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Toujours un livre à la main


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Les St. Charles de Molly Keane

  Les St. Charles de Molly Keane,

  Publié à La petite vermillon,

  2014, 388 pages,

  Pour l’acheter: Les St.Charles

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire des St Charles est celle d’une famille anglo-irlandaise, noble mais ruinée, vivant dans un mélange d’élégance et de décrépitude, et qui refuse de prendre en compte les réalités contemporaines. La narratrice, Aroon, est la fille de la maison. Mal aimée par sa mère, éperdue d’admiration pour son père, elle passera toute sa vie à Temple Alice, et finira par devenir une vieille fille dure, oscillant entre la nostalgie et la violence intérieure.
Derrière le monde de rêve et de bonnes manières que décrit Aroon, le lecteur devine la vérité des passions tragi-comiques qui détruisent les St. Charles.

 

Je connaissais déjà Molly Keane à travers son magnifique roman Et La vague les emporta. J’aime son style, ses intrigues, ses personnages. Elle critique la bonne société anglaise et irlandaise du début du 20ème siècle avec beaucoup d’objectivité et de cruauté. Dans son roman Les St. Charles, elle ne déroge pas à la règle.

Elle situe son roman en Irlande, dans une famille noble, les St. Charles. La famille occupe une vaste maison où les domestiques s’activent toute la journée. Le père est major dans l’armée. Il passe son temps à cheval pour chasser, pour parier. La mère est quand à elle toujours occupée par son jardin ou ses horribles peintures. Il y a enfin les deux enfants: Hubert et Aroon, la fille de la maison.

Aroon est la narratrice du roman. Elle apparaît comme une jeune femme peu sûre d’elle, renfermée, timide. En outre, elle est ronde, reproche à demi-voilé répété inlassablement par sa mère qui la condamne d’office à rester vieille fille. Comment s’affirmer dans cette famille avec un père plus préoccupé par ses chevaux que par sa femme et un fils beau, intelligent, ambitieux?

A travers ce roman, Molly Keane peint le quotidien d’une famille noble mais complètement désargentée et au bord de la ruine. Seule Aroon semble prendre conscience de la décrépitude qui guette sa famille. Ses parents font comme si de rien n’était: bals, dépenses fastueuses, gages des domestiques, rien n’arrête leur train de vie. Sa mère passe son temps à cacher les factures dans un tiroir pour ne pas voir la réalité des choses. La guerre de 14-18 va alors tout changer. Le père d’Aroon est mobilisé et reviendra avec une jambe amputée. Le faste de la famille semble alors s’écrouler.

J’aime particulièrement la façon dont Molly Keane dépeint l’envers du décor. Sous le vernis des bonnes manières, il y a la tromperie, le mépris, le déni. Et que dire des sentiments qui doivent être tus en toute circonstance? Dans la famille d’Aroon, il est malvenu de montrer son chagrin et ses larmes. Quand Aroon apprend le décès de son frère, les seuls mots de son père qui lit le télégramme seront: "je crois qu’il s’agit d’une mauvaise nouvelle". Aucun mot, aucune geste ne viendra réconforter Aroon. Seules les apparences comptent. Et que dire de cette mère volatile, à côté de la plaque qui méprise profondément sa fille, qui se réjouit de l’infidélité de son mari et qui préfère parler à ses plantes?

Aroon va alors se construire une vie, s’inventer des amours et un avenir. Sa candeur, ses espoirs m’ont profondément émue car au fond, le lecteur sait parfaitement qu’elle se leurre et qu’elle finira seule, comme ses parents l’ont décidé. C’est un personnage fragile qui va se révéler au fil des pages. Si son innocence et sa méconnaissance des choses de la vie peuvent faire sourire, elle n’apparaît pas moins comme une femme qui va gagner son indépendance et sa liberté.

A travers ce roman, Molly Keane dépeint le destin d’une famille sur le déclin: magnifique, magistral.


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Villette de Charlotte Brontë

  Villette de Charlotte Brontë,

  Publié aux éditions Archipoche,

  2013, 711 pages,

  Pour l’acheter: Villette

 

 

 

 

 

 

 

Lucy Snowe est engagée comme aide par Miss Marchmont, une vieille dame, en tant que dame de compagnie. À la mort de celle-ci, pleine d’attentes et d’espoirs, Lucy prend un navire pour le royaume de Labassecour et sa capitale, Villette, où elle est employée comme institutrice à l’internat pour jeunes filles de Mme Beck.
Dans cette école, un certain Dr John rend souvent visite à la coquette Ginevra, dont il est amoureux. Mais on apprend que le Dr John n’est autre que Graham Bretton, une ancienne connaissance de Lucy….

Villette est un beau pavé de 710 pages. Autant dire qu’il faut un peu de temps devant soi pour s’y plonger. J’ai donc mis plus d’une semaine pour en venir à bout. Si j’ai globalement apprécié ma lecture, il y a certains points du roman qui m’ont profondément dérangée.

Villette c’est d’abord l’histoire de Lucy Snowe, une jeune femme de 20 ans. Elle ne vient ni de l’aristocratie ni de la bourgeoisie. Orpheline et sans fortune, elle n’a d’autre choix que de travailler. Au début du roman, Lucy est dame de compagnie auprès d’une vieille femme. Si cet emploi ne lui convient pas forcément, elle fait contre mauvaise fortune bon cœur. A la mort de la vieille dame, Lucy décide de quitter l’Angleterre, son pays dans lequel elle n’a plus aucune attache.

Elle s’embarque pour la Belgique et débarque à Villette (ville imaginée par l’auteur). Alors que la tempête fait rage, Lucy se perd dans les rues inconnues et inquiétantes de la ville. Par hasard, elle sonne à une porte. Il s’agit d’un pensionnat de jeunes filles de bonne famille. Lucy est aussitôt engagée par la directrice Mme Beck comme gouvernante puis comme institutrice en anglais.

Charlotte Brontë a été influencée par les courants romantique et gothique. Elle fait de son personnage Lucy une héroïne perdue, sans le sous. J’ai apprécié le personnage de Lucy car sous ses airs de jeune fille naïve, elle cache en réalité un caractère fort et audacieux. Elle débarque dans un pays inconnu dont elle ne parle pas un mot. Doué d’une certaine intelligence, Lucy va apprendre seule la langue. Les filles du pensionnat vont lui mettre des bâtons dans les roues. Il faut lire la première scène dans laquelle elle donne son tout premier cours. Elle doit affronter une horde de jeunes filles prêtes à lui faire payer son étrangeté et sa différence et elle s’en sort avec brio!

Lucy sera perçue tout au long du roman comme une étrangère, comme celle qui est différente. Elle est anglaise et se comporte en anglaise. On lui reproche surtout d’être protestante donc hérétique. Tour à tour, les différents protagonistes essaieront de la convertir à leur religion, sans succès. C’est d’ailleurs dans ces pages que je me suis le plus ennuyée. En effet, l’auteur fait la part belle à la religion. Les grandes envolées lyriques de Lucy sont certes belles mais d’un ennui profond à ce sujet.

Au-delà de cette difficulté dans la lecture, j’ai apprécié le rythme du récit. On voit Lucy gravir tous les échelons du pensionnat. Elle passe de gouvernante à institutrice. Elle aura d’ailleurs un statut spécial par rapport aux autres professeurs. Charlotte Brontë dissèque les rouages de l’institution dans laquelle travaille Lucy avec un œil expert (rappelons qu’elle a elle-même exercé ce travail). Tous les coups sont permis et c’est souvent Lucy qui en fait les frais. Elle rappelle aussi qu’au 19ème siècle, une femme instruite, cultivée est souvent dénigrée et rangée dans la catégorie "non mariable". Lucy sera d’ailleurs traitée de "bas-bleu" à plusieurs reprises.

Au-delà de l’apprentissage de Lucy, l’auteur tisse une histoire d’amour qui en surprendra plus d’un tant elle paraît mal partie au départ. Les bals, les réceptions et les thés se succèdent et j’ai vraiment aimé me retrouver dans cette ambiance faite de conventions et de protocoles. Bien sûr, il y a des moments qui paraissent vraiment exagérés. L’auteur multiplie les scènes dites de reconnaissance dans lesquelles les personnages s’aperçoivent qu’ils se connaissent en réalité depuis très longtemps. C’est un peu grossier mais dans l’esprit romantique de l’époque.

Si certains passages extrêmement lyriques ou très tournés vers la religion m’ont ennuyée, j’ai cependant aimé suivre l’apprentissage de Lucy Snowe. Villette reste un roman complexe qui mérite qu’on s’y attarde.


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Fille d’Hécate, Tome 1 de Cécile Guillot

  Fille d’Hécate, Tome 1 de Cécile Guillot,

  Publié aux éditions du Chat noir,

  2013, 138 pages,

  Pour l’acheter: Fille d’Hécate

 

 

 

 

 

Je croyais n’être qu’une étudiante ordinaire et sans doute trop renfermée. Et puis, il a eu cette expérience étrange, la découverte de mon don… Maintenant je dois apprendre à m’accomplir en tant que sorcière, développer mes pouvoirs et trouver ma place en ce monde. Tout aurait-été parfait s’il n’y avait pas eu ces cauchemars et ces malaises. Quelqu’un cherche à me nuire ! Mais qui pourrait bien me harceler ainsi ?
Et, pour ne rien arranger, j’ai aussi un mémoire à écrire pour valider ma dernière année de psycho. Ma vie n’est vraiment plus de tout repos !"

Maëlys nous ouvre les portes d’un univers étrange et déroutant, celui de la Wicca. La quête spirituelle qui est sienne va l’exposer à des menaces insoupçonnées. Surtout que le destin pourrait bien placer sur son chemin, les clés qui l’aideront à résoudre les mystères d’une existence parsemée d’ombres… Car, une sorcière peut-elle s’épanouir coupée de ses racines, ignorante d’un passé dont pourrait dépendre l’avenir ?

 

J’ai profité d’une promotion aux éditions du Chat noir pour m’offrir les deux tomes de Fille d’Hécate. J’ai lu beaucoup de critiques positives sur ce roman et j’ai vraiment eu envie de me lancer à mon tour dans l’aventure.

Ce premier tome met en scène Maëlys. C’est une jeune fille plutôt solitaire. Elle a perdu ses parents adoptifs dans un accident et depuis, elle vit seule, dans son appartement à Aix en Provence. Maëlys fait des études de psychologie et au cours d’une expérience, elle apprend qu’elle possède certains dons et qu’elle n’est autre qu’une sorcière.

Dès le début du roman, j’ai accroché avec l’héroïne. Elle paraît tout de suite attachante. Peu sûre d’elle, solitaire, elle traîne un passé assez lourd. C’est une fille simple comme on en croise chaque jour dans la rue. J’ai beaucoup apprécié ce parti pris de l’auteur qui n’en fait pas tout de suite une super héroïne aux pouvoirs illimités. Au contraire, Maëlys est une jeune femme qui au départ refuse "son pouvoir". Petit à petit, elle l’apprivoise et se fait à l’idée qu’elle est une sorcière.

Ce premier tome est donc un tome de découverte, d’apprentissage. Maëlys va se découvrir et entrevoir un petit pan de son passé. Elle va être aidée par une amie, elle aussi sorcière qui va lui révéler certaines choses et lui enseigner l’existence de la wicca, un courant plus ou moins religieux qui fait la part belle aux sorcières. Tout comme Maëlys, le lecteur est pris par la main et guidé à travers les méandres de la wicca. Sans jamais être pédant ou ennuyant, l’auteur nous fait découvrir ce monde à part.

J’ai aussi beaucoup apprécié que l’intrigue se déroule à Aix en Provence et à Marseille. J’habite tout à côté et j’ai adoré retrouver à travers le livre les rues, les magasins dans lesquels Maëlys déambule. L’auteur donne de nombreux détails et c’est un plaisir de voir sa ville décrite sur les pages du roman et parcourue par l’héroïne.

J’aurais juste un reproche à faire à ce premier tome: l’enchaînement des événements est parfois trop rapide, trop grossier. En effet, dès les toutes premières pages, Maëlys apprend son don de sorcellerie. L’intrigue aurait pu être plus développée. C’est dommage car l’effet est quelque part un peu gâché. De même, la fin du livre apparaît comme très visuelle. L’intrigue se termine rapidement, les péripéties s’enchaînent trop vite. Là aussi, l’auteur aurait pu ajouter quelques pages pour rendre plus crédible son histoire.

C’est presque un sans faute pour cette lecture. Hormis quelques petits défauts, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Maëlys et j’ai hâte de continuer avec le tome 2 qui m’attend dans ma liseuse.


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Les Errants, tome 1 de Denis Labbé

  Les Errants, tome 1 de Denis Labbé,

  Publié aux éditions du Chat Noir,

  286 pages, 2013,

  Pour l’acheter: Les Errants, tome 1

 

 

 

 

 

Que faire quand on est une adolescente et que le monde s’écroule autour de soi ?
C’est la question qui se pose à Marion, seize ans, que rien ne préparait à une telle catastrophe. Lors d’un voyage scolaire au camp de travail du Struthof, certains de ses camarades et de ses professeurs sont frappés par un mal étrange.
Alors que l’épidémie se répand, elle essaie d’y échapper, en compagnie d’un groupe d’amis rescapés. Mais sans l’aide d’adultes, la tâche va s’avérer délicate et la vie en communauté pas si aisée que cela.

 

J’ai profité de la promo opérée par les éditions du Chat noir sur leurs ebooks pour m’offrir le premier tome des Errants. J’avais déjà lu Petit Papa errant du même auteur, une petite nouvelle gratuite, qui m’avait bien plu. Si j’ai aimé le début de ce premier tome, j’ai au final été plutôt déçue.

L’idée de départ est assez bonne. Quelques lycéens, accompagnés de leurs professeurs, vont visiter le camp du Struthof. Cette sortie pédagogique n’est pas vraiment du goût de Marion, la narratrice, mais elle voit là une occasion de s’amuser. Autour d’elle, peu d’élèves semblent peu concernés par l’Histoire du lieu. Les uns et les autres préfèrent flirter, s’amuser ou singer la terrible prof qui leur sert de chaperon. Tandis que les groupes s’organisent et se dispersent dans tout le camp, Marion fait plus ample connaissance avec ses camarades. Elle apparaît désorientée car sa meilleure amie ne figure pas dans son groupe. Peu importe, il lui faut écouter le blabla inintéressant du prof.

A la pause déjeuner, tous les élèves sont sensés se retrouver or il en manque une bonne partie. Marion assiste aussi à une scène étrange. Des employés du Struthof sortent du camp en trombe, semblant fuir quelque chose. Les ennuis commencent alors pour Marion qui ne peut s’empêcher de fouiner. Elle s’aperçoit très vite qu’un danger les menace tous: une épidémie qui semble réduire les humains à l’état de zombie…

Si l’idée de départ est plutôt bonne (des expériences menées pendant la seconde guerre mondiale qui auraient mal finies), on tourne finalement vite en rond. J’aurais d’abord tendance à dire que la cible du roman est plutôt les ados. En effet, je n’ai pas été touchée par les personnages qui sont tous lycéens. Leurs répliques sont celles d’ados de leur âge (et c’est bien normal) et sont parfois lourdes. En outre, Marion, la jeune narratrice apparaît bien obnubilée par ses histoires de cœur. Soit, dans tous romans, il y a le spectre d’une histoire d’amour contrariée ou en devenir mais j’ai trouvé que cette préoccupation revenait trop souvent. Quand on doit sauver sa peau, on ne passe pas son temps à essayer de plaire ou à se demander ce que trucmuche va penser de notre attitude, de notre look. C’est dommage car ce côté bluette décrédibilise pas mal les personnages et l’enjeu du roman à savoir la survie.

La manière dont l’auteur amène l’apparition des zombies est bien trouvée et originale. En revanche, l’intrigue tourne vite en rond. Passé les premières paniques, l’organisation et la fuite, le scénario est toujours le même: arrivée dans une ville, attaque des zombies, défense puis fuite. Bref, je me suis un peu ennuyée et j’ai attendu, en vain, que l’intrigue décolle enfin! De même, l’auteur veut faire passer ses personnages ados pour des héros. J’ai bien compris que l’enjeu du roman était qu’ils s’en sortent par eux-mêmes mais les adultes passent au final pour des abrutis/incapables/idiots (à vous de cocher le bon terme). Les adultes semblent être doués pour courir en tous sens et se faire tuer très rapidement.

C’est donc raté pour moi. Si j’ai aimé l’intrigue en générale, je n’ai en revanche pas du tout adhéré aux personnages et j’ai trouvé que le scénario tournait en boucle. L’auteur du roman a prévu une suite, j’espère que dans celle-ci les choses s’accéléreront.


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Incubes d’Anthony Holay

  Incubes d’Anthony Holay,

  Publié aux éditions House Made of Dawn,

  2014,

  Pour l’acheter: Incubes

 

 

 

 

Un couple, qui vient de perdre leur enfant, décide de s’isoler du monde en louant un chalet à la montagne pour les vacances. Mais, tandis que la femme se remet difficilement de ce deuil, l’homme commence à percevoir des formes inquiétantes dans l’obscurité…

Je tiens d’abord à remercier l’auteur qui m’a fait confiance en m’offrant cet ebook. Je n’ai pas l’habitude de lire des romans ou des nouvelles horrifiques. L’hémoglobine en cascade ne me plaît guère mais l’auteur m’a rassurée sur ce point en m’assurant que beaucoup de choses étaient suggérées. Bon point pour lui car c’est le cas!

Dans cette novella, Anthony Holay met en scène un couple qui tente de se reconstruire après la perte d’un enfant mort-né. Le narrateur a organisé un petit séjour à la montagne avec sa femme Justine. Dès le départ, l’auteur pose le cadre: le chalet choisi est isolé, à des kilomètres du premier village. Le téléphone ne passe pas et les conditions météo se dégradent: il neige du soir au matin. Les éléments sont donc tous réunis pour que la novella devienne un huis-clos angoissant, laissant les personnages aux prises avec d’étranges démons.

J’ai aimé cette façon qu’a eu l’auteur de poser les choses. L’angoisse monte petit à petit. Le narrateur remarque peu à peu certaines choses étranges. Il y a d’abord cette fenêtre qui s’ouvre d’un seul coup, en plein milieu de la nuit, et qu’il n’arrive pas à refermer. Il y a aussi cette étrange torpeur qui semble envahir sa femme: elle passe de nombreuses heures à dormir et sa peau devient de plus en plus translucide. Il y a enfin ces empreintes dans la neige en forme de trident. Étranges…..

Je n’en dirai pas plus sous peine de dévoiler la suite du récit. Je regrette simplement que cette novella ne soit demeurée qu’une novella. En effet, le format oblige concision et rapidité d’action or certains événements s’enchaînent trop rapidement à mon goût et c’est dommage. Un roman, forcément plus long, aurait donné lieu à plus d’angoisse, plus de tension et de développements intéressants. Le personnage principal par exemple aurait gagné à être davantage développé. Il se prend de passion pour un étrange alcool que lui a laissé le propriétaire du chalet. L’auteur joue d’ailleurs assez bien avec le rôle de cet alcool maison dans l’intrigue. Le narrateur abuserait-il trop de la boisson? L’auteur sème le doute dans l’esprit du lecteur jusqu’à la fin. Cette hypothèse est abordée mais pas assez exploitée. Je le répète encore une fois, c’est bien le format choisi qui est en cause ici et non l’histoire. Peut-être qu’une version plus longue serait envisageable?

Le style de l’auteur n’est pas encore parfait mais reste fluide et bien écrit. J’ai tiqué sur quelques comparaisons malheureuses mais rien de très grave en soi.

Dans l’ensemble, Incubes est une novella intéressante. Certes, l’auteur ne renouvelle pas le genre mais il l’exploite à sa manière et laisse présager de bons augures pour ces futures parutions! J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à cette lecture et je remercie une fois de plus l’auteur de m’avoir permis de lire cette novella.


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Nous sommes tous morts de Salomon de Izarra

  Nous sommes tous morts de Salomon de Izarra,

  Publié aux éditions Rivages,

  2014, 131 pages,

  Pour l’acheter: Nous sommes tous morts

 

 

 

 

 

Nous sommes tous morts est le journal de bord de Nathaniel Nordnight, jeune second du baleinier Providence. Le voyage tourne au cauchemar lorsque le bateau est pris dans les glaces. Entre un récit d’aventure à la Stevenson et un roman d’épouvante lovecraftien.

Quelle révélation! Salomon de Izarra nous offre à travers son roman un petit bijou d’horreur, de fascination morbide, de frissons. Le titre donne déjà le ton. "Nous sommes tous morts" sont les premières paroles prononcées par le narrateur Nathaniel. Ce dernier s’est embarqué sur un baleinier "La Providence". Alors que tout se déroule pour le mieux, l’équipage essuie une violente tempête. Le lendemain, au réveil, les marins se rendent compte que leur bateau est emprisonné par une mer de glace. Impossible de s’en extraire!

Comment cela est-il possible d’ailleurs? Le capitaine assure que le bateau n’a pu dériver en aussi peu de temps aussi loin vers le pôle nord. Alors chacun fait des hypothèses. Et puis, il y a cette brume à perte de vue qui ne laisse deviner que des contours, et ces marins retrouvés le matin en état catatonique, pupilles grandes ouvertes comme gorgées d’horreur. Qu’ont-ils vu? Où se trouvent-ils désormais? Dans les limbes, au purgatoire ou en enfer comme le laisse sous-entendre le pieux capitaine? Et que dire de cette glace qui semble vivante et qui grignote peu à peu le bateau?

Salomon de Izarra sème le doute chez ses personnages et chez le lecteur. Ce qui devait être une formidable expédition pleine d’aventures devient un huis-clos, angoissant, tétanisant où chaque homme devient peu à peu fou. Nathaniel et ses camarades vont devoir se sacrifier et renoncer à leur humanité jusqu’au dernier tabou…

L’auteur embarque son lecteur dans une aventure peuplée de fantômes, de ténèbres, d’angoisse. On frissonne, on se pose des questions, on se demande si les marins vivent cette réalité décalée ou la rêvent. Bref, on navigue en plein dans le fantastique. La tension monte petit à petit jusqu’à l’explosion, la révélation finale.

L’auteur a su créer une ambiance vaporeuse, faite de brume et de glace qui permet de ressentir le froid, la peur. Il joue avec les nerfs du lecteur et ceux de Nathaniel, son narrateur. Sa maîtrise du genre vaut vraiment le coup d’œil et ne laissera pas insensible quiconque osera franchir cette mer de glace…

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