Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani

 

 

Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani,

Publié aux éditions Grasset,

2017, 283 pages.

 

 

 

 

1945. Un homme sort de Dachau. Il y a été emprisonné pour ses articles d’opposition au Troisième Reich qui vient de s’effondrer. Dans le désastre physique et moral de l’Allemagne vaincue, il part à la recherche de son fils, dont il ne sait plus rien depuis qu’il l’a inscrit aux Jeunesses hitlériennes avant d’être emprisonné. Il retourne dans sa ville natale. Les habitants sont énigmatiques, fuyants : une femme élude ses questions ; un soldat américain venu enquêter sur un mystérieux programme « Aktion T4 » des nazis garde des informations secrètes.
C’est alors que l’homme entend des rumeurs au sujet de l’hôpital d’Hadamar. Il s’y rend, décidé à retrouver son fils, quel que soit le prix de sa quête.

Grâce au prix Orange du livre 2017, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour découvrir un roman de la rentrée 2017. Merci de m’avoir fait découvrir Hadamar, un roman à la fois beau et terrible.

En 1945, Franz est libéré du camp de Dachau dans lequel il a été déporté pour opposition politique. A l’époque journaliste, son ton dénonciateur et ses attaques contre le régime nazi l’ont condamné. Il aurait pu s’enfuir mais il a toujours gardé espoir que le peuple allemand prenne conscience de la folie nazie. Revenu d’entre les morts, il retourne dans sa ville où il a laissé son fils Kasper. Qu’est-il devenu ce fils bien trop maigre et malade pour s’enrôler dans les troupes allemandes? Dans un pays dévasté par la guerre, où les Américains veillent à la reconstruction, Franz mène l’enquête pour retrouver son fils disparu.

Au détour d’une rencontre, il fait la connaissance de Wilson, haut gradé de l’armée US. Celui-ci l’oriente vers l’hôpital psychiatrique d’Hadamar. Un hôpital isolé dans lequel en 1941 de drôles de choses se seraient déroulées. Les patients, schizophrènes, sourds, muets, handicapés physiques et mentaux mais aussi enfants « à moitié juif » y ont été envoyés pendant cette période. Toutes ces personnes devenues un poids pour la société nazie ont transité par cet hôpital. Que sont-ils devenus? Franz enquête avec Wilson et découvre une horreur sans nom.

Hadamar est un lieu qui a réellement existé. Si l’auteur romance les faits, elle a aussi enquêté sur ce lieu terrible. L’asile d’Hadamar a été la première pierre portée à l’édifice nazie de la déshumanisation et de la négation de l’Autre. Oriane Jeancourt Galignani narre ici une réalité terrible, au-delà de l’horreur. Elle fait vivre au lecteur un processus qui donne la nausée.

Mais au-delà de cette intrigue, elle pose la question de la soumission, de l’action. Tout le monde savait à Hadamar ce qu’il se passait. Les bus parvenaient aux portes de l’asile pleins à craquer et repartaient toujours vide. La rumeur enflait. Qu’ont fait tous ces gens qui voyaient, qui entendaient, qui sentaient? Pourquoi ont-ils fermé les yeux? Qui sont les coupables? Les nazis ou la population?

L’auteur réussit le pari de nous amener sur le terrain de l’indicible, de l’innommable sans jamais tomber dans le voyeurisme, sans jamais porter de jugement sur ceux qui n’ont rien fait car qu’aurions-nous fait à leur place? Son personnage Franz est touchant, à la recherche de ce fils perdu, prodigue. Wilson, hanté par sa sœur malade Emma, tente de venger tous ces malheureux pour que personne n’oublie qu’un jour, ils ont été. C’est beau, puissant, terrible et hélas, vrai!

Avec Hadamar, Oriane Jeancourt Galignani nous plonge dans un roman d’une puissance inouïe. Cette histoire m’a bouleversée du début à la fin. Sans concession, elle nous ouvre les yeux sur une période noire qu’on aimerait enfouir dans les mémoires et penser que rien de cela ne s’est jamais produit. Bienheureusement, l’auteur est là pour nous faire voir jusqu’où l’horreur a pu aller, pour ne jamais oublier.

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2 réflexions sur “Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani

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