Seuls, isolés, face à eux-mêmes, les deux enquêteurs vont devoir faire preuve d’ingéniosité pour démêler le vrai du faux. C’est une ambiance plutôt anxiogène , angoissante d’autant plus que les interrogatoires de patients vont se succéder, de plus en plus sombres et glauques.

Shutter Island c’est aussi l’ambiance des années 50: des enquêteurs en imperméables, la fumée des cigares, le passé récent et douloureux de la seconde guerre mondiale en toile de fond. C’est aussi une île sur laquelle les médecins s’intéressent aux troubles psychiatriques comme la schizophrénie et tentent de trouver des moyens de traiter les malades autrement que par la lobotomie et les traitements médicamenteux lourds. Ils cherchent des solutions alternatives comme le groupe de paroles. C’est très intéressant car le lecteur sent les premiers tâtonnements, les premières expérimentations sur des patients aux troubles lourds.

Enfin Shutter Island est un roman dont les trente dernières pages vous laisseront abasourdis, pantois puisque l’auteur balade son lecteur du début à la fin jusqu’aux derniers mots révélateurs d’un malaise profond. J’ai enfin lever les doutes que j’avais et obtenu les réponses que j’attendais.

« Shutter Island » est une lecture haletante, prenante et marquante qui ne laissera personne indifférent.

Pierre de Lune de W.Wilkie Collins

 

 

Pierre de Lune de Wilkie Collins,

Publié aux éditions Libretto,

2012, 611 pages.

Dans une statue hindoue se trouve un mystérieux diamant jaune appelé « pierre de Lune ». Durant les combats de Srirangapatna en 1799, elle est dérobée par le colonel Herncastle. Peu avant sa mort, celui-ci la lègue à sa nièce, Rachel Verinder. Mais à peine l’a-t-elle reçue que la pierre de Lune, qui se trouvait dans un tiroir de sa chambre, est volée en pleine nuit !
Tous sont suspects : Miss Rachel, sa mère Milady Verinder, ses cousins et prétendants : l’aventurier Franklin Blake et le charitable Godfrey Ablewhite, Rosanna Spearman, femme de chambre au passé douteux, la dévote Miss Clack, M. Murthwaite, explorateur des Indes, l’homme de loi Matthew Bruff, le nerveux Dr Candy et son antipathique assistant Ezra Jennings… mais surtouttrois inquiétants brahmanes.
Seul le vieux valet Gabriel Betteredge paraît insoupçonnable, ainsi que le célèbre détective Cuff. Douze témoins, douze narrateurs qui se suivront pour élucider le mystère.

Ce beau pavé de 611 pages me faisait un peu peur au vu des critiques lues ça et là. C’est finalement Laure du blog Boulimie livresque qui m’a incité à me lancer et je ne suis pas du tout déçue de ma lecture. J’ai adoré me glisser dans ce roman policier.

L’intrigue est très classique pour nous lecteurs contemporains alors qu’elle fut considérée comme révolutionnaire à l’époque. En effet, Wilkie Collins est perçu comme le père du roman policier.

L’intrigue se situe dans le Yorkshire. La Pierre de lune, diamant inestimable est dérobée à Miss Rachel qui vient d’en hériter. On dit que la pierre est maudite. Chaque habitant de la maison, des maîtres aux serviteurs vont devoir se soumettre aux interrogatoires du sergent Curff. Chaque invité, chaque membre est soupçonné du vol. Pour mener l’enquête, l’auteur a élaboré une narration très habile. Il donne la parole sous forme de journal à chaque personnage: Gabriel, le vieux domestique, Miss Clack, la cousine dévote à l’extrême, Franklin Blake, le soupirant de Rachel. Tour à tour chaque personnage vient témoigner de cette fameuse nuit du vol pour faire avancer l’enquête. Comme les faces d’un diamant, le lecteur entend les différents témoignages des uns et des autres et une chose est sûre: Miss Rachel est entourée de très peu de personnes de confiance.

Mention spéciale pour Miss Clack, la cousine dévote qui cherche à remettre Rachel dans le droit chemin de la religion. C’est un personnage incroyable qui m’a beaucoup fait rire et je comprends qu’il puisse avoir été censuré à l’époque. Wilkie Collins fait preuve d’un humour très anglais, pince sans rire qui fait mouche.

Si l’intrigue reste de facture classique pour les lecteurs que nous sommes aujourd’hui, j’ai adoré le petit côté Downton Abbey du roman. On suit en effet pendant une large partie Gabriel, le vieux domestique, qui nous fait pénétrer dans les coulisses d’une belle maison. J’ai adoré cette ambiance: les dîners, le protocole, les petites mains qui s’activent du matin au soir.

Le style du roman est résolument moderne. J’ai dévoré ces quelques 600 pages en trois jours! Wilkie Collins innove beaucoup dans sa manière de présenter ses personnages et ses dialogues et je ne me suis pas ennuyée du tout!

Je conseille vivement ce roman maîtrisé d’un bout à l’autre qui malgré une intrigue classique demeure résolument moderne.

Le Manoir d’Alderney

 

 

 

Le Manoir d’Alderney de Anne Perry,

Publié aux éditions 10/18,

2019, 359 pages.

 

 

Londres, 1910. Tout accable Philip Sidney, diplomate britannique à l’ambassade de Washington, accusé officiellement de détournement de fonds, officieusement d’avoir agressé la fille d’une famille américaine respectée et dérobé un bijou. Chargé de sa défense, Daniel Pitt doute de son client, du dossier, tressé d’étranges coïncidences, et tout autant de lui même : sa propre soeur est proche de la victime. L’affaire en cache bien une autre et lorsqu’un cadavre vient entraver le procès, le jeune avocat se lance dans une enquête dangereuse, aux rouages labyrinthiques. Une histoire de passions, de vengeance et d’idéaux pervertis, qui, dans l’ombre de la Grande Guerre à venir, le mènera jusque dans la Manche, sur la mystérieuse île d’Alderney…

Je remercie Babelio qui m’a fait parvenir le dernier roman d‘Anne Perry. Il s’agit ici du 34ème livre de la saga Charlotte et Thomas Pitt. Ces derniers ne sont plus les personnages principaux des intrigues mais leur fils Daniel, avocat de son état.

Jemina, la sœur de Daniel, vient rendre visite à ses parents et à son frère à Londres. Elle s’est mariée avec un Américain, Patrick et a deux petites filles. C’est l’occasion pour elle de faire découvrir sa ville et son pays à son mari. Mais Patrick, policier à Washington, demande un service à Daniel. Une de leurs amies, Rebecca, fille du richissime Thorwood, a été agressée dans sa chambre, la nuit. Son père a reconnu son agresseur. Il s’agit de Philip Sidney, diplomate à l’ambassade britannique aux États-Unis. Ce dernier s’est empressé de quitter le territoire sous couvert d’immunité diplomatique. Le père de Rebecca est prêt à tout pour qu’il soit traduit devant un tribunal. Patrick demande à Daniel de l’aider à faire éclater le scandale au grand jour afin de ruiner la réputation de Philip Sidney…

L’intrigue de ce roman est assez complexe. Les 150 premières pages ont été vraiment ardues. En effet, il s’agit de faire arrêter Philip Sidney sur le territoire britannique pour un autre fait que l’agression puisque celle-ci a été commise à Washington. Ainsi, acculé devant les tribunaux, Philip Sidney ne pourra qu’avouer son méfait perpétré Outre-Manche. Il faut sans doute replacer les choses dans leur contexte. Les personnages anglais sont scandalisés par ce qu’a fait, a priori, Sidney et les Américains les soupçonnent de vouloir étouffer l’affaire. Il est donc question, dans le premier tiers du roman, de loyauté que l’on doit à sa famille mais aussi à son pays. Daniel est partagé entre faire son devoir et aider ses proches. Le début du livre met donc du temps à se mettre en place et on n’apprend pas grand chose de l’affaire: les personnages discutent beaucoup de leur point de vue et j’avoue m’être un peu ennuyée.

En revanche, l’intrigue est plus intéressante quand Daniel va commencer à plaider pour Sidney et qu’il pense qu’il est finalement innocent au sujet de toutes les affaires qu’on veut bien lui coller sur le dos. Les joutes orales au tribunal sont vraiment bien amenées et l’intrigue prend un rythme de croisière enfin intéressant. C’est ce que j’ai préféré dans le roman: observer comment Daniel mène sa barque en tant qu’avocat. C’était ce qu’il y avait de plus passionnant dans le livre.

Le reste n’est qu’atermoiements. Entre ladies et gentlemen, on se regarde quand même beaucoup le nombril. Daniel marche sur des œufs avec tous les personnages se demandant toujours s’il ne va pas blesser telle ou telle personne. Je le dis clairement: on tourne autour du pot et c’est terriblement ennuyant! Le titre du livre m’a aussi induite en erreur. J’ai bêtement pensé que l’histoire se déroulerait dans les Cornouailles, dans un manoir. Erreur: ledit manoir n’apparaît qu’à la fin et joue un rôle mineur! Quelle déception pour moi.

Bref, mon sentiment est mitigé sur ce bouquin. Certaines pages m’ont profondément ennuyée, d’autres se sont tournées rapidement. Je ne conseillerais pas ce roman à ceux qui souhaitent découvrir l’auteur. D’autres romans sont beaucoup dynamiques et alléchants que celui-ci! Il est peut-être temps pour l’auteur de clore sa saga une bonne fois pour toute…

Grossir le ciel de Franck Bouysse

 

 

 

Grossir le ciel de Franck Bouysse,

Publié aux éditions Le Livre de Poche,

2016, 285 pages.

 

L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’ avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c était un peu comme si l’ abbé faisait partie de sa famille, et elle n est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’ en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’ un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’ est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non. Longtemps après, Gus se dira qu’ il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

Quelle claque! Quel roman brillant! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti ça pour un livre, un polar noir qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, instillant un climat de peur, de suspicion.

Grossir le ciel est un polar qui se déroule dans les Cévennes. Abel et Gus sont voisins. Tous les deux fermiers, ils habitent aux Doges, coin reculé avec pour seul décor les champs et la forêt. Tous les deux vieux garçons, ils se tiennent compagnie de temps en temps, buvant ensemble, sans jamais pourtant se parler comme de vrais amis.

Un jour, Gus part à la chasse aux grives. C’est l’hiver, il fait froid, il neige, il n’y a pas un bruit sauf celui, soudain, d’un coup de fusil. En s’approchant de chez Abel, Gus découvre une grande tache de sang. Le sang d’un animal ou celui d’un homme? Alors le doute s’installe chez Gus peu à peu…

Franck Bouysse mène son polar d’une main de maître. En quelques pages, il fait monter la tension entre les personnages. C’est noir, c’est rude, c’est violent à l’image de ces deux personnages et de ce coin de France où ils vivent, coupés de tout. Il ne s’y passe pas grand chose, certes, mais l’auteur nous fait sentir la vie choisie par Gus et Abel: une vie âpre, faite de sacrifice et de rêves avortés.

L’auteur possède une plume incroyable faite d’images très fortes et très parlantes qui restent gravées longtemps dans la mémoire du lecteur. La scène du faon m’a fendu le cœur. Franck Bouysse est capable de faire ressortir la beauté de la noirceur la plus totale. Car de noirceur, il va en être question.

Et puis, il y a toutes ces révélations qui se font au fur et à mesure. Comme Gus, j’ai été aveuglée et surprise jusqu’à la toute fin du roman. J’ai été soufflée par la fin de ce livre, mise à terre, ébahie.

Grossir le ciel est un véritable coup de cœur, un coup de poing. Un polar dense et noir à lire absolument!

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel

 

 

 

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel,

Publié aux éditions Marabout,

2019, 388 pages.

 

 

 

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…

Dans la brume écarlate est un roman policier qui allie une intrigue originale à une enquête classique. Nicolas Lebel choisit de plonger son lecteur au cœur d’un brouillard dense et mystérieux qui recouvre Paris. C’est dans cette ambiance étrange, qu’une flaque de sang est retrouvée en plein cœur du cimetière du Père Lachaise. A qui appartient-il et d’où vient-il? L’équipe du capitaine Mehrlicht est confrontée à ce cas unique quand en survient un autre: une mère vient signaler la disparition de sa fille Lucie en précisant que les cartes du tarot lui indiquait qu’elle était morte. D’abord dubitatif, Mehrlicht se rend compte rapidement que les affaires sont liées et les choses s’obscurcissent quand on retrouve un cadavre dans la Seine, le cou percé de deux trous….

Je mets les choses au clair tout de suite. Pour moi, ce roman est à classer dans la veine du roman policier et pas du thriller. On suit une enquête classique, si l’on peut dire, de flics, à Paris. L’identité du coupable sera d’ailleurs assez rapidement évoquée. A charge pour le lecteur de suivre le déroulé de son arrestation. Là où l’auteur déploie son originalité réside dans les corps retrouvés. Ils semblent avoir été vidés de leur sang. Rapidement, les journalistes qualifient le tueur de « vampire« . Dans cette ambiance brumeuse où les contours deviennent flous et les repères se brouillent, l’équipe de Mehrlicht navigue à vue, tâtonnant dans un brouillard, symbole d’une enquête retorse et atypique.

C’est ce qui m’a le plus plu dans ce roman. Bien sûr qu’on ne croit pas à cette théorie du vampire (en tout cas, pas moi) mais on se questionne alors sur ce sang retrouvé, sur ces trous dans la gorge des victimes. Nicolas Lebel joue parfaitement bien avec les codes du gothique: cryptes, âmes damnées et vierges sacrifiées, c’est un régal d’un bout à l’autre d’autant plus quand les personnages se targuent de citer Mary Shelley ou Oscar Wilde!

J’ai aussi beaucoup apprécié la façon dont l’enquête est menée avec ce flic mal luné, gouailleur qu’on imagine avec un très fort accent parigot! C’est assez rafraîchissant dans le paysage du polar. Mehrlicht ne fait pas rêver du tout. C’est un flic à l’ancienne, abîmé comme tous mais sans aucun sex appeal! J’ai vraiment apprécié la teneur du personnage d’autant plus qu’il a un sens de l’humour très particulier. Ses acolytes font pâle figure à côté même s’ils sont touchants à leur façon.

Enfin, j’ai aimé la manière dont l’auteur explique l’inexplicable. Pour cette enquête, il nous emmène du côté de la Roumanie bien sûr mais pas vraiment là où on l’attendait. J’apprécie toujours quand une intrigue vient éclairer l’Histoire d’un pays et nous en dévoiler plus. Je ne m’y attendais pas du tout et j’en suis même un peu frustrée. Cela ne m’aurait pas déplu que l’auteur développe plus.

Dans la brume écarlate est un polar original et efficace qui flirte avec le roman gothique et qui vous entraînera dans les tréfonds de l’âme humaine! Merci aux éditions Marabout pour la découverte de cet auteur talentueux!