Shining de Stephen King

   Shining de Stephen King,

   Editions Le Livre de Poche,

   2007, 576 pages,

   Pour l’acheter: Shining

 

 

 

 

 

Situé dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté… L’hiver, l’hôtel est fermé. Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien. Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance : c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus. Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée ? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l’hôtel ?

Honte à moi! Je n’avais ni vu le film ni lu le livre Shining. Il faut dire que jusqu’à présent je redoutais un peu les romans de Stephen King. Pourquoi? J’avais peur que le style ne me convienne pas, ne soit pas assez travaillé; peur d’avoir peur tout simplement! Pour le style, j’ai revu ma copie et je dois dire que même traduit, Stephen King est un très grand écrivain. Pour la peur, j’avais déjà eu mon compte avec Misery. Avec Shining, j’avoue avoir eu du mal à fermer l’œil.

Shining, c’est d’abord des personnages marquants. Un père Jack, ex-alcoolique qui tente de se soigner et qui a toujours la tentation de basculer à nouveau; une mère Wendy, un peu effacée, qui cherche à protéger son enfant par tous les moyens; et surtout un petit garçon de six ans, Danny, qui possède un don: celui de voir le passé mais aussi l’avenir lors de flashs plutôt angoissants. L’intrigue va tourner en vase clos autour de ces trois personnages, cette cellule familiale qui menace à tout moment d’imploser en vol.

Shining, c’est aussi une ambiance à vous glacer: un hôtel, l’Overlook, coincé dans la montagne, entouré par les neiges pendant l’hiver, coupé du monde. L’Overlook, c’est aussi un lieu qui a une histoire lourde, un passé qui a fricoté avec le grand banditisme. C’est également un lieu complexe, labyrinthique dans lequel la famille Torrance va se perdre.

Avec très peu de choses, Stephen King parvient à créer une ambiance lourde, pesante et angoissante. En effet, quoi de plus banal dans un roman d’horreur qu’un vieil hôtel délabré? Avec son sens du récit et du suspens, il parvient à en faire un lieu propice à l’étrange, au surnaturel. Et l’étrange commence avec cette histoire de chaudière que Jack aura à surveiller tout l’hiver comme le lait sur le feu. Quel autre auteur que Stephen King peut rendre intéressante et effrayante la description d’une bonne vieille chaudière? Dès les premières pages du roman, j’ai été saisie d’effroi….

Et puis, les faits étranges s’enchaînent. Stephen King n’a pas besoin de faire dans le spectaculaire, l’extraordinaire. Tout est suggéré ou presque. Il peut s’agir d’une ombre, du bruit du vent dans les arbres, d’une sensation d’être suivi et votre petit cœur de lecteur s’emballe! C’est surtout la relation entre Danny et son père qui devient trouble. Ce que voit Danny va-t-il se réaliser? L’avenir qu’il visualise est perçu par un enfant de six ans: Danny ne comprend pas tout. Il sait juste que son père s’apprête à nouveau à « faire le vilain ». Et puis, même à la fin du roman, de nombreuses questions restent sans réponse. Jack est-il devenu fou? a-t-il été possédé?

La scène dans la chambre 217 m’a glacée jusqu’au sang. Elle est d’anthologie et se révèle réellement effrayante car le lecteur se met à la place du petit Danny. Les émotions sont donc décuplées.

Si vous avez vu le film, lisez donc le roman par simple curiosité. Beaucoup de détails divergent notamment la fin du livre beaucoup moins consensuelle.

J’ai passé un moment terrifiant avec Shining. Les pages se sont tournées d’elle-même comme par magie. La question qui demeure en suspens à présent est « quel nouveau Stephen King lire »?

Secrets d’écrivains: enquête sur les entretiens littéraires de David Martens et Christophe Meurée

    Secrets d’écrivains: enquête sur les entretiens littéraires de David Martens et Christophe Meurée,

   Les Impressions nouvelles,

   2014, 284 pages,

   Pour l’acheter: Secrets d’écrivains

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les écrivains ne font pas qu’écrire leurs livres : ils en parlent aussi, et cela de plus en plus. Au cours du 20e siècle, l’entretien littéraire s’est imposé comme un véritable genre et sa place dans le système littéraire est absolument cruciale : la critique littéraire prend de plus en plus la forme de l’entretien, les auteurs s’en servent pour dialoguer avec les lecteurs, le public y cherche ce qui se dérobe dans les livres.

Le présent volume est une enquête sur cette pratique singulière, dont il prend aussi la forme : un livre d’interviews, donc, où toutes les questions portent sur les rapports des écrivains avec le genre de l’interview. Que représente l’entretien pour les écrivains ? Pour leurs intervieweurs ? De quelle façon les uns et les autres l’abordent-ils ? Comment s’y préparent-ils ? Quelle place les auteurs lui donnent-ils par rapport à leur œuvre 

Comment commencer cette chronique? Comment en parler? Peut-être en disant que j’ai choisi ce livre pour Masse critique de babelio, m’attendant à un ouvrage dans lequel des écrivains se confieraient sur leur travail, leur envie, leurs projets. Or, il n’en est rien et j’ai été déçue par cette lecture.

D’abord soyons honnête, je n’ai pas lu ce livre en entier (fait rare pour moi). Je me suis permis de sauter certains entretiens trop ardus, trop obtus. En effet, ce livre n’est pas une balade agréable au fil d’une conversation d’écrivain. C’est un livre universitaire, une enquête, une étude et il faut le lire armé d’un crayon à la main pour prendre des notes.

J’ai vraiment eu du mal avec le concept des deux auteurs. Ils proposent en début d’ouvrage de soumettre un questionnaire sur les entretiens littéraires à des auteurs. Les questions posées par les interviewers sont donc souvent les mêmes et les réponses divergent forcément très peu. A la question « avez-vous déjà menti lors d’une interview? », très peu d’écrivains répondent de manière affirmative à la question. Pour chacun d’entre eux, une interview est un moment de vérité sur l’œuvre, sur soi. Rien de bien croustillant à se mettre donc sous la dent.

L’œuvre se propose d’aborder la manière dont les écrivains perçoivent l’entretien, l’interview. Pour nombre d’entre eux, elle demeure enrichissante: la question du journaliste permet de débattre et d’ouvrir sa vision sur un point du livre, du roman qui avait lui-même échappé à l’auteur. Tous se prêtent au jeu des questions/réponses sans concession. Les mauvaises interviews ou les entretiens ratés sont vite oubliés. Michel Butor va jusqu’à affirmer qu’un entretien bien mené peu se muer en une œuvre littéraire…..Pourquoi pas!

J’ai particulièrement aimé les réflexions de Bernard Pivot sur son propre métier d’intervieweur. Il nous dévoile certaines facettes de son émission « Apostrophes ». L’entretien d’Amélie Nothomb est en revanche décevant. C’est peut être le plus court de l’ouvrage et elle semble d’accord avec toutes les questions posées par le journaliste.

J’ai précisé plus haut que je n’avais pas lu tous les entretiens. La plupart sont menés par des écrivains belges ou alors peu connus du grand public. J’ai donc eu du mal à me projeter et à m’intéresser à leurs propos.

C’est donc un rendez-vous raté pour moi! Je n’ai pas su saisir le sens de cet ouvrage qui m’apparaît quand même pointu sans pour autant révolutionner les choses. Le concept de base est plutôt bon mais les propos des différents interviewés n’ont pas réussi à me captiver.

Le Rédempteur, Tome 1: une lueur dans les ténèbres de Sébastien Tissandier

   Le Rédempteur, Tome 1: Une lueur dans les ténèbres de Sébastien Tissandier,

   Éditions Boz Dodor, 

   2014, ebook,

   Pour l’acheter: Le Rédempteur Tome 1

 

 

 

 

Parmi les mystères inexpliqués que relatent certaines légendes, une grande partie d’entre eux sont le fait de créatures surnaturelles. Peu de gens sont les témoins de ces manifestations car une branche secrète de l’église veille et résout ces affaires dans l’ombre : ce sont les Rédempteurs. Un an après la résolution du « Secret de la bête d’Angles », le Père Martin est envoyé à Tréfonds, une ville minière dont la construction de la voie ferrée souterraine est perturbée par d’étranges meurtres. Aidé par Li-Mei, une Éclaireuse du Siège, le Père Martin tente de dénouer cette énigme. Mais ce qu’ils vont découvrir est sur le point de bouleverser l’ordre établi par le Siège lui-même. Que cachent les meurtres de Tréfonds? Pourquoi cette affaire semble-t-elle se liée au mystère de la bête d’Angles?

 

J’ai déjà chroniqué, il y a quelques mois, l’excellent recueil de nouvelles Autres temps, légendes oubliées de Sébastien Tissandier. J’avais particulièrement aimé l’univers steampunk de son recueil. L’une de ses nouvelles m’avait beaucoup plu: il s’agissait de La bête d’Angles qui mettait en scène le personnage du Père Martin, un prêtre pas comme les autres. L’auteur a eu la bonne idée d’en faire un personnage récurrent et de le faire réapparaître dans d’autres nouvelles.

La Bête d’Angles est l’épisode 0 qui permet à l’auteur de présenter son étrange et non moins fascinant Père Martin. Avec Une Lueur dans les ténèbres, l’auteur transforme l’essai et laisse enfin libre cours à son imagination! En effet, nous en apprenons beaucoup plus sur le Père Martin et j’avoue que j’ai adoré retrouvé ce personnage qui m’avait marquée.

Le Père Martin c’est d’abord un homme d’Église. Il est rédempteur. Missionné par le pape en personne, il a la tâche d’élucider des affaires étranges touchant au paranormal. Au début de cette nouvelle, le lecteur retrouve donc Martin dans un train voyageant pour la ville de Tréfonds. Le nom du village fait déjà frissonner. On frissonne encore plus quand Martin se penche sur les raisons de sa mission. Des corps déchiquetés, morcelés, mutilés, ont été retrouvés dans un tunnel en construction. Un des gardes ayant échappé au massacre parle de « lames » et « des yeux rouges du démon ». Personne n’ose plus pénétrer dans ce tunnel maudit.

Arrivé à Tréfonds, le Père Martin fait connaissance avec son éclaireuse, la charmante Li-Mei. A eux deux, ils vont mener l’enquête pour en savoir plus. L’intrigue commence doucement pour se terminer en apothéose. Si ce premier tome trouve une conclusion, l’enquête de Martin ne fait que commencer.

Bien qu’il s’agisse d’une nouvelle, je trouve que les personnages sont particulièrement bien décrits et approfondis. Le Père Martin n’est pas un religieux comme les autres. Il arbore d’abord un look qui tient plus d’Indiana Jones que du prêtre. Seul son col romain rappelle qu’il appartient à l’Église. Il est doté d’armes redoutables et n’hésite pas à dégainer ses holsters quand il le faut. Certaines allusions à son passé, nous laisse imaginer que Martin traîne quelques casseroles et j’ai hâte d’en savoir plus sur ce qui lui est arrivé, notamment sur cette fameuse « dette » qu’il a à payer. Quant à Li-Mei, elle aussi a du potentiel dans ce premier épisode. Au départ, la Père Martin semble sceptique sur ses compétences puis il se rend vite compte que Li-Mei n’est pas une potiche. Au contraire, elle a des capacités bien dissimulées.

J’ai trouvé malin et intéressant de la part de l’auteur de montrer que la papauté a développé un réseau d’agents pour lutter contre les phénomènes paranormaux. L’auteur esquisse dans ce premier tome une sorte de hiérarchie. Le Père Martin est un rédempteur: il a le pouvoir et le droit d’enquêter. Quant à Li-Mei, elle est éclaireuse et veille avant tout à la sécurité de Martin, n’hésitant d’ailleurs pas à se mettre en danger pour lui sauver la peau. On comprend vite que ce duo a un avenir. D’ailleurs la fin de la nouvelle va en ce sens.

Enfin, j’ai aimé la manière dont l’auteur raconte son histoire. Le style est fluide sans pour autant être simple. Les dialogues apportent quelque chose au déroulement de l’intrigue sans pour autant la ralentir. Les pages se tournent à une rapidité déconcertante!

C’est donc un sans faute pour cette nouvelle! L’intrigue, les personnages et le style sont bien développés et donnent, en tout cas, envie d’en savoir beaucoup plus sur ce Père Martin! A suivre donc….

 

Esprit d’Hiver de Laura Kasischke

   Esprit d’Hiver de Laura Kasischke,

   Éditions Le Livre de Poche,

   2014, 302 pages,

   Pour l’acheter: Esprit d’Hiver

 

 

 

 

 

 

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzards s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

Dans ce roman, Laura Kasischke aime semer le doute dans l’esprit de son lecteur mais aussi dans celui de ses personnages. Une des premières phrases du roman est d’ailleurs énigmatique, glaçante: « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » C’est cette phrase unique qui va peser sur l’intrigue et l’atmosphère du roman. Cette « chose » qui les a suivis…

Le roman débute le jour de Noël. Holly et son mari Eric se sont réveillés tard, trop tard. Eric part en catastrophe rejoindre ses parents à l’aéroport. Au-dehors, la neige se met à tomber de plus en plus. Ce n’est plus une tempête mais un blizzard qui recouvre les routes, les maisons, les jardins. Les uns après les autres, les invités appellent Holly pour se décommander.

Holly est donc prisonnière de sa propre maison. Commence alors pour elle un huis-clos avec sa fille Tatiana. Cette dernière a seize ans. Elle a été adoptée en Sibérie, là-bas, loin en Russie. Le lecteur comprend sans mal que Tatiana et Holly ne s’entendent pas à merveille. C’est l’époque des rivalités entre une jeune fille qui devient femme et une mère qui constate que sa féminité est sur le déclin. Tour à tour, tout au long de cette journée, les deux femmes se jaugent, se disputent, se réconcilient pour à nouveau mieux s’écharper.

Holly devient la narratrice du roman. Elle nous fait part de ses doutes de mère, de femme. Elle a du mal à comprendre cette fille qui change sans cesse de tenue, qui passe d’un état euphorique à un état catatonique. Et puis, Holly se confie sur l’adoption de Tatiana, cette petite princesse aux cheveux noirs de jais, venue du froid, recueillie dans un orphelinat glauque, sombre, glacial. Holly a tout de suite aimé, adoré Tatiana, dès qu’elle l’a aperçue. Elle en est tombée amoureuse immédiatement. Les pages qui décrivent l’orphelinat sont glaçantes. Holly et Eric se rendent au cœur de la Sibérie. Les enfants sont laissés pour compte. Avec un peu de chance, ils seront adoptés par un couple d’Américains. Et puis, il y a cette porte de l’orphelinat qu’Holly n’aurait jamais due franchir. Les images restent encore gravées dans sa mémoire.

Et le doute s’installe au fur et à mesure de la progression du récit. Rien ne semble aller en cette matinée de Noël. D’abord, ce réveil tardif, puis cette neige qui ne cesse de tomber. Holly, ou ne serait-ce Tatiana, adopte un comportement étrange. Qui des deux devient folle dans ce huis-clos? Y-a-t-il vraiment folie? Certains détails le laissent penser. D’autres montrent qu’il s’agit d’une journée banale, comme les autres.

Au fil du récit, l’intrigue se fait plus fantastique. Le doute apparaît comme surgit la terrible vérité finale qui achève le récit en apothéose. Je ne m’en serais jamais doutée. L’auteur préserve jusqu’à la dernière page le suspens du roman. Alors le lecteur contemple avec effroi le roman qu’il vient d’achever…

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