Les loyautés de Delphine de Vigan

 

 

 

Les loyautés de Delphine de Vigan,

Publié aux éditions JC Lattès,

2018, 206 pages.

 

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»

Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Plus besoin de présenter Delphine de Vigan. Après son brillant hommage à sa mère dans Rien ne s’oppose à la nuit, après son roman vertigineux D’après une histoire vraie, l’autrice revient avec un livre tout aussi beau et percutant.

Le roman s’ouvre sur la définition de ce qu’est la loyauté. C’est important parce qu’il en sera question ici de la loyauté ou plutôt des loyautés. Celle que l’on doit à ses parents, celle que l’on doit à ses amis et celle que l’on se doit à soi-même.

Le récit que nous offre l’autrice tourne autour de quatre personnages: Hélène et Cécile racontent toutes deux à la première personne; la narration change et passe au « il » pour Théo et Mathis.

Hélène est prof de SVT dans un collège, à Paris. Elle remarque que depuis quelques temps, Théo, élève de cinquième, semble fatigué. Il manque d’attention, s’endort en cours. Hélène cherche à en savoir plus d’autant plus que Théo évoque en elle des échos sordides: ceux d’un père violent dont la main s’abat pour un oui, pou un non ou plutôt pour rien.

Cécile est la mère de Mathis, le meilleur ami de Théo. Depuis quelques temps, elle se parle à elle-même. Est-ce qu’elle devient folle? Et puis, par hasard, elle trouve un papier dans la corbeille du bureau de William, son mari. Ce dernier lui cache des choses malsaines qui donnent la nausée à Cécile.

Théo est en cinquième avec Mathis. Enfant de parents divorcés, il alterne les semaines: une fois chez maman, une fois chez papa. Mais Théo cache un lourd secret. Par loyauté, il ne dira rien.

Delphine de Vigan nous offre ici un roman fort, puissant, percutant qui m’a mise K.O. Dès les premières pages, j’ai été happée par le récit simple de cette prof et de cet élève, Théo. On sent la tension monter au fil de l’intrigue jusqu’à l’inexorable. Hélène, cette prof, donne l’envers du décor. Je suis prof aussi et je me suis retrouvée en elle. Elle sent que Théo ne va pas bien, qu’il cache quelque chose. Elle signale le cas à l’infirmière, au principal, elle convoque les parents mais rien ne bouge. Elle est impuissante face à la vague qui menace d’emporter Théo. Combien d’élèves ai-je connu qui étaient dans ce cas? Combien de fois, comme Hélène, je me suis sentie si impuissante, inutile face à une force qui me dépasse?

On sent la détresse de ce gamin qu’on aimerait prendre par la main et rassurer en disant que tout va bien se passer et on ne peut qu’être spectateur d’un drame annoncé. Delphine de Vigan nous projette dans une histoire sombre, violente mais tellement réelle! C’est là qu’on voit toute la force de la littérature. C’est à ça qu’elle sert: dire les choses, les montrer, les exposer. Hélène va tout tenter pour sauver Théo. Par loyauté pour son passé, par loyauté pour son élève, par loyauté envers elle-même, elle va chercher à savoir quitte à franchir les limites. C’est dur, violent. Le récit prend aux tripes pour ne plus nous lâcher.

Avec Les loyautés, Delphine de Vigan signe un roman brillant, poignant, émouvant! Un livre indispensable.

 

11 réflexions sur “Les loyautés de Delphine de Vigan

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