Les Roses fauves de Carole Martinez

 

Les Roses fauves de Carole Martinez,

Publié aux éditions Gallimard,

2020, 352 pages.

«Peu après la sortie de mon premier roman, Le cœur cousu, une lectrice m’a raconté une coutume espagnole dont j’ignorais l’existence : dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. À sa mort, sa fille aînée en héritait avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. J’ai métamorphosé cette lectrice en personnage.
Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre, trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola se demande si elle est faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés? Il faudrait déchirer ces cœurs pour le savoir…»

Tout part d’une rencontre avec une lectrice espagnole. Il existe une coutume en Espagne. Quand une femme sent la mort venir, elle se confie sur des morceaux de papier qu’elle bourre dans un coussin en forme de cœur brodé. C’est la coutume du cœur cousu titre d’un des premiers romans de Carole Martinez. L’auteure choisit dans Les roses fauves de mêler fiction et réalité pour donner un roman original presque magique.

Lola est la guichetière de la poste dans ce tout petit village de Bretagne. Elle vit seule au milieu de son grand jardin qu’elle bichonne avec amour. Lola n’est jamais tombée amoureuse. Elle se l’est interdit car elle boite. Issue d’une longue lignée de femmes espagnoles, elle conserve jalousement les cœurs cousus de ses aïeules dans sa grande armoire avec l’interdiction de les ouvrir. Mais quand une écrivaine en mal d’inspiration débarque dans la vie de Lola, les cœurs se mettent à nue et celui de Dolorès est enfin ouvert…

Carole Martinez choisit de se mettre en scène sous les traits d’une auteure en mal d’inspiration qui voit en Lola une source inépuisable. Les deux femmes vont devenir amies et lorsque la narratrice trouve les cœurs cousus cachés dans l’armoire de Lola, c’est l’occasion de découvrir le passé de Dolorès, une lointaine aïeule espagnole. Le roman est construit sur une alternance de temps: le présent avec Lola et l’auteure, le passé à travers la lecture des petits bouts de papier contenus dans le cœur blanc de Dolorès.

On plonge alors dans une Espagne faite de fantaisie, d’érotisme, d’odeurs sensuelles. Une Espagne où les femmes ont la curieuse habitude (ou malédiction) de faire des enfants avec des hommes presque morts. Carole Martinez envoûte son lecteur avec ses histoires dignes des contes. On ne sait plus où est le vrai, où est le faux. La magie se déploie sous nos yeux à l’image de ces roses à l’odeur fauve qui miment la naissance à la vie de Dolorès.

C’est une écriture merveilleuse. Il faut se laisser embarquer dans cet univers et croire un peu en la magie. Carole Martinez emboîte les histoires les unes dans les autres: celle de Lola qui n’a jamais apprivoisé son corps bancal, celle de Dolorès qui butine les hommes comme un papillon, celle de ces femmes du village qui tricotent en s’échangeant des ragots sur une chaise. Le secrets se dévoilent au fil de la plume. Carole Martinez prend son lecteur par la main et l’entraîne pour le perdre dans un monde fait de sensualité, d’odeurs enivrantes, d’histoires merveilleuses.

Les récits s’enchâssent, se répondent. L’arrière petite-fille Lola est un lointain écho de son aïeule Dolorès, sorte de Belle au bois dormant qui va au-devant de son prince charmant. J’ai adoré me perdre dans ces méandres de contes, de récits et de secrets de famille.

Osez vous laisser guider par l’odeur entêtante ce ces « Roses fauves » et laissez-vous happer par le plume merveilleuse de Carole Martinez.

4 réflexions sur “Les Roses fauves de Carole Martinez

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