Seuls les vivants de Lou Berney

Seuls les vivants de Lou Berney,

Publié aux éditions Harper Collins,

2021, 471 pages.

À l’été 1986, deux tragédies secouent Oklahoma City.
Six employés de cinéma sont tués dans un vol à main armée. Un seul survit. Au même moment, une adolescente disparaît pendant la foire annuelle de l’État.
Vingt-cinq ans plus tard, les réverbérations de ces affaires non élucidées résonnent encore dans la vie des survivants. La nouvelle enquête de Wyatt, détective privé à Las Vegas, le renvoie vers ce passé qu’il a tenté de fuir, et au mystère du vol à main armée qui a coûté la vie à ses amis. Quant à Julianna, elle est hantée par ce soir où sa sœur Geneviève s’est volatilisée pour ne plus jamais revenir.
Alors que l’enquête de Wyatt se complique et que Julianna tente d’obtenir des réponses de la part d’un fantôme, des secrets commencent à émerger du passé.

Été 1986, Oklahoma City: six employés de cinéma sont assassinés lors d’un braquage qui tourne mal. Seul l’un deux survit. Parallèlement, Julianna perd sa sœur, Genevieve, lors de la foire annuelle de la ville. Elle disparaît sans laisser de traces. Vingt-cinq ans plus tard, Wyatt, détective à Vegas, est appelé pour enquêter à Oklahoma City, cette ville qu’il a fuie. Julianna cherche toujours sa sœur…

Ce polar est bâti comme je les aime. Deux histoires, bien différentes ici et qui n’ont presque rien en commun, mais des aller et retour entre l’enquête actuelle et le passé des personnages. Chaque personnage, Wyatt ou Julianna, tentent d’avancer malgré les blessures. Il y a d’abord cette vieille enquête liée au cinéma. Wyatt se demande toujours comment les tueurs ont fait pour y pénétrer; Julianna, elle, ne veut pas croire que sa sœur a simplement disparu comme ça, sans laisser de trace.

« Seuls les vivants » est un polar qui prend son temps pour nous plonger dans une ambiance douce-amère. Les chapitres alternent entre l’histoire de Julianna et celle de Wyatt. Il ne faut pas être pressé pour en savoir plus. C’est un polar ici dans toute sa splendeur avec enquête, fausses pistes et interrogatoires. C’est peut-être ce qui peut en décourager plus d’un mais j’ai adoré, pour ma part, ce parti pris. Ce sont finalement les personnages qui sont le plus intéressants. D’abord et avant tout Wyatt, ce détective privé au passé qui lui revient sans cesse en pleine tête comme un boomerang. Je l’ai adoré parce qu’il est cynique, plein de répartis et de morgue. Il y a ensuite Julianna qui, à trente-huit ans s’accroche toujours, ne perd pas espoir dans sa recherche pour cette sœur qui était tout pour elle. Il y a aussi Genevieve, la disparue. Certains diront qu’elle était une fille « facile » et qu’elle l’a bien cherché. Il y a enfin la ville d’Oklahoma City qu’on imagine sans mal vieillotte, à l’écart et offrant peu de perspectives à tous ces jeunes en 1986.

Certains n’apprécieront pas les longueurs; d’autres resteront sur leur faim quant au dénouement. J’ai aimé ce livre parce qu’il met en scène des écorchés vifs avant toute chose et qu’il touche du doigt l’âme humaine.

Seuls les vivants est un roman tragique d’une noirceur d’encre.

Norlande de Jérôme Leroy

Norlande de Jérôme Leroy,

Publié aux éditions Points,

2021, 149 pages.

Depuis huit mois, la Norlande est en deuil. Ce pays dans lequel tout allait bien, dans lequel personne n’avait besoin de sécurité parce qu’il n’y avait que deux meurtres par an tout au plus. Clara, à travers un cahier destiné à sa correspondante française, raconte comment elle a assisté au drame et pourquoi elle s’en sent coupable.

Norlande c’est le récit glaçant de Clara, 17 ans, qui se confie dans son journal intime. Elle a survécu à une tuerie de masse. Elle n’a rien vu venir. Elle se sent coupable d’avoir survécu, d’avoir été si proche du tueur.
En filigrane, il faut lire bien sûr, une réécriture du massacre d’Utoya, perpétré en 2011, par un activiste d’extrême-droite. La Norvège devient Norlande, ce pays si beau, si doux, où personne ne pense à fermer sa porte à clé, où chacun fait confiance à son voisin.

Tout au long de ce court roman, le lecteur sent la tension qui monte peu à peu. Pourquoi Clara se sent-elle si coupable? Comment le Mal a pu contaminer cette nation si sage et prospère? C’est le récit poignant, glaçant, implacable d’une jeune fille qui tente de comprendre ce qui a pu se passer ce jour-là. On sent toute sa détresse et sa naïveté de s’être laissé berner comme une enfant.

L’écriture de Jérôme Leroy est percutante, sans fioritures. Au-delà du drame, c’est un roman qui apporte une vraie réflexion sur la monté des extrémismes politiques. Clara se croyait à l’abri dans ce pays si accueillant. Elle perd ce jour-là toute son innocence et sa naïveté à l’échelle de toute une nation. Plus rien ne sera comme avant.

Norlande est un roman fort et poignant à découvrir.

Trahison de Lilja Sigurdardottir

Trahison de Lilja Sigurdardottir,

Publié aux éditions Points,

2021, 408 pages.

Après plusieurs missions humanitaires éprouvantes, Úrsúla accepte de remplacer au pied levé le ministre de l’Intérieur en attendant les prochaines élections. Elle découvre très vite que son administration n’est là que pour bloquer toutes ses initiatives. Aussitôt après sa première intervention publique, elle devient la proie d’un cyber-harcèlement menaçant et doit engager un garde du corps. Elle est également poursuivie par un sdf agressif, qui sort d’un hôpital carcéral. Catapultée dans ce nouveau monde, cible systématique d’attaques sur les réseaux sociaux, elle découvre aussi l’attitude faussement compatissante mais réellement méprisante de ses confrères politiques. Elle tente cependant de faire son travail tout en affrontant le stress post-traumatique résultant de ses missions humanitaires ainsi que sa culpabilité vis-à-vis de son mari et de ses enfants.

Trahison fait partie de la sélection pour le prix du Polar Points. Nous y suivons Ursula propulsée ministre de l’intérieur islandais du jour au lendemain. Cette mère de famille, qui jusque là menait des campagnes humanitaires en Afrique ou en Orient, va être confrontée très rapidement au problème du pouvoir. C’est d’abord une femme dans un milieu d’hommes. C’est ensuite, d’un seul coup, un personnage public. Ursula va devoir faire face à de multiples trahisons…

Ce roman m’a laissé un sentiment ambivalent. Je l’ai lu d’une traite et l’ai trouvé très intéressant. L’Islande est un pays au système différent du nôtre et c’était vraiment passionnant de suivre Ursula dans les coulisses du pouvoir. Cette femme d’action doit faire face aux préjugés. Si les Islandais ont une longueur d’avance sur nous, les propos sexistes restent de mise dans ce doux monde qu’est la politique! L’autrice nous fait voir l’envers du décor: les réunions, les préparations d’interviews, la gestion des crises.

J’ai également aimé que le roman se déroule en Islande. J’ai tout de suite adhéré à l’ambiance si particulière de ce pays. Le climat plutôt rude dans ces pages, la proximité qui existe entre le peuple et les hommes politiques, les coutumes. C’était vraiment dépaysant pour le coup.

Cependant, une chose m’a gênée. On nous présente ce roman comme un polar. Je m’attendais à une certaine tension, à une enquête. Or l’intrigue principale tourne autour de mails insultants que reçoit Ursula et d’un SDF qui serait lié à son passé. Pas de quoi fouetter un chat pour moi. Trahison est davantage un roman noir qu’un polar ou thriller. Il porte d’ailleurs bien son nom car les trahisons personnelles comme professionnelles y seront multiples.

Trahison est un roman noir politique bien mené.

Chinatown Beat de Henry Chang

Chinatown Beat de Henry Chang,

Publié aux éditions Points,

2021, 292 pages.

Jack Yu est muté à Chinatown, quartier où il a grandi. Dans un secteur à 99% chinois, 99% des flics sont blancs. Jack Yu est donc le « chinois de service », le seul capable de comprendre les mentalités des habitants, dans un secteur où, par principe, on n’aime pas les flics. Lorsqu’une fillette de dix ans est violée dans une cage d’escalier, on préfère faire appel à la communauté, pas aux diables blancs. Oncle Quatre, figure de la communauté chinoise et patron des Hip Chings, un gang d’origine hong-kongaise, est descendu froidement.

Chinatown Beat est un polar qui se déroule à New-York dans le quartier éponyme. On y suit Jack Yu, seul policier d’origine chinoise, dans son commissariat. La communauté chinoise fait plutôt appel à lui lorsqu’un crime est commis dans le quartier. C’est le cas lorsque Oncle Quatre, un baron de la drogue est abattu froidement…

Ce roman m’avait l’air prometteur. Un flic chinois comme on en voit peu, une ambiance délétère où les gangs ont tout pouvoir. Il ne m’en fallait pas plus. Hélas! J’ai été extrêmement déçue. On nous amène d’abord sur la piste d’un violeur de fillettes qui opère en plein jour. La piste à peine ouverte ne sera jamais suivie. L’auteur y reviendra en toute fin de roman pour nous dire que l’auteur des faits a été arrêté sans qu’on sache comment!

L’intrigue met ensuite beaucoup de temps à arriver. Chinatown Beat est davantage un roman sur la communauté chinoise de New-York qu’une enquête à proprement parler. Celle-ci arrive bien tard et n’a pas vraiment retenu mon intérêt. Le dynamisme du début perd vite son souffle. L’auteur dresse surtout un portrait du quartier de Chinatown, tenu par les gangs chinois, plutôt qu’autre chose. Je m’y suis presque ennuyée.

On en retiendra surtout une étude détaillée d’une communauté qui a ses propres lois et qui préfère régler ses problèmes elle-même plutôt que compter sur la justice. C’est une grosse déception pour ma part.

Chinatown Beat n’aura pas su m’emporter. L’intrigue très maigre au profit de la description d’un quartier ne m’a pas convaincue.